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Aac . /5/i. À
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CONGRÈS
MÉDICAL INTERNATIONAL
DE PARIS
Paris. — Imprimerie de B. Martinet, rue Iti^noo, S.
CONGRES
MÉDICAL INTERNATIONAL
DE PARIS
AOVT t8«9
PARIS
VICTOR MASSON ET FILS | P. ASSELIN, S' DE LABÉ
FULCB DK L'tGOU^B-IltMCDIE
1868
1
CONGRÈS
MÉDICAL INTERNATIONAL DE PARIS
INTRODUCTION
Dans la dernière séance du Congrès médical réuni à Bordeaux en 1865>
M. le professeur Henri Gintrac formulait la proposition suivante : « Notre hono-
rable confère M. Willemain vient de nous proposer de choisir Strasbourg pour
siège du Congrès médical de 1866^ et nous acceptons avec empressement la gra-
cieuse hospitalité qui nous est offerte. Permettez-moi de porter mes regards plus
loin. Le succès des assises médicales^ inauguré en 1863 par la ville de Rouen,
confirmé à Lyon Fan dernier^ n'est peut-être pas moins éclatant à Bordeaux. Des
qaestions importantes ont été l'objet d'études approfondies ; un grand nombre de
travaux en dehors du programme ont été présentés par les hommes les plus com-
pétents ; les discussions qui ont suivi les lectures ont jeté de vives lumières sur
des sujets d'un haut intérêt. Eh bien ! messieurs, cette somme considérable
d'utilité scientifique et d'avantages sérieux qu'a pu produire le Congrès médical
de Bordeaux, je viens vous proposer de les centupler en demandant pour l'année
1867 la réunion à Paris d'un Congrès médical, plus que français, d'un Congrès in-
ternational des médecins de tous les pays. En 1867, vous le savez, une Exposi-
tion universelle doit faire converger à Paris les inteUigences de tous les pays civi-
lisés. N'est-ce pas une admii*able occasion d'interroger les représentants de la
science médicale de toutes les contrées, de former comme un faisceau des connais-
sances acquises en lieux si divers, de s'assimiler les découvertes et les progrès
obtenus ailleurs, de préparer la solution des plus hautes questions d'hygiène pu-
blique et humanitaire ? C'est de Bordeaux qu'est partie l'initiative de la grande
association confraternelle des médecins de France ; j'ai à cœur que notre ville ait
encore l'honneur de faire entendre au nom de la science un appel aux méde-
cins de tous les pays. Je propose donc que le Congrès de Bordeaux émette le vœu
qu'un Congrès international de médecins soit tenu à Paris en 1867. »
La proposition de M. Henri Gintrac, appuyée par M. Linas, fut accueillie par
l'unanimité de l'assemblée. De là est issu le Congrès international de Paris, dont
le caractère a été irrévocablement fixé par cette origine même; directement
émané du Congrès de Bordeaux, remplaçant pour 1867 la session annuelle ordi-
naire du Congrès médical de France, le Congrès de Paris dut comme ses aines se
maintenir rigoureusement sur le terrain de la science ; les conditions de sa nais-
sance et de sa filiation en faisaient une loi ; il n'y avait pas de déviation possible.
Le Comité d'organisation est demeuré fidèle à cette obligation qui était un de-
voir, et suivant en cela l'exemple donné par les Commissions executives qui l'a-
1
2 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
vaient précédé, il a défini et limité nettement par un article des statuts le domaine
du futur Congrès.
Aussitôt après son retour à Paris, fil. le professeur Bouillaud, président d'hon-
neur du Congrès de Bordeaux, procéda à la formation d'une commission execu-
tive, chargée de préparer l'organisation du Congrès international, et le 7 décem-
bre 1865, cette Commission se constitua déflnitiTement par la nomination de son
Bureau.
Elle était ainsi composée :
MM. Barthez (E.), médecin de l'hôpital Sainte-Eugénie, médecin du prince im-
périal.
Béclaid (J.), agrégé de la Faculté, secrétaire de l'Académie de médecine.
Béhier, professeur à la Faculté, médecin de l'hôpital de la Pitié.
Bouchardat, professeur à la Faculté.
Bouillaud, professeur à la Faculté, médecin consultant de l'Empereur.
Broça, professeur à la Faculté, chirurgien de l'hôpital Saint-'Aotoiae.
Decbambre, rédacteur en chef de la Gazette hebdomacMre, membre du Co-
mité des Sociétés savantes au Mmistère de l'instruction publique.
Denonvilliers , inspecteur général de l' Université, professeur à la Faculté.
FoUin, agrégé de la Faoulté, chirurgien de l'hôpital Cochin (1).
Gavarret, professeur ii la Faculté.
Gosselin, professeur à la Faculté, chirurgien de l'hôpital de la Pitié.
Jaccoud, agrégé de la Faculté, médecin de l'hôpital Samt-Autoine,
Lasègue, professeur à la Faculté, médecin de l'hôpital ISecker.
Longet, professeur à la Faculté.
Robin (Ch.), professeur à la Faculté, membre de l'Institut.
Tardieu, professeur à la Faculté, médecin consultant de r£mp«reur.
VerneuU, agrégé de la Faculté, chirurgien de l'hôpital Lariboisière.
Vidal (E.), médecin de l'hôpital Saint-Louis.
Wurtx, doyen de la Faculté,
BUREAU DE LA GOllIftaSION.
Président : M. Bouillaud.
Vice-PrésidenU : MM. PenonviUiers^ Gavarret, Tardieu-
Secrétaire général : M. Jaccoud.
Secrétaire trésorier : M. Vidal.
Le Comité s'est alors mis à l'œuvre, et le 20 mars 1866, il a reçu de M. le mi-
tiistre de l'intérieur l'autorisation néeessaire pour la réunion du Congrès. Le bu-
reau s'est aussitôt mis en rapport avec M. le ministre de l'instruction publique qui,
non content de donner son entière approbation à cette œuvre scientifique, a bien
voulu en accepter le haut patronage. M» le ministre de l'agriculture et du com-
merce aceueiUit avec la même faveur le projet qui lui fût présenté, et M. le mi-
nistre des affaiMs étrangères promit de signaler et de recommander le Congrès
aux représentant! de la France à l'étranger»
Après ces démarches préliminaires, nous avons adressé aux journaux médicaux
(i) Ce savant oonflpère m devait pas voir la réaliiatioB de celle «envrt; il a nuMOttMà
une douloureuse maladie, «t tandis que le Cemité perdait en'hii ua de tee vembrea lee phis
dévoués, la science pleurait ua de lea promoteurs les plus ferve^ksi
INTHÛDUGTION. S
btnçaU et étrangers une circulaire destinée à faire connaître le projet en lui-
même, et ce qui avait été fait déjà pour en assurer la réussite. Cette pièce fut in-
sérée avec un bienveillant empressement dont le Comité a été sincèrement tou-
ché, et U est heureux d'offrir ici à la presse médicale le témoignage public de sa
reconnaissance.
Après la publication de cette circulaire qui porte la date du 1"^ juin 1866, la
Commission organisatrice s'est occupée de l'élaboration des statuts et du pro-
granmie, et à la suite de nombreuses délibérations, elle s'est arrêtée aux disposi-
tions suivantes :
STATUTS ET PROGRAMME DU CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL
DE PARIS.
Le Comité d'organisation, composé de MM. Barthez (E.), Bëclârd, Béhier,
BOCCHARDAT, BoUlLLAUD, BROCA, DECHAMBRE, DenO^VILLIERS , FoLLIN, GaVARRET,
GoflSEUN, Jaccoud, Laségue, Longet, Robin (Ch.), Tardieu,e Vrneuil, Vidal, Wurtz,
a airêtë les Statuts et le Programme suivants :
Art. 1*'. — Un Congrès médical international sera ouvert à Paris, le 16
août 1867, sous les auspices de S. Exe. le ministre de l'instruction publique.
Art. 2. — Le Congrès, exclusivement scientifique, aura une durée de deux
semaines.
Art. s. — Le Congrès se composera de membres fondateurs nationaux et de
membres adhérents étrangers.
Seront membres fondateurs les médecins français qui en feront la demande au
Comité d'organisation ; le prix de la souscription a été fixé à 20 francs.
Seront membres alihérents les médecins étrangers qui enverront leur adhé-
sion à M. le Secrétaire général (M. le docteur Jaccoud, 4, rue Drouot, à Paris). Ils
seront exonérés de toute contribution pécuniaire.
Art. 6. — Les membres du Congrès, fondateurs ou adhérents, auront seuls
droit de prendre part aux discussions.
Art. 5. — Les travaux du Congrès se composeront :
a. -^ De communications sur les questions proposées par le Comité;
b, -^ De communications sur des si;gets étrangers au programme.
Art. 6. — Le Comité a arrêté le programme suivant :
L — Anatomie et physiologie pathologiques du tubercule. — De la tuber*
cuiisation dans les difiérents pays, et de son influence sur la mortalité
générale.
U. — Des accidents généraux qui entraînent la mort après les opérations
chirurgicales.
m. — Est-il possible de proposer aux divers gouvernements quelques
mesures efficaces pour resteindre la propagation des maladies véné-
• riennest
IV. — De l'influence de l'alimentation usitée dans les différents pays sur
U production de certaines maladies.
Y. -^ De l'influence des climats, des races et des différentes conditions de
la vie sur la menstruation dans les diverses contrées.
\1. -- De l'acclimatement des races d'Europe dans les pays chauds*
& CONGRÈS MÉDICAL INTEUMATIONAL.
VII. — Des entozoaires et des entophytes qui peuvent se dërelopper chez
l'homme.
Art. 7. — Les membres fondateurs ou adhérents qui désireront faire une com-
munication sur une des questions du programme ou sur un autre sujets sont priés
d'adresser leur travail à M. le Secrétaire général^ trois semaines au moins (26 juillet)
avant l'ouverture du Congrès. Le Comité décidera de l'opportunité des communi-
cations et de l'ordre suivant lequel elles seront faites.
Art. 8. — Les séances du Congrès auront lieu tous les jours., le dimanche
excepté. Elles se feront alternativement le jour et le soir. Les séances du jour
dureront de deux à six heures; les séances du soir auront lieu de huit à dix
heures.
Art. 9. — Chaque question n'occupera qu'une séance^ et l'ordre du jour sera
ainsi réglé : 1° lecture sur les questions du programme; 2*^ discussion; 3** si le
temps le permet, communication des travaux laissés à l'initiative individuelle. Les
séances du soir leur seront exclusivement consacrées.
Art. 10. — Un maximum de vingt minutes sera accordé pour chaque lecture.
Art. 11. — A la première séance, le Congrès nommera son Bureau, qui se
composera d'un Président, de Vice-Présidents, d'un Secrétaire général, de Secré-
taires des séances.
Art. 12. — Le Congrès terminé, le Comité d'organisation reprendra ses fonc-
tions pour procéder à la publication des actes du Congrès.
Art. 13. — Tous les Mémoires lus au Congrès seront déposés, après chaque
séance> entre les mains du Secrétaire général. Us sont la propriété du Congrès.
Art. 1&. — Les élèves en médecine recevront des cartes d'entrée, mais ils ne
pourront être admis à prendre la parole.
Pour le Comité,
Le Président,
BOUILLAUD.
le Secrétaire général^
Jaccoud.
Dans le but de limiter et de préciser les questions de son programme, le Comité
a consigné dans les commentaires suivants l'indication des points sur lesquels 11
désire que les études soient spécialement dirigées.
QUESTION PHEMIËRE.
AKATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES DU TUBERCULE. — DE LA TUBERCUUSATION DANS
LES DIFFERENTS PATS ET DE SON INFLUENCE SUR LA MORTALITÉ GÉNÉRALE.
Il y a peu d'années encore, il semblait que l'histoire anatomo-pathologique de
l'altération que l'on est convenu de désigner sous le nom de tubercule, était com-
plètement terminée : le mode de développement, le siège anatomique et les con-
séquences de cette altération paraissaient bien établis.
Des assertions émises plus récemment, et qui sont loin d'être confimnas aiit
données généralement acceptées, ont soulevé des doutes, et ont fait naître des
INTBODUCTIOU. 5
këiitatMms relativemeiit à ranatomie et à la physiologie pathologiques du tuber-
cule.
n serait utile de savoir si les divergences assez tranchées qui existent à cet égard
eotre les observateurs peuvent tenir à quelques différences émanant des circon-
stances au milieu desquelles l'altération se développe, ou si eUes ne résultent que
d'une interprétation variable de faits identiques.
11 7 aurait donc à rechercher :
S'fl existe réellement une production spéciale ou même spécifique qui puisse
être considérée comme caractéristique du tubercule.
Quel est exactement le mode de formation de cette altération pathologique.
Enfin, si elle a un siège anatomique exclusif, déterminé et identique dans tous
les organes.
Dans ces recherches, il est à désirer que les démonstrations anatomiques et his-
tologiques tiennent plus de place que les inteiprétations et les appréciations théo-
riques, et que les impressions personnelles ou les déductions spéculatives ne soient
(Ku substituées à l'expérimentation et à l'observation rigoureuses.
On devra préciser autant que possible la valeur exacte et le rôle de certaines
altérations qui, pour pinceurs observateurs, sont de nature tuberculeuse, tandis
qae pour d'autres eUes procèdent d'un mouvement véritablement phlegma-
sique.
Comme on le voit, il s'agit surtout ici de la forme d'altération désignée par cer-
tains auteurs sous le nom de pneumonie caséeuse.
Est-il réeUement possible d'inoculer le tubercule à la manière des maladies
virulentes? Cette question, soulevée dans ces derniers temps, demande encore
une solution à laquelle les travaux que sollicite le Congrès pourront concourir.
Quant à la seconde partie de la question, on devra surtout tftcher de préciser
les conditions étiologiques qui, dans les différents pays, sont /considérées comme
ayant une influence active et prépondérante.
L'influence de l'âge, du sexe, du climat; celle des races diverses, des habitudes
sociales, des boissons, des aliments, des industries spéciales aux lieux où l'obser-
vation sera faite ; enfin l'action exercée par des maladies antérieures ou coïnci-
dentes, seront donc autant de points particuliers qui devront appeler l'at-
tention.
En étudiant ces diverses questions à l'aide des matériaux d'observation directe
dont chacun pourra disposer personnellement, on avancera certainement beau-
coup plus la science qu'en accumulant à propos de ces divers sujets les citations et
les hypothèses.
Les formes symptomatiques les plus habituelles dans teUe ou telle localité sont
très4mportantes à bien spécifier, conmie aussi les complications les plus fré-
quentes, et l'influence qu'elle» peuvent exercer sur la tubercuhsation, soit en
ictifant, soit en ralentissant sa marche.
fl est également désirable que l'on puisse étudier dans les divers pays l'in-
fluence que la tuberculisation peut exercer sur le développement, la forme
^imptomatique, la marche et plus spécialement la terminaison des autres ma-
ladies.
Ce sera déjà un moyen de connaître « l'influence de la tuberculisation sur hi
mortaUté générale dans les différents pays », question dont l'importance n'est
pu douteuse, quand on considère les ravages que cette affection exerce partout
nr les populations.
6 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
11 est très-important^ et Ton ne saurait trop insister sur ce points que les docu-
ments mis en œuvre pour étudier ces diverses questions soient aussi exacts que
possible. On deK& donc soumettre tous les renseignements, même et fpeilt-être
surtout les statistiques administratives» à un contrôle rigoureux^ avant de les
accepter à titre de matérfaut d'une valeur positive.
QUESTION II.
DES ACQDENTS GÉNÉRAUX QUI ENTaAINKZrr LA MORT APRÈS LIS OPtRAHONS CHIRUROICALES.
Malgré les progrès incessants de la thérapeutique chirurgicale^ la perfection
croissante du manuel opératoire, la richesse de l'appareil instrumental» Tatten-
tion minutieuse apportée au régime et à l'hygiène des opérés, la mort suit trop
souvent encore les opérations sanglantes. Cette teiminaison fatale reconnaît un
grand nombre de causes qu'il faut tout d'abord séparer en catégories.
Tantôt il en faut accuser une faute ou un accident dont le praticien est plus ou
moins responsable.
Tantôt il faut attribuer la mort non plus à l'acte opératoire, mais à la maladie
qui l'a nécessité, aux complications qu'elle a fait naître autour d'elle, ou auK
causes générales qui l'ont engendrée.
Ces causes de mort d'une appréciation facile, la commission les rappelle, mais
n'hésite pas à les éliminer du cadre de la question proposée. L'attention des obser-
vateurs devra se fixer de préférence sur une troisième catégorie d'accidents dont
l'étiologie est beaucoup moins connue.
Une opération a été exécutée d'une manière irréprochable, elle n'a intéressé
aucun organe essentiel à la vie, les procédés réparateurs naturels convenablement
dirigés, maintenus dans de justes limites et débarrassés de toute entrave, doivent
réaliser sams peine une guérison qui semble assurée. Cependant on voit surgir des
accidents qu'on ne peut rapporter ni à l'étendue, ni à la nature du traumatisme,
ni à la négligence d'un précepte quelconque.
Ces complications formidables sont, pour ne citer que les plus communes : It
phlegmon diOus, la gangrène, l'érysipèle» l'angioleucite» la phlébite, la pyohë*
mie, le tétanos, etc.
Ces accidents, qui sont de tous les temps et de tous les pays, ont été depuis
longtemps soigneusement étudiés. On lutte même codlre eux souvent avec plus
de courage que de succès, mais les causes qui président à leur développement
sont encore entourées d'obscurité. Il semblerait même qu'ils ne se montrent pas
toujours et partout sous les mêmes aspects, et avec la même fréquence» Ainsi le
tétanos, qui dans les pays chauds complique souvent les traumatismes les plus
insigniûants> est proportionnellement fort rare sous nos latitudes tempérées. Ainsi
encore, à l' infection purulente avec phlébite et abcès métastatiques, si bien dé-
crite par no^ auteurs classiques, paraissent do nos jours, et dans nos grands hôpi-
taux, avoir, succédé, comme cause de mortalité, les érysipèles graves et certaines
formes latentes de pyohémie.
Ainsi, enfin, quelques grandes opérations : l'ovariotomîe, les résections, les
amputations, donnent des résultats si dilTérenis dans noire pays et dans les con-
trées d'outre-Manche, qu'on a pu se demander sérieusement si nos races et celles
qui peuplent l'Angleterre n'ofTriraient pas au traumatisme une tolérance tout à
(ait inégale. Opinion singulière qu'appuient, au moins en apparence, les réfuitats
INTRODUCTION. 7
consignes dans les annales de la chirurgie militaii*e après les campagnes de France
et de Grimée.
Ces données encore hypothétiques, c'est-à-dire -plutôt entrevues que démon-
trées, la commission les pose comme problèmes dignes de recevoir une solution.
La nosographie des affections précédemment énumérées étant suffisamment
avancée, il serait superflu d'entrer dans de longs détails descriptifs. L'enquête
devrait donc porter essentiellement sur les points suivants :
1* La mortalité après les opérations chirurgicales est-elle égale dans tous les
pays, ou varîe-t-elle suivant la race et les climats?
2* Les affections générales qui la déterminent se montrent-elles partout avec
la même fréquence relative, et sous les mêmes formes pathologiques?
3* Au cas où des différences notables seraient constatées, la part faite à la race
et au climat, quel rôle conviendrait-il d'assigner au régime, aux modes de panse-
ment et de traitement, à l'hygiène générale? etc.
I^s réponses à ces questions difQciles et importantes devront être basées, autant
que possible, non sur des impressions ou des souvenirs, mais bien sur des docu-
ments statistiques suffisamment explicites, et recueillis avec toute la Hgueur de la
science contemporaine.
QUESTION m.
EST-IL POSSniLB DE PROPOSER AUX DIVERS GOUVERNEMENTS QUELQUES MESURES EFFICACES
POUR RESTREINDRE LA PROPAGATION DES MALADIES VÉNÉRIENNES?
Les droits de la liberté individuelle imposent à la discussion de cette question
des limites naturelles qu'elle ne peut pas franchir. La solution du problème ne
sera donc pas cherchée dans une pénalité nouvelle, applicable aux individus qui
îivent sous la loi civile commime. Mais, dans un autre ordre d'idées, l'examen des
points suivants donnera vraisemblablement lieu à des conclusions fructueuses.
L'influence respective des diverses espèces de prostitution sur la propagation
des maladies vénériennes n'est qu'imparfaitement connue. Or, c'est là une sorte
de question préalable dont l'importance n'est pas douteuse. Si, en efl^et, des
documents positifs de provenances diverses démontraient qu'il existe à cet égard
des différences considérables entre la prostitution tolérée ou réglementée et la
prostitution clandestine, ces renseignements précis pourraient être le point de
départ de mesures administratives nouvelles, qui, légitimées à l'avance par l'ob-
servation scientifique, seraient déjà par elles-mêmes un véritable progrès.
Quels que soient au surplus les résultats de cette enquête, un fait est dès
aujourd'hui bien certain, c'est que la surveillance de la prostitution est insuffi-
sante au point de vue de la santé publique. Un contrôle plus efflcace est donc
nécessaire, et il y a lieu d'examiner les meilleurs moyens de Tobtenir.
U ne sera pas moins opportun de rechercher si quelques mesures spéciales
peuvent être appliquées aux soldats et aux marins; car en tous pays ces grandes
agglomérations d'hommes constituent des foyers de contagion, dont la puissance
exceptionnelle est depuis longtemps connue.
Telles sont les principales questions que soulève cet important problème
d'hygiène publique. Si quelques conclusions rigom*euses sont formulées sur l'un
ou l'autre de ces points, les délibérations du Congrès pourront servir de base à des
propositions motirées^ soumises à l'examen des gouvernements.
8 COKGRËS MÉDICAL INTBBNATIONAL.
QUESTION IV.
DE l'influence DE l'aUMENTAHON USXTÛE DANS LES DIFTÉRENTS PAYS SUR LA PRODCCnON
DE CZBTAINES MALADIES.
Le rôle de l'alimentation dans la production des maladies n'est pas contesté.
Mais^ en raison même de l'intérêt qu'il présente et des nombreuses questions
qu'il soulève, ce sujet est trop vaste pour êti*e traité fructueusement dans son
ensemble; aussi la commission a-t-elle jugé utile de le circonscrii*e entre des
limites plus étroites. Dans ce but, et s'attacbant de préférence aux données les
moins connues, elle a .éliminé du programme l'étude des boissons et de l'alimen-
tation insuffisante, dont l'action morbigène est clairement élucidée ; les recher-
ches seront donc bornées à l'alimentation exclusive et à l'alimentation nuisible.
Dans le premier ordre de faits, on étudiera les maladies accidentelles, endé-
miques ou épidémiques, qui peuvent résulter, soit de l'alimentation exclusive,
végétale ou animale, soit de l'usage habituel et prépondérant de certaines subsis-
tances, et Ton s'efforcera de saisir les raisons physiologiques des phénomènes
morbides qui sont ainsi déterminés. A cette même classe de faits appartiennent
aussi les accidents que produisent divers modes de préparation, la fumure, par
exemple, la salaison et le boucanage. Corollaires des premiers, les faits de ce
genre ne devront pas être négligés.
Sous le chef, alimentation nuisible, la commission n'entend pas comprendre
les substances vénéneuses qui peuvent être accidentellement employées comme
aliments; on laissera donc absolument de côté les empoisonnements produits par
les champignons, par les baies de belladone, par exemple, ou par certains pois-
sons constamment toxiques. On limitera l'examen aux altérations spontanées des
substances végétales et animales; on élucidera, s'il se peut, la nature de ces alté-
rations; on recherchera les conditions de temps et de lieu qui les favorisent, et
l'on décrira, en s' appuyant sur des faits positifs, les maladies que l'aliment ainsi
altéré peut amener chez l'homme. On s'efforcera, en outre, de déterminer Faction
pathogénique respective de l'alimentation exclusive et de l'alimentation nuisible
sur certaines maladies, la pellagre, par exemple, dont l'étiologîe n'est pas encore
parfaitement ûxée.
Ainsi entendu, le programme embrasse les éléments les plus obscurs du pro-
blème; aussi, bien que limité, il présente une utilité réelle et pour la science et
pour la pratique.
QUESTION V.
DE l'influence DES CLIMATS, DES RACES ET DES DIFFÉRENTES CONDITIONS DE LA VIE
SUR LA MENSTRUATION DANS LES DIVERSF3 CONTRÉES.
L'âge de la première menstruation et l'époque de la ménopause varient sui-
vant les climats, les races et le genre de vie. Le but de la question proposée est sur-
tout de déterminer la part de ces trois ordres d'influences, à l'aide d'observations
recueillies dans des conditions diverses, et ramenées cependant à des termes
comparables.
Les documents qui existent jusqu'ici dans la science ne sont peut-être pas assez
nombreux et assez variés pour permettre de résoudre dès maintenant cette ques-
tion compliquée ; mais la solution pourra ressortir du rapprochement des mé-
moires présentés au Congi'ès par les médecins des divers pays.
iinnoDucTiON.
Saut prétendre limiter en rien le cadre de leurs recherches^ k' Commission
croit deToir leur signaler les principaux éléments du prohlème.
Pour apprécier l'influence du genre de vie^ il faut comparer entre elles plu-
sieurs séries de femmes appartenant à la même race et résidant dans le même
pays^ mais vivant dans des conditions différentes. Ces séries peuvent aisément se
réduire à trois : les femmes de la classe aisée^ les ouvrières et femmes pauvres
des villes, et les paysannes. Les faits connus jusqu'ici tendent à établir que l'âge
moyen de la première menstruation présente dans ces trois groupes (qu'on pour-
rail au besoin multiplier) des différences assez notables.
La condition de comparer entre elles des femmes de même race se réalise assez
rarement, dans toute sa rigueur, dans les pays habités par les races d'Europo. La
plupart des populations européennes de l'ancien et du nouveau monde sont
issues du mélange de plusieurs races, plus ou moins étroitement fusionnées,
mélange qui se manifeste par la variation de certains caractères extérieurs, tels
que la couleur des yeux et des cheveux. U serait donc fori intéressant de noter
ces caractères anthropologiques 'dans les observations, afin de pouvoir établir
dans chaque groupe des groupes secondaires, composés d'éléments aussi compa-
rables que possible.
L'influence des climats sur les phénomènes de la menstruation ressortira de
rétttde de femmes de la même race, vivant sous des climats différents et dans
des conditions sociales à peu près équivalentes.
Enfin, les observateurs fixés dans des pays habités par des races bien distinctes
pourront, en établissant des groupes basés à la fois sur les conditions précédem-
ment indiquées et sur les conditions anthropologiques, et sans négliger l'étude
importante des femmes de sang mêlé, résoudre le problème de l'influence de la
race sur la menstruation.
fl est bien entendu que l'étude des anomalies de la menstruation, considérées
dans leurs rapports avec les influences sus-mentionnées, rentre directement dans
le sujet proposé (1).
QUESTION VI.
DE l'aCXXIMATEMENT DES RACES d' EUROPE DANS LES PAYS CHAUDS.
Les faits relatifs à l'acclimatement de l'individu ne sont pas compris dans la
(1) Les travaux entrepris dans le but de répondre à la question ne peuvent reposer que sur
des observations particulières, et ne peuvent d'ailleurs acquérir toute leur importance que par
le rapproebement qu'on établira entre les recherches des divers auteurs ; il est à désirer que
ces recherches, qui seront faites dans des conditions très-différentes, soient exécutées suivant
un plan uniforme. Nous invitons donc les luteurs à annexer à leurs mémoires un tableau
d'obsenrations individuelles, qu'ils pourront aisément disposer dans le cadre suivant :
3-*
o
Age.
Condition
«ociaie,
profewion.
Age
délai'*
menBtrua<
tion.
Ifenilma-
lion
régulière
DU irrégu-
lière.
Intenrallps
des
menstrua-
tions.
Durée
de
l'écoulo-
ment.
Mariée
ou
non.
Nombre
d'enfants
et de
fausses
couches.
Age
de la
méno-
pause.
I
On pourra y joindre d'autres renseignements relatifs à la taille, à la couleur des yeux et
des cheveux, à la constitution^ etc.
n est biea entendu que chaque bulletin devra être accompagné de renseignements sur le
liée de robsenratioa (longitude, latitude, altitude^ température, etc.).
10 CONGRÈS IfÊDICAt IMTKBNATIONAL.
question proposée. Les hommes d'Europe ne peuvent s' établir dans les pays chauds
sans s'exposer à certaines maladies qui accroissent plus ou moins leurs chanees
de mortalité; toutefois^ quelque grands que soient les dangers qu'ils encourent,
un certain nombre d'individus peuvent y échapper, soit à la faveur d'une fiexi*
bilité particulière d'organisation, soit à la faveur d'un genre de vie capable de
neutraliser l'influence nuisible du climat.
On évitera de confondre ces faits individuels avec ceux qui se rapportent à l'ac-
climatement d'une race. Un certain nombre, et môme un grand nombre d'indi-
vidus acclimatés ne suffirait pas pour prouver racclimatement de la race à
laquelle ils appartiennent, car il peut se faire que leurs descendants n'échappent
pas aussi bien qu'eux à l'action du climat, et que leur postérité soit appelée à
s'éteindre> comme il n'en existe que trop d'exemples» au bout de quelques gêné*
rations.
Une race n'est acclimatée dans un pays que lorsqu'elle peut s'y maintenir
indéOniment par elle-même, sans se croiser avec les races indigènes, et sans re-
cevoir de la mère patrie des renforts plus ou moins fréquents. Le procédé qui
consiste à démontrer l'acclimatement d'une race dans une colonie en se basant
purement et simplement sur l'augmentation du chiffre de la population, est donc
tout à fait défectueux. L'arrivée de nouveaux immigrants peut masquer entière-
ment les effets meurtriers du climat, et réaliser un accroissement numérique là
où la colonie, abandonnée à elle-même> serait menacée d'une extinction pro-
chaine. La comparaison de la natalité avec la mortalité, qui est cependant le
véritable procédé à suivre, n'échappe même pas à cette cause d'erreur, attendu
que la plupart des immigrants, ayant déjà traversé l'ftge de l'enfance, qui est la
période la plus dangereuse de la vie, ne figurent en général sur les relevés de
population qu'à partir du nioment où ils sont en état de procréer. De là résulte
la nécessité de séparer le groupe des immigrants de celui des colons nés dans
le pays.
Pour qu'une race soit complètement acclimatée, il ne suflit pas qu'elle se
maintienne par son propre sang; il faut encore qu'elle puisse subsister par son
propre travail, en cultivant.le sol, et non en le faisant cultiver par des individus
d'une autre race. L'acclimatement subordonné à l'assujettissement d'une caste
indigène ou exotique, réduite en domesticité ou en esclavage, ne peut être que
temporaire, comme les conditions politiques dont il dépend.
Le principal but de la question présentée au Congrès est d'obtenir des docu-
ments relatifs à l'accliniatement complet des races d'Europe dans les pays chauds.
Toutefois il ne sera pas sans intérêt d'étudier les conditions à la faveur desquelles
les races, bien que n'étant pas complètement acclimatées, peuvent du moins se
maintenir par le travail d' autrui dans des régions chaudes, où elles ne poun'aient,
sans périr, se livrer à la culture du sol.
Sans méconnaître l'utilité des travaux d'ensemble qui pourront être présentés
au Congrès sur la question proposée, la Commission croit devoir demander sui'-
tout des mémoires spéciaux sur l'acclimatement de tel ou tel peuple d'Europe
dans l'une des régions chaudes du globe. Elle émet le vœu que chacun de ces
mémoires soit accompagné de renseignements aussi complets que possible sur la
géographie médicale, la météorologie et la climatologie de ces régions.
IMTRODOCTtOtf. 11
QUESTION VIL
NS EinoZOAIRBS ST DIS BNT0PHYTK8 QUI PEUTBNT 6S DtVtLOPMA CRtt L'hoUICV.
La Commiiston, en propoiant comme sujet d' étude l'histoire des productions
parasitaires animales et Tégëtales, a été guidée dans son choix par l'importance
des recherches entreprises de notre temps.
Les traraux sur le parasitisme sont si nombreux et répondent à des directions
scientifiques tellement diverses^ que la première préoccupation de la Commission
a dû être et a été de limiter son programme. Il lui a paru nécessaire d'exclure
les notions définitivement acquises et déjà sanctionnées par une longue expé^^
rience, pour laisser de plus libres développements aux problèmes encore indécis,
et qui seuls appellent des débats fructueux. C'est en se conformant à cette pensée,
qu'elle s'est appliquée à restreindre le cadre de la discussion.
Les espèces parasitaires qu'on désigne sous le nom d'épiphytes ou d'épisoaires,
et qui ont pour habitat exclusif l'enveloppe cutanée ou les membranes muqueuses
qui conGnent à la peau, ont été l'objet d'investigations multipliées ; leur histoire
est déjà trop près d'être complète pour se prêter à une exposition nécessaire-
ment abrégée.
Les parasites animaux qui se développent dans le cours de quelques maladies,
intervenant tout au plus à titre de complication, et reconnaissant pour antécé*
dents obligés l'existence préalable d'une lésion locale ou générale^ n'ont pas paru
davantage devoir figurer dans le programme.
Même en se bornant à l'étude des espèces qui, importées dans l'économie,
deviennent des causes de maladies et donnent lieu à des altérations ou à des
symptômes particuliers (spécifiques), il importe de réserver la première place à
l'histoire naturelle. La pathologie occupe provisoirement le second rang, parce
qu'elle ne saurait être scientifiquement constituée que du jour où l'on aura des
notions positives sur la genèse, l'anatonde et la physiologie des parasites.
Les considérations relatives à l'hygiène publique, aux mesures de police médi-
cale, sont à exclure pour les mêmes raisons.
Les espèces animales qui ont paru devoir fixer surtout l'attention sont celles
qui, sujettes à des transfonnations profondes, ont des formes extérieures, des ha-
bitat et des modes de vivre qui varient avec les périodes de leur évolution; celles
surtout qui subissent de telles métamorphoses, qu'on n'est arrivé qu'à la longue
à saisir ou à entrevoir la continuité de l'individu sous la diversité de ses aspects.
Ces! dans cet ordre d'idées qu'ont été accomplies les découvertes les plus méri-
tantes de notre temps.
Si, au lieu de s'arrêter aux maladies dites parasitaires, on prend pour point de
départ l'étude diî parasite lui-même, il est évident qu'on ne saurait se renfermer
dans la pathologie humaine. Dans le cours de leur migration et suivant leur
mode d'existence, les parasites de Thomme habitent ou peuvent habiter des
espèces animales diverses, et y accuser leur présence pai* des symptômes qui
répondent à chaque stade de leur évolution.
Se renfermer dans l'histoire des parasites chez l'homme, ce serait non-seu-^
lement rompre la série, mais se priver des moyens d'investigation que fournissent
les animaux.
La question du parasitisme ne peut être résolue que par des recherches
12 CONGBiS. MfiDICAL INTERNATIONAI.
expëiimentales initituées dani des conditions que ne comporte pas la médecine
humaine.
La Commission insiste expressément sur la nécessité d'appuyer les opinions
émises par des expériences positives. Ce serait trop peu que d'exposer les faits
dont les observateurs ont été les témoins^ et qui pour la plupart sont consignés
dans les nombreuses monographies publiées sur la matière. 11 importe de mettre
sous les yeux des membres du Congrès les pièces préparées, des épreuves photo-
graphiques, des sujets vivants, de répéter autant que possible les expérimenta-
tions, de manière à fournir à la fois des preuves et des éléments de contrôle. La
seule condition pour que les séances du Congrès ne fassent pas double emploi avec
les traités dogmatiques, c'est de mettre sous les yeux de tous, les faits et les
moyens de démonstration.
Les mêmes principes s'appliquent à l'histoire des parasites végétaux ou des
entophytes, mais ici les données du problème sont plus complexes. La plupart
des espèces végétales, même en éliminant ceUes qui se fixent sur la peau, ne
sont que des productions secondaires développées sur des tissus déjà altérés. Elles
n'expliquent ni la genèse, nkméme le processus des phénomènes morbides, et ne
peuvent par conséquent servir à caractériser une maladie.
L'importance pathologique des entophytes reste bien au-dessous de ceUe des
entozoaires. Néanmoins, comme toutes les espèces sont loin d'être rigoureuse-
ment définies, il est à désirer qu'on insiste sur la classification, en appuyant les
descriptions par des spécimens et des pièces microscopiques.
Une exhibition des types contribuerait plus que les meilleures descriptions à
vulgariser des connaissances encore peu répandues.
Ce programme a été reproduit m extenso dans tous les journaux de médecine ;
il a été adressé à un grand nombre de médecins et de sociétés savantes ; et à
dater de ce moment le chifiVe des adhésions, croissant de jour en jour, démontra
clairement l'intérêt qu'avait éveillé chez nos confrères des deux mondes le projet
de cette grande réunion internationale : l'idée avait fait son chemin, l'opportunité
de l'œuvre était admise, le succès n'était plus douteux. Pour l'assurer et le
grandir encore, le Comité résolut, au commencement de l'année 1867, d'instituer
des correspondants dans les principales villes de la France et de l'étranger. Cette
mesure avait un double but : intéresser directement nos conft'ères à la réussite
du Congrès, faciliter les adhésions et en simplifier le groupement. La lettre cir-
culaire suivante fut la conséquence de cette résolution du Comité.
«Paris, 27 mars 1867.
» Monsieur et très-honoré confrère,
» Un Congrès médical international sera ouvert à Paris le 16 août 1867, sous
les auspices de Son Excellence le ministre de l'instruction publique. Recherchant
la meilleure maixhe à suivre pour assurer le succès de l'œuvre, le Comité central
a reconnu qu'il faut avant tout demander aux médecins de la province et de
l'étranger une participation active à l'organisation du Congrès, et que la voie des
délégations est à la fois la plus simple et la plus sûre.
» A la suite de cette délibération, la Commission a dressé une liste de délégués
qui ont pour mission de provoquer et de recueillir les adhésions, et de les faire
parvenir au Secrétaire général soussigné ; ce mandat n'impose d'ailleurs aucune
INTHODUCTIOM. 13
ohligalion personnelle. J'ai l'honneur de tous informer^ monsieur et cher con-
frère, que vous ayez été choisi comme correspondant délégué du Comité central.
.Nous espérons que vous voudrez hien répondre à notre appel et nous aider de
votre précieux concours dans l'accomplissement de cette œuvre scientifique. La
liste des délégués sera prochainement publiée, et dans le cas où vous ne pourriez
accepter la mission que nous sommes heureux de vous confier^ je vous prie de
m'en instruire aussitôt.
« Veuillez agréer^ monsieur et très-honoré confrère^ l'expression de ma
considération la plus distinguée.
)> Au nom du Comité^
» Le Secrétaire général^
» Jaccoud. »
c 5. £. — Aux termes de l'article 3 des statuts^ le prix de la souscription pour
les médecins français est de 20 francs ; les médecins étrangers ne sont soumis à
aucune contribution pécuniaire, i»
Un mois plus tard la liste des correspondants était définitivement arrêtée ; elle
a été publiée dans la Gazette hebdomadaire des 12 et 26 avrils et nous avons à
cœur de la reproduire ici^ car par leur zèle empressé et leur dévouement efficace^
ces éminents confrères ont acquis des droits réels à la reconnaissance du Comité
d'organisation et du Congrès lui-même.
CORRESPONDANTS DÉLÉtfUÉS FRANÇAIS.
MM. les docteurs :
A». — Berger, à Bourg.
Ai55£. — Guipon^ président de la Société locale, médecin en chef des hôpitaux,
à Laon. — Bourbier , président de la Société locale, à Saint-Quentin. —
Missa, président de la Société locale^ à Soissons. — Lacaze, à Château-Thierry.
Aluer. — Bergeon, vice-président de la Société locale, à Moulin. — Vannaire,
àGannat. — Coulhon, à Montluçon.
Alpes (Basses-). — Marcellin, à Digne.
Alpes (Hautes-). — Cornet, à Gap.
Alpgs-Maiutimes. — Pressât, à Nice. ^ Maure, président de la Société locale,
à Grasse.
AwÉcBE. — Benoit, à Privas.
AiioBiKes. — Tirman, à Charleville. — Toussaint, à Mézières.
ARiCœ. — Faure, à Foix. — Pauly, président de la Société locale, à Pamiers.
AcBE. — Pigeotte, président de la Société locale, à Troyes. — Guichard, président
de la Société médicale de l'Aube, à Troyes.
AiDe. — Castela, à Carcassonne. — De Martin père, président de la Société
locale, à Narbonne.
AvcnoN. — Rozier, président de la Société locale, à Rodez.
BoucBe»-DD-RBÔNE. — pTofcsseur Coste, directeur de TÉcole de médecine, à
Marseille. — Professeur Seux, à Marseille. — Professeur Fabre, secrétaire
général de la Société impériale de médecine, à Marseille. — • Chapplain, direc-
teorde V Union médicale de la Provence, à Mai^seille.
Calvun». — Professeur Yastel, directeur de l'École de médecine, à Caen. —
Professeur Le Prestre, à Caen.
ik CONGRÈS MtMGAL INTBENATIOÎIAL*
Cantal. -- Uourai»«€j a Aurillac.
CBAnsirrE. — Eyriaud, vice-préûdent de la Société locale^ chirurgien en chef de
l'hôpital^ à Angouléme.
Charente-Inf&rielhi, -^ Sauvé, président de la Société locale, à la Rochelle.
Cher. '— Lhonune, président de la Société locale, à Bourges.
CoRRjtzE. •<- Bardon» à Tulle.
Corse. — Frasseto, secrétaire de la Société locale, à Ajaccio.
Côte-d'Or. — Professeur Morlot, directeur de l'Ecole de médecine» à Dijon.
— Professeur Moyne, à Dijon. — Blanc, président de la Société locale, à
Dijon.
CÔTEs-DU*NoRp. -^ Rault, président de la Société locale, à Saint-Brieuc.
Creuse. — Poissonnier} vice-président de la Société locale, à Guéret.
DoRDOGNE. — Bardy-Delisle, président de la Société locale, chirurgien de l'hôpital,
à Périgueux.
DouBs. •— Coutenot, professeur à l'École de médecine, à Besançon.
Drôme. — Bonnet, secrétaire de la Société locale, à Valence.
Eure. — Fortin, président de la Société locale, à Évreu^.
Eure-et-Loir. — Voyet, président de la Société locale, à Chartres.
Finistère. — CofTec, secrétaire de la Société locale, à Quimper. — Penquer,
président de la Société locale, à Brest.
Gard. — CaseUes, à Nîmes. —• Serre, correspondant de l'Académie de médecine,
à Alais.
Garonne (Haute-). — Professeur Filhol, directeur de l'École de médecine, à Tou-
louse. — Dieulafoy, correspondant de l'Académie ^de médecine, à Toulouse.
— Bonncmaison, à Toulouse.
Gers. — Molas, président de la Société locale, à Auch.
Girunpe. — Professeur Gintrac, père, directeur de l'École de médecine, à Bor-
deaux.-^Gintrac (ils etJeannel, professeurs i l'École de médecine, à Bordeaux.
— Axain, professeur adjoint à l'École de médecine, à Bordeaux. — Dubreuilh,
secrétaire général du Congrès de Bordeaux. — Méran, rédacteur en chef de
WnûM médicale de la Gironde , à Bordeaux.
Hérault. — Professeur Bérard, doyen de la Faculté de médecine, à Montpel-
lier. — Bouisson, Courty, Fonssagrives et Martins, professeurs à la Faculté de
médecine, à Montpellier. — Jacquemet et Jaumc fils, rédacteurs du Monipelliei'
médical^ à Montpellier.
Ille-e-t-Vilaine. — Professeur Aussant, directeur de l'École de médecine ^ à
Rennes. —Toulmouche, professeur à l'École de médecine à Rennes. ^ Dayotj
professeur suppléant à l'École de médecine, à Rennes,
Indre. — Pinault> vice-président de la Société locale, à Chàteauroux.
Indre-et-Loire. — Professeur Herpin^ directeur de l'École de médecine, à
Tours. — DucIqs, professeur à l'École de médecine, à Tours. ^ Haime, corres-
pondant de l'Académie de médecine, à Tours. — Bodin (Loys), à Tours.
Isère. — Professeur Ârihei1-Dufresne> directeur 4« l'École de médecioej à
Grenoble.
Jura. — Loiseau, yice-préûdent de la Société locale, à Lon»«le*Saulnier.
Landes. «^ Duprat, à Mont-de-Marsan.
Loir-et-Cher. — Bodin (Ch.), à Blois, •
Loire. — Soviche, président de la Société locale> à Saint-Étienne.
Loire (Haute-). — Vibert, au Puy.
INnOBQCTlON. 15
LomE-LNFÉRiEURB. — Pihan*l>ufeiUay > [profeMeur à l'École de médecine, à
fautes. «^ Reurtaiu, professeur adjoint à TÉcoIe de médecine^ à Nantes.
Loiret. — ■ Vallet, correspondant de l'Académie de médecine, à Orléans. —
Huette, président de la Société locale, à Montargis.
Lot. — Caviole fils, à Gahors.
LoT-Er-GARO!fNB. -^ Gottz, secrëtaîTe de la Société locule, à Agen.
Lozère. -^ Chevalier, à Mende.
MjU!Œ-Br-LoiRK. -^ Professeur Daviers, directeur [de l'Ecole de médecine ,
à Angers.
MiRCHi. «^ Marin, médecin des épidémies, à Saini-Lô. -*- Loyer, secrétaire de
la Société locale, à Avranches. » Guiffard, secrétaire de la Société locale, à
Cherbourg.
Marne. — Titon, à Châlons-sur-Mame. -^ Professeur Maldan, directeur de
l'École de médecine, à Reims. — Décès, professeur à l'École de médecine, à
Reims. — Luton, professeur suppléant à l'École de médecine, à Reims.
Marne (Haute-). — Michel, à Ghaumont.
Matenni. — Bucqueti président de la Société locales à Laval. — Doisneau,
Becrétaire de la Sociélé locale, à Lava).
Mii'RTHE. — Professeur Simonin, directeur de l'École de médecine, à Nancy. —
Y. Pansot et Démange, professeurs à l'École de médecine, à Nancy. —• Puté-
gnat, correspondant de l'Académie de médecine, à Lunéville.
Meus. ^ Colson, à Bar*le«<Duc.
MoRBiHA». — ' Fouquet, président de la Société locale, à Vannes.
Moselle. — Dieu, président de la Société locale, à Mets.
NitvRE. -^ Robert Saint^^yr, président de la Société locale, à Nevers.
.Nord. — Professeur Caaeneuve, directeur de l'École de médecine, à Lille. —
Parise, professeur à l'École de médecine, à Lille. — > Rey, secrétaire général 4o
la Société centrale de médecine du Nord, à Lille. — Dasin, chirurgien de l'hô-
pital, à Cambrai. — Bagnerîs fils, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, à Douai. — Zan-
dyck, médecin de l'hôpital, à Dunkerque. — Decool, membre du conseil d'hy-
giène, à Hazebrouck* — Lejeal, chirurgien en chef de l'hôpital, à Valenciennes.
(hsE. — Colson, correspondant de l'Académie de médecine, à Noyon.
Or.se. — Damoiseau, président de la Société locale, à Alençon.
Pa<-de-Calais. — Professeur Ledieu, directeur de l'École de médecine, à Arras.—
Lestocquoy, professeur à l'École de médecine, à Arras.
PtT-DE-Dôiie. — Bourgade, professeur à l'École de médecine, àClermont-Ferrand.
PitHExÉEs (Basses-). — Duboué. à Pau. — Lafont, président de la Société locale, à
Bayonne.
Pyrexees (Hautes-).— Dimbarre, président de la Société locale, à Tarbes.
Pth£.hee&-0iuentalb8. — Râteau, à Perpignan.
RHi.*i (Bas-). — Prof. Ehrmann, doyen de la Faculté de médecine, à Strasbourg*
^ Hirts, Schûtienberger et Sëdillot, professeurs à la Faculté de médecine, à
Strasbourg. — * Essen, rédacteur en chef de la Qazetle méâkak, à Strasbourg*
fti&N (Haut^). -*• Fourquet, à Colmar.
HbÔ!7e. — Professeur Glénard, directeur de l'École de médecine, à Lyon. —
Teissier, professeur à l'École de médecine, à Lyon. *-*- Desgranges, professeur
adjoint à l'École de médecine, à Lyon. — Ghauveau, secrétaire général du
Congrès de Lyon, «» Philipeaux, à Lyon, -» Rédacteurs de la Gazette médieaiê
et du Journal de médecine à Lyon.
16 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
Saône (Haute-). — Voisard^ trésorier de la Société locale^ à Vesoul.
Saône-et-Loire. — Pemisset^ président de la Société locale^ à Hftcon. — Cha-
veyriat, à Chalon-sur-Saône. •
Sartre. — Bodereau, au Mans.
Savoie. — Michaud^ secrétaire de la Société locale^ à Chambéry.
Savoie (Haute-). — Lachcnal, président de la Société locale, à Annecy.
Seine-et-Marne. — Bancel fils^ secrétaire de la Société locale, à Melun.
Seine-Infêrieure. — Professeur Leudet, directeur de l'École de médecine, à
Rouen. — Duménil, professeur adjoint de l'École de médecine, à Rouen. —
Bouteiller, secrétaire général du Congrès de Rouen, à Rouen. — Maire, vice-
président de la Société locale, au Havre. — Lallemant, à Dieppe.
Seine-et-Oise. — Maurice, secrétaire de la Société locale, à Versailles. — - De-
vouge, à Corbeil. — Bibard, à Pontoise.
Sèvres (Deux-). — Tondut, secrétaire de la Société locale, à Niort.
Somme. — Padicu, professeur à l'École de médecine, à Amiens.
Tarn. — Causse, président de la Société locale, à Albi.
Tarn-et-Garonne. — Rivairol, président de la Société locale, à Montauban.
Var. — Théus, président de la Société locale, à Draguignan. — Professeur
J. Roux, à Toulon. — Professeur Barrallier, à Toulon.
Vaucluse. — Millet, président de la Société locale, à Orange.
Vendée. — Bouchet, président de la Société locale, à Napoléon-Vendée.
Vienne. — Professeur Orillard, directeur de l'École de médecine, à Poitiers. «-
Gaillard, professeur à l'École de médecine, à Poitiers. — Chédevergne, pro-
fesseur suppléant, à Poitiers.
Vienne (Haute-). -— Professeur Bardinet, directeur de l'École de médecine, à Li-
moges. — Mazard, professeur à l'École de médecine, à Limoges.
Vosges. — Garnier, président de la Société locale, à Épinal.
Yonne. — Barbier, à Auxerre.
ALGÉRIE.
Alger. — Professeur Patin, directeur de l'École de médecine, à Alger. — Texier,
professeur à l'École de médecine, à Alger. — Bertherand^ rédacteur de la
Gazette médicale de l'Algérie,
Oran. — Dupuy, médecin de l'hôpital civil, à Oran.
CORRESPONDANTS DÉLÉGUÉS ÉTRANGERS.
ANGLETERRE.
MM. les docteurs :
Londres. — Professeur Thompson. — Beigel, — Gueneau de Mussy. — V. de
Mène, chirurgien des hôpitaux, rédacteur de the Lancet — Roth. ^ E. Hart,
A. Wynter, rédacteurs du BrUish Med, JounuU. — The Medicai Times and Gaz,
Birmingham. — Professeur Poster.
LivËRPOOL. — Jnman, médecin de Northern Hospital. — The lÀverpool Med. Chir.
Beview.
Shelton. — Bamard Davis.
EDIMBOURG. — Professeur Hughes Bennett. — r^ EditiUnirgh Med. Jùwmai.
DuBUN. — Professeur Stokes. — Kidd, éditeur de the DuhUn quarteriy Jcwmal of
Med. Science. — • The Dublin Medic. PresB.
IlfTBODUCTION. 17
AUTRICHE.
ViEWE. — Professeur Duchek. — Professeur Oppolzer. — Professeui* Rokitansky.
— Professeur Sigmund. — M. Benedikt. — Kraus^ rédacteur^ de VAllgemeine
medic. Zeitung. — Pichler, rédacteur de VAllgemeine medk, Zeitung. — Schott.
— Wertheim. — Wittelshoefer, rédacteur de Wiener medic, Wocke^ischtift.
PiuGCE. — Professeur Halla, rédacteur de Viei-teljahrschnft fur diepraht, Heilk,
GRAND-DUCHÉ DE BADE.
Fribocrg E.N Brisgau. — i^ofesseur Funke.
Heidelberg. — Professeur Friedreich.
BAVIÈRE.
McincH. — Professeur Pfeufer.
WcRZBURG. — Professeur Bambcrger. — Professeur de Scanzoni.
ERLJLNGE5. — Eïike, Joumal fùr Kinderhronkhciten.
HAMBOURG.
Tûngel^ médecin de l'Hôpital général.
PRUSSE.
Berlin. — Professeur Frerichs. — Professeur Griesinger. — Professeur Liman. -*
Professeur Virchow. — Behrend. — M. Meyer. — Posner^ rédacteur de
BerHner klinische Wochenschrift» — A. Goeschen^ rédacteur de Deutsche Klinik.
BoxTT. — Professeur Naumann.
BRESJku. — Professeur Lebert. — Professeur MiddeldorplT. — Professeur Klopsch.
FRA2ccroRT-4UR-MEiN. — Varrentfapp.
GocTTiNGExS. — Professeur Henle. — Professeur Krausej
Grqfswald. — Professeur Bardeleben.
Hjuj.e. — Professeur Olshausen. — Professeur Weber.
Ha!cotre. — Krause.
Km.. — Professeur Esmarch.
RocnosBERG. «- Professeur Hirsch.
saJe.
Drésdc. — Professeur Richtcr. — Kûchenmeister.
LfZPZiG. — Professeur Crédé. — Professeur Wagner. — Professeur Wintet*. —
Professeur Wunderlich.
Ie:ia. — Professeur Czermak.
WURTEMBERG.
TcRtKCEîc. — Professeur Niemeyer.
BELGIQUE.
Brcxellcs. — Professeur Crocq. — Fallot. — Van Holsbeck. — Merchic,
inspecteur général du senicc de santé militaire.
Charleroi. — Boéns.
Cotrtrai. — Dambre.
ESPAGNE.
MiDRu>. — Tejada y EspaSa^ directeur de el Genio med. gutr. — Lopez de la
Vega, rédacteur de el Genio med, quir, — Sanfrutos^ rédacteur de et Siglo
medico. — Zambrano^ rédacteur de la Esparia medica,
ViLLADouD. — A. Bercero^ rédacteur de la Cancordia.
GRÈCE.
Atbéxes. « Calliburcès^ directeur de Ôlnic^jtfMtnv
18 CONGRÈS MimCAL IHTBIMATIOMAL.
HOLLANDE.
AusniiOAM. -^ Zeeman^ secrétaire de la Société médicale dcfi Pays-Bas. — Boo-
gaard^ rédacteur de la Ifeederlandsch Tijdsehrift voor Geneeêkunde.
HuuT. — Vogelvanger.
ITÀUE.
Florence. -^ Professeur M. Schiff. — Galligo, directeur de VlmparsUde. — Pro-
fesseurs Buffalini et Puccinotti, directeurs de to Spvrimentale, — Bos.
CoTRONE. — Cav. Giuseppe la Caméra.
Gênes. — Du Jardin^ directeur de la Uguria mediea,
MiL.\N. — G. Strambio, directeur de la Gazz. med, Ualiana.
Naples. — Professeur Palasciano. — Professeur de Renû^ directeur de U Filiatre
Sebezio, — Pietro Cavello, rédacteur d'tl Morgagni,
Palerme. — Professeur Cav. G. Bandiera.
Turin. — M. le président de rAcadémie royale de médecine. — Professeur
Moleschott. — Borelli, directeur délia Gazz, med. Ualiana,
ÉTATS ROMAINS.
Rome. — Attilio Donarelli.
PORTUGAL,
LiPBONNK, — Professeur Bartiosa* — Piofesseur Alvarenga.
PRINCIPAUTÉS UNIES.
BucHAREST. — Professeur Davila.
RUSSIE.
Saint-Pétersbourg. — Professeur Heyfelder. -. Kirch, rédacteur de PêUrshwrgef
med, Zeitschr,
SUEDE.
Stockholm. — Berg, chef du bureau de statistique,
SUISSE.
Berne. — Professeur Valentin.
Genève. — Lombard. — Baylon.
TURQUIE.
Constàntinople. — Professeur Marroin, médecin sanitaire. — 6a2€((e médicale
d'Orient. — Goudas, directeur de H Màtaaçt, twv 'AOyivô^v.
INDES.
Calcutta. — Fayrer, rédacteur de the Indian Armais ofm^d. &.
ABiÊRIQUË.
New-York. — Merrill. — The American Med. Times. ^ Kieinan, rédacteur d«
JVeio-york Médical Press. - O'Meagher, rédacteur de New^York Médical Press.
— Douglas^ directeur de American Médical Monihly.
Philadelphie. — Hays, dliecteur de the American Journal ofthe Med. Se. — Butler,
directeur de the Med. and Snrg. Reporter. - J. Bell, rédacteur de the Médical
£a;awmcr.— Atkinson, rédacteur de the North American Med. Chir. Beview.
Belleville (Canada). — CannilT.
Charleston. — The Charleston Med Chir. Journal and heview.
CmaNNATi. - Stevens, Murphy , directeurs de the CimsinnaH LoMit a$id Observer.
Atlanta. — Atlanta Med. and Surg. Journal.
San-Francisco. — The San Francisco Med. Press.
Pernambuco. — D'Aquino Fonceca.
AUSTRALIE.
Melbourne. — The Med. and SwrgiciU Review.
INTRODUCTION. it
Désireux de ne rien négliger de ce qui pouvait contribuer au succès de Tceuvre^
nous avons, à cette époque, commencé des démarches auprès des Compagnies
des chemins de fer français, à refifet d'obtenir une réduction de prix pour les
membres du Congrès. Nos instances n'ont pas été partout favorablement accueil-
lies, quoique les chefs du service médical des Compagnies eussent consenti avec
un empressement des plus méritoires à s'associer à nos efforts; malgré l'interven-
tion active de nos éminents confrères, BIM. Gallai'd, Giboin et Devilliers, les Com-
pagnies d'Orléans, du Midi, de l'Ouest et de L^on ont refusé toute concession ; en
ce qui concerne la ligne de Paris-Lyon, ce refus a été d'autant plus regrettable,
que, sur l'initiative de l'un de nos délégués à Florence, M. le docteur Galligo^ la
Société des chemins de fer de la haute Italie avait généreusement accordé une
réduction de 1^5 pour 100 sur toute l'étendue de son réseau (1).
Fort heureusement les Compagnies de l'Est et du Nord se sont montrées plus
libérales» et à notre demande, appuyée par MM. les docteurs Ouhnont et Gros,
elles ont répondu par une réduction de 50 poui* 100 sur le tarif ordinahre. Nous
saisissons avec empressement cette occasion de leur témoigner publiquement
notre reconnaissance; elle est d'autant plus vive, que la gracieuse courtoisie de
MM. les Administi-ateurs a singulièrement rehaussé à nos yeux la faveur qui nous
était accordée. M. de Rothschild, directeur de la Compagnie du Nord; M. Cousin,
ingénieur, chef de l'exploitation de la même ligne, et M. Jacquemin, directeur
de l'exploitation du chemin de l'Est, voudront bien recevoir l'expression de notre
gratitude, car ils Ont contribué autant qu'il a été en eux à la réussite du Congrès.
Au mois de mai 1867,1e Comité organisateur du Congrès de Bordeaux, désireux
de resserrer les liens qui l'unissaient déjà au Congrès de Paris, et de lui donner
une preuve efficace de sa généreuse sympathie, fonda un prix consistant en une
médaille d'or de la valeur de 600 francs, pour le meilleur travail présenté sur
l'une des questions du programme. 11 fut décidé d'un commun accord que ce
prix serait décerné par le Comité de Paris, assisté de M. le docteur Dubreuilh,
secrétaire général du Congrès de Bordeaux, et de deux membres du Comité de
cette ville : MM. Henri Ginti'ac et Sarramea ont été associés dans ce but à M. Du-
breuilh. Dans la dernière séance du Congrès, cette commission mixte a décerné le
prix à l'unanimité à M. le docteur Bourgade, professeur adjoint à l'école de Cler-
mont-Ferrand, pour son travail Sur les acàdefUs généraux qui erUrainent la mort
après les opérations chirvargicales. Ce mémoire est imprimé in extenso dans ces Actes,
et nous ne doutons pas que la lecture ne sanctionne un jugement qui fut accueilli
par les applaudissements répétés de l'assemblée.
Enfin, au couuuencement de juillet, des lettres ont été adressées aux ministres
de l'instruction publique des principaux États de l'Europe, à l'effet d'appeler
(1) yçki la lettre de concession :
c MiBitlên dn tmmix publics d*lUUe.
» Florence^ 6 août 1867.
» Monsieur le docteur Galligo,
9 En réponse à la letue qu'en qualité de délégué étranger de la Commission centrale
di Congrès médical international de Paris, vous aves envoyée à ce ministère en date du
2i juillet le soussigné a Tavantage de vous annoncer que la Société des chemins de fer de
la haute Italie a accordé un rabais de àb pour 100 aux médecins italiens qui se rendront au
Congrès médical international de Paris, depuis le 7 courant jusqu'au 6 de septembre prochain.
» Pour le commissaire général,
» Signé OBEHTY. •
20 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
directement leur attention sur cette grande réunion médicale et de leur en faire
connaître le progi*amme. L'accueil fait à cette notification en a démontré l'oppor-
tunité ; plusieurs de ces hauts fonctionnaires ont bien voulu accepter le titre de
membres honoraires du Congres^ et s'y faire représenter par des délégués officiels.
Ainsi préparé, le Congrès fut ouvert le 16 août, à deux heures, dans le grand
amphithéâtre de l'École de médecine, décoré à cette occasion des drapeaux: de
toutes les nations représentées dans cette enceinte. Le nombre des membres
fondateurs a été de 333; celui des membres adhérents s'est élevé à 589; en
outre, trois cents cartes avaient été distribuées à MM. les élèves en médecine : de
sorte qu'on peut évaluer à un minimum de 1200 le chiffre des confrères qui se
sont associés aux travaux du Congrès.
Après la clôture, qui a eu lieu le 28 août, le Comité d'organisation, en vertu de
l'article 12 des statuts, a repris ses fonctions pour procéder à la publication des
Actes du Congrès ; le dévouement et le désintéressement de nos habiles éditeurs,
MM. Asselin et Masson, nous ont grandement facilité cette tâche, et nous ne vou-
lons pas terminer cette notice historique sans leur expiimer hautement notre
reconnaissance.
Au nom du Comité,
Le Secrétaire général,
Jaccold.
CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL
DE PARIS
MEiMBRES HONORAIRES.
Belgique. — S. Exe. M. de Peereboom^ ministre de l'intérieur et de l'instruc-
tion publique.
FL&3kCE. — S. Exc. M. Duruy, ministre de l'instruction publique^ président ho-
Doniire du Congrès.
Hollande. — S. Exc. M. Heemskerk^ ministre de l'intérieur et de l'instruction
publique.
Portugal. — S. Exc. M. Ferrao Mertens^ ministre de l'intérieur et de l'instruction
publique. ^
— S. Exc. le comte d'Avila, vice-président de l'Académie royale des
sciences de Lisbonne.
Prisse. — S. Exc. le comte de Muehler^ ministre des cultes^ de l'instruction
publique et des afîaires médicales.
Russie. — S. Exc. M. Dmitry^ comte Tolstoy^ ministre de l'instruction publique.
DÉI^GUÉS DES GOUVERNEMENTS.
Bahére. — M. le docteur F. Seitz, professeur à la Faculté de Munich.
Belgique. — M. le docteur Crocq^ professeur à la Faculté de Bruxelles.
Frakœ. — M. le docteur Denonvilliersy inspecteur général de l' Université^ pro-
fesseur à la Faculté de Paris.
Portugal. — M. le docteur A. M. Barbosa^ professeur à la Faculté de Lisbonne^
médecin du roi.
Pkc?^. — 11. le docteur Frerichs, conseiller privé, professeur à la Faculté de
Berlin.
22 CONGRES MÊDICAt INTERNATIONAL.
r 9 f_ r r
DELEGUES DES SOCIETES SAVANTES
AMÉRIQUE.
AssùciaJtion médicale de l'État de Califorme : docteur Thomas M. Logan, de Sacra-
mento.
Collège médico-chirurgical du Canada : docteur Hingston, de Montréal.
CoUége médical de Chicago : professeurs Edmond Andrews, F. W* Fner.
Rush Médical Collège à Chicago : professeur J. W. Freer.
Collège médical de Galveston : professeur GreensyiUe Dowell.
Association médicale américaine du comté de Johns&n, dans l'Etat de lowa : docteur
WiUiam Vogt.
Société médicale de l'État de keniucky : docteurs ïh. Ë. Jenkins, Lawrence Smith,
Lunsford P. Yandell.
Université de là Louisiane : ptofesseur tobias Richardson.
Société médicale du Massachusetts, éistrict de Boston : doétéiii*é Calvin Ellis, John
Jeffiies, G. D. Homàns.
Société médicak du Massachusetts , district de Suffolk : docteurs Francis Brown, Ben-
jamin Ck>âman, Algemon Gooledge, John Stearns. John E. Tylér, J. B. Upham»
Académie de médecine de New-York : docteurs Fordyee Barker> J. Dalton^ C< D.
Smith.
Société médicale de l'État de Neu>-York : docteur Thomas G. Brinsmade, professeur
J. Dalton, docteur Druns, professeur J. Ferguson, professeur J. G.|Hutchinson,
professeur Alden March, docteur E. Stains, docteur A. Thompson.
Association médicale américaine : Fordyee Barker, de New-York 5 docteurs Brins-
made, de New- York; Brown-Séquard, de New-York; J. Hart, de New-York;
N. Pinkney, médecin de la marine des Etats-Unis; Gh. A. Pope, du Missouri;
Tyler, du Massachusetts; Wilson Jewell, de Pennsylvanie.
Nouveau collège médical de Jefferson, à Ne\c-York : professeur E. R. Maxson.
AssociaHon médicale de l'État d'Ohio i docteur Robert R. Mac Ilvaine.
Collège des médecins de Philadelphie : docteurs W. Lewis, W. J. Norris^ Wilson
Jewell.
ConseU de santé de Philadelphie : docteur Wilson Jewell.
Société médicale de l'État de Rkode-lsland : docteur G. L. Gollins, de Providence.
Association médicale provinciale de Bhode-Island : docteur G. L. Gollins, de Pro-
vidence;
ANGLETERRE.
Société médicale de Londres : docteur Victor de Méric, membre du collège royal
des chirurgiens d'Angleten'e.
Briiish Médical Association : docteur Ernest Hart, doyen de TÉcole de médecine
de St-Mary's Hospital, rédacteur en chef de the British Médical Journal.
TimiÔDtJCtlON. 2S
ESPAGNE.
Sûciéié médicale de Madrid : docteurs Cervera, Delgado^ Gonzalez Velasco.
Académie de médecine de Grenade : docteur Maestre di San Juan.
FRANCE.
Société de médecine de Bordeaux : MM. les docteurs Bonnet^ Delmas^ DubreuUh,
secrétaire général du Éongrès de Bordeaux; Ménuii Roner et Sarramea.
Société médico-chirurgicale des hôpitaux et hospices de Bordeaux : docteur Denucé,
président de la Soqiétë^ professeur à l'École de médecine de Bordeaux.
Société des sciences médiccdes de Lyon : docteur Chatin^ médecin de THÔtel-Dieu
de Lyon.
Satiété médicale américaine de Paris : docteur Johnston^
S'jrièté de médecùie de Bouen : docteur BouteiÙer, vice-président de la Société de
médecine de Rouen et du Congrès de Bordeaux, secrétaire général du Congrès
de Rouen.
bOLLÀNDE.
Société médicale des Paj/s-Bùs : docteur H. C. Basiilîg, chifiii^gien en chef dé la
forteresse de Berg-op-2oom.
ItALtE.
Académie de médecine de Turin : le conmiandeur professeur Carlo Demaria, le
commandeur professeur GioTanni borelli, le chevalier docteur Giuseppe Riz-
letti.
Académie royale des sciences de Palerme et Société de vacdncUion en Sicile : docteur
Frédéric Lancia di Brolo.
AmciaUon médicale italienne : le chevalier docteur Pietro Castiglioni, vice-prési-
dent de la commission executive à Florence; le chevalier docteur Isaac Galligo,
vice-président du comité médical de Florence, rédacteur en chef de Ylmpar-
ûak,
Cimité médical de Chieli : professeur de Meis, de l'université de Pologne.
Cijmité médical de Pavie : docteur F. Casorati.
TURQUIE.
Sadèté impériale de médecine de Constantinople : dbctéur A. Fauvel, médecin de
THÔtel-Dieu, à Paris, médecin consultant de l'Empereur.
24 CONGRÈS MÉDICAL INtERMATIONAL
BUREAU DU CONGRÈS
PRÉSIDENT.
M. Bouillaud, professeur à la Faculté de Paris, membre de l'Académie impériale
de médecine, médecin consultanl de l'Empereur.
VICE-PRÉSIDENTS.
Étranger. MM. Halla, professeur à l'université, de Prague.
— Lambl, professeur à Tuniversité de Kharkoff.
— De Méric, chirurgien des hôpitaux ûe Londres.
— Palasciano, professeur à la Faculté de Naples.
— Virchow, professeur à l'université de Berlin.
— Vleminckx, président de l'Académie royale de médecine de Bel-
gique.
France. . MM. Bérard , professeur et doyen de la Faculté de Montpellier.
— E. Gintrac, directeur de l'Ëcole de médecine de Bordeaux.
— Baron Larrey, membre de l'Académie impériale de médecine,
chirurgien de l'Empereur.
— Ricord, >ice-président de l'Académie impériale de médecine.
— J. Roux, professeur à l'Ecole de médecine navale de Toulon.
— Teissier, professeur à l'Ecole de médecine de Lyon.
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL.
— Jaccoud, agrégé à la Faculté de Paris, médecin de l'hôpital
Saint- Antoine.
SECRÉTAIRE TRÉSORIER.
— E. Vidal, médecin de l'hôpital Saint-Louis.
SECRÉTAIRES PARTICULIERS.
— Bail, agrégé de la Faculté de Paris.
— Bricheteau, chef de clinique de la Faculté de Paris, rédacteur
en chef du Bulletin de thérapeutique.
— Comil, chef de clinique de la Faculté de Paris.
— Desnos, médecin des hôpitaux de Paris.
— H. Gintrac, professeur à l'Ëcole de médecine de Bordeaux.
— Proust, agrégé de la Faculté, médecin des hôpitaux de Paris.
INTRODUCIIOlf. 25
LISTE
DES MEMBRES FONDATEURS ET ADHÉRENTS
MEMBRES FONDATEURS.
Abeille^ docteur en médecine à Paris.
Alcantaray^octeur en médecine à Alger.
Amussat, docteur en médecine à Paris.
Ancona (d'}y docteur en médecine à Paris.
Auburtin, docteur en médecine à Paris.
Aujôas-Turenne, docteur en médecine à Paris.
Auioux, docteur en médecine à Paris.
Avrard, docteur en médecine à la Rochelle (Charente-Inférieure).
Axenfeld, professeur à la Faculté de Paris^ médecin de l'hôpital Saint-Antoine.
Azam, professeur à TËcole de médecine de Bordeaux (Gironde).
Babu, docteur en médecine à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).
BaU, agrégé de la Faculté de Paris, secrétaire du Congrès.
Barbier^ docteur en médecine à Auxeire (Yonne)^ correspondant délégué.
Bairalliery professeur à l'Ecole de médecine navale de Toulon (Var), correspon-
dant délégué.
Barréy docteur en médecine à Paris.
Barthez (E.), médecin de l'hôpital Sainte-Eugénie, médecin du prince impé-
rial, membre du Comité d'organisation.
Barudel, médecin-miyor ^^ première classe à l'hôpital militaire de Lyon (Rhône).
Beauvais (de), docteur en médecine à Paris.
Béciard (J.), secrétaire de l'Académie impériale de médecine, agrégé de la
Faculté de Paris, membre du Comité d'organisation.
Béhier, professeur à la Faculté de Paris, médecin de l'hôpital de la Pitié,
membre du Comité d'organisation.
Beni-Barde, médecin de l'établissement hydrothérapique d'Auteuil (Seine).
Bérard, doyen et professeur de la Faculté de Montpellier (Hérault), vice-prési-
dent du Congrès.
Berchon, médecin principal de la marine militaire, directeur du service sani-
taire de la Gironde.
Bergeret* docteur en médecine à Montigny-les-Arsures (Jura).
Berrut, docteur en médecine à Paris.
Bertet, docteur en médecine à Cercoux (Charente-Inférieure).
Bertin (E.), docteur en médecine à Montpellier (Hérault).
Bertruid de Saint-Germain, docteur en médecine à Paris.
Bertulus, professeur adjoint à l'École de Marseille (Bouches-du-Rhône).
36 CONGRES VÈtnCkt lettBtlMATIONAt.
Besnier, médecin des hôpitaux de Paris.
Billod^ directeur de Tasile d'aliénés de Sainte-Gemmes (Maine-et-Loire).
Bitot, professeur à l'École de médecine de Bordeaux (Gironde).
Blanc^ docteur en médecine^ président de la Société locale à^Dijon (Côte-d'Or),
correspondant délégué.
Boinet, docteur en médecine à Paris.
Bole, docteur en médecine à Gastelsarrasin (Tam-et-Garonne).
Bonnet^ docteur en médecine à Bordeaux (Gironde).
Boppc, docteur en médecine à Nancy (Mfeurthd).
Bouchardat, professeur à la Faculté de Paris ^ membre du Comité d'organi-
sation.
Bouchut, agrégé libre de la Faculté de Paris, médecin de l'hôpital des Enfants.
BouiUaud, professeur à la Faculté de l'aris, président du Congrès.
Bouisson, professeur à la Faculté de Montpellier.
Bourdel, agrégé de la Faculté de Montpellier.
Bourdon, médecin de l'hôpital de la Charité, à Paris.
Bourgade, professeur à l'École de médecine de Clemiont-Ferrand.
Bouteiller, docteur en médecine à Rouen, sect*étau'e généi*al dU Congrès mé-
dical de cette ville.
Bricheteau, chef de clinique de la Faculté de Paris, secrétaire du Congrès.
Brierre de Boismont, docteur en médecine à Paris, maire-adjoint du 11* àtron-
dissement.
Broca père, docteur en médecine à Paris.
Broca (Paul), professeur à la Faculté de Paris, chirurgien de Thôpital Saint-
Antoine.
Brouardel, docteur en médecine à Paris.
Buot-Lalande, docteur en médecine à Vire (Calvados).
Buttura, docteur en médecine à Cannes (Alpes-Maritimes).
Cabanellas, docteur en médecine à Paris.
Cabanes, docteur en médecine à Servian (Hérault).
Caron, docteur en médecine à Paris.
Caudmont, docteur en médecine à Pans.
Casenave, médecin honoraire de l'hôpital Saint-Louis, à Paris.
Cazeneuve, directeur et professeur de l'École de médecine de Lille (Nord).
Cerise, docteur en médecine à Paris.
Chapplain, chirurgien des hôpitaux de Marseille (Bouche»-du-Rhône).
Gharcot, agrégé de la Faculté de Paris, médecin de la Salpètrière.
Chatin, médecin de l'Hôtel-Dieu de Lyon (Rhône).
Chauveau, professeur adjoint à l'École de Lyon, secrétaire général du Congtès
médical de cette ville^ correspondant délégué.
Chazarain, docteur en médecine à Bordeaux (Gironde).
Ghrestien, proftescur à l'École de Lille (Nord).
Churchill, docteur en médecine à Paris.
CoUineau, docteur en médecine à Paris.
Colson, docteur en médecine à Bar-le-Duc (Meuse)^ colrespondailt délé|ué;
Colson, docteur en médecine, correspondant de T Académie de médeéiiie &
Noyon (Oise), délégué du Comité d'organisation.
Combal, professeur à la Faculté de Montpellier.
Combes, docteur eil médecine à Paris.
lirftÔDtfGTtD!!. 27
Contour, docteur en médecine à PaH^.
ComU, chef de clinique de la Faculté de PàriA, ftéci'ëtaire du Congrès.
Cortejarena, chef de clinique de IIêl Faculté de MadHd (Ë^paghe).
Coste, dii^cteur et professeur de FËcôle de MArsèiUe (BoUchësMiu^AhAne), doN
respondant délégué.
Costes, professeur à l'École de Bordeaux (Giiyjndë).
Coty, docteur en médecine au HâVre (Selne^Ittférléui^e);
Couillaud, docteur en médecine à Ëpernay (Marné);
Coural, docteur en médecine à Saint^^^hiniafi (Hérault).
Courty, professeur à la Faculté de Montpellier^ Correspondant délégué.
Coutenot^ professeur à TËcole de Besançon (Doubs), corrèspondAtit délégué.
Culmann, docteur en médecine à Forbach (Moselle).
Cunéo, médecin de première classe de la marine, à tbiilon (Var).
Czajewski, docteur en médecine à Orléans (Loiret).
Dagrou, directeur de l'asile de Préniontré (Aisne).
Décès, professeur à Técole' de Reims (Marne), correspondant délégué.
Dechanibre, rédacteur en chef de la Gazette hebdomadaire, membre da Comité
d'organisation.
Delaplagne, docteur en médecine à Paris.
Delasiauve, médecin de l'hospice de la Salpétrière à Paris.
Deleau, docteur en médecine à Paris.
Delmas, docteur en médecine à Bordeaux (Gironde).
Delpech, agrégé libre de la Faculté de Paris, médecin de l'hôpital Necker.
Demarquay, chirurgien de la Maison municipale de santé à PaHs.
Denonrilliers, inspecteur général de l'Université, professeur de la Faculté de
Paris, chiinirgicn de l'hôpital de la Charité, vice-présldént du Comité d'organi-
sation.
Denucé, professeur à l'école de Bordeaux (Gironde).
Dero, docteur en médecine au Havre (Seine-lnfôrieure).
Desgranges, professeur adjoint à l'École de Lyoh, correspondant délégué.
Desnos, médecin des hôpitaux de Paris, secrétaire du Congrès.
Desprez, docteur en médecine à Saint-Quentin (Aisne).
Désorraeaux, chirurgien de l'hôpital Necker, à Paris. •
Destouches, docteur en médecine à Paris.
Devergie, médecin honoraire de l'hôpital Saint-Louis à PaHs.
Derouge, docteur en médecine à Corbeil (Seine-et-Oise), correspondant délégué.
Dimbarre, docteur en médecine, président de la Société locale à Tarbes (Hautes-
Pyrénées), correspondant délégué.
Douan, docteur en médecine à Dampierre (Moselle).
Doyen, professeur à l'École de Reims (Marne).
Duboué, docteur en médecine à Pau (Basses-Pyrénées), correspondant délégué.
Dubreuilb, secrétaire général du Congrès de Bordeaux, coirespondant délégué.
Dubrisay, docteur en médecine à Paris.
Duchenne (de Boulogne), docteur en médecine à Paril
Duguet, chef de clinique de la Faculté de Paris.
Dujardin-Beaumetz, chef de clinique de la Faculté de Paris.
Dumas, docteur en médecine à Paris.
Duménil, professeur adjoint à l'École de Rouen (Seine-Inférieure), correspondant
délégué.
28 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
Duprë, professeui' à la Faculté de Montpellier (Hérault).
DupuYy professeur à l'école de Bordeaux (Gironde).
Dupuy, docteur en médecine à Festieux (Aisne).
Dupuy, médecin de l'hôpital civil à Cran (Algérie), coiTespondant délégué.
Dupuy, docteur en médecine à Paris.
Duroàery docteur en médecine à Paris.
Duval^ directeur et professeurde l'École de médecine navale à Brest (Finistère).
Duval (V.), docteur en médecine à Paiis.
Ehrmann, docteur en médecine à Mulhouse (Haut-Rhin).
EmpiSy agrégé libre de la Faculté de Paiis^ médecin de l'hôpital de la Pitié.
Eyriaud^ chirurgien en chef de l'hôpital d'Angoulême (Charente) , correspondant
délégué.
Fabre, professeur suppléant à l'école de Marseille (Bouches-du-Rhône), corres-
pondant délégué.
Falize, docteur en médecine au Havre (Seine-Inférieure).
Falret, docteur en médecine à Paris.
Fano^ agrégé libre de la Faculté de Paris.
Fauvel (A.), médecin de l'Hôtel-Dieu à Paris.
Fauvel (Ch.), docteur en médecine à Paris.
Fauvelle, docteur en médecine à Laoi:\ (Aisne).
Favrot, docteur en médecine à Paris.
FoUin, agrégé libre de la Faculté de Paris, chirurgien de l'hôpital Cochin,
membre du Comité d'organisation.
Fonssagrives, professeur à la Faculté de Montpellier (Hérault), correspondant
délégué.
Fouquer, président de la Société locale à Vannes (Morbihan), correspondant dé-
légué.
Fremaux, docteur en médecine à Paris.
Fumouze, docteur en médecine à Paris.
Galezowski, docteur en médecine à Paris.
Gallard, médecin de l'hôpital Lariboisière, à Paris.
Garin, docteur en médecine à Lyon (Rhône).
Garnier, président de la Société locale à Ëpinal (Vosges), correspondant délégué.
Garrigou-Desarènes, docteur en médecine à Pai'is.
Gavarret, professeur à la Faculté de Paris, vice-président du Comité d'organi-
sation.
Gérard, docteur en médecine à Chàlons-sur-Marne (Marne).
Gibert, docteur en médecine au Havre (Seine-Infériem*e).
Gintrac (E.)^ directeur et professeui* honoraire de l'École de Bordeaux, président
du Congrès de cette ville, correspondant délégué, vice-président du Congrès.
Gintrac (H.), professeur à l'École de Bordeaux, correspondant délégué, secrétaii*e
du Congrès.
Giraud^ docteur en médecine à Nice (Alpes-Maritimes).
Gombault, médecin des hôpitaux de Paris.
Gosselin, professeur à la Faculté de Paris, membre du Comité d'organisation.
Gouraud, docteur en médecine à Paris.
Gourdin, docteur en médecine à Paris.
Gros, docteur en médecine à Paris.
Giiiby, docteur en médecine à Paris.
INTRODUCTION. 29
Gublcr, agrégé libre de la Faculté de Paris^ médecin de Thôpital Beaujon.
Gneneau de Mussy, agrégé libre de la Faculté de Paris, médecin de THôtel-Dieu.
Guénioty cbirurgien des hôpitaux de Paris.
Guersaut, chirurgien honoraire de l'hôpital des Enfants, à Paris.
Guipon, médecin en chef des hôpitaux de Laon (Aisne), cori'espondant délégué.
Guyot, médecin des hôpitaux de Paris.
Gyoux, docteur en médecine à Saint-Jean-d'Angély (Charente-Inférieure).
Hallequen, docteur en médecine à Châteaulin (Finistère).
Hameau, docteur en médecine à Arcachon (Gironde).
Hardy, professeur à la Faculté de Paris, médecin de Fhôpital Saint-Louis.
Hcnrot, professeur à TÉcole de Reims (Marne).
Hérard,. agrégé libre de la Faculté de Paris, médecin de l'hôpital Lariboisière.
Herpin, directeur et professeur de T École de Tours (Indre-et-Loire), correspon-
dant délégué.
Herschell, docteur en médecine à Paris.
Heurtaux, professeur adjoint à TÉcole de Nantes (Loire-Inférieure), correspondant
délégué.
Hillairet, médecin de l'hôpital Saint-Louis, à Paris.
Hirtz, professeur à la Faculté de Strasbourg (Bas-Rhin), correspondant délégué.
Horteloup, médecin honoraire de l'Hôtel-Dieu, à Paris.
Horteloup fils, docteur en médecine à Paris.
Hubert, docteur en médecine à Sommesous (Mai*ne).
Hugotj docteur en médecine à Laon (Aisne).
Jaccoud, agrégé de la Faculté de Paris, médecin de l'hôpital Saint-Antoine.,
secrétaire général du Congrès.
iacquemety agrégé clc la Faculté de Montpellier, correspondant délégué.
Jarjavay, professeur à la Faculté de Paris, chh*urgien de l'hôpital Beaujon.
Jaume, professeur à la Faculté de Montpellier, correspondant délégué.
Jaume (A.)^ agrégé de la Faculté de Montpellier, correspondant délégué.
Jeannel, professeur à l'École de Bordeaux, rédacteur en chef du Journal de méde*
me de Bordemix,
Johnston , docteur eu médecine à Paris.
Joulin, agrégé de la Faculté de Paris.
Kœberlé, agrégé de la Faculté de Strasbourg (Bas-Rhin).
Kosciakewiz, docteur en médecine à Rive-de-Gier (Loire).
Kowiski, docteur en médecine à Cette (Hérault).
Labat, professeur à l'École de Bordeaux (Gironde).
L&boulbène, agi-égé de la Faculté de Paris, médecin de l'hôpital Saint-Antoine.
Ladaverie, doctem* en médecine à Bordeaux (Gironde).
Ladreit de Lacharrière, médecin de l'établissement des sourds-muets à Paris.
Lagneau fils, docteur en médecine à Paris.
LaUementj docteur en médecine à Charleville (Ardennes).
Lancereaux, chef de clinique de la Faculté de Paris.
Lanelongue, professeur à l'école de Bordeaux (Gironde).
L^yre, docteur en médecine à Ixxlève (Hérault).
Larrey (baron), chirurgien de l'Empereur, médecin4nspecteur, membre du
Conseil de santé des armées, vice-président du Congrès^
Lasèguc, professeur à la Faculté de Paiis, membre du Comité d'organisation*
Latour (A.); rédacteur en chef de VUrdm médkale à Paris.
80 CONGRES MtOIGAl lllTBRNATIONAL.
Le Cadre (oncle)^ docteur en médecine au Havre (Seine-Inférîeure).
Lécorchë, docteur en médecine à Paris.
Lecygne^ docteur en médecine à Notre-DamchdQ^Iiesse (Aisne).
Le Fort (L.)^ agrégé de la Faculté de Paris, chinu*gien de Thôpital du Midi.
Legouest, professeur au Val-de-Gr4ce, à Paris.
Lejeal, chiiiirgien en chef de l'hôpital de Valenciennes (Nord}> correspondant
délégué.
Leroy-Duprc, médecin en chef de rétablissement bydrothérapique de BelleTue
(Seine).
Leudet, directeur et professeur de l'École de Rouen (Soine-Inférieure)^ corres-
pondant délégué.
LcYi Pellegrino, docteur en médecine à Paris.
Levieux, vice-président du Conseil d'hygiène de Bordeaux (Gironde).
Lévy Michel, directeur de l'Ecole de médecine du Val-de-Gràce, à Pai'is.
Uebermann, docteur en médecine à Paris.
Liebreicbf docteur en médecine à Paris.
Liégeois, agrégé de la Faculté de Paris, chirurgien des hôpitaux.
Linas, docteur en médecine à Paris.
Lionet, docteur en médecine à Champueil (Seine-«t«Oise).
Uosa, docteur en médecine à Bininoy (Seino-et-Oise).
Longet, professeur à la Faculté dQ Paris, membre 4tt l'Institut, m«|iibr« du
Comité d'organisation.
Luton, professeur suppléant à l'Ëcol^de Reims (Marna)» eorre^ndant délégué.
Luys, médecin de l'hôpital de Lourcine, à Paris.
Mabit, professeur à l'École de Bordeaux (Gironde),
Magail, professeur adjoint à l'École de Marseille (Bouchea-du-^btoe).
Magitot^ docteur en médecine à Paris.
Maire, docteur en médecine^ vice-président de la Société locale au Havre (Seine-
Inférieure), coiTOspondant délégué.
Maisonneuve, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, à Paris.
Maldan, directeur et professeur de l'École de Reims (Marne).
Malles, docteur en médecine à Paris.
Mandl, docteur en médecine à Paris.
Marchai, de Calvi, agrégé libre de la Faculté de Paris.
Margueritte, docteur en médecine au Havre (Sein^-lnférieure).
Marjolin, chirurgien de l'hôpital Sainte-Eugénie, à Partes
Marmisse, docteur en médecme k Bordeaux (Gironde).
Dq Martin, pare, pré9id<)nt de la Société locale à Narboime (Aude)« camnieBéaiit
délégué.
Martineauj docteur w médecina à Paris.
Mattei, docteur en médecine à Paris.
Maurice, docteur en médecine à YarsaiU«s (SniiMMt-^Msa), oonespondiBi dé*
légué.
Mayer (Al.), docteur en médacin^ à Paris.
Mazard, professeur à l'École de Limoges (Haute-Vienne), eorrespondaiii délégué.
Mage, médecin de première classe de la marine, à Teulon (Var).
Méran, rédacteur en chef de T Vnm médk4iU d# I0 Qvomk, à Bordeaux, OMVes-
pondant délégué.
Mercier (Aug.), docteur en médecine k Paria*
INTROOUCTlOlf. 31
Mesnet^ médecin de Thâpital Saint*Antoine, à Paiis.
Meyer (E.), docteur en médecine à Paris.
Micé, professeur à l'École de Boixleaux (Gironde).
Michel, docteur en médecine à Chaumont ( Haute <• Marna), correspondant dé-
légué,
Millard, médecin de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris.
Milon, docteur on médecin^ à Paris.
Moiiot, directeur et professeur de rËcolc de Dyon (Càte*d'Or), correspondant
délégué.
Morpain, docteur en médecine à Paiis.
Mottet, docteur en médecine à Paris.
Mougeot^ docteur en médecine à Bar-Bur-*Aube (Aube).
Uoura Bourouillou, docteur en médecine à Paris.
Moutard-Martin, médecin de l'hôpital Beaiûon^ à Paris.
Noguès, docteur en médecine à Paris.
Nonat, médecin de l'hôpital de la Ghaiité, h Paris.
Odier, docteur en médecine à Paris.
Ollier, chirurgien des hôpitaux de Lyon (Hhône).
Ore, professeur à l'Ecole de Bordeaux (Giit)ndd)»
Otterbourgj docteur en médecine à Paris.
Oulmont, médecin de l'hôpital Lariboisière, à Paris.
Papillaud, docteur en médecine à Saujon (Charcnte-Inférieura).
Paquet, docteur en médecine à Roubaix (Nord),
Pantaleoni, docteur en médecine à Nice (Alpes-Maritimes).
Panse, professeur à l'École de Ulle (Nord)^ correspondant délégué.
Paul, agrégé dç la Faculté dQ Paris, médecin des hôpitaux.
Perrin (E.-R.), docteur en médecine à PariSj secrétaire général de la Société
médico-pratique.
Pery, docteur en médecine à Bagnères^e^Luchon (Haute«Garonne).
Petit, docteur en médecine à Lille (Nord).
Petit, docteur en médecine à Château-Thierry (Aisne).
Phiiipeaux, docteur en médecine à Lyon (Rhône)» correspondant délégué.
Picard (A.)^ docteur en médecine à Marseille (Bouches-4u-Rhône).
Pierre, docteur en médecine k Autan (Saône-et«Loire),
Pillon, docteur en médecine k Paris.
Pinel-Grandchamp, docteur eu médecine à Paris*
Planche, docteur en médecine à Montpellier (Hérault)*
Pla»e, Q^édecin yétérinaire à Niort (Deux-Sèvres).
Polaillon, agrégé de la Faculté de Paris.
Porqu^tj docteur en médecine à Vire (Calvados).
Potain, agrégé de la Faculté de Paris» médecin de Vhôpital N@cW«
Pnmst, agrégé de la Faculté de Paris, [médecin des hôpit^uxj secrétaire 4u
Congrès.
Putégnat, docteur en médecine, correspond^ut de TAcadéinie de mëdçclue à
Lunévilltt (Meurthe)5 correspondant délégué.
Py, docteur en médecine à Narbonne (Aude)-
Raciborsldj docteur en médecine à Paris;*
Rames, docteur en médecine à Aurillac (Cwtat)*
Rayer, professeur à la Faculté de Paris» membre de l'Institut.
32 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
Raynaud^ sigrégé à la Faculté de Parb^ médecin des hôpitaux.
Rech^ docteur en médecine à Paris.
Reliquet^ docteur en médecine à Paris.
Rey> docteur en médecine à Lille (Nord).
Ricord^ chirurgien honoraire de l'hôpital du Midi^ vice^résident de rAcadémie
de médecine^ vice-président du Congrès.
Robin (Ch.), professeur à la Faculté de Paris^ membre de l'Institut, membre du
Comité d'organbation.
Roger, agrégé de la Faculté de Paris, médecin de Thôpital des Enfants.
RoUet, chirurgien des hôpitaux de Lyon (Rhône).
Rousset, professeur à F École de Bordeaux (Gironde).
Roux (J.), directeur du service de santé de la marine à Toulon (Var), rice-prési-
dent du Congrès.
Rozier, docteur en médecine à Bordeaux (Gironde).
Sabatier, agrégé de la Faculté de Montpellier (Hérault).
Sarramea, docteur en médecine à Bordeaux (Gironde).
Semelaigne, docteur en médecine à Neuilly (Seine).
Seux, professeur à l'école de MarseiUe, correspondant délégué.
Shrimpton, docteur en médecine à Paris.
Simonin, directeur et professeur de l'école de Nancy (Meurihe), correspondant
délégué.
Simonot, docteur en médecine à Paris.
Société centrale de médecine du département du Nord.
Sorbets, docteur eu médecine à Aire-sur-l'Adour (Landes).
Sternberg, docteur en médecine à Pessac (Gironde).
Tardieu, professeur à la Faculté de Paiis, président de l'Académie de médecine,
Ticfr-président du Comité d'organisation.
Tamier, agrégé de la Faculté de Paris, chirurgien des hôpitaux.
Tavemier, docteur en médecine à Thonon (Haute-Saône).
Teissier, professeur à l'École de Lyon (Rhône), correspondant délégué, ^ice-
président du Congrès.
Testelin, docteur en médecine[à Lille (Nord).
Texier, professeur à l'École d'Alger, correspondant délégué.
Thierry, docteur en médecine à Bar-le-Duc (Meuse).
Thomas (A.), professeur à l'École de Reims (Marne),
Thomas, docteur eu médecine à Chatel-su>Moselle (Vosges).
Thuhé, docteur en médecine à Paris.
Titon, docteur en médecine à Châlons-sur-Marne (Marne), correspondant délé-
gué.
Tondut, docteur en médecine à Niort (Deux-Sèvres), correspondant délégué.
Trencart, docteur en médecine à Venins (Aisne).
Trollier, docteur en médecine à Alger.
Valcourt (de), docteur en médecine à Cannes (Alpes-Maritimes).
Valdès, docteur en médecine à Paris.
Vallet, docteur en médecine, correspondant de l'Académie de médecine à Or-
léans (Loiret), correspondant délégué.
Vast, docteur en médecine à Vitry-le-François (Marne).
Vauquelin, docteur en médecine à Paris.
Vaussin, docteur en médecine à Orléans (Loiret).
INTRODUCTION. 33
Veroeuil, agrégé libre de la Faculté de Paris, chirurgien de l'hôpital Lariboisiëre,
membre du Comité d'organisation.
Vibcrt, docteur en médecine au Puy (Haute-Loire)^ correspondant délégué.
Vidal (E.], médecin de l'hôpital Saint- Louis à Paris ^ secrétaire -trésorier du
Congrès.
VIgla, médecin de THôtel-Dieu à Paris.
Vi^y, docteur en médecine à Pogny (Marne).
Villemin^ agrégé de l'École du Val-de-Gràce, à Paris.
Walnié, docteur en médecine à Chauny (Aisne).
Wûrtz, doyen et professeur de la Faculté de Paris^ membre de l'Institut^ membre
du Comité d'organisation.
MEMBRES ADHÉRENTS.
AMÉRIQUE.
MM.
Andrews (E.), professem* à Chicago (États-Unis).
Aquino (d*) Fonceca^ docteur en médecine à Pernambuco (Brésil)^ correspondant
délégué.
Atkinson, rédacteur de the Nwth Amencan Med. Chir. Raiew, à Philadelphie
Etats-Unis), correspondant délégué.
Barker (F.), docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Bell, rédacteur de the Med. Examiner, h Philadelphie (États-Unis), correspondant
délégué.
Boswoeth, docteur en médecine à Chicago (États-Unis).
Bowditch, professeur à Boston.
BHosniade (Th.), docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Brown (F.), docteur en médecine à Boston (États-Unis).
Bro\(n-Séquard, professeur à New-York (États-Unis).
Burdett, docteur en médecine à Bellevillc (Canada).
Butler, directeur de the Med, and Surg. Reporter, à Philadelphie (États-Unis),
correspondant délégué.
CannifT, docteur en médecine à Belle viUe (Canada), correspondant délégué.
Codman, docteur en médecine à Boston (États-Unis).
CoUins, docteur en médecine à Providence (États-Unis).
Cooledge, docteur en médecine à Boston (États-Unis).
Dalton (J.), professeur à New-York (États-Unis).
Douglas, directeur de the American Med. Monthly, à New-York (États-Unis), cor-
respondant délégué.
Dowell (Gr.), docteur en médecine à Galveston (États-Unis).
Downs, docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Druns, docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Duunham, docteur en médecine à Saint-Louis (États-Unis).
Calon (M.}, docteur en médecine h Pcaria 111 (États-Unis).
Qlis (C), docteur en médecine à Boston (États-Unis).
Fenwick, docteur en médecine à Montréal (Canada), directeur du Canada Med.
humai,
Ferguson (J.), professeur à New-York (États-Unis).
Franklin de Amaral, docteur en médecine à Rio-de-Janeiro (Brésil).
Freer, professeur à Chicago (États-Unis).
3
Zk CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
Hart (J.), docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Hays {l,)f directeur de the American Journal of Med. Se,j à Philadelphie (Ëtats-
Unis), correspondant délégué.
Hébert» docteur en médecine au Canada.
Hingston» docteur en médecine à Montréal (Canada).
Holcomb, professeur à New-York (États-Unis).
Homans (C. D.)» docteur en médecine à Boston (États-Unis).
Hutchinson» professeur à New-York (États-Unis).
Hutchuys (C.)» docteur en médecine à Brooklyn (États-Unis).
iWaine (R. R. M,), docteur en médecine à Cincinnati (États-Unis).
JefTries (L), docteur en médecine à Boston (Étals-Unis).
Jenkins» docteur en médecine à Louisville (Kentucky).
Jewell (W.)» docteur en médecine à Philadelphie (États-Unis).
Kieman» rédacteur de the New-Yor^ Med. PresSy à New-York (États-Unis)» cor*
respondant délégué.
Lewis (W.)» docteur en médecine à Philadelphie (États-Unis).
Logan (Th.), docteur en médecine à Sacramento (Californie).
March (A.)» professeur à New-York (États-Unis).
Maxson (Ë. R.)» professeur à New-York (États-Unis).
Merrill» docteur en médecine à New- York (États-Unis).
Murphy» directeur de the Cincinnati Lawet and Observer, à Cincinnati (États-Unis).
Neftel» docteur en médecine à Cincinnati (États-Unis).
Norris (W. J.), docteur en médecine à Philadelphie (États-Unis).
O'Meagher» rédacteur de the Neio^Yorh Med. Press, à New- York (États-Unis),
correspondant délégué.
Pancoast» professeur à Philadelphie (États-Unis).
Pereira» docteur en médecine à Pernambuco (Brésil).
Peterzo» docteur en médecine à Pernambuco (Brésil).
Pinckney (N.)» docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Pope (C. A..), docteur en médecine à Saint-Louis (États-Unis).
Potts (L.)» docteur en médecine à Belleville (Canada).
Pi*att» docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Ramirez» docteur en médecine à Mexico (Mexique).
Ricard» docteur en médecine au Canada.
Richardson (T.)» professeur à TUniversité de la Louisiane (Etats-Unis).
Rey (H.)» médecin de première classe de la marine, miyor à bord du Phkgetcn
(station nayale des Antilles).
Rodenstein» docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Sausa Braga (de)» docteur en médecine à Bahia (Brésil).
Silva (da)» docteur en médecine à Pernambuco (Brésil).
Sims (Marion)» docteur en médecine de New-York (États-Unis).
Smith (C. D.)» docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Smith (L.)» docteur en médecine à Louisyille (États-Unis).
Stains (E.), docteur en médecine à New-York (États-Unis).
Stearns (J.)» docteur en médecine à Boston (Ëtats-^nis).
Stephenson (U.), docteur en médecine àNew-Vork (États-Unis).
Stevens» directeur de the CincintioH Lancei and Observer, à Cincinnati (États-
tJnis)» correspondant délégué.
Thompson (A.)» docteur en médecine à New-York (États-Unis).
INTRODDCnON. 35
Tyler (J.), docteur en médecine à Boston (États-Unis).
Iglesias, docteur en médecine à Mexico (Mexique).
Ipham (J. B.), docteur en médecine à Boston (États-Unis).
Vogt, docteur en médecine dans l'État de lowa (États-Unis).
Warren, docteur en médecine à Boston (État»-Unis).
Yandell (L. P.), docteur en médecine à LouisYille (États-Unis).
ANGLETERRE.
Alexander^ docteur en médecine à Halifax.
Beigely docteur en médecine à Londres, correspondant délégué.
Beale (Lionel), professeur à Londres.
Berkart, docteur en médecine à Edimbourg.
Bennett (Hughes), professeur à Edimbourg.
Bini, professeur à Londres.
BoiTen, docteur en médecine à Londres.
Branthwaite, docteur en médecine à Itrighington (Ecosse).
Brodhurst, docteur en médecine à Londres.
Buraey Yeo, docteur en médecine à Londres.
Chapmann, docteur en médecine à Londres.
Chater, docteur en médecine à Londres.
Clarke (A.), professeur à Londres.
Comwall, docteur en médecine à Edimbourg.
Cowie (R.), îles Shetland (Ecosse).
(jyan (R.), professeur à Dublin.
DaTis (Bamard), docteur en médecine à Shelton (StafTordshire).
Doagal Mason, docteur en médecine à Edimbourg.
Down, docteur en médecine à Londres.
Drysdale, docteur en médecine, secrétaire de la Société Harvéienne à Londres.
Dnnn, docteur en médecine à Londres.
Faire (J. D.), docteur en médecine à Londres.
Poster, professeur à Birmingham, correspondant délégué.
Gos6, docteur en médecine à Londres.
Greenhalgh, docteur en médecine à Londres.
Guccione, docteur en médecine à Londres.
Gaeneau de Mussy, docteur en médecine à Londres, correspondant délégué.
Uare, docteur en médecine à Londres.
Rarrison Rogers, docteur en médecine à Londres.
Hart (E.), professeur à Londres, rédacteur en chef de ihe BrUish Med. Joumaly
correspondant délégué.
Haward, docteur en médecine à Londres.
Bayes (i.), docteur en médecine à Dublin.
Hinton (i.), docteur en médecine à Londres.
Hrniter Dixon, professeur à Edimbourg.
Inman, médecin du Northern Hospital à Lberpoolj correspondant délégué.
Kidd, directeur de the Dublin Quarterly Jawmal of Med, Science, à Dublin, corres-
pondant délégué.
Laorence, chirurgien de l'Hôpital ophthalmologique à Londres.
Lee (E.), docteur en médecine à Londres.
Lee (H.), docteur en médecine à Londres.
36 colnghès médical international.
Mason^ docteur en médecine à Londres.
Meredyth, docteur en médecine à Londres.
Méric (de), chirurgien des hôpitaux de Londres^ rédacteur de the Lancet, cor-
respondant délégué, vice-président du Congrès.
Miles, docteur en médecine à Gillingham.
Milner Barry, professeur à Londres.
Mitchell, docteur en médecine à Londres.
Moore (W.), professeur à Dublin, vice-président du Collège des médecins d'Irlande.
Morell Mackenzie, professeur à Londres.
Oates, docteur en médecine à Londres.
O'Connor, docteur en médecine à Londres.
O'Leary Powell, docteur en médecine à Cork (Irlande).
Oppert, docteur en médecine à Londres.
Pavy, professeur à Londres.
Pearson, docteur en médecine à Londres.
Popham, médecin des hôpitaux de Dublin.
Prosser (J.), docteur en médecine à Londres.
Richardson, docteur en médecine à Londres.
Roth, docteur en médecine ii Londres, coiTespondant délégué.
Sanders, docteur en médecine à Edimbourg, directeui' de VEdûiburgh Med.
Journal, correspondant délégué.
Sansom, docteur en médecine à Londres.
Seydewitz, docteur en médecine à Edimbourg.
Smith Abbot, professeur à Londres.
Steet Carrick, docteur en médecine à Londres.
Stokes (W.), professeur à Dublin.
Stokes (W.) fils, docteur en médecine à Dublin.
Teevan, docteur en médecine à Londres.
Thompson, professeur à Londres, con^espondant délégué.
Tilt, professeur à Londres.
Wethered, docteur en médecine à Londres.
Wise, docteur en médecine à Cork (Irlande).
Wright, professeur à Londres.
Wynter, rédacteur de the British Med. Journal, correspondant délégué.
Yearsley, docteur en médecine à Londres.
AUTRICHE El POLOGNE AUTRICHIENNE.
Arlt, professeur à TUniversité de Vienne.
Bakody, docteur en médecine à Pesth.
Becker, docteur en médecine à Vienne.
Benedikt, privatdocent à l'Université de Viehne, correspondant délégué.
Bemstein, docteur en médecine à Vienne.
Duchek, professeur à l'Académie Joséphine à Vienne.
Eiscit, professeur à l'Université de Prague.
Fieber, docteur en médecine à Vienne.
Funda, docteur en médecine à Prague.
Halla, professeur à l'Université de Prague, correspondant délégué, vice-président
du Congrès.
Hebra, professeur à l'Université de Vienne^
Hebra flls^ docteur en médecine à Vienne^
INTRODUCTION. 37
Janikowski, professeur à rUnivei*sité de Cracovie.
Kraus, rédacteur en chef de YAllgemeine medic. Zeitung, à Vienne^ correspon-
dant délégué.
Erizek, docteur en médecine à Prague.
Lany, docteur en médecine à Vienne.
Mondy, docteur en médecine à Vienne.
Neubauer, docteur en médecine à Prague.
Oppolzer^ professeur à l'Université de Vienne^ correspondant délégué.
Pichler, rédacteur en chef de ÏAUgemeùie medic, Zeitung, à Vienne, coirespon-
dant délégué.
Rokitansky, professeur à l'Université de Vienne, correspondant délégué.
Schlesinger, docteur en médecine à Vienne.
Schott, docteur en médecine à Vienne.
Schulek, docteur en médecine à Pesth.
Sigmund, professeur à l'Université de Vienne, correspondant délégué.
Spath, professeur à l'Académie Joséphine de Vienne.
Streng, docteur en médecine à Prague.
Stricker, docteur en médecine à Vienne.
Tôrôk (de)> docteur en médecine à Pesth.
Vivenot (chevalier de), docteur en médecine à Vienne.
Wertheim, privatdoccnt à l'Univci^sité de Vienne, correspondant, délégué.
Wittelshôfer, rédacteur en chef de Wiener medic, Wochemchrifty correspondant
délégué.
Zulinski (T.)> docteur en médecine, à Cracovie.
GRAND-DUCHÉ DE BADE.
Friedreich, professeur à rUnivei*$ité de Hcidelberg, correspondant délégué.
Funke, professeur à l'Université de Fribourg en Brisgau, con*espondant délégué.
Helmholtz, professeur à l'Université de Heidelberg.
KnaulT, privatdocent à l'Université de Heidelberg.
Seeligmann, docteur en médecine à Baden-Baden.
BAVIÈRE.
Bamberger, professeur à l'Université de Wûrzburg, coiTCspondant délégué.
Enke, directeur du Journal fur Kinderhrankheiten, à Erlangen, correspondant
délégué.
Ordenstein, docteur en médecine à Woims.
Pfeofer, professeur à l'Université de Munich, correspondant délégué.
Scanzoni (de), professeur à l'Université de Wûrzburg, correspondant délégué.
Seitz (F.), professeur à l'Univei'sité de Munich, délégué du gouveniement bava-
rois.
BELGIQUE.
Beauvniit, docteur en médecine à Lodeliusart.
Boéns, docteur en médecine à Charleroi, correspondant délégué.
Boalvin, docteur en médecine à Gilly.
Burggneve, professeur à l'Université de Gand.
Corput (Van den), professeur à l'Université de Bruxelles.
Crocq, professeur à l'Université de Bruxelles, délégué du gouvernement belge,
correspondant délégué.
Bambre, docteur en médecine à Courtrai, correspondant délégué.
38 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
Dastot^ docteur en médecine à Hons.
Dayreuxj docteur en médecine à Liège.
Defeumy> docteur en médecine à Ville-sur-Haine.
Deneaux-Debreyne, docteur en médecine à Dixmunde.
Derbaix-Quinet^ docteur en médecine à Gilly.
Etienne^ docteur en médecine à Romsée.
Fallot, docteur en médecine à Bruxelles.
Festraerts^ docteur en médecine à Liège.
Froment, docteur en médecine à Lodeliusart.
Gluge, professeur à l'Université de Bruxelles.
Gosse, médecin principal à Biiixelles.
Hodru, médecin des charbonnages à Charleroi.
Holsbeck (van), docteur en médecine à Bruxelles, correspondant délégué.
Hunoteau, docteur en médecine, conseiller de préfecture à Charleroi.
Hunoteau père, docteur en médecine à Gilly.
Lievens, docteur en médecine à Alost.
Limburgh (de), docteur en médecine à Marcinelle.
Max van Mons, docteur en médecine à Bruxelles.
Merchie, inspecteur général du senice de santé militaire à Bruxelles, corres-
pondant délégué.
Moor (de), docteur en médecine à Alost.
Place (de), docteur en médecine àMontigny-sur-Sambre.
Pontus, docteur en médecine à Bruxelles. '
Quinet (Aimé), docteur en médecine à Gilly.
Rommelœre, agrégé de l'Université de Bruxelles.
Savet, docteur en médecine à Beauraing.
Scrick (van den), docteur en médecine à Haie.
Séverin, docteur en médecine à Marchienne-au-Pont.
Thibaut (A.), docteur en médecine à Marcinelle.
Thiry, professeur à l'Université de Bruxelles.
Vancrombrugg, docteur en médecine à Gand.
Vleminckx, président de l'Académie de médecine de Bruxelles, vice-président
du Congrès.
Warlomont, rédacteur principal des Annales d'ocuUstique, à Bruxelles.
CAP DE BONNE -ESPÉRANCE.
HofTa, docteur en médecine au Cap.
Lilienfeld, docteur en médecine au Cap.
DANEMARK.
Arendrup (E.), docteur en médecine à Copenhague.
Birkerod, docteur en médecine à Kjoge.
Hansen, docteur en médecine à Aarhus.
Lorenzen, docteur en médecine à Copenhague.
Salicath, docteur en médecine à Taaborg.
ESPAGNE*
Auban (Carlos), docteur en médecine à Chinchilla.
Bercero, docteur en médecine à Valladolid, conespondant délégué.
Capdevila, docteur en médecine à Madrid.
Cervera, docteur en médecine à Madrid.
INTRODUCTION. 39
Delgado, docteur en médecine à Madrid.
Escovan, docteur en médecine à Madrid.
GoDxalez, docteur en médecine à Madrid, secrétaire de la rédaction de el Genio
med, qtdr.
Unday docteur en médecine à Pampelune.
Léon y Luque (Pablo), président du corps des médecins légistes à Madrid.
Lopei de La Vega, rédacteur de el Genio med. qmr,, à Madrid^ correspondant
délégué,
llaestre de San-Juan, professeur à Grenade.
Martin de Pedro, docteur en médecine à Madrid*
Nartinez y Molina, professeur à l'Université de Madrid.
May (J.), docteur en médecine à Madrid.
Moro (C. de), docteur en médecine à Cadix.
Rineyro, docteur en médecine à Madrid.
Ribelly docteur en médecine à Barcelone.
Sanfhitos, rédacteur de el Siglo medico^ à Madrid, correspondant délégué.
Seco Baldor, professeur à FÛniversité de Madrid.
Tejada y Espana, directeur de el Genio med. quir., à Madrid, correspondant
délégué.
TrupiUo Rancos, docteur en médecine à Antiquera.
Velasco Gonzalez, docteur en médecine à Madrid.
Zambrano, rédacteur de la Espana medioa, à Madrid, correspondant délégué.
FRANCE.
Bossa, rédacteur en chef de Y Abeille médicale.
CafTe, rédacteur en chef du journal des Connaissances médicales pratiques et de
pharmacologie,
Chaillou, rédacteur en chef du Journal de médecine et de chirurgie pratiques,
DuTal (Emile), rédacteur en chef de la Médecine contemporaine,
I>urand, rédacteur en chef du Courrier médical,
Favre (H.), rédacteur en chef de la France médicale,
(damier, rédacteur de V Union médicale,
Gennond de Larigne, rédacteur en chef de la Gazette des eaux,
Latour (Âm.), rédacteur en chef de V Union médicale. •
Martin-Lauzer, rédacteur en chef de la Rewte de thérapeutique médico^chirurgicale»
Lesourd, rédacteur en chef de la Gazette des hàpitaux,
Pascal [N.)y rédactem* en chef du Mouvement médical.
Piorry, ancien professeur de la Faculté de Paris, rédacteur en chef de l'Événe-
ment médical,
ReTîllout (V.), rédacteur de la Gazette des hôpitaux.
Sales-Girons, rédacteur en chef de la Revue médicale.
Tartirel, rédacteur de l'Union médicale.
Goérin (J.), rédacteur de la Gazette médicale.
GRECE*
Calliburcës, directeur de O Tiriroxparuç, à Athènes, correspondant délégué.
Chrysocpathes, docteur en médecine à Sparte.
DoroTinis,* docteur en médecine d'Athènes.
Goodas, directeiu' de*il Mthaca tuv ÂOnvwv, à Athènes, correspondant délégué.
Kot|laki^ docteur en médecine à Hermopolis.
^
&0 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
HESSB.
Friedberg^ docteur en mëdecine à Mayence.
Pbœbus, professeur à rUniversité de Giessen.
HOLLANDB.
Basting, chirurgien-major, médecin en chef de la forteresse de Bergen-op-Zoom.
Boogard, rédacteur de la Neederîand&ch Tijdschrift voor Qeneeskufide, à Amster*
dam, correspondant délégué.
Daniels (C. L.), médecin des colonies néerlandaises.
Feirt, docteur en médecine à Amsterdam.
Gildemeester, docteur en médecine à Amsterdam.
Hollman, docteur en médecine à Edam.
Huet, docteur en médecine à Amsterdam.
Lohe (van), docteur en médecine à Amsterdam
Loo (van de], docteur en médecine à Venlo.
Schneevogt, professeur à la Faculté d'Amsterdam.
Schoemacher, docteur en médecine à Almelo.
Stokris, professeur à la Faculté d'Amsterdam.
Vogelvanger, docteur en médecine à Hulst, correspondant délégué.
Zeeman, secrétaire de la Société médicale des Pays-Bas à Amsterdam, corres*
pondant délégué.
INDES.
Dumorlier, docteur en médecine (Indes occidentales).
Fayrer, directeur de the [ndian Anmls of Med. Scietice, à Calcutta, correspondant
délégué.
XTAUE ET ÉTATS ROMAINS.
Accettella, docteur en médecine à Chieti.
Agostini (V.), docteur en médecine à Ancône.
Angelini ( J.), docteur en médecine à San-Sepolcro.
Aronne, docteur en médecine à Subiaco.
Assereto (J.), docteur en médecine à Savone.
Baccelli, professeur à TUniversité de Rome.
Baciocchi (J.), docteur en médecine à San-Giustino.
Balestrieii, professeur à l'Université de Naples.
Ballanti, docteur en médecine à Rome.
Bandicra (G.), professeur à l'école de Palerme.
Bastianelli, docteur en médecine à Rome.
Belli (S.), médecin en chef de la ville de Civita-Vecchia.
Bertani (A.), docteur en médecine à Florence, membre du parlement.
Bini (F.), professeur à l'Université de Florence.
Blasi, docteur en médecine à Rome.
Borelli (Giovanni), professeur à l'Université de Turin.
Borelli, directeur de la Gazz. med. ital., à Turin, correspondant délégué.
Borgiotti (A.), docteur en médecine à Florence.
Bos (A.), docteur en médecine à Florence, correspondant délégué.
Bcssi (Girolamo), docteur en médecine à Azzati.
Boucher, docteur en médecine à Naples.
Brugnoli, professeur à l'Université de Bologne.
Brunelti, docteur en médecine à Padoue.
USTRODUCTION. &1
Bninetti, docteur en médecine, secrétaire du Journal de médecine , à Rome.
Boffklini, professeur à T Université de Florence, directeur de lo Sperimentdle,
correspondant délégué.
Burd (Ch.)> sénateur du royaume, professeur à l'Université de Florence^ pré-
sident de r Association médicale italienne.
Cadet, professeur à l'Université de Rome.
Gardini (G.), docteur en médecine à Florence.
Cajorati, docteur en médecine à Pavie.
Castiglioni (P.), directeur des Annali di med. pubblica, à Florence.
CaveUo (P.), rédacteur de U Morgagni, k Naples, correspondant délégué.
Ceccarelli, chirurgien en chef de l'armée à Rome.
Cerasi, docteur en médopine à Rome.
Chiricozi, docteur en médecine à Rome.
Ciacero (G.), professeur à l'Université de Padoue.
Ciniselli (L.), docteur en médecine à Grémone.
Gpriani (E.), professeur à l'Université de Florence.
Cipriani (P.), professeur à l'Université de Florence.
Comolli (G.), docteur en médecine à Gume.
Conti (G.), docteur en médecine à Florence.
Correnti (A.), docteur en médecine à Florence.
Costantini, professeur à l'Université de Rome.
Crispino (J. A.), docteur en médecine à Episcopia.
Demaria (Garlo), professeur à l'Université de Turin.
Donarelli (A.), docteur en médecine à Rome, correspondant délégué.
Del Greco, docteur en médecine à Florence.
Diorio (V.), professeur h l'Université de Rome.
Egidj, docteur en médecine à Albano.
Faralli (J.), docteur en médecine à Florence.
Fedeli, doctem* en médecine à Rome.
Feliciani, docteur en médecine à Rome.
Friedice, docteur en médecine.
Galassi, professeur à l'Université de Rome.
Galligo, directeur de VImparziaie, à Florence, correspondant délégué.
Gamberini, professeur à l'Université de Bologne.
Geloso (Bon.), .docteur en médecine à Païenne.
Gentile, docteur en médecine à Naples.
Gentili, professeur à l'Université de Rome.
Gianuzzi, professeur à l'Université de Sienne.
Giordano (Scipion), professeur à l'Université de Turin.
Giovanini, docteur en médecine à Bologne.
Girolami, directem* du Mcmicomio à Rome.
Ginliani, docteur en médecine à Albano.
Gobbi (V.), professeur à Cesena.
Grîlli (P.), docteur en médecine à Florence.
Goalandi, docteur en médecine à Rome.
Henen (A.), docteur en médecine à Florence.
Jardin (du), directeur de la Liguria medica^ à Gènes, correspondant délégué.
Jasa (E.), docteur en médecine à Rome,
lenore, docteur en médecine à Naples.
U CONGRÈS UtmCàL INTERNATIONAL.
La Caméra, docteur en médecine à Gotrone, correspondant dëlëguë.
Lancia di Brolo, docteur en médecine à Païenne.
Lang, docteur en médecine à Rome.
Lansi, docteur en médecine à Rome.
Laurenzi, chirurgien en chef des hôpitaux de Rome.
LcTi (R.), docteur en médecine à Florence.
Levier (E.), docteur en médecine à Florence.
LojodicCj docteur en médecine à Naples.
Lucente, docteur en médecine à Gotrone.
Magni, professeur à TUniversité de Bologne.
Manassei, professeur à rUniversité de Rome.
Marchi (P.), professeur à l'Université de Florence.
Massa (J. B.), docteur en médecine à Faenia.
Mazzoni, chirurgien en chef des hôpitaux de Rome.
Meis (de), professeur à T Université de Bologne.
Moleschott, professeur à l'Université de Turin, correspondant délégué.
Nasca (G. de), docteur en médecine à Naples.
Olivicri, professeur à l'Université de Naples.
Pacini (P.), professeur à l'Université de Florence.
Paggi (G.), docteur en médecine à Florence.
Palasciano, professeur honoraire de l'Université de Naples, coirespondant dé-
légué, vice-président du Gongrès.
Panunzi, professeur à l'Université'de Rome.
Parola (L.), docteur en médecine à Guneo.
Pasquali, docteur en médecine à Rome.
Patamia (G.), professeur à l'Université de Naples.
Perctti, secrétaire du Journal de médecine^ à Rome.
Perillo (E.), docteur en médecine.
Petratti, docteur en médecine à Arlena.
Petrosellini, docteur en médecine à Rome.
Poce, médecin en chef de la ville de Subiaco.
Polli (G.), professeur à Milan.
Polverosi, docteur en médecine à Rome.
Prassa (A.), docteur en médecine.
Puccinotti, professeur à Florence, directeur de lo SpmmerUaUj correspondant
délégué.
Quaglino, professeur à Milan.
Renzi (de), professeur à l'Université de Naples, correspondant délégué.
Rey, docteur eu médecine à Turin.
Rizzetti (Giuseppe), docteur en médecine à Turin.
Rizzoli, professeur à l'Université de Bologne.
Rolli, directeur du Jardin botanique à Rome.
Rossi (de), professeur à l'Université de Rome.
Ruggieri, docteur en médecine à Naples.
Samarelli, docteur en médecine à Molfetta.
Sanctis (de), pharmacien à Rome.
Sangalli, professeur à l'Université de Pavie.
Sanguinetti, professeur à l'Université de Rome.
Scalzi, directeur du Journal de médecine, à Rome.
nmoDucnon. ki
Schiff, professeur à l'Université de Florence, correspondant délégué.
Sebastio (N.), docteur en médecine.
SoDsino (P.), docteur en médecine à Florence.
Spada, docteur en médecine à Naples.
Spasiano, docteur en médecine à Naples.
Stiambio, directeur de la Qatz. med. iial,, à Milan, correspondant délégué.
Thurman (A.), docteur en médecine à Livoume.
Valeriti, docteur en médecine à Rome.
Valéry, professeur à l'Université de Rome.
Yiale, professeur à l'Université de Rome, premier médecin du pape.
Vignali, docteur en médecine à Rome.
Villanova, professeur à l'Université de Naples.
Vitelli, docteur en médecine à Naples.
IfECKLBMBOURG.
Goets, docteur en médecine à Neustrelitz.
PORTUGAL.
Alvarenga, professeur à la Faculté de Lisbonne, correspondant délégué.
Arantes, professeur à la Faculté de Lisbonne. %
Barbosa, professeur à la Faculté de Lisbonne, médecin du roi, délégué du gou-
remement portugais, correspondant délégué. *
Figueira, professeur à la Faculté de Lisbonne.
Jordao, professeur à la Faculté de Lisbonne.
Lino de Macedo, docteur en médecine à Pombal.
Texeira Marquez, professeur à la Faculté de Lisbonne.
PRINCn>AUTËS UNIES.
K^vila, professeur à Bukarest, correspondant délégué.
Marcovitz, professeur à Bukarest^ membre du Conseil médical supérieur.
PRUSSE.
Bardeleben, professeur à l'Université de Greifswald, correspondant délégué.
Behrend, docteur en médecine à Berlin, correspondant délégué.
Binz, docteur en médecine à Bonn.
Borgsten, docteur en médecine à Treuenbrutzen.
Eberl, directeur de la Clinique des enfants à Berlin.
Esmarch, professeur à l'Université de Kiel, correspondant délégué.
Eulenburg, docteur en médecine à Berlin.
Eulenburg, privatdocent à l'Université de Berlin.
Frerichs, conseiller privé, professeur à l'UniTersité de Berlin, délégué du gou-
vemement prussien, correspondant délégué.
Gôschen, rédacteur en chef de la Deutsche Ktmik, à Berlin, correspondant
délégué.
Grpmpler, docteur en médecine à Breslau.
Ghesinger, professeur à l'Université de Berlin, correspondant délégué.
Henle, professeur à l'Université de Gôttingen, correspondant délégué.
Henoch, professeur à l'Université de Berlin.
Birsch, professeur à l'Université de Kônigsberg, correspondant délégué.
Hays, docteur en médecine à Kempen.
kli CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
Klopsch, professeur à rUniversité de Breslau, correspondant délégué.
Krause père, docteur en médecine à Hanovie, correspondant délégué.
Krause fils, professeur à l'Université de Gôttingen, correspondant délégué.
Kristeller, docteur en médecine à Berlin.
Langenbeck, professeur à l'Univei'sité de Berlin.
Lebert, professeur à l'Université de Breslau, correspondant délégué.
Lewin, médecin des hôpitaux, à Berlin.
Liman, professeur à rUniversité de Berlin, correspondant délégué.
Meyer (M.), docteur en médecine à Berlin, correspondant délégué.
Meyer (E. L.}, docteur en médecine à Berlin.
Mlddeldorpf, professeur à l'Université de Breslau, correspondant délégué.
Mitscherlich, professeur à l'Université de Berlin.
Naumann, professeur à l'Univei-sité de Bonn, correspondant délégué.
Olshausen, professeur à l'Université de Halle, conespondant délégué.
Posner, rédacteur en chef de Berliner klinische Wochenschrift, correspondant
délégué.
Rau, docteur en médecine à Striegau.
Ravoth, docteur en médecine à Berlin.
Rosenberg, docteur en médecine à Berlin.
Roth, docteur «i médecine à Berlin.
Saulmann, docteur en médecine à Berlin.
Scherbel, docteur en médecine à Lissa.
Schlegel, docteur en médecine à Schvtreidnitz.
Schwarz, conseiller médical, docteur en médecine à Coeslin.
Schwcgel, docteur en médecine.
Scrzeczka, professeur à l'Université de Berlin.
Silvester, docteur en médecine à Kônigsberg.
Strassmann, docteur en médecine à Berlin.
Varrentràpp, médecin de l'hôpital du Saiut-Esprit, à Francfoi*t-sur-Mein.
Yirchow, professeur à l'Université de Berlin, vice-président du Congrès.
Waldenburg, docteur en médecine à Berlin.
Weber, professeur à l'Université de Halle, con*espondant délégué.
Wegscheider, docteur en médecine à Berlin. .
Westphal, docteur en médecine à Berlin.
Wolfr(H.), docteur en médecine à Berlin.
RUSSIE ET POLOGNE RUSSE.
Bartsch, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Benni, docteur en médecine à Varsovie.
Bubnoff, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Chmoulevitchj docteur en médecine à Kiew.
Cyon, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Dalecki^ docteur en médecine à Moscou.
Downarowicz (de), docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Dropsy, docteur en médecine à Zaslaw.
Estlander, docteur en médecine à Helsingfors.
Finsel (P.), docteur en médecine à Odessa.
Fligel, docteur en médecine à Varsovie.
Goldhaar, docteur en médecine à Kiev.
INTRODUCTION. A 5
Grabowskiy docteur en médecine à Mohilefif.
Grekowicz, docteur en médecine à Konin.
Grimbergy docteur en médecine à Odessa.
Heltzl (de), docteur en médecine à Kharkoff.
Herzenstein, docteur en médecine à Odessa.
Heyfelder (0.)> conseiller d'État^ professeur à Saint-Pétersbourg, corrrespon*
dant délégué.
Heyfelder Vus, docteur en médecine à Vilna.
Hubbenety professeur à l'Université de Kiev.
niinsky, professeur à l'Université de Saint-Pétersbourg.
KacbendoerfTer, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Kirch, directeur de Petersburgei* med. Zeit.^ à Saint-Pétersbourg, correspon-
dant délégué.
Kofiinsky, docteur en médecine à Varsovie.
Krienûansky, docteur tn médecine à Saint-Pétersbourg.
Knyzanowski, docteur en médecine à Varsovie.
Lambl, professeur à l'Université de RbarkofT, vice-président du Congrès.
Lazarewitch, professeur à l'Université de Kharkoff.
Liebcrg, docteur en médecine en Podolie.
lieven, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg, médecin de la Cour.
Loscby docteur en médecine à Saint-Pétersboiu'g.
Lowenhard, docteur en médecine à Varsovie.
Luszizkiewicz, docteur en médecine à Kielce.
Moriovsky, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Mayekefr, docteur en médecine à Moscou.
Milliot, docteur en médecine à Kiev.
Monkiewicz, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Neugebauer, docteur en médecine à Varsovie.
Palmberg, docteur en médecine (de Finlande).
Pasintcwicz, docteur en médecine à Poulasi.
Pelechin, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
PippingskOld, agrégé de l'Université de Helsingfors.
Poxnansky, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Rauchfuss, médecin de l'hôpital des Enfants, à Saint-Pétersbourg.
Reimann, docteur en médecine à Systomir.
Rindawsky, docteur en médecine à Kharkoff.
Runcberg, docteur en médecine (de Finlande).
Sslan, docteur en médecine à Helsingfors.
Sdcpura, docteur en médecine à Tiilis.
SelicZy docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Skarga (de), docteur en médecine à Vilna.
Skiifossofisky, docteur en médecine à Odessa.
Staffelberg, docteur en médecine (de Pologne).
Stahlbcrg, docteur en médecine (de Sibérie).
Tamamschef, docteur en médecine à Tiflis.
Teich, docteur en médecine à Siedlce.
TiUner (L.), docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Tiruvicr, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
Trautvctter (de), docteur en médecine à Saint-Pétersbourg.
46 CONGRÈS IIÉDICAI IlfTEIllfÂTIONAL.
Tyrchowski, docteur en médecine à Varsovie.
WiUebrand (de), docteur en médecine à Helsingfors.
Wreden^ médecin en chef de rétablissement otiatrique, à Saint-Pétersbourg.
Wywodzof, docteur en médecine à Moscou.
Zaleski, professeur à T Université de Kasan.
ZelidoriT;, docteui* en médecine (de Finlande).
SAXE.
Crédéj professeur à l'Université de Leipzig, correspondant délégué.
Czcrmak, professeur à léna, correspondant délégué.
Fiedler, docteur en médecine à Dresde.
Gerhardt, professeur à l'Université d'Iéna.
Kûchenmeister, docteur en médecine à Dresde, correspondant délégué.
Leonhardi, docteur en médecine à Dresde.
Reinbard, docteur en médecine à Dresde.
Ricbter, professeur à Dresde, coiTespondant délégué.
Wagner, professeur à l' Uni vei-sité de Leipzig, correspondant délégué.
Waltber (R.), docteur en médecine à Freibcrg.
Winter, professeur à l'Univereité de Leipzig, correspondant délégué.
WunderUch, professeur à l'Université de Leipzig, correspondant délégué.
SUÈDE ET NORVÈGE.
Arbo, docteur en médecine à Christiania.
Berg, chef du bureau de statistique à Stockholm, correspondant délégué.
Faye, professeur à Christiania.
Homan, docteur en médecine à Christiania.
Lundblad, docteur en médecine à Gothembourg.
Malmsten, professeur à Stockholm.
Owre, docteur en médecine à Christiania.
Tornblom, docteur en médecine à Stockholm.
Vogt (H.), docteur en médecine à Stockholm.
SUISSE.
Baylon, docteur en médecine à Genève, correspondant délégué.
Lombard, docteur en médecine à Genève, correspondant délégué.
Roussel, docteur en médecine à Genève.
Valentin, professeur à l'Université de Berne, correspondant délégué.
Zurkowski, docteur en médecine à Schinznach.
TURQUIE.
Marroin, professeur et médecin sanitaire à Constantinople.
Papadopoulos, docteur en médecine à Varna.
VILLES HANSÉAnOUES.
Cohen, docteur en médecine à Hambourg.
Tungel, médecin en chef de Thôpital général de Hambourg, correspondui dé-
légué.
WURTEMBERG.
Niemeyer, professeur à l'Université de Tûbingen, correspondant délégué.
Renz (de), docteur en médecine à Echingen.
nmoDVcnoR. h1
LIVRES ADRESSÉS AU CONGRES
Plusieurs confrères de la France et de l'étranger ont bien voulu adresser au
Congrès leurs ouvrages imprimés. Ces envois ont été mentionnés par le secrétaire
général à l'ouverture des séances^ et pour pei*pétuer le souvenir de ces hom-
mages qui ont été accueillis avec la plus vive reconnaissance^ nous donnons ci-
après, suivant Tordre alphabétique des noms d'auteurs, la liste de ces travaux.
A l'exception de quelques brochures qui, selon le désir des donataires, ont été
distribuées aux membres du Congrès, ces livres ont été déposés à la bibliothèque
de la Faculté de médechie de Paris.
Alvabenga. — Estatistica dos hospitales de San-José, San-Lasarro e Desterro no
anno de 1865* Lisboa, 1867.
Bakodt. — Du tubercule pulmonaire. Paris, 1867.
Barw>8a (A. M.)* -* Études sur le croup (mémoire académique). — De la tra»
chéotomie dans le croup (mémoire académique). — Note sur Turéthrotomie
interne (note académique). — Recherches sur l'action de la fève de Calabar
(note académique). — Note sur l'ovariotomie à propos du premier cas de cette
opération à Lisbonne (note académique).
ftELUjzzi. — Intomo a vari modi di alimentazione dei bambini. Bologna.
BoNJEAN. — Plusieurs centaines d'exemplaires du programme de son ouvrage sur
le choléra. 1867.
BoocHER (G.). •— Rendiconto e Statistica medica del colera del 1866 nella sesione
BowDiTCH. — Bulletins de la Société médicale du Massachusetts pour les années
1861, 1862, 1863, 186b et 1865.
CiBBiL. — Acdon terapeutica de las aguas miDero4enDales de Albama de
Aragon.
GoHXTt MtDfCAL DB Cmm^ — Un exemplaire de ses ftatuts»
Co!i6iits DB Madru) db 186li. — Les Actes.
GomRÉs DB Rouen de 1868. — Les Actes.
Davbeux. — Considérations cliniques sur le choléra. Uége, 1867. ^ Note sut
Qn moyen préservatif de la coqueluche. — Essai d'interprétation de l'action
éfienante du tartre stibié.
DiLAPLAOSB. -— Lettres à MM* Rioord et Langlebert sm* la syphilis. -^Omsidé^
kS CONGBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
rations théoriques et pratiques sur les virus sanguins^ lymphatiques et ner-
veux. — Le clîoléra, cause^ nature^ préservation et traitement. — Comptes
rendus de l'ouvrage de M. Ch. Robin sm* les végétaux parasites, et de Tomiage
du docteur J. Lemaire sur l'acide phénique. — ^Notice sur une nouvelle sonde
utéiine. — Éloge funèbre du docteur Léonce Tourette.
DowLER Bennet. — Tableau of the Yellow Feverof 1853. New-Orleans^ 1854.
DuYAL (Jules), — Ghcel, ou une colonie d'aliénés. Paiis, 1867.
EuLENBURG ct CoHNiiEiH. — Ergchnissc dcr anatomischcn Untersuchung eines
Fallcs von sogcnannter Muskclhypertropliie.
EuLENBURG. — Ucbcr cinen mil; Argent, nitric. erfolgi^cich behandelten Fall von
Ataxic locom. progr. — Démonstration eines zur Behandlung des Pott'schen
Doi'sal und Lumbal-Wirbelleidens empfohlcnen Appai*ats.
EwANs (Th. W.). — Les institutions sanitaires pendant le conflit austro-prussien-
italien. Paris, 1867.
Fremaux. — Recherches pratiques sur le choléra-morbus. Paris, 1864. — Trois
brochures sur le même sujet.
Gauxard (de Poitiers). — Dupuytren. Poitiers, 1865. — Foimules et rubriques.
Poitiers, 1866.
Galugo. — Progetto di regolamente sulla prostituzione. Firenae, 1860. — Dis-
cussions sur la loi concernant les pensions des veuves de médecins.
Garin. — De la police sanitaire et de l'assistance publique. Paris, 1866.
Garnier. ^ Projet de jonction de la Saône à la Meuse. Ëpinal, 1866.
GioANNis Gianquinto (de), professeur de droit administratif à l'Université de Pise.
•— Cent exemplaires du programme de son Traité médico-légal sur le secret.
Le manuscrit italien de l'ouvrage. — La questione internazionale dell'Aunis.
Pavia, 1863. — Sulla competenza a giudicarc dei reati militari commeni
da' scnatori. — Diritti dei consoli in materia di salvamento. Cagliari, 1862.
— Il progresso indeOnito dcl Diritto. Cagliari, 1863.
GioRDANo (Se). — Zolfo e choiera. Torino, 1867. — Délia febbre puerpérale,
dell'eclampsia e dell'edema acuto. Tonno, 1859. -* Des vomissements incoer-
cibles pendant la grossesse.
Hebra. — Appareil pour l'usage de bains chauds continuels pour la guérison des
maladies de la peau. Vienne, 1867. — Sur l'action des révulsifs. Vienne, 1867.
Hérard et CoRNiL. — Traité de la phthisie pulmonaire. Paris, 1866.
HoLMAN. — Ueber das Pepsin.
Lazarewitch. — Sur les changements de forme et de position de Tutérus. Paris,
1862.
Mazzoni. — Due casi di estirpazione di ilbromi contenuti ncll'utero. Roma, 1866.
— Délia legatura, come metodo di dividere i tessuti molli. Fano, 1864. —
Sui tumori délia rcgione parotidea. Roma, 1867. — Callo déforme nel terzo
inferiorc délia gamba sinistra. Roma, 1866. — Emigrazione incruenta di
un corpo mobile, etc. Roma, 1865.
Mazzoni e Sani. — Scn*amento délie masceUe per te.ssuto cicatriziale. Roma,
1866.
Merrill. — Chloroform as an Infernal Remedy. New-York, 1867. — The Choiera
pestilence. ^ On the Cattle plague.
Médical Société op the Indiana State. — Rapport de la session annuelle de 1867.
Médical Society op New-York. — Transactions des années 1864, 1865 et 1866.
Oppsrt, ^ Hospitals, Infîrmaries and Dispensaries. London, 1867.
INTRODOCTION. &0
Paoni. — Sulla causa speciûca del colera asiatico. Firenze, 1865*
PiusdAKo. — Memorie ed ossenrazioni di chirorgia practica* -— Neutralisation
des blessés en temps de guerre.
POG610U. — Présenratife et remèdes contre le choléra. Paris^ 1866*
RiToiH* — Das Bindegewebs*LAger auf dem Peritonœum. Berlin, 186&. — Die
Hemiainguinalis extema directa. Berlin, 1866.
RousTAK. — Recherches sur Tinoculabilité de la phthisie. Paris, 1867.
Saxgilu. — DeUa tuberculosi e de suoi rapporti colla scrofula e coll' inflamma-
Bone. Pavie.
Seco Baldor. — Estudios sobre el colera de los siglos passados. Madrid, 1858.
Shbdipton. — Choléra-morbus, son siège, sa nature, son traitement.
SOC0.NOT. — L'Acclimatement et l'acclimatation de l'homme. Paris, 1865.
Tboxpeo. — Dei medici e degli archiatri dei principi délia R. Casa di Savoia*
— Saggio d'osservazioni sul circondario Biellese. Biella, 186&. — Genni sto-
rico-statistici intomo ail' ospedale di S. Luigi Goniaga. Toiino, 1866.
Tijusdi. --Salubrité; agriculture. Paris, 1867.
Ulursperger. — Die Frage ûber die Heilbarkeit der Lungenphthisen. Wûrf-
burg, 1867.
Vevider bal Dohbnec. — Osabe lo el atubo. Madrid, 1867.
VncHow. — Phymatie, Tuberculose und Granulie.
ViTEîOT. — Ueber die Veranderung der Korperwârme unter dem Einfluss des
terstarkten Lulldruckes. Wien, 1866. — Ueber die Veranderungen im
arteriellen Stromgebiete unter dem Einfluss des yerstarkten LuAdruckes.
Berlin, 1866.
WiEDCY. — Sept mémoires sur Totiatrique. — - Ueber die quantitative Bestim-
mungder Hippursaure vermittelst der Titrirmethode.
Zbbukk. -* Table moMaire de la Néerlande.
tn certain nombre de travaux manuscrits ont été envoyés au Congrès, et n'ont
pu y être lus, soit parce que les auteurs n'avaient pas fait acte d'adhésion, soit
parce que les mémoires ne répondaient pas aux conditions du progranmie. La
liste suivante rappellera les titres de ces travaux : W
Aoumo (d') FoNCBGÀ. ^ Sur la colonisation au Brésil.
AcBAx (G.). Evolucion e histologia del tubercule.
60WDITU1. — De rinfluence des terrains humides sur le développement de la
tuberculose (Discours prononcé en 1862 à la Société médicale du Massachusetts).
^^AOKT (S.). •» Sur le traitement du choléra par le sulfure noir d'hydrargyre.
Cajoupp. --i' On Consumption in Ganada (traduction fhmçalse de ce mémoire par
G. Dieulafoy, interne des hôpitaux de Paris).
^^WM. — Sur l'ovulation.
^^<'^. -* On prolonged menstrual Life in the Shetland Islands, and its relation
to longevity.
Kaxor (M.). — Measures for restrainhig the Propagation of Yenereal Diseases.
Faire. — De l'origine récente du globe terrestre. Travail présenté au nom de la
^iété de climatologie algérienne.
HcuuH, — Sur la pepsine et son usage en médecine.
50 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.
Homo. — Sur les dispensaires et la propagation des maladies vénériennes.
Kn)D (Ch.). — Sur le chloroforme.
Lmo DE Maœdo. — De la tubei'cullsation dans les difiërents pays. — Traitement
de la syphilis constitutionnelle. — De l'influence de l'alimentation sur la pro-
duction de certaines maladies. — Nature de la Uèvre typhoïde et son traite-
ment le plus efficace.
LoPEz DE LA Yega. — Sur la propagation des maladies vénériennes.
Martin de Pedro. — Nota sobre la tartamuder.
Mattbi. —: De l'absorption de la liqueur séminale et de son action' tonique sur
J'homme et la fenmie.
Maison. — On the Shoulder Présentation.
PocE (G.) •— Diatesi palustre^ suoi fralignamenti in morbi di natura diversa.
Pons. <— De la médecine sur les divers points du globe et chez les divers peuples.
Popham. — Sur la propagation des maladies vénériennes.
Roussel. •— Sur un nouvel instiiiment pour la transfusion du sang.
Sternberg. — L'épilepsie et son traitement. — Les maladies vermineuses.
Virji8co{P. G.). *- Considérations de pathologie générale.
PREMIÈRE SÉANCE. 5t
PREMIÈRE SÉANCE
Vendredi 16 août, à 2 heures.
OCTX&TURB DU CONGRÈS. — DISCOURS DE M. LE PROFESSEUR BOUILLÀUD,
PRÉSIDENT DU COMITÉ D'ORGANISATION.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES DU TUBERCULE.
DK LA TUBERCUUSATION DANS LES DIFFÉRENTS PATS ET DE SON INFLUENCE
SUR LA MORTALITÉ GÉNÉRALE.
MM. ViLLEMiN (Paris). — Du tubercule et des processus analogues.
Sangalu (Pavic). — Anatomie et physiologie pathologiques du tubercule.
Cb^kq (Bruxelles). — Sur la tuberculose.
Lebert (Breslau). — Hësumé des expériences sur l'irritation pulmonaire
expérimentale^ sur la transmission de la pneumonie, de l'adénite chro-
niques, des granulations dites tuberculeuses, et de divers autres produits
morbides.
Dih:ussion. — MM. Hérard (Paris). — Villemin (Paris). — Mougeot (Bar-sur-Àube).
— Crocq (Bruxelles). — Gourdin (Paris). — Bertet (Cercoux). — Galligo
(Florence).
Procès-verbal de la séance par le docteur Bricrbteau, secrétaire du Congrès.
52 CONGBfeS MÉDICAL INTEBNÂTIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
PREMIERE SÉANCE DE JOUR.
Présideni M. Bouillaud.
Vice-présidents .... Ml^l. Palasciano (de Naples] et Teissier (de Lyon).
Secrétaire de la séance. M. Bricheteau.
Le 16 août^ à deux heures précises^ M. Bouillaud^ accompagné des délégués
des gouvernements et des membres du comité d'organisation^ entre dans Tarn-
phithéâtre. Accueilli par d'unanimes acclamations^ M. Bouillaud déclare ouTert
le Congrès médical international de i867> et prononce le discours suivant :
Messieurs et très-honorés confrères de France et des autres nations
des deux mondes.
Nous célébrons aujourd'hui la fête la plus magnifique de toutes celles dont
l'histoire de la médecine nous ait conservé le souvenir. Oui, j'en ai le pressenti-
ment, cette journée restera fameuse entre toutes les autres. Elle nous apprend
déjà que non-seulement il n'y a plus de Pyrénées, comme l'avait dit un grand
roi, mais qu'il n'existe plus aucune autre montagne, aucun fleuve, aucune mer,
pas même la mer Atlantique ; elle nous apprend, en un mot, qu'il n'y a plus de
frontières^ si ce n'est celle de la barbarie, et^ grâce à Dieu et au progrès, une telle
frontière est bien étroite et bien loin de nous.
C'est à la disparition de ces barrières internationales que nous devons la réu-
nion d'une assemblée si nouvelle, et plus grande et plus imposante encore qu'elle
n'est nouvelle. Je ne puis contempler ce spectacle grandiose, cette pompeuse
solennité^ sans être si profondément ému que mes faibles moyens, j'éprouve
quelque honte à le dire, m'abandonnent^ et que la parole est près de me manquer.
Permettez-moi donc de me recueillir un instant^ et^ en attendant^ levons-nous
tous pour saluer ces drapeaux pacifiquement entrelacés; et comme eux^ mes-
sieurs^ que nos mains s'unissent en signe de la plus cordiale, de la plus douce et
de la plus universelle fraternité !
Les congrès de toute forme et de toute espèce sont à l'ordre du jour, et l'un de
ces signes du temps dont on parle beaucoup aujourd'hui. Considérés d'abord en
eux-mêmes, dans leur principe en quelque sorte, et puis dans leurs rapports avec
l'époque de civilisation où nous vivons, ils ne sauraient donner prise à aucune
attaque sérieuse qu'autant qu'ils pécheraient dans leur application. Or, quand il
s'agit d'une institution quelconque, dont l'utilité et la légitimité ont été recon-
nues en principe, certes ce serait une singulière logique, et parfois aussi une
morale non moins singulière, que de porter atteinte à celte institution, par cela
seul qu'elle aurait été mal appliquée. La seule logique et la seule morale que la
raison et la conscience bien éclairées commandent, c'est de corriger, de suppri-
mer les vices de l'application. Cela bien compris et bien arrêté, on peut dire, sans
crainte d'en*eur, que les congrès constituent un véritable progrès dans l'orga-
nisme social, tel que l'ont modifié les grands changements qui se sont opérés en
tant de choses. Les congrès sont devenus un des agents, un des rouages, un des
BOUIUACD. — DISCOUBS D'OUYERTUBC Si
organes les plus importants de cet organisme si compliqué. Mais^ laissons de côté
les congrès enrisagés d'une manière générale^ pour ne nous occuper que des
congrès de l'ordre médical en particulier. Eh bien! cette institution compte déjà
plusieurs années de pratique et d'application, chez un grand nombre de nations^
et les succès ont été tels qu elle a définitivement conquis son droit de cité.
S'il nous est permis de particulariser davantage et de nous arrêter un instant
SOT ce qui regarde la France seulement, où trois congrès médicaux ont été déjà
coDToqués, les heureux résultats de ces congrès ont été reconnus de la manière
la plus éclatante. Aussi le président d'honneur du dernier de ces congrès a-t-il
pu, sans soulever nulle part la moindre contradiction, proclamer déjà, dans les
termes suivants, ce qui vient d'être affirmé.
« Grâce à ce mémorable congrès de Bordeaux, disait-il, la cause de cette grande
institution a remporté une victoire décisive. Honneur à notre ville de Rouen, car
c'est elle qui, la première, a conçu l'idée de congrès médicaux siégeant tour à
tour dans l'une des principales villes de France, et qui, en 1863, a inauguré chez
die l'ère de cette nouvelle institution ! Honneur à Lyon, cette seconde ville de
France, qui, en 186i!i, marchant sur les traces de la ville où naquit le glorieux
Corneille, a été le siège d'un congrès, dont les fastes de la médecine conserveront
un impérissable souvenir ! Enfin trois fois honneur à Bordeaux, cette belle cité,
si justement fière d'avoir donné le jour à l'immortel auteur de I'Esprit des lois;
trois fois honneur à Bordeaux pour avoir fait triompher sans retour une institution
à laquelle sont réservées les plus hautes destinées, celle entre autres de devenir
l'un des plus puissants instruments de ce progrès, qui est au monde intellectuel
ce que la gravitation est au monde physique, de ce progrès qui lui-même est une
véritable gravitation de l'esprit humain! i>
Ajoutons, messieurs, qu'à l'époque où se réunit le congrès médical de Bordeaux,
jamais encore il n'avait été question, chez nous du moins, d'un congrès médical
international, umoersel^ ou, s'il m'est permis de comparer le profane au sacré,
d'un conctte médical œcuménique. Cette idée vraiment grandiose est encore, mes-
sieurs, un des actes du congrès médical de Bordeaux. C'est au digne fils du savant
et célèbre directeur de l'École préparatoire de médecine de cette ville, à M. Henri
Gintrac, que revient l'honneur d'une initiative en cette matière. Permettez-moi
de mettre sous vos yeux les termes textuels de la proposition de M. H. Gintrac,
laquelle fut accueillie par les applaudissements unanimes du congrès. Les voici :
< Pour centupler la sonmie considérable d'utilité scientifique et d'avantages
sérieux qu'a pu produire le congrès médical de Bordeaux, je viens vous proposer,
messieurs, de demander, pour l'année 1867, la réunion à Paris d'un congrès
médical plus*que français, d'un congrès international des médecins de tous les
pays C'est de Bordeaux qu'est partie l'initiative de la grande association
confraternelle des médecins de France. J'ai à cœur de faire entendre, au nom de
la science, un appel aux médecins de tous les pays. Je propose donc que le congrès
^ Bordeaux émette le vœu qu'un congrès international de médecins soit tenu à
^^ en 1867. »
Parmi les villes jalouses peut-être qu'une autre qu'elles, sans en excepter
Bordeaui, les eût devancées dans la conception de l'idée de ce congrès intema-
lional, il nous serait permis, je crois, de placer Paris lui-même. Vengeons-nous
de Bordeaux, ou plutôt, messieurs, complétons, couronnons son œuvre, en émet-
*^tlev(Bu que, à l'instar des congrès nationaux, les congrès internationaux se
^wtttituent à l'état périodique, c'est-à-dire siègent tour à tour dans quelqu'une
5U CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
des grandes villes du monde. S'il se peut^ ne nous séparons pas sans avoir fixe
d'abord l'heureuse ville où siégera le second congrès médical international, et
sans avoir aussi fixé l'époque de cette deuxième olympiade de notre institution des
congrès internationaux, qui pour nous est bien une ère vraiment nouvelle.
Mais je reviens, messieurs, à l'objet spécial de cette allocution. Le vœu formé
par le congrès de Bordeaux ne pouvait manquer d'avoir un écho retentissant dans
toute la France, et dans sa capitale en particulier. Aussi à peine avait-il été émis,
que Paris, cette ville classique de tous les progrès vraiment dignes de ce nom, se
mit en quelque sorte en campagne. Le comité organisateur, dont j'ai l'insigne
honneur d'être l'organe, se forma. Sans doute, messieurs, il ne se faisait point
illusion sur toutes les difficultés qu'il pourrait rencontrer sur sa route, car l'en-
fantement d'une grande assemblée médicale internationale mérite bien assuré-
ment de compter parmi les enfantements laborieux. Mais si l'œuvre était difficile,
elle n'était pas impossible. Impossible ! un grand homme a dit que ce mot n'était
pas français. Disons tous, à notre tour, et comme un seul homme, qu'en matière
de progrès, le mot impossible ne se trouve plus désormais dans aucun des dic-
tionnaires des diverses nations du monde civilisé.
Le comité ne pouvait accomplir la mission qu'il s'était imposée sans l'autorisa-
tion et le concours du gouvernement impérial. Ce concours ne s'est pas fait
attendre : il est venu pour ainsi dire au-devant de nous. Nous nous plaisons à
payer publiquement le tribut de notre reconnaissance et à rendre ici de solen-
nelles actions de grâces à tous ceux de messieurs les ministres auxquels nous nous
sommes adressés, ainsi qu'à M. le préfet de police.
Le comité organisateur ne pouvait se passer non plus du précieux appui de la
presse périodique en général, et de la presse périodique médicale en particulier.
Nous n'avons pas été moins heureux de ce côté que de l'autre, et nos remercî-
ments ne sont pas au-dessous de ce nouveau concours; ils n'ont pas de bornes.
Nous remercions aussi M. le doyen de cette école d'avoir bien voulu mettre à
notre disposition ce grand amphithéâtre. Nous remercions également ici, dans la
g'ainte de l'oublier, nos correspondants français et étrangers qui, pour le compte
du comité, ont recueilli de si nombreuses adhésions.
Secondé ainsi, le comité, multipliant ses efforts de tout genre, est enfin arrivé
au terme d'une tâche qui, vous en conviendrez messieurs, ne manquait pas tout
à fait de hardiesse, et qui réclamait une certaine dose de bonne volonté. Que si
le comité n'a pas mieux fait, nul de vous ne le regrettera plus vivement que cha-
cun des membres dont il est composé. Mais il compte sur votre indulgence. Vous
ne tromperez pas ses espérances à ce sujet, messieurs, vous qui avez comblé, sur-
passé celles qu'il avait conçues sous le rapport du zèle, de l'empressement, avec
lesquels, au mépris de tant de sacrifices, vous êtes accourus, à flots pressés, dans
cette vaste enceinte, trop étroite pourtant pour vous contenir. Nous avons pensé,
messieurs, et tel avait été aussi l'avis du congrès boi:delais, nous avons pensé que,
pour la convocation d'un congrès international à Paris, c'était une circonstance
favorable à son succès, une véritable bonne fortune, que de choisir et l'année et
l'époque de l'année où la grande Exposition universelle devait se réunir, de son
côté, dans cette capitale de l'empire français. Il me semble, messieurs, que votre
approbation est acquise à la résolution du comité. N'ètes-vous pas ravis, en effet,
de pouvoir contempler toutes les magnificences, tous les prodiges de cette pom-
peuse manifestation du génie humain sous tant de formes différentes? Grâce à cet
événement, le plus étonnant peut-être des temps modernes, grâce à cette mer-
BO0ILLAUD. — DISCOURS D*ODVERTURE. 55
Teille des meireilles, attirées comme par une force de graTitation morale, toutes
les nations, leurs souverains en tête (empereurs, rois, princes, ducs, etc.), ont
truisformë Paris en une ville non moins tamerseUe que l'Exposition elle-même.
Aussi c'est bien aujourd'hui que nous pouvons sans flatter Paris, dire de lui, avec
an de nos poètes les plus nationaux (Casimir Delavigne) :
La fWmce, c'est Partie et PariSj c*est h monde i
Voyex maintenant, messieurs, comme tous les progresse tiennent, s'enchalnçnt
et s'engendrent en quelque façon les uns des autres I Si les admirables progrès
connus sous les noms de locomotion au moyen de la vapeur, tant sur terre que
sur mer, et de télégraphie électrique, n'avaient pas eu déjà lieu; si, sous le rap-
port de l'espace et du temps, ils n'avaient pas changé la face du monde, comme
l'avaient changée, sous d'autres rapports, les découvertes également admirables
de la boussole et de l'imprimerie ; si donc la locomotion par la vapeur, rapide
comme les vents, la télégraphie électrique, rapide comme l'éclair, n'eussent pas
été inventées, l'Exposition universelle pi ce congrès médical international,
qui constituent bien, eux aussi, d'incontestables progrès, n'auraient pu s'ac-
complir.
J'ai dit un peu plus haut, messieurs, que nous n'avions encore eu, en France,
que trois congrès médicaux. Nous en comptons cependant quatre, en y compre-
nant celui qui s'assembla en iSUS à Paris, dont il a porté le nom. Mais nous ne
pouvions le placer pai*mi les congrès du genre de ceux dont nous venons de nous
occuper. En effet, il ne roulait pas comme ceux-ci sur des questions de méde-
cine. Il avait pour oh}ei spécial une réforme, une nouvelle organisation de l'exer-
cice et de l'enseignement de la médecine. Ce congrès mériterait donc le nom
à!états géfiéraux ou d'assemblée constituante du grand corps médical de toute la
France. Ses travaux furent longs et, ne craignons point de leur donner cet éloge
qui n'est pas médiocre, dignes du 8i:get. Présidé par le ministre de l'instruction
publique de cette époque, M. de Salvandy, non moins distingué par ses idées
libérales que par ses sentiments généreux, le congrès de Paris de 18/i5 offrait un
caractère semirofficieL 11 était permis d'espérer que l'espèce de charte constitu-
tionnelle qu'U avait si laborieusement et si consciencieusement rédigée, ne tar-
derait pas à être présentée aux chambres, et qu'elle passerait enfin à l'état de M,
Malheureusement, il n'en fut pas ainsi, et cette œuvre importante, fondamentale^
est à recommencer. Tantœ molis erat
Espérons, messieurs, que le moment n'est pas éloigné où quelque nouveau
congrès reprendra, sous des auspices plus favorables, l'œuvre du congrès de
1865, car, il faut bien l'avouer, nos institutions médicales n'ont certes pas encore
atteint leur dernier degré de perfection. Heureuse la nouvelle tentative, si elle
pouvait sourire à l'esprit vaste, éclairé, hardi, initiateur et Ubéral du ministre
éminent qui siège aujourd'hui sur le fauteuil du grand maître de l'Université!
fe ne quitterai point le congrès de 18/i5 sans i^ppeler ici un de ses actes les plus
méritoires. Avant de se séparer, il émit le vœu qu'une statue fût élevée à Paris
en l'honneur de notre Bichat, qui déjà en possédait une dans sa viUe natale. Le
noble vœu du congrès fut exaucé. La statue dont l'érection est due ^ l'initiative
du congrès de 18/i5 siège précisément à l'entrée de cette enceinte. Bichat, aucun
de TOUS, messieurs, ne l'ignore, est le glorieux, l'immortel fondateur de l'ana-
lomie générale. Cetta science, sous le nom d* histologie qu'elle porte aujourd'hui.
56 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRB SÉANCE DE JOUR.
s'est enrichie, gr«^ce à des procédés de recnerches plus précis, employés sur une
grande échelle et devenus classiques^ de tant de découvertes, qu'elle eo semble
transfigurée. Mais les beaux progrès que nous nous plaisons à vous signaler ne
doivent pas faire oublier les travaux du grand Bichat. Saluons donc, messieurs,
sa statue qui, placée ainsi près de l'enceinte de nos séances, présidera, s'il est
permis de le dù*e, à tous nos travaux, nous inspirera de grandes pensées, et nous
communiquera quelques étincelles de ce feu sacré que possédait à un si haut
degré celui dont elle est l'image.
Je n'abuserai pas plus longtemps de votre patience, messieurs, heureux, en
finissant, d'avoir soulevé dans vos âmes un de ces sentiments doux et généreux
qui me feront obtenir quelque grâce pour la longueur de cette allocution.
Le comité organisateur de ce congrès a terminé sa mbsion. La vôtre va com-
mencer, messieurs, par la constitution de votre bureau. Cette opération terminée,
le signal du combat sera donné. Puissent les actes de cette grande assemblée
laisser dans l'histoire de la médecine un glorieux et long souvenir ! Ce serait vous
faire injure, très-chers et très-honorés confrères, que de douter un seul instant
de l'entier accomplissement de ce vœu.
Après cette allocution fréquemment interrompue par de chaleureux applaudis-
sements, M. le professeur Gavarret, vice-président du Comité d'organisation, pro-
clame les noms des délégués accrédités par les Gouvernements et par les Sociétés
savantes, puis le Congrès procède à la constitution de son bureau, qui est nommé
par acclamations. Après avoir remercié l'assemblée de l'honneur qu'elle lui
accorde en lui conférant la présidence, M. Bouillaud appelle aux fauteuils de
la vice-présidence le professeur Palasciano, de Naples, et le professeur Teissier,
de Lyon; le secrétaire général M. Jaccoud, le secrétaire trésorier M. E.Vidal, le
secrétaire de la séance M. Bricheteau, prennent également place au bureau,
et le président annonce le commencement des lectures sur la première question
du programme.
BIJ TVBERCVliE ET DES PROCESSCS AIVAIiOGUES.
FAR J. VILLEMIN (DE PARIS)
Profetiattr agrégé au Val«d*-Grâc««
L'anatomie pathologique a certainement apporté de grandes lumières dans les
questions qui préoccupent les médecins depuis des siècles; mais la lésion anato-
mique, aussi bien que le symptôme, n'est que l'efi'et d'une cause qui se dérobe
malheureusement à nous dans bien des cas. Et cependant ce qui constitue
l'essence d'un phénomène quelconque, c'est le principe de sa détermination.
La cause morbide est donc le caractère nosologique primordial et essentiel.
Considérée dans sa symptomatologie et dans son anatomie pathologique, la
DD TOBBftCULE. ~ YItLEHIM. 57
maladie est da domaine de robservation^ elle [se constate par les sens aidés des
diTers moyens qui viennent à leur secours ; considérée dans sa cause^ elle est du
ressort de l'induction. Ce n'est que par une opération de Tintelligencc qu'on s'é-
lève à une pareille conception de la maladie. C'est souvent une œuvre excessive-
ment laborieuse que de remonter à la cause des phénomènes, et, en médecine
plus qu'ailleurs peut-être, ces sortes de problèmes sont hérissés de grandes diffi-
coltés. La raison en est dans ce fait que les éléments anatomiques n'ont qu'un
nombre restreint de réactions contre les influences morbifiqucs ; en sorte qu'à
des causes diverses répondent des manifestations symptomatiques et des lésions
aDatomiques ayant entre elles les plus grandes analogies. On ne peut spécifier la
maladie que d'après un groupe de caractères dont l'ensemble seul se différencie
des groupes voisins. Cependant on a cherché et l'on cherche encore des sym-
ptômes et des lésions pathognomoniques. Mais plus on avance, et plus on s'aper-^
çoit que de pareils caractères n'existent pas.
Cest parce que l'on a cru à la spécificité anatomique que l'histoire de la tu-
berculose a été entachée de bien des erreurs. Et d'abord on s'est bien vite aperçu
qu'on ne pouvait lui attribuer toutes les petites tumeurs grises, demi-transpa-
rentes ou jaunes, siégeant dans les poumons ou ailleurs ; d'autre part, on a vu
aoasi que c'était lui faire la part trop mince que de la restreindre aux cas oîi l'on
rencontrait des granulations. On a cru voir ensuite dans la consistance dite caséeuse
la caracléristique anatomique du tubercule ; mais force a été de diminuer l'im-
portance de ce caractère devant des produits pathologiques tout à fait étrangers
à la tuberculose et qui se présentent sous l'aspect de la matière caséeuse. Plus
tard l'intervention du microscope a fait luire un moment l'espérance, bien vite
déçue, d'un globule spécifique. Enfin les progrès des études micrographiques
nous ont conduits aujourd'hui à des connaissances précises sur la provenance,
l'évolution, le siège, la sti'ucture, etc., du tubercule. Mais parmi toutes ces don-
nées nouvelles, y a-t-il des caractères exclusivement propres à la lésion tubercu-
leuse, ou peut-on conclure, de leur ensemble seulement, à la spécificité anato-
mique de cette altération? Telle est la question posée par les savants organisateurs
du Congrès médical international. Nous venons apporter à sa solution le fruit de
nos recherches.
Examinée sur une séreuse, là où l'étude en est le plus facile, et prise à son
début alors qu'elle est encore jeune, dure et demi-transparente, la granulation
tuberculeuse se présente, sous le champ du microscope, avec l'aspect suivant :
A son centre, on voit une quantité plus ou moins considérable de petits éléments
globuleux, représentés par des noyaux brillants ou granulés, et par des petites
cellnles faiblement indiquées par un petit linéament ti*ès-rapproché du noyau.
Ces éléments sont agglutinés par une substance intercellulaire solide, finement
granulée ; ils n'ont pas tous les mêmes dimensions, celles-ci peuvent quelque-
fois varier du simple au double. En dirigeant les regards vers la périphérie de la
nodosité, on remarque que les petits éléments sont remplacés par des cellules
plus volumineuses, dont quelques-unes renferment, dans leur intérieur, un
nombre de noyaux parfois considérable. En^n, tout à fait aux confins de la gra-
nulation, les éléments cellulaires rappellent la forme et la disposition des cor-
puscules conjonctifs, dont ils ne différent, dans les parties les plus éloignées du
centre du nodule, que par des dimensions plus grandes.
D'une manière schématique, on peut représenter la nodosité tuberculeuse par
trois «mes concentriques, correspondant à trois degrés différents dans l'évolution
58 CONGRÈS MÉDICAL IMTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
des ëiéments qui concourent à sa formation : une zone externe, où l'on voit des
cellules déjà plus volumineuses que celles du tissu normal, et dans lesquelles ap-
paraissent plusieurs noyaux ; une zone moyenne, représentée par des éléments
de diverses dimensions^ plus ou moins serrés les uns contre les autres, et renfer-
mant un nombre variable de noyaux, c'est la zone proliférante ; eniin, une zone
interne^ centrale^ où se trouvent accumulés les noyaux et les petites cellules qui
semblent être^ comme les globules de pus dans Tinflammation, le produit final
de la multiplication des éléments. Cependant il est bien rai'e de ne pas retrouver
parmi ces petits éléments, déjà variables eux-mêmes, des cellules de dimensions
plus grandes. Généralement la granulation tuberculeuse n'acquiert pas un vo-
lume considérable ; lorsque la cause est énergique et étendue, elle marque son
action par la multiplicité des foyers, et alors de nombreuses nodosités, formées
en même temps, confinent et se mêlent en donnant des masses souvent considé-
rables, des plaques, des îlots étendus : c'est ce qu'on appelle Vinfilti^aiion tuber-^
cukuse.
Ce que nous venons de décrire ne s'observe que sur des granulations à la pé-
riode de crudité ; la dégénérescence gi^aisseuse survenant, on ne trouve plus que
des petits corps foncés, brillants ou quelques débris mêlés à des granules molécu-
laires. La métamorphose régressive des tubercules ne se présente pas toujours
sous le même aspect. Dans certains cas, il se forme des granulations graisseuses
très-petites et relativement rares. Les éléments prennent un reflet brillant, se
ratatinent et se déforment comme s'ils étaient desséchés. C'est une sorte de momi"
fication, comme Ta si judicieusement dit M. Kûss. D'autres fois, les globules
graisseux sont plus volumineux el plus nombreux, la matière grasse semble exis-
ter en plus grande abondance. Nous pensons que ces deux formes de la transfor-
mation régressive convergent vers deux tenuinaisons différentes : la première
nous semble aboutir plus facilement à la crétification, et la seconde au ramollis-
sement.
Les processus que l'on rencontre chez les tuberculeux ne produisent pas tou-
jours exactement la granulation type que nous venons de décrire, même lors-
qu'ils ont la forme et les dimensions de petites nodosités. Ainsi, on observe des
granulations qui renferment à peine quelques éléments de petites dimensions à
leur centre; elles se composent, en majeure partie, de cellules de grandeur va-
riable et en voie de multiplication active, qui se détruisent par la métamorphose
rétrograde avant que la prolifération ne soit arrivée à son dernier terme. Une
coupe pratiquée dans une nodosité de cette espèce parait constituée, presque
danS' tout son ensemble, par des éléments semblables à ceux qu'on trouve dans
la zone moyenne. 11 y a prédominance des cellules volumineuses sur les noyaux
et les petites cellules, tandis qu'au contraire, dans la granulation type, les élé-
ments de grandes dimensions sont exceptionnels dans les parties centrales et
même rares dans la zone moyenne. Cependant il arrive que la transformation
nécrobiotique s'empare quand même des nodosités ainsi constituées et dont l'évo-
lution semble inachevée. Mais ce n'est là que l'exagération d'un fait que l'on
observe souvent dans une granulation type. Loi*sque la métamorphose régressive
suiTient dans celle-ci, la dégénérescence gi'aisscuse ne se borne pas à la zone
centrale, aux petits éléments ; elle atteint aussi, dans la zone moyenne, des cel-
lules volumineuses, les unes remplies de noyaux et en pleine activité de multi-
plication. Il y a là une nécrobiose prématurée qui pourrait peut-être s'expliquer
par l'oblitération vasculaire. Lorsque des foyers multiples se forment simultané-
DU TUBERCULE. — VILLEMW. 59
ment, s'agglomèrent, continent et se confondent, en donnant lieu à des tubéro-
âtés Tolumineuscs ou h des grandes masses d'infiltration, la circulation est en-
travée dans un espace plus ou moins étendu, et les liquides nutritifs manquent à
l'activité des éléments en cours de prolifération.
Les différences dans la rapidité d'évolution du tubercule sont un fait depuis
longtemps constaté par la clinique. 11 y a des phthisiques chez lesquels les pre-
miers symptômes d'une poussée tuberculeuse remontent à des époques très-re-
culées^ et qui n'oft'rent les signes du ramollissement qu'au bout d'un temps repré-
senté par des années. Chez d'autres au contraii-e, on assiste à la formation bi-usque
de masses tuberculeuses, suivies presque immédiatement de leur ramollisse-
ment ; des cavernes étendues apparaissent dans l'espace de quelques mois. Ces
différences dans les formes cliniques de la tuberculose sont la conséquence de
différences coirélatives dans les caractères anatoiniques, et nous sommes d'avis
que les conditions dont elles relèvent consistent, au moins en partie, dans l'obli-
tération plus ou moins brusque, complète et wstendue des vaisseaux. D'une ma-
nière générale, nous sommes donc porté à croire que les petits éléments sont
d'autant plus rares et les grosses cellules plus nombreuses, que le processus a eu
une marche plus accélérée, que la prolifération cellulaire a été plus rapide et
s'est faite sur des points nombreux et rapprochés, de manière à intercepter plus
complètement le cours du sang. Hâtons-nous de dire que nous ne considérons
cette interprétation que comme la plus probable ; nous sommes prêts à l'aban-
donner si une autre se montre plus conforme aux faits observés.
Nous ne voulons pas suivre le processus tuberculeux dans les divers organes.
Dans*tous, il a pour siège constant, pour matrice, les tissus de substance conjonc-
tive. Nous ne nous arrêterons qu'au tubercule pulmonaire qui donne lieu actuel-
lement à des divergences d'opinion qui ne tendent à rien moins qu'à scinder la
tuberculose en espèces nosologiques distinctes.
Dans la tuberculisation pulmonaire, on rencontre bien des granulations qui
négent dans le tissu conjonctif intcrlobulaire, mais le plus grand nombre est
situé dans les vésicules elles-mêmes, qu'on trouve remplies de cellules en voie
de multiplication. Dans le principe, nous n'avions considéré comme tubercules
que les processus qui avaient leur point de départ dans les trabécules conjonc-
tives, et nous pensions que le contenu des vésicules était un produit appartenant
à l'épithélium pulmonaire ; mais des faits nombreux sont venus infirmer cette
interprétation. L'étude de la tuberculisation du poumon et des autres altérations
de cet organe nous a amené à croire qu'il y avait dans sa structure quelque
chose d'ignoré, une inconnue qu'il fallait avant tout dégager pour entrer en posses-
sion du simple et du vrai. C'est alors que nous avons trouvé un procédé qui nous
a permis de constater que la mince cloison qui sépare deux vésicules l'une de
l'antre, en leiu' servant de paroi commune, n'est pas une membrane homogène,
mais qu'elle renferme dans son épaisseur un clément cellulaire qui lui est pro-
pre, ce qui fait de cette membrane un véritable tissu d'espèce conjonctive (1).
Quant à l'existence d'une couche épithéliale recouvrant, comme on le suppose,
la surface interne des alvéoles, nous avouons qu'elle nous semble être entière-
ment problématique.
Le tubercule a dans le poumon deux sièges distincts, correspondant aux deux
(i) YiUêmin, Recherchée sur la vésicule pulmonaire et V emphysème (Àrch, gén. de méd.^
oelobr* et novembre 1866).
60 CONGRÈS MÉDICAL IIITE1INAT10NAL — PREIIIÈRB SÉANCE DE JOUR.
Tariëtës de tissus de substance conjonctive qu'on trouve dans cet organe, à savoir :
le tissu conjonctif ordinaire, interlobulaire^ et le tissu spécial qui constitue les
parois des vésicules. Nous n'avons à nous occuper ici que des tubercules des
cloisons alvéolaires qui ont donné lieu à diverses interprétations.
Si Ton examine au microscope une granulation isolée, on constate tout à fait
à ses limites extrêmes, aux confins des parties saines, c'est-à-dire là où le proces-
sus est à sa période initiale, des cellules rondes qui s'hypertropbient insensible-
ment, deviennent parfois extrêmement volumineuses, opaques et multinucléaires.
Au fur et à mesure qu'on s'avance vers le centre, on voit la multiplication cel-
lulaire devenir abondante et les alvéoles se remplir. De grosses cellules, conte-
nant de deux à dix, à quinze noyaux, mettent en liberté ces éléments nouveaux
qui prolifèrent à leur tour; mais en même temps que cette prolifération abonde,
la circulation se supprime, et l'on voit survenir la dégénérescence gi*aisseuse dans
les parties les plus avancées et les plus abondamment pourvues d'éléments cellu-
laires. Les vésicules centrales, les plus anciennes en date dans l'altération patholo-
gique, contiennent des petits éléments comme on eu trouve habituellement au
centre des tubercules des séreuses, par exemple; seulement ils sont souvent un peu
plus gros et ont sous ce rapport plus de ressemblance avec ceux du tissu osseux.
Mais bien souvent la nécrobiose saisit les cellules proliférantes au milieu de leur
évolution, et celles-ci tombent en détritus avant d'avoir abouti à la formation de
ces petits éléments.
Cela a surtout lieu quand les foyers multiples se sont formés en même temps et
tout près les uns des autres, en apportant des entraves circulatoires dans une
grande étendue. Lorsqu'on examine une coupe pratiquée dans une masse tuber-
culeuse dite d'infiltration, on voit de distance en distance les centres des foyers
nombreux dont elle se compose, indiqués par une coloration plus blanche, des
éléments plus petits, une infiltration graisseuse plus prononcée, ou même enfin
un détritus granuleux amorphe, tandis que les parties intermédiaires renferment
des éléments moins nombreux, plus volumineux et en voie de prolifération ;
mais, le tout n'en est pas moins envahi par la métamorphose fégrcssive. Cette
métamorphose apparaît, comme nous l'avons déjà dit, à des époques variables de
l'évolution du processus, et nous pensons qu'elle est d'autant plus hâtive et qu'elle
atteint les éléments à une période d'autant moins avancée dans leur proliféra-
tion, que celle-ci a été plus rapide et étendue ; ce qui rend compte de certaines
phthisics à marche accélérée.
D'après ce que nous venons de voir, chaque foyer tuberculeux se compose bien
d'un amas central plus ou moins grand de petites cellules lymphatiques ; mais
aussi d'une zone d'étendue variable, composée de cellules de différentes gran-
deurs, au stade de prolifération. La dégénérescence nécrobiotique n'atteint pas
seulement le centre des foyers, dont l'évolution est entièrement achevée, mais
elle s'étend aussi extérieurement aux grands éléments en voie démultiplication.
Lorsqu'une nécrobiose hâtive survient dans des foyers agglomérés en gros
nodules ou en infiltration, les centres de ces foyers ne sont souvent que peu
apparents; ils ne s'accusent que par de rares éléments de petites dimen-
sions, et encore ceux-ci, tombant en détritus aussitôt formés, ne peuvent être
reconnus bien des fois que par leurs vestiges. 11 suit de là que des coupes prati-
quées dans ces parties ne laissent presque voir que des cellules proliférantes,
remplissant plus ou moins complètement les alvéoles. Ce sont elles que plusieurs
obseiTatcurs considèrent, el que nous avons regardé nous*méme autrefois conune
DU TUfiBAGULE. — VIUEMIN. 61
un produit d'inflammation^ ayant sa source dans Tépithélium pulmonaire. C'est
à cette forme de tubercule qu'on a donné les noms de pneumonies caséeuse^ tt^er-
adeusej épUhéliaiey disséminée et chronique^ etc.
Mais ces éléments proviennent manifestement des noyaux-cellules qui font
partie de la cloison des vésicules, et dans les tubercules des séreuses, des
muqueuses, des ganglions lymphatiques, etc., la zone proliférante se compose
de cellules absolument identiques par la forme, les dimensions ou tout autre
caractère. Ce n'est que par la compression les unes contre les autres, qu'elles
prennent quelquefois des faces planes qui leur donnent un aspect épithélial ; elles
ne sont du reste jamais soudées entre elles. Du reste, dans un tissu conjonctif,
la tuméfaction et la prolifération cellulaire tuberculeuses ne diffèrent pas de la
tuméfaction et de la prolifération inflammatoires ; ce n'est que par le stade final
qu'on peut juger de la nature du processus. L'inflanunation aboutit à la forma-
tion du pus ou d'un tissu hypertrophique. Dans le poumon, en effet, on rencontre
des collections piunilentes et des scléroses fibreuses ; mais ce que l'on appelle
pneumonie caséeuse, etc., n'est constitué ni par du pus, ni par du tissu fibreux.
C'est un produit formé de cellules au stade de prolifération et qui aboutit à la
métamorphose graisseuse. Or, la nécrobiose ne survient |pas dans l'inflam-
mation à cette période de son évolution, tandis qu'au contraire elle constitue un
des caractères du tubercule ; on peut s'en assurer dans les tissus simples, où toute
confusion est impossible. Enfin, si l'on avait afiaire à un produit inflammatoire,
de nature épithélîale surtout, on n'aurait pas, comme cela a lieu, une suppres-
sion de la circulation dans les parties malades, et le poumon, au lieu de prendre^
dès le début, l'aspect anémique et la consistance sèche propres aux tubercules^
serait remarquable, au contraire, par la turgescence et l'engouement qui carac-
térisent les processus inflammatoires.
Ainsi donc l'étude anatomiquc de la tuberculose, tiraillée dans les sens les
plus divers par les nombreux travaux qu'a inspirés l'immensité de ce malj n'a
lait qu'accroître l'embarras des pathologistes. C'est surtout à propos de la tuber-
culisation du poumon que les opinions diffèrent. Mais en acceptant ce que nous
avons essayé de démontrer ailleurs (1), que le parenchyme pulmonaire est une
variété des tissus coi^jonctifs, nous croyons être sur la voie qui doit ramener les
esprits à une conception plus simple, plus vraie, plus pratique et plus conci-
liante ; car nous pensons qu'il y a lieu de faire un retour vers les idées de notre
grand Laennec en faveur de l'unité de la tuberculose, de son essentialité mor-
bide, dont semble nous écarter l'admission de complications et de divisions
anatomiques qui n'ont rien de réellement fondé. Sans doute, ces travaux sont
loin d'avoir été stériles, la pathologie de la tuberculose leur doit bien des vérités^
nous ne devons pas les oublier.
A ne considérer que la forme des éléments qui le composent, le tubercule est
très-analogue aux tissus lymphatiques, mais là ne se borne pas la ressemblance.
La consistance caséeuse à laquelle aboutissent les productions tuberculeuses d'une
façon si invariable, qu'elle a' passé pour le phénomène caractéristique de ces
lésions, est aussi une propriété particulière à quelques tissus lymphatiques.
Ainsi, sous certaines incitations, les cellules d'un ganglion accumulées en excès
dans leurs alvéoles éprouvent la dégénérescence caséeuse dans bien des cas.
(!) Viltemio, RBcherckes sur iavé$icuiefmlmanaùr€ et l^emphifiim» (Ành, gin» de méd.^
Ktobre et novembre 1866).
62 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. » PRBIUÈRE SÉANCE OE JOUR.
Sans doute^ nous savons parfaitement que d'autres produits morbides peuvent
aboutir, par régression, à cette consistance, mais il n'en est pas moins vrai que
les engorgements lymphatiques et les tubercules jouissent au plus haut degré de
la tendance à passer à l'état caséeux. C'est de ce cai'actère commun qu'on est
parti pour identifier la tuberculose et la scrofule.
D'autres productions morbides ont aussi les analogies les plus grandes avec les
lésions tuberculeuses, tant sous le rapport de la forme des éléments que sous
celui de leur groupement et des métamorpbuses qu'ils éprouvent à une ceilaine
période de leur évolution. Nous citerons principalement les granulations de la
moiTe et les gommes syphilitiques.
Les granulations qu'on trouve dans les poumons de l'homme et des chevaux
morveux ont un aspect extérieur qui rappelle entièrement celui des granulations
de la tuberculose. C'est ce qui avait conduit certains médecins vétérinaires à
admettre que la morve chronique n'était autie chose que la tuberculose du
cheval. Les gi*anulations morveuses sont ordinairement constituées à leur centime
par de petits éléments de même apparence que ceux du tubercule^ et dont
l'origine est aussi la même ; ils proviennent de la prolifération des cellules du tissu
conjonctif au milieu duquel le nodule morveux se développe ; ils sont groupés,
comme ceux du tubercule, en petits amas centiaux entourés d'une zone de
cellules au stade de prolifération qui se nécrobiosent (1).
La gomme syphilitique rappelle aussi, par certaines apparences extérieures et
par sa structure histologique, les productions tuberculeuses (2). On y trouve les
mêmes noyaux et petites cellules dérivés de la multiplication des corpuscules
conjonctifs; c'est le même tassement de ces éléments dans une rai*e substance
intercellulaire finement granulée, et enfin le même état caséeux amené pai' la
dégénérescence régressive et s' étendant à des groupes cellulaires en voie de prolifé-
ration. Sans doute, la ressemblance n'est pas absolue, mais les nuances différen-
tielles seraient insuffisantes pour dissiper toute inceilitude, si l'on s'en tenait aux
caractères histologiques seuls, et même, dans certains cas, à l'ensemble anato-
mique tout entier.
Nous attirerons particulièrement l'attention sur ce point d'une haute impor-
tance, à savoir : que les granulations moi^euses un peu gi*osses, mais surtout
celles qui sont accumulées en infUtratioJi, ainsi que les gommes syphilitiques,
sont formées, comme les masses tuberculeuses d'un certain volume, par l'agglo-
mération d'un nombre considérable de petits foyers. De pail et d'autre, les cen-
tres de ces foyers sont habituellement composés de cellules et de noyaux à forme
lymphatique, tandis que les zones périphériques sont constituées par des cellules
plus volumineuses et en voie de multiplication. Quand la métamorphose régres-
sive s'empare des processus, elle atteint non-seulement les petits éléments des
centres, mais aussi les cellules des zones intermédiaires, quoiqu'elles soient à un
degré d'évolution moins avancé et parvenues seulement au stade de proliféra-
tion. Il résulte de là que la morve et la syphilis donnent lieu, dans les poumons,
à des altérations semblables à celles que l'on a désignées des noms de pneumumie
(i) Virchow, Handbuch der speciellen Pathologie und Thérapie^ 2' vol., 1'" partie, p. &05.
Eriangea, 1865. — Cornii et Trasbot, Note sur la structure des granulations morveuses du
cheval (Comptes rendus de la Société de biologie ^ t. II, lérie &", 1865).
(2) Virchow, La syphilis constitutionnelle^ trad. par Picard. — Ranvier, Recherches atut"-
tomiques dans un cas de syphilis viseértde et oiseuse {Comptes rendus de la Société de biologie
t. n, série A% 1865). '
DU TUBERCULE. — YILLEMIN. 63
easéeiiie, tuberculeuse, épUhèliale, etc.^ et qui sont observées dans la tuberculose.
Mais il y a lieu d'appliquer ici les observations et les interprétations que nous
iTons invoquées à propos du tubercule ; et ceci nous est une preuve de plus
que notre manière de voir est fondée.
Ainsi donc^ la question de la spécificité anatomique du tubercule doit être ré-
solue dans le sens de la négative. Les éléments les plus caractéristiques d'une
granulation tuberculeuse ont leurs représentants physiologiques dans les globules
de la lymphe et dans ceux des tissus lyuiphoïdes. On retrouve les mêmes élé-
ments dans plusieurs productions morbides, entre autres les granulations de la
morve-far<:in9 les tumeurs gommeuses de la syphiUs, et, de plus, ils afrectcnt,
dans ces processus, la même disposition et la même évolution que dans le
tubercule. C'est donc en vain qu'on a cherché jusqu'ici des caractères pa-
thognomoniques à l'altération de la tuberculose. Le globule spécifique n'existe
pas, et les autres caractères tirés de l'ensemble de l'évolution histologique, pour
être plus sûrs que la forme élémentaire seule, n'en sont pas moins insuffi-
sants.
Les productions où l'on trouve les cellules du tubercule forment une grande
iamiUe dans laquelle on remarque des tissus normaux aussi bien que des proces-
sus morbides. On peut donc voii* dans quelle erreur sont généralement les per-
sonnes peu versées dans l'étude de l'anatoude pathologique générale, lorsqu'elles
s'imaginent qu'un simple fragment d'une tumeur quelconque suffit pour en dé-
terminer la nature. £n ce qui concerne le tubercule, par exemple, les caractères
histologiques appartiennent à la famille et au genre, et non à l'espèce. Pour spé-
cilier ce processus et le dilTéreucier des altérations du même genre que lui, il
est nécessaire de recourir à d'autres renseignements que ceux que fournit le mi-
croscope^ il ne faut demander à cet instrument que ce qu'il peut ^donner. Les
himières qu'il a jetées sur les sciences biologiques sont déjà assez vives pour le
justifier des accusations qui ont été dirigées aveuglément contre lui. Il n'est, en
somme, qu'un moyen d'observation, et il ne peut fournir, à lui seul, la solution
des multiples problèmes que nous poursuivons. C'est en vain qu'on en attendrait
des résultats qui ne sont pas du domaine de son action. Et trop souvent on lui
demande même ce qui n'est pas dans la nature des choses.
Revenons à la tuberculose. Nous venons de voir que la structure intime de sa
lésion anatomique n'a rien qui lui soit absolument propre et spécifique ; mais,
chose remarquable et qui ne peut échapper à personne, je suppose, ce processus
vient se placer à côté des altérations produites par la morve et la syphilis, deux
maladies de cause spécifique, et virulentes par excellence. L'esprit le plus pré-
venu ne peut se défendre de l'idée, selon nous tout à fait plausible, d'une parenté
aosologique entre elle et ces deux affections. Ce rapprochement a été pour nous
une des premières raisons qui nous ont conduit à soupçonner la véritable nature
de la tuberculose. La granulation morveuse, la gomme syphilitique et le tuber-
cule se présentant comme trois espèces anatomo-pathologiques d'un même
genre, était-ce faire une hypothèse trop hasardée que de considérer les trois
aflectioDs correspondantes conmie des espèces voisines l'une de l'autre par la
nature de leurs agents étiologiquesî La morve et la syphilis étant inoculables,
nous nous sommes demandé ai la tuberculose ne le serait pas. L'expérimentation
a répondu, elle a mis notre hypothèse au nombre des vérités irrécusables. L'in-
crédulité des premiers temps commence à s'ébranler, des noms autorisés con-
vient déjà de leur sanction le fait important de l'inoculabilité de la tuberculose.
eu CONGRÈS MÉDICAL INTERNATlOiNAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
Dans un ouvrage très-prochain^ où les idées que nous venons d'exposer ont tout
le développement qu'elles comportent^ nous essayons de mettre en lumière, par
différents points de son histoire, la spécificité de cette terrible maladie (1). S'il
reste des obscurités et des incertitudes, l'avenir les dissipera.
AIVATOMIE ET PHYSIOIiOttlE PATHOLOOI^VBS
BV TCBERCIJIiE.
PAR M. LE PROFESSEUR SAN6ALU (DE PAVIE)
(Lu par It stcréUira gtfndral an Dom dt Tanlcvr.)
La sagesse de mes auditeurs et la brièveté du temps qui est accordé à mes
paroles ne me permettent d'exposer que sommairement la série des observations
que j'ai publiées sur ce sujet dans un opuscule qui a pour titre : Études anatamo'
physio-pathologiques sur la tuberculosis.
Le mot de tuberculosiSy bien qu'adopté dans la médecine de toutes les nations
éclairées, n'exprime pas par lui-même la nature spéciale de la maladie qu'il sert
à dénoter. 11 y a en effet de nombreuses et très-variées altérations qui, bien
qu'elles se manifestent sous la forme de tubercules, n'appartiennent pas à cette
maladie; de même que la matière qui se produit dans la tuberculosis ne se
montre pas toujours et tout entière sous la forme de tubercules. En supposant
même que cette matière tuberculeuse que l'on dit infiltrée se forme toiJ\jours
par l'agrandissement et par la réunion de plusieurs petits tubercules, je soutiens
qu'il y a pourtant des tissus dans lesquels la majeure partie du produit tubercu-
leux ne se manifeste pas sous la forme de tubercules. Je ne citerai, pour exemple,
que la tuberculosis de la pie-mère, dans laquelle se trouve, avec de petits tuber-
cules, de la matière exsudée jaunâtre, épaisse. C'est pourquoi la forme sous la*
quelle la matière tuberculeuse se manifeste ne devrait pas même, selon moi,
être considérée comme spécifiqu/e.
Quand nous nous mettons à étudier le procès tuberculeux, nous reconnaissons
qu'il a une grande affinité avec l'inflammation; que sa spécialité consiste dans la
particularité des stimulus aptes à le développer ; et la spécialité du produit tuber-
culeux se trouve non point dans les caractères de son organisation, mais dans la ra«
pidité avec laquelle celle-ci se détruit dans l'organisme lui-même. Je veux dire que,
chez quelques individus, les conditions de la nutrition des organes les plus impor-
tants de la vie végétative s'altèrent peu à peu, de manière qu'à la fin les humeurs
nobles de l'organisme se trouvent tellement constituées qu'elles deviennent des
stimulus pour certains organes. Si ces stimulus internes agissent sur plusieurs
zones isolées de ces mêmes organes, ils donnent lieu à la granulalion tuberculeuse;
si au contraire ils agissent sur plusieurs sones rq>prochée8 les unes des autres,
alors ce produit tuberculeux s'assemble en abondance dans une partie, et il y a
VinfiUration tuherculeuH.
(i) ViUemiOi Études sur la tuberculose. Paris, 1867.
DU TUBERCULE. — SAM6ALLL 65
L'existence de ces stimulus internes dans les individus qui sont atteints de la
toberculosis est démontrée plus par la manière dont se produit la matière tuber-
culeuse et par les caractères de sa première organisation que par le résultat des
analyses chimiques et microscopiques du sang et de la lymphe. Et vraiment
comme effet du stimulus nous trouvons bien souvent Thypérémie dans le point où
se développe le tubercule^ et l'hypérémie est regardée par tous les médecins
comme une conséquence directe^ sinon nécessaire, du stimulus. Le tubercule
est le résultat autant de l'exsudation qui vient des capillaires que de la prolifi-
cition des cellules de la partie aff^ectée, tout conmie dans la partie enflammée.
Dans la prolification des ceUules autant que dans leur formation libre au milieu
de l'exsudation, il se forme des nudéus et de petites cellules comme à l'origine
de beaucoup d'inflammations, dans lesquelles il ne se produit pas immédiate-
ment du pus. J'expose sommairement ces faits qui furent démontrés par des
obsenratiotts détaillées dans deux longs articles de mon opuscule déjà cité, c'est-
à-dire dans le deuxième, où j'établis les rapports de la tuberculosis avec l'inflam-
mation, et dans le septième, où je parle des caractères microscopiques du tu-
bercule.
Jusqu'ici je n'ai reconnu rien de spécifique, si ce n'est dans la nature des sti-
mulas provoquant le procès tuberculeux. Mais pour donner à nos idées quelque
fondement de certitude, il nous faut étudier plus minutieusement l'organisation»
les métamorphoses et le mode de production du tubercule. D'après ce que j'ai
observé dans l'examen de plus de trois cents cas de tuberculosis, je dois avouer
qu'il existe différents modes de production aussi bien de tubercule que de tout
autre tissu morbide. Tantôt il commence par une exsudation provenant des vasa,
tantôt par la végétation ou par la prolification d'éléments de la partie. Il se forme
tantôt au sein du tissu cellulaire des organes, comme siu'tout dans les poumons,
tantôt dans les cellules pai*enchymateuses de ces mêmes organes, comme on
Tobserre particulièrement dans les gkndules lymphatiques. Dans cette zone, dont
la nutrition intime a été troublée par l'efiet de stimulus internes spéciaux, tout
âément s'altère, quelqu'un est produit, quelque autre est détruit : ainsi il y a une
végétation de cellules épithéliales des vésicules pulmonaires, quand le stimulus
en a atteint la muqueuse plus que le tissu interstitiel; et quand celui-ci en a été
affecté plus que celle-là, il y a gonflement des fibres élastiques et développe-
ment du tissu connecUf avec de petits nudéus et cellules de ce tissu. Dans les
tubercules de la pie-mère il n'est pas rare de voir le développement de petits
nudéus et de cellules dans la membrane cellulaire des très-petites artères ; dans
les tubercules du tissu cellulaire sous-muqueux et de la couche la plus interne
de l'utérus, je remarquai même des fibres musculaires organiques mêlées avec
des ceUules épithéliales. Dans les tubercules de la rate, on ne voit à l'origine que
des éléments lymphoîdes et des corpuscules propres de l'organe. L'organisation
spéciale de la partie influe donc sur le mode de la première organisation du
tubercule, de sorte que pour bien étudier celle-ci, il fout la mettre en rapport
^tc celle-là. Dans mon opuscule déjà cité, j'en ai rapporté plusieurs exemples,
^i'ai représenté par des figures les divers éléments des tubercules de plusieurs
organes. C'est pourquoi il faut reconnaître que même à l'égard des tubercules
^ I ade nombreuses modifications de structure dépendant de celle de la par-
tie, comme il y en a à l'égard du cancer, du fibrome, de l'adénome, etc., et
^e leur âége n'est pas identique dans tous les organes. Dans l'étude du tu-
l^crcule on a commis la même erreur que dans l'étude des autres produits mor-
5
66 CONGRÈS IIÊDIGAL irfTERNATIONAL. — PRBmÈRB SÉANCE DE JOUR,'
bides; c'est-à-dire qu'on est allé à la recherche d'éléments spécifiques de ces
organisations pour les reconnaître aussitôt et plus aisément : par suite du peu de
connaissances histologiques des temps passés^ on se flatta de les avoir trouvés;
mais à mesure qu'on répéta les obsenations sur la matière^ sans préventions^ les
caractères spécifiques de leurs éléments s'évanouirent de plus en plus, il en
fut de même des éléments spécifiques du tubercule : on n'a qu'à jeter un coup
d'œil sur les tables que je présente dans mon opuscule pour comprendre que
quelques éléments ressemblent à ceux d'un tissu connectif> d'autres à ceux des
tissus épitbéliaux. La particulai'ité qu'ils présentent consiste dans leur rapide des-
truction par l'efl^et de la dégénération adipeuse à laquelle ils sont sujets. Cette
dégénération adiposoH^aséeuse de la matière tuberculeuse nous donne la raison
du changement de couleur du tubercule, de blanc gris devenant de plus en plus
jaunâtre. Elle provient du défaut de nutrition des nouveaux éléments, défaut
inhérent à la condition de l'origine et de l'organisation de ces mêmes éléments.
La seule oblitération des quelques vasa capillaires qu'on voit dans le tubercule
ne peut pas nous expliquer cette rapide et presque constante métamorphose.
Nous trouvons dans les productions ëpiihéliales une égale rareté de vasa ca-
pillaires, mais la dégénération adiposo-caséeuse n'est pas aussi pix)fonde, et ne
donne pas lieu à cette succession qui caractérise le tubercule, je veux dire
le ramollissement. Ces parcelles microscopiques qui tantôt étaient regardées
comme des oorpmcules spécifiques du tubercule, ne sont que le résultat de la des-
truction de ses éléments primitifs : des objets semblables se trouvent aussi
dans le pus condensé, spécialement dans les abcès d'individus scrofùleux. Aussi, à
mon avis, il n'est pas moins erroné de regarder ces éléments comme étant
exclusifs du tubercule, que de supposer que le tubercule, dès son principe, ne
soit pas organisé. \
De même que la constante dégénération adipeuse de la matière tuberculeuse
caractérise le tubercule, ainsi son ramollissement consécutif en est un autre
caractère important : mais il faut remarquer que, selon moi, l'air extérieur influe
beaucoup sur lui; en effet les tubercules des muqueuses qui sont exposés à son
influence se ramollissent bientôt, tandis que ceux des glandules lymphatiques
viscérales, du foie, de la rate, etc., ne se ramollissent et ne s'exulcèrent presque
jamais.
Les advenalres de Tafflnité du tubercule avec le produit inflammatoire ont
trouvé convenable de détacher de la tuberculosis cette forme qui se présente
avec de la matière uniformément infiltrée dans le poumon, à la façon d'une
pneumonie, matière qui passe à l'état caséeux; aussi ils se plaisent à appeler l'al-
tération une pneumonie caséeuse.
J'ai porté mes observations aussi sur ce point, et j'ai trouvé que la matière
infiltrée dans les poumons des tuberculeux, dans le commencement, olAre les
mêmes éléments que les tubercules, et subit ensuite les mêmes successions
qu'eux, c'est-à-dire qu'elle se ramollit, et que dans des conditions plus favora-
bles elle peut se crétifier. La planche première de mon opuscule démontre la
ressemblance de l'organisation des tubercules et de la matière qui se trouve
dans des pneumonies caséeuses. Cependant le doute qui s'est élevé sur la valeur
de ces pneumonies caséeuses sert à nous dénoter toujours plus l'affinité de la
tuberculosis avec l'inflammation. Lorsque la tuberculosis s'empare de la mu-
bueuse des extrêmes ramifications bronchiales, U se produit un tubercule gros,
rond et jaunâtre dans le poumon. Cette altération aussi est regardée par quelques-
DU TUBERCULE. — SAN6ALLI. 67
ODS comme une petite pneumonie caséeuse> mais sa signification est identique
avec celle de la matière tuberculeuse diffusément infiltrée dans les trompes
iallopiennes^ sur la muqueuse de l'utérus, etc.
Dès les premières expériences exécutées par Villemin, Hérard et Comil, j'ai
été peu enclin à croire à la possibilité d'inoculer le tubercule de l'homme dans
le> animaux, comme si c'était un virus; et les quelques expériences que J'ai ré-
pétées moi-même à ce propos m'ont donné des résultats si yagues, qu'elles m'ont
confinné dans mon opinion.
La mortalité causée par la tuberculose varie selon les conditions cosmo-tellu-
Tiques des différents pays : c'est un fait universellement reconnu. Dans l'hôpital
crril de Pavie» suivant ma statistique composée sur les protocoles des autopsies,
os huitième des malades qui y sont reçus périt de tuberculose ; et qu'on re-
marque cette circonstance que dans le territoire de Pavie, ce sont les fièvres inter-
mittentes qui dominent. J'ai rencontré' plus souvent la tuberculose chez les
femmes que chez les hommes : sur 292 cas de tuberculose, j'en ai trouvé 163
chei les premières, 129 chez les seconds. Quant à l'âge des patients morts de tu-
Wreulosej sur 292 cas j'en ai trouvé :
35 dans les 10 premières années de leur vie.
36 entre 10 et 20 ans.
76 - 20 et 30 —
98 — 30 et 50 —
35 - 50 et 74 -
Cn eniknt mourait de tuberculose quinze jours après sa naissance, un autre à
cinquante jours de vie. Un vieillard mourait de tuberculose à soixante-quatorze
•05. Dans mon opuscule, à l'article Eecherehes étiologiques, j'ai traité diffusément
la question de l'influence du climat sur le développement de la tuberculose, et
stirtout celle du miasme marécageux. Ma statistique ne pouvait pas être plus con-
tradictoire à la loi supposée de l'antagonisme entre les fièvres intermittentes et la
tuberculose (pages 51, 52, 53, » 77, 78, 79). J'ai trouvé jusqu'à 25 cas de tu-
berculose sur ikk, dans lesquels la rate était plus ou moins hypertrophique par
l'effet du miasme marécageux.
Selon mes observations, les violences externes ont été la cause de la tubercu-
lofe des organes extérieurs, quand il y avait des dispositions à la maladie. Les
contusions du périoste chez les individus scrofuleux donnent lieu facilement à la
tuberculose des os, et ensuite des organes internes.
Aucune autre maladie ne dispose à la tuberculose autant que la scrofhle, si
tant est que l'on puisse établir une différence essentielle entre ces deux mala-
<lies. Je n'ai remarqué que deux cas de scrofule des glandules superficielles et des
«suivis de mort, sans manifestations internes de tuberculose.
Toutes les statistiques ont relevé un grand nombre de tuberculoses chez les
aliénés : un tiers des aliénés décédés à la Senavra, près de Milan, offrent les
'ijines de la tuberculose.
Les ulcères chroniques de l'estomac ne disposent pas à la tuberculose, comme
le pensait Niemeyer. J'ai recueilli 35 cas d'ulcères chroniques sans aucune trace
<1« tuberculose.
^ 292 cas de tuberculose je n'ai trouvé que deux cas où la maladie avait suc-
^àé tu typhus. Parmi ces 292 cas de tuberculose il se présenta deux cas de dé-
veloppement simultané du cancer et du tubercule ; un cas où le cancer allait se
68 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
dëvcloppant, tandis que la tuberculose était sur le point de guërir; enfin deux
autres cas où le cancer se développait chez des individus qui longtemps aupara-
vant avaient soufTcrt de la tuberculose.
Je n'ai trouvé aucun cas de tuberculose chez des femmes qui, en assez grand
nombre, mouraient de volumineux kystes ovariques, simples ou composés,
ou bien d'ascite.
Sur 292 malades de tuberculose, quatre étaient déformés dans le thorax par
racbitis.
La tuberculose est fort rare chez les personnes qui ont une altération car-
diaque de nature à apporter de graves dérangements dans la circulation du sang.
Les altérations que j'ai rencontrées le plus souvent dans les cadavres des tuber-
culeux sont : 1® Les inflammations des muqueuses (surtout des voies aériennes
et des premières voies), des séreuses, des poumons ; 2* la dégénération adipeuse
du foie : sur 292 cas de tuberculose j'en ai rencontré 97 ayant le foie gras à un
difTérent degré de développement ; dans quelques cas j'ai vu aussi la cirrhose
avec la tuberculose ; 3* la néphrite albumineuse : je l'ai trouvée souvent, lorsque
la tuberculose était avancée et avait produit l'ulcération des tissus ; mais c'était
presque toujours à un léger degré ; li9 l'hypertrophie du cœur : je ne l'ai pas
rencontrée souvent dans le cadavre des tuberculeux, et moins encore Thy-
perirophie partielle du ventricule droit : dans les quelques cas de combinaison
des deux maladies que j'ai observés, Thypertrophie était ou générale ou limi-
tée au ventricule gauche ; dans quelques cas au contraire, j'ai trouvé l'atrophie
du cœur; 5* l'hypertrophie de la rate ; 6^ la pyohémie, qui s'était manifestée par
des abcès dans les viscères ou dans les muscles, y compris le cœur, ou par la
thrombose des grosses veines des extrémités inférieures, et par la phlébite consé-
cutive; 7° rhémorrhagie dans les poumons avec ou sans hémoptysie.
Ce n'est que dans des cas rares que cette maladie peut suspendre son cours et
même guérir tout à fait. Je l'ai vue s'arrêter pendant la grossesse, et après les
couches reprendre son cours funeste. La compression des poumons par la dis-
tension du ventre doit être regardée comme la cause principale de la suspension
de la maladie. Dans mon opuscule j'ai rapporté deux cas de cette nature par
suite d'un copieux exsudatum pleurétique. — Je regarde comme autant de cas de
guérison de la tuberculose ceux où il est donné de trouver des corps crétacés
aux sommets du poumon, ou de la matière crétacée dans les glandules lympha-
tiques des bronches ou du mésentère sans autres manifestations tuberculeuses
dans les organes internes. Sur 292 autopsies d'individus atteints de tuberculose,
j'ai enregistré 10 cas de cette manière de guérison. Ensuite j'ai remarqué 12 au-
tres cas des tubercules crétacés dans les poumons et dans les glandules sur 385
autopsies d'individus morts pour diverses altérations. Je m'arrête ici pour ne pas
fatiguer davantage votre patience : au reste, dans mon opuscule, j'ai consigné des
observations détaillées sur ce sujet, et je m'y suis prononcé aussi sur la possibi*
lité de la cicatrisation incomplète de la caverne pulmonaire dans de favorables
circonstances.
Tout ce que je viens d'exposer a été rédigé d'après les protocoles des autopsies
qui ont été exécutées dans mon école d'anatomie pathologique de l'université de
Pavie.
Un médecin hollandais, M. van Lohe> demande la parole. Il trouve que le
Congrès n'est guère plus qu'une série de leçons pathologiques, que partant il ne
DU TUBERCULE. — CROCQ. 69
répond pas à l'idée qu'il s'en est faite, et il demande que la discussion soit
oorerte sur les questions professionnelles.
M. LE Président. — Je suis obligé de me conformer au programme qui, distri-
bué plusieurs mois à l'avance, a édifié en temps opportun les médecins de toutes
les contrées sur le but et la portée du Congrès. Je ne puis donc, à mon grand
regret, donner suite à la réclamation de mon honorable confrère; mais je lui rap-
pelle que les séances du soir sont consacrées aux questions étrangères au pro-
gramme, et qu'il pourra y formuler alors sa proposition.
L mcident est vidé.
AlVAVOMIE ET PHYSIOIiOClK PATBOIiOClIflIJES
DU TVBERClIIiE.
PAR M. LE PROFESSEUR CROCQ (DE BRUXELLES).
Par leur firéquence et leur gravité, les lésions tuberculeuses méritent au plus
baot degré l'attention des praticiens. Cependant les anciens ne les connaissaient
que fort incomplètement, comme tout ce qui est du ressort de l'anatomie patho-
logique. Il faut arriver au xix' siècle, à l'époque de Bayle, de Laennec et de
Broussais, pour trouver des idées nettes et des données exactes sur les tubercules.
Des six espèces de phthisie admises par Bayle, deux seulement, la phthisie
tuberculeuse et la phthisie granuleuse, appartiennent aux affections que nous
rattachons à la tuberculisation. La phthisie granuleuse est caractérisée par des
granulations dures, transparentes, luisantes, grisâtres, du volume d'un grain de
millet à celui d'un grain de blé, ne se soudant jamais ensemble. La phthisie
tuberculeuse présente des granulations de même volume, mais grises, blanches
«t opaques, qui, en s'accroissant, finissent par se réunir les unes aux autres de
noanière à constituer des masses plus considérables.
Uennec repousse énergiquement cette distinction; pour lui, la matière grise
(iemi-transparente n'est que le premier âge du dépôt tuberculeux, qui avec le
tnnps devient opaque, jaunâtre ou blanchâtre, puis tombe en fonte purulente.
U matière tuberculeuse peut se présenter sous forme de masses isolées, ou sous
celle d'infiltration. Les tubercules isolés se présentent sous quatre formes : les
tubercules miliaires, les tubercules crus, les granulations tuberculeuses et les
tubercules enkystés. L'infiltration peut exister sous les formes de l'infiltration
gâatiniforme, de l'infiltration grise et de l'infiltration jaune. Quelle que soit sa
^e, la matière tuberculeuse débute toujours par l'état gris, et passe plus ou
iD<Mns rapidement à l'état jaune; ce sont là deux degrés d'une même lésion,
^^lant à celle-ci, considérée dans son essence, elle est constituée par un produit
accidentel sans analogue dans l'économie, ce que Requin désigne sous le nom
<fbétérotrophie. Il repousse toute parenté entre elle etl'infianmiation, ce qu'avait
tossi liùt Bayle.
Broussais, au contraire, y vit une inflammation chronique ayant son siège dans
^ganglions et les vaisseaux capillaires lymphatiques.
70 CONGRÈS MÉDICAL INTBRNATIONAL. — PREMifeRB. SÉANCE DE JQUR.
J'ai rapporté les idées fondamentales de ces auteurs, non pas pour tracer un
historique de la question, ce qui n'est nullement mon but, mais parce qu'on y
rencontre le point de départ des divergences d'opinions qui nous séparent encore
actuellement, et que je me propose d'examiner ici.
Les matières tuberculeuses grises et jaunes constituent-elles des lésions diffé-
rentes, conune le prétendait Bayle, ou des formes, des degrés d'une même lésion,
idée sur laquelle Laennec et Broussais étaient d'accord?
L'origine du tubercule est-elle la même que celle des produits inflammatoires,
conformément aux idées de Broussais? Ou bien est-il le résultat hétérologue d'un
travail spécial de l'économie, comme le pensaient Bayle et Laennec, d'une hété-
rotrophie, comme le disait Requin?
Telles sont les questions que je vais essayer de résoudre. Je tâcherai en même
temps d'établir le siège, le lieu du développement de la matière tuberculeuse.
C'est évidemment à l'observation des lésions anatomiques de la phthisie que
nous devonsinous adresser, si nous voulons parvenir à la résolution de ces gi'aves
et difficiles questions.
Les études auxquelles je me suis livré dans ce but m'ont démontré la merveil-
leuse exactitude de la description donnée pai* Laennec; il a vu les principales
lésions que l'on trouve dans ces cas, et les a dépeintes de main de maître. Il a
parfaitement démontré que la matière tuberculeuse grise se transformait en
matière tuberculeuse jaunâtre, tant dans les granulations que dans l'infiltration.
On voit, en effet, presque toujours la matière grise et la matière jaune se mon-
trer ensemble dans les poumons, de telle manière que celle-ci occupe générale-
ment le centre des masses tuberculeuses et des parties infiltrées, tandis que
celle-là occupe les parties périphériques; et il en est de même dans la plupart des
autres organes*
Ici, messieurs, vous allez m' arrêter par une objection. Gomment, me direz*
VOUS) vous ne savez donc pas que pour MM. Virchow, Niemeyer, Hérard et Cornil,
la granulation tuberculeuse seule constitue un produit spécial auquel doit être
réservé le nom de tubercul^^ tandis que l'infiltration tuberculeuse est bien évidem-
ment le résultat d'une forme particulière de pneumonie, la pneumonie casëeusc?
Non, je n'ignore cela nullement; mais ici une première difficulté m'arrête. La
granulation grise, regardée par tous ces auteurs comme le type du tubercule, est
au contraire pour M. Empis une altération toute différente, la granulie, recon-
naissant pour point de départ l'inflammation, dont elle n'est qu'un mode spécial.
De quel côté se trouve donc la vérité? Il existe un seul moyen de le découviir,
c'est de s'adresser à l'observation des faits. Je ne me dissimule pas, et les nom-
breuses discussions dont cette question est l'objet le prouvent suffisamment, que
cette voie est difficile et périlleuse, et qu'il est facile de mal voir ou de mal inter-
prêter les faits que l'on a sous les yeux.
Que sont d'abord les granulations grises? A l'examen microscopique, j'y ai con-
stamment trouvé les éléments suivants : l"" de petites cellules arrondies, de 0,007
à 0,01, à un, deux ou ti*ois noyaux, mais le plus souvent un seul; 2*" assez sou-
vent des noyaux libres, foncés, sphériques, de 0,002^ à 0,0036, provenant sans
doute de la destruction des cellules; 3° des cellules cpithéliales de 0,019 à 0,029^
évidemment des cellules de l'épithélium des vésicules pulmonaires, augmentées
de volume; 4* des cellules mères renfennant deux, trois, quatre cellules arron-
dies, ou des noyaux multiples; 5"" des cellules fusiformcs ou étoilées, renfermant
un ou plusieurs noyaux, parfois même de jeunes cellules, et atteignant parfois des
D0 TUBERCULB. •— CROCQ. 71
dânensions asses considérables (0,05 de longueur sur 0,01 de largeur); 6» des
fibres élastiques et des vaisseaux, ceux-ci pénétrant parfois plus ou moins dans
l'épaisseur de la granulation.
Tels sont les éléments morphologiques de la granulation grise du poumon, et
dans tous les organes on les retrouye, à l'exception des fibres élastiques et des cel-
loles épithéliales. Je n'y ai pas trouvé la matière amorphe signalée par MM. Luys,
Vulpîan et Empis. Les fibres indiquées par M. Bouchut ne me semblent pas
antre chose que des cellules du tissu connectif augmentées de volume et deve-
nues plus ou moins granuleuses. Quant aux cellules et aux noyaux, ce sont là
les éléments que MM. Vulpian et Empis ont désignés sous le nom d'éléments
fibroplastiques^ et M. Robin sous celui de cytoblastions.
Noas ne devons évidemment pas nous contenter de ces appréciations; n'ad-
mettant dans l'organisme malade que des éléments identiques avec ceux de l'or-
ganisme physiologique, parce qu'ils résultent de l'action des mêmes lois, nous
deTons avant tout nous demander à quels éléments normaux se rapportent ces
reliâtes. Or fl n'y a qu'un seul type auquel nous puissions les rapporter, c'est
celui des cellules de la lymphe et des ganglions lymphatiques, celui des globules
blancs du sang et du mucus, qui sont aussi les globules du pus, en un mot celui
des leucocytes. Ce qui constitue les granulations tuberculeuses grises, ce sont
donc des leucocytes. Ce qui les distingue du pus, c'est avant tout l'absence de
substances intercellulaires; ces leucocytes sont petits, parce qu'ils ne baignent
pas dans un liquide ; ils n'ont souvent qu'un seul noyau, parce qu'ils n'ont pas
Qoe grande vitalité, une grande tendance à se multiplier, et leurs noyaux sont
peu volumineux. Quant à leur origine, les dohnées que j'ai fournies précédem-
ment sur la structure des granulations l'indiquent suffisamment. Cette origine est
double, ces leucocytes peuvent reconnaître pour point de départ lés cellules con-
nedives et aussi les ceUules épithéliales. Ceci, bien entendu, s'applique spéciale-
ment au poumon ; dans les parties où l'épithélium manque, les éléments connec-
tifssont évidemment les seuls générateurs du tubercule gris. Aussi les granulations
sont-elles entourées d'une coque de tissu connectif épaissi^ qui concourt en grande
partie à leur donner leur consistance, et qui détermine la saillie qu'elles font à
la coupe sur les tissus environnants.
Le tubercule gris ressemble donc au pus par sa constitution, il lui ressemble
aussi par son mode d'origine; comme lui, il peut provenir soit des éléments épi-
tltéliaax, soit du tissu connectif.
Que si nous examinons le tubercule gris à une époque peu éloignée de sa nais-
noce, nous le trouvons entouré d'un riche lacis de vaisseaux qui amènent les
matériaux de sa formation^ et avant qu'il ne paraisse dans les organes où il se ren-
contre, nous y trouvons des points rouges, ii^ectés, dont quelques-uns ofirent
déjà une légère tuméfaction, une légère augmentation de consistance, premiers
^es du travail organisateur qui commence à s'y faire.
Par leur mode d'origine comme par leurs caractères histologiques, les granu-
lations grises se rapprochent donc au plus haut degré des produits de l'inflam-
mation.
Disons maintenant quelques mots de leur siège.
Carswell, MM. Cruveilhier et Schrœder van der Kolk les considèrent comme
déposées dans les vésicules pulmonaires; MM. Hérard et Comil prétendent, au
contraire, qu'elles siègent dans le tissu élastique interposé entre les infundibulum.
k ne puis accepter leur manière de voir; maintes fois j'ai vu les amas tubercu-
72 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATION àt. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
leux seulement circonscrits par les parois des vésicules; j'ai vu les cellules pro*
duites par des cellules mères évidemment de nature épithéliale; enfin les granu-
lations d'un certain volume peuvent englober plusieurs vésicules, et alors les
fibres élastiques des cloisons sont interposées dans leur épaisseur. Je ne me rap-
pelle même pas avoir vu le tubercule siéger exclusivement dans le tissu qui sépare
les vésicules. Cependant on doit admettra qu'il peut tout au moins y avoir son
point de départ, car dans les autres organes il n'y a généralement pas de cavités
analogues aux vésicules pulmonaires^ où il pourrait se déposer, et il se produit
tout naturellement dans l'épaisseur des tissus, entre leurs éléments anatomiqucs,
et souvent, comme le veulent MM. Rindfleiscb, Otto Weber^ Hérard et Comil,
sur les parois des artérioles et aux dépens de leur membrane adventice.
Les caractères de la granulation jaune offrent la plus grande analogie avec ceux
de la granulation grise; je me bornerai donc à indiquer les différences qui les
séparent. Les petites cellules, de 0,0035 à 0,006, rarement 0,009, sont plus irré-
gidières, plus anguleuses, et souvent dépourvues de noyaux; ce sont celles qui
ont été autrefois décrites comme globules spécifiques du tubercule par M. Lebert.
D'après la description qu'il en a donnée, ce sont des globules de 1/100* à 1/150* de
millimètre de diamètre, irréguliers, à angles arrondie, à contours ordinairement
très-distincts, contenant des granules moléculaires, mais pas de noyaux, inatta-
quables par l'eau, l'étber et les acides faibles. Mais assez souvent j'ai rencontré
dans ces globules des noyaux, et parfois jusqu'à deux ou trois; les globules du pus
peuvent aussi se présenter granuleux et sans noyaux, variété désignée par M. Le-
bert sous le nom de globules pyoïdes; fis peuvent offrir la même résistance à
l'eau et aux acides dfiués, et cette résistance n'indique nullement une différence
dans la nature des cellules, mais une simple différence d'âge : nous savons en
effet que généralement plus les cellules viefilissent, plus leur enveloppe se rap-
proche des substances élastiques et cornées, et plus elle offre de résistance à
l'action des réactifs. L'examen macroscopique ne fait nullement distinguer tel pro-
duit désigné sous le nom de pus concret de tel autre désigné sous le nom de tuber-
cule jaune, et l'examen microscopique ne nous apprend pas plus, le pus concret
pouvant aussi bien que le tubercule jaune offrir des cellules rapetissées, angu-
leuses, privées de noyaux, et réfractaires à l'action de l'acide acétique dfiué. On
rencontre d'ailleurs parfois aussi dans les ganglions lymphatiques enflammés et
même sains, de petites cellules irrégulières, sans noyaux, granuleuses, qui, toute
idée préconçue mise de côté, ressemblent complètement à ces corpuscules. Si
l'on veut, du reste, les comparer à ceux de la granulation grise, que j'ai décrits
tantôt, on verra qu'Us n'en diffèrent que par l'absence fréquente de noyaux et
par un contenu granuleux formé en grande partie par des molécules graisseuses,
comme l'indique leur résistance à l'action de l'acide acétique dUué. Ce sont
donc les mêmes cellules, mais atteintes à un degré plus ou moins élevé de la dégé*
nérescence graisseuse.
On trouve aussi dans la granulation jaune des granules isolés, constitués
la plupart du temps par de la graise et des cristaux de cholestérine. Ces produits
amorphes sont d'autant plus abondants que la granulation est plus ancienne,
qu'elle se rapproche davantage de l'état d'obsolescence.
Fréquemment on y rencontre ces globules framboises que M. Gluge a le pre-
mier siinialés comme caractéristiques de l'état inflammatoire, et des cellules plus
ou moins volumineuses, semblables aux cellules épithéliales, et infiltrées de
graisse. Quant au siège de la granulation jaune, il est le même que celui de la
DU TUBBBGULB. «- CEOCQ. 7S
granulation; grise : dans le poumon, c'est généralement dans les infundibulum,
dont, la plupart du temps, plusieurs sont englobés dans la masse et dans les
petites bronches; dans les autres organes, c'est généralement dans le tissu con-
nectif, qui en est sans doute aussi parfois le siège dans le poumon. Il en est
notamment ainsi dans les centres nerveux, dont les tubercules jaunes ont été
considères par M. Robin comme formés d'éléments particuliers, les myélocytes,
identiques avec ceux qu'on trouve à l'état normal interposés entre les éléments
nerveux. Pour moi, les myélocytes ne sont que les éléments d'un tissu connectif
incomplet, se reliant à cette variété que Kôlliker a désignée sous le nom de tissu
cytogène : ces éléments produisent des leucocytes, comme tous leurs congénères,
et ceux-ci y constituent, selon les circonstances, soit des foyers purulents, soit des
tubercules.
Ces études sur la structure et le siège de la granulation jaune nous indiquent
parfidtement sa nature : elle n'est pas autre chose que la granulation grise
atteinte de dégénérescence graisseuse. Voilà comment il arrive si souvent que la
granulation grise se transforme graduellement en granulation jaune, en com-
mençant par son milieu, partie la plus anciennement formée et la plus éloignée
des matériaux de nutrition, par conséquent la plus disposée à cette métamorphose
régressive. Ce fait est tellement évident, que M. Empis lui-même, tout en pro-
damant l'indépendance de la granulie et de la tuberculisation, ne peut pas
s'empêcher de la reconnaître.
Les globules du tubercule jaune ne sont donc pas autre chose que des leucocytes
atteints de dégénérescence graisseuse : et en effet, ils ressemblent tellement à
ceux de certains pus concrets et desséchés, qu'on ne saurait pas les en distinguer,
comme je l'ai démontré tantdt. Du soi-disant globule du tubercule au leucocyte,
type du pus le plus parfait, on peut remonter, par transition insensible, à tel
point qu'on ne saurait jamais dire où finit l'un, où l'autre commence. C'est qu'en
eflèt, c'est de part et d'autre le même élément anatomique fondamental, le leuco-
cyte ne différant qu'en vertu des circonstances dans lesquelles il existe.
Passons maintenant à l'infiltration grise. Elle présente une grande ressem-
blance avec l'hépatisation grise; seulement le tissu est moins friable, il se
déchire moins facilement; il est moins humide, ne laissant pas suinter de sa
coupe ce liquide puriforme sanieux qui caractérise l'hépatisation grise. L'exa-
men microscopique y démontre d'abondantes cellules épithéliales de 0,014
à 0,025, dont beaucoup sont plus ou moins infiltrées de granules graisseux. On y
trouve aussi des globules framboises (globules inflammatoires de M. Gluge), et
des leucocytes de 0,005 à 0,01, renfermant généralement un ou deux noyaux
de 0,002/i à 0,0035 millièmes. Souvent on rencontre des cellules épithéliales mères,
et ce sont les plus volumineuses, celles de 0,02 à 0,025, contenant des leucocytes
complets. Par places, ces cellules mères sont très-abondantes et très^distinctes.
Ces produits remplissent les alvéoles comme dans l'hépatisation grise et comme
dans la granulation grise. Ils diffèrent de la première par le même caractère
qui sépare la granulation tuberculeuse du foyer purulent, c'est-à-dire l'absence
d'une matière intercellulaire distincte, de ce liquide qui donne au pus sa flui-
dité. Les produits de cette infiltration sont donc tout à fait semblables à ceux de
la granulation grise ; ils n'en diffèrent que par leur extension et leur diffusion,
et le nom d'infiltration tuberculeuse grise, donné par Laennec, se trouve ainsi,
quoi qu'on en dise, parfaitement justifié.
Su|^M)sei maintenant cette infiltration subissant la dégénérescence graisseuse
7& CONGRÈS MÉDICAL IMTBBNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
selon le mécanisme exposé précédemment; elle prendra une teinte jaune, un
aspect granuleux et sec; en un mot, on aura l'infiltration tuberculeuse jaune,
différant de la grise, comme le tubercule jaune diflfère de la granulation grise.
Ces lésions ne méritent donc nullement d'en être séparées sous le nom de pneu-
monie caséeuse. Ce que je viens de dire n'est nullement spécial au poumon ; c'est
là que ces phénomènes se produisent avec le développement le mieux marqué ;
mais ils sont susceptibles de se manifester dans tous les tissus. Partout on peut ren-
contrer, soit la granulation, soit l'infiltration tuberculeuse grise ou jaune. Les
masses d'un certain Tolume peuvent reconnaître une double origine ; ou bien
elles sont formées d'une pièce par infiltration, ou bien elles sont le résultat delà
confiuence de granulations produites successivement.
Ainsi la matière tuberculeuse grise, subissant la dégénérescence graisseuse, de-
vient matière tuberculeuse jaune. Mais cette transformation, pour être f^quente,
n'est pas absolument nécessaire : cette matière peut persister dans le même état,
surtout lorsqu'elle forme des granulations peu volumineuses. Il est possible aussi
que les éléments du tubercule s'infiltrent de graisse au moment même de leur
naissance, comme cela a lieu également pour le pus et le cancer, et alors la
matière tuberculeuse jaune se produira d'emblée, soit isolée, soit infiltrée.
Ces faits étant posés, jetons sur le développement du tubercule un coup d'œil
général qui nous fasse bien comprendre ses rapports avec les autres actes patho-
logiques de l'économie. Lorsqu'on examine un organe pai'cnchymateux ou
membraneux dans lequel des tubercules se développent, on y voit des points
ou des taches offhint une vascularisation considérable; parfois le centre de ces
points est déjà consistant et élastique. Ces points passent par transition insensible
à la granulation tuberculeuse, qui est toujours entourée d'une zone vasculaire
bien développée. L'examen microscopique y fait reconnaître des vaisseaux nom-
breux et volumineux qui rampent à la surface du tubercule, et qui par places
paraissent s'enfoncer dans son intérieur. Si c'est à l'infiltration tuberculeuse
qu'on a affaire, le tissu est d'abord injecté, puis il offre les caractères de ce que
Laennec appelait l'infiltration gélatiniforme, à laquelle succède l'infiltration tuber-
culeuse proprement dite, grise ou jaune.
Voilà les phénomènes dont sont le siège les parties envahies par la tuberculose,
et ces phénomènes présentent avec ceux qui président au développement de
l'infianmiation une ressemblance telle qu'en décrivant les uns, on décrit involon-
tairement les autres : vascularisation et réplétion des tissus par des matériaux dus
à l'exsudation, voilà ce qu'on trouve également dans les deux cas.
Pénétrons maintenant davantage dans les phénomènes intimes dont ces parties
sont le siège, et voyons si l'analogie se maintiendra. Dans l'inflammation, les élé-
ments cellulaires des tissus connectifs s'engorgent, se gonflent, s'obscurcissent, et
enfin donnent naissance à de nouvelles générations de cellules semblables aux
leucocytes. Les nouvelles cellules ont quatre destinations : 1° elles se détruisent et
leurs matériaux sont résorbés ; 2^ elles se transforment en cellules connectives
nouvelles; 3° elles nagent dans une substance intercellulaire liquide plus ou moins
abondante analogue au sérum du sang, et constituent le pus ; U^ elles subissent
la dégénérescence graisseuse et forment des amas qui peuvent séjourner indéfi-
niment dans les tissus en s'imprégnant plus ou moins complètement de sels cal-
caires.
Dans la tuberculisation, les éléments cellulaires du tissu connectif augmentent
aussi de volume, et donnent naissance à de nouvelles générations de cellules
DU TUBERCULE. —• CROGQ. 75
semhlahles aux leucocytes. Dans le poumon, les cellule» ëpithélîales subissent des
transformations semblables, et prennent généralement la plus grande part à la
ftnination des éléments cellulaires des tubercules. La plupart de ces cellules per-
sistent comme celles qui constituent le pus ; et les seules différences qui séparent
celui-ci du tubercule sont le volume moindre qu'acquièrent ces cellules, la pré-
sence d'un seul noyau dans la plupart d'entre elles, 'et surtout l'absence d'une
substance intercellulaire liquide qui les sépare. Toutes ces différences se résument
dans celle-ci : c'est qu'il y a dans la tuberculose une énerg:ie moins grande de la force
formatrice que dans les formes considérées généralement comme inflammatoires.
Ici encore, comme tantôt, nous trouvons entre les faits qui caractérisent l'inflam-
mation et le phénomène de la tuberculisation ime analogie tellement étroite, qu'elle
saute aux yeux. On comprend ainsi comment la pneumonie caséeuse constitue
pour les uns une lésion pblegmasique, tandis que pour les autres elle n'est qu'une
forme de la tuberculisation, l'inflltration tuberculeuse. Si nous interrogeons
la clinique, elle nous fournit la conflrmation des données de l'anatomie et de
la physiologie pathologiques. Nous ne devons du reste pas oublier que c'est la
clinique qui a conduit Broussais à rattacher les tubercules aux inflammations,
et que c'est l'anatomie pathologique cultivée, d'une manière trop exclusive, qui a
déterminé Laennec à y voir un produit spécial sans analogue dans l'économie.
Les symptômes des tuberculoses, et spécialement de celle du poumon, se con-
fondent avec ceux des phlegmasies chroniques, de la pneumonie et de la bron-
chite à marche lente ; quant à la tuberculose aiguë, la nature et les fonctions de
l'organe affecté généralement dans toute son étendue nous rendent compte des
faits que nous y rencontrons.
On peut distinguer, d'après leur siège, trois espèces difTérentes de phlegmasie
pulmonaire ordinaire : la pneumonie lobaire, envahissant tout un lobe ou une
grande partie d'un lobe ; la pneumonie lobulaire ou broncho-pneumonie, enva-
hissant des lobules isolés; enfin, la pneumonie vésiculaire, bornées à des points
constitués par un seul infundibulum ou par un petit nombre d'entre eux. Voilà
aussi, messieurs, les trois formes de la tuberculisation, que nous pouvons parfai-
tement, d'après ce qui précède, considérer comme reconnaissant pour point de
départ une phlegma.sie de forme spéciale que nous appellerons pneumonie tuber-
culeuse. Il y a donc une pneumonie tuberculeuse lobaire, qui est l'inflltration tu-
berculeuse, une pneumonie tuberculeuse lobulaire, broncho-pneumonie tuber-
culeuse ordinaire ; enfin, une pneumonie tuberculeuse vésiculaire, qui est la
tuberculose miliaire proprement dite, celle que l'on rencontre en particulier
dans la phthisie aiguë. Le processus pathologique peut d'ailleurs être borné aux
éléments pulmonaires proprement dits, ou bien s'étendre aux bronches, et même
atout l'arbre aérien. De ces variations proviennent les différences symptomato-
logiques si marquées que présentent entre elles les différentes formes de tuber-
culisation pulmonaire.
Les auteurs qui considèrent le tubercule comme un produit spécial ne peuvent
se dissimuler les phénomènes phlegmasiques dont les tissus voisins sont le siège.
Pour les expliquer, ils n'ont rien trouvé de mieux que de considérerle tubercule
comme un corps étranger, une épine qui provoque la phlegmasie. Je ne puis que
répéter, à cet égard, ce qu'en 1853 j'ai écrit dans mon Traité des tumeurs blanches
fpage 251), où j'ai apprécié cette idée de la manière suivante :
< Lorsque le tubercule est formé, deux choses peuvent arriver : la congestion
peut cesser et la circulation revenir à son état normal ; alors les matériaux liquides
76 CONGRfcS MÊBIGAL INTBBNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
sont peu à peu résorbés; les matériaux solides, consistant principalement en sels,
restent, et le tubercule passe à l'état crétacé. Mais, plus souvent, le travail con-
gestif continue, l'exsudation augmente ; il se forme, non plus seulement de la ma-
tière tuberculeuse, mais aussi du pus et du tissu cellulo-vasculaire. Il n'y a plus
alors seulement tuberculose, il ya inflanmiation. L'une etl'autre lésion oflVent, on
le voit, le même point de départ, et, de l'une à l'autre, il n'y a qu'un pas; elles
appartiennent à la même famille. Dans l'une comme dansl' autre, il y a tout d'abord
afflux congestif du sang, puis production d'une exsudation plastique; la diffé-
rence entre les deux gît uniquement dans la différence de l'organisation, que
celle-ci subit.
» Généralement, ce n'est pas ainsi que l'on se représente les choses. On re-
garde la tuberculose et la phlegmasie comme tout à fait distinctes et sans rap-
ports entre elles. Si celle-ci succède à la première, c'est que le tubercule joue,
au sein de nos tissus, le rôle d'nn corps étranger, d'une épine qui la provoque.
» Je ne puis m'empêcher de qualifier de singulière cette doctrine, bien qu'elle
règne^partout sans conteste. En effet, quelle est la cause qui produit cette épine?
Gomment se fait-il que cette cause ne provoque pas l'inflammation, tandis que
son effet, qui est le tubercule, la provoque? Cette cause a donc sur nos tissus une
action plus faible que son effet? Elle est moins puissante que lui? Comment,
enfin, les tubercules crétacés, qui sont tout aussi et plus corps étrangers que les
tubercules simples, ne développent-ils pas d'inflammation?
» Ces raisonnements, joints à l'observatioii attentive de ce qui se passe dans les
tissus dans lesquels se forment les tubercules, nous prouvent que la production
de ceux-ci est la conséquence d'un travail pathologique du même ordre que le
travail inflammatoire. Ce travail, en continuant, peut amener et amène, en
général, l'inflammation. ... »
Le tubercule, doué d'une activité vitale restreinte, et offrant vers la métamor-
phose régressive une tendance évidente, ne constitue nullement par lui-même
un danger pour l'organisme. Son évolution naturelle, c'est la dégénérescence
graisseuse, avec résorption continue des parties les plus liquides, ce qui amène
l'atrophie, le ratatinement ou la destruction des cellules, l'état d'obsolescence,
suivis de l'état crétacé et de l'état pierreux. Si, trop souvent, il ne suit pas cette
marche normale, mais parait posséder des tendances destructives, ce n'est pas là
un résultat de son organisation, mais bien de la continuation du travail phleg-
masique auquel il doit naissance. Alors, au lieu de perdre des éléments liquides,
il en acquiert de nouveaux ; il se ramollit, en commençant par les parties qui
sont le siège principal de la dégénérescence graisseuse, du pus se forme et vient
se joindre aux détritus tuberculeux, et un foyer se constitue. Dans les poumons,
les infundibulum et les bronches tuberculeux peuvent, de cette façon, devenir le
point de départ des cavernes qui, évidemment, communiquent alors de prime
abord avec les canaux bronchiques. Mais les choses peuvent se passer autre-
ment. Les petites branches présentent, dans leurs cavités, une matière caséeuse
puriformc et diffluente ; elles subissent une dilatation parfois considérable ; elles
s'ulcèrent, et leur cavité se met directement en communication avec les tissus
voisins atteints de tuberculisation. Également, des masses de tissus atteints par
la tuberculisation peuvent se nécroser , par suite de l'oblitération de leurs vais-
seaux nourriciers. Tels sont les différents mécanismes par lesquels se forment
les abcès tuberculeux, lesquels, dans les poumons, conmiuniquent toujours avec
les bronches et constituent les cavernes pulmonaires.
DU TUBERCULE. — CROCQ. 77
Beaucoup de médecins considèrent encore actuellement la tuberculisation
comme une maladie générale ou comme le résultat d'une altération du liquide
sanguin. Mais on trouve très-souvent des tubercules dans les poumons, même
dans un seul poumon, sans en rencontrer nulle part ailleurs.
rai vu souvent quelques noyaux tuberculeux, récents ou obsolescents, au som-
met d'un ou des deux poumons ; j'ai vu un ou deux ganglions tuberculeux chez
des individus qui n'avaient aucune autre lésion. Dira-t-on que ce soit là des
résultats d'une maladie générale ou d'une altération du sang? Aucune analyse
n'a, du reste, démontré l'existence de cette dernière, que, par conséquent, la
rigueur de la science moderne ne nous permet pas d'accepter. Un des ai*gu-
ments les plus forts des partisans de ces idées, c'est la transmission héréditaire de
la tuberculisation. Mais ce n'est pas la tuberculisation elle-même qui est transmise.
J'ai bien souvent ouvert des fœtus et des enfants provenant de fcnmies tubercu-
leuses, et je n'ai jamais, chez eux, renconti-é de tubercules. Ouvrez au hasard
100 cadavres d'enfants, et vous rencontrerez fort peu de tubercules pulmonaires;
ouvrei 100 cadavres d'individus âgés de vingt à trente ans, et vous en trouverez
très-souvent. On n'hérite donc pas de la tuberculisation, et pourtant elle est consi-
dérée par tous les praticiens comme incontestablement héréditaire. On hérite à
coup sûr de quelque chose, mais ce quelque chose n'est pas la maladie, qui se
développe parfois seulement trente ou quarante ans après la naissance. Qu'est-ce
doncT C'est la prédisposition , c'est-à-dire certain type de structure interne des
tissus, que nous ne saurions définir et qui les rend accessibles à tel ordre de phé*
nomènes pathologiques. C'est là qu'il faut chercher la raison d'être de l'hérédité
de la tuberculose, ainsi que des difTérences qu'elle ofi&'e, selon les âges, quant
aux organes dans lesquels elle élit son siège.
11 résulte des considérations que je viens de vous soumettre, que la tuberculi-
sation n'est nullement une maladie spéciale ou spécifique, reconnaissant pour
cause un vice du sang, mais une affection du même ordre que les inflanunations^
dont elle ne diffère que fort peu. Cette proposition n'est pas destinée unique-
ment à satisfaire l'esprit des savants; elle est avant tout pratique, et ses consé-
quences doivent dominer le champ de la thérapeutique.
Le traitement de la tuberculisation, en général, et celui des tuberculisations
des poumons, de l'intestin et des méninges, en particulier, n'est pas autre
chose que le traitement des phlegmasies, soit aiguës, soit chroniques, des
mêmes organes. Un régime convenable, les antiphlogistiques, les révulsifs et les
modificateurs appropriés, appliqués selon les indications et en tenant compte de
la constitution des malades et des conditions dans lesquelles Us se trouvent, voilà
les moyens par lesquels on arrive le plus souvent à des résultats heureux, et
mon expérience me permet d'affirmer que les résultats de l'application de ces
principes viennent complètement confirmer les idées que j'ai exposées dans ce
travail.
i«M
78 GONGBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. *— PRBlilÈRE SÉANCE DE JOUR.
DKS ISILPÉRIEIVCES
SUR Ei^IRRlTATIOrV PVE.llO[VAlRi: EXPÉRIMEMT AI.fi,
SUR liA TR4MSlflISS10M DE E.\ PIVEVflOWli:,
DE I.V%DÉIVITE CHROWigUEl», DEl» «R%I«IJE.AT10IVS
DITE» TIJBER€VE.EVSEIIi ET DE DIVERS AVTRES
PRODUITS MORIIIDES.
PAR M. LE PROFESSEUR LERERT (DE RRESLAU).
(Lu pat le •ecrélairefgénëral au nom d« l'auteur.)
Ces expériences ont été faites dans mon laboratoire avec mon excellent chef de
laboratoire, M. le docteur Wyss ; toutefois des divergences d'opinion existant entre
nous sur l'interprétation des faits observés par la voie expérimentale, je prends
sur moi toute la responsabilité de ces généralités. Le travail complet, avec tous les
détails des expériences, sera publié prochainement dans les Archives de Virchow.
Nos expériences sont au nombre de quarante-cinq, sans compter les très-nom-
breuses non achevées. Une première série de onze expériences se rapporte à la trans-
mission des produits de la pneumonie disséminée chronique, de Tadénite chronique
d'apparence tuberculeuse et de granulations tuberculeuses des poumons. Deux
expériences se rapportent à mes anciennes recherches sur la pyohémie. Deux
chiens auxquels de nombreuses injections de pus ont été faites dans les veines ont
présenté, l'un des granulations récentes dans les poumons, l'autre dans les poumons
et le foie, l'un et l'autre offrant la structure des tubercules dans ces granulations.
Dans neuf expériences, des produitsd'expectorationetde cavernes ont été, commp
dans les onze premières, injectés sous la peau ; ces animaux ont succombé
à la pyohémie ou à la septicémie, et n'ont point présenté des granulations d'infec-
tion. Dans la vingt-troisième expérience, une fistule biliaire est établie à un
chien pour des expériences sur l'empoisonnement par le phosphore; après une
semaine le chien commence à tousser, et à l'autopsie il présente des granula-
tions pulmonaires récentes ayant les mêmes caractères que celles produites par
les granulations pulmonaires, et les petits foyers pneumoniques disséminés. Les
expériences vingt-cinq à trente-cinq se rapportent à la transmission de divers
produits morbides, de glandes lymphatiques hypertrophiées, de mélanose du
cheval, de tumeui*s ûbroplastiqucs, cancroïdes et cancéreuses. Les dix dernières
expériences concenieut des ii\jections de chai*bon ou de mercure dans la veine
jugulaire ; ce dernier a été introduit une fois directement dans la trachée.
En passant sui* tous ces détails très-nombreux et l'analyse soigneusement
faite des expériences, je puis résumer dans l'exposé suivant le résultat som-
maii-e auquel je suis ai-rivé.
En commençant pai* les expériences les plus simples, le charbon a fourni le
type d'une obstruction mécanique des capillaires pulmonaires. Mais déjà nous
arrivons à l'irritation des alvéoles, du tissu pulmonaire interstitiel, même de la tuni-
que externe des petites artères ; nous constatons le passage de petites granula-
tions à de l'irritation et surtout à une hyperplasie cellulaire plus diffuse^ alvéo-
DU TUBERGULI. — LfiBBRT. 79
laire, lobulaire, plus étendue même. L'embolie capillaire est éyidemment le
point de départ^ et il est très-probable qu'une fluxion collatérale consécutive a
proToqué la multiplication cellulaire^ qui a tout aussi bien eu lieu dans les cellules
du tissu coDJonctif que dans celles du type épithélial
L'injection du mercure offre déjà des résultats plus compliqués. Outre l'ob-
struction mécanique^ U y a ici un véritable travail in*itatif, et j'avais déjà prouvé
antérieurement, par des expériences faites à Paris^ en 1850, que le mercure
injecté dans les vaisseaux sanguins y provoquait un travail inflammatoire^ l'en-
dophlébite pour les veines et l'exailérite^ inflammation de la tunique externe
pour les artères. C'est de cette périartérite que part dans les poumons le travail
iiritatif et hyperplasique ultérieur. Au degré le plus léger, nous avons obtenu
dans nos expériences une simple embolie des petites artères. À un degré plus
ivancë, un vrai travail d'irritation est survenu à la surface des artères correspon-
dant aux points où le mercure s'était arrêté. Ici nous trouvons surtout l'hyper*
plaaie cellulaire de la tunique externe de l'artère, tantôt sous forme de multipli*
cation des cellules du tissu conjonctif formant des granulations, tantôt plus diffuse^
s'étendant au loin à la surface de l'artère. A un plus haut degré d'irritation le
même travail s'étend de proche en proche dans le voisinage, et c'est ainsi que
des granulations, des foyers inflammatoires plus étendus se forment, solides ou
en voie de suppuration, ou formant de petits abcès autour d'un globule de
mercure, ou même des bronchiectasies et des cavernes. Un autre effet plus
remarquable encore est que là où le mercure n'a point pénétré, des granula-
tions d'apparence tuberculeuse peuvent se former, et des glandes lymphatiques
peuvent s'infiltrer à la façon des glandes dites tuberculeuses.
En passant à la transnodssion des produits pathologiques, nous anivons à un
mode d'agir beaucoup plus compliqué. L'irritation locale est généralement beau-
coup plus forte et augmente ainsi les conditions d'infection. Toutefois on observe
aussi des granulations nombreuses et dans des organes diflérents, sans action
locale très-forte et même sans suppuration. U est très-probable que la matière
injectée sous la peau ou inoculée donne lieu à un suc infectant qui, transporté
par les Yoies lymphatiques et sanguines, s'attache probablement à des éléments
corpusculaires et peut donner lieu ainsi à une irritation locale aussi bien qu'à
rdwtniction. £n cheminant dans les vaisseaux lymphatiques, ces porteurs de
l'infection provoquent dans les glandes lymphatiques une irritation ceUulaire
avec hyperplane, soit sous forme de granulations, soit sous celle d'une infiltration
continue. Mais comme ces éléments infectieux ne pénètrent guère en quantité
un tant soit peu notable au delà des glandes lymphatiques, le grand torrent
circulatCMre forme la voie principale de l'infection. La masse inoculée s'était
désagrégée et a fini par former une espèce d'émulsion fine, capable d'être absor-
bée, combinée peut-être aux produits inflanmiatoires formés par suite de sa
présence dans le tissu cellulaire sous-cutané. Une fois dans les vaisseaux, ces
éléments qui probablement se combinent bientôt avec des éléments du sang,
cheminant furtivement à travers des veines de plus en plus volumineuses, arri-
vent dans le cceur droit, et de là dans les capillaires pulmonaires où ils forment
des fio^ers d'obstruction, embolie démontrée par nos injections, qui n'ont rempli
que fort incomplètement les vaisseaux sanguins des alvéoles malades, les capil-
laires étant surtout en nugeure partie imperméables. Une partie des éléments
d'infection provenant du foyer de la transmission traversent les capfilaires des
poumons, arrivent dans le cœur gauche, et de là dans l'aorte et ses divisions.
80 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL — PRElilÈRE SÉANCE DE JOUR.
Gomme la majeure partie du sang passe à colë des artères montantes, les chances
d'infection pour le cerveau sont bien moins grandes que pour les grands troncs,
parmi lesquels le tronc cœliaque est anatomiquement bien place, et assez toIu-
mineux pour recevoir une quantité des éléments infectants du sang. L'artère
hépatique ainsi que la splénique portent aloi*s dans le foie et la rate des élé-
ments morbifiques, et en effet, après les poumons, ce sont les organes de prédi-
lection des produits morbides secondaires ; viennent ensuite les reins, tandis que
l'infiltration des glandes mésententes a lieu ordinairement par les lymphatiques
de l'intestin.
Nous avons déjà vu que vu l'impossibilité de bien injecter les vaisseaux des
foyers d'infection, il y avait une obstruction mécanique; mais il doit y avoir aussi
un agent chimique d'irritation, vu que la haute pression doit faire transsuder du
liquide à travers les capillaires obstrués, et que l'obstruction seule ainsi que
Thypérémie collatérale ne rendraient pas suffisamment compte de la proliféra-
tion cellulaire et notable. Lorsque les capiUaires des alvéoles pulmonaires sont
obstrués, la fluxion collatérale a surtout lieu dans les dernières ramifications
des artères bronchiques dans la terminaison des bronchioles. Ce fait vient à
Tappui de l'opinion émise par nous ailleurs, que l'hyperplasie cellulaire avait
bien plutôt lieu des bronchioles vers l'infundibulum et les alvéoles qu'en sens
inverse. Ces parties qui deviennent le point de dépâi-t des granulations d'infec-
tion offrent donc à la fois des matéiiaux nutritifs en plus grande abondance par
suite de la forte fluxion et le suc infectant qui, avec la tendance de se comlHner
avec des cellules, irrite les plus proches et excite leur multiplication. 11 n'est
donc pas étonnant que nous voyons ce même travaU se propager à la paroi
alvéolaire, au tissu connectif ambiant, aux bronchioles terminafles, à la tunique
externe des vaisseaux voisins.
n est très-probable que dans toutes ces infections, des lois générales d'irrita-
tion et d'hyperplasie cellulaires dominent. Nous voyons ainsi des produits morbi-
des différents de ceux de la pneumonie disséminée c)ironique, des granulations
dites tuberculeuses, des glandes lymphatiques chroniquement infiltrées, de la
mélanose et du carcinome provoquer des granulations d'infection à peu près
identiques, ainsi qu'un travaU d'hyperplasie aussi bien dans les cellules du tissu
conjonctif que dans les épithéliums, et les -différences d'aspect ne tenir qu'à
l'àge différent, aux changements progressifs ou régressifs des cellules. La patho-
logie nous démontre que ces produits de métamorphoses cellulaires régressives
absorbés engendrent de nouveaux foyers d'infection par irradiation et propagation
au loin, et que c'est ainsi que l'infection se perpétue et se multiplie. Dans des pro-
duits accidentels infectants, tels que le cancer, nous voyons s'établir des appareUs
permanents de nutrition, tandis que dans les produits infectants et d'infection qui
nous occupent ici, il arrive, comme dans d'autres produits de l'inflanmiation,
qu'aucune vascularité ne perpétue ce travaU d'iritation cellulaire, et que la
mort cellulaire, la nécrocytose, un travaU d'atrophie ou de destruction en est
la conséquence. Quel est donc le rapport entre nos expériences et la transmis-
sion des tubercules? Mais, rien de plus vague aujourd'hui que la définition du
tubercule, qui, naissant d'un travaU phlegmasique, a pour résultat jusque dans
ses plus petits produits d'infection secondaire des granulations à structure iden-
tique, et la prolifération inflammatoire du tissu conjonctif; aussi trouvons-nous
souvent ces granulations entourées d'une hyperplasie inflammatoire diffuse du
tissu conjonctif, soit le long des artères, soit le long des cloisons des organes, soit
DU lUBERClLLL. — HÉRARD. 81
le long des broochioles^etc. Nos produits de Iransmission si soi^neuseinenl cludiés
50tts le rapport du siége^ de la structure^ de la vascularittS du point de départ et
de la propagation, se rapportent bien à ce que Ton est convenu d'appeler tuber-
cule, produit éminemment hyperplasiquc qu'aucune délimitation stricte ne
sépare de F inflammation^ et que nous ne saurions assimiler aux produits acci-
dentels proprement dits. L'observation anatomiqueet clinique se réunissent pour
démontrer qu'il s'agit là d'un travail irritatif qui se développe d'autant plus
aisément que la nutrition des tissus ou de tout l'organisme est plus détériorée,
ou a davantage la disposition à l'être. En outre des produits de décomposition
d'affections morbides bien différentes peuvent, par absorption, engendrer ce genre
d'iiritation ceUulaire et son irradiation infectieuse. Aussi voyons-nous souvent, par
exemple, les poumons et d'autres organes se tuberculiser à la suite d'une sup-
puration abondante et prolongée, de la glycosurie qui conduit au marasme, etc.
Nous nous sommes donc peu inquiété de savoir si nous avions transmis le tu-
bercule d'après la définition de tel ou tel auteur, mais nous avons voulu par la
voie expérimentale pénétrer plus avant dans le mode d'irritation cellulaire qui est
la base du travail phlegmasique, et de celui que l'on résume sous le nom du tuber-
cule. M. Villemin, en entrant dans cette voie, a donc fort bien mérité de la science,
et si nos résultats diffèrent beaucoup des siens, n'oublions pas que la science est en
me de formation et nullement faite sur toutes ces graves et importantes questions.
A la suite de ces lectures, la discussion s'engage sur cette premièi*e partie de
la question.
l. — Avant de discuter devant vous les diverses opinions qui ont été
émises à cette tribune et ailleurs sur la tuberculose, je vous demande la permis-
sion de rappeler les principaux résultats auxquels nous sommes arrivés, M. Comil
et moi, sur le même sujet, résultats consignés dans notre Traité de la phthisie
^mtmaire. Je le ferai aussi brièvement que possible, cai* je ne dois pas oublier
que vos moments sont comptés, et qu'une des premières conditions pour mériter
votre bienveillante attention, c'est de n'en pas abuser.
Lorsqu'on examine les poumons d'un individu qui a succombé à la tuberculose
pulmonaire, on reconnaît le plus ordinajo-ement à l'œil nu et sans la moindre
difficulté deux lésions principales : 1^ de petites nodosités, décrites depuis Bayle
jusqu'à notre époque sous les noms divers de granulations, granulations tubercu-
leuses, granuktions miliaires, granulations ilbro-plastiques, tubercules, plasmo-
tubcrcules, etc...; 2* des noyaux plus ou moms étendus d'inflammation pulmo-
naire, que Laennec considérait comme le type du tubercule, mais qui, aujourd'hui,
ont reçu les dénominations plus justes de pneumonie, broncho-pneumonie,
poeumonie catarrhale, tuberculeuse, tuberculiforme, caséeuse, alvéolite pulmo-
naire, muco*tubercule, etc.. Chacune de ces lésions, quoique dépendant de la
même diathèse, a des caractères particuliers qui permettent le plus souvent de
la distinguer à l'œil nu ou à l'aide du microscope.
Us granulations ont la forme de petits nodules dont la grosseur varie depuis
nn grain à peine visible jusqu'au volume d'une gi'aine do millet ou de chènevis ;
leur couleur à l'origine est blanchâtre ou grise ; à cette époque de leur dévclop •
Piment, elles sont semi-transparentes, dures et résistantes, diifQciles à écra^
^; elles adhèrent solidement au tissu pulmonaire, et font toujours à la surface
u
82 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
de section une saillie hémisphérique ; leur siège est le tissu conjonctif interlo-
bulaire^ autour des vaisseaux et des bronches. Le microscope les montre formées
de noyaux et de petites cellules agglomérés, pressés les uns contre les autres, sé-
parés par une matière amorphe qui les agglutine et par quelques ûbres de tissu
élastique. Au bout d'un temps plus ou moins long, mais généralement assez
court, ces noyaux et ces ceilulcs s'inhitrent de graisse, et alors la granulation perd
sa demi-transparence, devient trouble, opaque à son centre, puis bientôt com-
plètement jaune, caséeuse, et enfin se ramollit. Je n'insiste pas, messieurs, sur
ces diverses phases de l'évolution de la granulation, qui ont été si admirablement
étudiées par M. Yirchow, et que M. Villemin vous décrivait, il y a quelques
instants, lui-même, avec une rare perfection.
La seconde lésion, ai-je dit, est constituée par l'inflammation des vésicules pul-
monaires. Elle est caractérisée anatomiquement par Thypergenèse des cellules
épithéliales et par des globules de pus ou leucocytes dans Fintérieur des alvéoles
qui en sont remplis. Elle présente trois degrés : le premier degré correspond à
la période d'engouement- de la pneumonie; le tissu pulmonaire est rosé ou
rouge, imbibé de sérosité teintée par le sang. Le second degré est caractérisé
par une hépatisation du poumon de couleur gris rosé ou grise. Dans le troisième
degré, la couleur des masses hépatisées est jaune, caséeuse; leur consistance est
diminuée. Cet état répond à une dégénérescence de Texsudat dont les parties
liquides se sont résorbées et dont les éléments sont infiltrés de granulations pro-
téiques et graisseuses. Cette pneumonie peut affecter la plus grande partie d'un
lobe, un lobe tout entier ou plusieurs lobes à la fois; elle est lohavre, ou bien, ce
qui est beaucoup plus ordinaire, elle est disséminée irrégulièrement dans les
différents lobes, elle est lobutaire. Ce qu'il importe de savoir, c'est que ces
noyaux de pneumonie peuvent être très-petits, presque miliaires, et qu'il est très-
facile, si l'on n'y prête une grande attention^ de les prendre pour des granulations ;
le plus ordinairement sans le secours du microscope, qui tranchera la question
dans les cas douteux, on les reconnaîtra à l'oeil nu aux caractères suivants : la
surface de section est plane, fiQcment granitée, friable; elle ne fait pas de saillie
hémisphérique comme la granulation; le plus souvent les parties jaunes sont
entourées de parties indurées, rosées ou grises, qui représentent un état moins
avancé de la lésion.
Je viens de signaler, les lésions essentielles de la tuberculose, celles sur les-
quelles doit porter la discussion. Je ne fais que mentionner les inflammations
secondaires de la plèvre et des bronches, l'emphysème pulmonaire, l'épaississc-
ment du tissu fibreux ou pneumonie interstitielle, sorte de cirrhose qui se remar-
que surtout autour des cavernes ; enfin les destructions pulmonaires qui sont le
résultat du ramollissement et de la fonte des parties qui ont subi la dégénéres-
cence graisseuse, autiement dit, la mortification de leurs éléments organiques.
J'ai bâte d'aniver à la discussion des points en litige. Et d'abord je rencontre
l'opinion de quelques auteiu's dont les recherches ne tendraient à rien moins
qu'à retrancher de la tuberculisation la granulation, pour en faire, non pas seu-
lement une espèce particulière de phthisie, conmie le voulait Bayle, mais l'ex-
pression locale d'une maladie générale, fièvre ou fébri-phlegmasie, tout à fait
distincte de la diathèse tuberculeuse. Cette manière de voir, on le sait, a surtout
été défendue par M. Empis. Tout en rendant honmiage à l'incontestable talent
qu'a déployé notre savant collègue dans son ouvrage sur la nframulU, tout en ap-
préciant la valeur et l'intérêt des nombreuses observations qu'il a été à même
DU TUBERCULE. — UÉRARD. 83
de lecadilir, il m'est impossible^ je l'avoue^ de me ranger à son opiaion.
Admettre^ en effets que la granulation est la signature anatomique d'une maladie
qui ne serait pas la tuberculisation^ et que cette maladie coexiste avec la tubercu^
lisation lorsque la granulation devient jaune^ caséeuse^ c'est mécounaîtie que la
granulation grise^ semi-transpai*ente^ se rencontre dans toutes les formes
de la pbthisie, aussi bien dans les formes chroniques que dans les formes
iii^nès; qu'elle n'a rien de spécial dans la pbthisie dite aigué, si ce n'est sa
continence, sa dissëmination dans un grand nombre d'organes^ particuliè-
rement sur les séreuses; et qu'enfin la couleur jaunàti*e, qu'à tort on a long-
temps regardée comme représentant seule le tubercule, exprime simplement une
phase avancée de son évolution, la transformation granulo-graisseuse de ses
éléments, transformation très-commune dans la diathèse tuberculeuse et la
diathèse scrofuleuse, mais susceptible également d'être observée dans d'autres
états pathologiques.
Une opinion que l'on peut considérer comme la contre-partie des idées de
M. Empis a été soutenue à cette tribune par M. Yillemin. Après avoir un des
premiers démontré que les masses jaunâtres envisagées par Laennec connne
tuberculeuses étaient de véritables pneumonies dans lesquelles les cellules épi-
théliales proliférées subissaient la dégénéi*ation granulo-graisseuse^ après avoir tant
contribué, par son remarquable travail de 1862, à populariser en France les
idées de Reinbardt et de M. Virchow, M. Yillemin, vous venez de l'entendre, est
disposé aujourd'hui à admetti e que le produit pathologique qui remplit les vési-
cules pulmonaires est constitué parles granulations; que l'absence d'épithélium à la
surlace interne des vésicules ne permet plus de rapporter les lésions au développe-
ment exagéré de cellules épithéliales, et que If^s cloisons alvéolaires renfermant dan»
Wur épaisseur un élément cellulaire qui fait de ces membranes un véritable tissu
d'espèce coi\jonctive, il est plus logique d'identiûer les deux produits, et d'admet-
tre la granulation, à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur, des vésicules pulmo-
naires. Messieurs, je n'ai pas compétence suffisante pour discuter ici la question
de la présence ou de l'absence de Tépithélium vésiculaire. Je laisse ce soin à
d'autres plus autorisés. Je me permettrai seulement de rappeler que cette question
n'est pas née d'hier. Consultez une excellente thèse soutenue l'an dernier à la
Faculté de Strasbourg par M. le docteur Schmidt, et vous verrez que la querelle
entre les partisans et les adversaires de l'épithélium vésiculaire remonte à plus
de vingt ans, ce qui n'a pas empêché le plus grand nombre des histologistes mo-
dernes d'admettre l'existence d'un épithélium, sinon continu, du moins dissé-
miné par places. C'est l'opinion à laquelle est arrivé M. Schmidt lui-même, après
une discussion approfondie et des expériences personnelles habilement conduites.
Quant à moi, je laisse de côté cette question de une et subtile anatomie; au
point de vue où je me place, sa solution n'a pas grande importance. Je constate
qu il existe en pathologie une maladie nonmiée pmwnonie hbulaire et que cette
o^die est caractérisée anatomiquement par l'accumulation dans l'intérieur des
vésicules de cellules proliférées; maintenant, que ces cellules pathologiques
^enuent d'un épithélium intra-véaiculaire comme le pensent encore la mageure
partie des anatomistes, qu'elles proviennent suriout de l'épithélium non douteux
des dernières ramifications bronchiques, comme est porté à le croire M. Lebeiî,
on bien qi^' elles tirent leur origine de la membrane fibro-cellulaire des cloisons
alvéolaire^ ainsi que le suppose M. Yillemin, cela m'importe peu. Cette p^eu-
iDooie, jç la retrouve dans la tubercuUsation; je la reconnais pendant la vie à
su CONGRÈS MÊOIOâL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE OE JOUR.
l'aide de rauscultatioD, qui me fait percevoir les râles crépitants et sous-crépi-
tants dans les mêmes points où l'examen cadavérique monti*e la lésion à ses
débuts, c'est-à-dire des noyaux d'engouement et d'hépatisation avec la teinte
rouge (qui ne s'explique plus dans l'hypothèse de M. Villemin) à côté de noyaux
commençant à subir la dégénération granulo-graisseuse, et d'autres tout à fait
convertis en- masses jaunâtres. A cette période avancée, l'expression de pneu-
monie caséeusù nous parait parfaitement convenir, car elle représente la na-
ture de la lésion, en même temps qu'elle en indique exactement l'apparence
extérieure. Que si cette expression de caséeuse semblait trop g:ix)ssière, quoique
le vocabulaire médical renferme beaucoup de locutions analogues, qu'on la rem-
place, si l'on veut, par le mot de pneumonie tuberculeuse, qui s'applique mieux à
toutes les phases de l'inflanmiation pulmonaii*e, mais que l'on conserve l'expres-
sion de pneumonie ; car à tous les points de vue, au point de vue anatomique, au
point de vue symptomatique, au point de vue thérapeutique, elle a sa grande,
sa très-grande utilité.
L'inbculabilité de la matière caséeuse démontrée par les expériences récentes
de M. Lebert (Gazette médicale), de M. Colin dans, son remarquable rapport à
l'Académie de médecine, et de quelques autres auteurs, constitue-t-«lle une
objection sérieuse à notre manière de voir? Je ne le pense pas. Remarquons, en
effet, qu'U ne s'agit pas d'une pneumonie simple, mais bien d'une pneumonie spé-
ciale qui a recula forte empreinte de la diathcse tuberculeuse, et, ainsi que le fait
justement observer M. Lebert, il n'y a rien d'étonnant que ses produits, inflam-
matoires quant au mal local, renferment un principe incurable, absolument
comme cela se rencontre dans beaucoup de maladies infectieuses ou conta-
gieuses, l'uréthrite blennorrhagique, la syphilis, la morve, la pustule de la petite
vérole, etc.
Au surplus, messieurs, je suis heureux de constater que cette manière d'envi-
sager les masses caséeuses du poumon est acceptée par les histologistcs et les
cliniciens les plus autorisés. Je citerai notamment, en Allemagne, Reinhardt,
MM. Virchow, Colberg, Nicmeyer, Lebert, etc. J'attache d'autant plus d'impor-
tance à ce dernier témoignage, que M. Lebert, dont le nom doit rester particu-
lièrement cher à la France parce qu'il a été l'un des promoteurs du mi-
croscope dans notre pays, que M. Lebert, dis-je, a longtemps professé une opi-
nion conti-aire, et qu'aujourd'hui, avec une bonne foi scientifique qui l'honore^
il reconnaît que la plus grande partie des masses dites tuberculeuses est con-
stituée par l'inflammation des alvéoles, par des noyaux de pneumonie chronique
disséminée.
Reconnaissons toutefois que, tout en acceptant l'idée de pneumonie, quel-
ques pathologistes émettent certaines réserves au sujet de la nature même de
cette pneumonie. C'est ainsi que M. le professeur Virchow, retranchant de la
tuberculisation tout ce qui n'est pas granulation, est disposé à rapporter à la dia-
thèse scrofuleuse les inflammations caséeuses du poumon. J'avoue que je ne me
rends pas parfaitement compte des motifs qui ont engagé notre éminent confrère
de Berlin à séparer des lésions que la clinique et l'anatomic pathologique nous
montrent si étroitement unies. Ah t si les granulations et la pneumonie caséeuse
existaient souvent séparées; si surtout, ce qui n'est pas, la scrofule déterminait la
pneumonie caséeuse comme elle donne naissance à l'adénite caséeuse, je conce-
vrais la distinction que cherche à établir M. .le professeur Virchow ; mais il n'en
est rien. Je ne connais pas de pneumonie caséeuse bien caractérisée en dehors
DU TUBERCULE. — HÉRARD. 85
delà tuberculose. L'expression de pneumonie scrofuleuse doit donc être rejetëe.
Sans être aussi exclusifs que M. Yirchow, sans rejeter absolument la pneumo-
nie casëeuse tuberculeuse^ d'autres auteurs sont disposés à croire que certaines
broncbites et broncho-pneumonies sont susceptibles de se terminer par l'état
caséeux> indépendamment de toute tuberculose, lorsqu'elles rencontrent une
organisation faible^ lymphatique. Telle est particulièrement l'opinion exprimée
par H. Niemeyer dans son ouvrage si estimé de patholog:ie interne, et plus récem-
ment dans des leçons cliniques publiées à Berlin. Je ne puis, quant à moi, par-
tager cette manière de voir, et voici les raisons sur lesquelles je m'appuie. J'ai eu
l'occasion d'observer un certain nombre de tuberculeux qui rentraient tout à
■
fait dans la catégorie des malades auxquels fait allusion le savant professeur de
TQbingen. Ils étaient d'une constitution frêle et délicate; on ne notait aucun
antécédent de famille ; quelques-uns même, ce qui était encore plus concluant,
uflraientles apparences d'une santé robuste. A la suite d'un brusque refroidisse-
ment, ils étaient pris de tous les signes d'une inflammation laryngo-bronchique.
Depuis ce moment, ils toussaient, dépérissaient, et, au bout de quelques mois,
succombaient avec les symptômes classiques de la phthisie pulmonaire. A l'au-
topsie, nous constations les granulations tuberculeuses et les noyaux de pneumo-
nie caséeuse^ absolument comme dans les autres tuberculisations franchement
héréditaires. Pourquoi, dès lors, en faire une catégorie à part?
Une opinion plus acceptable assurément serait celle qui a été soutenue avec
beaucoup de talent par plusieurs de nos confrères de Strasbourg et de Lyon,
MM. Hirtz, Goursièi'es, Feltz, Sorel, Ghatin, etc., et qui consiste à admettre deux
sortes de phthisie, une phthisie conjonctive ou granuleuse, et une phthisie épiihé-
Me ou caséeuse. Je ne verrais, pour ma part, aucun inconvénient, aucune difQ-
colté à admettre que la diathèse tuberculeuse, qui tient sous sa dépendance les
deux espèces de lésions, la granulation et la pneumonie, se traduit tantôt par
une lésion, tantôt par l'autre, de même que nous voyons la diathèse scrofuleuse
se caractériser aussi bien par les ostéites multiples que par Ips engorgements gan-
glionnaires; seulement, de ce qu'une chose pourrait être, il ne s'ensuit pas
oéessairement qu'elle soit. Or, j'afOrmc de nouveau que, dans toi^s les cas qui
ont été soumis à notre observation, à Paris du moins (j'ignore si dans les autres
pays les faits sont différents), j'affirme, dis-je, que les granulations accompagnent
toujours les noyaux de pneumonie caséeuse. Tantôt ce sont les granulations qui
dominent, tantôt ce sont les noyaux de pneumonie; quelquefois, il est vrai, les
granulations sont peu reconnaissables et en partie masquées par les masses ca-
séeuses, mais 0 est infiniment probable qu'elles ont existé à une époque anté-
rieure, et Ton en retrouve des traces manifestes, soit sur les plèvres, soit autour
des noyaux d'hépatisation, soit dans les parties du poumon demeurées saines ou
simplement congestionnées; en un mot, il n'y a pas de phthisie caséeuse sans
phthisie granuleuse.
Maintenant une dernière et importante question nous reste à examiner, c'est
ia suivante : Dans les cas où l'on constate les deux lésions de la tuberculose,
quelle est celle qui s'est développée la première? Dans les savantes leçons aux-
quelles je faisais allusion, M. le professeur Niemeyer cherche à établir que la
pneumonie caséeuse se montre d'abord et que ce n'est que postérieurement que
l'on Toit apparaître les granulations. C'est également l'opinion de MM. Buhl,
I^ittrich, Lebert. D'après ce dernier observateur, les granulations seraient la
conséquence d'une sorte d'infection et do . métastase du produit même de la
86 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈBE SÉANCE DE JOUR.
pneumonie caséense. Pour quelques auteurs qui vont encore plus loin, M. Buhl,
par exemple, la tuberculisation mîliaire serait toujours causée par des produits
caséeux, en quelque point du corps qu'ils existent. D'après M. Niemeyer, les
phi^nomènes s'expliqueraient beaucoup plutôt par une infection locale à laquelle
les vaisseaux lymphatiques serviraient d'intennédiaire que par une infection
générale ; mais infection locale ou infection générale, tous les auteurs que nous
venons de citer admettent que la matière caséeuse préexiste au tubercule.
MM. Niemeyer et Lebert croient, en outre, que lorsque les granulations apparais-
sent, la physionomie de la maladie change et prend des allures beaucoup plus
aiguës, beaucoup plus graves. « Le plus gi'and danger que courent la plupart des
phthisiques, dit M. Niemeyer, et d'être affectés de tuberculose, n
Je viens de vous citer, messieurs, de puissantes autorités, et il faut que ma
conviction soit bien ferme pour que j'ose combattre une opinion si formellement
exprimée. Je le ferai cependant sans hésitation. Et d'abord, relativement à l'or-
dre de succession des lésions pulmonaires. Je soutiens que la granulation pré-
cède la pneumonie. Ce n'est pas à dire que dans le cours de la phthisie, il ne
puisse se faire des éruptions de granulations postérieures à l'appaiition de noyaux
pneumoniqucs. On sait, en effet, que le propre de la tuberculose chronique, c'est
d'envahir les poumons par poussées successives, séparées quelquefois par de longs
intervalles. Tant que la diathèse existe, elle peut se manifester par la genèse de
nouvelles granulations, soit dans les parties du poumon restées jusque-là saines,
soit autour des masses hépatisées. Ce que je maintiens seulement, c'est que dans
ce deniier point, la première lésion a été la granulation, et que l'inflammation
pulmonaire n'est venue qu'après. Pour en donner la démonstration, que faut-il?
Examiner les altérations anatomiques non plus quand elles sont formées, mais
les surprendre au moment où elles se forment. C'est ce que nous avons été à
même de fah*e bien des fois, M. Cornil et moi. Tout le monde sait que dans la
tuberculose chronique, les deux poumons sont rarement atteints à la fols et au
même degré; que dans le poumon malade lui-même il y a souvent comme des
étages successifs de lésions correspondant à des périodes différentes de la maladie,
un étage supérieur comprenant des cavernes et des granulations, un étage moyen
caractérisé par des noyaux d'hépatisation jaune ou rouge entouré de granulations,
un étage inférieur formé par le parenchyme pulmonaire sain ou simplement con-
gestionué, au milieu duquel on reconnaît des granulations. N'est-il pas évident,
d'après la marche connue des lésions du sommet à la base des poumons, que
l'étage inférieur a été envahi en dernier lieu et qu'il aurait passé plus tard, si la
vie se ftlt prolongée, par les mêmes phases d'hépatisation jaune et de cavernes
que l'otage moyen et que l'étage supérieur. Or, dans l'étage inférieur, il existe des
granulations sans noyau caséeux, donc les granulations précèdent la pneumonie.
Pourquoi, d'ailleurs, ne parler que de la tuberculisation chronique ? pourquoi
laisser de côté la tuberculisation dite aiguë, celle dans laquelle les granulations mi-
liaires sont répandues en grand nombre dans les poumons et les autres organes ? Je
sais que dans plusieurs de ces cas, ainsi que l'ont constaté MM. Leudet et Lebert, il
existe aux sommets des poumons quelques noyaux caséeux, mais dans d'autres cas
tout aussi nombreux, si j'en juge par mes observations personnelles, on ne trouve
absolument que les granulations. Or, comment expliquera-t-on la genèse de ces gra>
nulations, dans l'hypothèse de MM. Niemeyer, Lebert, etc.? Enfln la clinique, trop
aouvont négligée, ne nous montre-t-elle pas la toux sèche et la sonorité thoracique
su début de la phthisie, c'est-à-dire à la période de formation granuleuse, et plus
DU TUBBBCDLK. — VILI.EMIN. 87
tard au moment où se développent la pneumonie catarrhale^ la toax avec expec-
toration^ les râles crépitants, sous-crépitants, la matité, etc. ?
Quelle que soit au reste ropinion que Ton adopte sur ce point, il est une pro-
position que Je ne saurais en aucune façon accepter, c'est l'aggravation des sym-
ptômes et la marche aiguë de la maladie quand apparaissent les granulations.
Nous retournerions bien plutôt la proposition de M. Niemeyer, et nous dirions
que la phthisie est d'autant plus grave, d'autant plus rapide dans sa marche,
d'autant plus fébrile, que la pneumonie est plus étendue. C'est la conclusion,
féconde en applications pratiques, à laquelle conduit l'observation attentive des
faits. Cest l'opinion d'un grand nombre d'observateurs qui considèrent la phthi-
sie comme une sorte de pneumo)rie chronique. C'est celle du savant inspecteur
des Eaux-Bonnes, M. Pidoux; c'est celle enfin qui a été soutenue par plusieurs
professeurs éminents de cette Faculté, parmi lesquels Je me plais à citer
M. Andral, M. Cruveilhier et l'illustre président de cette imposante assemblée.
tt. wiUeaUn. — Je demande la permission dédire quelques mots seulement
sur les questions soulevées ici par MM. Lebert et Hérard. Je ne suis pas loin, je
crois, d'être d'accord avec ces messieurs? ce qui nous sépare repose plutôt sur des
mots que sur des fkits. Dans ces cas j'avoue être toujours prêt à lâcher pied^ et à
abandonner la discussion. C'est ce qui fait que je serai très-court.
H. Hérard vient de donner comme caractère d'une haute importance la saillie
que fait la granulation tuberculeuse sur la surface de section. Il n'y a rien de plus
variable que ce caractère, il dépend de la dureté plus ou mohis grande de la petite
nodosité et de la mollesse relative du tissu voisin. Quant à ce qui a trait à la pneu-
nK)nie caséeuse, c'est alors que je puis dire que nous ne sommes pas même
séparés par l'épaisseur d'un cheveu, car ce n'est en effet que par la différence
des dimensions entre une petite cellule et une cellule un peu plus grosse. J'ap-
pelle le tubercule, avec Laennec et tant d'autres, ce que MM. Hérard et Lebert ap-
peUent, l'un pneumonie caséeuse, l'autre pneumonie disséminée chronique.
Pour moi, je ne vois dans ces prétendues pneumonies et les granulations types
qu'un seul et même processus dont les éléments cellulaires s'arrêtent plus ou
moins tôt dans leur évolution proliférante, en subissant la transformation grais-
seuse. M. Hérard s'appuie sur les signes stéthoscopiques pour établir la nature
pneumonique du tubercule infiltré, nous pensons que les caractères tirés de cette
source n'ont pas une grande valeur. Ce que l'auscultation constate, c'est l'indu-
ration du parenchyme pulmonaire. (}Ue le poumon soit rendu imperméable par
on produit inllammatoire ou par un produit tuberculeux, les signes sont les
mêmes. Les caractères anatomiques comme la rougeur et la congestion qui pré-
céderaient la pneumonie caséeuse aussi bien que la pneumonie ordinaire ne va-
lent pas davantage; nous pensons avec H. Crocq que la formation du tubercule est
habituellement accompagnée, au début, d'un état congestif manifeste. Cela se
constate surtout très-souvent dans la tuberculose provoquée chez les animaux.
M. Hérard nous permettra donc de rectifier une erreur qui s'est glissée dans son
esprit. Lorsque nous avons dit que le tubercule entraînait l'anémie des parties
atteintes, nous avons donné ce caractère comme appartenant au tubercule anlé-
riearement formé, et non au tubercule à sa période initiale.
Quoi qu'il en soit, je veux bien encore que ce produit tuberculeux infiltré soit
de la pneumonie, mais alors on ne contestera pas au moins que cette pneumonie
88 CONURLS médical international. — PRbMlfcUE SÉANCE DE JOUR.
est intimement associée au tubercule et qu'elle relève^ comine lui, de la cause
tuberculeuse. Les autopsies l'attestent surabondamment. A chaque instant on
renconti'e chez le même sujet de la pneumonie caséeusc au sommet des poumons
et des granulations à leurs bases ; d'autres fois on constate de la pneumonie ca-
séeuse dans les poumons et des gi-anulations dans les autres organes. Si l'on veut
voir dans la pneumonie dite caséeuse^ épithéliale^ dissëminée, etc., un produit
tuberculeux^ c'est-à-dire dépendant de la même action que celle qui donne lieu
au tubercule type^ je n'ai pas à insister^ le désaccord ne portant plus que sur
l'interprétation d'un détail anatomique qui me parait insignifiant. Il ne me reste
plus alors à combattre que ceux qui veulent scinder la tuberculose en espèces no-
sologiques distinctes, en se basant sur des différences anatomiques plus ou moins
bien fondées. La lésion est, dans la maladie, d'une importance secondaire; la
cause en est le caractère primordial. Voyez ce qui se passe, dans la syphilis : le
virus syphilitique donne des gommes, des caries, des ostéites, des éruptions cu-
tanées, des adénites, des plaques muqueuses, etc. Est-ce que, sous prétexte que
ces altérations ne sont pas semblables entre elles, nous allons en faire des mani-
festations d'autant de maladies dilTérentes? Ce morcellement anatomique aurait
un grand danger. 11 a eu lieu dans la morve, vi*aie cousine germaine de la tuher^
culose. On a vu plusieui^ maladies dans les lésions de la peau, dans celles de la
muqueuse nasale et dans celles des organes splanchniques. On en a fait le farcin,
la morve et la tuberculose du cheval. L'inoculation est venue mettre les choses à
leur véritable place. En rejetant les prétendues pneumonies caséeuses de la tu-
berculose, on est arrivé à des conclusions étranges, comme celles de M. Niemeyer
par exemple, qui dit que les individus atteints de pneumonie caséeuse sont très-
disposés à devenii* tuberculeux; ce qui revient à dire que l'on est très-exposé à
une deuxième éruption de tubercules lorsqu'on en a déjà eu une. Car, en effet,
la tuberculose offre cela de remarquable et de commun avec la syphilis et la morve,
qu'une première atteinte en entraîne presque fatalement une deuxième, une troi-
sième, etc. Dès qu'un tubercule, quelque petit qu'il soit, gît dans un coin de
l'économie, il est la source plus ou moins prochaine d'une infinité d'autres. La
tuberculose, comme la syphilis, comme la morve, procède par poussées à
échéances variables, mais à peu près fatales.
J'aurais quelques réflexions à faire touchant les inoculations de M. Lebert, mais
l'absence de ce savant me rend cette tâche difficile. Toutefois, pour conserver
l'égalité de nos positions respectives, je ne ferai qu'énoncer mes observations sans
les accompagner de commentaires étendus.
M. Lebert a présenté deux séries de faits qui ne me semblent avoir rien de
commun entre eux : ce sont, d'une part des injections de substances irritantes, et
de l'autre des inoculations. 11 a introduit dans les bronches et les vaisseaux des
corps étrangers, comme du mercure, des poussières, etc., et il a produit, comme
il le dit lui-même, des embolies accompagnées de lésions qui ressemblent à des
tubercules. Ces expériences ont été faites depuis longtemps déjà, entre autres par
MM. Cruveilhier, Lombard, etc., mais ce ne sont là que des lésions locales, des
pseudo-tubercules qui n'ont rien des caractères de cette maladie générale et pix>-
fonde que nous appelons tuberculose. Les inoculations qu'a pratiquées M. Lebert,
et qui ont été suivies de tubercules, ont été faites avec des gianulations tubercu-
leuses, de la pneumonie disséminée et chronique, et des ganglions casëeux. Or,
[ràr pneumonie disséminée et chronique, M. Lebert désigne la pneumonie ca-
séeuse qui nous divise en ce moment, et qui a toujoui's passé pour du tubercule.
DO TUBERCULE. — MOUGEOT. 89
depuis Laenoec. L'inoculation vient précisément apporter les preuves de son iden-
tité arec le tubercule type. Les ganglions casceux des phthisiques sont une lésion
tuberculeuse. En sorte que M. Lebert n'a en somme inoculé dans ces cas qu'une
^ule et même substance. Quand il a inoculé du pus, il n'a pas produit de tuber-
cule, mais l'infection purulente. Mais pourquoi, quand il a injecté cette substance,
a-t-il amené quelque chose ressemblant au tubercule? Cela pouiTait dépendre
de deux circonstances : c'est que, d'une pai*t, les petits foyers métastatiques peu-
u'nt quelquefois simuler des tubercules^ et d'autre partj c'est que le pus injecté
donne aussi des embolies capillaires, et M. Lebert a bien pu produire avec le
pus ce qu'il a fait avec les poussières.
(de Bar-sur- Aube). — Dans les remarquables communications
qui viennent de vous être faites, on a beaucoup parlé de l'histologie^ mais la
physiologie a été im peu négligée. Permettez-moi d'aborder ce côté de la
question.
Quand vous inoculez le tubercule, vous le trouvez paixe que vous l'avez mis.
Bon nombre de malades deviennent tuberculeux sous l'influence de l'hérédité;
mais dans d'autres conditions, comment se produit le tubercule ?
Voici coaunent je l'explique, et je me range à la manière de voir de
M. Enipis, dont j'accepte les vues> mais non complètement.
Pour moi^ la granulation est le fait de l'exsudation d'une matière colloïde à
travers les parois des vaisseaux les plus ténus, des capillaires.
A l'état normal, les matières colloïdes restent dans la circulation ; mais s'il y a
exagération de la pression circulatoire, cette exsudation peut se faire.
C'est ainsi que se produit la granulation, et c'est ainsi que je m'explique la
tuberculisation des gens non prédisposés héréditairement, qui deviennent phthi-
^iques à la suite d'excès, d'émotions de toute sorte, d'une vie agitée. Il y a chez
eux une exagération de la pression circulatoire qui, vous le savez, se produit dans
une foule de circonstances, et à cet appui j'invoque la statistique de M. Sangalli,
qui trouve chez les aliénés un phthisique sur trois.
Cette même cause qui fait transsuder les matières colloïdes du sang à travers
les capillaires du poumon, les fait exsuder à la surface des séreuses, et ainsi se
forment les pleurésies et les méningites tuberculeuses.
Maintenant un mot de thérapeutique. 11 est ordinaire de considérer les vastes
cavernes comme signe d'une mort très-prochaine; ce n'est plus mon avis, je crois
ces lésions très-curables, et voici comment je suis amvé à cette vue :
Le pays dans lequel j'exerce renferme beaucoup d'usines de chaux hydrau-
lique. On broie la chaux, on la tamise ; de là une atmosphère de poussière telle
que les ouvriers ont constamment un mouchoir devant la bouche : eh bien,
j'ai vu plusieurs fois des cavernes se cicatriser chez des gens vivant non pas dans
l'usine, mais autour, là où l'air est moins chargé de poussière, bien qu'il en con-
tienne encore beaucoup.
Je cite ces faits pour engager nos confrères à méditer sur eux, et peut-être
»erait-il possible d'instituer dans un hôpital une série d'expérîences sur ce sujet.
M. Croeq. — En présence des discours que vous venez d'entendre, messieurs,
je ne puis que maintenir ce que j'ai dit dans le travail que je vous ai lu, relati-
^
90 CONGRÈS MÉDICAL INTBRNATCONAL. — PREMIERS SÉANCB DE JOUR.
vement à F étroite parenté qui existe entre le processus tuberculeux et rinflam-
mation. Avant tout^ il faut bien s'entendre : Je ne tiens nullement aux mots^ mais
bien aux idées^ et si le mot inflammation ne vous plait pas, je l'abandonnerai
volontiers^ d'autant plus que je le crois destiné à disparaître sous peu, comme
tant d'autres, du vocabulaire scientifique. En effet, nous devons tâcher de n'em-
ployer que des expressions nettement définies, retraçant à notre esprit des idées
bien claires; et le mot inflammation n'est pas de ceux-là. Il sert à désigner un
certain complexus d'actes organiques assez difficile à bien caractériser, et je
n'hésite pas h croire, je le répète, que bientôt il disparaîtra devant des expressions
mieux appropriées, d'une compréhension mieux définie, se rapportant à une
lésion ou à un acte organique bien déterminé.
Je tiens sensiblement à dire et à répéter bien haut que les phénomènes de
l'évolution tuberculeuse sont du même ordre que ceux que nous observons, par
exemple, dans une pneumonie.
M. Hérard a cherché à nous convaincre des différences qui séparent les granu-
lations tuberculeuses de l'inflammation caséeuse. J'avoue qu'il n'est pas parvenu
à me convertir; le seul caractère distinctlf qu'A ait positivement fait ressortir,
c'est la saillie produite par la granulation tuberculeuse^ sur les parties environ-
nantes. Mais celte saillie, à quoi est-elle due? D'abord à la consistance, à la den-
sité de la matière tuberculeuse, puis principalement à ce fait que j'ai fait res-
sortir dans uion travail, que les granulations tuberculeuses sont entourées d'une
zone de tissu connectif épaissi, plus opaque, induré et sclérosé, qui est la cause
principale de la résistance offerte par le tubercule.
M. Hérard, pour prouver que la granulation grise se développe tout d'abord, et
que la pneumonie' caséeuse survient consécutivement, nous a fait assister en
quelque sorte à la chronologie de ces lésions, en nous décrivant étage par étage
le poumon malade. A l'étage infériem*, ce sont des granulations; au-dessus, c'est
la pneumonie caséeuse; enfin à l'étage supérieur, on trouve les cavernes, résultat
de celles-ci. Je reconnais l'exactitude de ce tableau si bien tracé par l'honorable
orateur; mais j'y vois auti*e chose que lui, j'y vois la matière tuberculeuse grise
passant à l'état caséeux par la dégénérescence graisseuse, lacpielle aboutit fina-
lement à sa destruction. A l'étage inférieur, vous avez la lésion primitive, qui
passe à des états plus avancés là où elle est plus ancienne.
Comme vous le voyez, messieurs, je suis sûr ces points complètement d'accord
avec l'honorable M. Villemin : pour lui comme pour moi, produits caséeux et
produits tuberculeux sont identiques.
Quelques auteurs, et entre autres M. Virchoiv, paraissent vouloir rattacher la
lésion caséeuse à la scrofule, et parlent en conséquence de pneumonies scrofu-
Icuses. Depuis longtemps on discute la question de l'analogie ou de la dissem-
blance de la tuberculose et de la scrofule. Un grand nombre d'auteurs admettent
que celle-ci engendre la première, ou y prédispose; d'autres, moins nombreux,
pensent, au contraire, que les scrofulcux sont moins souvent tuberculeux que les
autres. A mon avis, cette discussion ne peut jamais aboutir, parce qu'elle con-
stitue une espèce de logomachie. En effet, qu'est-ce que le tubercule t Cest
une lésion anatomiquc qui, parfois, se développe sur un seul point de l'éco-
nomie. Qu'est-ce que la scrofule? Un état pathologique général, une diatbèse,
une disposition à voir se répéter des lésions identiques, qui sont des inflamma-
tions chroniques. Ce sont choses différentes qu'on ne peut pas mettre sur le
mémei*ang: un scrofulcux peut devenir phthisique tout comme un autre; la
D» TUBERCULE. — CROGQ. 91
scroflile peut même faToriser la producUon des tubercales^ comme je vous Tex-
lierai tout à l'heure.
Si je suis d'accord avecM. Ylllemin sur l'identité de tous les produits appelés
tuberculeux^ je ne le suis pas du tout en ce qui concerne son point de départ.
Pour l'honorable préopinant^ ils sont dus à une cause déterminée^ qui est la
présence d'un virus au moyen duquel U est parvenu à inoculer la tuberculisation.
Ceci s'accorde bien avec les cas de contagion de la phthirie pulmonaibre^ rap-
portés par un grand nombre d'auteurs et dont j'ai pu aussi observer quelques-
uns. Cependant il faut bien avouer que nous marchons ici sur un terrain qui n'est
pas encore bien solide : si M. Ylllemin a réussi dans ses expériences d'inoculation^
M. Lebert, si j'ai bien compris, n'a pas réussi de même, et M. le professeur
Thiemesse, de Bruxelles, a institué quelques essais qui n'ont pas été couronnés
de succès. Bien entendu que je n'en conclus rien, sinon que sans doute les cir-
constances dans lesquelles ces expérimentateurs se sont {dacés n'étaient pas les
mêmes •
D'autre part, messieurs, vous venez d'entendre que M. Lebert a vu se fonher
des produits analogues sous l'influence de corps étrangers. Je me suis livré aussi
à quelques expériences, injectant dans les vésicules pulmonaires de lapins et de
chiens des substances pulvérulentes, qui ont déterminé la formation de produits
on tout semblables à des tubercules. Je n'ai pas jusqu'à présent publié ces expé-
riences, n'ayant pas eu le temps de les compléter ni d'élucider toutes les ques-
tions qu'elles soulèvent. M. Ylllemin a aussi insisté sur l'analogie des produits
tuberculeux avec ceux de la morve, dus incontestablement à l'action d'un virus
inoculable; mais qu'est-ce que cela prouve, sinon que le tubercule, produit
d'un acte semblable à celui de l'inflammation, peut, comme les produits de celle-
ci, prendre naissance sous l'inHuence de causes divei'ses, et éhtre autres du virus
morveux, exactement comme le pus prend naissance sous l'influence du virus
nrioleux ou du virus chancreux.
M. Ylllemin me semble avoir fait, dans la genèse du tubercule, une part trop
large aux influences étiologiques extérieures. L'étiologie ne doit pas seule absorber
Qotre attention $ nous ne devons jamais perdre de vue que la maladie n'est pas seu-
lement le résultat de la cause qui agit, mais le produit de deux facteurs, dont l'un
est la cause, et l'autre l'organisme qui a subi l'action, et dont l'influence sur ce pro-
duit est souvent prédominante. En effet, ne voyons-nous pas dans une foule de cas
une même cause produire des effets dilTcrcnts, des maladies différentes, aussi bien
parleur siège que par leur évolution? Eh bien, la raison d'êti-e de ces différences, ce
sont les différences de constitution, d'organisation intime des tissus qui donnent
lieu aux mille et une variétés individuelles, de constitution et d'idiosyncrasie.
11 y a sans doute certaines causes dont l'action semble imprimer un cachet dé-
terminé aux maladies qui prennent naissance sous leur influence ; ce sont celles
qu'on désigne ordinairement sous le nom de causes spécifiques, quoique ce nom
ne me plaise pas beaucoup. La tuberculose ne me paraît pas dépendre d'une
cause de cette nature, mais bien plutôt de certaine disposition de l'organisme,
entraînant avec elle un affaiblissement de l'activité des éléments organiques,
une impuissance des éléments néoplasiques à parcourir régulièrement les pé-
riodes habituelles de leur évolution. On comprend parfaitement que l'hérédité,
en Tertu de laquelle nous succédons aux dispositions organiques de nos procréa-
teurs, transmette cet état. On comprend aussi comment il prend naissance de
l^Kites pièces sous l'influence des causes débilitantes, dont tous vous connaissez
92 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DE JOUR.
l'action^ le défaut de raëralion^' insuffisance de l'alimentation, les émotions dépri-
mantes prolongées, enfin la diathèse scrofuleuse. Il me semble, messieurs, que
cette manière de comprendre la physiologie pathologique de la tuberculose satis-
fait l'esprit beaucoup plus que toute autre, et elle me parait se rapprocher le plus
de la réalité révélée par l'observation des faits.
M. «onrdlA (de Paris). — - Tous les médecins qui ont traité cette question de
la tuberculisalion se divisent en dcux'camps.
Les uns pensent qu'elle est due à un principe tuberculeux, contagieux et ino-
culable.
Les autres, qu'elle doit être attribuée à un principe particulier dépendant de
l'organisme.
Les expériences ne me paraissent pas suffisamment nombreuses pour trancher
la question d'une manière définitive ; cependant je dois rappeler les expériences
de M. Hérard qui, inoculant la pneumonie caséeuse, a pu reproduire le tubercule.
Ce qui est certain et constant pour moi, c'est que le début de la tuberculisation
est dû à un processus irritatif : il y a toujours de la bronchite; traitez cette bron-
chite, et vous empêcherez la tuberculisation de s'établir.
IH. Sercet (de Gercoux). — Malgré la brillante discussion qui vient de se pro-
duire, j'ose prendre la parole, car je trouve une lacune à combler.
La transmission du tubercule par inoculation a été plusieurs fois signalée dans
cette enceinte, mais nul n'a mentionné la transmission par cohabitation conju-
gale.
Or, depuis longtemps, j'ai signalé à la Société de médecine de Liboume plu-
sieurs faits établissant que des époux ayant continué à cohabiter jusqu'à une
période très-avancée de la phthisie se sont communiqué la maladie. Ceci se ren-
contre surtout chez les femmes qui, plus dévouées, n'abandonnent pas le mari
malade et tiennent à rester à ses côtés.
11 y a là pour moi une cause très-efficiente de tuberculisation, et en avertissant
les parents du malade quand ces cas se présentent, le médecin remplit un acte
d'humanité.
M. Galligo (de Florence). — Cet éminent confrère cite le travail d'un médecin
italien, le docteur ValH, victime de son dévouement à la science, puisqu'il est
mort de la peste qu'il s'était inoculée lui-môme ; dans ce travail sont rapportés de
nombreux faits relatifs à la propagation de la tuberculose par contact.
La séance est levée à six heures.
DEUXIÈME SÉANCE. 93
DEUXIÈME SÉANCE
Lundi 19 août, à 2 heures.
SUm^DS LA. Discussion BT DES LECTURES SUR LA. QUESTION DE LA TUBERCULOSE.
LECTURES SUR LA QUESTION DE LA MENSTRUATION.
M l'iNFLUBN<Z dis GLDIATS, DES RACES ET DBS DIFFÉRENTES CONDHIONS DE LA VIE
SUR LA MENSTRUATION DANS LES DIVERSES CONTRÉES.
MM. Empis (Paris). -— Cornil (Paris). — Bakody (Pesih). — >Friedreicb (Heidelberg).
— Lombard (Genève). — Sego-Baldor (Madrid). — Bertet (Gercoux) — Mar-
M1SSE (Bordeaux). — Sarramea (Bordeaux). — Ullersperger (Munich). — Homam
(Christiania). — Dropst (Gracovie). — - Bowditch (Boston). — Ganniff (Canada).
.
Lbudet (Rouen). — Étude sur la menstruation chez les femmes de la ville
de Rouen et du département de la Seine-Inférieure.
Lagneau fils (Paris). — Recherches comparatives sm* la menstruation dans
les diverses contrées, sous le rapport ethnologique.
JouuM (Paris). -* Mémoire sur la mensliiiation.
TxLT (Londres). — De Finfluence du climat et de la race sur la menstrua-
tion.
Fate (Christiania). — De la menstruation en Norvège.
VoGT (Christiania). — Idem,.
LiEVEN (Saint-Pétersbourg). — Statistique de la menstruation de mille habi-
tantes de Saint-Pétersbourg^ observée à l'Institut des sages-femmes de
Madame la grande-duchesse Hélène.
E. L. Mater (Berlin). — Exposé statistique de la menstruation dans l'Alle-
magne septentrionale et centrale.
Discussion. — MM. Cortejarena (Madrid). -— Avrard (la Rochelle).
Procè»-vert>al de la séance par M. Cornil^ secrétaire du Congrès.
9k CONGRÈS MÉDICAL HTTEINATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUE.
DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Président M. Bouillaud.
Vice-présidents, . . . MM. de Méric (de Londres) et Teissier (de Lyon).
Secrétaire de la séance. M. Gomil.
Le secrétaire général donne lecture des lettres par lesquelles MM. Bérard,
E. Gintrac, Larrey, J. Roux et Vleminckx remercient le Congiès de leur nomi-
nation à la Tice-présidence^ et s'excusent de ne pouvoir se rendre à Paris pour
suivre les travaux de l'assemblée.
L'ordre du jour appelle la suite de la discussion sur l'anatomie et la physiologie
pathologiques du tubercule.
n. Enpis (de Paris). — Messieurs^ je n'aurais pas demandé la parole dans
cette discussion sur l'anatomie pathologique du tubercule, si quelques-uns de?
savants confrères qui y ont pris part ne m'avaient fait l'honneur de parler de
mes travaux.
Si la question de la tuberculose a été notablement élucidée au point de' vue
de quelques-uns de ses détails anatomiques^ elle est encore néanmoins loin d'être
définitivement résolue au point de vue de son ensemble pathologique et de sa
spécificité.
Depuis Lacnnec^ la question de la tuberculose relative au rapport des tuber-
cules caséeux avec les granulations grises demi-transparentea était celle-ci : les
tubercules caséeux qui se rencontrent disséminés dans les poumons des phthi-
siques^ et qui^ par leur ramollissement^ produisent les cavernes, sont-ils indé-
pendants des granulations grises; peuvent-ils se développer sans leui' concours,
ou ne sont-ils que des granulations parvenues à leur degré ultime de développe-
ment? En d'autres termes, doit-on voir chez les phthisiques qui meurent en pré-
sentant à la fois, dans leurs poumons, des granulations grises et des tubercules
caséeux, deux produits anatomiques distincts, ou uq seul et même produit à des
degi'és différents de maturité?
D'après les travaux remarquables dont la tuberculose a été l'objet depuis quel-
ques années tant en France qu'à l'étranger; d'après les recherches microgra*
phiques de Lebert, de Virchow, de Robin ; d'après les différents mémoii es dont
vous avez entendu la lecture ici, ou qui ont été récemment publiés dans la presse
médicale ; d'après les brillantes argumentations auxquelles se sont livrés à cette
tribune MM« Hérard, Crocq, Yillemin, etc., la question anatomique de la tuber-
culisation caséeusc me parait définitivement résolue. L'altération caséeuse que
Laennec appelait tubercule, et que l'on vous propose d'appeler pneumonie chro-
nique disséminée, pneumonie scrofuleuse, dégénérescence graisseuse, métamor-
phose caséeuse, etc., quelle que soit la forme, lobaire, lobulaire ou vésiculaire,
sous laquelle elle envahisse le poumon, n'a pas pour condition nécessaire de son
développement la granulation grise.
DQ TUBERCULB* — EMPIS. 95
Mail de ce que la granulatioii grise et le tubercule caséeux peuTent se déve*
lopper isolément chacun de son côté dans les poumons des phthisiques^ en
rèulte-t-il qu'on puisse les considérer Tun et l'autre comme la signature anato-
miqoe de deux maladies distinctesî
Mon honorable collègue M- Hërard m'a reproché d'éliminer du domaine de
U taberculisatiouj sous le nom de granulie, la maladie à laquelle il voudrait que
ToQ conservât exclusivement la dénomination de tuberculose» tandis que l'on
D'appellerait plus l'altération caséeuse constituant les tubercules de Laennec que
pneumonie chronique... Soitl Les mots m'importent peu en dehors des idées
qu'ils représentent; mais» ce qu'il convient de juger» c'est si les granulations
grises et les tubercules caséeux se relient à un même état général» et sont en
définitive l'eiqpression matérielle d'une seule et unique maladie» comme le pense
LAiUemin.
Pour juger la question» il est nécessahre d'étudier séparément» d'une part» les
cas dans lesquels la tuberculisation caséeuse se produit seule sans aucun mélange
de granulations grises» sous ses différentes formes» lobaire» lobulaire et vésicu-
laire; et, d'autre part» les cas dans lesquels la granulation se présente sans aucun
mélange de dégénérescence caséeuse.
J'ai vu avec regret que non-seulement on étudiait la question sur des cas
complexes dans lesquels les deux maladies étant associées» tout était confondu;
mais encore» et surtout» que l'on prétendait la juger par un seul de ses éléments
inatomlques àl'exdusion des autres.
Les maladies ne sont pas choses simples» et ni la granulie» ni la tuberculose
desphthisiques ne sauraient être pertinemment ai^réciées parune seule de leurs
déterminations locales. C'est en prenant en considération l'ensemble des mani-
festations pathologiques propres à chacune d'elles que l'on peut juger de leur
analogie» de leur différence ou de leur identité.
Or» l'ensemble des manifestations de la maladie granulique» considérée en
dehors de toute complication caséeuse» diffère du tout au tout de l'ensemble des
manifestations pathologiques de la tuberculisation caséeuse des phthisiques» con-
sidérée aussi en dehors de toute association granulique.
La grannlie» quelle que soit la forme qu'elle affecte» que ce soit la forme
cérébrale, la forme thoracique» la forme abdominale, ou bien encore la forme
typhoïde qui représente la maladie au maximum de la généralisation de ses pro-
duits» se traduit toiyours par des inflammations multiples et disséminées sur
les membranes séreuses et sur les organes contenus dans les trois cavités; et ces
inflanmiations» point capital de leur histoire» précèdent sur les tissus l'appa-
ntion des petites granulations fibro-plastiques qui n'apparaissent que plus tard.
Si quelques auteurs ont pu nier l'existence de ces inflammations primitives» et
ont pu croire que les granulations se développaient sans leur concours» par un
acte isolé de simple prolifération nucléaire» c'est qu'ils ont étudié les organes à
im moment où l'inflammation et les congestions viscérales étaient déjà dissipées»
et lorsqu'il ne restait plus sur les organes que leurs produits. Autant vaudrait nier
l'origine inflanunatoire de certaines maladies organiques du cœur» parce que les
signesde l'endocardite aiguë» qui a engendré primitivement les lésions» n'existent
plus à l'époque où meurent les malades 1
Si d'autres médecins» en présence des inflammations aiguës qui tuent les ma-
ndes dans la granulie» ont pu méconnaître la spontanéité de leur développement
^Qs l'influence d'une disposition générale essentielleme9t morbifique» et les attri-
96 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
buer^ dans leur mécanicisme étroit^ à la présence des granulations^ considérées
comme des épines formant appel ûuxionnaire^ c'est qu'ils n'ont psts su voir qu'en
même temps que ces inflammations existaient sur les organes qui portaient déjà
des gi*anulations^ elles se multipliaient et se disséminaient aussi sur des organes
qui n'en avaient encore aucune !
Or^ en même temps que les phlegmasies aiguës de la granulie se localisent à
différents degrés sur les organes contenus dans les trois cavités^ la maladie se
traduit par un ensemble de troubles fonctionnels qui constituent ce qu'on a
appelé tantôt fièvre cérébrale^ tantôt phthisie galopante^ etc.^ et qui diffère du
tout au tout de l'ensemble des manifestations de la phthisie.
D'un autre côté^ si au lieu d'étudier exclusivement l'altération caséeuse que
présentent les poumons des phthisiques^ et de discuter si on la débaptisera ou
si l'on continuera à l'appeler tuberculisation pulmonaire^ on veut bien considérer
l'ensemble des manifestations de la maladie tant anatomiques que fonctionnelles,
on ne tardera pas à s'apercevoir qu'elles sont très-différentes de celles de la gra-
nulie ; que si dans celles-ci les membranes séreuses sont particulièrement aCTec-
tées^ dans celles-là^ par contre^ ce sont plus particulièrement les membranes
muqueuses; et qu'aux différentes phases de la phthisie> en même temps qu'une
atteinte si profonde est portée à la nutrition générale et que se développent dans
les poumons des noyaux caséeux^ il se manifeste successivement des laryngites,
des bronchites, des entérites^ des adénites, des altérations graisseuses du
foie, etc., etc., qui donnent à la maladie une physionomie tout autre que celle
de la granulie.
Enfin, si des cas simples, dans lesquels on peut étudier isolément les deux
affections, on se reporte aux cas plus complexes dans lesquels les deux maladies
sont associées, on constate que la granulie et la tuberculisation caséeuse se pré-
sentent, à la clinique, dans trois conditions différentes d'association :
1*^ Ou bien la granulie se présente la première^ et, après une durée de trois à
quati*e semaines, pendant lesquelles elle a passé méconnue sous le nom de fièvre
muqueuse, typhoïde ou gastrique, devant ceux qui la connaissent mal ou ne
la connaissent pas, elle paraît guérie ; mais bientôt surviennent peu à peu, chez
le malade, toutes les manifestations de la phthisie pulmonaire chronique. Dans
te cas-là, les inflammations aiguës sont éteintes depuis longtemps, et il ne reste
plus sur les organes que les granulations fibro-plastiques au moment où sui-vient
la tuberculisation caséeuse ; il y a, à proprement parler, succession d'une maladie
à une autre plutôt qu'association véritable ; cependant, dans ce cas, les gi*anula-
tions deviennent le siège d'une véritable tuberculisation caséeuse, et, à l'autop-
sie, elles ressemblent considérablement aux tubercules miliaires primitifs (pneu-
monie chronique vésiculaire de Lebert, Lecoq, etc.)
2® En second lieu, la granulie peut survenir brusquement dans le coui-s d'une
tuberculisation caséeuse chronique, et, dans cette circonstance, il est trè&*facilc
de déterminer avec précision le jour, le moment de son invasion, et de dédou-
bler l'état pathologique du malade par l'analyse des symptômes.
Si la granulie s'est développée avec peu d'acuité et sous une de ses formes qui
pardonnent souvent, la phthisie chronique reprend sa physionomie spéciale après
quelques semaines de durée, et, à l'autopsie, on retrouve seulement comme
signes du passage de la granulie un plus ou moins grand nombre de granula-
tions ayant subi la métamorphose caséeuse, en même temps que des adhérences
nombreuses existeront aux différents points de contact des diverses membi-anes
DV TUnERCULE. — COftNIL. 97
sérenses. Mais si la granulic, dès son appaiition, revêt dans cette circonstance
une foime grare^ et qu'elle enlève brusquement le malade sous sa forme typhoïde
OQ cérébrale^ on ne trouvera, à l'autopsie, à côté des lésions caséeuses de la
phthine chronique, indépendantes des granulations, que des signes de phlegma-
sies suniguês, du côté des membranes séreuses et des viscères contenus dans
les trois cavités; et les granulations d'origine toute récente seront encore demi-
transparentes, et ne présenteront aucun indice de métamorphose caséeuse, bien
qu'eues existent, dans ce cas, sur un sujet qui a des cavernes et qui est tubercu-
leux, selon la vieille acception du mot !
3* Enfin, la granulie peut être associée à la tuberculisation caséeuse aiguë, et
de cette association résulte ce que Trousseau a décrit dans sa Clinique médicale
foasle nom de phiMm galopante catarrhale; dans ce cas, les deux maladies mar-
chent avec acuité et mélangent leurs déterminations locales, si bien qu'alors les
différents viscères, les membranes séreuses, les membranes muqueuses, les gan-
glions lymphatiques, etc., tout, à la fois, est frappé, et sert de localisation aux
deux maladies.
En définitive, il ne peut être douteux pour personne aujourd'hui, que la gra-
nulation grise ne puisse devenir caséeuse comme tant d'autres tissus patholo-
giques; mais, ce qu'il importe de déterminer, c'est si la substitution de tissu
pathologique qu'elle éprouve dans ce cas s'accomplit, soit sous l'influence de la
même cause morbifique générale qui préside au développement de l'ensemble
des manifestations aiguës de la granulie, soit sous l'influence de celle qui produit
laphthisie caséeuse, opinion qui me parait la bonne*
h termine par un mot à propos des inoculations pratiquées sur les animaux,
feu ai déjà fait un bon nombre, et je suis arrivé identiquement au même résultat
que MM. Lebert et Colin. Mais, ce qui m'étonne, c'est que, obtenant si facilement
ces ângulières granulations par l'inoculation de produits divei's, on ne puisse pro-
duire chei ces animaux les maladies générales d'où relèvent, chez l'homme, soit
la granulie, soit la phthisie caséeuse. En effet, aucun de mes lapins inoculés ne
m'a présenté, à quelque époque que je l'aie sacrifié, ni l'ensemble des manifes-
tations aiguës caractéristiques de la granulie, ni les altérations multiples de la
phthisie caséeuse que nous constatons chez l'homme.
M*G«naia(Pari8]. — Messieurs et honorés confrères, dans la première séance
du Congrès, mon cher collaborateur M. Hérard vous a exposé le résumé de l'ana-
le pathologique développée dans le livre que nous avons publié en commun sur
la phthisie pulmonaire. Aussi n'aurais-je pas demandé la parole si je n'avais pas
^ à produire des faits anatomiques nouveaux, et à préciser les points qui nous sé-
parent des orateurs que vous avez entendus sur ce sujet.
Le point essentiel, fondamental de toute l'histoire de la tuberculose, c'est le
déTeloppement de la granulation tuberculeuse que nous continuerons à appeler
ktaieraOeiTat. Or, qu' est-il à son début, lorsqu'il échappe encore à l'c^ nu?
Cest dans les séreuses, et en particulier dans la pie-mère, qu'on le voit le mieuxi
et il est facile de reconnaître qu'il se développe dans la gaine adventice des vais*
^ux et le tissu conjonctif qui les entoure. Le doyen illustre de nos anatomo-
patbologiste8,M.le professeur Cruvcilhier, avait autrefois parfaitement signalé ce
àége de la granulation le long des vaisseaux, et depuis, Rindfleisch, 0. Weber et
(^eim ont observé au microscope les mêmes faits. On sait que les petits vais-
7
98 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
seaux sanguins de la pie-mère et du cerveau, au lieu d'être intimement unis au
tissu coi\JQnctif qui les environne, sont libres dans une gaine dite lymphatique,
lymphsac^ décrite pdr MM, Uobin et His, C'est dans cette gaine lymphatique, et
circonscrites par elle, que s'ett'ectuent, aux dépens des noyaux de la gaine et de la
membrane adventice du vaisseau, la prolifération et l'accumulation des éléments
nouveaux qui constituent une granulation tuberculeuse. M. le professeur Yirchow
a figuré cette distension de la gaine lypiphatique des vaisseaux dans la tuhercu*-
lose de la pie-mère« dans son Traité des tumeurs. C'est surtout à la bifurca*
tion des Taisseaux que se manifeste cette proliférationj tantôt en un point bien
limité et formant un petit nodule^ tantôt tout le long du yaisseau dans une
certaine étendue. La gaine lymphatique est alors distendue; entre elle et la tuni-
que moyenne^ des noyaux et de petites cellules sphériques s'accumulent; ces
éléments opt tous les caractères de ceux qu'on trouve paiiout dans les gi-anula*
tions tuberculeuses, et^ chose essentielle, ils sont agglomérés et intimement unis
par une substance fondamentale granuleuse interposée entre eux.
Ainsi, un premier fait initial consistant dans la prolifération de la membrane
du Yaisseau> c'est-à-dire une inflauuuaUoq, daps le sens qu'on (t'accorde généra-
lemeqt. aujourd'hui à donner à ce mot.
Deux autres faits également impor^nts viennent s'y clouter : i"" la multipUca-r
tion d'éléments semblables dans le tissu conjonctif de la pie-mère qui entoure le
yaisseau malade dans ce point, et 2** la coagulation du sang, les métamorphoses
régressives de la tibrine et des globules dans l'intérieur du vaisseau^ dont la oircu-
lation est dès lors interrompue.
Il y a dono làj dès le début, un phénomène analogue à l'ariérite sur lea petits
Taisseaux et les capillaire de la pie-mèrej et une coagulation du ^ang analogue
à celle qui s'ohservQ dans la phlébite des gi^osses veines. Comme conséquences on
peut noter l'œdème de certaines parties du cerveau et de la pie-mèrej Taugmen-
tation d€| la pressiop du sang dans les parties voisines^ h^ formation du puy dans
les mailles de la pic-mèroi etc.
L'étude d^ la granulation tuberculeuse de la pie*mère nous apprend auasî qu«
1q tissu dç nouvelie formation n'affecte pas toujours une forme liiuitée; on le voit
aussi le long des vaisseaux qu'il entpure conwo d'un i^iMichou; retenons ce fait|
car nous le retrouverons bientôt en étudiant les autres organes, et en particulier
le poumon.
Ce qui précède s'applique de tout point aux gros tubercules du cerveau. On
leur distingue habituellement deux aones : l'une ancienne^ centrale^ opaque^
quelquefois jaunfttre; l'autre périphérique, transparente et grise. Les vaisseaux
qui du cerveau sain pénètrent dans la Eone périphérique ou zone de prolifération
sont lésés de la même manière que ceux des granulations de la pie-mère. Rien
n'est plus facile à constater, lorsqu'on a suivi et disséqué ces vaisseaux dans une
Certaine étendue de leur trajet dans la aone périphérique. On voit, en effet,
lorsqu'ils sont isolés, que leur gaine lymphatique contient, avant leur entrée
dans le tubercule, des granulations ou même des cristaux d'hématoîdinc ; lors-
qu'ils entrent dans le tubercule, leur membrane externe prolifère, et leur gaine
lymphatique se remplit de cellules et de noyaux petits, et agglutinés entre eux
par une matière granuleuse. Là aussi la lumière du vaisseau est obstruée com-
plètement par de la fibrine et des globules devenus granuleux. Les coupes trans*
versales qu'on obtient sur des pièces durcies par l'acide ctirofnique montrent
très-bien C3tte dernière particularité. Sur ces préparations on voit souvent, entre
DU TUBERCULE. — GORNIL. 99
la foagnlation fibrineuse et la surface interne du vaisseau^ une couche d'élé-
ments qui sont, soit des cellules épithéliales de la membrane interne, soit une
eoache de globules blancs. Autour des vaisseaux, les éléments de la névrogUe
accusent une prolifération très-intense. Dans la aone centrale, les éléments
privés depuis longtemps de Tabord du sang s'atrophient, mais là encore on peut
rccoDDaitre le contour et le contenu granuleux des vaisseaux.
De pareilles tumeurs séjournent cinq et même dix ans dans le cerveau. Cest
encore un fait essentiel à noter, car dans le poumon, des granulations tuber-
culeuses peuvent aussi remonter à une époque très-reculée, bien que conservant
leurs caractères et comme momifiées au milieu d'un tissu de pneumonie inter-
stitielle.
Dans les séreuses autres que la pie-mère, dans le péritoine, la plèvre, etc.,
les granulations tuberculeuses développées d'abord le long des vaisseaux déter-
minent bientôt aussi leur oblitération.
Dans les os atteints de tuberculose, les vaisseaux sanguins du tissu médullaire
subissent la même altération que dans les membranes séreuses, et ils se rem-
plissent aussi d'un coagulum flbrineux. Mon excellent ami, M. Ranvier, a insisté
récenunent sur ee point qui distingue les ptoductions tuberculeuses des os des
iffections syphilitiques dans lesquelles le calibre des vaisseaux sanguins reste
libre.
Dans les organes lymphoides, dans les ganglions lymphatiques et la rate, on
observe aussi ces mêmes lésions des vaisseaux.
Dans les reins on peut voir assez souvent les granulations tuberculeuses affecter
tme série linéaire le long des artérioles droites, dans la substance corticale : là
aussi la partie du rein qui a été envahie par une granulation, partie où sont sou-
vent compris un ou plusieiu^ glomérules, ne présente bientôt plus que des vais-
seaux oblitérés.
Arrivons maintenant au poumon, qui est le nœud de la question. Loin de dire
avec M. Villemin que le processus est unique, nous dirons qu'il y a autant de
processus différents que de tissus affectés. Les vaisseaux sont altérés là de la
même l^n que partout ailleurs : leur membrane externe, le tissu conjonctif
qui les entoure, sont le siège d'une multiplication d'éléments tout à fait sem-
blable à ce que nous avons vu dans les tissus précédents ; à l'intérieur des vais-
seaux la fibrine se coagule et la circulation cesse dans les points envahis par les
granulations tuberculeuses.
I^ cloisons interalvéolaires présentent une multiplication d'éléments qui
s'effectue surtout aux dépens des éléments des petits vaisseaux et des capillaires
qui y passent. Le tissu coi\jonctif péribronchique olIVe une altération ana-
logue.
Mais en outre de ces formations d'éléments petits englobés dans les fibres de
^u conjonctif ou dans la substance amorphe des granulations tuberculeuses, il
^e un processus formatif tout différent dans l'intérieur des alvéoles pulmo-
naires et des bronches. Dans ces cavités se trouvent de gros éléments pavimen-
teux ou sphériques, libres les uns par rapport aux autres au début de leur forma-
tion, et nageant dans un liquide plus ou moins épais. Il est impossible de
confondre ces éléments avec ceux qui naissent aux dépens du tissu conjonctif :
leur siège; leurs dimensions tellement différentes, qu'ils mesurent de 10 à
20 millièmes de millimètre, ou même plus, tandis que les éléments nés dans le
^ oo^jonctif mesurent de & à 5 millièmes de millimètre ; leui* isolement les
100 CONGRES MÉDICAL INTEBNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUB.
uns des autres, sont autant de caractères qui ne permettent pas de les confondre.
Lorsque ces éléments de la pneumonie et de la broncho-pneumonie des tuber-
culeux sont anciens^ ils subissent une altération gi'anuleuse et une dessiccation
qui les réunissent les uns aux autres ; mais là encore ils se reconnaissent par leur
Tolume, leur forme aplatie par pression réciproque, et par leur mode de des-
truction.
Ainsi, la pneumonie, la bronchite, la broncho-pneumonie, sont les compagnes
du tubercule développé, soit sous forme de grains isolés, soit sous une forme
moins régulière le long des vaisseaux et des bronches.
Mais nous ne voudrions pas faire de ces complications inflammatoires des ma-
ladies isolées et distinctes ; elles viennent sous l'influence de la même cause qui
a déterminé le tubercule : la phthisie tuberculeuse est une par sa cause, par sa
nature, par la possibilité de son inoculation, mais elle présente des manifestations
locales qui sont bien distinctes au point de vue de l'anatomie pathologique et au
point de vue des symptômes locaux. Dans le poumon, en particulier, la lésion du
tissu conjonctif qui aboutit à la granulation, celle de la surface des alvéoles et des
bronches qui constituent la pneumonie et la bronchite, sont bien distinctes^ en
sorie que nous nous éloignons sur ce point de l'opinion soutenue par notre
excellent ami, M. Yillemin. Mais ne voulant pas séparer ces deux processus dans
leur étiologie, nous avons adopté, M. Hérard et moi, pour spécifier les inflamma-
tions dans ces cas, les noms de pneumonie et de bronchite tuberculeuses.
H. Bakody (Pesth). — Messieurs, c'était Virchow qui, le premier, avait con-
staté le fait que le tubercule a son origine dans la trame même du tissu conjonctif;
les travaux ultérieurs ne pouvaient que confirmer cette manière d'envisager la
genèse de ce néoplasme. Aussi nous définirons le tubercule dans le sens anato-
nùque comme un néoplasme hétéroplasique qui détruit le tissu matrical, qui se
montre habituellement d'une manière discrète, soit dans le poumon seulement,
soit en même temps aussi dans d'autres organes, sous forme de granulations mul-
tiples de la grosseur d'un grain de pavot ou de millet, ou congloméré sous fonne
de nœuds plus grands, qui se montrent sous le microscope conune une agrégation
cellulaire dérivant de corpuscules de tissu conjonctif, dont les éléments, qui con-
tiennent un petit noyau luisant et peu granulé, se transforment bientôt en méta-
morphose régressive par suite de la grande tendance à la destruction. Mais son
lieu de développement ne se trouve pas seulement dans le tissu conjonctif de la
sous-muqueuse, mais aussi dans la trame conjonctive des culs-dc-sac et la char-
pente alvéolaire, dans le tissu cellulaire interstitiel et la tunique adventice des
vaisseaux sanguins.
Le tubercule de tissu conjonctif de la sous-muqueuse, dans les canaux respira-
toires d'un plus grand calibre, est facile à trouver, mais celui des petites bronches
et le tubercule interstitiel sont difficiles à démontrer.
Le tubercule qui a pris naissance dans la trame du tissu conjonctif interstitiel
offre cette particularité, qu'il ne reste pas longtemps interstitiel, mais qu'il perce
bientôt les cloisons des alvéoles ou les parois de la pariie rétrécie des culs-de-sacj
et qu'ainsi la trame environnante pariicipe de plus en plus à son développement,
jusqu'à ce que finalement aussi les bronches terminales et les bronches d'un plus
gros calibre se trouvent envahies.
Ces granulations tubercvleuses ne forment d'abord qu'un foyer micit»c(^ique«
DU TVBBBCULB. -- BAKODT. 101
Ces fiyyen n'aequièrent que plus tard un volume plus notable et affectent alors la
tane alvéolaire qui indique la destruction de la trame aflectëe, et deviennent,
par suite de l'envahissement d'une bronche, des vomiques; ou encore ils s' épais-
went et montrent une grande tendance à passer à l'état calcaire.
Ce tubercule interstitiel produit déjà dans la première phase de son développe*
ment différents états d'irritation des tissus péribronchiques, et il n'existe pas de
critérium macroscopique pour cette espèce de tubercule.
De même est-il souvent difficile de trouver de telles granulations tuberculeuses
embryonnaires, caria destruction est, la plupart du temps, déjà tellement avancée,
qu'on ne peut voir seulement que des détritus cellulaires complets.
En ce qui concerne les éléments d'un tel tubercule interstitiel, il est à remar-
quer qu'il se compose au début exclusivement de petites cellules rondes qui con-
tiennent un ou plusieurs noyaux et disparaissent rapidement.
Les éléments des granulations miliaires ne peuvent cependant pas être trouvés
si lacilement dans les poumons; ce n'est souvent qu'après des recherches assidues
et des préparations minutieuses qu'on trouve ces foyers de cellules.
Les cellules qui proviennent de la tunique adventice des vaisseaux et le reste de
latFune cellulaire environnante remplissent entièrement les espaces alvéolaires,
et les vaisseaux comprimés par la masse cellulaire contiennent souvent des caU-
lots bien distincts. Les fibres élastiques se fendent en dernier lieu, se détruisent,
et le dissolvent finalement en éléments qui ressemblent à des cellules fusi-
formes.
D'un autre côté, on trouve assez souvent des granulations tuberculeuses qui ne
renferment à leur centre que des éléments d'apparence épithéliale. Mais ces
eellnles ressemblant à de l'épithélium paraissent ne pas avoir pris naissance dans
le lieu même où on les trouve.
Puisqu'on réussit très-souvent à trouver des cellules d'épithélium vibratile ou
leurs débris difficilement méconnaissables dans de pareilles masses cellukdres
incontestablement |4us anciennes, cela démontre péremptoirement qu'il en est
ainsi. Le fait qu'elles se trouvent souvent emprisonnées au centre des masses cel-
lulaires qui remplissent les alvéoles, ou la partie rétréde des culs-de-sac, démontre
aasex qu'elles ne sont pas des mélanges fortuits, et que leur présence ne doit pas
être attribuée à une faute de préparation.
Lorsqu'elles sont en voie de transformation graisseuse, elles conservent tout de
même souvent leur forme et sont emprisonnées encore au centre des autres masses
ceUulaires.
Les épithéliums pavimenteux montrent le même arrangement. Les différentes
ceDules, dans ces masses cellulaires, montrent de même des degrés de formation
trbdivcrs.
On trouve en outre de très-jolies formes d'épithéliums pavimenteux à diamètre
normal, avec des noyaux pour la plupart tuméfiés, le nucléole très-saillant et luis-
ant, et le contenu soit sans changement, soit présentant quelques petites goutte-
lettes de graisse.
Quelques-unes de ces cellules, et surtout les plus grandes, on: des fentes et
paraissent ratatinées d'un côté ou désagrégées. Le noyau qui, dans quelques-
unes, se trouve accolé à la paroi périphérique et dans d'autres est en train de se
dégager, représente un élément de forme ronde, contenant un ou deux nu-
cléoles.
En outre, on trouve des cellules plus petites et polygonales (anguleuses), qui
102 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. -^ DBUXlfeME SÉANCE DE lOUE.
montrent un grand noyau et beaucoup de gouttelettes graùsetlseié Ce noyati ^A
opaque et souvent en voie de dégénérescenoe gtaisseuse irès-apparent6«
Enfin on remarque encore des élëmentSi ronds et globuleux, qui ressemblent
aux corpuscules de pus (leucocytes), dont le contenui finement grenu, montre dd
même un et jusqu'à deux noyaux^ qui présentent des sillons et qui résistent à la
soude {Natronlauge).
Si Ton enlève ces foyers cellulaires, on voit que la trame alvéolaire, dans les
alvéolesoùles masses cellulaires paraissentencorerelativementintacte8>e8t presque
sainOi tandis que là où les masses cellulaires paraissent d^à plus anciennes et sont
accompagnées d'une plus grande quantité de détritus, on constate^ aprèsle nettoyage
avec le pinceau, que la trame alvéolaire, les noyaux des parois amoipbes, des vais-
seaux alvéolaires et> dans quelques cas, les éléments cellulaires des culs^c-sac^
et souvent même des bronches terminales, ont subi des changements morbides.
Dans le premier cas, il n'y a que des traces d'une transformation graisseuse
dans les masses cellulaires^ tandis qu'on peut reconnaître (dans les cas où l'iiTita-
tion dans les alvéoles et les ouls-de^ao peut être démontrée) lànéci*obio$$ ooséeuseà
l'aide du détritus énorme amassée
Ces amto de détritus ont une cohésion intime et se trouvent fortement pressés
entre les noyaux embryoplastiques du tissu cellulaire voisin*
Dans un degré plus avancé de ces amas cellulaires, la tuméfaction morbide et
la prolifération des noyaux capillaires, des noyaux de tissu Conjonctif des alvéoles
et des culs-de-sac, remplis de ces amas de détritus, sont plus accentuées.
Les états secondaires d'initation se montrent d'autant plus distinctement dans
la trame environnante, que ces agrégations cellulaires dans les alvéoles et les culs-
de-sao sont plus anciennes^ e' est-à-dire qu'il y a plus de graisse et de détritus dans
ces amas.
Ces éléments cellulaires^ oi-dessus décrits, peuvent être démontrés avec sûreté
eomme provenant des bronches.
Ce sont, pour la plupari> des produits morphologiques qui n'ont souvent leur
origine que dans une irritation inflammatoire de la muqueuse <
Car la présence, d'une part, d'épithélium pavimenteux en si grande quantité
dans des endroits où il n'y en a pas à l'état physiologique, et d'autre pari des cel-
lules vibratiles dans les alvéoles, qui sont pourtant à une distance asses marquée
des bronches d'un plus grand calibre, prouve que cette irritation a son siège non-
seulement dans les bronches terminales pourvues d'épithélium pavimenteux^ mais
aussi dans les bronches situées plus haut.
Mais, si l'on examine cependant la membrane muqueuse des bronches les plus
fines avec attention, on est souvent à même d'y trouver les degrés les plus divers
des changements cellulaires.
On trouve souvent dans la muqueuse des nodules disséminés irrégulièrement,
4ui, après un examen plus minutieux, se montrent formés par des amas de petites
cellules contenant des noyaux.
Ces cellules sont en voie de transformation graisseuse dans les foyers plus an*
eiens qui sont situés entre des parties de la muqueuse parfaitement saines.
La preuve que des granulations tuberculeuses peuvent se développer à la
suite des amas de produits inflammatoires qui proviennent de la prolifération épi-
théliale, et qui irritent le tissu des alvéoles et des culft-de-sac voisins, est fournie
par ce fait que ces granulations se trouvent dans de tels alvéoles et culs-de-«ac
qui paraissent remplis de ces amas eellulaireSi et qu'elles ont l'habitude de se
D0 TDBBBCULB. — 8SG0 BALDOR. 103
dëveiopper, en premier lieu, là où ces amas cellulaires irritent le tissu cellulaire
des alTéoles, de la portion rëtrécie des cul^e-sac, et des bronches terminales.
Les plus anciens de ces éléments, cause de la genèse tuberculeuse dans leur
Toismage« qui se trouvent dans les couches les plus inférieures, se ramollissent
d'ahordj tandis que les couches supérieures sont encore eonsenrées entièrement
ou en partie.
Le développement n fréquent des tubercules dans les sommets des poumons
parait aussi être un argument en faveur de la possibilité d'titie pareille getièse
tuberculeuse.
Les sommets pulmonaires sont^ en efTet^ le siège d'un mouvement respiratoire
trèHninime, relativement aux autres parties du poumon. Us ne respirent que fai-
blement et superficiellement, et l'expulsion des amas cellulaires qu'ils contien-
nent ne s'effectue que difficilement.
Une prolongation de cette stagnation locale de ces masses cellulaires peut faci-
lement donner l'impulsion à la prolifération cellulaire caractéristic[ue du tuber-
cule, dans le tissu conjonctif des alvéoles et des parties adjacentes.
D'une autre part, il existe certaines altérations du tissu pulmonaire oîi les
alTéoles sont remplis de globules de pus, sans qu'U se forme plus tard des tuber-
cules. Dans ce cas, les produits inflammatoires passent vite à l'état graisseux et
soDt en partie résorbés et eil partie expectorés.
Mais si cela n'arrive pas asses promptement, et si les conditiohs nécessaires
existent, ou si des amas cellulaires toujours nouveaux arrivent dans les alvéoles,
alors il est possible que le tissu cellulaire environnant soit irrité^ et que le pro-
cessus dé la formation de Télément tul>erculeux y trouve son point de départ.
(Heidelberg). — Le savant professeur fait observer, à propos de
lâ communication de M. Gomil, que le développement des tubercules, notam-
ment dans les séreuses, peut se fairô indépendamment des vaisseaux, aux dépens
de la prolifération seule des corpuscules de tissu conjonctif*
(Genève), résumant les expériences de la Commission suisse
relatives à l'influence de l'altitude sur le développement de la phthisie, présente
on tableau qui indique les proportions décroissantes d'oxygène contenu dans l'air
à diverses hauteurs. U rapproche ces chifiTres de ceux qui expriment la fréquence
proportionnelle de la maladie aux altitudes correspondantes, et déclai*e que cette
diète respiratoire est, à ses yeux, un moyen non-seulement préventif, mais eura-
lif de la tuberculisation pulmonaire.
(Madrid). — Messieurs, quoique ancien élève de la Faculté de
Montpellier, je ne sais pas si j'aurai le bonheur de m'exprimer en français de ma-
nière à me faire bien comprendre ; car je ne parle le français que très-rarement, et
ma langue maternelle diiTère beaucoup, surtout quant à la prononciation, de la
langue française, dont les ressemblances avec la langue espagnole ne sont très-
souTent qu'apparentes et trompeuses. D'ailleurs, une assemblée si nombreuse et si
sayante, une assemblée où je trouve, comme je m'y attendais déjà, tant de célé-
brités médicales contemporaines; une assemblée, eniin, que je vois présidée par
un illustre professeur si justement renommé de la Faculté de Paris (1), m'in-
spire, messieurs, tant de considération, tant de respect, que je ne saurais pro-
(i) M. Bottilktté.
10) CONCRÈS MÉDICAL INTERNAnORAL. ~ DEUXIÈME SÉANCE DE JOUI.
noncer sans hésitation, sans embarras^ les quelques mots que j'ai à tous dire à
propos de certaines indications qu'on a formtdées ici sur la tuberculose pulmonaire,
sur cette affreuse maladie^ le fléau permanent de presque tous les pays, ou ce
que vous trouverez peut-être plus exact, de toutes les villes du monde sans
exception. Aussi, messieurs, aurai-je bien besoin de toute l'indulgence dont vous
êtes capables; et ce n'est qu'avec la pleine confiance de l'obtenir que j'ai osé
demander à notre digne président la permission de vous adresser la parole pen-
dant quelques instants.
La contagion de la phthisie pulmonaire a été, dans la première séance du
Congrès, l'objet de quelques indications. A cet égard, je déclare d'abord que je
n'ai jamais été et que je ne suis pas encore pai-tisan de la contagion de la phthisie.
Je ne sais si, par la suite, je serai obligé de changer d'avis; cela tiendra aux
résultats ultérieurs de l'observation et de l'expérimentation. Mais en attendant,
je dois avouer franchement que j'ai connaissance, moi aussi, de plusieurs faits
de nature à démontrer la transmissibilité de la tuberculose pulmonaire entre les
époux, et surtout du mari à la fenune. Je dois encore ajouter que depuis que
mon attention a été éveillée sur ces faits, j'ai eu le soin d'en consigner dans mes
notes clmiques deux très-remarquables et bien observés, que voici.
.Un chef de bataillon, prédisposé par ses formes organiques à la phthisie
pulmonaire, contracta cette maladie à l'âge de trente-cinq ans à peu près. Au
bout de quelque temps, sa femme, qui était sanguine et iMen constituée, devint
malgré cela également phthisique. Les deux époux ont succombé à la même
maladie presque dans le même jour.
Un autre individu, nerveux, délicat, mal conformé aussi, après avoir résisté
pendant de longues années, à force de soins et de précautions, aux ravages de la
tuberculose pulmonaire, y succomba enfin à l'âge de trente-huit ans. Or, cet
individu, un an avant sa mort, eut le regret de voir mourir sa femme d'une
phthisie aiguë, galopante même. Et il est à remarquer que cette fenome était
aussi, comme la précédente, forte et bien conformée.
Ces deux cas ont eu lieu, l'un à Saragosse, l'autre à Madrid.
M. Lombard (de Genève), dont je connais depuis longtemps le nom, et que je
suis bien aise de connaître maintenant en personne, nous a dit que plus un
endroit est élevé au-dessus du niveau de la mer, moins la phthisie y est fré-
quente. 11 nous a dit aussi, ce me semble, que les phthisiques, placés dans
des régions très-hautes, s'y trouvent mieux, qu'ils y respirent mieux. Je me
plais à dire, messieurs, que je suis tout à fait d'accord avec le savant praticien
de Genève. C'est pourquoi j'ai l'habitude d'envoyer mes phthisiques aisés passer
un ou ^eux mois de l'été aux Pyrénées d'Aragon, où ils prennent en même
temps, pendant quinze à trente jours, une eau minérale salino-azotique, dont je
m'occuperai tout à l'heure. Mais je crois que l'avantage pour les phthisiques
de ces régions très-élevées ne tient pas uniquement à la moindre quantité d'oxy-
gène qu'ils y respirent. L'atmosphère y contient aussi moins d'acide carbonique
et d'azote sous un volume d'air donné. Elle est très-légère et comprime le
moins possible les parois thoraciques. Elle n'a pas ou presque pas de poussière,
ni d'effluves, ni de miasmes. Dans l'été, elle n'est pas très-chaude ni très-hunûde.
Or, pour moi, toutes ces conditions atmosphériques, si l'on en excepte peut-être
la diminution de l'azote, sont convenables aux phthisiques.
Du reste, par rapport à la distribution géographique de la phthisie, je puis
ajouter qu'en Espagne, malheureusement, nous voyons des phthisiques en grand
aO TUBEBCULE. — SBCO BAIDOB. i05
nomlire ptrUmt : au centre, à l'orient, an midi, à roccident, au nord. Mais,
du» toutes les pronnces, cette maladie est le fléau des ailles, surtout des
grandes villes, quelles que soient d'ailleurs leurs conditions géographiques. Les
villages, au contraire, en sou£E^nt très-peu.
Vous Toyes, messieurs, que l'Espagne n'a pas le privilège de n'être pas inces-
samment décimée par la phthisie. Mais elle possède, je crois, deux moyens de
traitement démette ailïeuse maladie qui n'ont pas d'égaux, peut-être, dans ou-
eone autre contrée de l'Europe. Le Congrès aura déjà compris que je fais allusion
aux climats et aux sources minérales de mon pays.
En effet, messieurs, je puis assurer au Congrès que ches nous les pbthisiques
se trouvent le mieux possible pendant l'hiver dans le midi, surtout à Bfalaga; en
été aux Pyrénées et dans les provinces cantabriques, et pendant le printemps et
l'automne dans les provinces centrales. Je ne puis pas, dans ce moment, entrer
en détails sur toutes les circonstances avantageuses de ces divers climats. Je
dirai seulement, par rapport à Malaga, que la température atmo^hérique de
cette station hivernale est plus douce et plus uniforme que celle de toutes les
autres stations hivernales de l'Europe; que Blalaga, pendant l'hiver, est plus
chaud que Pau (de 13 degrés centigrades), que Pise (de 8 degrés), que Nice (de
7 degrés), que Rome elle-même (de 6 degrés) ; et que pendant le mois de janvier
sa température répond à celle d'avril à Pise et à Rome, à ceUe de mai à Londres
et à celle de juin à Edimbourg (1). Du reste, pour se faire une idée de cette
température, il suffira de savoir que la garde nationale de Malaga, dans la revue
d'ordonnance du 1*' janvier 1837, s'est présentée en grande tenue d'été, en
foUaionblanc,
Dans les provinces basques et les autres provinces cantabriques, la température
atmosphérique est, en été, on ne peut pas plus douce et plus uniforme; on n'y
éprouve pas de chaleur, pas de froid non plus.
U en est presque de même des provinces centrales au printemps et à l'automne.
Or, ces températures plus ou moins douces et uniformes, agissant sans cesse sur
les pbthisiques pendant toute l'année, ont le grand avantage, entre autres, de
leur permettre presque tous les jours de sortir de chez eux et de faire de l'éxer-
cke en plein air.
Maintenant je vais vous dire, messieurs, deux mots sur les sources minérales
auxquelles je faisais allusion il n'y a qu'un instant.
Xous avons en Espagne des souixes sulfureuses en grand nombre et dans beau-
coup de provinces. 11 y en a qui ne sont pas peut-être moins efficaces dans les
affections de la gorge et de la poitrine que celles d'Eaux-Bonnes, si renommées
en France et en Espagne. Mais ce n'est pas sur les sources sulfureuses que je me
propose de vous donner quelques renseignements, les eaux minérales dont j'ai
à vous parier sont les eaux salino-azotiques de Penticùsa, dans le haut Aragon, et
de Caidoi de CMedo, aux Asturies.
La station thermale de PerUicosa est située dans les Hautes-Pyrénées, à
S500 pieds au-dessus du niveau de la mer, quatre lieues au delà de Cauterets.
Ses eaux salino-asotiques, dont 11 y a deux sources, ont 27 degrés centigrades à
peu près. Elles contiennent beaucoup d'azote et très-peu de sels. Elles sont extrê-
mement diluentes, dissolvantes et sédatives. Tous les médecins de n'impoHe
(1) Tojet l'excellente brochure de M. Hemandei Pogg io, intitolée : La tiêif puimonai eu-
fttdêfùreleambiodeciima, Cadix, 1867.
J
106 CONGBfeS MÉDICAL IlfTBBNàTlONAl. ~ DfiUXlfcMB SÉANCE DE lOUB.
queUe province de l'Espagne les emploient dans la phthisie pulmonaire^ et plu-
sieurs autres affections de la poitrine ou de la gorge. C'est surtout dans rhémo-*
ptysie qu'elles jouissent d'une grande TOgue, malgi*ë tout ce qu'on a écrit sur le
danger pour les hémoptysiques de l'air des hautes montagnes. Il va sans dire
que les succès qu'on obtient à Penticosa, succès en vertu desquels l'afflueftice des
malades à cette station thermale augmente de plus en plus^ tiennent en grande
partie à sa position topographique> à ses conditions atmosphériques. Cela est Id
vrai^ que beaucoup de malades commencent à éprouver moins d'oppression> moins
de gêne dans leur respiration, avant même d'arriver à Peiiticosa, et lorsqu'Us sont
encore & 6, %, 10 kilomètres de la station thermale, c'est-à-dire de l'endroit
situé à 8500 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Aui Afturies, province cantabriqUe dont la capitale est Oviedo, il y a ime autre
station thermale (Caldas de Oviedo), qui, depuis quelques années> est presque
devenue une seconde Penticosa, au moins pour certaines provinces. Ses eaux
minérales sont, en effet, salino-azotiqucs et tièdes, comme celles du haut Ara*
gon, mais moins asotiques. La mer n'est pas très-loin de Caldas de Oviedo)
ce qui veut dire que cette station thermale n'est pas, à beaucoup près, à la hau-
teur de celle de Penticôsa.
A propos du traitement de la phthisie pulmcmaire, qui doit être en gi*ande
partie hygiénique, Je pourrais encore ajouter que pour faire la ctire de raisbis,
si en vogue en Allemagne, il y a aussi en Espagne un grand nombre de localités
magnifiques.
Si j'avais le temps, il me serâit facile d'apporter plusieurs faits ti*ès-remarqua-
blés, très-concluants, même pour les plus sévères, à l'appui de tout ce que j'ai eu
l'honneur de vous indiquer .sur l'excellence des climats et des sources minérales
salino-azotiques de mon pays dans les maladies de la gorge et de la poitrine. Je pour-
rais vous rapporter plusieurs cas de tuberculose pulmonaire dans lesquels j'ai
obtenu une guérison pai^faite et permanente, que j'attribue principalement au
climat de Malaga et à l'atmosphère et aux eaux de Penticosa. Le sujet d'un de ces
cas de guérison a été présenté par moi à l'Académie royale de médecine de
Madrid, dans une séance du mois d'octobre 18Q&.
Mais je ne veux pas abuser davantage de votre indulgence ; je finis donc en
vous reinerciant très-sincèrement de Tobligeante attention que vous aveE eu la
bonté de prêter à mes paroles.
H. Bertet (Cercoux). — Je divise le traitement de la phthisie pulmonaire en
trois parties correspondant aux trois périodes de la maladie.
1° Contre le début du mal, c'est-à-dire contre la granulation, couche épaisse
de coUodion élastique soigneusement entretenue, et embrassant la base du cou
et toute la poitrine jusqu'aux deux mamelons en avant, et jusqu'à l'angle infé-
rieur de l'omoplate en arrière. Ce moyen, qui n'exclut pas la flanelle, est très-
propre à empêcher les granulations de se développer, et peut même leur faire
subir la transformation régressive, en les desséchant, en les durcissant, en les
rendant crétacées et en leur permettant de s'enkyster. Pour favoriser cet heureux
résultat, éviter tous les excitants de tous les genres, surveiller le régime ; ne per-
mettre que des hydrocarbures et des fibio-plastiques non encore développés;
prescrire comme remèdes, s'ils sont indispensables, les adoucissants et les narco-
tiques.
Cette première période se reconnaît, se dewne à ces signes : toux sèche et
Dû TUKBOnUt — BBRTBT. 407
qnintense sorrenue à la suite d'un excès ou d'une imprudence^ respiration rude
itt niTeau des dépôts de matière lidtëromorphe ). thorax peu dâveloppé^ deUK pro*
mières côtes courtes^ ainsi que la clayiculé^ qui n'a pas une courbure suffisante^
Contre le second degrés qui est oaraetérisé par les antécédents dans lesquels
entrent les signes du premier degré» par de la toux plus intense et plus fi^quente»
et plus grasse, par des craquements, de la matité et des râles sur les oonftns de
edle-ci, par la sueur nocturne et une diminution des forces> etc., etCi^ le ooUo-
dion au cou, sur les points les moins malades, en en dépasiant T étendue sur
ceux qui déjà sont ramollis ou ont de la tendance à le faire» teinture d'iodë au
badigeon; à Tintérieur, huile de fbie de morue, acide arsénleut : ce dernier seU"
lementf quand il y a excitation de la circulation» que le pouls est dur et vif et les
bruits du cœur tumultueux et surtout retentissante et s'entendant au loin« Le
régime ici doit être aussi varié que possible. Ce qui est à redouter, c'est que le
makde cesse de manger; il fkut donc lui permettre de tout indistinctement;
mais il est bon d'insister sur l'usage du lait salé. Tout oe qui précède sera puis*-
sanunent aidé par l'exercice» qui devra être proportionné aux ibrces» à la présence
ou à l'absence de la fièvre ; les voyages ainsi que les eaux minérales conviennent
id, mieux que plus tôt et surtout que plus tard.
Tnisiéme degré* -~ Ici je sens le besoin d'ouvrir une parenthèse, parce qtle je
m'attends k ce qu'on me dira i Mais ce que vous proposes est tout simplement
impossible. Aujourd'hui peut-être, mais demain» qu'en sait-On?
Je n'imiterai pas l'illustre président dii Gongr6S> je ne dirai pas que le mot
impossible» non-seulement n'est pas françaisi mais encore qu'il doit être rayé du
dictionnaire de tous les peuples civilisés. Je me contenterai de rappeler qu'avant
Gensoul l'enlèvement du maxillaire supérieur était impossible | qu'avant Laennec
le diagnostic des lésions dès organes contenus dans la poitrine était impossible»
puisque Corvisart» son maître, n'y avait jamais même appliqué l'oreille, mais se
contentait d'y apposer la main* Encore n'estn^e point LAcnnec qui a inventé
ransctiltation» mais Buisson, qui la définissait « l'attention présente dans l'audi-
tion % . Mais l'étemelle gloire de Laennec consiste à avoir rendu pratique ce
moyen de diagnostic par excellence. La désarticulation de la cuisse, impossible ;
l'opération césarienne, impossible; l'ovariotomie, impossible; la lithotritic, im-
possible; la transfusion du sang» impossible; la laryngoscopie» impossible; l'oph-
thalmoscopie» impossible ; l'enlèvement des polypes naso-pharyngiens avant les
grandes ouvertures préalables de la face» impossible; la vapeur» impossible;
l'électricité télégraphique» impossible. Mais je n'en finirais pas si je voulais rele-
Ter toutes les impossibilités de la veille qui sont devenues des réalités du len-
demain. Je puis ici fermer cette parenthèse suffisanuoient longue pour légitimer
la témérité apparente que je vais commettre» et passer immédiatement à l'énoncé
decelle-^i.
Je propose donc» quand ce troisième degré est parfaitement caractérisé» et que
la science ordinaire est à bout de ressources^ l'ouverture large et étendue de la
poitrine.
N'a^-on pas déjà proposé d'introduire une sonde dans les cavernes» de les
^der au moyen d'une pompe» et d'y introduire des modificateurs.
Ce que je propose me semble moins difficile à exécuter et plus inoCTensif.
Qu'est-ce qui, dans cette occurrence, rendrait l'ouverture de la poitrine dangc^
fcase? La pression atmosphérique, qui viendrait affaisser le poumon» gêner la
respiration^ ralentir et peut-être même faire cesser les mouvements du cœur.
108 CONGRÈS MÊDICUL IMTEBNATIONAL. — DEUXIfeMB SÉANCE DE lOUR.
Mais ici, précisément, cette pression n'est pas à redouter, puisque le poumon
est intimement uni au thorax, et que la cavité de celui-ci a disparu, au moins
en grande partie, et souvent tout à fait.
Rien de plus simple alors et rien de moins dangereux qu'une pareille opéra-
tion. L'important, dans cette affaire, est de ne pas agir trop haut, et de s'éloigner
suffisamment des gros vaisseaux axillaires.
Que peut-on risquer, du reste, à tenter ce moyen extrême, ici oii tout, jusqu'à
ce jour, a échoué?
Je dis, moi, que si l'on sait reconnaître avec exactitude les indications, ce qui
est facile par la percussion et l'auscultation, non-seulement on n'a rien à risquer,
mais encore que l'on doit réussir un certain nombre de fois. Et, ne serait-ce
qu'une fois sur dix, ce serait encore suffisant, puisque tous les sujets meurent.
La poitrine ouverte, et je laisse de côté le modtis fadendi, il faut panser la
plaie du poumon, après l'avoir vidée et lavée, comme on panserait une autre
plaie d'un autre organe, selon les indications. Je propose la teinture d'iode, la
glycérine, l'acide phénique, et une foule d'autres substances que l'on pourrait
indiquer dès à présent, mais que l'expérience ne manquera pas de préciser.
Je dois faire remarquer que la condition d'une seule caverne, circonstance qui
n'est paa très-rare, ainsi que celle d'un seul poumon malade, ce qui est encore
plus conmiun, sont des conditions sinon indispensables à l'emploi de ce que je
propose, du moins des conditions très-favorables à la réussite.
C'est, guidé par l'analogie et par quelques faits de guérison exceptionnels, que
j'en suis arrivé à ce résultat de proposer des moyens en dehors de la route battue
contre cette maladie que rien ne guérit.
Je me contente de dire que, sous l'influence du mercure, j'ai vu guérir la
phthisie,! lorsqu'elle était due à la syphilis; que, sous l'influence de l'acide arsé-
nieux employé dans les circonstances spécifiées plus haut, j'ai vu des améliora-
tions telles survenir, qu'on aurait presque pu les prendre pour des guérisons;
que, sous l'influence de la teinture d'iode iiyectée dans la poitrine, dans l'hydro-
pneumothorax, j'ai vu les symptômes s'améliorer au point de me laisser croire
à la guérison, et cependant l'emploi était vicieux.
(Cracovie). — Vous me pardonnerez, messieurs, si d'origine
polonaise, mes expressions ne sont pas correctes. Je tâcherai cependant d'oppo-
ser à cette inexactitude une expérience de trente ans. J'habite la Volhynie,
un pays deVontrastes, mais c'est justement le contraste qui joue le plus grand
rôle dans la recherche de la vérité. Le climat de mon séjour est modéré,
le sol fertile, l'air pur, l'eau délicieuse, la position très-saine. Malgré ces con-
ditions si favorables pour la santé des habitants, vous trouvei*ez chez les villa-
geois et les juifs qui constituent la grande majorité de la population, un état de
santé tout à fait opposé. Les villageois sont, presque sans exception, sains, ro-
bustes. Ils ne sont sujets qu'à des maladies inflammatoires, et principalement à
des affections rhumatismales. Les juifs, en revanche, remplissent totalement le
cadre des affections scrofuleuses, et présentent, dans la génération actuelle, une
si grande quantité de phthisies, particulièrement chez les hommes et surtout
chez les jeunes gens âgés de dix-neuf à vingt ans, que si les circonstances ne
changent pas, on peut avec raison prédire l'extinction de cette race dans ces con-
trées dans deux ou trois générations.
Qu'est-ce qui peut influencer ce contraste? Ce n'est que la nourriture. Un juif
DU TUBERCULE. — DROPST. 100
de ces contrées^ n'appartenant nullement à la haute classe, ne mange pres-
que rien. 11 y en a* qui ne dépensent que deux sous par jour. Vous admet-
tra aussi, messieurs, qu'avec une pareille somme de subsistance > la viande
et toate autre nourriture substantieUe est pour eux un fruit défendu, et, en
tout cas, une exception des exceptions. Le juif présente aussi, dans ces contrées,
le type d'une végétation arrêtée. Maigre, exténué, pâle, vous croyez tou-
jours voir le Juif errant devant vous. Vous trouvez aussi, chez la plupart, à
l'état soi-disant normal, les empreintes d'une dissolution du sang, la mala-
die de Werihof, et une éruption à l'état chronique , que vous ne rencontrez
ici que dans des maladies aiguës , dans la ûèvre typhoïde. Outre l'alimentation
insuffisante, c'est aussi le mariage contracté à l'âge de seize à dix-huit ans chez
l'homme, qui épuise les forces, et qui est une cause de cette dépravation de la
nutrition.
Ces circonstances nous mènent à des conclusions de la plus haute importance.
Ce n'est pasle climat, ni la localité qui présente le même air, la même eau, la même
position géographique pour l'ime et pour l'autre catégorie des habitants, mais le
manque d'alimentation substantielle, et l'épuisement des forces vitales par un
mariage précoce, qui sont la base de la tuberculose et de la scrofule. C'est aussi
une preuve que ce n'est que l'hygiène, comme on l'a dit ici, qui doit jouer le
plus grand rôle dans le traitement de la phthisie. Tout ce qui est en état de
hausser les fonctions reproductives, sans exiger cependant de l'organisme un
traTail qui n'est pas à la portée de ses forces, à quoi il faut toujours songer, ali-
ments ou médicaments conirenables seront à leur place. Tous les médicaments,
comme l'iode, le fer, le soufre, qui ne contribuent que par exception à hausser
le procès nutritif, sont en général déplacés. Ne portez cependant pas un ana-
thème complet contre ces médicaments. Si vous trouvez qu'une dose minime
d'iode, de fer, de soufre, administrée au début de la maladie, augmente l'ap-
pëtit détérioré du malade, ce qui arrive parfois, vous aurez le droit d'appliquer
ces médicaments de temps en temps et avec une grande précaution.
Quant à Fail, dont il a été question ici, je ne peux nullement l'approuver
comme remède antiphthisique. L'unique alimentation des juifs de la contrée
mentionnée consiste en pain et en ail. Us ne consomment pas l'ail deux ou trois fois
par jour, ils le mangent depuis le matin jusqu'au soir. L'ail, à cause de son ftcreté,
peut augmenter l'appétit du malade, mais il ne le préserve aucunement de la
mort ; ce que ma démonstration antérieure prouve suffisamment.
ie veux encore vous communiquer, messiem^, en deux mots, la médication
que j'ai trouvée la plus favorable, outre l'hygiène, dans le traitement de la phthi"*
sie. J'ai vu un succès incontestable par l'usage des bains de petit-lait, qui sont
pratiqués dans les contrées où l'on fabrique des fromages de brebis. On trouve ced
étahliasements dans les montagnes de la Gallicie autrichienne, en Hongrie, dans
la Bessarabie. Ces bains et l'air des montagnes font des miracles.
J'ai aussi administré, avec un effet plus ou moins favorable, l'hypophosphite de
chaux, maiis à grandes doses, par 15 grains, quatre fois par jour.
Je veux enfin, messieurs et honorés confrères, diriger votre attention sur
Yusage de l'électrisation généralisée, qui est une médication du premier ordre
dans cette aiflreuse maladie.
n faut dans ce but appliquer l'électricité positive aux mains et aux pieds du
nulade et l'électricité négative au sommet de la tête et au creux de l'estomac,
VûAe des condactenra convenables» Votre appareil à pôles distincts, invariables^
140 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. ~ DEUXIÈME SÉANCE DE JOUE.
ne doit] produire de rélectricitë que d'une force minime^ pour ne pas irriter le
malade. Ëlectriseï de cette simple manière votre malade atteint de phthisie pen*
dantun temps convenable^ ne' craignes ni l'hémoptysie^ ni la toux la plus re-
beUe^ ni la fièvre, et vous verrez l'eiTet plutôt que vous ne le pourries croire.
Ce serait ridicule et plus que ridicule, ce serait inconvenant de vanter une
médication dans cette honorable réunion des conft'ères de toute l'Europe^ je veux
dire du monde entier^ sans avoir la persuasion intime de son efficacité. Je vous
la conseille donc conseletioieusement.
'^-w^F'-'^^mmi^^mrmmmr^^^mir^m
nmcwmmcMwm
STATMVIfllJES 8IJ1I liil PHTHISIB PUIiMOIVAlIRI:
CONSIDÉRÉS COllilE C^VSK DE BÉClfeS
DAIVS MiJk Yllil4i; RE BORPEAlVJ!K.
PAR H. I.E POGTBUA MARMISflB, M BOEBEAUX (1).
La première question du programme proposé par le Congrès médical inter-
national de 1867 se dédouble d'une manièi'e tout à fait ùanchéo. Une partie
regarde l'anatomie et la physiologie du tubercule* L'autre partie soulève le
problème de la tubcrculisation dans les diiïérents pays^ et de son influence sur la
mortalité générale. Cette dernière partie est encore eU^-mêine con^plexei car la
tuberculifiation peut envahir plusieurs {appareils anatomiques. •«- Ainsi, l'appareil
cérébral^ ou cérébro-spinal, l'appareil intestinal avec ses aunej^es, l'appareil
osseux, l'appareil glaudulaiie, mais surtout Vappai*ei^ respiiatcnre, ^QUft laÎMoiis
à d'autrçsj plus fayorisés que nqus sous le rapport d^s moyen» d'observer, l'im*
portante tâche de traitei* la, première partie, (Jjuaut k la pecou^Q) ww^ n'en pren-
drons encore qu'un élément, mais pourtant le principal ; celui de la tuber-
çuUsation pulmonaire considérée comme ç^UfQ de déeèp daoi un mQieu
géographique bien circonscrit, celui d'upe ville de i9!ii0Q0 b^UmUt Nous
désirous et uous çspérons même que 4es rechercl|es ^aloguc^^, fcûtes «uf 4ifie^
P'ents points, dans d'autres ^v^dçs yïH^h pourront surgû'j et que <ift leur raf^
prochcmeut U jaillira quelque vive lumière sm* un des plus pbsçu^ ^i des
plus^désastreux fléaux morbide^ qui ailUgent l'humanité.
Les auteurs du programme ont accpmpagué l'énoncé de la» quenUoil 4e eom*
mentaires destinés à (guider l'obseryateur : ^ Ou devri^ surtout tàeher do pr^fûser
)» l^s con4iUons étiologiques qui, dan^ le» dii)'érents pay», sopt CQm4dérées
^ comme ayant une iniluence active et prépondérante, L'iimuenee de Vàge,
» du sexe, du climat; celle des races diverses, des habitudes sooialfi, 4e0 )h4$«
(i) Mous remercions l^uteur d^avoir bien vouhi ftdre lui-même un résuoiô de son excellent
tiavûl, qui a dA|à été imprimé in extmMo «pus ferme de bMehure (Paris, 1B6?^ V. Hasson).
STATISTIQW HE U PHTHISIE PULMOCfAlBB. — BIARMISSE. 111
• mis, des aliments, des industries spéciales aux lieux où Tobservation sera
» faite seront donc autant de points particuliers qui devront appeler l'atten-
• tion 11 est tràfrriinportant» et l'on ne saurait trop insister sur ce point, que
» les documents mis en œuvre^ pour étudier ces diverses questions^ soient aussi
I exacts que possible. On devra donc soumettre tous les renseignements^ même
» et peuWêtre surtout les statistiques administratives, à un contrôle rigoureux,
« aTant de les accepter à titre de matériaux d'une valeur positive. »
NATURE ET APPRÉOATION DES DOCUMENTS.
Les lignes qui précèdent nous font une obligation de nous étendre un peu sur
l'origine et la qualité des documents qui ont servi de base à notre travail. Dans une
Tille ricbement pourvue d'bospices et d'hôpitaux, et où la constatation des décès est
eoovenablament organisée, il est impossible que l'enquêto des décès phthisiqnes
Besoit pas à la fois complète et exacte. Or> c'est au milieu de ces excellentes
conditions que nos matériaux ont été recueillis. Au bureau de l'état civil de la
nile de Bordeaux^ aucun acte mortuaire n'est dressé sans la présentation d'un
bulletin médical qui contient la date exacte du décès, les nom et prénoms, pro-
fession et étatjcivil^ lieu de naissance et âge du décédé, avec la mention aussi
exacte que possible de la cause présumée de la mort. Les M29 bulletins mor-
tuaires rangés sous la rubrique de la phthisie pulmonaire ont été pris dans une
Qtttte de 36 000 environ j Us ont été dépouillés par nou8«mâme avec un soin
tout spécial, et ils peuvent être classés en deux groupes quant à leur origine. Les
ODS, au nombre de 1518, se rapportent à des décès phtbisiques survenus dans
ks divers hospices ou hôpitaux de notre ville (1), Ces bulletins sont arrivés à
l'état civil, signés par les médecins chefs de service; ils proviennent donc d'une
source qui satisfait à toutes les exigences d'une bonne statistique médicale. Four
l'autre groufie, eelui de» déeès phthiaiques survenus en ville et à domicile, nous
osons réclamer une sympathie scientifique tout aussi fondée* En effet, il est facile
de prouver que, dans l'immense majorité des cas, un décès phthisique ne peut
guère échapper à l'investigation du. médecin vérificateur qui veut consciencieu-
Kment remplir son mandat, aussi bien sous le rapport scientifique que sous le
rapport administratif. Les difficultés du diagnostic ne sont presque pas plus
grandes pour lui que pour le médecin traitant appelé le dernier auprès du
phthisique.
D est très-^xaet d'objecter qu*au début 11 peut être quelquefois difficile de
liagnestiqner une phthisie pulmonaire. Mais dans la période ultime de la ma-
héie, et après le décès même, il en est bien autrement. L'aspect presque carac-
téfistiqne du cadavre, les renseignements fréquemment obtenus sur les antëcé-
ients héréditaires, la déclaration nettement et toujours identiquement formulée
parles divers médecins qui ont été consultés surtout dans les derniers temps do
la maladie, l'énumération de ses symptômes essentiels^ l'historique des divers
traitements employés, ne voilà-t*il pas un ensemble de données qui suffisent
(i) H^j^ital Saint-André^ hdpttal militaire, hospice des EniÎRnta trouvés etaasistés, hoqiice
^ la Maternité^ hospice des vieillards et des incurables, hospice des vénériens, hoapice dof
^^èoèu^ hospice du DépOt de mendicité, hospice lihre des Petites-Sœurs^ hospice Uhre 4v
1«oda, asile des sonrdes-moettes.
112 CONGBkS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
amplement au médecin vérificateur pour connaître le diagnostic des médecins
traitants^ et pour le formuler dans son rapport administratif?
Une expérience personnelle de plusieurs années nous permet d'affirmer qu'un
décès par phthisie tuberculeuse, soit laryngée, soit pulmonaire, étant donné, il
est rare qu'un médecin yérificateur des décès ne puisse anÎTer à la connaissance
de la cause mortuaire avec les moyens d'investigation que nous venons d'énu-
mérer.
Aussi l'absence d'un renseignement toiyours venu directement d'un médecin
traitant n'ôte pas à nos matériaux les qualités scientifiques que nous leur
donnons.
Nous repoussons donc comme un véritable préjugé, ^vec M. Marc d'Espine,
l'opinion de certains confrères qui ne voudraient pas admettre chez un médecin
vérificateur une aptitude suffisante pour reconnaître beaucoup de causes mor-
tuaires, s'il n'a pas de renseignements venus d'un médecin traitant.
Une preuve indirecte de la bonté de nos matériaux, c'est l'estime qu'en a
faite M. le docteur Bertillon dans plusieurs circonstances, alors que nous n'avions
publié qu'un tiers de ce travail. Dans ses Études statistiques de géographie pathoU}-
gique, il fait à nos matériaux l'honneur de les grouper parmi ceux qui lui parais-
saient les seuls dignes de confiance, soit pour leur origine, soit pour leur dé-
pouillement.
Pour terminer ce qui regarde l'examen critique de nos documents, nous
dirons encore qu'ils appartiennent à deux périodes distinctes, relativement à
notre statistique locale. Un groupe de nos bulletins mortuaires a été recueilli
avant l'annexion, qui a agrandi subitement la population bordelaise de 8000 à
9000 habitants.
De plus, nous ajouterons que le service de la constatation médicale des décès
en ville est laite par trois docteurs médecins, dont le traitement fixe est de
2600 francs par an.
Maintenant que nous nous sommes suffisamment expliqué sur la valeur de nos
documents, nous allons les étudier analytiquement.
10 000 habitants de Bordeaux fournissent annuellement en décès phthisi-
ques 30,56, et 1000 décès généraux comprennent 13& décès phthisiques.
D'après la remarque de l'auteur, remarque qu'il attribue d'ailleurs avec raison
à M. le docteur Bertillon, le premier de ces rapports désigne seul le degré de
prédisposition phthisique d'une population. Le second rapport, c'est-à-dire le
rapport des décès phthisiques aux décès généraux, n'indique que le risque couru
par un décès d'être attribué à la phthisie pulmonaire. En effet, que la fièvre
typhoïde cesse ses ravages dans une année, ou toute autre cause fréquente de
mort, aussitôt le rapport des décès phthisiques aux décès généraux deviendra
plus fort; qu'une épidémie meurtrière apparaisse, comme le choléra, la variole,
aussitôt ce même rapport diminuera. Le rapport des décès phthisiques aux vivants
restera le même dans les deux hypothèses.
M. le docteur Bertillon a prouvé que pour diverses contrées, le rapport des
décès phthisiques aux vivants oscillait entre U9 et 25 pour 10 000 habitants ; que
je rapport des décès phthisiques aux décès généraux dans ces mêmes contrées
MABUISSE. — STATJSTtOUE DE LA PHTHtSIE PULMONAIRE. 115
passait de 214 à 116. On voit donc que la population bordelaise n'est pas trop
maltraitée par rendémie tuberculeuse.
Cest entre 20 et 25 ans que se trouve le maximum de prédisposition phthi-
sique pour la cité bordelaise, comme d'ailleurs pour les autres grands centres.
Mab ce maximum se précise par le rapport de Uk décès pour 10 000 individus de
c«tâge. Puis viennent les séries de 30 à 35 ans (43 décès), 25 à 30 (41 décès),
35 à kÙ (36 décès), 15 à«0 (33 décès).
Le minimum de prédisposition est entre 5 et 10 ans (8 décès); puis viennent
les séries q>rè8 70 ans (15 décès), 10 et 15 (18 décès)^ 0 et 5 (22 décès).
Le risque pour un décès d*être phthisique est à son suprême degré entre 25
et 30 ans : 448 décès phthisiques pour 1000 décès généraux. Puis [viennent
les séries de 20 à 25 ans (437 décès phthisiques), de 15 à 20 (400 décès), 30 à
35 (379 décès), 35 à 40 (350 décès).
Le minimum du risque phthisique est entre 0 et 5 ans : 9 décès phthisiques
pour 1000 décès généraux. Puis viennent les séries après 70 ans (24 décès phthi->
âqaes), entre 65 et 70 (29 décès), 60 et 65 (47 décès).
Pour le sexe masculin, le maximum de prédisposition phthisique est encore de
20 à 25 ans : 50 décès phthisiques pour 10 000 individus de cet âge. Puis viennent
les séries masculines de 25 à 30 (47 décès phthisiques), de 30 à 35 (42 décès),
SOàSS (37 décès).
Pour le même sexe/ le minimum de ce risque est après 70 ans: 13 décès
phlhisiques pour 1000 décès généraux. Puis viennent les séries entre 0 et 5 ans
;23 décès), 65 et 70 (31 décès).
Le maximum de prédisposition phthisique pour le sexe féminin est entre 30 et
35 ans : 44 décès pour 10 000 individus du même âge. Puis viennent les séries
35 et &0 ans (43 décès), 20 et 25 (40 décès), 25 et 30 (38 décès).
Le maximum du risque phthisique pour le même sexe est entre 25 et 30 ans :
500 décès phthisiques pour 1000 décès généraux. Puis viennent les séries 15 et
20 ans (&53 décès), 20 et 25 (436 décès), 35 et 40 (388 décès).
Le minimum de ce même risque est encore après 70 ans : 6 décès phthisiques
pour 1000 décès généraux. Puis viennent les séries 65 et 70 (25 décès), 0 et 5
:26 décès), 60 et 65 (37 décès).
Ces divers rapports indiquent l'influence de l'âge d'abord seul^ puis de l'âge
combiné au sexe. On voit que le maximum de prédisposition phthisique est bien
<liirérent suivant le sexe.
Le célibat et l'état matrimonial, par les conditions hygiéniques de diverse
i^^ture où ils mettent un individu,' lui sont-ils utiles ou nuisibles relativement à la
phthisie?
Voici la réponse d après les résultats obtenus par l'auteur du Mémoire :
Toute femme menacée de phthisie, soit par quelques-uns de ses symptômes
précurseurs, soit par des antécédents héréditaires, doit voir dans le mariage un
<^ger pour elle, car 10 OOO femmes en état matrimonial (mariées ou veuves
<^tre 20 et 40 ans) donnent par an 42 à 43 décès phthisiques, tandis que l'autre
?"«pen'en donne que 35 à 37.
Le résultat inverse est trouvé pour les hommes mariés ou veufs (entre 20 et
^Oans,. 10 000 fournissent 28 à 29 décès, et 10 000 célibataires, 42 à 43.
li faut remarquer que la prédisposition phthisique étant beaucoup plus précoce
chez les hommes que chez les femmes, l'existence de la phthisie conârmée doit
^ttûumer du mariage beaucoup plus d'hommes que de femmes, et que par suite
8
il& CONGRES MÉDICAL INT£RNATtONAL. ^ DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR,
le groupe célibataire des hommes doit fournir plus de phthisiques que le même
groupe de femmes, sans que le célibat y soit pour une action quelconque directe.
Pour l'influence des mois et des saisons, Tauteur a constaté que les mois et les
saisons les plus chargés en décès généraux ne sont pas les plus chargés en décès
phthisiques; que, pai* suite, les causes qui influencent la mortalité générale n'ont
pas la même action sur la mortalité phthisique.
A Bordeaux^ cette dernière mortalité est à son maxipum en avril et en man,
et à son minimum en août et en juin.
Pour étudier l'influence si complexe des professions^ il fallait à l'auteur des
documents statistiques qu'il signale et qu'il regrette de n'avoir pas pu se pro-
curer; mais ils n'existent pas, grâce à la manière confuse et incomplète dont se
font nos recensements pompeusement appelés officiels, mais très-peu scientifi-
quement organisés.
Néanmoins, avec les documents que l'auteur avait à sa disposition, il est arrivé
à quelques conclusions très-utiles à connaître pour l'hygiène professionnelle.
At^t46 'pkthUiqw professionnel pour 1000 décès généraux.
3,&0 : professions libérales;
/i,10 : rentiers, propriétaires;
6,30 : professeurs, instituteurs ; ,
6,50 : bouchers, charcutiers ;
7,39 : ouvriers agricoles;
10,90 : ecclésiastiques;
12,80 : gros marchands, industriels;
1^,20 : professions maritimes;
14,40 : charpentiers;
17,40 : tailleurs d'habits;
18,10 : ouvriers à bâtisse : maçons, etc. ;
18,30 : femmes à gages ;
18,50 : professions masculines purement matérielles ; portefaix^ etc. ;
21,60 : commis, employés;
21,10 : boulangers, pâtissiers, cuisiniers;
22,50 : douaniers, octroiens ;
21,10 : cordonniers;
20,70 : militaires;
20,40 : tonneliers;
24,00 : scieurs de long et de bois;
27,00 : charbonniers;
27,30 : hommes à gages : domestiques;
28,90 : peintres ;
27,20 : ouvriers en contact avec les métaux, le feu, la vapeur;
30,40 : couturières, lingèrcs, etc. ;
35,00 : lisseuses;
35,50 : menuisiers, ébénistes, tourneurs, etc. ;
40,00 : coiffeurs;
42,50 : graveurs, horlogers.
Le séjour dans un des nombreux établissements hospitaliers publics ou priTcs
de la ville, et rinscriptioti sur le registre de son bureau de bienflaisance qui corn*
SABBAMÉA.— JI|FtDB«CE DU TUBERCULE SUR LA MORTALITÉ GÉNÉRALE. 115
prend «imueUeinent plus de 12 000 individus, ont servi à M. Marmisse pour
établir une catégorie bien exacte des décès indigent», tant généraux que phthi-
liques. Voici hs$ résultats numériques auxquels U a été amené en étudiant ce
point de vue statistique qui nous paraît tout nouveau, au moins pour la riinieur
de U méthode.
1000 décès généraux donnent 154 k 155 décès officieUement indigents,
dont 132 à 133 dans^les établissements hospitaliers et 22 à 28 dans le bureau de
secours.
1000 décès généraux donnent 55 à 56 décès phthisiques officiellement indi^
gents dont U2 à 43 nosocomiaux et 13 à 14 dans le bmeau de secours.
1000 décès généraux indigents donnent 360 à 361 décès phthisiques, dont
272 nosoconoiaux, 89 dans le bureau.
1000 décès nosocomiaux donnent 315 phthisiques.
Lne catégorie parallèle de décès riches a pu être fiûte au moyen de divers ren-
seignements recueillis sur le buUetm mortuaire porté à l'état civil pour chaque
oeces, et an moyen de la notoriété publique.
1000 décès généraux donnent 63 à 64 décès riches, dont 6 à 7 phthisiques.
1000 décès généraux riches donnent 87 à 88 phthisiques.
Le Mémoire a distribué les décès phthisiques par lieu d'origine suivant les dé-
partements.
Sur 1000 décès phthisiques, Bordeaux n'en peut réclamer que 373, et la Gironde
(Bordeaux noïi compris) 127.
^ ordre d'importance viennent ensuite les départements suivants : Basses-
Pyrénées, Dordogne, Undes, Lotret-Garonne, Hautes-Pyrénées, Corrèze, Cha-
rentfr4nlériemre.
imFiiiJEmcE
PAR M. U DOCTEUR SARRAMÉA (OR BORDEAUX}.
La travail inédit et sucdnct que j'ai Thonneur de présenter à votre majestueuse
«Kxnblée, et pour lequel je réclame votre bienveillante hidulgence, a pour
•njet on point important de la vaste question formulée en tête de votre pro-
grunme, comme Tune des plus dignes des investigations de la science.
En q»portant mon faible tribut à la solution de ce difficile problème, ma
mfiance repose surtout en l'espérance des lumières qui, pour le résoudre, doi-
vent jaillir du faisceau de vos opinions.
Quelle est l'influence de la tuberculisation sur la mortalité générale; quelles
•ont les conditions étiologiques qui, dans les différents pays, sont considérées
comme ayant une influence active et prépondérante sur la production de a
tuberculisation, et quels doivent être les moyens de les combattre ?
Au deux premières questions déjà savamment traitées devant vous je ne
116 CONGRÈS MÉDICAL INTERNA'nONAL. — DEUXIÈME SÊAMGB DE JOUR.
ferai que d'aphoristiques réponses^ me réservant d'appeler spécialement votre
attention sur la troisième, la prophylaxie.
Vous le savez, messieurs, l'influence de la tuberculisation sur la mortalité
générale est effrayante parce que seule elle produit un cinquième du décès (1).
Ce fait désolant est constaté par des statistiques, malheureusement trop vraies,
qui démontrent la trop fréquente inefficacité de notre thérapeutique, malgré ses
ingénieuses et innombrables ressources.
Quelles sont donc les causes tuberculogèncs, et ne serions-nous pas plus puis-
sants pour les détruire que pour en combattre les effets ?
La cause première de la tuberculisation, chez tous les peuples, à tous les âges,
c'est la mauvaise nutrition, par défaut de quantité, de qualité et de continuité
de substances digestibles et respirables, les comestibles et l'air, le manque d'ex-
citation convenable par la lumière et le calorique, les fonctions de la peau, l'héré-
dité, l'influence des professions, celles des mœurs, du climat, des institutions,
de l'ignorance.
Nommer ces causes, les unes génératrices, les autres fautrices de la tubercu-
lose, c'est signaler implicitement les moyens de les annihiler en demandant toutes
ses forces vives à l'hygiène, cette trouvaille importante de la philosophie géné-
rale qui gmde sûrement l'homme, dans la morale, vers la perfectibilité, sa su-
prême loi; magnifique étude des milieux, au sein desquels se meut l'humanité
vivante ; grande et féconde voie ouverte à nos recherches et à nos succès, si nos
conseils sont entendus et suivis.
Malheureusement, vous le savez, messieurs, armés d'une puissance souveraine
et scrupuleusement obéis quand il s'agit de guérir les maladies, nous sonmies
à peine écoutés quand nous parlons de les prévenir; et cependant ce dernier
résultat est plus facile à obtenir que le premier, et il n'est pas moins glorieux
pour notre art.
Quel triomphe, en efTet, messieurs, si nous parvenions à faire disparaître ce
mal terrible qui nous occupe ; mal plus meurtrier que toutes les épidémies, et
qui décime la population en ne choisissant que de jeunes victimes.
Cette victoire sur les causes tuberculogènes peut ôlre obtenue, à la condition
de nous servir continuellement des armes de combat que nous fournit l'hygiène.
Son premier précepte, s'adrcssant aux fonctions respiratoires, veut, pour les
poumons, toujours un air pur et abondant, au contact duquel puissent respirer
les globules veineux, pour s'élaborer et former la chah* coulante.
Tel air, tel sang, telle santé. Insistons donc sur cette circonstance capitale de
la vie humaine, à savoir, que les ti*ois cinquièmes au moins de cette vie s'écoulent
dans les habitations. C'est là que les milieux défavorables ont la plus funeste
influence. Aussi, à ces foyers domestiques trop étroits, trop mal aérés, trop
obscurs, trop humides, naissent et se développent ces maladies, ces diathèses
fatales qui, restant souvent en puissance, impriment aux sujets qui en sont por-
teurs cette physionomie si bien dépeinte par Devay, et éclatent plus tard pour se
terminer d'une façon funeste. C'est là qu'U faut veiller aux conditions d'aération,
suriout pendant le sommeil de la nuit, grand acte répai*ateur durant lequel les
fonctions de la vie de relation étant suspendues, celles de la vie organique
s'exécutent avec une plus grande énergie; l'assimilation et l'absorption sont plus
puissantes et toutes les causes capables de vicier l'hématose plus actives.
(1) 125 décès phtbisiquet sur 596 décès eo 1864 à rbdpiUl Saint-André de Bordeaux.
SABRAMÊA. — INFLUENCE DU TUBERCULE SUK LA MORTALITÉ GÊiNÊRALE. 117
L'absorption de l'air peut ôtre favorisée quelquefois ; et vous savez que la belle
T^ëtalion des lieux bas comparée à celle chétive des hautes montagnes, le malaise
éproof ë à mesure que l'air se raréfie, et le bien-être quand sa pression augmente,
ooodoisîrentPraTas à l'idée du bain d'air comprimé. « Sous son influence, dit cet
•auteur, on a vu toutes les fonctions mieux s'exécuter, l'hématose être plus riche,
le lymphatisme faire place au tempérament sanguin, la constitution se fortifier.
Déjà, messieurs, proclamons-le avec bonheur et reconnaissance : en ce qui
€<mceroe les conditions de saine aération domiciliaire, un grand pas a été fait par
la promulgation de la loi sur les logements insalubres, instituant des commis-
sions et leur donnant pleine autorité pour pénétrer dans les plus humbles habi-
tations et veiller à ce que l'air et la limiière y soient toujours abondants et sains.
Ces premiers avantages seraient augmentés encore si la loi dont je parle était
complétée par l'investiture des commissions, du droit et du devoir de contrôler
les plans de toutes les constructions contraires à l'homme, et de veiller à ce que
toutes elles soient conformes aux prescriptions de l'hygiène.
Ainsi, d'un côté, les anciens vices de construction corrigés; de l'autre, de nou-
veaux ne pouvant se produire, la salubrité des habitations serait à toujours un
immense bienfait acquis, bienfait égal à celui que nous procure chaque jour
l'éditité de nos grandes cités, à l'exemple de celle de notre splendide capitale, tra-
vaillant à leur assainissement, et par conséquent à leur beauté et à leur richesse.
Certes, messieurs, malgré tout ce que peuvent avoir de respectable et d'at-
trayant pour l'artiste et l'archéologue les vieilles rues, les carrefours, les maisons
en ruine au milieu desquelles, ont passé tant de générations, il nous sera permis
de saluer avec enthousiasme ces larges voies, ces vastes habitations, ces prome-
nades où sont réunis à flots abondants et toujoiu^ purs l'air et la lumière, ces
deux grands facteurs de la vie et de la santé.
Je n'ai pas besoin de signaler l'influence dépressive et morbifique de l'obscu-
rité. Funeste aux plantes, elle ne l'est pas moins aux animaux, et vous connaissez
les expériences de M. Coste, faisant mourir de phthisie pulmonaire des chiens en
les emprisonnant dans des caves, privés de lumière et cependant bien nourris et
en liberté.
Que de fois j'ai vu, comme vous avez pu l'observer aussi, de pauvres petits
entants nés avec les apparences de la meUleure constitution, et, par suite de leur
séjour dans des rez-den^haussée obscurs et malsains, devenus pâles, étiolés,
aifectésd'engorgenient lymphatique, d'adénite** ?ârvicales, de kérato-conjonctivite,
tous accidents qui disparaissaient rapidement par le fait de la vie au grand air et
au soleil.
Si, comme je le disais fl y a un instant, la dépression des forces, la lenteur
des actes vitaux prédispose à la tuberculisation, si l'activité des fonctions respi-
ratoires est utile pour lutter contre ces causes, il doit en être de même des
fonctions digestives, qui réclament les toniques et réparateurs aliments de la
calorification et de la force, aptes à développer le tempérament bilieux et
sanguin en opposition avec le lymphatique.
Les corps gras jouent ici un rôle important, et le phosphore a aussi sa valeur.
Vanté conmie agent préventif de la dlathèse tuberculeuse héréditaire à la
dose d'un milligramme par jour, c'est surtout conune nutriment qu'il doit
être administré à l'état de combinaison organique fournie soit par un régime
suté, soit par la viande crue, comme plus facilement assimilable, ainsi que je
l'ai constaté en nuiintes circonstances.
118 CONGBfeS MÉDICAL INTERIfATIOllAL.— DEUXIËMB SÊAfVCE DK lOtS.
La gymnastique, n généralisée de nos jours, a son utilité pour la roboratilon
des muscles respirateurs pour la Jeu lilire et régulier de la cage thoracique.
Davis conseiUe de suspendre par les bras à un trapèse les sujets prédisposés aux
tubercules, et de les amener peu à peu à pratiquer les exercices variés de cet
appareU.
Ce serait, au dire de Fauteur^ un moyen pr^entif et cûratif de laptithistepul-*
monaire; plût à Dieu que l'expérience conflrmAt cette affirmation, et qu'il en fût
de même de Téquitation, dont Sydenham proclamait le pouvoir antituberculeux
en écrivant : « Via me fefelHt unqudm* »
Les respirations forcées conseillées par le professeur Piorry ont leur utilité
comme la déclamation et le cbant. L'illustre Cuvier attribuait au professorat
d'avoir été préservé de la phthisie pulmonaire dont il était menacé dans sa jeu-
nesse.
Je m'arrête un instant^ messieurs^ au rôle physiologique de la peau considérée
avec raison comme une des clefs de la pathologie; immense enveloppe par la*
quelle nous sommeil en contact avec les milieux qui nous entourent; voie par où
se font les grandes crises dans les maladies (Hippocrate)i d'où la haute impor-
tance de maintenir ses fonctions toujours normales et de les activer même
parfois par l'absorption de l'oxygène et l'excrétion des matériaux vieillis et brûlés
dans l'organisme : ici trouvent leur emploi les bains, les frictions, le massage,
l'hydrothérapie^ Télectricité, l'humidité, les vêtements. J'ajoute les climats,
vaste question sur laquelle ont été publiés de nombreux travaux qui manquent
souvent du cachet d'un parfait positivisme et que je n'essayerai pas de traiter en
ce moment. Je dirai seulement qu'au point de vue de la prophylaxie de la tu-
berculisation, les climats les plus convenables sont ceux tempérés et constants,
les côtes maritimes bien abritées et orientées, l'air marin mêlé aux émanations
balsamiques des bois résineux. Cette pensée est depuis longtemps la mienne, et
j'ai essayé d'en démontrer l'importance dans un projet présenté au gouvernement
en 1850, touchant à l'hérédité^ et par conséquent au grand acte vital qui confère
à l'homme la plus sublime des dignités^ celle de la paternité. Je ne puis que
répéter cette vérité ignorée ou si mal comprise de ceux qu'elle intéresse le plus,
à savoiri que la vie des parents se continuant dans leurs produits, les tuberculeux
transmettent à leurs enfants leurs diathëses, alors même qu'elle est acquise.
Cette puissance de transmissibilité est d'autant plus grande^ que k diathèse est
plus ancienne dans la famille; elle peut sommeiller pendant une génération pour
se réveiller dans la suivante. Hérédité en retour, indirecte, toujours impitoyable,
frappant sans distinction d'âge, de rang, de fortune; source fatale qui, pour être
tarie, commande la suppression des alliances consanguines, le croisement des
races pour le renouvellement des germes, l'observance de la loi naturelle des
sympathies entre sujets de caractères opposés; précieux enseignements trop sou-
vent stériles et qui laissent l'homme indifférent pour l'amélioration de son espèce,
alors que dans la culture de ses plantes et de ses animaux^ le choix et le renou-
vellement des semences, le soin de leur germination^ le croisement des races,
lui procurent de si merveilleux résultats.
Sans doute, dans l'acte sérieux de l'association de l'existence, les convenances de
position pécuniaire et sociale ont leurs exigences et doivent être respectées; mais
toi:yoUrs elles doivent être dominées par celles de la santé. Pour être plus hygié-
niques, les unions n'en seront que plus morales.
Greffer des tempéraments forts et vigoureux avec des constitutions fragiles.
SABBAMÊ A. —INFLUENCE DU TUDEBCULB SUR LA MORTALITÉ GÉNÉRALE. 119
amâiorer les sujets débiles en les associant par le maiiage à des sujets cxubé-
nnU de forces, ikToriser ainsi la venue de générations robustes, vierges de tout
germe maladif, est un acte éminemment utile et social qui élève l'homme en lui
donnant des organes plus aptes à exécuter les ordres de la pensée et de la
volonté.
11 en serait ainsi même si l'ignorance en ce qui touche à la santé était moins
grande, si pour combattre les préjugés et le mensonge de faux guérisseurs, le
charlatanisme, l'enseignement populaire de l'hygiène dont jouissent déjà plu-
sieurs villes était généralisé. C'est là le seul moyen de favoriser les alliances
hygiéniques et d'empêcher celles qui n'ont point ce caractère.
Pour atteindre ce but, il est vrai, d'honorables confrères ont suscité des me-
sure$ administratives ; mais de nombreuses difficultés s'opposent à leur adoption,
et le code qui partage si bien l'héritage de la fortune ne pourrait protéger celui
de bi santé sans troubler complètement nos mœurs. C'est la même lacune qui
serait comblée en introduisant dans nos mœurs l'usage de précautions sanitaires
que nous nous empresserons de graver dans nos lois. Pour cela l'instruction est
la seule ressource ; déjà largement distribuée, grâce à une haute impulsion, elle
sera bientôt le baptême général versé sur la tète de tous les peuples, et avec lui
le bien-ètre matériel et moral.
En résumé, messieurs, il existe deux ordres de moyens préventifs contre la
tuberculisation. Les uns généraux, applicables à tous les sujets, et ce sont ceux
sur lesquels j'ai déjà insisté : l'air, la lumière, l'alimentation, l'exercice, les
alliances hygiéniques, Tinstniction. Les autres spéciaux, les climats, les voyages,
l'air marin, les eaux minérales, conditions accessibles seulement à la fortune, et
que nous voudrions voir utiliser en faveur de tous, car la maladie, ce premier
niveau de l'égalité, frappe, commç la mori« à la chaumière et aux palais.
Si l'on me demande actuellement quand devra être mise en œuvre cette pixH
phylaxie, je répondrai que la vie humaine se partageant en périodes d'accroisse^
ment, d'état et de déclin, c'est dans la première surtout que l'hygiène a toute sa
puissance, c'est-à-dire dans la première enfance, l'adolescence et la pubeilé.
Donc, qu'à sa naissance tout enfant soupçonné de quelque prédisposition soit scru-
puleusement examiné, que le médecin s'empare en souverain de l'éducation
de ces jeunes êtres, et alors, mise en œuvre à temps, l'hygiène obtiendra d'im-
menses succès.
Pour moi, messieurs, attaché depuis trente ans au service médical d'établis-
sements d'enfants, parmi lesquels un grand nombre marqués au triste cachet do
ces fices organiques qui se résument en ces trois mots, lymphatisme, scrofules,
tubercules, j'appelle de tous mes vœux des asUes où seraient mis en œuvre sur une
nste échelle les grands moyens prophylactiques proclamés par la science, et dont
ooeexpénence personnelle m'adéjàdémontré en bien des circonstances la puissante
efficacité (1). Je voudrais qu'à l'exemple de ces oiseaux migrateurs qui, chaque
snnée, quittent les mauvais climats pour aller se fixer vers do meilleurs, je
voudrais, dis-je, que ces jeunes rejetons débiles de notre race fussent transplan-
tés sur des terres salubres aptes à les régénérer.
Nombreux sont les bâtiments destinés à l'acclimatation et au perfectionnement
(i) Fondation, sur les bords dn bassin d'Arcachon, d'une colonie corrective spécialement
<leiUoéeain jeunes détenues lymphatiques, scrofuleuses ou tuberculeuses. — Projet présenté
an fonvernement en 1950 par le docteur Sarraméa.
120 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL --DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
d'animaux et de plantes agréables et atiles ! Que des asiles semblables s'ouvrent
pour l'espèce humaine ; que sur les bords de la mer, en des sites convenables,
s'élèvent pour les enfants scrofulo-tuberculeux des établissements où soient vic-
torieusement combattues leurs mauvaises dispositions, par la respiration d'un air
pur et balsamique, l'exposition à la lumière et aux rayons du soleil, des aliments
abondants et appropriés aux constitutions, des couches sur des lits formés de
plantes aromatiques ou d'algues marines, l'eau de mer quelquefois en boisson,
les bains à des températures convenables, salés ou chargés au besoin de prin-
cipes résineux et médicamenteux, la récréation, les travaux agricoles et fores-
tiers, l'exercice sur la plage et sur l'eau, le balancement du coi-ps par les flots
dans les moments de houle, la gymnastique nécessitée par les manœuvres des
marhis et la natation, enfin quelquefois les voyages sur l'Océan.
Ainsi munis de ces forces préventives et médicatrices, telles que nous en
fournissent les rives du bassin d'Arcachon, ces établissements seraient de véri-
tables et vastes cliniques d'hygiène où pourraient être vérifiés et contrôlés les
résultats obtenus.
Arrachant à la souffrance et à la mort de nombreuses victimes, ils en feraient
des hommes utiles et pour la société et pour l'Etat.
Destinées d'abord aux enfants secourus par l'assistance publique, ces maisons
en verraient bientôt de semblables s'élever pom* ceux que la fortune ne garantit
pas de ces déplorables prédispositions, et bientôt l'hygiène publique inscrirait
dans ses annales une nouvelle conquête.
Déjà, je me hâte de le dire, la pensée qui inspira mon projet en 1850 a été
réalisée depuis 1860 par l'Administration de l'assistance publique de Paris, qui a
fondé pour les enfants strumeux de la capitale un établissement sur la plage de
Berg, aux bords de l'Océan. Je serais heureux d'apprendre de quelques-uns de
nos confrères les résultats obtenus. Certainement ils doivent être satisfaisants, si
j'en juge par ceux dont j'ai été témoin convaincu dans des maisons d'éducation
établies sur les bords du bassin d'Arcachon, où des tempéraments lymphatiques
ont été complètement ti'ansformés, des tuberculisaiions enrayées même chez des
siyets héréditairement atteints.
Que chaque ville, chaque contrée possèdent donc leur institut hygiénique.
Réaliser cette pensée serait accomplir un immense progrès^^ intéressant dans ce
qu'elles ont de plus cher toutes les classes de la société, en commençant par les
plus malheureuses, et devant diminuer le chiffre de la mortalité, qui emporte
celui de la population. Il vous appartient d'élever la voix pour atteindre ce but.
Tel est le vœu que j'exprimai au Congrès scientifique de France en 1861, et
au Congrès médical de Bordeaux en 1865, qui ont bien voulu l'accueillir favora-
blement. Je le renouvelle aujourd'hui devant vous en sollicitant votre puissant
appui dans ces solennelles assises où, venus de toutes les parties du monde, tous
animés du même amour pour le progrès au profit de nos semblables, tous unis
par une indissoluble fraternité, nous travaillons à reculer les fh)ntières de la
science pour reculer celles de la vie.
DIXERSFEBGER. — TUBERGCLOSE PULMONAIRE EN BAVltRB. 121
BB MiA TVBBRCVIiOSB PUIillOIVAlBB BM BAVIArB.
PAB M. LB DOCTEUR ULLERSFERGEB (DE MUNICH).
Les tubercules prëdominent dans les maladies à l'âge de 20 à 30 ans; ils prë-
doDiinent encore dans les maladies à Tâge de 30 à ^0 ans^ et la même préva-
lence est encore visible dans les maladies de l'âge de UO à 50 ans.
Le plus grand nombre de yictimes succombent aux phthisies pulmonaires
efatre 20 et &0 ans.
Les mois plus dangereux et funestes sont les mois de mars, d'avril et de
mai; comme les plus bénins^ les mois de novembre^ d'octobre et de décembre
1826-1859).
On peut prononcer avec certitude que, daiis les petites villes et à la campagne,
la morbilité et la mortalité sont inférieures, les nocuités étiologiques y étant
DMMns fréquentes, moins intenses, moins complexes et moins durables que dans
la capitale et dans les grandes villes.
Dans les prisons publiques, la tuberculose, les hydroses et Thydrémie préva-
lent parmi les deux sexes et ont la majorité des décès. (Nous trouvons dans nos
papiers, qui avaient été destinés à un autre travail, les notices suivantes : Dans
la maison de force à Munich, il y avait en 1852-53 en tout 851 prisonniers avec
on état annuel de 70& malades et 86 décès, dont 23 à la suite de tuberculose.
En 1853-5^, sur 797 prisonniers, on compta 7&5 malades avec 132 décès, dont
30 de tuberculose. En 185/i-55, sur ISU prisonniers, 601 malades, 91 décès
et hi à la suite de phthisie pulmonaire. En 1855-56, sur 19li prisonniers,
615 malades, 67 décès et 32 de tuberculeux. En 1856-57, sur 759 prisonniers,
433 malades, 65 décès et 28 de tuberculeux.)
Suivant les listes de l'hôpital général de Munich, la mortalité des métiers
et des professions se classe ainsi pour la phthisie pulmonaire : taUleurs,
39,9 pour 100; cordonniers, ZS,li; menuisiers, 35,9; tonneliers, peintres
et vemisseurs, 32.9 pour 100; maréchaux ferrants, serruriers, 30,9; pré-
cepteurs, 29; jardiniers, 28,7; puis brasseurs, 28,7 pour 100; boulangers,
23,3; marchands, 22,9; médecins et chirurgiens, 18,2; maçons, 17,1; bou-
chers, 8,2.
La tuberculose est bien plus fréquente parmi les classes pauvres que dans
les classes riches.
La morbilité et la mortalité des tuberculeux sont plus nombreuses parmi les
hommes que paimi les fenmies en Bavière.
Les troupes de la Bavière, surtout l'infanterie, ont une forte statistique de tuber-
culeux coDune dans les autres pays (1). 11 paraît que cela tient surtout à ce que
le serrice militaire tombe dans l'âge qui favorise la tuberculose pulmonaire,
c'est-à-dire entre 21 et UQ ans (dernier terme de la réserve).
La Bavière offre dans ses cercles quelques notables différences topographiques
et climatiques.
(1) Uoe lUtistiqoe de treize années antérieure à eelle que nous avons fournie dans nos
tibieiaiiî|Be i la taberculoBe polmonaire un quart des décès.
122 CONGRÈS MftDICAL INTBRKATIONAL. — DEUXTÈME SÊAUCE DE JOUR.
Le pays a des contrites montagneuses (régions préalpines), et des contrées
basses et marécageuses.
La population est agricole^ Titicole et industrielle. Dans les régions indus-
trielles et dans celles où l'on cultive la vigne (Bavière rhénane« Franconie), la
phthisie pulmonaire prévaut notablement sur celle des contrées montagneuses,
où elle est moins fréquente.
Dans les régions marécageuses^ près des lacs et des rivières, où les fièvres
d'accès sont endémiques à un certain degré, on ne peut pas constater une exclu-
sion ou un antagonisme absolus entre les fièvres intermittentes ou le paludisme
et la tuberculose pulmonaire.
Pour montrer roscillation statistique dans les difTérônts cercles du royaume de
la Bavière, 11 suffira d'intercaler ici la mortalité des phthisiques d'une seule
année. Nous regrettons de ne pouvoir fournir une plus récente que celle de Tan-
née 1854-1855.
Hommes. F«mme«.
Décèi de la haute Bavière (1) 299 232
— de la basse — 98 iid
-^ du Palatinat 266 201
— du haut Palatinat ei de Ratiabonne 212 137
— de la Franconie supérieure 161 136
— — moyenne 16& 64
«- «^ inférieure et d'Aschaffanbourg 179 169
— de la gouabe et de Neubourg... 1A5 A8
Total 1518 1091
Ces cercles renferment une population dont la constitution physique offre
quelque différence^ sans autoriser à y reconnaître des races particulières propre-
ment dites. Nos montagnards, par exemple, ressemblent peu aux Franconiens ou
aux Rhénans; de sorie que la population provinciale, dont un certain nombre
d'habitants penche au lymphatisme ou à la chlovo-anémie, puis qui manifeste des
dyscrasies héréditaires ou acquises, est exposée à la granulation tuberculeuse,
tandis que la population provinciale inclinant à la vascularité est plutôt sujette
aux phthisies d'origine catarrhale ou pneumonique.
La prophylaxie antiphthisique semble progi'essivement gagner plus de terrain.
C'est au progrès du diagnostic d'une phthisie commençante, de l'hygiène géné-
rale et publique, de l'hygiène spéciale, personnelle et professionnelle, c'est aux
progrès de l'atmiatrie pulmonaire et de la climatologie antituberculeuse et anti-
phthisique, etc., qu'il faudra attribuer cet avancement. L'état actuel de la
statistique phthisiologiquc, chez nous, ne permet cependant pas encore de con-
stater les avantages par le calcul (2).
(1) C'est la capitale, Munich, qui y comple le plus, et qui donne là majorité statistique.
(2) Nous nous senton» invité par là à proposer à la conrérence internationale des méde-
cins & Paria, de vouloir bien prendre en réflexion les stations antiptathisiques on antitu-
berculeuses, les sanitaria antiphthisica^ comme moyen prophylactique international contre la
tuberculose. A notre avis, la bienfaisance publique des nations ne pourrait pas rendra un
plus grand service à Thiimanlté t
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Juin. • . • • .
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10
U6 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEDXlfcllE SÉANCE DE JOUB.
La Yille d'Augsbourg^ chef-Meu du cercle de la Souabe et de Neubourg^ ayant
une population de 32 7/»9 habitants, a plusieurs fabriques (filatures, etc.) qui
favoiisent la tuberculisation des poumons.
La pneumophthisie y est une des plus fréquentes maladies^ le chiffre pour 100
de mortalité est considérable. Déjà, en 1836-37, Adam Hitzler et Emmanuel Gloc*
ker (De statu morborum nosocomn Augustani, 1836-37), avaient constaté, d'après
les listes du gi-and hôpital de la ville, une proportion des décès phthisiqucs à
celle des décès généraux comme 1:4.
On nous avait promis les matériaux statistiques sur la morbilitë et la mortalité
dans ce susdit chef-lieu du cercle de la Souabe et de Neubourg, afin d'en pou-
voir emprunter celles de la tuberculose pulmonaire, mais le confrère qui s'était
engagé à nous les foiunir a manqué à ses promesses. Augsbourg, étant une ville
de commerce et de fabriques, doit précisément fournir un certain contingent de
tuberculeux dans et par ces deniières.
STATISTIQUE DÉCENNALE DES TCBERGI3LEDI
DAMS l'ARMÉK du aOTAUMB DB LA BAVIÉBB.
ANNÉES.
TRIMESTRES.
Nombre des soldats
et sous-nfficiers
malades.
Mortalité générale.
Uorulît»
des toberculeax.
(Internes et externes,
y eompris les galeux
et les syphilitiques.)
1
Premier
7123
101
19
1855. • • . /
Deuxième. . .
11159
106
(1 bémorrhaj^ique].
25
1
Troisième . • .
5808
71
22
'
Quatrième. . .
3697
31
5
Total
17827
139
71
(1 hémorrhagique).
(
Premier
A066
68
15
sOvV r * • • S
Deuxième . . .
847
71
22
Troisième. .»
6370
44
6
(
1
Quatrième. . .
3A19
30
11
ToUl
17972
213
54
(
Premier
4070
àà
IS
1857.... 1
Deuxième . . .
Troisième . . .
6295
6794
51
38
16
1
Quatrième . . .
3999
70
10
Total
21158
203
43
4858.. .?
Premier
4046
78
23
Deuxième . . .
8358
68
23
Troisième . . .
7708
50
15
Quatrième . . .
3511
41
11
Total
23623
257
72
UUSKSPEBGfB TUBEBCUIOSB EN BAYIÈBE.
147
(suite.)
.4>.\ÉES.
TRIMESTRES.
<*t sous-ofUcierM
malades .
I Premier
Deuxième . . .
Troisième. ..
Quatrième. . .
1860..
1801..
Total
(InttTnes ot exterravs,
y roiujii-iâ h»» galpiix
et le» syphilitiques.
â07G
1A566
15431
6858
(Premier
Deuxième . . .
' \ Troisième . . .
'Quatrième. . .
Total
I
(Premier
Deuxième. . .
Troisième . . .
.Quatrième. . .
Total
Ai931
6361
10388
8675
àU2
30066
7033
8443
8737
4760
28973
Morlalité ^éuféral«.
32
73
143
55
303
57
82
56
33
228
50
73
66
7i
260
Mortalité
des tuberculeux.
12
16
7
8
43
16
23
9
13
61
15
21
8
14
58
1801. .
i Premier. ....
Deuxième . . .
Troisième . . .
Quatrième. ..
1863. . . .
1804.
1885.
Total
Premier
Deuxième . . .
Tfoiaiène . . .
Quatrième . . .
ToUl,
(Premier
Deuxième . . .
Troisième . . .
Quatrième. . .
Total
! Premier. ....
Deuxième . . .
Troisième . . .
Quatrième. . .
Total
4862
7829
7751
4779
25221
4777
7899
8011
3999
24686
4764
7758
6609
3878
22949
4359
7725
7357
4348
24089
^"•i^**i
63
87
44
59
233
40
52
48
37
181
71
77
54
41
243
49
58
52
20
209
11
27
11
13
62
16
16
13
10
55
19
23
11
9
62
23
24
15
10
72
J
U8 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
L'état ordinaire de présence dans ramiëc bavaroise, en temps de paL\, est :
Pour rinranlerie 18000 hommes.
— la cavalerie 5560
— rartillerie 3200
— le génie '. 500
— le corps sanitaire 100
27360 hommes.
Du temps des exercices militaires et des manœuvres automnales, ce nombre
est élevé à 37 000 hommes et plus.
On peut accepter que, dans les garnisons, on tient présents 30 à 32 hommes
par compagnie dm*ant les huit mois où il n'y a ni exercices ni manœuvres. Pour
les autres quatre mois, l'état de présence est porté à 80 hommes par compagnie,
de soi*te que la morhilité doit nécessairement augmenter durant ces quatre mois.
Ledit état de présence varie aussi dans les didërentes gainisons suivant les
exigences du senice militaire.
Nos conscrits sont enrôlés à Tàge de vingt et un ans, ils ser>'ent six ans.
L'ai'uiée effective compte :
Infanterie. . . 16 régiments {k 3 bataillons, ou AA08 hommes. 70528 hommes.
— 8 bataillons de chasseurs (a 948 hommes) 758A
— 3 compagnies sanitaires (a 291 hommes) 873
Cavalerie. . . 3 régiments de cuirassiers. . ,,\
— 6 — cbevau-légers.. 1 10280
— 3 — lanciers j
Artillerie. ... 3 — à 2677 hommes (8 batteries) 8031
— Train 3276
— 1 régiment d'artilleurs à cheval {k A batleries) 1131
— 1 compagnie d'ouvriers 280
Génie 1 régiment à 8 compagnies 1823
APERÇU DE li'fiXTfiWSlOlV
D£ 14.% MAl4ADIfi TIJBERCIJIifilJSfi MX IHORViBClB.
PAR LE DOCTEUR HOMAIfN (DE CHRISTIANIA).
La maladie tuberculeuse est sans doute, en Norvège, comme dans la plupart
des pays de l'Europe, Tcndémie qui exerce la plus grande influence sur la mor-
talité. En examinant minutieusement son action à cetégaiti, on trouvera mal-
heureusement que les données statistiques que nous avons à notre disposition
no sont pas suffisamment complètes. Ce n'est que depuis quelques années que
les médecins de notre pays ont prêté à la statistique leur sérieuse attention,
mais pas encore assez sérieuse pour tirer des résultats positifs des matériaux
fournis par eux. Les rapports sur l'état sanitaire du royaume^ extraits des don-
nées médicales annuelles fournies par les médecins, et publiées jusqu'à Tannée
1864 par les soins du ministère de l'intérieur, n'ont reçu qu'à partir de l'année
1853 assez d'extension pour présenter des chiflVes positifs |)ouvant servir a cal-
HOMANN. — TUBERCULOSE EN NOEVÉGE.
\U9
l'ulerla Tréquence d'une endémie aussi importante que la maladie tuberculeuse.
Pendant les années antérieures à 1853, en mentionnant l'appaiition de cette
maladie dans les difTérentes contrées du pays, on s'est contenté des termes si
vagues : « Elle est fréquente, elle va en croissant, elle est rare, ou très-rare » ;
Qiais, à compter de Tannée 1853, on a cherché à calculer en pour 100 son
iniluence sur la mortalité. Ce calcul a été fait en supputant la proportion entre
les décès attribués par les médecins à la maladie tuberculeuse et tous les autres
décès attribués à des causes certaines. On ven*a cependant que les médecins
n'ont fourni les causes que pour une petite partie des décès du royaume, mais
chaque année il y a eu un progrès à constater à cet égard. Voici le résultat tiré
' des renseignements fournis pour les onze années, de 1853 à 186& :
TABLEAU I.
Nombre
Pour cent
Décès attribués
Pour cent
ANXÉES.
ToUl des iléct^s
en Norréare.
dont lei ««HleeÎDii
ont indiqué
la cause.
de
tons les décès.
par les médecins
H la maladie
tuberculeuse.
des- causes
de
décès indiqpiécs.
1853
26391
5406
20,4
396
7,3
1854
23362
2788
11,9
45a
16,1
1855
25362
2959
11,2
495
16,7
1856
253&4
3384
13,3
458
13,5
1857
26017
4275
16,4
637
14,9
1858
24796
4226
17,0
532
12,5
1859-
26738
5881
21,9
749
12,5
1860
27398
6547
23,9
972
14,7
1861
31471
8938
28,4
1152
12,8
1862
32494
9777
30,8
1177
11,9
1863
31338
9094
29,0
1170
12,8
274320
57869
21,1
7792
13,4
Le département pense que les chiffres ainsi calculés pour la maladie tubercu-
leuse sont plutôt trop petits que trop élevés. Or, il fait observer que les épidémies
qoi eiercent une grande influence sur la mortalité sont presque toujours traitées
aux frais de l'État ; il est donc à présumer que la plupart des décès causés par
ces maladies ont été portés sur les tableaux des médecins. Ainsi Tinfluence que
I apparition d'une épidémie peut avoir sur le calcul de la fréquence de la
ooaladie tuberculeuse comme cause de décès ressoii. claii*ement des tableaux de
l'année 1853. Pendant cette année, les causes indiquées atteignent presque le
<iûubledes chiffres des deux années suivantes. Cela provient de ce qu'en 1853,
Christiania et* les villes voisines furent ravagées par le choléra, dont tous les
(i^cès, s'élevant à 2484, ont été annoncés par les médecins. Si donc on veut
^^T (lu tableau ci-dessus la moyenne des décès causés par la maladie tubercu-
leuse, il sera plus exact de mettre hors de compte l'année 1853 et de ne compren-
'^l'e dans le calcul que les dix années de 1854 à 1863. Pendant cette période, il
) a eu sans doute deux autres épidémies qui ont essentiellement contribué à
'^'ipnenter la mortalité, savoir : la diphthérite et la rougeole, qui étaient très-
•^pandueson 1860, 1861 et 1862. Je dois pourtant faire obsci*ver que ces épi-
déraiw sévissaient surtout dans les campagnes, et notanmient dans les contrées
150 CONOBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SfiANGE DE JOUR.
éloignées^ où il est prësumable que les difficultës locales auront empêché beau-
coup de malades de se faire traiter par les médecins.
Pour les dix années réunies^ nous voyons donc que sur les 57 869 décès dont
les causes sont connues^ 7792^ soit 13/i sur 1000^ ont été attribués à la maladie
tuberculeuse. Si son influence a été aussi grande pour les décès dont les causes
sont inconnues^ nous serons en droit de présumer que 1 indi\idu sur 8 meurt
en Norvège de cette maladie. D'après les rapports du département, la moyenne du
décès pendant les années 1856 à 1860 a été de 26 059 : il faudrait en conclure
que la maladie tuberculeuse a enlevé tous les ans 3&90 individus. La population
de la Norvège s'élevait en 1855 à 1 490 0&7 et en 1865 à 1 700 000 habitants
environ.
Par maladie tuberculeuse^ on a sans doute voulu désigner surtout la phthisie
pulmonaire prise dans le sens que M. Laennec a donné à cette dénomination. OTi
on trouve dans les tableaux du département la dénomination : « Phthisis tuber-
Culosis pulmonum v.
Si Ton veut étendre le sens de cette maladie^ en comprenant dans la diathèsc
tuberculeuse « scrophulosis^ arthrocace^ caries et necrosis^ » ainsi que <( Hy-
drocephalus acutus )>, le chiflrc des décès attribués à la maladie tuberculeuse
s'élèvera encore, et sur 1000 décès les 162 (soit 1 sur 6 individu^) seraient dus k
la diathèse tuberculeuse. Or, voici, d'après les listes du département sur les ddcès
attribués à des causes connues pendant les dix années en question, les chiflres
poriés pour chacune desdites maladies :
TABLEAU IL
ANNÉES.
Scrophnlosi».
Artbrocacc.
CAries
Hydrocephalus
roiAUX.
et neerosis.
aeutiis.
1854
10
10
3
79
102
1855
10
19
1
56
86
1856
22
22
10
33
87
1857
21
23
16
85
iàb
1858
13
23
19
87
141
1859
11
85
13
102
161
1860
37
30
16
82
165
1861
67
30
16
78
191
1862
55
42
16
127
240
1863
h9
39
23
182
293
TOTÀIi GtK
ta AL .•.#•«.
1611
Il ne serait pas facile de dire si Ton est en droit d'évaluer la proportion de
l'influence de la maladie tuberculeuse sur les décès à causes inconnues au
même chiffre ou à un chiffre plus élevé que celui porté pour les décès à causes
connues. Or, la plupart des médecins ne fournissent de données que poui* les
décès survenus dans leur clientèle. Dans notre pays, fl y a sans doute un grand
nombre de malades atteints de maladie tuberculeuse qui ne sont pas trait<^s par
les médecins, au moins pendant la dernière période de leur maladie, et qui con-
séquemment ne figurent pas sm- la liste des médecins. Pour contrôler l'exactitude
des chiffres fournis, il faudrait avoir de différents districts des données sur les
BOMANN. — TUBBRCDLOSB EN NORVÈGE.
Î51
cau^s de tous les ddcès^ mais il n'y a que très-peu de médecins qui examinent
ki causes des décès non survenus dans leur clientèle^ et qui fournissent des ren-
•eignements pour la totalité des décès de leur arrondissement, k Kragcrô^ où
depuis plusieurs années j'exerce mon art, jai pris des notes exactes, et je vais
présenter les résultats que j'en ai tirés pour la maladie tuberculeuse pendant les
années 1854 à 1865.
TABLEAU m.
ANN&ES.
TOTAL
Ma vàckB,
Déoès eansés
par la
maladie tubereulense.
185A
158
30
1855
182
24
1856
225
17
1857
217
26
1858
173
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26
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197
20
Total
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257
Je mets hors de compte Tannée 1859, oîi une violente épidémie de dysenterie
a exercé une influence considérable sur la mortalité. Je ferai également observer
<iue pendant deux des années citées, l'arrondissement a été ravagé par une
diphthërie et une scarlatine maligne assez répandue.
De 1000 décès, 112 oifl été causés par la maladie tuberculeuse; en comptant
aussi < scrophulosût, arthrocace et caries», dont 67 individus sont morts pen-
dant la même époque, il y aura, sur 1000 décès, 141 pour la diathèse tubercu-
leuse. En tenant compte de l'influence de la dipbthérite et de la scarlatine sur
les chiffres portés pour la maladie tuberculeuiie, 180 individus sont morts de
ces maladies, et au lieu de 112, on trouverait pour la maladie tuberculeuse
126 décès sur 1000. Au recensement de la population de 1855, la population
s'élevait, dans Tarrondissement médical de Kragero, à 10 859 individus.
La Norvège a utie grande étendue géographique, entre 58** et 71" de latitude
N., et le chmat change souvent dans les différentes localités situées sous la
même latitude, la partie occidentale et septentrionale du pays ayant le climat
dos cotes pendant que la partie orientale a plutôt le climat de l'intérieur. Ces
différentes circonstances offrent donc de l'intérêt pour l'étude de l'extension de
la phthisie dans les différentes contrées du pays. Sous ce rapport, la statistique
de la mortalité fournie par le département offre encore moins de ressources que
pour l'appréciation de l'influence de la maladie tuberculeuse sur la mortalité en
pénéral. Or, ce n'est que depuis l'année 1858 que les rapports du département
renferment des chiffres qui pourront nous servir de guide. Voici le résultat pour
le** différents diocèses :
152 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. —DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
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HOMANN. — TUBERCULOSE EN NORVÈGE. 153
Le nombre des causes de décès indiquées semble un peu petite il est \YdÀ, en
proportion du nombre total des décès dans chaque diocèse. 11 y a cependant
pour ces six années une assez grande régularité pour chaque diocèse dans le
nombre de cas de maladie tuberculeuse, en proportion des causes de décès
indiquées. On n'est sans doute pas en droit de tirer des conclusions certaines sur
la proportion absolue de la maladie tuberculeuse^ mais il semble pouilant qu'on
puisse juger de sa fréquence relative entre les diocèses. Or, elle paraissait beau-
coup moins fréquente dans les diocèses de Tromsô, Drontheim et Bergen, que
dans ceux de Christiania et Christiansand. 11 est à remarquer que dans les trois
premiers diocèses apparaît, à côté de la maladie tuberculeuse, une autre endé-
mie qui n'existe pas du tout dans le diocèse de Christiania et qui ne se présente
que dans une partie de celui de Christiansand, savoir, la spedalskhed. Pour
cette demièi*e maladie, les tableaux statistiques sont d'une grande exactitude, et
tous les décès provoqués par elle se trouvent parmi les causes indiquées par les
mëdecins. Si donc on veut calculer plus exactement la proportion absolue et la
fréquence relative de la maladie tuberculeuse, il sera plus juste de déduire les
décès par suite de spedalskhed du chiffre total des causes de décès connues. Il
faut encore ajouter que les épidémies qui ont exercé la plus gi*andc influence
f»T la mortalité ont principalement été répandues dans les trois premiei^s dio-
cèses; au moins n'ont-elles pas régné dans le diocèse de Christiansand. En cal-
culant les ravages de la maladie tuberculeuse, il faudrait encore faire déduc-
tion des décès causés par ces épidémies. La proportion n'étant pas d'ailleurs la
même dans les différentes contrées de ces diocèses, j'ai cru devoir dresser un
tableau par préfectures, tiré des rapports du département. Voici ce tableau pour
les six années de 1858 à 1863 :
154 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
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158 CONGRÈS MÊDICU UITEBNATIONAE.. — DEUX1ÈMB S&ANCE DE JODB.
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§1111 ^ i I
HOUANN. — TUBEEGULOSE £N NORVÈGE. 159
Lorsque dans une année la mortalité a été excessive par suite d'une épidé-
mie, le chilire des décès causés par elle a été déduit dans le calcul du nombre
des décès causés pai* la maladie tuberculeuse. De mêmc^ pour les préfectures où
la $|)edalskhed a une certaine importance^ j'ai déduit les décès provoqués par
celle dernière maladie. Gomme dans les tal)leaux précédents, la pi'oportion a
été établie entre le total des décès et le nombre de décès dont les causes ont
été indiquées. Quant à l'influence de la maladie tuberculeuse sur la moilalité^
les 19 préfectures occupent entre elles les places que voici :
TABLEAU VI.
■
•
i. PrâfeetMr^ éê Berfeahui» du sud 7,9 p. iOO.
2. — du Fixunark 8,1
3. — deNordland M
â. — de Ber^enhuus du nord 8,6
5. — detansdal 9,1
6. — de Orontbeim du nord 9,2
7. — de Christian 11,5
8. — de Hedemarken 12,8
9. » d'AkflnhwH. 13,8
10. YiUedeB^ryen U,l
11. Préfecture de Stavanger 15,1
12. — de Druntheim du sud 15^2
13. — < de SoMudenene. 15,a
ià, — de Bralsbery IM
15. ViUe de Christiania 16,6
16. Préfecture de Buskerud. 17,2
17. -i- de JarUbery et Lavrreg. 17,3
18. — de Lester et Mandai 22,2
19. — deNedenoBs 22,6
La moyenne est de 13,6 pour 100.
Ea sniTUit les districts du littiM*al, du n<Nrd au sud, on vem que la maladie
tvberculeute est relativement rare dans la partie septentrionale du pays et
jusqu'à la prëCecture de Stavanger (à l'exception de la préfecture de Drontheim
dit nid et de la ville de Bergen), le nombre des décès ne montait pas à 10 pour
100. DtiM la préfecture de Stavanger, le chiffre s'élève tout à coup à 15 pour
109, et dans celles de Lester et Mandai et de Nedences, il monte même à
22,2 et à 22,6 pour lOO ; dans les préfectures de Bralsberg, Jarisberg, Smaa-
leiieiie et Christiania, le chiffre varie entre 15,& et 17,3 pour 100. Dans la pré*
facture de Christian (11,5 pour 100) et dans celle de Hedemarken (12^8 pour
100), les ehiffres sont au-dessous de la moyenne de 13>6 pour 100, le<|uel chiffre
Qous trouvons exactement dans ht préfecture d'Akershuus.
En considérant la constitution climatologique du pays, nous trouvons dans les
piéfectures de Christian et de Hedemarken le climat de Tintérieur très-pro-
umcé, avec de grandes variations entre les températures d'été et d'hiver et peu
d'humidité. Uans la préfecture d'Akershuus, ainsi que dans de grandes parties
dft ceUes de Buakerud et de Bralsberg, nous trouvons aussi en partie le climat
de rinlérieur. Dans tout le reste de l'étendue du pays depuis le Finmari^ jusqu'à
b partie méridionale du pays, règne le climat du littoral avec beaucoup d'hu-
midité et peu de variation entre les températures d'été et d'hiver. Dans les
contrées septentrionales, la température moyenne de l'année est d'ailleurs très-
haiwf
En examinant à présent l'influence du climat sur la maladie tuberculeuse, on
160 CONGRkS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
trouve sans doute -que les districts oii le climat de l'intérieur est fortement pro-
noncé présentent un chiffre qui est au-dessous de la moyenne, mais c'est sur-
tout dans les conti'ées où domine le climat du littoral^ notamment sur toutes les
côtes du nord^ que la maladie tuberculeuse fait le moins de victimes. Quant à
la préfecture de Drontheim du sud^ où la moyenne s'élève à 15,2, on pourrait
peut-être expliquer cette anomalie en considérant que la ville de Drontheim a
été comprise dans la préfecture ; car dans les années pour lesquelles nous avons
des données spéciales sur la maladie tuberculeuse dans la \111é de Drontheim,
on voit qu'elle y arrive à une moyenne élevée. Toutefois, si d'un côté la maladie
tuberculeuse sévit moins dans certaines contrées où règne le climat du littoral,
il y en a d'autres où elle fait plus de ravages que partout ailleurs. Or, la préfec-
ture de Lister et Mandai, et en pariie celles de Nedenaes et de Stavanger, ont
essentiellement le climat du littoral. Quand même on voudjuit fonder cette
grande différence de la moyenne dans les deux districts du littoral, le Finmark et la
préfecture de Lister et Mandai, sur la gi*ande différence de latitude, la variation
entre les deux distiicts voisins, les préfectures de Bergenhuus du sud et de Stavan-
ger, fait pouriant voir que la situation un peu plus septentiionale ou un peu plus
méridionale, en dedans des limites du climat du littoral, ne peut exercer aucune
influence sur la maladie tuberculeuse. Dans la préfecture de Bergenhuus du
sud, où la moyenne est la plus basse du pays tout entier, soit 7,9 pour 100, le
climat n'est pas essentiellement différent de celui de la préfecture de Stavanger,
où la moyenne s'élève presque au double, soit 5,1 pour 100. En supposant que
la moyenne des préfectures de Stavanger et de Lister et Mandai fût un peu
augmentée par les grandes villes, Stavanger et Christiansand, qui y sont com-
prises, on voit pour la préfecture de Nedenœs, où- il n'y a pas de grandes villes
(mais bien quelques petites), que la moyenne élevée trouvée pour la maladie
tuberculeuse ne saurait guère être attribuée à ces deux villes. 11 faut en outre faire
attention que pendant toute cette série d'années on n'a jamais déduit, pour les
préfectures de Stavanger, de Lister et Mandai ou de Nedenaes, les décès causés
par les maladies épidémiques du total des décès attribués à des causes connues.
11 semble donc constaté que le climat ne peut pas exercer d'influence essen-
tielle sur la grande variation de la maladie tuberculeuse, qui se présente dans
les différentes parties du pays, et il paraîtrait qu'il y a d'autres considérations
auxquelles il faut attribuer une plus gi*ande impoilance.
On voit que la maladie tuberculeuse apparaît suriout rarement dans les con-
trées le plus fortement visitées par la spedalskhed, et l'on remarque même que,
par exemple, dans un an*ondissement médical de la préfecture de Bergenhuus
du nord, où la spedalskhed est la plus fréquente, les médecins ont déclaré pen-
dant plusieui*s années consécutives qu'il ne s*est pas présenté de décès causé |)ar
la maladie tuberculeuse. Peut-être pouirait-on conclure de ces faits que les deux
endémies, la maladie tuberculeuse et l'éléphantiasis, sont en quelque sorte anta-
gonistes ou s'excluent, pom* ainsi dh*e, l'une l'autre. Toutefois, en considérant les
tableaux statistiques de la maladie tuberculeuse dans les préfectures contiguês,
Stavanger et Bergenhuus du sud, on verra que ce raisonnement manque de
fondement, car l'apparition de la spedalskhed dans la préfecture de Stavanger
est loin d'être raie.
En cherchant parmi les autres points auxquels on a attaché de l'importance
comme causes de la maladie tuberculeuse, on jugera peut-être que la différence
d'extension de la maladie tuberculeuse dans les différentes contrées de Norvc^^'c
HOMANM. — TUBERCULOifi EN ROBVÉGE. 16i
doit puissamment contribuer à faire ressortir Timpoilance d'une autre maladie,
c'est-àHlire la syphilis^ comme cause de la maladie tuberculeuse. Plusieurs
médecins ont prétendu que la syphilis^ notamment les formes tertiaii^es^ peut
Cure naître la maladie tuberculeuse chez les enfants. Pendant le siècle dernier^
et surtout pendant sa seconde moitié, la syphilis fut très-répandue dans la partie
méridionale du pays. Les recherches si exactes de M. le professeur M. Boeck
(Lu maladies de la peau) ont constaté que cette maladie fut d'abord importée
dans les préfectures de Lister et Mandai et de Stavanger. Pai* suite du service
médical si parcimonieux et si défectueux, elle prit pendant une longue série
d'années une grande extension, surtout dans ces préfectures ainsi que dans les
préfectures voisines de Nedenœs et de Bralsberg, où précisément la maladie
tuberculeuse atteint à présent une moyenne si élevée. Dans un ouvrage sur une
autre cause de la maladie tuberculeuse, savoir : son hérédité, j'ai fait ressortir
l'impcnlance d'un examen détaillé des rapports entre la syphilis si répandue
autrefois et la maladie tuberculeuse si répandue à présent dans ces contrées de
notre pays. J'y ai démontré par plusieurs exemples qu'on devait faire dériver la
nudadie tuberculeuse héréditaire de la syphilis chez les ancêtres. Quant à l'hé-
rédité, j'ai pu constater par l'examen le plus minutieux des familles de plus
de 200 individus que, dans 70 cas sur 100, la maladie tuberculeuse a été très-
naisemblablement transmise par héritage.
Quant aux aflèctions scrofuleuses et aux autres groupes de maladies compris
par quelques médecins dans la diathèse tuberculeuse, les rapports du départe-
ment ne contiennent pas, comme pour la maladie tuberculeuse, de chifâres
positif qui puissent servir à juger de leur extension. Les rapports disent
Kolement en règle générale que là où la phthisie est rare, les affections
wofùieuses'ne sont pas (Mquentes non plus. Nous pouvons citer comme une
ciception la préfecture de Nordland, d'où l'on rapporte que les affections scrofu-
leuses, notamment celles du système osseux, ne sont pas rares.
Pour juger de la proportion de l'apparition de la maladie tuberculeuse entre
les villes et les campagnes, les rapports du département ne renferment pas
d'autres données que celles fournies par les deux grandes villes. Christiania et
Bergen, formant deux préfectures distinctes. Depuis quelques années, ces deux
^es ont fourni des renseignements sur les causes de la plupart de tous les
décès, et dans les deux endroits on voit que la moyenne de la nudadie tuber-
coleuse est plus élevée, non-seulement que celle du pays tout entier, mais aussi
que celle des campagnes voisines. Deux autres villes, Drontheim et Drammen,
ont aussi fourni pour quelques années des tableaux exacts, et nous y retrouvons
le même fait.
Voici les renseignements contenus dans les rapports du département sur Tàge
et le sexe des individus atteints de maladie tuberculeuse.
Le sexe est indiqué pour 5058 des personnes décédées pendant la période de
iSS8 à 1863.
TABLEAU VIL
Sexe masculin. 2A76
Sexe féminia 2582
Total 6058
il
163 CONGRES MÉDICAL lf9tE(iIf ATIONAL. — - OfiUXlfeUE SÉANCE DE JOUft.
L'âge est indiqué pour 395/i personnes décédées pendant la même période.
TABI.EAIJ VIÏI.
Au-dessous de 5 ans 21^
De 5 à 16 ans i22
De ie 4 30 ans 414
De 20 à 30 ans. 073
De 30 a 40 ans 931
De 40 à 50 ans 590
De 50 i 60 ans 352
Do 60 à 70 ans 2ô2
De 70 à 80 ans 101
De 80 4 00 ans 5
Total 3951
A U suito de cens leetures» qui ne soulèvent aueune discussion» le ufirétaire
général présente un traTaU du professeur Ko^ditch^de Boston» sur la distribution
topo^aphique do la consomplion dans le Massachusetts. Après une enquête
dans les 325 villes de l'Etat» l'auteur oondut que la phthisie y sévit inégalement,
et que des endi*oits en sont complètement exempts» tandis que d'autres y sont
plus exposés en raison de l'humidité du sol. Cette cause semble définitivement
établie sur de nombreuses statistiques et sur ramélioration des makdes au début
par le changement de lieu. Tous les pays vantés pour le séjour des tuberculeux
ont un climat sec.
Le secrétaire général signale ensuite un travail écrit en anglais de M. le doc-
tour Canniff» de Belleville» en Canada ; sans reposer sur des données statistiques,
ce mémoire traite de la fréquence de la tuberculose dans les différentes race:*
qui forment la population canadienne. Une ti^uction française de ce travail,
faite par M. G. Dieulafoy» interne lam*éat des hdpitaux de Paris» e«i déposée sur
le bureau.
La question de la tubei*culose est épuisée; l'ordre du jour appelle les lecture^
Hur la cinquième question du programme :
DE i'lNFLUE>X£ DES CUMATS» DES lUCES ET DES DIFFÉRENTES CUNO|TlOJ(â U^ LA ML
SUA LA MENSTRUATION DANS LES pIVERSES œNTREES.
tewmnm sua liA MGNsvnvATiiw ami vpiiiimi
AB i^ VIIXK AB AAlIBli
AT AU AIÊPABTEIIAIVT AR Ma/L SEIWA-llVFÉAIBOBE.
PÀE M. IiB KEOVBSBBUB LBOBBT (DB BOUBU)»
Manbre oaimponisnl de r Acadëmie impMale de médyi—.
J'ai inséré» en 186&» dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle di
Rouen, des Recherches sur l'état immal de la menstruation chez les femmes de M
classe ouvrière de la ville de Rouen^ Depuis icette époque» j'ai étendu mon étude.
. en répétant les mêmes recherches, sur les femmes de la classe riche et siu* celler^
de la campagne^ qui se présentent en nombre assez considérable à ma consulta-
LEUDET. — ÉlUDE SIR IK MEiNSTllUATlON. 163
tion. Le travail que j'expose aujourd'hui est donc une suite de celui que j'ai
publié il y a trois ans. Aussi y retiouvera-t-on plusieurs résumés statistiques déjà
connus. Je n'ai pas voulu reprendre de nouveau mes recherches sur les fenunes
de la classe ouvrière, pour ce motif que 1200 observations recueillies chez les
femmes de cette classe m'ont donné des résultats que je crois ceiiains. J'avais,
antérieurement dé^k, fait une première analyse de 600 observations. J'ai répété
la même analyse avec 1200 faits, et j'ai obtenu chaque fois les mêmes résultats
numériques. Je cxx)is dune avoir la certitude de la vérité de mes conclusions.
U viUe de Houen est située dans le 49« 36' 29" de latitude et le 1*" 1^' 32"
de longitude ouest, sur les rives de la Seine, sur le versant d'un coteau expose
au sud ; une partie de la ville, située sur la rive gauche^ est établie sur un ter-
rain sablonneux. L'industrie locale consiste surtout dans des filatures et tissages
mécaniques de coton qui emploient un grand nombre d'ouvriers des deux sexes
depuis l'âge de 8 ans jusqu'à 40 ans. La population de la ville est peu nomade;
la classe ouvrière fournie par la localité s'augmente annuellemeAt par l'immi-
gration d'un certain nombre d'ouvriers des campagnes qui se rendent qn vijle
dans l'adolescence. L'industrie textile s'étend au dehors de la ville dans plusieurs
vallées adjacentes : je citerai Monville, Malaunay^ Maromme, Deville, Sotteville^
etc. La population de la campagne peut donc apparienir à la classe ouvrière 4P
l'industrie des manufactures. Il aurait été intéressant de comparer, relativement
à la menstruation, les femmes travaillant dans les filatures de la ville avec celles
qui travaillent dans les mépies établissements à la campagne \ on aurait pu ainsi
déterminer plus nettemeiU l'influence du travail industriel^ cette influence
agissant seule en dehors de l'influence du milieu, c'est-à-dire du séjour dans
une grande riUe.
Je n'ai pu tenir compte de ces divars él^fnents de la questioUj n'ayant pu
recueillir assez d'observations. J'ai eu soin seulement d'isoler de la population
des campagnes celles qui travaillent dans les établissements industriels.
J'ai formé ainsi trois catégories de femmes : celles de la classe ricbp de la ville,
celles de la campagne : cultivatrices, ouvrières de fermes ; les ouvrières de la
ville et des environs, ces dernières en petit nombre. Cette dernière catégorie de
femmes a été observée à l'Hôtel-Dieu de Rouen.
De f époque de fapparUion de la puberté à Rouen. — Lepecq de la Clôture (Mal.
épidém., vol. I, p. 273) a émis à cet égard une opinion que nous ne pourrions
admettre sur une affirmation aussi vague que la sienne. « La puberté, dit-il, est
rarement précoce à Rouen, quoiqu'il s'y soit rencontré à ce sujet sans doute,
comme dans la plupart des grandes villes, des événements assez étonnants.
On peut dire, en général, 'que les filles y sont plus rarement nubiles à
quinze qu'à dix-sept ans, aussi voyons-nous beaucoup de femmes jouir encore
après cinquante ans de cet avantage. » J'ai entendu un de mes confrères
prétendre qu'un observateur aussi éminent que Lepecq de la Clôture n'avait
pas pu commettre une erreur, et que. sans doute l'époque de l'apparition de
la puberté avait varié depuis l'époque où il observait. C'est là une hypothèse
gratuite, et il faut plus qu'une afQrmation d'un auteur, quelque éminent qu'il
^it, pour établir une proposition semblable.
L'âge moyen de l'époque de la première apparition des règles a été de 13 ans
7/10 chez les femmes de la classe riche,de 1/i ans 5/10 chez les fenmies de la
campagne^ de 14 ans 9/10 chez les fenmies de la classe ouvrière. Le chifire de
ik ans 9/10 est celui que l'on peut compai'er le mieux à ceux des auteurs dont
\tU CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DfiUXlÈUE SÉANCE DE JOUR.
le plus grand nombre d'observations ont été prises chez les femmes de la classe
ouvrière. En ne tenant compte que de cette catégorie de sujets, on trouve en
France un accord remarquable entre les divers résultats statistiques, comme le
prouve le tableau suivant.
AGE MOYEN DE L'ÉTABUSSEMEIIT DE LA PREMIÉftE MENSTRUATION.
Paris 14 ans 8/10 Brierre de Boismont
— 15 ans 3 mois Dubois et Pajot.
Rouen lA ans 9/10 Leudet.
Sables-d*01oone 14 ans 8 mois Petiteau.
Lyon lA ans 5 mois Bouchacourt.
Ntmes 14 ans 3 mois Puech.
Montpellier 14 ans 2 mois Courty.
Toulon 14 ans Puech.
— 14 ans 4 mois D'Ëspines.
Ainsi^ en France^ le chiffre de Tàge moyen de rétablissement de la première
menstruation prouve que la puberté apparaît plus tard au nord qu'au midi.
Cette proposition devient encore plus vraisemblable quand on rapproche le
chiffre moyen de l'époque de la première menstruation dans d'autres pays, des
moyennes obtenues pour la France.
AGE MOYEN DE L'ÉTABLISSEMENT DE LA POBERTÉ
Laponie suédoise. ... 18 ans Wreiholm.
Copenhague 18 ans 9 mois. • . . Rawn et Lewy.
Gœttingue 16 ans Osiander.
Stockholm. . . 1 15 ans 6 mois. • • . Wistrand.
Norvège 15 ans 5 mois. . . . Faye.
Calcutta • 12 ans 4/10 Roberton.
Angleterre 15 ans 6 mois. • . . Whitehead.
Manchester, 15 ans 2 mois. . . . Roberton.
Londres 15 ans Tilt.
Varsovie 15 ans 1 mois. . • . Lebrun.
Bombay 13 ans Roberton,
Le chiffre moyen ne donnant pas une idée assez claire des variations dans
l'époque de l'établissement de la puberté^ j'ai joint un tableau comparé étudié
par âges.
LEODBT. — ÊTOnE SUR I.A UBNSTHUATION.
165
▲GK DE LA PBEMIÉEE MENSTRUATIOll.
ANNÉES.
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38
59
32
7
34
12
3
19
49
35
25
17
20
15
17
2
16
17
3
20
20
30
18
5
6
2
4
1
8
4
1
21
»
8
6
3
5
2
1
»
2
»
2
22
7
8
3
»
1
»
1
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1
»
»
23
M
4
1
»
2
»
»
»
»
»
1
24
»
»
2
»
»
»
»
»
»
»
»
Total .
1178
1200
600
656
588
941
600
144
540
228
540
Ainsi, dans notre localité, on compte le plus grand nombre de femmes réglées
à 15 ans, 13, 16, 12, 18, l/i, il, 19, 10 et 20 ans. La succession des chiffres
est un peu différente dans la statistique de M. Brien*e de Boismont : en étudiant
de la même manière les résultats numériques de cet auteur, on obtient la série
suiTante : !&, 15, 16, 13, 17, 11, 18, 19, 20, 10. J'ai comparé^ suivant le
même procédé les résultats numériques de tous les auteurs cités dans le tableau
précédent, et j'ai constaté que, dans aucune localité, on ne trouvait d'écarts
aussi marqués, c'est-à-dire autant de pubertés hâtives et tardives. M. Courty a
justement rappelé que, suivant la remarque de Brierre de Boismont et d'Aran,
Indifférence parait exister dans les diverses localités dans le nombre des femmes
réglées de bonne heure ou tard plutôt que dans l'époque prédominante ou dans
l'âge moyen de la première menstruation. Ainsi, en examinant combien de
femmes ont été réglées avant 15 ans, on trouve dans les diverses localités les
chiffres suivants :
t
M
•
1178
•
1200
i
600
656
O
1
588
941
i
600
•
1
144
B
M
S
540
•
228
i
Konbre des femmei . .
540
Béfléei Afint 15 ans.
514
567
224
232
275
533
360
92
236
67
454
1 1
1
166 CONGBÈS MÊbiCAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Envisagée à ce point de vue, la puberté est un peu plus hâtive à Rouen qu'à
t'aris, moins qu'à Nimes^ Montpellier et surtout que dans l'Inde.
L'époque de l'apparition de la puberté oflVe-t-elle des différences à Rouen,
quand on l'étudié dans les diverses elasses de la société. L'âge moyen présente
déjà des différences remarquables.
AGE DE L*ÉTABLISSEIIEItT DE LÀ PBEWÉRE MENSTEUATION.
Roui» Pàiiis
(Lentlet). (Brierrede BoUmoiit).
Classe aisée 13,7 18,6
Femmes de la campagne 14,5 là, 8
— de la classe ouvrière 14,9 1A,84
En classant les femmes suivant Tâge où la première menstruation apparut, on
obtient le tableau suivant :
AGE AUQUEL S'ÉTABLIT LA PREMIÈRE HENSTRUATIOH.
Classe
Clafse aiséa. d« la eampague. Clatia ourrièra.
A l'ftge de 9 ans 1 n 0
— 10 ans S I» J7
— 11 ans 19 8 $3
— 12 ans 32 19 78
— 13 ans 33 37 101
— ià ans 35 36 122
— 15 ans 43 35 ISO
— 16 ans 14 25 109
— 17 ans 7 20 407
— 18 ans 3 11 84
— 19 ans 2 3 44
— 20 ans 1 » 19
— 21 ans » » »
— 22 ans » • T
Total 193 194 "sJT
Ce tableau comparé indique une différence réelle dans l'âge commun de
rëpoque de rétablissement de la puberté dans les diverses classes de femmes,
ainsi la puberté est plus hâtive chez les femmes aisées que ches celles de la
campagne ; chez les femmes de la classe ouvrière> on obsei*ve des écarts coiisî*
dérables ; si le nombre des pubertés tardives est considérable» celui des hâtives
est représenté également par un chiffre élevé. C'est surtout chei les ouvrières
des grands établissements industriels que ces écarts, dans l'époque de la puberté^
sont prononcés» comme le prouve le tableau suivant :
Ét»OÛUe DE LA PREMIÈRE APPARITION DES RÈGLES CtiEZ DES FEllllES AYANT CÔMlElICÈ A
tBÀVAlLLEh DANS LES riLATtlRES 00 TISSAGES DE CDTOR AVANT L'AGE BE 19 ANS.
Age de la première menstruation. . 10 ans. Nombre des cas.. . .« . 2
— — 11 — 7
— — 12 — 4
— — 13 — 7
— — 14 — 12
— — 15 — 15
— - 16 — 20
— — 17 — 9
— — 18 — 5
— — 19 — 6
— — 20 — 2
— — 22 — 1
Total 90
LCUDCT. — ÉTUDE SUR LA MENSTHUAtlON. 16}
Ce tableau n'a guère besoin de commentaires; il démontre que, même parmi
ces jeunes filles astreintes à un ftge peu avancé à un travail pénible et prolongé,
la puberté peUt apparaître hâtivement^ puisqu'elle se manifeste, chez 32 femmes
9ur 90, avant Tftge de 15 ans, mais que le plus souvent la puberté est tai*dive, puis*
qu'elle apparaît 5^ ibis sur 90 après 15 ans ; Tâge commun est ici de 16 ans. A
quelle^ causes attHbuer ces pubettés précoces ? Je ne sam*ais le dire, je rappel-
lerai seulement qtiHl est permis de tenir cotnpte, dans cette recherche de la
cause, de Tetcitâtion trop fréquente aux passions sexuelles résultant de la
réttnioti dans le même atelier de jeunes sujets des deux sexes. Je ne veux pas
fidre ici tm ^logë, (leut-être bien hypothétique, de la moralité des populations
rurales; U est cependant certain que l'industrie des manufactures favorise le
dévergondage si fréquent dans les villes industrielles comme Rouen.
On a délnotllré que certaines tnaladies retai^daient d'une manière notable
Tapparition de la t)uberié. Cette influence est manifeste, suriout comme cause
de menstiniations tardives chet quelques femmes de la classe ouvrière. Dans
mon premier tràvaU, j*ai rapporié qUe sur 16& fetnmes dont la puberté s'était
manifestée de 17 à 23 ans, 128 étaient maladives antérieurement : ainsi
50 étaient faibles et maladives; ft6 avaient eu des signes de scrofules, 2& avaient
eu des signes d^hystérie, 7 avaient été ahtërieurement atteintes de rhumatisme
articulaire aigu. J'ai, dans une autre statistique, éthdié l'époque du dévelop-
pement de la puberté chez les femmes hystériques, scrofuleuses et rhumati-
santes. Voici le tableau qui résulte de cette étude :
iPOQQB DB L'ÀPPAamON DE LA PUBERlt CHEZ LES HTSTAftiaOBS, LES SCBOnn^OSES,
LES RBUVATISAIfTES.
IlTarAMocKS. ScuomiosM. RavBATitâHTt».
Nomhn» H«»« ons. Nombrr ilt-s cb«. Nomhré dei cm.
Pubertés de 8 A 12 an^ 2a De U à 12 ans. 3 De 10 li 12 ans, 17
_ db 18 1 10 SI — 8 — IS
^ de 17 à 22 M ^ 10 ^ ^1
Totaux 99 22 51
Ces risiiltàts sont presque identiques avec ceux de Haciborski {bu rik de la
menstruaiion enpathologie et en thérapeutique, 1856,) de Seanzoni {Traité de gynéco-
logie), ett. Aussi M. Monneret va même jusqu'à considérer comme pathologique
l'aménorrhée qui se prolonge jusqu'à seize ou dix-sept ans à Paris {Paih, gén.,
t. lU, p. 751, 1861).
De la fnaniére dont reviennent les régies. — Cette question est difficile à élucider
au moyen de la statistique. M. Brierre de Boismont a constaté qu'à Paris, les épo-
ques menstiniellcs étaient séparées, chez le plus grand nombre des femmes, par
un intei-valle de 28 jours. «Chez un grand nombre de femmes, dit-il, la
période menstruelle embrasse un espace de 30 jours ; les règles se montrent
assez souvent d'une manière très-régulière, jour pour jour, quantième pour
quantième; le plus ordinairement elles anticipent de quelques jours sur l'époque
suivante, i» D'après les relevés des observations chez les femmes qui m'ont
donné des réponses catégoriques, j'ai trouvé que chez la majorité des femmes
les époques avançaient un peu sur la précédente.
Ainsi, sur 2/i7 femmes, 81 voyaient leurs règles revenir à époques fixes;
131 avaiehl leurs règles en avance, 15 leurs règles en retard, Cette proportion
168 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
est à peu près la même quand on sdpare les femmes en 3 catégories, comme je
l'ai fait dans le cours de ce travail.
La régularité du retour des menstrues subit fréquemment des Yariations con-
sidérables aux diverses époques de la ^îe. Ainsi, dans la classe ouvrièrej
215 femmes sur 9U5 avaient eu des menstrues plus ou moins irrégulières pen-
dant la première année. Ce n'est souvent qu'après une époque assez variable
que les menstrues se régularisent; j'ai pu me convaincre que cette régularisation
des époques menstruelles était généralement obtenue après la première année.
Ces irrégularités seraient plus communes chez les femmes dont la puberté est
hâtive et surtout tardive dans son apparition ; elles paraissent tenir aux mêmes
causes.
La durée des époques menstruelles est souvent difficile à déterminer d'une ma-
nière rigoureuse, en raison de sa diversité aux époques diilérentes de la vie des
femmes, et surtout en raison de Fappréciation de chaque sujet observé. Cer-
taines femmes, en effet, ne font compter dans la période catéméniale que le
nombre des jours pendant lesquels l'hémorrhagie utérine est abondante, élimi-
nant les jours pendant lesquels l'écoulement est peu abondant on peu coloré. Il en
résulte une incertitude dans les résultats de nature à gêner beaucoup l'établisse-
ment d'une statistique. En réunissant les faits qui m'ont paru comparables et
répondre à ces conditions, j'ai constaté que la durée la plus commune des épo-
ques menstruelles était de 8 jours, aussi bien dans la classe aisée que dans la
classe ouvrière, que chez les femmes habitant la campagne ; la durée moyenne
serait un peu plus longue chez les femmes de la classe aisée que chez celles
comprises dans les deux autres catégories.
La ménopause^ c'est-à-dire l'époque de la suppression définitive des règles,
varie un peu dans les diverses catégories de femmes observées. Ainsi, j'ai
trouvé que l'âge moyen auquel la ménopause survenait était de kl A ans pour
les femmes de la classe riche, de &7 ans 9/10 pour les femmes de la campagne,
et de &8 ans 7/10 pour les femmes de la classe ouvrière. Le tableau suivant four-
nit le résumé des observations recueillies :
AGE AUQUEL SURVIENT LA MENOPAUSE.
AGE.
Clauc aisée.
Femmes
delà
campaçue.
Femmes
de la classe
ouvrière.
Total
GtoÉaat.
De 18 à 20
De 2t à 24
De 25 à 30
De 31 à 3A
De 35 à 40
De Al à A5
De A6 à 50
De 51 i 55
»
»
a
1
3
15
3
»
n
»
9
21
à
1
•
1
1
16
37
47
31
1
»
1
1
17
49
83
38
Total
22
3A
134
190
Ce tableau montre que l'époque la plus commune de la ménopause est de &6 à
50 ans; mais que les écaris de l'âge commun sont beaucoup plus considérables
chez les femmes de la classe ouvrière que chez les femmes de là campagne et
LEUDET. — ÊTUOE SUR LA MENSTRUATION. 169
de la classe axèée. Ce résultat démontre que les variations que l'on observe à
propos de l'époque de l'apparition de la puberté chez les femmes comprises dans
ces diverses catégories se retix>uvent encore à propos de la ménopause.
Des recherches statistiques que je ne retracerai point ici prouvent que T épo-
que de la ménopause ne dépend pas de l'époque de la puberté, c'est-à-dire que
les femmes dont la menstruation s'est manifestée de bonne heure ne sont pas
celles dont les tègles se suppriment le plus tôt. Cette proposition est, du reste,
acceptée par tous les observateurs. Aussi je n'insisterai pas sur les résultats
itatistiques propres à la démontrer. Il est cependant un certain nombre de
femmes dont la puberté a été très-tardive et dont la ménopause est aussi
prématurée.
Pas plus à Rouen qu'ailleurs, l'époque de la ménopause n'expose les femmes
à des dangers plus grands. Dans mon premier travail, je m'exprimais ainsi à cet
égard : sur S96 décès de femmes dont l'âge variait de 30 à 60 ans, j'ai trouvé
que le nombre des décès avait été de :
Chez les femmes âgées de 31 à AO ans, de 76
— — 41 à 50 ans, de 77
— — 51 à 60 ans, de 09
rajouterai que le cancer de l'utéiiis n'est pas plus fréquent à l'âge de la
ménopause qu'aux autres époques de la vie de la femme. Ainsi, en ne tenant
compte que des cas mortels, l'analyse de mes observations me donne :
Femmei de 36 à 45 ans mortes de cancer de l'utérus. . . 5 cas ; d'autres cancers. . . 6.
— 46 à 55 ans — — ... 4 cas — — ... 8,
— 56 à 65 ans' — — ... 5 cas — — ... 8.
Ces résultats numériques apportent donc un nouvel appui à cette opinion
déduite de faits cliniques par beaucoup d'obsei^vateurs : que l'âge de la méno-
pause n'est pas une époque de mortalité plus grande pour la femme, et qu'elle
n'expose pas au développement de cancers, et surtout du cancer de l'utérus,
puisque la statistique prouve que le cancer de l'utérus n'est pas plus commun
à l'époque de la ménopause qu'avant et surtout après la cessation des mens-
trues; enfin, que le cancer de l'utérus suit les règles du développement des
autres cancers.
la question de la fécofiidiié des femmes de la ville de Bouen et du département
n'a été étudiée que d'après le résultat de mon observation personnelle. J'ai
obtenu des renseignements à cet égard de 920 femmes de la classe ouvrière,
134 femmes de la classe riche, et 153 femmes de la campagne; total,
1207 femmes interrogées. L'étude de la fécondité chez ces femmes m'a donné le
résultat suivant :
134 femmes de la classe riche eurent 271 enfants.
153 femmes de la campagne eurent 345 —
920 femmes de la classe ouvrière eurent.. . 2532 —
Total. . 1207 femmes eurent 3148 enfants.
Ce tableau prouve que la fécondité est assez limitée dans notre département,
<!u'elle est à peine plus développée dans les campagnes que dans la classe riche
delà ville, qu'elle est supérieure chez les femmes de la classe ouvrière.
J'ai recherché si le nombre des enfants variait chez chaque individualité dans
170 CONGRÈS MÊDIGAt tNTKRNATlONAL. — DEUXlfellE SÉANCE DE JOUR.
les trois catégories établies ci-KÎessuB; en d'autres termes, «:ile nombre des enfants
par ménage était supérieur à la campagne ou à la tillê»
borbut mv rombie d'erfants.
(XASSES.
1
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5
6
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920 femmes de la
classe ouvrière.
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34 22 26
15
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8
6
6
3 t>
1
2
236
Le seul résultat qui me semble intéressant dans ce tableau, c'est quft U nom-
bre des ménages ayant beaucoup d'enfants n'est pas plus considérable dans la
campagne que chez les femmes de la classe riche. Ce résultat ne s*appuie que
sur un nombre peu considérable de femmes ; il serait intéressant d'étudier cette
question sur une plus large échelle, et de comparer la fécondité par famille chez
les femmes de diverses catégories.
Je n'ai tenu compte> dans l'élucidation de cette question, cbtnme dans tout
mon travail, que des faits observés par moi, et n'ai voulu fkire qu'un travail
d'observations personnelles.
BBCflBIlCHEfl COUPA AATlVni
SVH liA MEIfVSTBVikTIim DAIVS liHi DI^TBIMM COATTIlftBS
IMIIJS liB HAPPORT BVBIVOIiMIflllB
PAR M. LE DDCtBÙR LAONBAU FILS (DB PARlS).
De nombreux médecins, entre autres 08iander(i)f MM. RoberU>n(2), Marc
d'E8pine(3), Pétrcquin (/i)| Brierre de Boi8mont(5), Ilacibor8ki(6)4 Guy (7), Mur-
(1) Diss, in med, de fluxumenstruo atque uteri prolapsu^ in-4^. Gottingue, 4808. —
Denhvùnligkeiten fur die ffeilkunde und Geburtshûlft, Novembre, Ed. 2, al. 1^95, ms. 320.
(2) Bdinburgh Médical artdSupgical Journal : On inquiry into tht natnrâl Ëîstory of the
Menstrual Funciion. T. XXXVIII, p. 227; 1832. T. LVIII, p. 112; 1843. T. LUI, ti. 1 ;
1844. T. LXni, p. 57; 1845. T. LXIY, p. 156, 257 et 423 ; 1845. T. LXVI, p. 56 et 28t;
1846 ; et t. LXIX, p. 69; 1848.
(3) Archives générales de médecine ^ 11* série, t. IX, p. 5el 303; Paria, 1835 : Hecher-
ches sur quelques-unes des causes qui hâtent ou retardent la puberté.
(4) Recherches sur la menstruation^ thèse. Paris, n^ 311, 1835.
(5) De la menstruation (Mémoires de l'Académie royale de médecine ^ t. IX, p. 104, etc.
Paria, 1841).
(6) De la pu^iCrté et de Vàge critique chez la femme^ et de la ponte périodique chez lu
femme et les mammifères. Paris, 1844.
(7) The Médical Times^ t. 111, p. 368; 9 Auf. 1845^
UGIfBâC ntS. — BECHERCHES COMPARATIVES SUR LA MENSTRUATION. 171
iT 1), P. Dubois (2), Marcel Petiteau(3), de Soyre(^], ont publié divers tra-
Tiui sur rftge auquel se maniiéste k première menstruation, suivant les climats,
les races et le genre de vie.
Pour mieux apprécier les différences et les analogies présentées sous ce rap-
port par les femmes de divers pays^ M. Ed. J. Tilt a réuni dans un tableau des
documents statistiques relevés sur 10 422 femmes (5).
Pour chercher à déterminer Tinfluence des climats et des races sur r£q)pari-
tien de la menstruation, pareillement j'ai cru devoir réunir^ dans le tableau ci-
joint, des documents statistiques recueillis sur 15 948 femmes dans différentes
contrées. Malgré l'insufQsance numérique de quelques-unes des séries statisti-
ques relatives à certains peuples, malgré l'absence de tout document sur beau-
coup de régions du globe, ces données positives m'ont paru préférables aux
assertions souvent contradictoires fournies par les voyageurs sur l'époque de la
puberté féminine.
Dans ce tableau, les statistiques sont disposées approximativement d'après la
température moyenne des localités où les femmes ont été observées, en allant
du nord au midi.
Ces statistiques sont dues : à M. Lundberg pour le Labrador (6), à MM. Faye (7)
et Frugel(8) pour la Noi*vége, à MM. Rawn (9) et Leog(lO) pour le Danemark, à
Osiander(ll) pour le Hanovre, à M. Lebrun pour la Pologne (12), à MM. Rober-
tDn(i3), Guy, Lee et Murph} pour l'Angleterre, à MM. Marc d'Espine, Ménière et
(1) TheùMin Journal of Médical Science, Nov. 1, 18A4; |i« 77, p. 17.7, 1845.
(2) TraQé complet de l'art des accouchements , 1. 1, p. 32A. Paris, 1840.
(3) Bulletins de là Société de médecine de Poitiers^ 2« Série, p. 5ft7, n» 26, janvier
4867 (G<u. hebd. méd. etchir.^ 7 août 1857, p. 567).
(4) Gazette des hôpitaux^ 22 septembre 1863 : Dtf /a primiparité à terme,
(5) Monthly Journal of Médical Science^ 1850, t. XI, p. 289 et suiv.
(6) Voy. Edinhurgh Med. and Surg, Journal ^ t. LXIII, p. 57, 1845. La statistique de
M. Limdberg, communiquée à M. Roberton, de Manchester, est relative k vingt et une
jenoss filles dont cinq n'étaient pas encore menstruées, deux à 14 ans, deux à 13 ans, et
une à 12 ans.
(7) La statistique de M. Faye a été communiquée k M. Raciborski {loc, aï., p. 11).
(8) A Government Report on Norway, La statistique de H. Frugelest rapportée par M. Tilt
(/oc. ciY., p. 294).
(9) Bibliothek for Lœger^ janvier 1850. La statistique de M. Rawn est rapportée par
Ï.TiH{/oç. cit., p. 294).
(10) La statistique de M. Leog a été publiée pour la première fois par M. Tilt (loc. et/., p. 294).
(il) Loc, cit. Cette statistique a été publiée et republiée avec quelques variantes^ relative-
iBeot à rige des deux dernières femmes.
(12) M. Lebrun a recueilli à Varsovie deux statistiques, l'une sur 100 illles catholiques,
l'iatre sur 100 fiHee juives. Ces statistiques ont été publiées par II. Raciborski (A>c. ciY.,
M6et31).
(13) M« Roberton a publié une statistique sur 450 filles de Manchester, en 1832 {Edin-
^r^A Med, and Surg, Joumal^X, XXXTIII, p. 231). Vu le nombre considérable, J'ai cru pré-
(Mle de prendre celle que ce confrère donna plus tard sur 540 filles, comme terme de com-
paraison de la puberté des jeunes Anglaises et des jeunes filles de Madère, observées par
V. Djster (t. L&VI, p. 281, 1846). Cette seconde statistique me paraît également porter sur
do filles de Manchester ; car si M. Roberton avait voulu parler 4os Anglaises en général, il
»rtit donné la statistique beaucoup plus nombreuse de Robert Lee et Murphy, qu'il rapporte
précédemmeat, pour la comparera une statistique relative a des femmes des Indes (t. LXIV,
P- 165, 1845).
172
DE L'AGE DE 15 9b8 FEMMES, Ld
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17^ CONGUËS MÉDICAL INTERNA flON AL. — DEUXIËMB SÉANCE DE /OCR.
Brierre de Boismont, Racihorski, P. Dubois, de Soyre, Pétrequin, Boucha-
court (l), StolU et Lévy(2), Marcel Petiteau, Girard et Reynaud(3) pour la
France, à M. Zaviziano pour Corfou^ à M. Dyster pour Madère, à MM. Leith,
Crisp, Goodeve, Dwarikanauth-das-Bossu pour les Indes, à MM. £lliot et Bowen
pour la Jamaïque et les Barbades (i^).
L'influence du climat sur la puberté féminine est généralement regardée
comme très-considérable, surtout depuis les recherches de M. Marc d'Espine et de
M. Raciborski^ qui pense que a chaque degré de latitude fait descendre ou monter
environ d'un mois et quelques jours l'âge moyen de la pubci*ié, selon qu'on
s'approche de l'équateur ou qu'on s'en éloigne vers les pôles » {L c, p. 18).
M. Tilt, tout en restreignant notablement l'iniluence climatologique> arrive à
trouver que^ dans les pays chauds, l'âge moyen de la première menstmation
peut être fixé à 13 ans 16 jours^ dans les pays tempérés à 1^ ans U mois k jours,
et dans les pays froids à 15 ans 10 mois 5 jours.
En effet, si l'on compare les âges moyens des jeunes filles^ lors de la première
menstiiiation dans les États Scandinaves et le Hanovre, en France, à Corfou et
dans l'Asie méridionale, on voit qu'en général la puberté est plus tardive dans
les pays froids que dans les pays chauds.
Tandis que k^Zk femmes Scandinaves et allemandes du Kord habitant en|re
le 5ù' degré et le 60" de latitude nord, sous une température moyenne annuelle
de 5 degrés à 8 degrés, ne sont menstruées qu'à 16 ans 9 mois 16 jours; —
5661 Françaises, habitant enti*e le ^2* degré et le 51* de latitude, sous une tem-
pérature moyenne de 9 degrés à 15 degrés, sont menstruées à 15 ans 1 mois
21 jours; — 33 femmes de Corfou, situé par le 39* degré de latitude, sous une
température moyenne d'environ 16 degrés, sont menstruées k ik ans ; — enfin
11^0 Asiatiques, habitant entie le 8* degré et le 30* de latitude, sous une tem-
pérature moyenne de 20 à 28 degrés^ sont menstruées à 12 ans 11 mois 17 jours.
Pays. Latitudo. Teuporatiire. Ace.
Norvéffe, Danemark etj r«.«^ ..,« .« « .,*.
..." ^ M i I ôOoàeOo 5oà 8° 16 aos 9 mois 16 jours.
AUemagne du nord. ) '
Fraace ^2» à ôl» 9» a i5<> 15 1 21
Curfou ayo IG" 14 » »
Asie aiéridionale 8» à SO^^ 20'' à 28» 12 11 17
Ces différences entre les âges moyens des femmes dp ces divers pays sont
donc considérables. 11 s'agit actuellement de rechercher, autant que possible, si
elles sont attribuables aux diit'érents climiits eu aux difTérentes races qui h^itent
les contrées chaudes ou froides.
(1) La lUtktique de M. Bouchacourt a été réunie à celle d« M, Pélreqi|io par MM. Dé*
sormeaux e) F. Dqbois (Dictionnaire d$ médecine «n 3Q vol., art. Menstruation, p. A4S-â;.
(2) Voy. Topographie eé Histoire médicale de Strasbourg et éu département du Jias-Biùttf
par V. St^ber et Touvdes. Paris-Strasbourg, 1864, p. 267 «1268.
(3) Les slatistiquei de MU. Girard et Reynaud sont rapportées par 1|. Marc 4'Etpiiie
{loc, cit.),
(4) Les statistiques de MM. Zavizeano, Dyster^ Leith, Goodive, Crisg^ Dwarikanauth-das-
Bpitu, SlUot et BoweD soqt r^ppoirt^ei par M. Rob^rloa, de Maneboi^er (Ediuburgh Med.
and Surg. Journal^ t. LUI» p. i, 1844; t. LXIV, p. 156,257 et 423» 1846; t. LIYI^ p. 56;
t. LVIII, p. 11), i84S, et t. LlUI, p. 75, 18A8).
UfîXUt FILS. — BECaEaCH£S COMPABàTiVES SUR LA MENSTRUATION. 17S
Lorsqu'on parcourt F ensemble du tableau^ on reconnaît immédiatement que
Ie> femmes du Labrador, les juives de Pologne^ les Portugaises de Madère et les
négresses des iles de F Amérique tropicale, sont loin de présenter des âges moyens
eD rapport avec les climats si divers de ces contrées. Malheureusement la plupart
des statistiques relatives à ces pays sont trop peu nombreuses pour qu'on puisse
leur accorder une entière valeur. Néanmoins, quand on sait déjà que, selon
Tooke, les femmes samoyèdes^ habitant à Test de l'Obi, deviendraient mères des
l'àge de 12 anB(i}, il est bon de faire remarquer que 16 femmes d'Esquimaux
du Labradoi'x vivant sous une température moyenne annuelle de — 3 degrés, sont
nienstruées à l'âge de 15 ans 11 mois 12 jours, tandis <jue 38&0 Danoises,
vivant sous une température moyenne de 7%6^ le sont seulepient à 16 ans
10 mois 5 jours, près de 11 mois plus tard, contrairement à rinfluence accélé-
ratrice généralement accordée à un climat relativement plus chaud. La diffé-
rence ethnique existant entre les Esquimaux et les Scandinaves et }es Germains
du Nord semblerait donc mieux rendre compte de cette différence dans les âges
moyens de la puberté féminine.
La p(;berté tardive de l^ race germanique avait déjà été remarquée des an-
ciens. Aussi Tacite disait-il : « Sera juvenum veuus^ eo^uc inexhausta ptibertas ; itec
^rgines fesHmmtur... » [De monhus Germanomm^ XX.) MM. Marc d'Espine(2} et
Brierre de Boismont(3j ont également observé qne les jeunes filles qui, par
leun yeux bleus ou verts, leurs cheveux blonds et leur h^ut^ stature, rappellent
le» caractères anthropologiques des anciens Germains, sont ^énéralei^ient peu
précoces. Actuellement encore en France, nos jeunes Alsaciennes, en pai-tie de
race germai^que^ n'arrivent qu'assez taid à la puberté. Tandis que |es
3522 femmes observées à Paris, sous k%^ 50' 13'' de latitude, et par une te^n-
pérature moyenne annuelle de 10** 5', arrivent à la pubeiié à 14 ans \\ mois
33 joui-8, les 1249 jeunes ijllps observées par MM. Stoltz et Lévy à Strasbourg,
par W« 3A'57"| et sous une température moyenne de 9^,8^ n'y arfivcnt qu'à
15 ans 8 mois 28 jours, plus de 9 mois plus tard, malgré la très-minime dif-
férence existant entre la latitude et la température moyenne de ces deu^ villes.
A Varsovie, M. Lebrun^ en comparant deux séries de lOQ jeunes fiUes, les
unes juives, les autres slaves, 4 reconnu que Tâge de }a première menstruation
était de k mois plus précoce chez les premières que chez les secondes. Différence
qui dépasse une année^, s^ Ton comparf cette série de |0U juives npn-seuleip«nt
avec les 100 Polonaises Slaves^ mais aussi avec les 60U jeunes filles de la Russie
méridionale^ dont M. Pau) Dubois a rapporté la statistique (4]. La r^ce juive
semblerait donc encore avoir conservé une plus grande précocité de développe-
ment.
Dans les Indes an^aises, si Ton compare la statistique recueillie sur 239 fenmi^
du Bengale, à Calcutta, situé par 22° 3&' ^5" de latitude, et celle recueillie s^r
301 femmes du Dekkan, à Bombay et à Bangalore, sous le 18* et le 12" degré
de latitude, on trqi^ve que l'âge pioyeii de la puberté est d« 12 Wl 6 mpis
1 jour pour les premières, et de 13 ans 3 mois 8 jom*s po^i- Itt secondas;
(1) Tooke : ^ussian Empire^ vol. II, p. 286, cité par H. RoberlOQi loc, cit. (Edinb.
^. and. Surg, Jûum.^ t. XXIVÏII, p. 239).
(2) Loc.af.fp. 306.
(3)£A;.ct/., p. 117.
'A) Trailé eompUt de tari des accouchements, Paris, 1849, t. 1, p. 325.
176 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL —DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
différence de plus de 9 mois en sens inverse de l'influence attribuée aux climats.
Malgré le grand nombre de races composant la population des Indes> peut-être
pourrait-on regai*der^ avec M. Tilt, les femmes si précoces de Calcutta comme
appartenant principalement à la race hindoue, tandis que les femmes du Dekkan
appartiennent principalement à la race tamoule^ fortement colorée, habitant
antérieurement le pays.
Enfin 77 négresses, vivant aux Antilles, également sous la zone torride, par
le 13* et le 21® degré de latitude, sont loin de présenter la même précocité que les
femmes du Bengale. Chez ces négresses, la menstruation se manifeste 3 ans
plus tard, à l'âge moyen de 15 ans 7 mois 12 jours; c'est-à-dire à un âge su-
périeur à celui des femmes d'Angleterre et de France, et de peu inférieur à celui
des femmes du Labrador.
Parfois donc, les différences que l'on remarque pour l'âge moyen de la pre-
mière menstruation dans les divers pays sembleraient plutôt dépendre des races
humaines qui les habitent que des conditions climatologiques.
Sur les jeunes étrangères venant demeurer dans un pays ti'ès-diffërent de leur
patrie, l'influence du climat semblerait également assez minime. Suivant
M. P. Dubois, le premier indice de la puberté apparaîtrait^chez elles à l'âge où
il se serait manifesté dans leur propre pays ; il en serait de même pour leur des-
cendance au moins pendant les premières générations.
En effet, on serait disposé à contester l'action hâtive des pays chauds sur la
menstruation, lorsqu'on remarque l'âge moyen assez élevé, de 15 ans & mois
27 jours, présenté par 225 fenunes d'origine portugaise, nées à Madère, par
32* 37' de latitude, sous une température moyenne annuelle de 20^3, supérieure
d'environ k degrés à celle de Lisbonne.
Pareillement, on serait porté à douter de l'action retardatrice des pays froids sur
l'époque de la première menstruation chez les filles d'origine étrangère, lors-
qu'on voit M. Rameau avancer que les jeunes filles d'origine française, nées au
Canada, sous une température moyenne annuelle de -|- 5 degrés, inférieure de
5 degrés à celle de Paris, arrivent à la puberté plus tôt qu'en France (1).
Après avoir montré que les conditions ethnologiques rendent souvent mieux
compte que les conditions climatologiques des différences présentées par les
âges moyens, est-il besoin aussi de comparer entre eux les âges communs ?
L'âge moyen est le résultat de la somme des âges des fenunes lors de leur
première menstruation, divisé par le nombre de ces femmes. L'âge conmiun
est l'âge auquel le plus grand nombre des femmes observées arrivent à la pu-
berté, nombre qui, ordinairement, n'excède pas le quart ou le cinquième du
nombre total des femmes.
Suivant approximativement les variations des âges moyens, les âges com-
muns correspondent en général à la quatorzième et à la quinzième année (2).
(i) Bulletins de la Société d'anthropologie^ t II, p. 622, 1861 : Modifications subiespar
les Européens transportés en Amérique,
(2) La différeace existant entre les âges communs de Paris (14 ans) et de Londres (15 ans)
est plus apparente que réelle ; car M. Guy, dans sa statistique portant sur 1500 femmes» a
rapporté i la quinzième année les femmes menstruées durant les six derniers mois de la
quatonième année. — Quant aux âges moyens, leur différence, loin d'être moindre, devrait
au contraire être plus considérable; l'âge moyen des femmes de Paris étant là ans 11 mois
23 jours, celui des femmes de Londresy au lieu de rester à là ans 11 mois 6 jours, devrait
être abaissé approximativement à 1& ans 8 mois 12 jours.
LAGXEAU FILS. — RECHERCHES COMPARATIVES SUR LA M^NSTRUAHON. 177
Aussi M. Tilt a-t-il cru devoir placer enti*e ces deux années son menstrual equator.
Cependant, tandis qu'à Christiania^ à Strasbourg et dans la Russie méridio-
nale, l'âge commun des jeunes filles, principalement Scandinaves, germaines et
5laves^ correspond à la 1 6* année, dans l'Asie méridionale, particulièrement au
Bengale, l'âge commun descend à la 12* année. Les Indiennes de Calcutta, par
cet âge commun, de même que pai* leur âge moyen, se montrent plus précoces
que les filles du Dekkan. Car ces dernières, la plupart de race tamoule, habitant
une région plus méridionale, ont 13 ans pour âge commun.
Il importait également de rechercher si les conditions ethnologiques et cllma-
tologiques ont quelque influence sur la quantité de sang perdu à chaque époque
cataméniale. Malheureusement, les documents propres à résoudre une pareille
question sont insuffisants et contradictoires.
Néanmoins je rappellerai les faits suivants comme les premières données
d'une étude intéressante, dont les observateui-s pouiTont ultérieurement recueil*
lir les matériaux.
Chez les femmes des Esquimaux du Groenland, dont la température moyenne
hyémale est d'environ — 18*", MM. les docteurs Bellebon et Guérault (1) nous
Apprennent qu'on voit souvent l'hémorrhagie fonctionnelle disparaître complè-
tement pendant l'hiver ou se réduire à un écoulement tout à fait insignifiant. La
fécondation, du reste, surviendrait parfaitement dans de semblables circonstances,
après une suppression complète datant de 3 et de 5 mois. Par contre les mêmes
femmes, durant la belle saison, dont la température moyenne est d'environ
10 degrés, verraient le flux menstruel acquérir une abondance considérable. Sans
prétendre en rien contester l'influence que peuvent avoir les variations de la tem-
pérature sur les variations dans la propoilion du flux cataménial, il est bon de
remarquer que, sur ces terres hyperboréennes, l'insuffisance et l'abondance
alternatives de l'alimentation durant les saisons opposées peuvent également
influer sur cette hémorrhagie physiologique ; car, chez la femme, elle supplée
aux épistaxis fréquentes chez l'homme par suite de l'état de pléthore momen-
tanée qui résulte d'une surabondance excessive de nourriture animale.
L'opinion généralement reçue que la menstruation est toujours plus abondante
dans les pays chauds que dans les pays froids, est combattue par M. le docteur
D^ster, de Madère, qui remarque que, très-fréquemment, elle se montre avec
peu d'abondance et de durée.
M. Le Roy (2) prétend, au contraire, que les femmes d'Europe qui vont habiter
b pays tropicaux meiu-cnt souvent d'hémorrhagies utérines par suite de la
transformation du flux cataménial en véritable méti'orrhagie. Cette prédisposition
hémorrhagi(iue amènerait l'infécondité en provoquant des fausses couches, ainsi
que M. le professeur Pajot l'avait observé pour la femme d'un consul habitant
<ilt>*niativement diflérents pays tempérés et tropicaux. Cette prédisposition expli-
querait peut-être comment les Anglais ne pourraient qu'exceptionnellement se
f^produh^ au delà de deux générations dans les Indes orientales (3).
(1) Voyage dans les mers du Nord^ du prince Napoléon : partie physiologique et médicale
rédifée par MM. les docteurs Bellebon et GuérauU, p. 40, 1857.
(2) Emile Leroy, De Vatimentation et du genre de vie au point de vue de leur influence
^lastèrUité, thèse n* 176, Paris, 2 août 1855, p. 28.
(3] Histoire physique, politique et naturelle de Vile de Cuba^ 3 vol., t. I, p. 338,
^^^2*1 et Académie des sciences, i^ mars 186 il : Sur la fécondité du mariage dans Vile de
^^(Arckites géiéralcsde médecine^ p. 627, 1864).
IS
178 CONGRES MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Toutefois, s'il en est ainsi pour les Européennes des Indes anglaises et néerlan-
daises, celte cause d'infécondité ne pouvait pas exister pour la population espa-
gnole des Antilles. A Cuba, dans les 14 années qui précédèrent le recensement
de 1841, la population blanche se serait accrue dans la proportion de 34,5 pour
100, et plus récemment M. Ramon de la Sagra signalait la fécondité peu ordinaire
des femmes de cette riche colonie (1).
Ces assertions, en apparence contradictoires, sembleraient fournir un nouvel
appui à la distinction faite par M. Beiiillon, relativement à l'aptitude à s'acclima-
ter dans les pays chauds, entre les peuples de race ibéricnne et ceux de race
germanique (2). Il serait possible que, dans la race ibérienne, souche principale
des nations espagnoles et portugaises, les femmes éprouvassent peu Tinfluence
fâcheuse du climat chaud ; tandis que dans la race germanique, qui constitue un
des éléments ethniques des nations hollandaise et anglaise, les femmes, sous la
zone torride, devinssent sujettes à une menstruation trop abondante, les prédis-
posant aux métrorrhagies, et par suite aux fausses couches et à une infécondité
)elative.
MÉIlOiRfe 9VR liA MENSf RVATIOm
PAR M. LB DOCTEUR iOULIN (DE PARIS),
Profeeseur agrégé I la Faculté de médecine.
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.
La solution des diverses questions relatives k la menstruation, et qui font le
sujet de ce mémoire, ne peuvent être résolues que par la statistique. 11 est donc
nécessaire, pour arriver à une précision désirable, de tenir presque exclusive-
ment compte des documents qui se traduisent par des chiffres, et de reléguer
sur un plan secondaire les appréciations des auteurs qui ne s'appuient pas sur la
numération. Ces renseignements peuvent servh- de supplément d'instruction,
mais on ne peut les considérer comme probants.
J'ajouterai que ces statistiques doivent comprendre un nombre considérable de
faits pour être discutables. En voici la raison : l'observateur, dans ses recher-
ches, n'opère pas sur des unités de même nature ; le climat, la race, la consti-
tution, la manière de vivre, Tétat de santé, l'hérédité, etc., constituent pour
chaque sujet des éléments particuliers qui se combinent entre eux de façon à
former des groupes excessivement nombreux. Il est impossible, dans une statis-
tique même fort restreinte, de fah-e la part de chacun de ces groupes. Aussi la
comparaison des statistiques partielles, publiées par les auteurs, présente-t-elle
des différences assez notables pour une même contrée, pour une môme ville.
n est évident que la différence de ces résultats tient à la prédominance acci
(1) Builetin de la Société d'anthropologie^ t. YI, p. 121 ; et aiUeurs, Broca.
(2) Dictionnaire encyclopédique des scwnces médicales, 1. 1, p. 288^ art. Acclimatement
par M. Bertillon.
JOOUN. — MÊMOIRK SUR LA MENSTRUATION. 179
dentelle de quelques-uns des éléments que je viens de signaler et qu'on ne peut
éliminer, même dans les séries restreintes.
Ces causes d'erreurs ne sont plus à redouter lorsqu'on opère sur des nombres
considérables ; les individualités disparaissent alors dans la masse, et le résultat
est aossi exact que possible.
La question posée par le programme du congrès contient trois parties distinctes :
i® influence du climat sm- la menstruation^ 2* influence de la race^ 3° influence
du genre de Tie. J'examinerai successivement ces différents points.
I. — INFLUENCE DU CLIMAT.
L'inHuence du climat sur l'apparition de la puberté semblait évidente à tous
les physiologistes, lorsque Roberton, de Manchester, entreprit, en 1833, de com-
battre une opinion si généralement admise ; il publia, pendant plus de 20 ans,
des travaux très-intéressants dans VEdinburgh Médical and Surgicaî Journal. On
pourrait lui reprocher un peu de parti pris, car ses travaux prouvent justement
le contraire de ce qu'il voulait démontrer, c'est-à-diré que l'ftge moyen de la
puberté était partout le même et qu'il échappât à l'action des races ou des cli-
mats. Cependant la science doit beaucoup à Roberton pour ses recherches, let les
documents considérables qu'il a fournis sur la menstruation daiis le sud de
r.lsie sont encore les plus intéressants que nous possédions.
Le docteur Tilt, dans une étude analogue fort bien faite, a contesté avec raison
U manière de voir de Roberton, en démontrant que l'apparition des règles était
plus précoce dans les pays chauds que d&ns les contrées tempérées ou froide^.
D'autres statistiques, partielles et nombreuses, ont été publiées par différents
auteurs ; en les réunissant, j'ai pu opérer sur un chiffre de ih 678 faits, lorsquis
j'ai écrit, dans mon Traité d'accouchements, VsMcleMenstruatûm, auquel je ferai
nécessairement de larges emprunts. Depuis cette époque, M. Lagneau a commu-
niqué à la Société d'anthropologie un mémoire sur le même sujet. J'emprunte à
ce travail 1839 observations qui ne se trouvaient pas dans mes tableaux, ce qui
porte à 16 517 le total des faits qui servent de base à mon appréciation.
ie suis loin de croii*e que ce nombre soit suffisant pour une étude complète et
généi-ale, car si certains pays fournissent un contingent qui ne laisse rien à dési-
i^r, il en est un grand nombre qui ne sont même pas mentionnés.
L'ensemble de ces documents, qui sont i*elatifs à des nations très-difTérentes;
m'a permLs de diviser en trois grandes rones les peujples compris dans cette
étude. La première, tempérée, est circonscrite entre le 33* et le 5A® degré de
latitude nord, avec Manchester et Madrid comme extrêmes limites.
La seconde région, appartenant aux climats chauds, est comprise entre le
33* degré et l'équateur.
La troisième, formée par les régions fVoides, s'étend du 56* degré jusqu'au pôle*
^examinerai séparément chacune de ces ti*ois zones.
De l'époque de la première apparition des règles dans les cumats tempérés.
Le tableau numéro 1, consacré à l'étude de cette zone, est composé de seize
JtatL^ques partielles provenant de : P. Dubois, de Soyre, Brierre de Boismont,
Bouchacourt, Petiteau, Stoltz, Lévy, Raciborski, Marc d'Espine, RoberioUi
180 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Osiander, Grey, Lee et Murphy^ Dyster, Zaviziano ,et Lebrun. Ces statistiques
comprennent 10 080 faits. Pour en utiliser autant que possible les éléments, j'ai
fait pour chaque âge un total qui permet d'embrasser du même coup d'œil
l'ensemble et les détails.
Tableau de la première apparitUm des régies dans les climats tempérés,
basé sur 16 080 faits.
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450
137
1498
1719
242
33
100
1285
10081
Le chiffre le plus élevé du total des âges est de \H2U, et correspond à la
15* année, la iU* donne 1614, et la 16% qui s'en rapproche le plus, 1562.
On peut donc conclure que, dans les climats tempérés, c'est pendant le cours
de la 15" année que les règles font le plus souvent leur première apparition. Je
pense qu'il faut se contenter de cette évaluation approximative, et non pas tenter,
conmie l'ont fait quelques auteurs, de formuler une moyenne rigoureuse indi-
quant l'année, le mois et le jour. En voici la raison : Tàge des jeunes filles est
exprimé en nombres ronds dans les tableaux, 12, 13, ou iU ans par exemple. Il
est certain que ces chiffres ne représentent que des approximations ; car on ne
mentionne pas la date intermédiaire qui est la date réelle de la première mani-
festation, ce qui fait véritablement une erreur de plusicure mois pour chaque
sujet. On ne peut donc extraire d'un groupe d'approximations un chiffre rigou-
reusement exact. De plus, il n'est pas certain que la femme inten*ogée se rap-
pelle précisément une date qui remonte pai'fois à un certain nombre d'années ;
sa réponse peut être erronée et compliquer l'incertitude du résultat. On ne sau-
JOULIN. -^ MÉMOIRE SUR LK MENSTRUATION. 181
rait donc accepter comme exact le chiffre de 15 ans^ 3 mois et 17 jours donné
par le professeur Dubois^ pas plus que les moyennes également précises des
autres auteurs.
A mesure qu'on s'éloigne en plus ou en moins de la 15* année^ on voit
diminuer le nombre des femmes réglées pour la première fois. Cependant, entre
12 et 18 ans^ on peut considérer l'établissement de la puberté comme normal :
plus tôt elle est précoce, plus tard elle est tardive.
J'ai dit combien il faut apporter de réserves dans l'acceptation des résultats
des statistiques partielles ; pour s'en convaincre, il sufQt de comparer celles, au
nombre de quatre, consignées dans le précédent tableau, et qui sont relatives
à la population parisienne, c'est-à-dire dont les éléments sont identiques. Les
1000 cas de de Soyre donnent, comme âge moyen, 15 ans 6 mois et 25 jours.
Les 600 de P. Dubois, 15 ans 3 mois et 17 jours.
Les 1285 de Brierre de Boismont, ik ans et 6 mois.
Les 627 de Raciborski, 16 ans 7 mois et 18 jom-s.
11 existe donc un écart de 2 ans et 1 mois entre les moyennes de M. Brierre de
Boismont et de Raciborski, bien que, je le répète, les recherches aient été
faites dans le même milieu, et par des observateurs également dignes de foi.
Pour les recherches relatives à la ville de Strasbourg, la différence est égale-
ment considérable.
Les 600 cas du professeur Stoltz donnent une moyenne de 16 ans 1 mois et
2h jours.
Les 6/!i9 cas de M. Lévy, 15 ans U mois et 9 joui*s, ce qui constitue un écart
de 9 mois et 15 jours également pour la même ville. 11 est vrai que les recherches
du professeur Stoltz portent sur des femmes nées pour la plupart à la campagne,
et que celles de M. Lévy sont nées pour la plupart dans la ville même. Mais la
quantité indéterminée de ce mélange ne permet pas d'en tenir compte.
Les différences que je viens de signaler tiennent à la prédominance de séries
particulières qui dénaturent ou faussent les résultats, quand on opère sur un
nombre restreint de faits. Je rappellerai l'attention sur ce point lorsque j'exami-
nerai l'action que la race ou le milieu peuvent avoir sur la manifestation de la
puberté.
Mais d'abord appliquons ces données à l'examen des conclusions qui ont été
posées relativement au climat des diverses provinces de la France. Pour moi
l'action des climats est incontestable, mais à la condition que la températmre
moyenne des régions comparées soit très-différente, et je ne puis croire qu'une
distance de quelques degrés géographiques puisse agir à ce point de vue.
M. Brierre de Boismont, au moyen de statistiques partielles empruntées à lui-
même, à Pétrequin, Bouchacourt et Marc d'Espine, a conclu qu'il existait des
différences très-sensibles entre les principales de nos villes. La première mani-
festation de la puberté aurait lieu à Paris, selon cet auteur, à 1& ans, à Marseille
et Toulon à 15, à Lyon de 15 à 16. Il suffit, pour prouver que ce résultat est
uniquement dû à des statistiques insuffisantes, de comparer la statistique de
Manchester par Roberton, et celle de Funchal (Madère] par Dyster. Ces deux
villes occupent les limites extrêmes de la zone que nous étudions, leur latitude
diffère de 21 degrés, et cependant, pour l'une et pour l'auti^e, le maximum de
fréquence de la première apparition des règles a lieu, comme à Paris, à l'Age de
15 ans. S'il n'existe pas de différences sensibles entre deux points aussi éloi-
gnés, il n'est pas présumable qu'on en puisse observer une de plus d'une année
182 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
entre deux villes séparées seulement par li degrés géographiques. La singulière dif-
férence qu'on a cru voir entre Lyon et Paris serait une contradiction avec cette
loi générale, complètement acceptée par M. Brierre de Boismont, laquelle veut
que la puberté soit plus précoce dans les contrées à température élevée que
dans les pays froids. Lyon et Marseille, villes du Midi, retarderaient d'une année
sur Paris et Manchester, situées plus au nord. »
DE LA PREMIÈRE APPARITION DES RÈGLES DANS LES PAYS CHAUDS.
Le tableau relatif à cette zone comprend 1724 observations. Le chifire le
plus élevé, 407, correspond à la 12* année. Cependant celui de la 13* année,
381, s'en rapproche beaucoup. 11 existe donc une différence de plus de deux ans
entre l'établissement de la puberté dans l'Inde et dans nos climats. Si l'écart
était moins sensible, je serais disposé à suspendre mon jugement, en raison du
faible nombre des observations. Mais sur les cinq statistiques appartenant à
Goodeve, Leith, Roberton, Webb et Dubois, et qui constituent ce tableau, dans
quatre le chiiVre ](ù plus élevé coiTespond h la 12'' année. J. Campbell a également
publié un mémoire sur la puberté à Siam, mais les chiffres qu'il donne n'ont
pas ttne précision sufûsante pour entrer dans une statistique.
J'ai joint à ce tableau les quelques faits produits par Roberton, relativement à
la race nègre. Nous en reparlerons en examinant l'influence des races.
Tableau de la première apparition des régies dans les climats chauds,
basé sur 172/i observatioîis.
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1635
89
Les éléments de ce tableau appartiennent à THindoustan. On a invoqué, pour
expliquer la menstruation précoce des femmes de cette région, la précocité des
mariages.
JOULIN. — MÉMOIRE SUR LA MENSTRUATION. 18S
Roberton^ dans un mémoire fort érudit^ a démontré que la précocité des ma-
nages n'est pas particulière à l'Inde, cette déplorable coutume existait presque
généralement en Europe il y a moins de deux siècles, et elle n'est pas encore
complètement effacée de l'Irlande. On la voit coïncider avec l'ignorance^ la
superstition et la mauvaise administration politique. Elle règne encore généra-
lement dans les contrées arctiques^ où les instincts de la brute gouvernent trop
complètement l'homme^ et personne jusqu'à présent n'a prétendu que dans les
contrées arctiques les règles étaient précoces.
Dans rinde, on considère comme une espèce de déshonneur pour les familles
lorsque les filles ne sont pas mariées très-jeunes ; on les unit donc souvent à
7, 8 ou 10 ans^ mais la consommation du mariage n'a lieu qu'à la puberté.
Webb, dans sa statistique, note exactement la date du premier rapprochement
sexuel; dans les observations qu'il cite, il a toujours lieu, chez les Bramins,
16 jours après la première apparition des règles^ à moins de maladie, d'absence
de répoux ou de manque d'argent. Cette dernière circonstance prouve que
Tenfant n'est pas livrée aussi complètement qu'on le suppose aux caresses pré
niaturées du mari, et qu'il existe une cérémonie que le défaut d'argent peut-
rt'lardcr, et après laquelle seulement le mariage est consommé. Chez les Linga-
vets^ les Soudras, les Parias, les Shucklers, l'union définitive est un peu plus
tardive de un ou plusieurs mois.
Ou ne saurait donc invoquer, pour expliquer la puberté prématurée, des rap-
l'rochements qui n'ont lieu qu'après son apparition. On a supposé, il est vrai,
que la jeune fille pouvait recevoir des caresses destinées à hâter la puberté,
cl l'on a donné comme exemple que l'excitation des organes par la présence du
Didie accélère la maturation des œufs chez les ovipares. Il faudrait d'abord dé-
montrer que chez les animaux, la présence du mâle hâte le développement de
la puberté, ce qu'il ne faut pas confondre avec la plus grande fréquence du rut
déterminée par cette même cause chez les sujets .adultes. Il faudrait, en outre,
t'tablir la réalité de ces monstrueuses caresses chez les Hindous. Le docteur
Shortt, de Madras, qui a récemment publié un très-intéressant mémoire sur le
loanage dans les dilTérentes castes de l'Inde, ne dit rien de semblable, et il
n'eût certes pas manqué de noter une énormité aussi révoltante. Il est possible
que des faits de cette nature s'observent chez les Parias et dans les basses classes;
mais je crois qu'on serait mal fondé à considérer cette pratique comme générale.
Si Ton examine ce qui se passe à Londres, on y voit la prostitution recruter
^<*s victimes jusque dans les rangs de l'enfance; un nombre considérable de
jeunes fiUes des classes pauvres sont liwées à un effroyable libertinage bien
aTanl l'âge de la puberté, et cependant on n'y remarque pas que dans cette classe
^ menstruation soit plus précoce, ni que la primiparité s'y observe prématuré-
ment. Tandis que dans l'Inde les jeunes mères de 12 ans ne sont pas absolu-
ment rares, celles de 1& et 15 ans y sont communes; Webb et Leith, qui
notent l'âge des primipares, en offrent assez d'exemples. Dans une liste de
22 observations, Webb cite une primipare de 12 ans, 2 de 13 et 1/ide Ift ans. On
ne voit rien de semblable à Londres. Il est donc permis de croire que la précocité
<i^ la première menstruation ne tient pas chez les Hindous aux unions prématu-
rées, mais uniquement à la haute température du climat.
On a voulu également faire intervenir la spécialité de la race dans cette pré-
cocité. Nous examinerons ce point de la question en étudiant l'influence de la
r»ce sur la menstruation.
184 CONGRÈS MÉDICAL INTEnNATIONAL. — DEUXIÈME SfeA^CE DE JOUR.
DE l'époque de la PREMIÈRE APPARITION DtS RÈGLES DANS LKS CLIMAÎS FROIDS.
Les statistiques qui constituent le tableau de cette zone appartiennent à Raw,
Frugel, Dubois, Faye et Lundberg. Les observations s'élèvent à 4713.
Tableau de la première apparition des régies dans les climats froids,
basé sur 4713 observations»
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100
16
4713
Les chiiTres les plus élevés correspondent à la 15' et à la 16^ année (872 et
874), qui sont presque égales. C'est une année de retard sur la zone tempérée.
Je ferai remarquer, en outre, que la 16* (718) et la 17* (628) sont encore très-
chargées, tandis que la 14* n'est que de 443.
L'écart avec notre zone est moins considérable que celui qu'on observe pour la
zone tropicale. Mais il faut noter que la latitude de Manchester diffère seulement
d'environ 2 degrés de celle de Copenhague et de 7 degi*és de Christiania. Il existe
donc une transition mieux graduée. Les éléments un peu vagues de la statis-
tique de Dubois ne permettent pas d'en déterminer les limites.
En examinant les statistiques pailielles, on voit que dans celle de Bawn
(Copenhague), le chiffre le plus élevé correspond à la 15' et à la 16' année, tan-
dis que dans celle de Frugel (Christiania) et Faye (Noi*vége), qui se rapprochent
un peu plus du pôle, ce chiffre con*espond seulement à la 16' année. On ne
saurait donc ici méconnaître l'influence du climat, celle de la race ne peut
être invoquée. J'ai pris le tableau de Lundberg sur les Esquimaux, seulement
JOntlN. — MÉMOIRE SUR LA MENSTHUATION. 185
pi>ur mémoire et sans lui donner de signification notable ; le petit nombre de
Li\ri qui le composent lui enlève toute valeur.
Je ne dirai rien de l'influence des climats sur la ménopause^ la durée des
K'gles, leur abondance, etc.^ pour cette raison que les documents que nous pos-
stfdons sur ces points de la question sont beaucoup trop insuffisants pour per-
iiii'ttre de formuler des conclusions positives.
IJ. — INFLUENCE DE LA RACE SUR LA MENSTRUATION.
L'influence de la race sur l'apparition des règles doit être naturellement établie
par la comparaison des types purs des trois races principales : aryenne, mongole et
nègre. Puis, si l'on obtient de cette étude un résultat évident, on pourra le pour-
iu'wre dans les divei*s rameaux qui en dérivent.
Pour la race nègre, nous possédons seulement la statistique de Roberton,
empruntée à EUiot et à Bowen, et comprenant 89 faits recueillis à la Jamaïque
et à la Barbade. L'âge moyen représenté par ce tableau est de 1/i ans et
10 mois. C'est un chiffre un peu plus élevé que la moyenne fournie par le
climat de l'Inde; j'ai démontré combien les résultats moyens donnés par les
pitiU nombres étaient peu concluants; l'âge moyen des négresses reste-
nit-ille même si, au lieu d'opérer sur 89, on agissait sur plusieu» milliers?
On n'en sait absolument rien. J'ajouterai que pour le nègre esclave, il existe des
conditions de dépression physique et morale dont il serait peut-être utile de
tenir compte, et que les statistiques ayant pour base les nègi'es libres de l'Afrique
présenteraient plus de garanties d'exactitude.
En ce qui conccnie la race mongole, les documents sont encore plus res*
ircints; le seul que nous possédions nous vient de Lundberg et porte sur
16 Esquimaux. Je l'enregistre sans vouloii* lui accorder la moindre significa-
tion. Le docteur Lagneau, dans un mémoire récemment communiqué à la
Société d'anthropologie, a invoqué l'influence de la race pour expliquer les
différences qui existent entre les moyennes de quelques statistiques partielles
de certaines villes de France. Je le répète, avant d'établir des distinctions à ce
point de vue entre les rameaux, il faut savoir s'il en existe véritablement entre
les branches principales. En admettant la certitude de la difl'érence d'origine in-
v<x]uée par M. Lagneau, les mélanges qui se sont opérés pendant le cours des siè-
cles ont fondu les types, et les caractères ethniques ne peuvent guère êti*e invoqués
dans ces conditions. 11 ne faut demander à l'anthropologie que ce qu'elle peut
donner, et les déductions, pour être acceptées, doivent s'appuyer sm* des bases
certaines.
En résumé, les documents afGrmatifs sur l'influence de la race nous font pres-
que absolument défaut, mais il en 'existe de négatifs qui prouvent que, dans
tous les cas, l'action de la race serait subordonnée à celle du climat. Il existe
une différence de plus de deux ans entre l'apparition des règles chez les femmes
de nos contrées, comparées aux Hindoues. Quelques auteurs ont invoqué, pour
expliquer cette difl'érence, la spécialité de la race. Les travaux des anthropologistes
niodei-ncs ne permettent pas d'accepter cette explication. Les femmes de
l'Inde, non-seulement n'appartiennent pas à une race différente de la nôtre,
mais encore certains auteurs, dont l'opinion n'est encore que discutée, ont placé
dans cette contrée l'origine de la race blanche, et ont fait du type aryen le
186 CONGRÈS MÉPICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
représentant le plus pur de notre ascendance. La race est donc la même et la
précocité difïërenle ; on ne peut donc invoquer comme raison principale que la
différence du climat.
L'étude de la menstruation, dans ses rapports avec les races, n'est même pas
à l'état d'ébauche, cl il est nécessaire, avant de se faire une opinion sur ce
point, qu'il se produise des documents nouveaux.
m. —INFLUENCE DU MIUEU SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA MENSTRUATION
Lorsqu'on examine, dans un même climat, l'écart de huit ou neuf années qui
existe entre les limites de la puberté prématurée ou retardée, on est forcément
amené à conclure qu'il existe des causes individuelles très-puissantes qui
influent sur la manifestation de la fonction. On a naturellement cherché à déter-
miner l'influence spéciale de ces causes dont la combinaison rend les résultats
des petites séries si peu concluants. La constitution, l'habitation, le genre de vie^
jouent certainement un rôle plus ou moins actif à propos de l'époque où
la puberté se manifeste, et la statistique a tenté de résoudre quelques-uns de
ces problèmes. Je crois qu'on n'est guère plus avancé sur ce point que sur
l'étude des races, et que la véritable cause de ces variations n'est pas du domaine
des chiffres, elle fait partie des mystères insondables de l'organisme.
On a beaucoup parlé, comme d'un fait démontré, de l'influence du séjour
des villes ; l'opinion s'est basée sur les résultats obtenus par Mai'c d'Espine et
Brierre de Boismont. Examinons ces résultats.
L'étude de Marc d'Espine porte sur 66 femmes de la campagne comparées
à un même nombre de sujets habitant la ville. lia trouvé que la menstruation st'
manifestait 6 mois plus tôt chez les dernières que chez les premières.
BrieiTe de Boismont, sur 276 femmes de la campagne, a noté comme moyenne
14 ans et 10 mois. Sur 205 femmes habitant les villes de province, il a trouvé
comme moyenne l/!i ans et 9 mois.
Enfin 203 femmes, dont /i/5 seulement sont nées à Paris, ont fourni une
moyenne de iU ans et 10 mois. Pour Marc d'Espine, la différence est de 6 mois.
Pour Brierre de Boismont, elle serait nulle, bien que ses conclusions ne soient pas
tout à fiMt d'aecord avec ses chiffres.
Mais, alors même qu'il existerait une différence beaucoup plus considérable,
la question serait loin de me paraître jugée, en raison du faible nombre d'obser-
vations. J'ai montré, en examinant les statistiques bien plus importantes faites
sur Paris, qu'il existait un écart de deux ans entre les résultats obtenus par
les auteurs qui opéraient sur les mêmes éléments de population. Je ne saurais
trop le répéter, les statistiques de cette nature ne seront probantes que lors-
qu'elles comprendront des mêmes faits.
TILT. — (NFLUENCE DU CLIMAT SUR LA iMENSfRUATION. 187
9E Ii*IIIIFf^Vi:i«€Ci DU CI41IAT WW D« li/k RACK
PAR M. LE DOCTEUR TILT (dE LONDRES),
Membre da Collège royal des médecins.
L'important ouvrage de M. Brierre de Boismont sur la menstruation (1) et celui
que j'ai publié sur le même sujet (2) fournissent des renseignements assez com-
plets sur la plupaH des questions qui se rattachent à l'étude de cettQ fonction^
iiads les pays tempérés. Les statistiques recueillies par MM. les docteurs H^wn et
I.t^vy, pour la Société médico-chirurgicale de Copci^bague^ donnent des indica-
tions précises sur les lois de la menstruation dai^s les pays froids; mais nous ne
savons presque rien sur ce qui se passe à cet égard dans les pays chauds. Depuis
vingt ans que ce sujet m'occupe^ j'ai souvent prié les médecins qui exercent
ilans les pays tropicaux^ de rédiger des tableaux indiquant l'âge auquel la mens-
tniation parait habituellement pour la première fois dans les régions qu'ils h«^-
bitent; mais jamais je n'ai pu obtenir une réponse catégorique à ces questions.
J'espère que l'iipportance accordée à ce sujet par le Congiès international réveil-
lera le zèle de nos confrèr^s^ et déterminera quelques médecins à trioxnpher des
diflkultés que présentent de Celles investigations, difficultés qui paissent en partie
de ces sentiments de pudeur que la barliarie ue p^ut enUè^*ement éteindre, et
en partie des préjugés religieux qui élèvent, daps b^en des paySj upc barrière
entre les indigènes et les étrangers. En attendant, il me paraît utile de dresser
l'inventaire de ce qui nous est connu sur ce point, et de signaler les nombreuses
lacunes qui nous restent à combler : une connaissance approfondie de cette
question me permettra de le faire avec une grande concision.
Dans l'étude de la menstruation, il faut signaler la première apparition du
flux menstruel, l'époque de sa disparition ou la ménopause, le degré de régula-
rité du retour mensuel, l'abondance du flux et le cortège de douleurs qui l'ac-
compagnât, car il s'agit de savoir comment et jusqu'à quel poii^t cette fonction
est modifiée par : 1^ fe climat, 2'' pa^* la race, 3^ par l'état social.
I. — EFFETS DU CLMAT SUR LA MENSTRUATION.
En fait de menstruation comparée, ce que nous savons de plus précis, c'est l'épo-
que de la première apparition des règles dans différents pays. J'ai donné dans mon
ouvrage un tableau qui résume tout ce qui a paru jusqu'à présent sur ce sujet (3).
D'après ce tableau, on peut accepter comme démontré que si la première
menstruation a lieu à l'âge moyen de 12 ans et 6 mois chez les femmes hindoues,
le même phénomène ne se produit chez les femmes anglaises qu'à l'âge moyen
de ik ans et 9 mois, et que cette époque est retardée jusqu'à l'âge de 16 ans et
iO mois chez les Danoises. M. Hoberton, de Manchester, qui a beaucoup étudié
(1) Brierre de Boiimont, De la mefistruation considérée dans ses rapports physiologiques
etpathoiogiques. Paris, 18â2.
(2) On Utérine and Ovarian Inflammation ^ and on the Physiology and Diseases of MenS'
fntation. Loodofi, 1862.
(3) Ce tableau éerit en anglais n'a pu trouver place ici.
188 CONGBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
celte question, attribue la précocité de la menstruation aux Indes à la licence
des mœurs et aux lois religieuses qui prescrivent le mariage aux jeunes filles
avant Tépoque de la puberté ; mais pour ce qui touche à la corruption des mœurs,
les Indiens sont dépassés par les Esquimaux^ comme le montrent les relations de
voyage du capitaine Parry, et pourtant, chez ce peuple septentrional, la première
menstruation est souvent retardée jusqu'à la vingtième année. Les Anglaises et
les Danoises sont de même race, ont la même religion, la même civilisation^ le
même mode d'alimentation, et si la première menstruation apparaît deux ans
plus tard chez les Danoises que chez les Anglaises, la rigueur du climat me
paraît offrir la seule explication rationnelle de ce fait. Poui* éclairer la question,
j'ai cherché à préciser l'influence des saisons sur la première éruption des règles
dans un climat tempéré. J'ai donc interrogé 388 femmes sur l'époque de l'année
dans laquelle la menstruation avait paru pour la première fois ; de ce nombre,
j'ai dû éliminer 100 femmes qui n'en avaient pas conservé un souvenir précis, et
j'ai trouvé que la menstruation avait paru pour la première fois, en hiver, chez
U^ femmes, en automne chez 16, et au printemps chez 32, mais que 197 fois
elle avait débuté en été. 11 faut aussi tenir compte de l'assertion de certains
voyageurs, d'après lesquels la menstruation n'apparaîtrait qu'en été chez quel-
ques peuplades d'Esquimaux.
Quant à l'influence du climat sur la menstruation des femmes qui passent leur
vie dans un pays différent de celui où elles sont nées, il faut avouer que notre
ignorance est à peu près complète à cetégai*d. Le docteur Webb, qui a longtemps
exercé la médecine à Calcutta (1), prétend avoir appris, de la maîtresse d'une
grande maison d'éducation destinée aux orphelines nées aux Indes de parents
européens, que chez elles, la menstruation ne débutait guère avant l'âge de
13 ans, et que la première apparition des règles était souvent retardée jusqu'à
l'âge de 16, 17 et 18 ans; mais l'absence de documents positifs ne permet pas
de contrôler cette assertion. Nous savons, en tout cas, que même en Angleterre,
beaucoup de femmes sont réglées pour la première fois à 11 ans, à 10 ans et
même à 9 ans.
Effets du climat sur la ménopause. — Je crois qu'il est à peu près aussi facile
d'apprécier exactement la date probable de la ménopause que d'établir celle de
la première menstruation, et en réunissant mes observations à celles de M. B. de
Boismont et de M. le docteur Guy, j'ai obtenu (2) un total de 1082 cas, qui m'ont
permis d'établir avec quelque exactitude la date moyenne de la ménopause, en
France et en Angleterre ; elle doit être fixée à l'âge de &5,7 ans.
Les statisticiens danois n'ont pas cherché à établir l'âge moyen de la méno-
pause dans leur pays, et nous ignorons comment se passent les choses dans les
pays tropicaux.
Les anciens législateurs de l'Inde se trouvent en accord avec la physiologie,
en fixant à 12 ans l'époque de la nubilité ; il se peut que ces législateurs aient
eu raison en plaçant la ménopause à l'âge de 50 ans. Le seul document qui
tende à le prouver, est une note remise au docteur Webb (3) par un étudiant
indigène. C'est une liste de 13 femmes hindoues chez lesquelles la ménopause
a eu lieu :
(1) Webb, Paihohgica indica^ part. H, p. 261.
(2) Tilt, On ihe Change oflife^ p. 16.
(3) Webb, Paihohgica indica^ part. Il, p. 279.
2
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56
1
— .
57
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58
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-~
59
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60
TILT. — JNFLU£MC£ DU CUMAT SUR LA MENSTRUATION. 189
i femme à 50 ans. i femme à 63 ans.
— 64
— 65
— 67
— 68
— 80
Il y a probablement un peu d'hyperbole orientale dans ces résultats singuliers.
Il faut avouer que nous savons peu de chose sur la ménopause et la mcns-
tniatioDy soit dans les pays chauds^ soit dans les froids. Nous ferons seulement
obsener qu^au dire de certains voyageurs, le flux menstruel est non-seulement
retardé, mais encore diminué chez les femmes de quelques peuplades d'Esqui-
maux; ce qui confirmerait jusqu'à un certain point l'assertion d'Hippocrate que
cbei les Scythes, la menstruation était à la fois peu fréquente et peu abondante.
Il m'est permis peut-être de formuler une opinion personnelle sur l'état de la
menstruation des femmes anglaises qui vont résider aux Indes, parce qu'un
a5<«z grand nombre d'entre elles reviennent en Europe pour se faii*e traiter d'af-
fections utérines contractées aux colonies. L'habitation de l'Inde ne tarde pas à
déranger la menstruation des Anglaises : tantôt les règles sont bimensuelles ;
tantôt elles se prolongent outre mesure pour ne revenir que toutes les six se-
maines. Quelquefois il se produit un suintement rougeàtre pendant les cinq
DKHs que dure la saison chaude, tandis que dans la saison des pluies, la mens-
troation redevient normale, mais ne revient que toutes les six semaines à peu
près. La quantité du flux mensti-ucl est beaucoup augmentée, et au bout d'une
année de séjour aux Indes, le teint a pâli, les forces ont baissé, et je ne crains
pas d'affirmer que les dérangements de la menstruation déterminés par le séjour
aux Indes ne permettront jamais aux Anglais de coloniser cet empire comme ils
ont colonisé l'Amérique et l'Australie.
II. — EFFETS DE LA RACE SUR LA MENSTRUAnON.
Il me paraut résulter de tout ce qui précède qu'on a quelquefois attribué à la
race ce qui dépend du climat, et, sans nier que la menstruation ne puisse être
plus ou moins précoce dans les branches dilTérentes de la famille humaine, je
maintiens que cette opinion ne repose sur aucune preuve. M. Walkcr (1) accepte
comme un fait positif que la menstruation est toujours précoce chez la femme
mongole, soit qu'elle habite la Chine, la Sibérie, le Japon, ou les confins des
glaces polaires ; mais cette assertion ne repose que sur les récits des voyageurs,
et ne peut invalider le fait bien autrement authentique que la menstruation dé-
bute chez l'Anglaise deux ans plus tôt que chez la Danoise, bien qu'elles appar-
tiennent à la même race et à la même religion, bien que leur alimentation soit
la même, et malgré leur commune habitude d'user de boissons fermentées. Mais
3 existe une nation orientale qui se prêterait admirablement à l'étude de cette
question. Son histoire et ses lois sont également bien connues; elle vit au milieu
d'autres nations sans jamais mêler leur sang avec le sien. Et pourtant sa physio-
nomie subit l'influence du climat qu'elle habite ; elle peut prendre le teint noir
de l'Africain ou la blonde chevelure des races du Nord sans cesser de conserver
^n type individuel. 11 s'agit de la nation juive. Que devient la menstruation chez
(1) Wilkar, On intermarriage^ p. 6.
490 CONGRÈS MÉDICAL INTERMATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
ce peuple étrange? M. Raciborski a constaté, à Varsovie, que tandis qu'à peine
une femme sur 100 parmi les Slaves était menstruée avant la treizième année.
cette proportion s'élevait à 12 pour 100 chez les femmes juives. 11 est à
regretter que cet observateur distingué ail omis de publier les chiffres qui ont
servi de base à sa statistique. Quant à moi, j'ai vu souvent la première menstrua-
tion retardée jusqu'à 17, 18 et 20 ans chez les juives de la classe inférieure de
Londres.
m. — INFLUENCE DE L'ÉTAT SOCIAL SUR LA MENSTRUATION.
On peut admettre comme un fait démontré, que quel que soit le climat, ou ia
race qui l'habite, la menstruation sera d'autant plus précoce que la constitution
est plus amollie par Texcès du luxe et du bien-être, et les habitudes débilitantes
d'une civilisation trop avancée. Ainsi, les statisticiens danois, s'appuyant sur
/iOOO observations, ont trouvé que l'époque moyenne de la première menstinia-
tion était, pour la population des villes :
Pour les femmes de la classe supérieure.. . Id ans 3 mois.
— — moyenne. ... i5 ans 5 mois 1/2.
— — inférieure.... 46 ans 5 mois i/4.
Il ressoil des mêmes statistiques que, tandis que la menstruation débute, à
Copenhague, à 15 ans et 7 mois, et dans les villes de province à 15 ans et & mois,
elle n'appai'ait chez les paysannes qu'à 16 ans et 5 mois. Ces résultats confiruient
les recherches de M. Brien*e de Boismont^ qui a démontré qu'en moyenne la niens>
truation débutait trois mois plus tôt chez les Parisiennes que chez les provin-
ciales, et quatre mois plus tôt dans les villes que dans les campagnes. Le même
observateur a prouvé qu'en France, la menstiiiation était plus précoce chez les
riches que chez les pei'sonnes de la classe moyenne, et qu'elle était encore plus
tardive dans les classes laborieuses.
En compai'ant, à Londres, 500 femmes de la classe moyenne avec le même
nombre de femmes prises dans les classes inférieures, j'ai trouvé que, pour les
pi'eniières, rétablissement de la fonction menstruelle avait lieu en moveune à
13 ans 3 mois, et à ii ans 2 mois pour les dernières. 11 pai*aît qu'il on est de
mcnie aux Indes, d'après le témoignage d'un médecin indigène (1) cité paj* le
docteur Webb ; il dit n'avoir jamais entendu parler d'une pi'eniicre menstruation
chez les feiumes du peuple avant la douzième année, tandis que les menstrues
paraissaient souvent dans le cours de la onzième ou dixième année chez les
enfants des familles opulentes.
yuant à l'iniluehce de l'état social sur la régulaiité et l'abondance du flux
menstruel, nous ne possédons que des assertions vagues, comme celles de Bagliu
et Stahl, qui affirment que la menstruation est plus stable et moins susceptil)lc
d'anomalies morbides chez les paysannes que chez les femmes habituées au
séjour des villes. M. Brierre de Boismont et le docteur Pidoux affirment que dans
les couvents, après une jîremière année pendant laquelle la menstruation est
orageuse, le flux menstruel revient régulièrement tous les mois sans douleur,
mais en très-faible quantité. J'ajouterai que le docteur Ferrus m'a assuré que
chez les détenues, la menstniation était ordûiairement irrégulière ou complé-
ténlent supprimée*
(1) Webb, Pnthohgica indica^ part. IL
PAYE. — MENSTRUATION EN NORVÈGE. l91
BR liA. mehstrijatioiv km ivoryécsk
PAR M. LE PROFESSEUR PAYE (l)E CHRISTIANIA),
Mëdecin da roi.
La cinquième question du Congrès médical international de Paris : « De
l'influence des climats^ des races et des différentes conditions de la vie sur la
menstruation des diverses contrées » appartenant à ma spécialité comme pro-
fcssi'ur de clinique à la Maternité de Christiania (Norvège) et professeur d'accou-
chement à l'université, j'ose vous oflrii* ma faible contribution en réponse de
^otre digne appel au monde scientiûquc.
Les obsenations sur lesquelles sont fondés les résultats suivants ont été
recueillies par moi^ aidé par un de mes anciens chefs de clinique, M. Vogt. —
Toutes les femmes ont été accouchées à la Maternité.
Le nombre total des observations est 3000.
loge des sujets examinés est connu et constaté pour un nombre de 29&6, ainsi
qu'il suit :
An-desBOtts de 20 ans 82 femmes s= 2,8 p. 100.
Entre 20 et 25 ans
— 25 et 30 ans
— 30 et 35 ans
— 8S et AO ans
— AO et A5 ans
Au-dessus de A5 ans
Age inconnu chez 5A —
La plus jeune des femmes (accouchée) a 16 ans 1/2, la plus âgée 49 ans 1/2.
CONDITIONS SPÉaALES, PROFESSION :
Femmes mariées des classes sociales supérieures (fonctionnaires publics) ... 9A
— du commerce et fabricants 160
— ouvrières A62
femmes non mariées qui ont eu une éducation soignée 9 A
— servantes 1980
— travaillant dans les fabriques 58
— appartenant à la prostitution publique 95
— > d'un état inconnu 16
Veuves A6
Le nombre des femmes mariées est. . . . 716 = 23,9 p. 100 du nombre total.
— non mariées. . . . 2284 = 76,1
De cette dernière catégorie, nmi mariées, le nombre des servantes filles dépasse
la moitié : 86,6 pour 100, ce qui prouve que leur moralité ne peut résister aux
"déductions dans la capitale de la Norvège.
82 femmes
= 2,8
999 —
= 33,9
1043 —
— 35,4
495 —
— 16,8
240 —
= 8.1
68 —
=: 2,3
19 —
- 0.6
bans la 27*
année.
AG£ DE LA FREMIÉl
i
\E MENSTRl
Dans la
:ation :
25* année
23»
21«
19«^
17»
15»
i3«
i
— 24«.
A
8
— 22«.
20
29
— 20V
— 18«.
194
354
173
437
— 46",
693
A22
— i4«
258
18
1
71
— 12*
!!•
6
— 10"
2«
i
192 CONGRÈS MÊDIC4L INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Rebiarques. — Un nombre de 302 femmes n'ont pas pu donner des renseigne-
ments. Chez 6 femmes, toutes primipares, la menstruation avait été tout à fait
absente. L'âge moyen, pour la première menstruation chez 2691 femmes, est
16,375 ans.
La fenmie qui a eu sa première menstruation à l'âge de 27 ans n'avait pas
été menstruée avant sa grossesse, anivant dans sa 26" année; elle était mariée.
Après son accouchement, elle eut une menstruation régulière.
Chez une autre femme, âgée de 23 ans, la même obsei-vation a été faite. —
Uue autre femme, menstruée dans sa 19" année, n'a remarqué aucun flux
menstruel depuis la première menstruation jusqu'à son premier accouchement,
à l'âge de 25 ans ; alors les règles sont revenues. Le même cas est observé chez
une primipare de 27 ans. Elle avait été menstruée une fois dans sa 16* année,
et depuis la menstruation a fait défaut pendant 11 ans. Toutes deux se portaient
cependant bien.
La femme chez laquelle la menstruation a commencé dans la deuxième année,
femme d'un paysan, ;\s:ée de 30 ans, mariée depuis la 21" année, d'une hauteur
de k6 pouces seulement, avait fait trois couches avant qu'elle entrât dans sa
quatiième grossesse pour être accouchée dans la Maternité. Le flux menstruel
se montrait régulièrement chaque mois, mais durait seulement un jour jus-
qu'à sa 21* année ; après ce temps, la durée de la menstruation est devenue
plus longue (de 2 à 5 jours). Les trois couches antérieures ont été très-
laborieuses. La perforation de la tête a été faite deux fois. Un enfant est né
avant le terme. Tous étaient mort-nés. L'accouchement a été provoqué arti-
flciellement la quatrième fois à la Maternité, six semaines avant le terme de
la grossesse ; mais malheureusement la mère a succombé à la suite d'une
fièvre puerpérale. — Le bassin était rétréci dans tous les diamètres antéi'o-posté-
rieurs. Le détroit supérieur mesurait 2 pouces 10 lignes. — Les détails de ce
cas intéressant ont été exposés dans mon rapport annuel de la Maternité pour
l'an 1850, qui a été présenté à l'Académie de médecine à Paiis, et doit se
trouver dans les archives de l'Académie. .
MENSTRUATION RÉGULIÈRE OU IRRÉGULIÉRE. — INTERVALLES DES MENSTRUATIONS.
Régulière toutes le& â semaines chei.. 1984 femmes s=s 72,9 p. 100.
Presque régulière entre 3 et â semaines 147 — si S,â
— toutes les 3 semaines 330 — s= 12,1
— — 2 semaines 9 — ^
— entre 2 et 3 semaines 16 —
— — 4 et 5 semaines 17 —
— toutes les 5 semaines... .*. . 10 — \ =3 2 a
— entre 5 et 6 semaines 1 — r '^ >
— toutes les 6 semaines 9 —
— — 12 semaines 1 —
— 2 à 3 fois par an 1 —
Irréguliére et les intervalles indéterminés. .. . 190 — s=s 7,0
Fait défaut entièrement 6 — => 0,2
270 fenunes n'ont pu donner des renseignements certains.
Nous avons aussi essayé de nous procurer des renseignements sm* les phases
de la lune, poiu* savoir si un plus grand nombre des femmes sont meusti'udus
pendant la croissance de la lune, mais il a été impossible de préciser les obser-
vations d'une manière exacte à cet égard.
fAYE. — MENSÎROATlOtf EN NOftVÊÛÊ. 493
DURÉE DE l'écoulement.
Les renseignements obtenus sont extrêmement variables, entre 1/2 et 1/i jours.
In nombre de 2160 femmes ont donné» après un examen exact, les résultats
suhrants :
Le flux meutruei durait de 1 à 8 jottn ehei 14,7 p. 400.
— — 5 à 6 — 3,1
«. _- 4 4 5 — 8,4
— — à — 4,5
_ _ Z h à — 26,7
— — 2à3 — 16,0
— — 2 — 5,1
— — 1 à 2 — 4,9
On verra que les données sont vagues. Les femmes n'out pas pu justifier la
durée de leur menstruation. Les servantes» et en bloc les classes inférieures» n'y
font pas une attention exacte.
n y avait» parmi le reste du nombre total (10»3 pom* 100), plusieurs femmes
qui ont dit que leur menstruation durait de 8 kik jours; mais nous ne savons
pas si la menstruation a toiigours été normale cbez ces fenunes. L'état de la
;7ossesse a empêché des recherches exactes à cet égard.
NOMBRE DES ENFAKTS ET DES FAUSSES COUCHES.
i** grossesse chei 1632 femmes ss 55,1 p. 100.
2« 843 — = 28,5
3« 232 — = 7,8
4« 87 — = 2,9
5« 48 — = 4,6
6« 46 — = 1,6
7« 27 — = 0,9
8« 20 — « 0,7
9« 11 — = 0,4
10* 5 — = 0,2
11* 6 — e= 0,2
W 2 — s= 0,07
U nombre des femmes sur lequel est fondé ce tableau est de 2959» qui ont
<ionné des renseignements exacts. Le nombre des enfants (à ternie ou pré-
°^urés) a été de 3000» dont 39 jumeaux et 1 trijumeau; soit 1/il enfants à
ajouter au nombre des fenunes. Le nombre moyen des grossesses devient 1»85
P<Mir chaque femme.
MENSTRUATION' PENDANT LA GROSSESSE.
Seulement 11 femmes ont observé un flux menstruel au cours de la grossesse.
l<s renseignements sur ce point sont trës*incomplets ; le résultat de nos examens
^ le suivant :
1 femme a eu la menstruation 1 fois pendant la grossesse.
2 — — 3 fois pendant là grossesse, régulièrement.
^ — — 4 fois pendant la grossesse.
3 — — pendant toute la durée de la grossesse, excepté le
dernier mois.
3 — — pendant tous les mois de la grossesse.
^ — — plusieurs fois pendant des grossesses réitérées.
13
hl^ CONGRÈS MÉDICAL UTTERNATiONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE lOUB.
Prol>ablemenl plusieurs femmes ont eu un flux menstruel une seule fois sans
s'en souvenir. — Quant à l'endroit d'où le flux sietnguin a son origine pendant
la pt>s5e»se, on n'ei^ ^\ pas l^ucuup, mais jl est probable qtt« !• »»« est
tr^rissudé par le fqn4 du vagin, si l'état des orgwies interoea n'est paa anonual.
LES RELATIONS DE LA MENSTRUATION A LA LACTAnON.
J'ajoute mes observations sur ce point ^s$ez intéressant, quoiqu'il n'entre pas
dans les questions spéciales.
Le nombre des pluripare» qui se sont présentées à la Maternité et ont pu don-
ner des renseignements sur leur état de lactation est 1327. Or, de ce nombre,
125 femmes ont au la menstruation pendant la lactation = 10,6 pour 400. —
Les détails de nos observations sont exposés pour chaque femme dans notre mé-
moire statistique, dans lequel sont aussi insérées des observations sur tous le»
points concernant l'état de gravidité et de puerperium. Je n'ose pas les éuu-
niérer ici, mais coname le mémoire imprimé dans notre journal médical,
Sorsk Magasin, a été présenté aux deux Académies de Paris, et 1)|. le directeur
Husson aussi a reçu un exemplaire du consu} français à Christiania, on pourrait
au besoin consulter le livre imprûné. Je me permets de donner ici Iç résultat
sommaire :
De 1S5 femmes qui ont été menstniées pendant la lactation, iO étaient ma-
riées et 85 non mariées.
67 femmes ont eu la mcnitruation pendant leur lactation après la !'• grossesse.
27 ^ — — — I*
4 - - - *'
5 - - - 5-
i - " - 6*
S ^ - - !••
Plusieurs femmes ont dit quelle» ont eu U menstniatiou pendant des lactations
successives et qu'ofles ont conçu pendant le temps qu'eUes ont allaité leun
enfants. ^ , . a ^ j m .
U durée de la lactation a été variable entre quelques mois et 1 ans 1/2.
60 femmes ont donné le sein 1 à 2 ans et au-dessus.
L'âge des fammes a varié de 19 à ^8 ans.
U plus jeune (19 ans) éteit mariée, V aceouehement à la Maternité. Elle a
allaité-son premier enfant pendant 8 an» et a eu la menstruation S mote après
le premier accottchement.
U plus âgée (UZ ans) 11' accouchement, nous a dit qu'elle a eu la rocnstroa-
tion généralement après tous le» aocouchement. préeédaats pendant la lactation.
Une autr* feii^me (38 an»), vepue également pour êUe accoicM* é% son
iV enfant, non» donna les mêmes fcaseigneiaents.
Plusieurs femmes ont eu leurs menses seulement une fois pcndani la l^ctaUoa
et sont immédiatement devenues enceintes.
Une fenmie âgée de 38 ans, 7" accouchement, nous a dotiné un rensei-
gnement assez remarquable. Elle n'avait pas eu la menstniatiou, après son
premier accouchemtiit, pendant tout la temp» «uivant. BUe avait en un enfant,
environ tous les deux ans et donné son sein à l'enfant pendant les mtervalle^.
Apres son 6' accouchement, la menstruation revenait pendant la lactation*
On ferra par toutes nos observations une affirmation de plus de ce fait : que les
mamelles et les oyaires peuvent très-bien fonctionner ensemble, et que cette
actirité simultanée n'est pas pii^^GVfk&ni rare.
Comme un supplément utile et bien intéressant, je suis en état de donner'
quelques résultats statistiques concernant la menstruation, que mon collègue
H. le docteur H. Vogt a pris la peine de recueillir des différentes provinces
de la Norvège, en faisant appel aux recherches des médecins du pays entier.
Les résultats sont encore restreints, mais seront complétés quand les réponses
de tous les médecins nous seront connues. — En se rappelant que la Norvège est
située entre 58 et 71 degrés de latitude N.^ on pourrait supposer que les climats
différents de nos vallées et de nos montagnes doivent exercer un^ influence
notable sur la fonction mensuelle de l'utérus. Il p'en est cependant rien, comme
on peut constater par les observations faites principalement sur la population
rurale et paysanne. Sur un nombre de 1821 femmes, dont 1083 étaient non
nuriées, Vftge de la menstruation ne diffère que de quelques dixièmes^ el
chose à remarquer, 1<l menstruation copmience uq peu plus tôt d^ns les régiqi^i
du \o[é, L'Age moyen pour tous les départements est de 16,12 ans. L^ différence
iosignifiaiite de ce ctûffre, comparée ^vec la statisti(|ue précédente, s'explique
^s doute par le petit nombre de ces dernières observations. — : La p|us jeune
des femmes examinées avait un âge de 11 ^ns, la plus âgée 28 ans, quand la
menstruation a fait son début.
U$ inUroaUes des menstruatiùns ont été notés sur un nombre de 1&S7 femmes.
U temps moyen est de 3,9 semaines. Les variations dans les différents dépar-
tonents sont limitées entre /i53, dans le sud de la Nprvége et 3,9 dans le nord.
La durée de l'écoulement. Le nonibre observé est 1&48. Durée moyenne,
3,7 jours. Les variations dans les différents départements ne sont pas notables;
miischeK les individus, il y a bien des différences.
l'âge de la cessation défirdtioe de la menstruation (ménopause) a été comparé çu|*
UD nombre de 391 femmes mariées. L'âge moyen est 48,99 {l\9] ans, va^iapi
dans les différents départements entre hS,h et h^fi ans. Dudit nopal>re (391]
350 ont été examinées pour savoir leiu* fertilité. Or, 260 fen^mes mariéeç OQt ei;
2035 enfants = 5,7 enfants ^ — fécondité assjsz grande, comparée avec la sta-
tistique générale.
Pumi les ^Menratîons faites dans les provinces de ta haute Norvège (Finmar-
ken) eu iMrâ, M y en a aussi un petit nombre faites sur les femmes laponnes,
nce à part, comme vous savez, vivant au nombre de quelques mille individus.
^ LapoBs se marient entre eux, très-rarement ils se mêlent avec les Norvé-
giens. On a raconté, M. Vlrey entre autres, que les Lapons restaient sur une
trtMtte inférieure quant aux fonctions des organes sexuels. Mais cela est une
^ifieor. Le qpmbre des Laponnes observées, et dont nous avons les rapports des
'nédecÎBS à eontulter, est 116. L'âge de la première menstruation est 16,7 ans.
laterfiiie des menstruations, 3,9 semaines; durée de l'écoulement, 3,4 jours.
La ^fifférence entre la popuiatien laponne et la norvégienne est, comme on voit,
insignifiante quant à la menstruation, et quant à leur fécondité, je peux ajouter
<]ne tk Cbdums laponnes mariées, qui ont été examinées, ont eu 176 enfknts
"^ 5,1 pour chaque mère.
196 CONGRES MÉDICAL INTERNATIONAL. —DEUXIÈME SÉANCE DE JODB.
81JB liA MENSTBVATIOIV mOBHAUB EUT IVOBVE01[;
FAR M. LE DOCTEUR VOGT (DE CHRISTIANU).
Je me permets d'envoyer de Norvège un article en réponse à la question V
{De l'influence des climats, des races et des différentes conditions de la vie sur la
menstruation dans les diverses contrées), et je ne crois pas inutile d'y joindre une
courte description de la constitution physique de ce pays jusqu'ici imparfaite-
ment connu.
Le royaume de Norvège, qui forme la partie occidentale de la péninsule Scan-
dinave, s'étend plus vers le nord que la Suède. Il est situé entre le 58^ et le
71« 12' de latitude nord, et le 22'' et 49® de longitude est du méridien de Ferroc.
L'étendue du pays est à peu près du nord au sud de 2U0 milles géographiques,
tandis que sa plus grande largeur n'est que de 60 milles. Sa superficie com-
prend 5800 milles carrés géographiques:
Le caractère du pays est essentiellement montagneux. Il est parcouru dans
toute sa longueur par une chaîne de montagnes, dont les rameaux s^étendent de
tous côtés et embrassent des vallées souvent étroites et profondes.
On ne trouve que de loin en loin des plaines de quelque étendue. La forme
alpestre n'est que rarement représentée dans les montagnes de Norvège ; elles
s'étagent le plus souvent en terrasses et forment des plateaux rocheux irrc^u-
liers et de hauteur dilTérente, coupés de précipices et de crevasses. Les côtes de
r 3uest, depuis Christiansand jusqu'à Hammerfest, présentent ces formations sous
l'aspect le plus grandiose.
Les sommets des montagnes s' étendant en plateaux sont quelquefois élevés de
kOQO à 6000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Ces montagnes ont été autre-
fois déchirées par des révolutions naturelles, et ces déchirures forment des
vallées profondes et des golfes (a Qords») plus profonds encore. De nombreuses
îles formées de la même manière s'élèvent pai'fois à une grande hauteur.
Les montagnes de Nordland (Lofoten), de Sandmore, et les Jotunfjelds
(8300 pieds), sont de toutes les montagnes de Norvège celles qui se rapprochent
le plus de la forme alpestre.
Les vallées et les «fjords», qui se trouvent dans ces parties sont si étroits,
qu'on peut, par rapport aux montagnes, les considérer comme des déchirures.
Sur un point de la contrée, ce plateau mesure à peu près 100 milles carrés
géographiques, et ne s'abaisse jamais à moins de i!i000 pieds au-dessus du niveau
de la mer, tandis qu'il s'élève souvent au-dessus de la région des neiges et des
glaces éternelles (USOQ pieds). Une étendue de pays de plus de 3000 milles carrés
géographiques s'élève à plus de 2000 pieds au-dessus du niveau de la mer, et se
trouve par conséquent impropre à la culture.
Les vallées sont arrosées de fleuves ou de lacs, et le pays est couvert d'une
grande quantité de forêts.
Ce qui est particulier à la partie ouest de la Norvège, ce sont les bras de
mer qui s'enfoncent souvent enti*e les montagnes sur une étendue qui a parfois
Hircr.
ttè.
— 5«C.
— 4«,8 C.
— 1«,0 C.
— 5%0 C.
-
h 5%3C.
- 15«,0 C.
- 15S6 C.
- i5%5 C.
VOGT. — MENSTRUATION EN NORVÈGE. 197
juitqu'à 20 milles géographiques. Quelques-uns de ces golfes sont presque en-
tourés de rochers inaccessibles, qui s'élèvent perpendiculairement comme des
murs immenses.
De tous les pays sous le même degré de latitude, la Norvège est le plus favorisé.
Les faits suiTants en donnent la preuve :
Le chêne croit en Norvège jusqu'au 65' degré, le hêtre au 59*, le fix)ment au
68' 1/3, le seigle jusqu'au 69*, et l'orge au 70*. En pleine terre (dans les jar-
dins) du sud de la Norvège, les raisins, les pêches, les abricots et parfois même
les amandes arrivent à maturité.
lie relevé de la température moyenne dans quatre différentes parties du pays
a donné les résultats suivants :
Anoée.
/ 710 _ o^" Celsius.
CMes d*onett. . \ 63»^ -|- ««.S C.
( 60* -f 7*,3 C-
Cbriitiania 59«55' -f <^M G.
En été, la chaleur est parfois aussi forte à Christiania que dans le sud de l'Eu-
rope, tandis qu'en hiver le ih)id ne dépasse que rarement 20 ou 25 degrés
Celsius.
La population de la Norvège compte, en sus des Norvégiens (race germanique),
15 000 Lapons et 5000 Quœnes, qui diffèrent des Lapons. Les Lapons et les
^œnes diffèrent, à leur tour, essentiellement des Norvégiens.
Les Lapons, qui habitent la partie la plus septentrionale des pays, vivent du
produit de leur pêche et de troupeaux de rennes, dont ils sont les bergers
noiuades.
Les Quœnes habitent la même partie du pays que les Lapons, mais ils s'avan-
cent davantage Ters le sud.
Le commerce maritime et les pêcheries forment les principales occupations
des habitants des côtes, tandis que les travaux de l'agricuUure occupent la plu-
part des habitants de l'intérieur.
On ne trouve que dans les plus grandes viUes des fabriques et des manufac-
tures.
La Norvège est divisée eu six préfectures (stifts), et j'ai suivi ces divisions dans
mes recherches sur la menstruation.
FacinteE classe. — Les femmes de la cUisse aisée, — Toutes sont mariées et ont
iccoQchè dans la maternité de Christiania.
l'éfge de la prendére menstruation a été en moyenne, sur un nombre de
H5]femmes, de 15,7 ans.
La tableau suivant fera connaître l'âge de la première menstruation chez les
<iifférents individus (115) :
JoBf 11 12 13 13i 14 Ui 15 16i 15 16J 17 17{ 18 18^ 20
^bre des iadhridiu . . . 1 1 5 2 16 1 22 5 33 2 10 2 12 1 2
la durée de l'écoulement a été, en moyenne, sur un nombre de 113 mdividus,
de &,26 jours. Le tableau suivant fera connaître la durée de l'écoulement chez
IIS individus:
J«in 2 1-3 2-3 3 2-4 3-4 4 4-5 5 5-6 6-7 4-8 7 5-8 6-8 7-8 8
l^MAredetmdtndtti. 51 14 41 32 11 18 15 6 121 2 45
198 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Les intervalles des fnenstruoHons ont été en ttioyene^ sur uh nombre de 109 indi-
tidus^ de 3^98 semaines.
Le tableau suivant indiquera l'intervalle de temps entre deux mënstruation^
observées chez 109 individus :
Semainei S-3 3 4 5 i-8
Nombre des individus 1 A 109 1 1
L'âge de 113 de ces femmes a été relevé ainsi qu'il soit r
Moins da 20 ans A feounes.
De 20 à 30 ans 67
De 30 à AO ans 39
De AO à Ai ans 3
Deuxième classe. — Les ouiméres et les femmes pauvres dé la ville de ChrisHarda.
— L'âge âe la première menstruaUon s'est trouvé, en molenne^ sur un nombre
de 219 femmes, de 16^1 ans.
A(«. i2ii813ilAlAH^l61&7i0l0H717H^{lSl^H9<9|9d20i21XA^28|
Nombre des
individus. 4 tt S l8 19 A 36 22 22 13 12 1 8 18 12 8 2 3 3 2 1 1
La durée de i*éeoulement s'est trouvé, en nlôyéiinfe, chez 21 S femtnes de
1^,1 Jours.
Jours 1 2 3 A 5 6 7 8 1-2 1-3 2-3 2-A 3-A 2-6 A-5 3-8 5-6 A-6 A-8 5-7 6-7 6-.S
Nombre des
Individus. 6 19 A5 28 18 A 11 21 lll91lAillil221S3
les intervalles des menstruations chez 217 femmes ont été> en moyenne, (ie
3,9 semaines.
8emdnM 2 3 A 5 0 2-A 3-A 3-53 {-A? ^-^ 3-^ à-^ ^^ ^-^ i3M6
Nombre des individus. 1 36 1A6 S 2 1 18 2 i 2 1 1 1 1 \
Le relevé de ïùge de ces 219 femmes a donné les résultats suivants :
Moins de 20 ans, A 7 individus.
0e 20 à 80 — 90
De 30 à AO — AO
De AO à 50 — 30
Mus de 90 — 12
Trchsiâmb classe. — Les paysanne, — Age dé ta nmimtruathk première. *- Relevé
de la menstruation pour un nombre de 1821 femmes. .
i^rérecture de Christiania iA,8 ans.
— Hamar 15,6
— Christiansand 15,8
-^ ftërf en « . . 16,0
•^ ThrsQdhjem 16,2
— Tromsoe 16,3
■
L'âee moyen pour toutes les préfectures sera donc de 16,12 ans.
Le tableau suivant donnera des renseignements sur la période de la menstrua-
tion et sur le nombre de femmes présentées pour chaque préfecture :
rOGT. — MENSTRUATION EN NOBVËGE.
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12
49
127
24
78
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87
804
619
123
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18kl
Pour les Lapons (1), j'ai pu citer 116 femmes.
L'âge moyen de la première menstruation pour celles-ci est de 16>7 ans. Ello
est spécifiée au tableau suivant :
Age 13 14 15 i55 16 16^ 17 18 18j 19 19^ 20 21 21
RoBbK te UpoQDes. 2 4 i3 3 33 4 2i 19 1 4 3 4 11
Je n'ai pu citer que 2& fenmies quœnes^ chez lesquelles l'Age moyen de I4
première menstruation est trouvé de 15>2 ans et spécifié au tableau suivant :
Age. 13 14 15 16 17 18 19
Romftm dés Quones. ..3941421
U ressort de ces recherches sur Tàge moyen de la menstruation première^ que
le> femmes sont le moins précoces dans la préfecture de Christiania, tandis
qu'aUes sont le plus précoces dans la préfecture voisine de Hamar; la différence
cotre ces deux districts est de 1,2 an. On remarquera cependant que le nombre
des femmes qu'on a pu citer pour cette dernière préfecture est très-minime.
L'âge varie très-peu entrfe les autres préfectures. Pour les Laponnes, l'âge est
plus avancé de 0,6 an que l'âge moyen pour tout le pays, mais il est plus bas de
^y\ tn que pour la pi'éfecture de Christiania.
Les Quœnes présenteilt un âge de menstruation très-précoce, plus précoce
(t) Lm Uponnes et les Quœnes lont toujoars com|iritet 4an8 le nombre 4êt individus
€>^ pour ta préreciure de Tromsoe.
SQO CONOnfeS MÊOICAL INTERNATIONAr.. -« DEUXIÈME SÊAKCE DE lOtTR.
même de 0,i an que Hamai*» mais le nombre qu'on peut citer à l'appui est trop
restreint pour en tirer des conclusions générales.
L'âge moyen pour toutes ces paysannes est de i0>12 ana. Les tableaux démon-
trent cependant que les femmes atteignent le plus souvent la période de la
menstruation à 15 ans^ puis à 16, il, iU et 18 ans. L'âge le plus précoce est de
11 ans, et Ton n'en cite que deux exemples. L'âge le plus tardif est de 28 ans,
et l'on n'a pu citer qu'un seul cas de ce genre. 102 femmes ont été réglées avant
1^ ans et 197 après 18 ans.
Je me permettrai de faire remarquer ici qu'au lieu de me servir du terme
1/4% 15*, etc., j'ai toujours écrit 13 1/2, li!» 1/2 ans pour tous les tableaux.
Durée de l'écoulement pour un nombre de 16^8 femmes. La durée moyenne
pour chaque préfecture est de :
Prélecture de Christiania 3,7 jenrs.
— de Hamar. 5,&
— de Ghriitiansand 3,6
— de Bergen. 3»8
— de Thraadhjem 3,8
— de Tromsoe 3,5
La durée moyenne pour toutes les préfectures est de 3,7 jours.
JOURS.
a.
I
«
1
1-2
2
2-3
3
3-4
^
4-5
5
5-6
6
6-7
7
7-8
8
9
11
1-3
2-4
2-5
3-5
3-6
2-8
4-6
3-7
3-8
4-7
5-7
4-8
6-8
8-10
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Total. •.
1
1
8
25
17
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16
9
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1
2
»
3
»
»
1
»
1
»
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»
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1
1
»
»
»
1
»
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Total.
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28
165
133
330
143
215
70
79
25
57
6
2
8
1448
VOGT, — MENSTRUATION BN KORTÊGE. 201
Pour 81 Laponnes, la durée est spécifiée, ainsi qu'il suit :
iovn i 1-2 2 2-3 3 3-4 4 4-5567 2-4
Nombre des Uponnes» 11 75 28 8 20 1612 1
La durée moyenne pour les Laponnes sera donc : 3,^ jours.
Pour un nombre de 21 Quœnes la durée est spécifiée, ainsi qu'il suit :
'«« <-2 2 3 3-4457
Nombre des Quœnes . . 1 19 l 6 2 1
U durée moyenne sera donc : 3,6 jours.
On Terra que la durée de l'écoulement est à peu près la même pour toutes les
préfectures, à l'exception de Hamai*, si le petit nombre des individus qu'on a pu
citer de ce district permettent d'en juger ; la préfecture de Tbraudbjem n'a
pourtant pas fourni un beaucoup plus grand nombre d'exemples. — La
durée est le plus généralement de 3 jours, puis de U,2, 3,^ et 2,3 jours. Che^
367 femmes, la durée est moins de 3 jours, et chez 393, plus de /i jours.
Inietvalle des menstnioHœis. — Chez \liZl femmes a été, en moyenne, pour
chaque préfecture, ce qui suit :
Préfeeture de Christiania. 4,0 semaines.
— de Hamar 3,6
— de Christiansand. 4,0
— de Bergen 3,9
-^ de Thraudhjem 3,9
— de Tromsoe 3,9
Pour toutes les préfectures, 8,9 semaines.
La longueur de l'intervalle, pour chaque préfecture, est spécifiée au tableau
suivant :
i02 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — - DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
SEMAINES.
Préfecture
de
Christiania.
Préfecture
de
Hamar.
2 1
1 « 1
JJ -« .2
t 1
1^1
Préfecture
de
Thraadhjeai.
M
TtffAL.
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15
17
90
12
39
193
3-4
31
23
17
98
18
65
352
à
82
13
178
223
40
21b
746
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10
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1
3
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a
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M
a
1
t
3-5
1
3
A
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a
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3-6
a
2
^0
12
3-7
a
a
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a
a
1
5-7
a
a
1
4-8
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a
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a
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8-12
a
i
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»
16-32
»
»
1
1
Total. . .
164
60
240
499
85
389
1437
Pour 82 Laponnes, rintervall
e a été de
i 3,9 semaines.
Semaines «
. 1 1-2
2 2-3 3 3-4 4
4-6 6
6-8
Nombre de Laponnes
1 1
2 1 2 17 5:
1 1 2
2
Pour 19 Quœnes, Tintervalle
\ a été 3,C
\ semaines.
Se
No
mainei ...
2 3 3-4
1 15
4 i
11 i
l
imbre des (
)uœnes . . .
l
Age de la ménopause (paysannes). — Les observations faites dans chaque pré-
fecture sur l'âge de la ménopause ont donné les résultats suivants :
391 femmes :
Préfecture de Christiania 49,6 ans.
— Hamar 48,9
— Christiansand. 48,9
— Ber^n 49,3
— Thraudhjem 49,9
— Tromsoe 48,4
L'âge de la ménopause, pour toutes les préfectures, de 49 ans (plus exacte-
ment 48,99).
V06T. — MENSTRUATION fiN ftOUVfiCB.
SOS
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53 4 54
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58
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»
59i
i
»
Total...
20
28
63
tl5
38
ii7
391
Pour Zk Laponnes, U9,U ans.
Pour 5 Quœnes, kl, 2 ans.
Les observations de M. le professeur Hannover pour le Danemark sur un
nombre de 312 femmes donnent hh,B2 ans; comme âge moyen pour la méno-
pause, et 27,97 ans, comme la période durant laquelle les femmes en Danemark
ont été réglées. Ces chifi&es diffèrent considérablement de ceux qui ont été
obtenus chez nous, car cette période de durée est ici de 32,87 ans, c'est-à-dire
4,9 ans plus longue qu'en Danemark. M. Hannover ajoute que M. Brierre de
Boisxnont a trouvé que la durée, chez 178 fenmies françaises, est de 29,1 ans, et
M. Tilt, chez 500 Anglaises de Londres, de 31,8 ans. M. Whitehead l'a trouvée,
chei 69 femmes de Manchester, de 31,29 ans. Lebrun, chez 33 catholiques
20& CONGRÈS MÊDIGAt INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Slaves de VarsoYÎe, de 31,6 ans, et chez 33 juives du même lieu, 29,28 ans.
Ainsi, partout la durée de cette période s'est trouvée plus longue qu'en Dane-
marie et plus courte qu'en Norvège.
La fécondité dépend en quelque sorte de l'état de la menstruation dans un
pays, car on doit supposer qu'une fenmie peut mettre au monde un plus grand
nombre d'enfants, si la période de la menstruation et de l'ovulation a plus de
durée.
Pour 360 femmes norvégiennes, chez lesquelles la menstruation avait cessé,
on cite un nombre de 2035 enfants, ce qui fait 5,7 enfants pour chaque famille.
Ces données ont été recueillies dans 20 districts des différentes parties du pays.
De ces 360 fenmies neuf étaient sans enfants. Ainsi, 351 fenmies avaient enfanté
2035 enfants, ce qui fait 5,8 pour chaque mère. '
Préfectures.
Christiania
Hamar
Christiansand
Bergen
Thraadhjem. .
Tromsoe
Total 351
Mèrea.
EofanU.
Enfaota
poar chaque mère*
MèK*
Mas.nlaoU
19
121
6,4
28
1A9
5,3
40
232
5,8
103
590
5,7
37
177
4,8
12A
766
«.2
2035
5,8
3& Laponnes ont enfanté ilU enfants, ou 5,1 pour chaque mère.
5 Quœnes ont 38 enfants =: 7,6 pour chaque mère.
Pour le Danemark, M. Hannover a cité pour 2/!i3 femmes chez lesquelles la
menstruation a cessé, 1156 enfants, c'est-à-dire, pour chaque mère, U,l en-
fants. Mais en comptant seulement les femmes fécondes de ces 2^5 femmes, on
obtiendra un résultat beaucoup plus favorable, car 25 mariages sur ces 2&5 étaient
stériles (chez nous, 9 de 360) : donc pour chaque mère féconde, 5,2 enfants.
En joignant les recherches statistiques faites dans la Maternité de Christiania
par M. le professeur Faye et moi aux observations déjà citées, les résultats sui-
vants se présentent :
Age de la première menstruaHon, — Observé sur un nombre de /i731 indi-
vidus : 16,27 ans.
Durée de l'écoulement observé. — Sur un nombre de 3821 : 3,89 jours.
Intervalle des tnenstnAotions, — Observé sur un nombre de 4178 : 3,89 se-
maines.
LIIfEN. — STAnsnQOB OB Là MBNSTâUATlON A SAINT-PÊTERSBOURO. 205
STATI8VI9IJB BK UL MKUmnVJkTËOm
BB miilâE nAMPTAXTlB» BG SAINT-PÂTEBSBOIIRC:
KOTtE A L'INSTITUT DIS SAGES*FEM1ISS DE M"* LA GRANDE-DUCHESSE HÉLÈNE
PAR M. LE DOCTEUR LIEVEII (dE SAINT-PÉTERSDOURGj.
COmiENCElfENT
delft
HDOnUATM».
NOMBRE
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RauM.
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ONS.
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FiiuiotMO.
Al'lge de 10 ans
— 11 ans
— 12 ans
-* 13 ans
— lA ans
^- 15 ans
— 16 ans
— 17 ans
— 18 ans
— 19 ans
— 20 ans
— 21 ans
— 22 ans
— 23 ans
2
7
29
92
169
187
222
1A6
8A
37
19
1
3
2
2
»
2A
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68
28
16
»
2
2
»
A
5
10
15
20
19
10
8
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3
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1
»
M
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»
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5
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20
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1
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16
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2A
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»
1
3
19
1
23
lA
Retoar régulier
à% U menotmatioa :
Tontes les 2 semaines. . . .
— 2 à 3 semaines.
— 3 semaines. . . .
— 3 à A semaines*
— A semaines....
De 29 à 32 jours
•
Total. » r - » r t - t - -
1000
1
lA
185
136
135
90
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AO
103
853
1
10
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117
121
78
270
16
92
100
»
3
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15
3
7
18
18
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II
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A
A
3
23
»
1
6
2
5
1
A
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2
*
Dofte
ds là meutnMtittii :
Pendant 1 jour
«— 2 joors
— 3 jours
^- AJOUTS
— ' 5 iours
-^ 6 jours
"— 7 iours
— 8 jours et plus. . .
Durée irré^lière
Total
1000
853
100
2A
23
30Q GOMGHte MÊQlCit INTJÎRNATlONiL. ~ QBUXIÈHK sAàMCM M JOUft.
COMMENCBHENT
lies
1 1 aas
12 ans
13 ans
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15 ans.
IQ ans
17 ans
'O WMb k k -» • • 1 •
19 ans
20 ans
21 ans
22 ans
T^TiLL 6
NOMBRE m FSMUS» aiiSSBS
SEPTENTRieiVAIii: ET CENVRAIiE
DISPOSÉ EN CINQUAMTE-NEUF TABLEAUX
PAU M. LE pOCTEUR C. E. LOUIS MAT^p (pE BERLÎN) (1).
OccTipé étpms iefigteaips ëe rechereëes sur la physiolegie et la pathdogie de
I4 meutjtruation 4ans le nqrd et le centre de l'AUemapie, rechercha fecilitées
pjir ma spécialité, les maladies des femmes, j'ai reçu le prograinmé du Congrès
international de médecine, dont la cinquième question mise à l'ordre 4u jour a
tiait à une partie du siyet dont j'ai eotrepriç l'étude. Aurais-je pu mieux Jajie
q|ie de lui présenter le restât 4e m«s rechercbes ? Toilà çç q^i m'engage à
fijire parvenir au Congrès k mémoire qui suit, dans respëi'an<ie qu'il pourra
l'iitilisar daQs ses comptes rendus.
D'al¥)rd, quelqi? es mots d'explicatiofis sur les ipatéri^ux que j'«ji ^ussi à ras-
sembler et sur la tnanière dont je les ai utilisés.
(1) Nous n^avons pu iipprimer les tableaux, mais le texte indique clairemeoi les conclu-
s^iisi|«*i)ft «Af ffottwiios. Ce mémairc «|t assurément Tua des pl|M r«man|iiaUesqiiî «eeiélé
afresséf «u Gf ngrès^ c*es| k c« tjtre fue nous lui avons 4onné place dans cfM ^Utes, bien
qpe Tauteur n^ Tait pas présenté lui-même.
HAYliB. — MENSTftUATiON £Ei AUfilUlfQli. 1207
Mes observations s'étendei^t sur unp pério4e 4e treize ang, de 1853 à i866. Je
me suis borné aux individus du sexe féminin nés en Allemagne entre le 50' et
le 56* degré de latitude nord, et entre le 31* et le 21* degré de longitude orien-
tale» c'est-à-dire le nord et le centre de rAllemagnc. J'ai considéré comme rem-
plksant les conditions sus-mentionnëei les individus qui y ont passé la plus
;nande partie de leur jeunesse et l'époque de leur puberté. Panni les cas
observés, je n'ai eu égard qu'aux 6000 sur lesquels mon journal donne des
renseignements complets. En général, j'ai exclu tous les cas oii l'âge de la pre-
mière menstruation n'était pas indiqué. La seule déviation à cette règle que je
me sois permise, se trouve dans mon tableau indiquant l'âge de la ménopause.
J y ai admis, outre les 6000 citées, 102 personnes pour lesquelles j'ignorais l'âge
'le la première menstruation. De ces 6000 personnes, 36^0 appartiennent aux
classes supérieures de la société, 3000 à la classe pauvre; &250 ont été observées
A Berlin.
Voici comment ces personnes se répartissent suivant leur âge :
ClasHc supérieure. Classe pauvre. Eoiemblc
De 10 à 20 ans 105 116 311
21 à 30 1198 863 2061
31 à 40 932 82â ^ 1758
âl à 50.. 463 664 1127
51 à eO 100 843 533
61 à 70 41 131 172
71 à 80 9 27 36
M à 00 • 2 2
Afttut ajouter k celles-ci les f02 personnes sus-mentionnées :
De 4i 4 5Q aqi 24 p«rMBiKt 4e h c4#iie reuvii,
51 i 6Ô ans 51
èl a 70 ans 20
71 à 80 MM e
«i i 90 ^ (
Parmi ces 600ft {MMonnts, il y en avait :
4i8 des ek iupériefea» 857 dei cl. pauvres. — Kasemble. . . 825
. •
ClaMc snpérieim. daiae pautre. Ensemblf.
«.... f^l 350 801
ineoufiiMa tâoe i75ft née
Avortement 101 67 168
Bneouebeiavecavortement. 415 587 1002
U programme 4u comité d'org»nisatioD deo^ade ui» ta^oen 4'pbsenF|ttaps
i'idiviàudles. Je me suis cependant permis de m'écarter un pai| de cya|te
ilonnée, en préseiitent au Congrès poi^ pas mes Qbserv^tiim« io^vi(dueUe« dens
leur forme primitive, mais une série de tableaux de nature k ^ reftàre p)us
claires. Ce q^i m'y a engagé en outre, c'est que uies obse^vatioiis s'ét^adeni
^ur plusieurs points que le Congrès n'a p^ mis à l'ctudc, et que je me propose
de développer dans un ouvrage spécial sur la pathologie de la men^tiiia^n.
Voici les points que j'ai tâché d'éclaircir dans les tableaM^ que je présente au
(Ingres ;
I. Age de lu preuftlè^e ipenslru^tien.
U. Age de la méj^dpense.
m. Intervalles des menstruations.
rv. Durée de l'écoulemeDi»
V. Qualité et quantité de rérBOulement
208 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Ces points principaux se subdivisent comme suit :
1. Position sociale.
2. Domicile.
a. à la ville et à la campagne.
b. latitude.
c. longitude.
' d. température moyenne de l'année.
e. altitude au-dessus de la mer.
3. Blondes et brunes,
ft. Taille:
grande, moyenne, petite.
5. Constitution:
robuste, moyenne débile.
6. Fécondité et stérilité.
7. Intervalles constants et non constants.
8. Durée constante et non constante.
I. — AGE DE LA PREMIÈRE MENSTRUATION.
{Tableau 1.) — Le nombre des tableaux de cette rubrique I dépasse la moitié
du cbiffi*e total (1 à 32 inclusivement). Cela vient de ce que les observations
s'étendent ici sur une quantité de cas fort considérable (6000), en sorte que
même les subdivisions ofifk'ent encore des chiffres assez imposants.
Chez le plus grand nombre d'individus (1122 ou 18,7 pour 100), les meni^-
trues arrivent pour la première fois dans la 15" année.
La 1^* année égale presque la 15* (1117 individus ou 18^6 pour 100).
Je n'ai vu qu'une fois arriver les menstrues dans la 9* année.
Il s'agissait d'une jeune fille blonde de bonne famille, née à Kœnigiiberg de
parents allemands. Elle avait eu à 9 ans un typhus très-violent. Au début de la
maladie, les menstrues se montrèrent en grande abondance et régulièrement
toutes les quatre semaines. A 10 ans, cette jeune fille avait atteint sa puberic
complète, et ses seins étaient fort développés. Elle est mariée actuellement et a
eu un enfant. Sa mère et ses deux sœurs ont eu leurs menstrues plus tard.
L'âge le plus avancé où l'auteur ait vu arriver la première menstruation, de^i
la 31* année.
Ce cas est arrivé chez une personne appartenant aux classes pauvres de Berlin,
et qui a été maladive et chlorotique jusqu'à son mariage. Elle a eu huit enfants
et une fausse couche. A 51 ans, cette même personne m'a consulté pour une
descente d'utérus et de vagin. Elle a perdu ses menstrues dans sa UV année.
J'ai observé un autre cas remarquable de menstruation arrivée à un âge
avancé, soit ici à 28 ans.
Il s'agit également d'une Berlinoise de la classe pauvre. Elle était de taille
moyenne, faible, pâle et d'une constitution délicate. Jusqu'à son mariage, mal-
gré l'absence des menstrues, elle a joui d'une santé florissante. Dans sa 28* année
elle s'est mariée, et bientôt après est arrivé le flux menstruel. Elle a conçu plu?
tard; mais une fausse couche arrivée dans le troisième mois de sa gi'ossessc a
nui à sa santé. Sa menstruation a toiijours été fort iirégulière et accompagnée
MAYER. — MENSTRUATION SN ALLEMAGNE. 209
de grandes douleun. Une métrite chronique poui* laquelle elle m'a consulté à
/i7 ans la faisait beaucoup souffrir.
il me reste à parler de deux personnes nées à Berlin dans la classe pauvre^ et
dont la menstruation ne s'est montiée qu'à 27 ans.
L'une d'elles était continuellement malade et d'une constitution très-faible.
M Qicnstniation était peu abondante, du reste de type normal et accompagnée
de grandes douleurs. Elle s'est mariée à 30 ans et n'a pas conçu pendant les huit
années de son mariage. Elle souffrait d'une métrite chronique, d'une antéversion
de la matrice et d'un catairhe de l'estomac. L'autre était plus foricment consti-
tuée et avait le teint frais. Ses menstrues ont conmiencé à 27 ans ; elles étaient
faiUes. revenaient toutes les quatre semaines et duraient trois ou quatre jours.
Depuis la 40' année, sa menstruation est devenue irrégulière; à 50 ans, elle l'a
I>erdue complètement et a souffert depuis d'un eczéma de la vulve.
Posmos socLVLE. — {Tableau 2.) — Pour la position sociale, je n'ai distingue
<Iiie deux catégories. J'ai rangé dans les classes supérieures les personnes qu'on
place ordinairement dans les moyennes, c'est-à-dire aussi celles qui jouissent
d une certaine instruction et d'une certaine aisance. Je range dans les classes
inférieures les ouvrières et les pauvres proprement dits. Chacune de ces catégo-
nc% fournit un contingent égal de 3000 individus.
L'âge moyen de la première menstruation diffère sensiblement entre ces deux
catégories. Dans la première, c'est 15,19 ans; dans la seconde, 16,50 ans. Cette
différence ressort encore plus, si l'on compare les sommes totales.
DuuciLE. — (Tableaux 3 et U.) — Le lieu de séjour pendant la jeunesse et les
nnnécs où la puberté se déclare étant bien plus décisif, pour la question qui
nous occupe, que le lieu de naissance, c'est presque toujours à la première de
i es circonstances que j'ai eu égard, ce qui ne m'a pas empêché de me borner
aux personnes nées dans le nord et le centre de l'Allemagne. Je n'entends par
habitants des villes que les personnes qui séjournent dans une localité de plus
^^ 10,000 âmes. Toutes les autres, je les considère comme habitant la cam-
pagne.
Malheureusement, j'ai compris trop tard qu'il aurait mieux valu étendre le
cercle des habitants des villes. Une pareille méthode aurait probablement con-
firmé l'hypothèse générale, d'après laquelle la première menstruation arrive plus
M à la campagne, tandis que mes tableaux prouveraient le contraire. Ils in-
«iiquent pour la période critique un âge moyen de 15,20 ans pour la campagne,
^ de 15,98 ans pour la ville. Le tableau k nous montre presque les mêmes
chiffres.
Taileott 5.) — Ce tableau s'occupe uniquement de Berlin et donne les résul-
tats de recherches faites sur U25Q personnes, dont 1322 des classes supérieures
l't 2928 des classes pauvres. L'âge moyen de la première menstruation est pour
Iw Berlinoises 15,69 ans. Pour les classes supérieures, c'est 15,23 et 24,7
pouriOO du chiffre total dans la li* année; pour les autres, je trouve 16,50 et
^M6,3 pour 100 du chiffre total dans la 16* année. La 14® et la 16* année l'em-
pwtenl donc en fréquence.
LATrrcDE. — (Tableaux 6, 7 et 8.) — Les 6000 personnes observées se répar-
tissaicnt de la manière suivante, suivant la latitude de leur domicile :
14
210 rONiiftËS MÉDICAL INTERNATIONAL. -^ DEUXIÈME SÉANCE OE JOtlR.
Du 56* aa 65* degré 70 personnes,
65* au 54« 95
54« au 53* 362
63« au ôQ'' 5106
52* au 51« 321
51* au 50* 46
Le tal)leau 6 donne une comparaison de l'Allemagne du Nord et de celle du
centre, du 56* au 53* degië et du 53' au 50'.
L'Âge moyen de la première menstiuation est, dans TAllemagne centrale, anté-
rieur de plus d'une année à celui de la septentrionale, ce qui, réduit en nombres
propoiiionnels, donne les chiflVes suivants :
14* et 15* année, sous les 56* et 55* degrés 24,8 et 92,9 p. 100.
_ _ 53* et 50* 18,0 et 18,2
U ne faut pas oublier, cependant, que le grand nombre de personnes de^s
classes pauvres accumulées entre les 52* et 53* degi'és, c'est-à-dii*e à Berlinj mo-
difie sensiblement le résultat final. N'ayons égard pour cette zone qu'aux classes
bupéiieures, et nous ti'ouverons, pour l'âge moyen de la première menstruation,
entre le 56' et le 52' degré, une augmentation de 0,75 pour 100, ce qui donne
le tableau suivant :
Entre le 56* et le 55* degré (âge moyen). . 14,54
— 55« et le 64* 14.71
— 54* et le 53* 14,07
— . 53* et le 52« 15,29
Du 52" au 50* degré, l'âge moyen diminue de nouveau :
Entre le 52* et le 51* 15,03
— 51* et le 50« 15,07
Longitude. — (Tableaiuc 9 eMO.) — Pour la longitude, l'auteur a dresse dcn\
tableaux d'après lesquels les 6000 cas observés se répartissent comme suit :
Du a* au 8* degré a Test de Paria. 82 personne»*
8* au 12* 5178
12* au 16* 529
16* au 21* 211
Du 8* au 12* degi^éj il y a 6250 Berlinoises, dont presque 3000 des clasi»e5
ouvrières. 11 y aurtit donc ici les mêmes corrections à faire que dans les tableaui
d'après la latitude.
Pour les personnes qui habitent entre lés 8' et 12' degrés de longitude, l'àgc
moyen de la première menstruation est de 15,99, pour celles des hautes classo
de 15,28, pour les autres de 16,50 (tableau 10). Si nous n'avons égard qu'aux
individus des classes supérieures, nous obtiendrons le résultat suivant :
Du 3* au 8* degré h Test de Paris (âge moyen). 14,19
8* au 12* 15,28
12* au 16* 15,D5
16* au 21* 14,58
Cela prouve que jusqu'au 12* degré, l'âge moyen augmente pour retomber
au delà. i
MAYEB. -^ MENSTRUATION EN ALLEMAGNE. 211
Tkmpêratubb. — {Tableaux \i et i^.) ^ La température moyeime de Tannée
•i UD grand nombre de localités étant inconnue, l'auteur n'a pu avoir égard ici
•ju'à 4752 personnes. D a consulté, pour la température moyenne et l'altitude,
ie:^ ouTrages suivants :
humai du Bureau de statistique prussien, 6* année, 1, 2, 3 janvier à nuirs,
p. 62 et suivantes.
Jmtmal de géographie, VIII" volume, p. 2/i2 et suivantes ; et nouvelle série :
AUitwk des gares prussiennes, vol. XIV, p. 228; vol. XVllI, p. 69.
Behm, Annuaire géographique, vol. 1, 1866.
Sclunidt {E,E.)yManuel de météorologie. Encyclopédie physique, vol. XXI, Leipzig,
1860, Yoss.
Kloden (von), Erdkunde, Berlin, 1862.
Mûlery, BechercksB cHmatologiques, 2" partie, Leipzig et Heidelberg, 1858,
Winter.
Void les données que j'ai recueillies dans ces ouvrages pour la température
Qioyenne des villes suivantes :
Coslin, 5«,5 Rëaumur; Kônigsberg, 5*,21 ; Memel, 5%2&; Tilsit, 5<»,11.
Breslau, %;h5 ; Bromberg, 6%0; Dansig, 6'',2; Erfurt, 6%5 ; Francfort-s.-O.,
6 .60; GôrliU, 6%17 ; Halle, 6%88; Kiel, 6%65; Leipzig, 6%4; Lûbeck, 6%32;
I*<'>en, 6%22; Schwerin, 6%54 ; Stettin, 6%61 ; Stralsund, 6%5; Torgau, 6%96.
Berlin, 7%0S; Brème, 7*,2; Cologne, V,9; Dresde, 7%6; Francfort-s.-M.,
?.7; Hambourg, 7% 1; Hanovre, 7«,08; Munster, 7M0; Trêves, 7%63; Elber-
fcld, 8%0.
Le contingent fourni par Berlin, y compris les pauvres, est donc soumis à une
température moyenne de 7 à 8 degrés. L'4ge moyen de 16,08 est donc tout à
fait anormal. Si nous défalquons les individus des classes inférieures^ nous «fri-
pons aux résultats suivants :
Température moyenDe d9 5 t 6 degrés (âge moyen). ld,37
— — % kJ 14,92
— _ v7*8 15,21
— — 8*9 13,0»
Vuici les nombres proportionnels les plus forts :
Température moyemie de 5 à 6 diifréa àsm la i^* annéf . . . . 39,3 yc 1Q4L
— — », — 15t ^4^5
^ — «à 7 — ia« 25,0
— — » » — 16* ao,«
— — 7à8 — 14* 25,3
_ ^ » » — lô» 28,2
«- ^ 8i0 — 14* 27,2
— — », — 15» 22,7
Ce résultat est d'accord avec cehil des tableaux de latitude et de longitude.
Noos voyons que l'ftge moyen de la première menstruation augmente jusqu'à la
>ODe de Berlin, pour retomber ensuite.
Altitude. — {Tableaux 13 et 1&.) — L'auteur a observé /i627 personnes qui se
f^partiiBenl entre les villes suivantes :
Dung^ 14,6 pieds de nà an-dessus de la mer; Hambourg, 26,& ; Kœnigsberg>
75,1; iMdAtn^ M,l ; Memel, 26,2 ; Stettin, 22,0; Stralsund, M,0.
212 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUE.
Berlin^ 116^6; Brandenbourg, 10!i>2; Bromberg, 160,1; Charlottenboarp,
110,0; Cologne, 154,0; Francfort-s.-O., 157,2; Hanovre, 189,7; Insterbourg,
116,9; Magdebourg, 157,2; Minden, 16M; Munster, 193,5; Potsdam, 109,7 ;
Spandau, 112,5.
Brunswick, 252,2; Dortmund, 255,2; Glogau, 246,1; Posen, 256,8; Wii-
temberg, 231,4.
Breslau, 380,5; Halberstadt, 367,2; Halle, 347,5, Leipzig, 347,7; Lcignitz.
380,6; Mersebourg, 313,8.
Aix-la-Cbapelle, 591,6; Elberfeld, 506,0; Erfors, 687,8; Gôrlitz, 70&,6.
Les cas observés se répartissent comme suit :
Localilés au-deuous de 100 pieds de rot 146 personnes.
— de 100 à 200 — 4364
-. de 200 à 300 — 63
— de 300 à 400 — 38
— de 400 et plus — 16
Berlin avec ses 3000 pauvres renti*e dans la seconde catégorie des villes (de
100 à 200 pieds d'altitude) ; c'est ce qui explique l'âge élevé de la première
menstruation (16,08 pour 100, voyez tableau 13). Si nous n'avons égard qu'au:i
personnes des classes supérieures et moyennes, nous trouvons un âge moyeu de
15,21, ce qui donne les résultats suivants :
Localités au-dessous de 100 pieds de roi (âge moyen). ... 14,68
— de 100 à 200 — 15.21
— de 200 à 300 — 14,89
— de 300 à 400 — 14,79
— de 400 et plus — 15,38
On pourra donc faire dérouler de ces chiffres, malheureusement im peu petit*,
la loi suivante : L'âge de la première menstruation est en raison directe de l'al-
titude des localités.
Femmes blondes et brunes. — {Tableatuc 15, 16cM7.) — Pour la distinction
entre blondes et brunes, l'auteur n'a pas eu seulement égard à la couleur des
cheveux et des yeux, à cause des nuances de transition si fréquentes. C'est l'im-
pression faite par toute la personne qui l'a décidé.
Parmi les 6000 individus du sexe féminin qu'il a eu l'occasion d'observer, û
en a noté 19^1 comme blondes et 1^70 comme brunes. L'âge moyen de la pre-
mière menstruation offre une différence notable entre ces deux catégories. La
première donne 16,05, la seconde 15,76. Les chiffres les plus élevés se trouvent :
Chez les blondes, dans la 14* année. ... 17,2 p. 100.
— 15* 16,8
— 16» 15,1
Ches les brunes, dans la 14* année. ... 18,8 p. 100.
— 15« 18,0
— 16« 16,5
Les tableaux 16 et 17 donnent les mêmes proportions.
Taille. — ( Tableaux 19, 20, 21 et 22.) — Dans mon journal, j'ai noté la taille
de 3&11 personnes. Ces données ne reposent, du reste, que sur mon apprécia-
tion personnelle, car je n'ai pu que itirement prendre une mesure exacte.
MATER. — MENSTRUATION £N ALLEMAGNE. 21 S
Ce^ S411 personnes se répartissent comme suit :
Grandes 659
Moyennes 2322
Petite» 430 *
L'ige de la première menstruation le plus élevé (16,09) se trouve chez les
individus de taille moyenne, puis viennent les petits (15,76), enfin les grands
tl5,45).
Le tableau 20, qui a égai-d à la position sociale, modifie sensiblement ces
chiffres:
Cksacttnpérieuret.. Grandet... 15,26 Moyennes... 15,i5 Petites.... 15,02
— iniSrieures.. — 16,02 — 16,59 — 16,66
Le tableau 21 donne pour les blondes et les binines la môme proportion de
l'âge de la première mcnstiiiation que dans le tableau 19, où il s'agit de la taille.
Au contraire, on voit par le tableau 22, où l'auteur a combiné la position sociale,
les blondes et brunes et la taille, que dans les classes supérieures, ce sont les
personnes petites qui ont les premières leur menstruation. Ces faits semblent
pnjuver qu'il y a une différence entre les diverses classes de la société. Dans
tous les cas, la taille n'a pas une influence aussi constante que la position sociale
et la couleur des cbeveux et des yeux.
CoxsTiTCTioN. — (Tableaux 23 à 30.) — Les notes de l'auteur sur la constitu-
tion ne s'étendent qu'à 341 1 personnes. 11 va sans dire que la limite entre
constitution robuste, moyenne et faible est difficile à tirer, et repose sur l'appré-
ciation individuelle. C'est ce qui Ta engagé à ne faire que deux classes et à
ranger les constitutions moyennes dans les robustes.
La première classe embrasse 2&61 personnes, la seconde 950. L'auteur a
trouvé une différence surprenante entre ces deux catégories. Les personnes dé-
biles ont leurs menstrues plus tôt que les robustes. Pour celles-là^ l'âge moyen
«*5tde 15,67; pour celles-ci, de 16,02.
Les tableaux 2/» à 30 donnent des proportions non moins constantes.
FEcoxDrrÉ et ^rÊRaiTÉ. — (Tableaux 31 et 32.) — Ces tableaux, dont les don-
nées reposent sur une observation de 6000 cas, prouvent que l'époque de la
première mensti'uation n'a aucune influence sur la fécondité ou la stérilité. Les
eitrémes consigifés dans mes registres (31* et 28' année) ont été obseinrés sur des
individus qui ont enfanté ; il en est de môme de deux personnes qui n'ont eu
leurs menstrues qu'à 26 ans; en revanche, deux femmes qui les ont eues à
Tl ans et une autre à 26 ans sont restées stériles. Si nous passons à l'autre ex-
trême, la jeune fille dont la première menstruation est arrivée à l'âge de 9 ans,
quatre autres qui l'ont eue à 10 ans, et vingt-six à 11 ans, nous trouvons que
toutes ces personnes ont été fécondes. En revanche, la stérilité s'est déclarée
chei une femme ([ui a eu ses mensti'ues à 10 ans, et chez sept qui les ont eues à
il ans.
216 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DBUUËMB SÉANCE DE JOUR.
IL — AGE DE LA MÉNOPAUSE.
Nous n'avons que sept tableaux sur la ménopause, ce qui provient de ce que
la somme des cas observés est relativement petite. Pour les tableaux 53, 36, 35
et 36, il n'y en a que 826, pour 37 à 40, 722, et encore les matériaux que l'au-
teur a eus à sa disposition viennent-ils presque exclusivement de Berlinoises.
Il importe de faire observer qu'il n'a eu égard qu'aux ménopauses qui ont
dm*é au moins une dizaine d'années, et cela pour ne pas risquer de les con-
fondre avec des ménostasies provenant de maladies passagères, surtout chei Icî^
individus encore très-jeunes.
Ménopause en général. — {Tableau 33.) — Ce tableau prouve que l'âge moyen
de la ménopause est de &7,03 ans. Le plus haut chiffre se trouve dans la 50* an-
née, 13,4 pour 100. Les chiffres des années antérieures et postérieures offrent,
en revanche, des divergences considérables, surtout les pluf> élevés. Le chiffre le
plus haut après 50 ans, c'est celui de 52, soit 6 pour 100. A i9 ans, nous avons
9,1 pour 100; à (i8 ans, 8,8 pour 100; à 47 ans, 8,6 pour 100. L'époque la
plus précoce de la ménopause, c'est 22 ans. Je l'ai observée chez deux personnes.
L'une d'elles, une] Berlinoise de 33 ans, de la classe ouvrière, avait été ju^-
qu'aloi*s robuste et bien portante ; sa menstruation avait été régulière depuir: sa
13* année ; elle avait eu de 17 à 28 ans cinq enfants et une fausse couche à 19.
Veuve à 29 ans, elle avait été maladive depuis ce temps. Dans sa 33* année, j'ai
trouvé l'utérus petit, la portion vaginale n'existait qu'à l'état de rudiment. L'ori-
fice externe de Tutérus avait au toucher l'apparence d*ime cavité peu profoniio.
Dès la 22* année, cette femme a eu une leucorrhée abondante et continuelle,
mais plus trace de menstruation. Chose étonnante, elle a eu trois enfants apiv
l'établissement de la ménopaiise.
L'autre est la femnie d'un employé de Meseritz, ville située entre le 52* et le
53* degré de latitude. Elle est de taille moyenne et de constitution débile. Sa
menstruation a commencé à 14 ans avec une périodicité de quatre semaines ot
une durée de deux à trois jours; elle s'est mariée à 20 ans et a eu dansNi
21* année un accouchement facile. Elle a nourri son enfant une année durant.
Dès lors les tnenstrues ont cessé* Dans les prenùères années^ cette feoune a eu
toutes les quatre Bemaines^ à l'époque de la menstruation^ des douleurs aui
fémurs et aux reins, quelquefois aussi des malaises^ des maux de tête et des dou-
leurs lancinantes dans l'épigastre. Ces affections ont disparu depuis longtemps.
A 34 ans elle m'a consulté pour des perturbations gastriquesi une cardialgie.
manque d'appétit et obstrtiction. ie lui ai trouvé l'utérus petit et puéril; sa ca\ité
n'avait que deux pouces de long. Pendant les V ans de la ménostaaie, eîle n'a
pas accouché.
Deux individus ont perdu leurs menstruations à 25 ans.
La femme d'un ouvrier de Berlin, âgée de 34 ans, brune^ robuste et de taille
moyenne, avait eu sa première menstruation à 13 ans avec une périodicité ré-
gulière et une durée de trois jours ; mais l'écoulement avait toujours été res-
treint. Elle s'est mariée à 20 ans, et a eu, à des intervalles rapprochés, deui
enfants, le dernier il y a dix ans. Couches normales. Après le second accou-
chement, les menstrues ne se sont plus montrées qu'une fois. Une peur violente
s
MAYBR. -~ MENSTRUATION BN ALLEMAGNE. 215
les a fait dî^NiTaitre pour toujours. Depuis cette époque, cette femme est conti-
nuellement malade. Elle 80ufib« de convulsions épileptiformeS) d'ëTanouisse-
ments, d'asthmes; elle est idiote; elle a quelquefois de la leucorrhée. L'auteur
l'a examinée dans sa 3/»^ année. Il a trouvé l'utérus puéril, des érosions de la
portion vaginale et une déviation de la matrice.
La fenime d'un employé de Berlin, âgée de 39 ans, était toujours bien por-
tante dans son enfance et avant son mariage ; ses mensttnies s'étaient suivies^
régulièrement depuis l'âge de i& ans, avaient duré chaque fois quatre à cinq
jours et n'avaient Jamais été particulièrement douloureuses. EUe s'est mariée à
37 ans, a perdu sa menstruation sans cause apparente et est restée stérile. Je
l'ai examinée à 39 ans. Son utérus était petit, mobile et dans une position nor-
male; l'ovaire droit avait atteint par l'enflure la grosseur du poignet.
La femme d'un négociant de Hambourg, âgée de 56 ans et très-robuste, avait
été maladive et débile dans sa jeunesse et avait eu sa menstruation à 13 ans.
A 16 ans elle s'est mariée, a eu six enfants vivants et une fausse couche. A 29 ans
elle a perdu ses menstrues sans cause apparente. Elle a pris dès lors un embon-
point colossal et se porte mieux qu'auparavant. L'une de ses filles est stérile ;
elle a perdu ses menstrues à 35 ans sans douleurs.
L'âge le plus élevé des ménopauses consignées au tableau 33 est de 61 ans
ildns un cas; puis viennent 60 ans, un cas; 59 ans, trois cas; 58 ans, six cas. Il
importe d'ajouter que parmi les 6000 personnes observées, il y en avait un cer-
tain nombre qui avaient dépassé la 61* année lorsqu'elles m'ont consulté. Les
unes avaient encore une menstruation régulière; pour les autres la régularité
i^ait dbparu. Pour compléter mes données, je fais suivre ici la liste des per-
v)nDes qui, après 50 ans, avaient encore leurs menstrues :
A 50 aot, 16 personnes des classes supérieures -f- 12 personnes des classes pauvres =28
— — 4-10 — — =18
— — .. 6 — — «11
— — 4- A — — =13
— — +3— — c=5
— — 4- i — — =4
— — +» — — b3
— — 4. 1 — — « 3
— - 4. » — — =a i
— — + n — — =a
51
13
52
8
53
5
5A
9
55
2
56
3
57
3
58
9
59
1
60
4
62
A
6A
3
n n'entre pas dans le but de ce mémoire d'énumérer en détail des cas ex-
trêmes de ménopauses tardives; il suffira de remarquer que je n'ai observé
aucunes particularités communes à tous les individus atteints de cette afTection.
lU oiïraient des dilTérences notables pour la taille, la constitution, le domicile, la
fécondité et l'âge de la première menstruation. On ne peut nier, cependant, que
chez une partie de ces personnes, la première menstruation n'ait été précoce.
PosmoN soQALE. — {Tableau 3/i.) — Des 82^ personnes observées, 282 appar-
tenaient aux classes supérieures, 5^2 aux classes pauvres. L'âge des ménopauses
^e ces deux catégories est en raison indirecte de l'âge de la menstruation, qui,
pour les classes inférieures, arrive plus tard et cesse plus tôt. Cest ce que mon-
trent les chiffres suivants :
216 CONGRkS MÉDICAL INTERNATIONAL — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
AGE MOYEN DB LÀ PREMIÈRE MENSTRDÀTIOM: AGE MOYEN DE LA Mi^.NOPAUSE :
Clatses sopérieuTM 15,19
Clastes pauvret 16^50
Classes supérieures A7,13
Classes pauvres. 16,97
Latitude. — (Tableau 35.) — Le nord et le centre de l'Allemagne sont dhises
en deux moitiés : du 56' au 53* degrés il n'y a que &3 ménopauses observées ; du
53" au 50% 781. Pour la première moitié^ Tâge moyen de la ménopause est de
2,04 plus haut; mais le petit nombre des observations empêche de faire découler
de ce fait une règle générale. 11 en est autrement de la partie méridionale cod-
sidérée en elle-même. L'âge moyen de 1x6,91 pour le commencement de la mé-
nopause peut être approximativement juste. 11 concorde tout à fait avec l'à^'e
moyen de la ménopause chez les classes pauvres (tableau 34).
Rapports de la ménopause et de la première menstruation. — ( Tableaux 36^ 37,
38 et 39.) — Ces quatre tableaux donnent un exposé comparatif du commence-
ment et de la fin de la menstruation de 722 individus.
Il semble résulter des observations de l'auteur que les ménopauses précoces
sont en raison directe des premières menstruations tardives. C'est ce que montre
avant tout le tableau 37, où les années de la première menstruation donneut :
il à 13=100 ménopauses; 14 à 15=266; 16 et 17 = 177, et 18 à 31 «179.
AGE DE LA MÉNOPAUSE CORRESPONDANT A UNE PREMIÈRE MENSTRUATION.
Arrivée à 14 et 15 ans. = A7,13
— 16 et 17 ans. » A7,28
En revanche pour. . . 11 à 13 ans, ^ A 6, 33
— 18 à 31 ans. = 46,18
Les nombres proportionnels les plus forts se trouvent :
De 14' et 15* année de la première menstruation. . . Ménopause de 50 ans ^ 16,5 p. luo.
16« à 17« — — — 50 ans = 15,2
!!• à 13« — — — 50 ans = 13,0
18« à 31« — — — 47 ans = 11,7
Les deux tableaux suivants, où l'auteur a opposé les classes supéiûeures aux
classes pauvres, donnent des proportions semblables.
ni. — INTERVALLES DES MENSTRUATIONS.
Quant à la périodicité de la menstruation, j'ai dressé six tableaux résumant
5671 observations.
Les intervalles sont divisés en deux catégories principales, les constants et le>
non constants. Pour plus de clarté, j'ajoute que j'entends par intervalles constants
à la fois les réguliers et les iiTéguliers, restés identiques durant toute la vie de
l'individu et ayant conservé le même type. Une jeune fille, par exemple, qui a
eu toute sa vie ses menstrues enti*e la 2* et la 8* semaine, doit se ranger dans le$
cas de menstruations irrégulières, mais constantes. Mais si ses menstrues sont
arrivées pendant longtemps entre la 2' et la 8* semaine, et plus tard toutes le»
quatre semaines, elle a eu une menstruation non constante. J'ai observé
^981 menstruations constantes et 690 inconstantes.
MÂYER. — MENSTRUATION EN ALLEMAGNE. 217
l'auteur a subdivisé les inten'alles comme suit :
/
1. Jo8qu*i huit jours.
2. De huit k quinze jours.
3. De quinse à vingt et un jours.
4. De vioft-deux à vingt-sept jours.
5. De quatre semaines.
6. De quatre i six semaines.
7. De six à huit semaines.
8. De deux à six semaines.
9. De deux à huit semaines.
10. De deux à huit semaines et plus.
Les quatre premiers et les cinq derniers peuvent être qualifiés d'irré^liers ;
le cinquième de & semaines^ de régulier. |
\Tahleau liO,) — Ce tableau renferme le chiffre proportionnel de beaucoup le
plus fort de 79,6 pour 100 pour Tintervalle de 4 semaines. Celui de 15 à 21 joui*s
est de 5,8 pour 100, celui de 22 à 27 jours de 5,3 pour 100, les autres encore
plus faibles.
Les intervalles sont constants et réguliers 3969 fois sur 6981, soit 79,7 pour
100, — constants et irréguliers 1012 fois, soit 20,3 pour 100.
{TtMeau /il. ) — - Ici les individus sont répartis d'après leur position sociale. Il
résulte de ce tableau des diiîérences notables dans les intervalles de la menstrua-
tion. Le nombre des cas observés est presque égal pour les deux catégories, soit
2547 pour les classes supérieures et 263/i pour les inférieures. Les intervalles de
quatre semaines forment chez les premières 75,9 pour 100 de la somme totale,
chez les secondes 83,5 pour 100. Il reste donc 24,1 pour 100 et 16,5 pour 100
pour les intervalles constants et UTéguliers.
(Tahkaux U2etkZ.) — Chez les blondes et les brunes du tableau &2, cette
différence (voyez tableau 41) s'égalise de nouveau. Chez les premières, la mens-
truation est pourtant de 1 pour 100 plus régulière que chez les brunes. D'après
le tableau 43, on voit que les blondes des classes pauvres ont la menstruation
lie 2 pour 100 plus régulière que les brunes. C'est l'inverse qui a lieu dans les
hautes classes.
f Tableaux Uli€tU5.) — Ils sont consacrés à la menstruation non constante et
embrassent 690 individus.
De ces 690 intervalles non constants, le plus grand nombre, soit 484, ont eu
primitivement le type de quatre semaines; 143 ont passé ensuite au type de 15
à 21 jours, 90 à celui de 4 à 6 semaines, 87 à celui de 6 à 8 semaines. Un chiffre
relativement aussi fort que celui de 143 passant au type de 15 à 21 jours ne so
retrouve pas dans les autres intervalles. Je n'ai noté, outre cela, que 18 cas où
les menstrues aient pris ce dernier type. En revanche, la plupart des menstrua-
lions primitivement irrégulières (soit 123) passent au type régulier de 4 semaines.
tie>t ce que nous voyous aussi au ta])leau 45, oîi les individus sont répartis sui-
vant leur position socialo.
IV. — DIRÉE DE L'ÉCOULEMENT.
Pour la durée de la menstruation, l'auteur a fait aussi deux classes, une
onstante et une non constante. Il v a obsei-vé 4924 individus. Chez 4542 la
21 B CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE lOUR.
durée est constante, chez 382 non constante. Il a subdivisé la durée en dix
classes :
Durée de la menitniation Jusqu'à 24 heures.
— — 2 jours*
— — 3
— — 4
— — 5 .
— — 6
— — 7
— — de 8 à 15
— au-dessus de 15
TMeau U6, qui résume les résultats obtenus sur 45^2 individus^ a le plus
haut chiffre, soit 26,0 pour 100 pour la durée de huit joui*s. Pui& viennent
U jours avec 18,2 pour lOO^ 3 jours avec 16,09 pour iOO> 5 jours avec 16,07
pour 100.
Le suivant, tableau Ul, montre que dans les classes pauvres, la menstruation
atteint plus souvent 8 jours de durée que dans les classes supérieures. Ces der-
nières ont fourni 1908 cas, les autres 263^, soit 22,5 pour 100 et 30,8 pour 100.
En revanche, la proportion est plus forte ches les classes supérieures pour les
durées de U et de 5 jours, soit 19,0 pour 100 et 18,5 pour 100 en regard de
17,1 pour 100 et de 12,6 pour 100.
[Tableaux US et k9,) — Les blondes ont en général une menstruation plus
longue que les binmes. Il en est de même des blondes des classes supérieures,
tandis que ches les pauvres, la menstruation des brunes dure plus longteilips.
( Tableaux 50 e< 51 . ) — Ils résument les durées non constantes chez 382 indi-
vidus.
Précédemment, les plus gros chifiVes se trouvaient dans la colonne de quatie
semaines; ici nous les rencontrons dans celle de* 8 jours. La transitioii la plus
ft-équente (22 fois) est celle de 8 jours à 3, puis celle de U jours à 8, puis de 3 et
enfin de 5 jours à 8.
V. — QUANTITÉ ET QUALITÉ DE L'ÉCOULEMENT.
Les données sur la qualité et la quantité du flux mensuel seront toujours plu^
ou moins inexactes, parce qu'elles ne viennent pas en général de gens de l'ail
et que les opinions les plus diverses s'y produisent. Quoique j'aie fait mon pos-
sible pour arriver à des résultats quelque peu positifs, je n'ai pu diviser qu'en
quatre groupes les tableaux relatifs à cette question :
1 . Normal pour la quantité et la qualité.
2. Rare et en général peu coloré.
3. Abondant, abondant et coagulé.
k- Variable.
tX)irrEiÂRBNà. — SUA U MENSTRUATION. Si 9
{WkkoM! 52 et 5S.) — Des ft9a3 individus observés :
r
8798 ou 66 p. 190 rmtreat ëaBt te !•' fraut^e.
514 — «. 2«
857 — — 3*
196 — «- d*
[iC premier groupe indique les menstruations régulières pour la quantité û\
la qualité, en sorte que les irrégulières forment UU pour 100 de la somme
totale.
Le tableau 52 met la quantité et la qualité en regard de la durée constatite. 11
en ressort que plus le flux est rare et décoloré, plus la durée est courte ; le
contraire a lieu quand les menstrues sont abondantes et souvent coagulées :
AboadMO. Monnal. Bars.
De 8 jours. 42,7 p. 100. 1 De 8 jours. 2^fi p^ iOO.| De 3 jours. 27,3 p. iOO.
5 jours. 13,1 I 4 jours. 22,0 | 2 jours. 19,5
Les données suivantes, empruntées aux deux colonnes finales, con(ii*meront
encore ces assertions :
Duréeft do 14 heures :
M P» 100» abondante. 0«9 p. 100, normale. 7,2 p. 100» rare»
* Ihiréei de 8 à 15 jonrs :
9,4 p. loO, abondante. 2,4 p. 100, normale. 1,1) p. lOd, rare.
Dans le tableau suivant, qui montre Tinfluence de la position sociale, toutes
ces données ressortetit encore davantage pour les pauvres.
{TMeottx 54 ef 55.) — Ces deux derniers tableaux combinés confirment ces
résultats pour les blondes et les brunes, et pour les blondes et les brunes répar-
ties suivant leur position sociale.
Les quatre derniers tableaux (56, 57, 58, 59) résument graphiquement les
chifiVes obtenus pour la première menstruation, la ménopause, les ihtërvalles et
la durée des menstrues.
■. Coitejareaa (de Madrid). — Messieurs, après avoir entendu les excellents
discours et lectures de nos confrères de divers pays touchant Tinfiuence qu'ont
les climats, les races et les difi*ércntes conditions de la vie sur la menstruation,
j'ai pu constater qu'il existait quelques divergences dans les opinions qui se
sont manifestées. Quelques-uns reconnaissent une giande importance aux
climats, d'autres ne les regardent que conune secondaires par rapport aux
autres influences. Or, ces diiférentes opinions ont chacune leur raison d'être,
car si nous voyons cette influence du climat bien accentuée dans un pays, nous
220 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATlOIfAt. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUE.
la voyons dans d'autres subordonnée à des conditions d'une autre importance.
On en peut dire autant de toutes les conditions de la vie : elles n'agissent pas
toujours de la même façon sur la menstruation et échappent très-souyent à la
loi générale. Eh bien, messieurs^ puisque ces différentes influences ont chacune
leur degré de certitude^ comment les expliquer?
Il me faudrait entrer dans de grands détails sur la fonction i^enstruelle en
général, pour arriver à vous exposer l'idée que je me fais de la question qui
nous occupe en ce moment ; mais nos instants sont comptés, et je ne puis dire
que quelques mots sur ma façon de comprendre les anomalies que je viens de
mentionner.
Nous savons tous que, chez Tétine organisé, on observe différentes fonctions :
celles de nutrition, de reproduction et de relation ; laissons de côté ces dernières
pom* ne nous attacher qu'aux premières.
Les fonctions de reproduction sont les dernières qui s'établissent : elles s'éta-
blissent lorsque le développement de l'individu est déjà complet, lorsque les
fonctions de nutrition ont accompli leur but. Ces fonctions s'éteignent plus tôt
ou plus tard, suivant le degré de nutrition, et restent ainsi toujours en rapport
avec cette dernière : ainsi nous voyons que chez les individus chétifs, maigi-es,
mal nounis, les fonctions de reproduction sont aussi très-faibles, que les ma-
ladies les plus légères ont sur elles un certain degré de retentissement, et que
chez la femme l'heure de la vieillesse n'est pas encore sonnée, que déjà s'est
éteinte l'aptitude génératrice.
Poursuivons notre étude, et nous veiTons que tout ceci se passe en vertu
d'une loi générale qui pi'éside à l'organisme. En effet, les fonctions de reproduc-
tion ne sont pas nécessaires à la vie de l'individu, mais sont indispensables à la
perpétuation de l'espèce ; elles doivent donc être soumises à celles qui sont de
première importance pour l'individu ; si ces fonctions ne sont, pour ainsi dire,
qu'un luxe de l'organisme, l'individu, avant de posséder ce luxe, doit être poiu*-
vu du nécessaire. Avant d'avoir équipage et maison de plaisance, il faut songer
à s'assiu'er une nourriture quotidienne et de quoi satisfaire aux premières néces-
sités de la vie : il en est de même de l'organisme. Ce luxe représente une sura-
bondance, une pléthore de forces, qui nous expUque la constitution physique de
la femme, car c'est en vertu de cette pléthore qu'ont heu la menstruation, la
grossesse, l'allaitement, et, en un mot, toutes les fonctions de reproduction ; si
cette pléthore n'existait pas, il n'y aurait ni menstruation, ni grossesse, parce que
l'accomplissement de ces fonctions nécessite de la part de l'organisme des
forces réservées pour produire tout ce qui n'est pas en rapport direct avec l'in-
dividu.
Cette pléthore de forces chez la femme, elle est démontrée non-seulement
par l'existence de fonctions et de pertes qui n'ont pas lieu chez l'homme, mais
encore par d'autres influences que j'étudierais ici si je n'étais pressé par le temps
qui m'est accordé. Je ferai cependant remarquer que les émissions sanguines
sont mieux supportées par la femme, vérité que la pratique nous apprend tous
les jours, et que les plus célèbres gynécologistes nous ont de tout temps ensei-
gnée. C'est à cet excès de forces dont je parle qu'il faut faire remonter la eau»
de ces effets.
En résumé, messieurs, nous voyons que, chez la femme, les fonctions de repro-
duction représentent, comme je l'ai dit, un luxe de l'organisme, résultat d'un excès
de forces qui préside à leur accomplissement; que, par conséquent, ces fonctions
CORTEJàRËNÂ. — SUR LA MENSTRUATION. 221
sont soumises à cette pléthore de forces qui^ si elle n'existait pas, rendrait
impossible la fonction génératrice.
.Nous allons^ à présent^ faire application de ces considérations physiologiques.
U luenstniation est, parmi les fonctions de reproduction, celle qui apparaît la
première, et précisément la plus en rapport avec cet excès de forces que nous
signalions plus haut. Elle commence plus tôt ou plus tard, selon la constitution
physique de la femme. Chez celles dont le développement est précoce, les règles
paraissent de bonne heure; chez celles dont les fonctions de nutrition sont moins
actiTes, la puberté an*ive plus tard.
Or, le climat, les races, les différentes conditions de la vie, n'auront aucune
influence s'ils ne sont en rapport direct avec l'individu. C'est ainsi que nous ver*
rons, dans les climats chauds, des jeunes fUles réglées à quatorze ou quinze ans,
et dans les climats froids à douze ou treize ans, parce que, chez ces dernières,
la pléthore des forces est suffisante pour donner lieu aux fonctions de reproduc-
tion. 0 ne pourra pas paraître extraordinaire qu'une négresse soit réglée de
bonne heure en Amérique, car, dans nos Antilles au moins, ces femmes sont,
on peut dire, mieux traitées que nos domestiques d'Europe ; leur travail est
moins pénible, leur alimentation est meilleure et elles sont mieux soignées en
cas de maladie. Attachées au service des grandes dames pour leur tendre le
moochoir, faire jouer l'éventail ou rendre cent autres services de cette espèce^
on peut dire que les négresses de ces conditions n'ont de l'esclave que le nom.
Aucun excès de travail^ aucune privation, ne viennent porter atteinte aux forces
nécessaires dont nous nous sommes occupé.
Si nous interrogeons la physiologie comparée, nous voyons que, chez les ani-
o&aux, le rut est plus fréquent et plus impérieux à l'état de domesticité qu'à
l'état sauvage ; pour s'en convaincre, il suffirait de constater ce qui se passe chez
les lions de nos ménageries, les chats et surtout les chiennes. Ces derniers ani-
maux, bien soignés, bien nourris, choyés de mille manières, possèdent une véii-
table menstruation, apparente dans tout leur appareil génital. Ce phénomène
trouve son explication naturelle dans la manière de vivre de ces animaux. Dis-
pensés de tout travail, ils marchent peu, n'ont aucune lutte à soutenir avec leurs
congénères ou leurs ennemis, et ne souffrent jamais de la faim. J'ai entendu dire
que les femmes sauvages n'ont pas de règles, ce qui ne m'étonne aucunement,
car la femme dans ces conditions se trouve rapprochée des animaux sauvages
par les fatigues qu'elle a à supporter, en un mot, par la somme de forces. qu'elle
dépense.
Vous voyez, messieurs, qu'on ne peut faire de statistiques exactes, puisque le
diniat et les races sont soumis, dans leur manière d'agir, à cette pléthore de
forces qui, chez la femme, est indispensable pour soutenir les fonctions de repro-
duction.
Quant à l'influence du climat en Espagne, je ne ferai que vous rappeler ce qui
a été dit par mon compatriote et savant confrère, le docteur Seco Baldor, à propos
de la phthiaie pulmonaire. La différence qui existe entre les climats de chaque
province est un obstacle insurmontable à toute tentative de statistique sérieuse.
Les différences les plus sensibles se remai*quent, par exemple, entre les femmes
de l'Andalousie et celles des provinces basques. A Séville, l'Age de la puberté
apparaît entre onze et douze ans, et j'ai connu dans cette cité des jeunes filles
de quatorze ans qui paraissaient en avoir vingt-quatre. En Galice, ce beau
pa]8 qu'on peut appeler la Suisse espagnole, les femmes sont réglées très-
222 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DE JOUR.
lai'd^ non pas que le climat y soit rigoureux^ mais paroe qu'elles y sont soumises
à un mode de travail et à des conditions de vie auxquels il faut foire remonter
l'apparition tardive du flux menstruel.
Notre conclusion est donc que le climatj les races et les différentes conditions
de la vie n'ont pas une influence directe et immédiate sur la menstruation ; que
celle-ci est subordonnée à la nutrition^ à la pléthore de forces spéciale de la
femme^ et qu'il faut tenii* compte de cette pléthore pour obtenir des statistiques
séiieuses et des résultats d'une exactitude rigoureuse.
M. le D' Avrard (de la Rochelle) présente quelques considérations sur la ioi
lie l'ùifécondité physiologique.
La série des périodes fonctionnelles ovo-utérines s'accomplit en vingt-huit
jours.
Il cs^ antiphysiologique de dire que Tovaire est l'annexe de l'utérus. La cavité
utérine n'est que le réservoir de l'incubaUon de l'ovule^ de même que la vési-
cule séminale est le réservoir d'incubation du liquide spermatique.
La fécondation normale a lieu dans l'utérus.
La révolution de l'appareil générateur se décompose en trois périodes ; aié-
norrhagiquey génésiçiuey hypnotique,
La fécondation ne peut pas se produire pcpdant la période ménorrhagique^ et
cela pour des causes physiques et physiologiques d'une puissance absolue.
La femme ne peut être fécondée que pendant quelques jjoui^ de rintermens-
tr nation^ c'est là la période génésique. Elle commence s^rès la cessation dç la
menstruation qui est une fonction excrémentitielle> et en général de sii^ à neuf
jours après le début des règles^ c'est-à-dire lorsque l'ovulation ^po^tanée est
complète et que l'ovule est arrivé dans l'utérus.
Quelle que soit la durée de la période ménorrhagique> la pério4e génésique
fmit toujours le quatorzième jour après l'invasion des règles.
Alors commence la période hypnotique qui s'étend jusqu'à la menstruation
suivante^ quelque tardive que soit celle-ci. La mensU'uation est la terminaison
unique d'une congestion qui^ dans beaucoup de cas d'aménorrhée^ se dissipe
sans écoulement. Il existe une aménorrhée physiologique^ celle des nourrices^
et une aménorrhée pathologique.
La séance est levée à cinq heures et demie.
TROISIÈME SÉANCE
Mercredi Si «o<kt, à 2 hmrei,
LECTURES ET DUGWUOM SUA hk UCOHM QUISTIOII DU PA0GRA1IMB.
DES ACCIDENTS GÉNÉRAUX
OUI ENTRAINENT I*A MOBT APRÈS LES OPÉRATIONS CHIRURGICALES.
MM. Bourgade (Clermorit-FeiTand). — Travail ayant pour titre renoncé de la
question.
Barbosa (Lisbonne). — Note statistique des grandes opérations faites à l'hô-
pital royal de Saint-Joseph à Lisbonne^ pendant les douze dernières
années.
(k>s«uN (Paria). — Prophylaxie de Térysipèle et de Vinfeotion purulenle dauK
les salles d'hôpitaux.
Ubat (Bordeaux). -* Des moyens d'éviter les accidents qui peuvent com-
pliquer les plaies.
Vouieun. (Paris). — Des conditions organiques des opérés. De l'iniluence
des états diathësiques sur les résultats des opérations chirurgicales.
iMsti iicçiQii. — MM. Haijolin (Paris). — De Mène (Londres). ^ Kœherlé (Stras-
bourg). — Mazzoni (Rome). — ^ Bole (Castelsarrasin). — ieannel (Bordeaux).
— Gosselin (Paris). — Verneuil (Paris). — Boui'gade (Clermont-Ferrand).
— Cortejarena (Madrid). ^ Delasiauve (Paris).
IWès-verbal de la séance pai* M. le professeur Henri Gintrac, secrétaire du
Congrès.
22/i CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. <- TROlSlfeME SÉANCE DE JOUR.
TROISIÈME SEANCE DE JOUR.
Président M. Bouillaud.
Yice-présidenU, . . . MM. Lambl (de Khaikoff) et Teissier (de Lyon).
Secrétaire de la séatice. M. Henri Gintrac.
Lectures sur la seconde question du programme :
BBS AœiBBMTS CiaVÉBAIJll
91)1 BMTBAINBmr liA MOBT APBÉS I4ES OP^BATIONS
CHIBIJBGICAIiES
PAR M. US DOCTEUR BOURGADE
Profossaur à rScole do mëdecine de Ctonnont-FerniDd, cbinirgira d« THàlel-Dicu.
MÉMOIRE COUROMMÉ PAR LE CONGRÈS.
ÉTIOLOGIE. — PROPHYLAXIE.
L'importante question proposée par le comité d'organisation du Congres est
de celles qui sont toujours à Tordre du jour de la science chirurgicale, et que
l'on agite depuis longtemps sans la pouvoir résoudre.
Pour marcher vers cette solution, il me semble qu'il est du devoir de qui-
conque a médité sur ce grave sujet, d'appoiier ici le tribut de son observation,
afin que dans ce faisceau de documents on puisse trouver les éléments d'une
comparaison sérieuse, et par suite d'une étude approfondie.
C'est la pensée qui m'a conduit à venir exposer devant ce savant aréopage les
résultats de vingt ans de pratique et de dix ans d'observation dans un grand
hôpital de province.
I. — ÉTIOLOGIE.
Trois faits de premier ordre me paraissent dominer essentiellement toute
l'histoire des accidents généraux graves qui se produisent à la suite des opéra-
tions chirurgicales.
i<* Ces accidents ne s'observent pas ou ne s'obsei*vent que très-rarement dan^
les campagnes isolées, tandis qu'ils se montrent très-fréquemment dans les viUes
et presque habituellement dans les hôpitaux, les camps, les ambulances, etc.;
en un mot, au sein de toutes les agglomérations humaines.
2^ Même dans ces dernières conditions défavorables, ils ne se produisent que
très-exceptionnellement y à la suite de l'application des caustiques ; on les voit sur-
venir souvent au contraire après l'action de l'instrument tranchant.
3** Une fois développés, ils sont presque toujoui*s au-dessus des ressources
de l'art.
BOISGADE. — PROPHYLAXIE DES ACClDENlS CONSÈCU Ttrs AU\ OPÉRA IIÛNS. 225
Je rais examiner très-brièvement ces trois iK)ints^ et exposer les conséquences
qui me paraissent naturellement s'en déduire.
In mot d'abord sur le dernier, que je ne crois pas contestable.
il n'est que trop vrai, comme nous l'apprend Texpériencc de chaque jour,
que, dans l'état actuel de la thérapeutique, la plupari des accidents consécutifs
aux opérations chirurgicales, tels que pyohémie, infection putride, phlébite,
angiolcucite, tétanos, une fois développés, conduisent le malade à une termi-
naison à peu près toujours funeste, quelle que soit l'énergie du traitement em-
ployé. A peine pourrait-on établir une exception pour l'érysipèle et le phlegmon
diffus.
La conséquence à tirer de ce fait, c'est que le chirurgien doit mettre tout en
œuvre pour prévenir le développement de ces redoutables complications.
Ici, on ne saurait trop le répéter, il ne s'agit pas de gtièrir le mal, il s'agit sui<«
tout et avant tout de le prévenir,
Cest donc du côté de la prophylaxie de ces accidents qu'il faut diriger tous
Hîs efforts. Je crois les chirurgiens à peu près d'accord sur ce point.
Mais l'étude de la prophylaxie doit reposer tout entière sur celle de Véttoîotjie;
car si Ton peut saisir les causes de ces accidents, il sufBra d'écarier ces causes
(Miur en prévenir les effets.
Or, cette étiologie me paraît s'éclaù*er d'une vive lumière quand on médite
le> deux premières propositions que j'ai émises plus haut :
1* VvmocuUé habituelle des opérations pratiquées dans les campagnes isolées
et la gravité de celles qui le sont dans les hôpitaux ;
2* VinnoetHté au moins relative de l'application des caustiques.
Ces deux vérités de fait me paraissent généralement acceptées et d'ailleurs
peu contestables.
S'il était besoin de les appuyer de quelques preuves, je dirais que pour moi,
depuis vingt années de pratique dans un département étendu, composé à la fois
de plaines fertUes, de coteaux, de vallées et de hautes montagnes, j'ai pratiqué
des opérations dans bien des localités diverses, et je puis affirmer que, dans les
campagnes isolées, je n'ai jamais vu survenir de ces accidents gi*aves et si sou-
vent mortels que je voyais se produire à l'hôpital.
A l'Hôtel-Dieu de Clermont, vaste établissement situé dans une admirable po-
rtion et dans les meilleures conditions hygiéniques, — mais contenant une
population moyenne de plus de 500 individus, — les accidents consécutifs aux
opérations chirurgicales étaient si nombreux, qu'ils se déclaraient en moyenne
dans la moitié des cas au moins, et qu'à la suite des amputations ils survenaient
boit fms sur dix.
l'en étais si effrayé, dans les premières années de ma pratique hospitalière,
que j'en étais arrivé à donner, dans tous les cas où cela était possible, la préfé-
irnce aux caustiques sur l'instrument tranchant.
<^'est que, en effet, de l'aveu de tous les praticiens, la cautérisation met à
l'abri de la plupart des gi'aves conséquences qui semblent être l'apanage presque
evclosif de l'emploi du bistouri. Aussi, dans ces derniers temps, s'est-on efforcé
d'instruire le procès de cet indispensable instrument.
l)e là l'éclosion d'une foule de méthodes et de procédés, très-utiles sans
doute, mis au jour dans le but avoué de suppléer à son usage reconnu dan-
gereux.
<Jn s'est mis, en eiïet, de cette manière, et dans certains cas, h Tabri de qnel-
iô
226 CONGRES MÉDICAL 1NTIRNAT10^AL. — TROiSIËIIV SÉANCK DE JOUR.
ques-uns de ces accidents si redoutés. Néanmoins^ malgré tous ces effoiis, on
n'a pu restreindre que bien peu le champ d'application de l'instrument tran-
chant, et le bisjouri est resté l'agent chirurgical par excellence.
Ainsi donc, innocuité presque complète :
i'' Hors des agglomérations d'hommes;
2** Hors de V emploi du couteau, c'est-à-dire quand il n'y a pas pixiduction de
section vive des tissus, peau, muscles^ vaisseaux, ^erfs, os, ou du moins lors-
qu'il n'en résulte pas une surface saignante, largement exposés à toutes les in-
fluences extérieures.
Voilà des faits qui paraissent constants.
Qu'y a-t-il donc de si spécialement fâcheux dans ces cas^ que ces deux seules
circonstances, agglomération humaine et swrface sanglante, soient seules suiTies
d'accidents graves?
(Vest que dans toute agglomération humaine, il se produit des miasmes^ de^
émanations, des ferments, un je ne sais quoi enfin, mais quelque chose, que la
chimie n'a pas encore pu saisir, que l'observation des faits force à admettre et
que la pathologie accepte.
C'est que d'un côté, à la surface de toute plaie récente et pendant un certain
temps, l'absorption s'exerce avec activité et peut faire passer dans le torrent cir-
culatoire des particules toxiques ; et que, d'un autre côté^ les inflammations sont
fréquentes à la suite de la division des os, des vaisseaux, des muscles*, en un mot
de tous les tissus, lorsque ces derniers sont privés de leur enveloppe protectrice
et se trouvent ainsi exposés directement à l'action de tous les agents morbigènes.
Ces tissus, au contraire, sont-ils détruits de manière à conserver une enve-
loppe préservatrice, connue dans les sections sous-cutanées, ou à la suite deTap-
plication d'un caustique, lequel^ lui aussi, en mortiliant une couche 0e ces tissus,
en produisant une escharc qui ne se détache qu'après un assez loi^ intcnralle,
constitue comme un opercule protecteur et isolant aux parties sous-jacentc^ ;
alors il n'y a plus de contact avec les paiiicules morbiûques^ et par suite plus
d'accidents.
Et ce sont si bien ces deux conditions, production de miasme ou de fermesUj et
dMudation de la plaie, qui favorisent ou produisent le développement des acci-
dents, que si l'une des deux vient à manquer, le danger est conjuré.
Que l'on place le malade hors de tout fuyer de production de matière miasma-
tique fermentescible, presque toujoui*s la plaie^ bien que dénudée et exposée à
l'ail*, guérira bien.
Qu'on le mette, au contraire, dans mi foyer de production de matière morbi-
gène, par exemple dans une salle de blessés, et qu'on le traite par des C4tu>-
liques, la plaie foite ainsi guérba encore.
Mais qu'on réunisse les deux conditions fâcheuses, foyer fnorbiyéne et déHuda-
tvM de la plaie, et le plus souvent les accidents éclateront.
Yoilà, si je ne m'abuse, les deux vérités qui ressorienl le plus clairement de
l'observation clinique et de l'analyse des faits.
i
11. — Prophylaxik.
I
f>e l'exposé qui précède, on devrait conclure que pour se mettre à l'abri de>
accidents consécutifs, il faudrait :
B0liGÀDB.-^PBOPHYLAX4B UfiS ACCIDENTS COI^ÊCyTlFS AUX OPÊp AXIONS. 2^17
Ou pratiquer les q>ération& hoi-s de toute agglomération bumaine« c'eet-à-iUv^î
eo pleine campagnâ> ce qui e^t presque toujours imposûbte ;
Ou ne point produire de sui'fape sanglante, c'est-à-dire renoncer à l'i^^tni-
ment tranchant, poui* adopter d'autres moyens de division, et principalement les
caustiques, ce qui n'est pas moins impossible.
Il faut donc chercher une autqre solution au problème^ et s^ demander si l'on
De pourrait pas parvenir à mettre les plaies faites par le bisto.uri dans des ow^f-
tions teiks qu^eUes puissent résister à l'action d^ milieux l^s plus défam^aàl^.
Et comme les plaies qui résistent le mieu^ à l'action de ces miliem^ movbi-
uèaes sont celles que les caustiques ont engendrées, le problème à résoudre se
réduit à ces termes :
Rendre inoCTensives, autant que si elles étaient produites par les cattf|igife«, lifs
piaies faites par l'instrummt tranchant.
C'est à trouver cette solution que je nie suis depuis longtemps appliqué.
S'il était possible, en incisant les tissus, ou après les avoir divisés, de produire
m eux une action analogue ou semblable à celle des caustiques, c'est-à-dire une
("schare ou quelque chose qui y ressemblerait, qui adhérerait intimemeAt aux
ti>^us, ferait coips avec eux et se détacherait seuleu^ent au bout d'un cert^^
nombre de jours, lorsque déj|^ des sécrétions plf^tiqu^s se seraient fait^ et or-
.yanisées dans les parties sous-jacentes, la surface traumatique se trouvax^t ^i|i
protégée contre l'actiou des agfu^ts ^^térieUTS^ ou ne s'y trouvfu^t e:i^pos^^ que
«ians des conditions sufKsaute^ de résistance à leur action délétère, \^ çif^oses
deTiaient se passer comme à la suite de la cauténsation, et le développemei^t
des accidents gi*aves se trouverait prévenu.
C'est ce qu'ont pensé le$ chirurgiens qui« dçi nos jouTS) ont regretté l'emploi
(les couteaux rougis au feu des opérateurs anciens, sans oi>er cependant en réha-
biliter l'usage; et ceux qui, plus logiques, à l'exemple de Bonnet, de Lyon, ^t ç)e
M. Sédillot, ont porté le cautère actuel sur unç plus ou moins grande éteudu^ de
h plaie; ou, comme FoUin, proposé de recouvrir toute la surface de Is^ section
d une couche de caustique : par exemple, de chlorure de zinc.
L'expérience clinique n'a pas justice cette pratique, au fond cependant
ntionnelle.
li'uu cdté, la douleur qui se prolonge dnrapt pjlusieurs jours^ d'uue n^apière
!^i imupportahle à la suite de l'application de certains caustiques, comm^ le chlo-
rure de zinc, seul ou mêlé de chlorure d'antimoine, sera toujours uu obstacle
à leur vulgarisation ; et d'un autre, tout caustique splide, et suilout le cautère
actuel, laissera toiyour^ $ur une plaiCj, in^gafe ou aufractueuse, viq trop gr^nd
Qombre de poin^ sans les atteindre.
Uuant aux caustiques liquides, jusqu'ici employés, ils ont une actioq trop su-
perficielle, trop inégale, trop difficile à limiter, pour atteindre le but qu'on doit
se proposer.
Et cependant^ je le répète, l'idée est rationnelle ; elle se déduit logiquement^
comme j'ai cherché à le démontrer, de l'analyse des faits et des conditions du
problème. Il s'agit seulement de choisir et d'appliquer un agent qui puisse la
réalii-er et la rendre pratique.
Or, cet agent, je crois l'avoir trouvé dans une substance chimique, connue de
tous çt appliquée depuis plusieurs années à un grand nombre d'usages, dans le
perchlorure de fer à 30 degrés, dans la solutipti normale de Pravaz*
^uktauce inofl'ensive, facile à manier, coagulante et légèrement caustique^
228 CONGRÈS MÉDrCAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DK JOUR.
agissant fortement sur les tissus dénudés^ pour se combiner intimement avec eux,
sans action sur les parties saines : tels sont les avantages^ parfaitement appropriés
au but à atteindre, qui ont déterminé mon choix.
Près de cinq années d'études persévérantes et de succès constants me don-
nent le droit d'avoir quelque confiance en ce moyen.
Déjà un honorable clûrurgien des armées, M. Salleron, avait employé le per-
chlorure de fer à Constantinople, lors de la guerre de Crimée, pour guérir la
pourriture d'hôpital, — ce qu'il parait avoir fait avec succès, — et aussi pour
combattre l'infection purulente déclarée.
Mais pour qui connaît la gravité de cette terrible affection, ces tentatives,
timides d'ailleui*s, ne pouvaient pas offrir un grand intérêt. Elles sont restées
sans écho.
J'ai employé la méthode de ce chirurgien, et je n'en ai obtenu aucun résultat
utile.
Mais si le perchlorure de fer reste sans efficacité bien réelle pour combattre
les graves accidents consécutifs aux opérations chirurgicales, lorsque ces acci-
dents se sont déjà produits^ il n'en est pas de même lorsque ce sel est employé à
titre de moyen prophylactique.
Je n'hésite pas à dire qu'il jouit sous ce rapport d'une efficacité très-remai^
quable.
Voici comment ce moyen me parsut devoir être employé.
Dès que l'opération est terminée, les ligatures faites, la plaie soigneusement
abstergée et ne donnant plus de sang; en un mot, loi*sque le moment est venu de
procéder au pansement, je recouvre la surface sanglante, dans toute son étendue,
de plumasseaux ou de bourdonnets de charpie, tous fortement imbibés d'une
solution de perchlorure de fer à 30 degrés, pure, et je veille à ce que l'action du
liquide chloroferrique se produise sur toutes les parties de la plaie, sur les os,
aussi bien que sur les muscles, le tissu cellulaire, Touverture des vaisseaui
principalement, en un mot, sur toutes les parties divisées, le recouvre le tout
d'un gâteau de charpie mouillée, pour affaiblir, par Faction de l'eau, l'excès de
solution ferrique qui pourrait couler et agir trop fortement sur les bords de la
peau incisée.
Le perchlorure de fer ne tarde pas à se combiner avec les tissus dénudés, et
d'une manière si intime, qu'au bout de dou2e heures, l'adhérence est complète et
qu'il faudrait tirer assez fortement pour détacher les plumasseaux.
Il se forme ainsi sur la plaie un magma solide, une cuirasse dure, épaisse et
adhérente, qui tient à la fois du coagulum et de l'eschare, et qui soustrait com-
plètement la partie recouverte de cette manière à l'action des agents extérieurs.
Lorsque l'application a été faite convenablement, ce n'est en général que du
sixième au huitième jour, d'autres fois seulement vers le dixième, et exception-
nellement même plus tard, que la suppuration commence à s'établir, et que les
plumasseaux de charpie se mettent à se détacher graduellement et peu à peu.
Us laissent alors à nu une surface d'un gris noh^âtre, tout à fait semblable à une
escharc ; celle-ci bientôt se détache à son tour, graduellement, laissant voir une
plaie rose, vermeille, déjà recouverte de bourgeons charnus en pleine voie d'or-
ganisation.
Cette plaie, que je fais panser avec du vin aromatique, no suppure jamais
beaucoup ; les bourgeons charnus qui la recouvrent sont de l>onne nature ; dtiuc>
d'une assez grande vitalité, ils ne fournissent que du pus louable et eu quantité
BOUIGAOE. -^ PROPHYLAXIE DES ACGJDEKTS CONSÉCUTIFS AUX OPÊBATIONS. 229
rflativement minime; aussi la guérison anive-t-elle à son terme sans entrave.
Souvent il devient facile, surtout après une opération à lambeaux, d'affronter
les surfaces suppurantes et d'obtenir de rapides réunions secondaires.
iDe douleur assez vive, comme on le sait, suit l'application du perchlorure de
fer sur une surface sanglante, et le malade, s'il est encore sous l'influence du
^mmeil chloroformique, en est tiré sur-le-champ. Mais cette douleur est de
courte durée ; généralement, au bout de quelques minutes, elle est devenue
supportable, et le patient cesse de s'en plaindre. Elle s'éteint d'ailleurs au bout
(k quelques heures; elle ne saurait donc jamais constituer la moindre contre*
indication.
Chose remarquable! l'état général du malade semble très-heureusement
influencé par ce mode de pansement. Est-ce à l'occlusion complète de la plaie,
est-ce à l'action du sel de fer que ce résultat est dû? Je l'ignore, mais il m'a
souvent frappé.
Durant les jours qui suivent l'opération, peu ou pas de douleur, peu ou pas
tie fièvre traumatique; l'opéré conserve de la force, de l'appétit et du sommeil.
L'établissement de la suppuration étant notablement retardé, lorsque celle-ci
^ manifeste, le malade a eu le temps de reprendre assez de force pour n'en être
pM fâcheusement influencé. N'étant d'ailleurs jamais abondante, elle permet au
malade de récupérer un certain degré de force et d'embonpoint et de le con-
^en-er jusqu'à sa guérison.
lo avantage que je ne dois point passer sous silence, c'est la facilité avec
laquelle le malade peut supporter les transports, même dès les premiers jours
fii niivent l'opération. Avec nn pansement par occlusion, très-adhérent, qui
peut rester en place six à huit jours, sans être touché ; avec une douleur très-
légère et une fièvre traumatique peu marquée, l'opéré, on le comprend, ne
redoute guère les mouvements, et il en souffre peu. Dans quelques cas particu-
liers, en campagne, par exemple, on peut trouver dans ce fait un inappréciable
avantage.
n est bien évident, — et je n'insiste pas sur ce point, — qu'un pareil mode
<le pansement ne s'applique pas aux réunions immédiates des plaies, puisqu'alors
il n'y a plus de surface sanglante d'application. Mais elle s'associe parfaite-
ment à la réunion partielle, dont elle semble même assurer le succès. Or,
c est tout ce qu'on peut tenter dans les grands hôpitaux. On sait que les réunions
pir première intention y réussissent peu, et que la plupart des chirurgiens se
iMHnent à opérer, au moins dans les grandes plaies, des réunions immédiates
partielles.
Depuis près de cinq années, j'ai appliqué d'une manière générale le panse-
ment par le perchlorure de fer à toutes les plaies résultant d'opérations d'une
certaine importance, dans mon service hospitalier, et, depuis cette époque, j'ai
^ disparaître complètement de mes salles ces graves complications auparavant
'i communes.
D'où pourraient provenir de si remai*quables résultats, s'ils n'étaient pas dus
à ce nouveau mode de pansement, puisque rien n'est changé dans les autres
conditions matérielles ou morales des opérés.
Plusieurs de mes collègues ont, à mon exemple, employé la même méthode,
<*t chaque fois qu'ils ont suivi les règles que j'ai posées, sans exception, ils ont
f^Menu des succès.
Siaw ces succès ne s'obtiennent qu'en employant le perchlorure de fer large-
250 œNGftfe» lAÈDtCAL mTERNATIONAL — TROtSIÈMB SÉANCE DK J01:R.
niptlt et hardiment, à forte dose et à un de^ de concentration stiffisanl. Ajrir
ilWéreniment, c'est se préparer des revers.
Quel inconvénient, d'ailleurs, peut-il y avoir à employer un agent inoflensif
' en soi, qui n'occasionne qu'une douleur supportable et très-passagère, ne pnv
duit pas de perle de substance appréciable, n'enflamme pas les plaies, mais leur
donne le degré d'excitation suffisante pour activer le travail de cicatrisation?
Quel avantage ne doit-on pas trouver, au contraire, à un pahscment par occlu-
sion, qui ne s'enlève que tardivement, par rélimination graduelle et spontanée
àe» tampons de charpie et des escharcs, qui permet d'é\iter les tiraillements,
l'excitation intempestive, l'initation des bords de la plaie, la déchirure des honr-
geons charnus en voie d'organisation, etc., toutes choses qui exercent, comun*
l'ont Bi bien dit d'éminonts chirurgiens, une action fftcheusie 5Ur la guéris^m de^
plaies?
III. — PlIY^IOLOOIF PATHOLOOIQIK.
Qu'il me soit permis maintenant de rechercher comment agit le perchloruri
de fVr, dans la prophylaxie des accidents consécutifs aux opéi'ations chirurgiraio.
Je vais le fkire surtout pour la pyohémie, qui, de toutes les complications, o<
la plus grave et la moins accessible à nos moyens thérapeutiques.
Que se passe-t-il lorsqu'on applique sur une plaie récente une forte couche de
perchlormie de fer?
a Si la surface est encore sanguinolente, le perchlorure de fer coagulera
» instantanément les liquides répandus à la surface de la plaie, qui se trouvera
» recouverte d'une sorte de coUodion plus ou moins adhéient à la surface ùi^
a chairs Mais si la plaie est au préalable bien absta:^ée<, la liqueur chiort>-
» ferrique, ne trouvant pas asses de liquide albumineux pour être saturée, por-
» tera êan action sur la substance elle-même des tissus, et il y aura une vért-
» table action caustique, c'est-à-dire désorganisation et destruction des partie<
» solides. Cette action, il est vrai, ne s'exercera que sur une couche si mince v\
» m superficielle, à cause de la richesse des parties en albumine et en fibrine.
»> qn'fl n'y aiu*a pour ainsi dire pas de perte de substance^ mais le fait n'en
» existera pas moins. » (Burin Dubuisson, Traité ^r ie perehlonire de fer^ p. 99.
« Il se formera une eschare noirâtre superficielle, ferme et bien limitée.
» 0Î1 il est facile de retrouver, vers les couches profondes, les éléments histolo-
» giquesdes tissus fWippës de mort. » (Gh. Sarfasin, Dict, de méd. et de cAtr., t. VI.
p. 581.)
Si l'on examine ce qui s'est passé du côté des vaisseaux capillaires, on trouve
le saUg coagulé dans Tintérieur de ces vaisseaux et la circulation arrêtée. Dan>
les veines la même chose se pi'oduit ; il se forme, à l'ouverture béante des vais-
seaux, un caillot obturateur, qui bientôt contracte des adhérences avec les pan>i^
vasculaires et amène graduellement l'oblitération du vaisseau à son extrémité
périphérique.
Des injections faites sur des animaux, sacrifiés huit et dix jours api'ès l'appli-
cation du perchlorure de fer sur une surface d'amputatiou^ aussitôt après la chute
de la couche escharotique, — injections faites avec soin, avec du m^^ure, de
manière à pénétrer le plus loin possible, — m'ont permis de constater que« au
bout de ce temps, l'oblitération des vaisseaux veineux est effectuée jusqu'à une
hauteur de i centimètre à i centimètre et demi au-dessus de la suiface de la
BOURGADE. — PROPHYLAXIE DES ACCIDENTS CONSÉCUTIFS AUX OPÉRATIONS. 231
plaie. Les mêmes injections, faites au bout du même temps, sur les vaisseaux
d'une plaie non soumise au perchlorure de fier, sont loin de donner les mêmes
résultats. Combien de fois, d'ailleurs, dans les autopsies, n'a-t-on pas constaté
qu'au bout d'un temps même plus long, l'ouverture des vaisseaux était encore
béante et baignant dans le pus fourni par la plaie.
Ainsi, le perchlorure de fer à 30 degrés; appliqué sur une surface sanglante,
y coagule instantanément tous les liquides, arrête la circulation dans les capil-
laires, obture l'ouverture des veines, et produit de plus une eschare supei-ficieîle,
mais durable, puisqu'eUe ne se détache pas avant le huitième jour.
Ceci posé, on s'explique sans peine le mode d'action de la solution de Pravaz
dans la prophylaxie de l'infection purulente.
En effet, toutes les théories par lesquelles on explique la production de cette
redoutable maladie se réduisent à deux : pénétraHon directe dans la circulation
du pus ou de ses éléments dissociés; production d'une phlébite suppurative ou
d'une angioleucite.
<>r, l'obturation des vaisseaux et la production d'une e^hare superficielle,
mais durable, devront opposer une baiTière infranchissable à la pénëtratioti dans
\v sang de toute substance toxique.
D'un antre côté, la formation de caillots obturateurs à l'ouverture des vais-
seaux divisés, en déterminant une légère phlébite odhéHiye et obtitératriet^ devra
>'opposer à la formation d'une phlébite suppurcOive,
Ainsi se trouvent écartées les deux causes qui, de l'aveu de tous les chirur-
L'ieDs, peuvent produire rtnfectionimru/^n^e.
Phlébite des os. — Le même phénomène doit aussi se passer pour les vaisseaux
Umphatiques et les veines osseuses; sur les os, en effet, on remarque qu'il se
dépose une couche mince, 0 est vrai, mais plus persistante que la couche des
parties molles. M. Salleron avait déjà noté ce fait.
« Sur les extrémités ou surfaces osseuses, dit-il, la coloration est plus foncée,
y plus uniforme, plus persistante : il semble qu'elle pénètre l'os par imbièition
»> nu qu'eUe attaque chimiquement la lame superficielle ; elle disparait lente-
» ment, niais elle est tout aussf inoflensive et parait même favoriser la formation
» de granulations qui ne tardent pas à s'établir. Sur les cartilages, elle est encore
» plus noire, plus persistante, et ne disparait que par leur exfoliation ou leui* éli-
» mination, qu'elle accélère d'une manière incontestable. »
Ainsi les surfaces osseuses étant recouvertes d'une couche suffisamment protec-
trice, les veines osseuses ne doivent ni absorber, ni s'enflammer.
Ostéomyélite. — Cette couche prolectrice doit aussi prévenir la formation de
i'ostéomy élite. Cette redoutable complication des amputations n'est point primi-
tive. On sait qu'elle se développe surtout consécutivement aux suppurations pro-
longées, alors que la section osseuse baigne dans un pus souvent altéré. Or, la
couche noire et dure dont le perchlorure de fer recouvre cette section, doit la
protéger suffisamment contre cette action morbigène du pus, et à peine est-elle
tombée, qu'on la voit rapidement être remplacée par des granulations, et bientôt
par des bourgeons charnus qui constituent à leur tour une enveloppe plus pro-
tectrice encore.
Aussi n'ai-je point vu l'ostéomyélite se produire chez mes amputés.
Infection puttide. — Le pansement au perchlorure de fer doit mettre encore le
malade à l'abri de l'infection putride. On sait, çn effet, que le sel de fer consti-
tue un de nos meilleurs désinfectants, en coagulant et solidifiant les liquides
232 coNGuks M(^:i>i(:AL international. — tboisièmk s^:ancb de jodb.
Qbrino^albuniineuXy produits do sdcri^tions viciéts ou de décompositions diverses ;
aussi les plaies sur lesquelles on l'applique ne répandent-elles aucune mauvaise
odeur.
Cependant, au moment où la couche escharotique commence à se détacher, il
s'écoule des fluides purulents d'un gris noirâtre^ qui, parfois^ répandent une
odeur fétide due sans doute à quelque décomposition chimique. Mais ce phéno-
mène est essentiellement transitoire ; je ne l'ai jamais vu se prolonger au delà de
quai*antc-huit heures^ abandonné à lui-même, et je l'ai toujours vu céder rapi-
dement sous rinfluencc de lotions chlorurées.
Je n'insisterai pas sur la possibilité de prévenir, par ce mode de pansement* les
hémorrhagies consécutives, qui constituent parfois un accident si sérieux à la
suite des amputations. Les propriétés hémostatiques bien connues du perchlo-
rure de fer me dispensent d'entrer dans d'autres détails.
J'ajouterai seulement ceci : que l'excitation produite à la surface d'une plaie
sanglante par la solution de Pravaz pure m'a souvent permis de retrouver un
vaisseau qui échappât à la ligature et aurait pu donner lieu à une hémoTrha^ie
consécutive, en prov«)quant, )Kir eette ewcitattoUf l'écoulement sanguin momenta-
nément suspendu.
Érysipéks grave$, — Reste la gi*ande question des érywpèles graves, qui, depui>
quelques années, a acquis, comme le dit si bien le programme du Comité, une
si grande importance à la suite des opérations chirurgicales.
Je n'ai pas encore recueilli les éléments suffisants pour asseoii* une opinion
scientifique touchant l'influence de l'application de la liqueur chloroferrique
sur la production de ce redoutable accident des plaies d'opération.
Tout ce que je puis dire, c'est que j'ai vu un certain nombre de fois, — il fois
sur 95, — se développer autour des plaies, après le pansement au perchlorure
de fer, un érythème peu intense, qui a tougours cédé en quelques jours a des
soins fort simples.
Une seule fois j'ai vu sun^enir un érysipèle du bras à la suite de l'ablation
d'un sein et d'un énorme chapelet de ganglions sous-axillaires. Mais cette
femme, dont le bras était œdématié depuis plusieurs mois, avait déjà éprouu'
plusieurs érvsipèles du nu^me genre.
lY. — Conclusions.
De tout ce qui précède, il me semble résulter que l'application d'une solution
pure de perchloinire de fer à 30 degi'és, faite en couche suffisante sur toute plaie
résultant d'une opération, aussitôt que cette opération est terminée et la plaie
soigneusement lavée et abstergée, paraît prévenir la plupart des accidents gravt^^
qui en sont souvent la suite, et qui sont de nature à entraîner la mort.
Elle parait les prévenir en mettant les plaies dans des conditions analogues ù
celles qui sont produites par les cattstiques.
C'est, du moins, ce ^u'U m'est permis de conclure d'une expérience de piv^
de cinq années, et de l'obseiTation de 95 malades, ayant tous subi des opérations
regardées comme sérieuses et pouvant entraîner la moH, et qui, tous sans excep-
tion, ont guéri sans avoir éprouvé d'accidents grades.
nOCRGADfi. -- PROPHYLAXIE DES ACCIDENTS CONSÉCUTIFS AUX OPÉRATIONS. 23S
Voici le relevé statistique de ces opérations :
Amputations de jambe (lieu d'élection) 8
— sus-malléolaires 5
^ du bras A
^ de ravanl-bras 5
— partielles du pied 3
Désarticulations de doigts 9
— d'orteils. A
EaièTement de métacarpiens 3
Ablations totales du sein (dont 7 avec ganglions sous-maxillaires) . lA
— de lipomes très-volumineux (3 commodes tètes d*adultes). 9
Extirpation de tumeurs ganglionnaires volumineuses 5
Ablation d'un kyste du jarret i
— du genou 2
— flu cou 1
— > de tumeurs cancéreuses diverses des membres ou du tronc
(Un malade, opéré 7 fois avec succès, ne figure que pour i dans
cette statistique) B
Ablation de sarcocèles 2
Extraction de séquestres étendus 3
Ablation de tumeurs épithéliales (autres que celles des lèvres)... • 9
TêTAL 95
M. le docteur Fleury, professeur de clinique chirurgicale à l'École de méde-
cine de Clermonty a en outre pratiqué avec succès, par cette méthode, deux
amputations de cuisse et deux de jambe au lieu d'élection.
Je me crois donc suffisamment automé par ces faits à émettre le précepte
suivant :
Apres toute opéraHon pratiquée à l'aide de l'ihstrument tramhant, il fatUy immé-
diatement après avoir lavé et essuyé la plaie, la recouvrir d'une forte cowhe de solw-
im de perchlorure de fera ZO degrés, afin de prétmir le développement des accidents
coMécuUfs.
Messieurs,
La méthode que je préconise est issue d'abord de l'observation d'un fait isolé
que le hasard plaça sous mes yeux.
Elle me semble avoir déjà reçu une sanction clinique suffisante pour mériter
l'attention des chirurgiens.
Toutefois je n'ignore pas qu'une expérimentation plus vaste, faite par des
mains plus habiles, dans d'autres lieux et môme dans d'autres climats, est néces-
saiie pour donner à cette méthode une valeur et une autorité qui lui manquent ;
c'est pour cela que j'ai cru devoir porter cette question devant celte assemblée,
qui compte d'illustres représentants de la science du monde entier.
J'appelle cette expérimentation de tous mes vœux. Elle seule peut éclairer la
question de cette vive lumière qui fait éclater la vérité à tous les yeux.
Car, à l'exemple de l'illustre médecin qui écrivait autrefois à Rome : « Je n'ai
[•oint oublié, moi aussi, que in acre claromontense seiipsi. »
iVl CONGRfiS MfiDTCAr. INTERÎS ATIO^^AT. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
IVOT£
DE.^ eRAfVBES 0PKR%T10M» FAITS» A L'HOPITAL
MAtlOm4Ii El" ROY %Ii BE liAMT JOl^EPU
FE[«B.%MT âélRH BOVZE BERNIBRBS AMNÉBS
PAR M. A. BARBOSÂ,
ProfeMeur à PÉcole médioo-ehinirgictlfl, Membre titulure de rAcadénié de« edeneei âè lÂÊhaow,
Ghirargien de rbdpiUl Suint-Joseph, Médecin dn Rof,
OéXé^aé du (couvernement portugais prés ie Congrès médical internationni do Piirit,flc.
Le Comité central du Congrès médical international de Paris nous ayant fait
l'honneur de nous nommer son délégué corr£spondant à Lisbonne^ nous a\oib
cru que ce serait un devoir pour nous de répondre à cette flatteuse invitation eu
prêtant notre faible concours à Tœuvre scientifique dont il s'est constitué k
centre.
Noti'e gouvernement nous ayant chargé de représenter la médecine portu-
gaise près le même Congrès, nous avons cru que nous étions par cela même plu*:
obligé à le faire.
Pour bien répondre à la condition formulée dans le programme : — « Lc>
» réponses à ces questions difficiles et importantes devront être basées, autant quo
» possible, non sur des impressions ou des souvenirs, mais bien sur des docu-
» nients statistiques suffisamment explicites et recueillis avec toute la rigueur
» de la science contemporaine », — il nous a paru indispensablede présenter une
statistique, aussi complète que possible, des opérations de la grande chiiurgie
pratiquées à l'hôpital général de Lisbonne (Uospitnl tmcional e real de Sao José), le
plus inipoilant du Portugal, et où nous avons depuis plusieurs années, S4>u<
notre direction, une vaste salle de chirurgie (salle Saint- Antoine).
Nous avions d'abord l'intention de dresser une statistique des vingt demière>
années, mais nous avons reconnu l'impossibilité de le faire avec les développe-
ments désirables, faute d'éléments suffisants.
Nous avons donc été forcé de restreindre notre statistique aux douze deniière>
années, de 1855 à 1866 (1).
Et encore pour ces douze dernières années, les pancartes oiTraient bien des
lacunes, qui s'opposent jusqu'à un certain point à ce que la statistique, sur
laquelle nous basons notre travail, réponde complètement aui différentes ques-
tions que nous désirons édaircir.
(1) Nous sommes heureux de pouvoir déclarer que nous avons reçu de M. le conseiller
Torres Pereira, digne chef de l'administration de Thâpital S. José, le concours le plus effi-
cace afin d'obtenir les documents dont nous avions besoin pour notre travail.
Nous ne devons point non plus manquer de mentionner le nom de notre ami et coUèfue ie
D' Pitta, actuellement chargé de la direction de la stalislique médicale de l'hdpital S. José :
il a conlribué, autant que possible, à ce que nos réquisitions fussent satisfaites.
BARBOSA. ~ STATISTKJUE llfeS OPÈRATroWS A l.lSBONNt. 2^C>-
Telles sont, |MU*iiii ces lacunes, le manque d'indication positive do In eatisc
de mort, dans plusieurs cas, ainsi que la note du temps ëcoulë depuis Vacci-
(lent traumatique qui a etigé l'amputation, jusqu'au moment où celle-ci a été
pratiquée, manque d'éléments indispensables qui s'oppose à ce que nous
pui>sions connaître cvactomcnt, non-seulement toutes les causes de mort après
••pération, mais encore leur fréquence proportionnelle, ainsi que l'influence
relatire des amputations primitives et consécutives sur la mortalité.
Les opérations que nous prendrons comme base de cette étude seront forcé-
loent celles qui, en général, et à cause de leur gravité, peuvent être suivie^ do
mort.
Nous ne tiendrons compte, par conséquent, ni des extirpations de tumeturs
iri^i^Miifiantes, ni des opérations pratiquées sur les yeux, ainsi que de l'nréthro-
lomie, on de l'opération de la fistule vésico-vaginale, et de bien d'autres qui no
^mi suivies de mort que dans des cas entièrement exceptionnels.
11 est encore des opérations, telles que la lithotritie, qui, quoique pouvant
• Ire d'une sérieuse gravité, ne figureront point dans notre statistique, parce que
leur petit nombre ne prêterait pas à des inductions de quelque valeur.
Les opérations sur lesquelles portent les notes présentées dans cet opuscule
HTont donc les suivantes :
1** Amputations des membres ;
2* Résections;
3* Opération de la taille ;
4* Hemiotomie ; >
5* Ligature des artères ;
6* Trachéotomie ;
7^ Amputation du pénis ;
8^ Extirpation des tumeurs ;
9' Opérations obstétricales,
^oique nous présentions pour ces divei*s genres d'ppérations la statistique
relative à leur curabllité et à leur mortalité, selon le sexe et î'àge des opérés,
ol quoique nous appréciions pour chacune d'elles les causes de la mort, loule-
fub nous ne développerons complètement toutes les données statistiques recuoil-
iio< que dans le groupe des amputations des membres.
Nous avons été forcé de nous restreindre de la sorte pour ne pas sortir de la
l'oudition du programme, qui n'accorde que vingt minutes pour la lectui'c de
chaque travail.
Cette note se trouvera divisée en quatre sections.
Dans la première, nous présentons la partie statistique fournie par les pan-
cartes des opérés à l'hôpital Saint-Joseph, dans les douze dernières années, en
donnant, ainsi que nous l'avons déjà dit, beaucoup plus de développement à la
partie qui se rattache aux amputations des membres.
Dans la deuxiènie, nous comparons la mortalité des amputatiom pratiquées en
l'ortugal à celle de ces inêmes opérations pratiquées dans d'autres pays, afui de
«contribuer à la résolution de la question de l'influence de la race et des climats,
(iaos le résultat des opérations.
I>ans la troisième, nous récapitulons toutes les causes qui déterminent la mort
après les opérations, dans le but de contribuer à la connaissance des formes
pathologiques qui donnent plus souvent lieu, chet nous, h la terminaison
fatale.
236 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
Dans la quatrième cnfin^ nous rappoiions le procédé opératoire, le pansement,
le régime diététique, etc., plus en usage chez nous, spécialement dans les am-
putations, et celui que, d'après notre propre expérience, nous croyons être le
plus favorable au bon résultat, non-seulement des amputations, mais encore à
celui des opérations de tout autre genre.
Nous avons cru, procédant ainsi, nous conformer le plus possible aux trois
points indiqués par le programme du Congrès, comme étant ceux sur lesquels
l'enquête devrait essentiellement poHer, savoir :
i^ La mortalité après les opà*ations chirwgicales est^elle égale dans tmis l»^
pays, ou varie-t-elle suivant la race et les climats ?
2^ Les affections générales qui la déterminent se montrent-elles portoul avec h
même fréquence relative et sous les mêmes formes pathologiques ?
3** Au cas où des différences not(U)les seraient constatées, la part faite à to race et
nu climat, quel ^ôle cotiviendratt-il d'assigtier au régime, aux modes de pansemeui
et de traitement, à l'hygiém générale ? etc.
PREMIÈRE SECTION.
PARTIE STATISTIQUE,
\^ Statistique générale des amputations des membres.
Nous réunissons les données que nous avons déduites de toutes les amputations
des différentes sections des membres pratiquées àl'hôpital Saint-Joseph de li^
bonne, pendant les douze années dont notre statistique rend compte.
Dans ce but, nous envisagerons la curabilité et la mortalité, pour les am-
putations des membres, sous le rapport du lieu où elles furent pratiquées;
de Tannée, des mois, des saisons; du sexe, de l'âge et de la constitution
des opérés ; des maladies qui les motivèrent et qui causèrent la mort ; de la
durée de celles-là avant l'entrée des malades à l'hôpital; du séjour de ceui-ci
dans les sdles avant et après l'amputation ; et enfin sous le rapport des salles où
les malades furent soignés, avec désignation des conditions hygiéniques de cha-
cune d'elles.
Considérons d'abord la curabilité et la mortalité de nos amputations, sous le
rapport de la région du corps où elles curent lieu :
0p«réf. Gttérii. Morta. Mortalité p. 100.
Cuisse. 62 33 29 46,8
Jambe. 50 33 17 33
Pied (amputation médio-tarsieune) 2 2 » »
Orteil» 16 14 2 12,5
Bra« 15 10 5 33
Avant-bras 24 19 5 20,8
Main (désarticulation radio-carpienne) 1 1 » »
Doigte 73 72 1 1,37
«M^^H^^^ «MM^^HV^to» ^H^^^a^i^^ *«^iHH^>^^»
Total 243 184 59 24,28
Nous avons donc eu, pour un total de 2^3 amputations^ un total de 59 niort.s
soit 2&,28 pour 100.
En spécifiant plus complètement les données du tableau précédent, nom
trouvons les résultats qui suivent :
BABBOSA. — STATISTIQUE OES OPÉRATIONS A LISBONNE. 237
Opérés. Guérit. MorU. Mortalité p. 100.
DésartieuUtiim de la cuisse, i UmbeaiL. .2 » 2 100
Amptttalion circulaire des deux cuisses. . . i » 1 100
Amputation de la cuisse (1 a lambeau (1),
58 circttlatres (2).% 59 33 26 àà,i
liésarticuUtioo du geoou par la méthode
circulaire. 3 2 i 33,3
Amputation de la jambe (circulaire) à7 31 16 34
Désarticulation médio-tarsienne, à lambeau. 2 2 » »
Bésarticulation des orteils (ovale et à lam-
beau) 16 14 2 12,5
Bésarticulatioa scapulo-bumérale (2 ova-
laires, 1 à lambeau) 3 2 1 33,3
Amputation circulaire du bras 12 8 d 33,3
BésarticulatîoQ de l'avant^bras (lambeau
antérieur) 1 1 » »
Amputation circulaire de Tavant-bras 23 18 5 21,7A
Désarticulation radio-carpienne (circulaire). 1 1 » »
Désarticulation des doigts (ovalaire et i
lambeau). 73 72 1 1,37
TOTAL 243 184 59 24,28
fHstribuées selon leur importance chirurgicale^ les amputations dont noue
nous occupons donnent les résultats suivants :
Opéré*» GuériB» Mortt. Mortalité p. lÛO*
Grandes amputations 154 98 56 36,36
Petites amputations. 89 86 3 3,37
Total 243 184 59 24,28
Nous avons donc pour les grandes amputations, celles de la cuisse, de la
jambe et médio-tarsienne, ainsi que pour celles du bi'as, de Tavant-bras et radio-
carpicnnc, une mortalité de 36,36 pour 100, et pour les petites, doigts et orteUs,
celle de 3,37 pour 100.
Selon l'ordre des membres supérieurs ou inférieurs, les résultats ont été les
suivants :
MEMBRES INFÉRIEURS.
Opérés. fiuéritf. Morts. Mortalité p. lOO.
Grandes amputations. 114 68 46 40,35
Petites amputaUons 16 14 2 12,5
Total 130 82 48 36,92
membres supérieurs.
Opéré». GaérU. Morts. Mortalité p. 100.
Grandes amputations 40 30 10 25
Petaes amputations 73 72 1 1,37
MiMi^^M^M^ ^H^^h^M^^ Wi^H^^B» ^rm - - ■
Total 113 102 11 9,73
(1) Le malade a fuéri.
(2) Va de ces amputés avait souffert sept ans auparavant une première amputation de la
cvisse gauche, pour la même maladie (tumeur bisnche du genou), qui motiva plus tard Tam-
pQtation à droite ; guéri des deux amputations, il fut, quelques mois après, atteint de mono-
naaie saicide, et finit par avaler une cuiller d'étain qu'il garda pendant plusieurs mois, et
V^ rea retrouva dans l'estomac, à l'autopsie, en même temps que l'on constatait l'existence
ti'on ulcère simple, cicatrisé dans sa plus grande étendue, mais ayant donné à lieu a une
238 C0NGRË5 HiOii.AL IMi'JiUNATlONAL.^ TROISIÈME SÉANCE IW JOUR.
Four les membres inférieurs, la mortalité ayant été de 36,92 pour 100,
«t de 9,73 pouf les supérieurs, il s'ensuit qu'il y eut une différence de 29,27
pour 100 en faveur des seconds.
Pour les grandes amputations du membre inférieur, la aiortalité a été de k^X^
pour 100, et pour les petites de 12,5; au membre supérieur, elle a été de 25
pour 100 pour les grandes et de 1,37 pour les petites.
Distribuées pai* périodes de 3 ans, les 2Zi3 opérations donnent :
opérés. Guùriii. Morts. MorUiile p. 100.
De 1855 à 1857 • 58
De 1858 à 1860 36
De 1861 à 1863 8?
De 186d à 1866 67
42
16
27,59
27
9
26
58
24
29,27
57
10
14,93
Total 243
184
59
24,28
Conmie on le voit, la diminution de mortalité dans le dernier triennat, de
1864 à 1866, est très-évidente :
Pour les trois périodes antérieures, de 1855 à 1863, la niorialité a varié de
25 à 29,27 pour 100, ou bien elle a été en moyenne de 27,8ii pour 100. nan>
les derniers ti-ois ans, elle a été seuleuient de 14,93 pour lOU. 11 y a donc in
une dillérence favorable, ou de moindre morts^lité, égule à 12,91 pour 100.
Quoique ce résultat ne nous soit pas défavorable, par rappoii à ceux obtcim>
dans d'autres pays, il Iv devient bien moins encore si nous nous rapportons à
celui obtenu dans les deux dernières années, où le résultat de 14 amputations de
la cuisse a été le suivant :
En 1865.
En 1866.
Total.
Opérés.
7
7
14
Guéris.
6
7
13
Uorts. Mortalité y. fOO.
1 14,29
7,14
[jSl mortalité a été donc à peine de 1 pour 14 ou 7,14 pour 100.
Classés selon les mois où elles eurent lieu, nos amputations ont eu les ré.sultatr
suivants :
Janvier.
Février.
Mars...
Avril...
Mai....
<)|«ri<.<i. «iiu<ri«s. MorU. MortaliU' \>. 100.
Juin
Juillet
Août. . . .
Septembre.
Octobre. . .
Novembre.
• •
Décembre... .
• • • •
• • • • •
22
15
7
31,82
19
16
3
15,79
25
16
9
36
20
16
4
20
14
8
6
42,86
24
22
2
8,33
25
21
4
16
26
16
10
38,46
15
11
4
26,67
18
17
1
5,56
17
13
4
23.53
18
13
5
27,78
Total
243
184
59
24^28
perforation qui causa la mort. — Un autre de ces amputés a subi, avec l'amputation de ia
cuisse, une amputation radio-carpîenne, toutes deux motivées par de graves lésions traumati-
ques résultant du passage de plusieurs waggons sur le corps. Il a été amputé dans notre
service et par le procédé que nous préférons pour la cuisse; pour la désarticulation de la
main, on a suivi la nicthode ovalaire. 11 a guéri de cette double amputation.
Guéris.
Uortf.
Mortalité p. 10
Ad
15
25,42
40
19
32,2
5d
16
21,33
M
9
18
RARUOSA. — STATISTIQUE DES OPÊHATIONS A USBONIMË. 239
La plus gi-ande mortalité a donc appartenu au mois de mai (/iS^Sô)^ ensuite e^t
\cm le mois d'août (38,46) et après, par ordre de plus forte mortalité, mars (39),
jdUNier ;31,82), décembre (27,7Hj, i^eptcmbre (26,67), novembre (23,53;, avril
20, juillet i I6j, fc>rier (15,79^, juin (8,33), et entiu octobre (5,56).
En groupant les mois par saisons météorologiques, ou a les résultats du tableau
«uivant :
Opér^f.
Biver (décembre à i%v|ier) 59
Printemps (mars à mai) 59
Eté (juin i août) 75
Aatoinoe (septembre à novembre) 50
Total 2ft3 184 59 24,28
La saison qui a offert une plus forte mortalité a donc été le printemps (32,2
pnur 400), ensuite l'hiver (25,42), l'été (21,33), et enfin l'automne (18).
Nos résultats, par rapport aux saisons, ont donc été, jusqu'à un certain point,
d'accord avec ceux énoncés par Malgaignc dans sa statistique. {Arch. <jén, de
/flf'/., nM4, 18ii2, p. 65.)
Selon les sexes, les résultats furent :
Opéitis. Guéris. MuiU>. Mortulitë [>. lOO.
Hommes 217 165 52 23,97
Femmes 26 19 7 26,92
Total 243 184 59 24,28
Sourie sexe masculin, la mortalité a été de 23,97 pour iOO, et pour le fémi-
nin de 26,92.
Différence favorable pour les hommes égale à 2,95 pour 100, et qui n'est pas
<i'Hccoi*d avec les résultats fournis par les statistiques d'autres pays.
En réunissant les statistiques faites sur ce sujet par Lawrie (Laîidon Medkal
^'vizHte, October 1860), Malgaigne {Arch, gin, de méd., n" Mx, 18à2), et Fenvrick,
qui 96 rapportent aux hôpitaux de Glasgow, Paris, iNewcastle, Edimbourg, etc.,
e( qui renferment 1528 opérations, on trouve une différence de 7,17 pour iOO
en faveur du sexe féminin. [Dictionnaire encyclopédique des sciences tnédicaks, 1865,
t. lu, p. 818.)
<^ette différence, quoique petite, n'est sans doute pas due à quelque circon-
stance spéciale à notre pays ; elle dépend, très<^robablement, d'un hasard dû au
nombre limité des faits qui l'ont produite.
L'âge des opérés, divisé par période de dix ans, montre ce qui suit :
Upérifs. Guéris. Hortii. Mortalité ^i. 400.
De 10 i 20 ans.
De 30 à 30 ans.
De 30 è 40 ans.
De 40 à 50 ans.
De 50 à 60 ans.
De 60 à 70 ans.
64
52
12
18,75
70
52
18
25,71
45
35
10
22,22
31
22
9
29,03
22
13
9
40,91
M
10
1
9,09
Total 243 184 Ô9 24,28
Si Ton excepte la période de la vie de 61 à 70 ans, où la mortalité tut à peine
de 9,09 j)our 100, ce qui, jusqu'à un certain point, so trouM' d'accord aVec la
'■i.iti^tiqur* <le Malî;aipno \irrh. [jôn de mvd^, V séiio, lS'i2.; (Vnpivs laquelle la
2^0 CONGRÈS MÉDICAL INTfcftNATIO.NAL. -- TROISIÈME SÉANCE D£ JOUR.
nioilalité des amputes a été moins forte de 65 à 80 ans que de 20 à 65, l'âge le
plus favorisé dans notre statistique est celui qui va de 10 à 20, dont la mortalité
n'a été que de 18,75 pour 100, tandis qu'elle fut de 22,22 pour 100 pour la pé-
riode de 30 à ao ; de 25,71 pour celle de 20 à 30; de 29,3 pour celle de /!iO à 50;
et enfin (^0,91 pour la moins favorisée, celle de 50 à 60 ans.
Si nous classons cependant tous nos opérés, par rapport à l'âge, en trois pé-
riodes seulement : de 10 à 20 ans d'abord, de 20 à 15 ans ensuite, et de 50 à
70 en dernier lieu, nous aiTiverons à un résultat plus près de la vérité, comuic
on va le voir
I* *
npérétj. Guéri». Mort«. Mortalité p. iOO.
De 10 à 20 ans 64 52 12 18,75
De 20 à 50 ans 146 109 37 25,3â
De 50 i 70 ans 33 23 10 30,3
^^^^^"■^^i* «■^^■^^^^M» Mw-^^^^^^ j, ai
Total 2d3 184 59 24,28
 la période de 10 à 20 ans répond la mortalité de 18,75 pour 100 ; à celle de
20 à 50 celle de 25,3i!(; et à celle de 50 à 70 celle de 30,3.
Elle a donc augmenté dans la raison directe de l'âge.
Groupant les opérés d'après leur constitution, nous avons le tableau sui<
vant :
Oliéi-éd. Guéi-i:}. Morts. Mortalité p. 100.
Constitution forte 47 39 8 17,02
-> moyenne 121 99 22 18,18
— faible. 37 24 13 35,14
— détériorée 27 16 11 40,74
— indéterminée 11 6 5 45,A5
Total 243 184 59 24,28
Gonmie il était naturel, c'est la constitution forte qui a oiîert la moindre mor-
talité (17,02); et après, par ordre, la moyenne, qui a offert 18,18; la faible
35,1/i, et en dernier lieu la constitution détériorée, qui a donné 40,7^ poui* 100.
Les maladies qui déterminèrent les amputations des membres varièi'ent comme
on le voit au tableau suivant :
Opéréo. Guéris. Morts. Mortalité p. 100.
Plaies par arme à feu 18 13 5 27,78
Plaies contttses, par arracbement et par
écrasement 35 29 6 17,14
Fractures comminutives 63 50 13 20,63
Panaris 20 20 » »
Cicatrice vicieuse et ankylose 1 1 » v
Ulcère compliqué de carie et de gangrène
d'hôpital 16 9 7 43,75
Gangrène 9 5 4 44,44
Carie et nécrose 21 19 2 9,52
Tumeurs blancbes 40 25 15 37,5
l'ttbercules des os. 1 1 » »
Chondrome 2 2 » »
Cancer encéphaloïde 17 10 7 41,18
Total 243 184 59 24,28
Comme on le voit, les amputations motivées par les chondromes, la cicatrice
vicieuse avec ankylose, le panai*is et les tubercules des os, ne donnèrent point
de moiialité.
BABB05A. -^ STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A USBONNE. 2k\
Presque toutes ces maladies siégeaient aux doigts ou aux oilciis. Pour les
maladies qui ont causé la mort, elles se rangent comme il suit, par ordi'e
croissant : carie et nécrose, 9,52 pour 100 ; plaies contuses, par écrasement et
par arrachement, 17,1^; fractures conuninutives, 20,63; plaies par arme à
feu, 27,78; tumeurs blanches, 37,5; cancer encéphaloîdc, /!il,18 ; ulcère com-
pliqué, 43,75 ; et enfin gangrène, Uli,Uh.
En séparant en deux groupes ces opérations, selon que la cause qui les a mo*
tivëes était traumatique ou organique, nous avons le tableau suivant :
Opérés. Giiét'is. Murta. MorUlitô p. 100.
Amputations traumatiques 116 92 2A 20,69
AmpuUtioos pathologiques i27 92 35 27,56
Total 2àZ 484 59 24,28
La différence en faveur des amputations traumatiques a donc été de 6,87
[K)iir 100.
I^ résultat de notre statistique à ce sujet se trouve en opposition avec celui
<ics statistiques d'autres pays, qui ont montré une mortalité plus favorable pour
b opérations pathologiques.
Dans les statistiques déjà citées de Lawrie, Malgaigne, Fenwick, et dans celles
de Trélat (BulL de l'Acad. de méd., t. XXVII, 1862, p. 591), qui rapporte les am-
putations faites aux hôpitaux de Paris, de iSUS à 1861, on trouve 663 décès
mrun total de 1225 amputations traumatiques, et 650 décès sur 1751 pour
cause organique.
Dans toutes ces statistiques,, on trouve toujoui*s un résultat moins favorable
pour les amputations traumatiques, comme 17,80 pour 100, à l'exception de
celle de Fenvrick, par rapport aux amputations de l'avant-bras.
La difiTérence en faveur des amputations pour cause organique, dans les hô-
pitaux des plus grandes viUes, dépendrait-elle de la gravité proportionnellement
plus grande, et bien plus fréquente, des accidents traumatiques de la plus haute
granité, causés par les puissantes machines qui abondent dans les grands foyers
de l'industrie?
Le résultat contraire, obseiTé chez nous, tiendrait-il de son côté a la moindre
iréquence de ces terribles accidents à Lisbonne, ou bien à quelque condition
inconnue de race ou de climat? C'est ce qu'il ne nous parait pas facile de ré-
soudre.
La durée de la maladie avant l'entrée à l'hôpital a paru influer sm- le résultat
de toutes nos amputations de la manière suivante :
Oi>éréf. Guéris. Morts. Mortalité p. 100.
De l à 10 jours 59
De 11 • 30 jours 15
De 1 i 2 mois • 1
De 2 i 6 mois. 10
De 6 mois à i an. . .'^ 16
Dn an et au-dessus 26
Indètarmiiiée 116
47
12
20,34
14
1
6,77
1
»
»
7
3
30
12
4
25
19
7
26,92
84
32
27,59
Total 243 184 59 24,28
Ce n est que dans 127 cas, un peu plus de la moitié, que Ton a pris note
16
2Ù2 C0.NGRË5 MtOiCAL INTERNATIONAL. — TROISlftME SÊAM<;E 1>£ JOIR-
exacte de la durée de la maladie avant l'entrée des malades à l'hôpital.
Abstraction faite de la période de un à deux mois^ à laquelle appartenait un
seul malade, qui a guéri, nous trouvons que la mortalité a été, par ordre crois-
sant, la suivante :
De 41 à 30 jours, 6,77 pour 100; de 1 à 10 mok, 20,94; de 6 à 12 oioîn
25; au-dessus d'un an, 26,92; et enfin de 2 à 6 mois, plus forte mortalité,
30 pour 1 00.
Par rapport au temps du séjour à l'hôpital avant ropération> les résultats ont
été les suivants :
Opérés. Guéris. MortH. MorUlité p. 100.
De 1 à 10 Jours 133 108 25 18,80
De 11 à 30 jours 45 35 10 22,22
De 1 à 2 moii 26 17 9 34,62
De2à6moi8 22 10 12 5d^55
De 6 mois à 1 an 12 10 2 16,67
Au'dessus d'un an 5 A 1 20
Total 243 184 59 24.28
D'après le tableau qui précède, les malades qui ont séjourné de 2 à 6 iiioi>
avant d'être opérés, ont offert une plus forte mortalité (5^,55 pour 100) ; ensuile
et par ordre décroissant, ceux qui sont restés de 1 à 2 mois (34,62), de It à
30 jours..(22,22), au delà d'un an (20), de 1 à 10 jours (18,80), et enfin, de 6 à
12 mois (16,67 pour 100).
Si l'on dresse le tableau précédent de manière que le séjour des malade>
avant l'opération ne soit séparé qu'en deux périodes, l'une de un jour à deiii
mois, et l'autre au delà de deux mois, nous trouvons ce qui suit :
opérés. Guérin. Mort». Mortalité p. 100
De 1 jour i 2 mois. 204 160 44 21,57
Au delà de 2 mois. 39 24 15 38,46
Total 243 184 59 24,28
Différence en faveur du séjour jusqu'à deux mois : 16,89 pour 100.
Dans le but d'apprécier la mortalité relative à nos 116 amputations traumati-
qucs, selon qu'elles auraient été primitives ou consécutives, nous avons soigneu-
sement cherché à les classer d'après ces deux catégories ; malheureusement, de«>
notes exactes nous manquaient, si ce n'est pour 32 d'entre elles qui ont été faite«
dans les premières trente-six ou quarante-huit heures après l'accident qui le$ a
motivées ; pour les SU autres, ou bien il a été avéré qu'elles ont été consécutive*,
ou bien la note de la durée de la maladie avant l'opération n'avait pas été prise.
Considérées de la sorte, nos 116 amputations traumatiques nous donnent ce qui
suit :
Opérés. Gnéris. Morts. Mortalité p. 100.
Amputations primitives 32 24 H 25
Amputations consécutives (ou sans dési-
fnation du temps) 84 68 16 49,05
Total 116 92 24 20,69
11 y eut donc une différence de 5,95 pour iOO, presque 6 pour 100, en faveur
des amputations consécutives^
BARBOSA. — STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A LISBONNE. 2:i3
d'^s ri'sultab5 soiil eu désaccord avec les statistiques déjà citées de Lawiio, Mal-
.ai^ne, Trélat, Fenwick, etc., qui comprennent 5599 amputations primitives et
2265 consécutives (Legouest, Dict encycl. des sciences méd,, t. ill), d'après le»-
luelles, à l'exception de celles de la cuisse, les amputations primitives sont plus
MtuTent suivies de succès que les consécutives.
Inutile d'insister, au sujet de ces amputations, sur la remarque déjà faite de
nutre petit nombre de cas et de T incertitude où nous avons dit être au sujet de
) exacte classification de toutes nos amputations.
Le temps du séjour de nos opérés à Thôpitai après les amputations a été comme
il^uit :
Opérés. Guéris. Morte. Mortalité p. 100.
1^1 à 30 jours. 90 A9 Al A5,56
De 31 à AO jonrs 38 32 6 15,79
De 41 à 60 jours 38 35 3 7,89
De 2 à 3 moU 38 30 3 9,09
Des 16 mois. 39 SA 5 12,82
De 6 mois à i an 5 A 1 20
Total 2t3 18A 59 24,28
Des 59 décès sur nos 243 opérés, &1 ont eu lieu dans les premiers 30 jours,
)ii67,8 pour 100, et les 18 autres, de 1 à 12 mois, dans Tordre décroissant qui
^(lU : 6 à 12 mois, 31 à 40 jours, 3 à 6 mois, 2 à 3 mois, et enfin ki à 60 joui^s.
Par rapport aux différentes salles, nous avons eu les résultats suivants :
opérés. Gnérifl. Morts. Mortalité p. 100.
Salle Saint-Maur 32 20 12 37,5
Salle Saint-François 28 19 9 32,14
Salle Saint-Pierre 11 8 3 27,27
Salle Saint-Antoine. 30 22 8 26,67
**•• • ^ SaUe Saint-Charles 4A 34 10 22,73
SaUe Saint-Onuphre. 54 44 10 18,52
Salle Saintilean-Bapttste.. . . . 9 9 » »
Chambres particulières. 9 9 » »
Salle Sainte-Quitère 9 5 4 44,44
rBons...{ SaUeSainte^eanne 9 8 1 . 11,11
SaUe Sainte-Harguerite 8 6 2 25
Total 243 184 59 24,28
••(
La salle qui a offert la plus forte mortalité, c'est Sainte-Quitère ((iti,UU), ensuite
Sainl-Maur (37,5), Saint-François (32,l/i), Saint-Pierre (27,27), Saint-Antoine
26.67), Sainte-Marguerite (25), Saint-Charles (22,73), Saini-Onuphre (18,52),
^ainte-ieanne (114i)- ^^^ services n'offrirent point de mortalité : les chambres
(•articulièrcs et Saint-Jean^Baptiste.
L'exposition des salles a donné les résultats énoncés dans le tableau suivant :
opérés. Guéris. Morta. Mortalité p. 100.
S«il — Chambres particulières, salle Sainte-
Jeanne. 18 17 1 5,5«
lit, siid et nord ■ — Salles Saint-Onuphre,
Saint-Maur, Saint- Antoine, Sainte-Qui-
tère, Sainte-Marguerite, Saint-François. 161 116 45 27,95
Nord et ouest — Salles Saint-Jean-Bap-
tiste et Saint-Pierre 20 17 3 15
Sord, est et ouest. — Salle Saint-Charles. 44 34 10 22,73
Total 243 184 59 24,28
2hU CONGRES MÉDICAL INTERfïATlONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
C'est l'exposition composée est, sud et nord qui a donne la plus forte mortalilc
(27,95), ensuite celle nord, est et ouest (22,73), ensuite encore celle nord cl
ouest (15), et enfin la plus favorisée, celle du sud (5,56 pour 100).
Groupées par étages dans le but d'apprécier l'influence de ceux-ci sur le suc-
cès des amputations, les différentes salles ont offert les résultats suivants :
Opérés. Guéris. Morts. Mortalité p. iOO.
Rex-de-chau88ée. -^ Salles Saint-Onupbre,
Saint-Maur, SaiatrJean-Baptiste. 95 73 22 23,16
l*r étaf e. — Salles Saint-Charles, Saint-
François, Saint-Pierre 83 61 22 26,51
2* étage. ^ Salle Saint-Antoine, chambres
particulières 39 31 8 20,52
3* étage. — Salles Sainte-Jeanne, Sainte-
Marguerite, Sainte-Quitère 26 19 7 26,92
^^^^^^^^^^B ^^^^B^^^^^.^ M«^V^^M.^^i^i^ ^|^V^^1^V*.^^>^B
Total 2&3 ISA 59 2A,28
Comme on le voit, les étages les moins favorisés furent le troisième et le pre-
mier; le plus favorisé, le deuxième, et entre les deux extrêmes, le rez-de-
chaussée.
Le nombre de fenêtres par lit a donné les résultats qui suivent :
opérés. Gaéris. Morts. Mortalité p. 106.
1 fenêtre, 1 lit. — Chambres particulières. 9 9 » »
6 à 10 fenêtres, 32 à 54 lits. — Salles Saint-
Maur, Saint-François, Saint-Jean-Bap-
tiste, Saint-Pierre, Sainte-Jeanne, Sainte-
Marguerite 97 70 27 27,8&
12 à 14 fenêtres, 54 à 55 lits. — SaUes
Saint-Antoine, Saint-Onuphre, Sainte-
Quitère 93 71 22 23,66
22 fenêtres, 34 lits. — Saint-Charles 44 34 10 22,73
Total 243 184 59 24,28
Comme on le voit, la mortalité a été d'aut^t plus forte, que le nombre d(>
fenêtres s'est trouvé plus petit, par rapport au nombre de malades.
Dans les salles de 6 à 10 fenêtres pour 32 à 54 lits, la mortalité a été la plu>
forte, c'est-à-dire de 27,84 pour 100.
Elle a été plus favorable pour les salles de 12 à 14 fenêtres pour 54 à 55 lib
(23,66). Dans la salle de Saint-Charles, qui a 22 fenêtres pour 34 lits, la morta-
lité a été plus favorable encore (22,73), et elle Teût été bien davantage si ^^
plupart des opérations qui eurent lieu dans cette salle n'avaient été des plu«
graves (1).
Dans les chambres particulièi'es, où chaque malade, sans compter d'autre^
bonnes conditions hygiéniques, a une fenêtre sur le jardin, il n'y eut aucun
décès sur 9 opérations, dont 2 amputations de cuisse, 2 de jambe et 2 de
bras.
La population de chaque salle, d'après le nombre de lits, a donné les résultat^
qui suivent :
(1) Dans 44 opérations faites, il y eut 33 amputations de cuisse, jambe, bras, avant-hras
médio-tarsienne et radio-carpienne.
BARB08A. — STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A LISBONNE. 265
Opérés. Guéris. Morts. Mortalité p. 400.
1 lit. — Chambres particulières. 9 9 » »
32 à 39 Uls. — Salles Saint-Charles, Saint-
Jean - Baptiste, Saint - Pierre, Sainte-
Jeanne. 73 59 ià 19,48
A7 i 48 lits. — SaUes Saint^Maur, Saint-
François 60 39 21 35
hh i 55 UU.^ Salles Saint-Antoine, Saint-
OttuphrOy Sainte-Marguerite, Sainte-Qul-
tère 101 77 24 23,76
Total 243 184 59 24,28
La mortalité a été, en général, comme le nombre de lits pour chaque salle.
Pour les chambres particulières, où il n'y a qu'un malade, elle a été nulle ;
])Our les salles de 32 à 39 lits, elle a été de 1,18 ; pour les salles les. plus peu-
plées, de kl à 48, elle est montée à 35 pour 100. Elle est descendue cependant
à 23,76 pour les salles de 56 à 55 lits. Cette contradiction, qui n'est pas la seule,
>'eiplique par les conditions hygiéniques plus favorables qui se trouvent dans
ce$ aaUes, particulièrement dans celles de Saint-Onuphrc et Saint-Antoine, plus
castes, mieux aérées, bien exposées, et ayant beaucoup de lumière, ce qui
n'exl<te pas pour celles de Saint-Maur et Saint-François, qui se trouvent dans de
très-mauvaises conditions de ventilation, de lumière et de capacité.
La capacité cube de chaque salle, par rapport au nombre de lits, a donné les
nsuJtats suivants :
Opérés. Guérit. Morto. MorUlité p. 100.
20 à 26 mètres cubes d'air par malade. —
Salles Sainte- Jeanne, Sainte -Quitère,
Sainte-Marguerite 26 19 7 26,92
Al à 53 m. c. — Salles Saint-Maur, Saint-
François, Saint- Jean -Baptiste, Saint-
Kerre 80 56 24 30
69 i 92 m. c. — Salles Saint-Charles,
Saint-Antoine, Saint-Onuphre, chambres
particuUères 137 109 28 20,44
Total 243 184 59 24,28
U plus forte mortalité a eu lieu, comme on le voit, dans les saUes qui ont de
'il à 53 mètres cubes par malade, soit 30 pour 100. Ensuite pour celles où
chaque malade dispose de 20 à 26 mètres cubes, elle a été 26,92; et enfin elle
a été la moindre pour celles où il revient à chaque malade 69 à 92 mètres cubes,
c'est4-dire de 20,^4 pour 100.
La contradiction que l'on retrouve ici encore à l'égard des salles jouissant
«l'un plus fort cubage d'air est en partie expliquée par les meilleures conditions
hygiéniques de ces salles, et en partie aussi atténuée.par les conditions spéciales
(les malades qui les peuplaient.
lios caules de mort dans les amputations des membres ont été, par ordre de
n^Hjuence, comme on voit au tableau suivant :
2M CONGBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — ThOISIÈME SÉANCE DE JOUR.
Infection purulente 19 cas. 35,85 p. 100.
Érysipèle (1) 8 15,09
Diarrhée 7 13,21
Cachexie A 7,55
Épuisement nerveux. 3 5,66
Gan^ène du moignon 2 8,77
Pleuro-pneumonie 3 3,77
Fièvre typhoïde? 2 3,77
Tétanos 1 1^88
Êclampsie des opérés. 1 1,88
Ostéomyélite du moignon 1 1,88
Apoplexie cérébrale 1 1,88
Commotion cérébrale 1 1,88
Maladie de Bright 1 1.88
Indéterminées 6 10,17
Total 59 cas. 2A,28 p. 100.
Dans les 59 cas rapportés, la cause de mort n'a été positivement notée sur les
pancartes que pour 53 d'entre eux. Dans ce nombre^ quoique restreint^ on roit
que c'est l'infection purulente qui a été la cause de mort la plus fréquentt%
comme 19 est à 53 ou 34,72 pour 100; après elle l'éryaipèle se montre,
comme 8 est à 53 ou 15,09 pour 100 ; ensuite la diarrhée, comme -7 est à 53,
ou 13^21 pour 100; ensuite encore la cachexie, comme h est à 53, ou 7,;')5
pour 100 ; l'épuisement nerveux, comme 3 est à 53, ou 5^66 pour 100 ; la
gangrène du moignon, comme 2 est à 53^ ou 3,77 pour 100; la pleuro-pneu-
monie et la fièvre adynamique se sont montrées dans un égal rapport, et entin
le tétanos, l'éclampsie, l'ostéomyélite, l'apoplexie cérébrale, la commotion céri'-
brale, et la maladie de Bright, qui ont donné, chacune d'elles, un seul cas do
mort, soit comme 1 est à 53, ou 1,88 pour 100. Les causes de mort ont été in-
déterminées 6 fois sm' 59 cas, soit 10,17 pour 100.
2' Résectiofis,
On a fait à l'hôpital Saint-Joseph 13 résections pendant les douze années de
notre statistique.
De ces 13 opérations, 12 eurent lieu sur des hommes ; 1 du maxillaire supé-
rieur, pour un cancer de cet os, chez une femme qui est sortie en très-bon état,
sans reproduction de la maladie.
Le tableau suivant montre le lieu et les résultats des résections :
opérés. Ouérifl. Morte. Mortalité p. 100
Maxillaire supérieur (cancer du sinus maxil-
laire). 3 2 1 33,33
Maxillaire inférieur (3 fois par cancer et
1 fois par carie) à à » »
Angle de l'omoplate (carie) 1 1 » »
Humérus (extrémité inférieure), Aracture
sortie de Tos) 2 2 » »
Cubitus (extrémité inférieure), cancer. ... 1 1 » »
Tibia (extrémité supérieure dans un cas de
nécrose, inférieure dans un cas de frac-
ture avec sortie de l'os) 2 2 » »
Total 13 12 1 7,69
Le décès eut lieu quelques mois après par reproduction du cancer, manife^^tée
avant la sortie de la malade. *
(1) L'érysipèle a été suivi de gangrène du moignon sur six malades, de fièvre adynamique
phez un, et de bronchite chez un autre ^
BâRBOSA. — STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A TJftRONNE. lUl
Nous ne ferons point de commentaires pour ce tableau, ni pour les suivants :
leur brièYeté nous en dispense.
S^" Opération de la taUle,
La lithotomie a été pratiquée 23 fois dans ce même laps de temps, comme on
le voit par le tableau qui suit :
Opérés. Guéris. Iforts. Mortalité p. 100.
Hommes 26 ^7 d 34,62
Femmes. • 2 1 i 50
Total 28 18 10 35,71
Les résultats, par rapport à l'âge des malades, ont été les suivants :
11 y eut iU cas de lithotomie chez des hommes de 10 & 20 ans, dont 5 morts ;
1 seul chez une femme, suivi de guéhson ; 6 chez des hommes de 20 à 30 ans,
Junt II sont morts ; 1 chez un homme de 30 à 40 ans, guéri ; 2 chez un homme
et une femme de Ui) à 50 ans : la fenmie est morte ; 1 chez un homme de 50 à
60 ans, guéri, ainsi que trois autres, un de 60 à 70 ans, les deux autres de plus
Je 70 ans.
Les causes de mort se voient dans le tableau qui suit :
Gysto-péritonite 6 cas.
Infiltration urineuse et cysto-péritonite. . • 1
Pneumonie 1
Cachexie 1
Fièvre adynamique 1
Total 10 cas.
U^ Hemiotomie,
Nous avons eu, dans nos douse années, 3& opérations de hernie étranglée;
dont 21 inguinales chez des hommes, 10 crurales chez des femmes, et 3 ombi-
licales : 1 chez un homme, 2 chez deux femmes, comme on le voit par le. ta-
bleau suivant :
Opérés. Guéris. MorU, Mortalité p. 100.
Hommes.... 22 9 13 59,09
Femmes. 12 5 7 58,33
Total 34 14 20 58,82
Les causes de mort ont été :
Péritonite 18 cas.
Perforation intestinale et péritonite 1
Hémorrhagie 1
Total 20 cas.
5' Ligatures d'artères.
Us plus importantes ligatures faites à l'hôpital Saint-Joseph ont été au nom-
m de 19, toutes sur des hommes :
2'48 CONGBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
Opéj'és. GiiérÎB. Morts. MorUlit» p. 100.
Sous-clavière^ anévrysme de Taxillaire. . . 1 1 » »
Carotide primitive^ anévrysme. 2 1 1 50
Humérale, blessure de cette artère, ané-
vrysme artério-veineux du pli du coude,
anévrysme traumatique de la cubitale.. 3 3 i» »
Cubitale, blessure au poignet 2 2 » ■
Radiale, blessure au poignet. 1 1 » »
Fémorale, 2 anévrysmes de cette artère,
7 de la poplitée. 9 7 2 22,2
Poplitée, blessure par arrachement avec
fracture du péroné, qui a été réséqué. . . 1 . ■ 1 100
Total 19 15 à 21,05
Les causes de mort ont été comme ci-dessous :
Gangrène du membre inférieur de la fémorale, pour anévrysme poplité. 3 cas.
Indéterminée 1
Total A
6" Trachéotomie.
On n'a pratiqué que li de ces opérations sur des enfants^ exceptionnellement
admis, atteints du croup.
Le sexe des opérés et les résultats obtenus se voient dans le tableau sui-
vant :
Opérés. Guéris. Morts. Mortalité p. 100.
Garçons (6 ans). ., 1 1 » »
Filles (18 mois à à ans) 3 d 3 100
Total * 4 1 3 75
La mort est survenue une fois par asphyxie, due à la production de la
diphthérite le long des voies aériennes, et deux fois par intoxication diphthé-
ritique.
7^ AmpiitatUms du pénis.
On a pratiqué 19 de ces opérations^ toutes pour cancer ou épithélioma, avec
les résultats suivants :
19 opérés. 16 guéris. 3 morts. 15,79 p. 100.
Les causes qui déterminèrent la mort furent les suivantes :
Reproduction sur place du cancer opéré 1 cas.
Ërysipèle 1
• Arthrite suppurée du genou droit (infection purulente ?) . 1
Total 3 cas.
8** Extirpation de tumeurs:
Réunies dans un seul groupe, toutes les extirpations de tumeurs importantes
des différentes régions du corps, au nombre de 407, pendant nos douze années,
donnent les résultats suivants :
BABBOSA. — STATISTIQUE D£S OPÊBATIONS A USBONNE. 2ft9
Opérés.
Adénome 1
Anérrysme. • 1
AtbAroDie. ••••...••••••• 7
CardDomes des parties molles, comprenant
les tumeurs squirrheuses et encépbaloïdes
uleérées ou non 189
Carcinome des os (ostéosarcome) 2
Chélofde 1
âéphantiasis (2 du scrotum, 1 des grandes .
lèvres) , 3
Epithélioma 37
Hygroma, 1
Hypertrophies (tumeurs bypertrophiques). . 3
Kystes. 65
Lipomes. • 55
Nélanomes. 1
Mollusque 1
Polypes. 3
Tumeurs indéterminées 37
Gnérts.
Mort!*.
Mortellté p. 10
1
»
»
1
»
11
7
»)
».
176
2
13
»
6,88
1
»
»
1
3
»
»
36
1
2,7
1
a
»
3
»
9
6ft
55
1
»
1,54
9
1
»
l>
1
»
»
2
37
1
»
33,33
»
Total 407 391 16 3,93
Les causes de mort ont été les suivantes :
Cancer reproduit sur place (3 au sein, 1 A la cuisse) 4 cas.
Cachexie cancéreuse (pour cancer au sein ou à la cuisse) 2
Érysipèle (cancer au sein) » 2
Infection purulente (cancer de Taisselle et cancroïde de la lèvre
inférieure) 2
Héfflorrbagie (cancer reproduit de la région sous-maxHlaire). . . 1
Cachexie (kyste de la fiîce) 1
Méningo-encéphalite (après extirpation de polype flbro-cartila-
gineux du haut du pharynx). . 1
Fièvre adynamique (infection purulente? après extirpation de
cancer du sein) 1
Choléra-morbus épidémique après extirpation du sein 1
Indéterminée. 1
Total 16 cas.
9* Opérations obstétricales,
a. ApplicoHom de forceps. — 11 y a eu 12 applications de forceps, avec les
résultats indiqués au tableau ci-dessous :
Pour la mère. . . 12 cas. 10 guéries. 2 mortes. 16,67 p. 100.
Pour le fœtus 4 vivants. 8 morts (1). 66^67
Les causes de mort pour les mères ont été l'éclampsie et la pneumonie avec
përicardite.
b. Versions, — La version' podalique a été pratiquée huit fois, et avec les
résultats qui suivent :
Pour la mère. . . 8 cas. 6 guéries. 2 mortes. 25 p. 1 00.
Pour le fœtus 2 vivanU. 6 morts (2). 75
(1) Fœtus morts avant Tapplication du forceps.
(2) Fœtus également morts avant l'opération.
250 CONGHfeS MÉDICAL ÎNTERNATIDNAT.. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
c. Embryotcmie. — Une seule opération^ suivie de mort par péritonite.
d. Opération césammie, — Quatre opérations, toutes immédiatement après la
mort de la mère, avec les résultats qui suivent pour le fœtus :
4 cas. 1 vivant. 8 morts. 70 p. iOO.
DEUXIÈME SECTION.
COMPARAISON DE LA MORTALITÉ DES OPÉRAHONS FAITES A L* HÔPITAL SAINT-JOSEPfl DE USBONNL
PENDANT LES DOUZE DERNIÈRES AîmÉES, AVEC CELLE CONSTATÉE DANS D* AUTRES PAYS,
SPÉCIALEMENT PAR RAPPORT AUX AMPUTATIONS DES MEMBRES.
Les amputations des membres, faites à Fhôpltd de Saint-Joseph de Lisbonne
au nombre de 243, donnèrent lieu à 59 décès, c'est-à-dire à une mortalité de
24,28 pour 100.
Dans les amputations de cuisse, au nombre de 62, y compris une double
amputation de cette partie, une autre de la cuisse et de la main, et une désarti-
culation de la hanche, il y eut 29 décès, soit 46,77 pom* 100.
Celles de la jambe, au nombre de 50, donnèrent 17 morts ou 34 pour 100.
Les amputations du pied , au nombre de 18, 2 médio-taraiennes, 16 des or-
teils, /lonnèrent 2 morts, ou 11,11 pour 100.
Celles du bras, au nombre de 15, y compris 3 désarticulations de l'épaule,
5 morts, ou 33,33 pour 100.
Pour Tavant-bras, 24, y compris une désarticulation du coude, 5 morts, ou
20,83 pour 100.
A la main, 74, dont une désarticulation de cette partie et 79 amputations des
doigts, 1 décès, ou 1,35 pour 100.
Si nous nous rapportions seulement à la statistique des trois dernières année>.
nous aurions trouvé des résultats bien plus favorables : ainsi, pour les amputa-
tions de la cuisse la mortalité n'a été que de 17,39 pour 100; pour celles de la
jambe, 30,77; pour le bras, 20, etc., etc. •
Les résections, au nombre de 13, ne présentèrent qu'un décès, et encore la
mort n'a pas été causée par l'opération, mais bien par la reproduction de l'en-
céphaloïde du maxillaire supérieur, qui l'avait motivée ; la mortalité a donc été
ici de 7,69 pour 100.
L'opération de la taille, pratiquée 28 fois, a donné 10 décès, ou 35,71 pour 100.
La hemiotomie, 34 opérés, 20 morts, ou 58,82 pour 100.
La ligature d'artères, au nombre de 20 cas, 5 décès, ou 20 pour 100.
La trachéotomie, pratiquée à peine exceptionnellement à Saint-Joseph, hôpital
pour adultes et vieillards, et où il n'y a de service spécial pour les enfants que
depuis très-peu de temps, a donné 3 morts sur 4 opérés, ou 75 pour 100.
La statistique de cette opération, dans la clinique civile, présente des résultats
bien plus favorables. Pour notre part, dans 22 opérations faites dans la période
extrême du croup, nous avons eu 8 guérisons, c'est-à-dire 1 potir 2,75 ou 36,36
pour 100.
L'amputation du pénis, faite 19 fois, présente 3 morts, ou 15,79 pour 100.
L'extirpation de 407 tumeurs de nature diverse, et dans difféi^entes régions,
donnst 16 décès, ou 3,93 pour 100,
BARBOSA. — STATISTIQUE MOP ÊATIONS A LISBONNE. 251
Dans 12 applications de forceps il y eut 2 décès pour les mères, ou 16,67
pour 100, et 8 pour le foetus, ou 66,67 pour 100.
La version podalique, 8 fois faite, a donné 2 décès pour la mère, ou 25
pour 100, et 6 pour le fœtus, ou 75 pour 100.
Q faut remarquer cependant que, tant pour le forceps que pour la version,
les fœtus étaient déjà morts, dans la plupart des cas, et n'ont jamais souffert de
l'opération pratiquée pour les extraire.
Dans & cas d'opération césarienne faite sur des femmes mortes depuis peu,
5 fois l'enfant était mort, mais 1 fois fl a été extrait vivant et dans les meilleures
conditions de viabilité, 75 pour 100.
Pour ne pas trop étendre la présente note, nous ne ferons de comparaison
qu entre les amputations, la taille et la hemiotomie, faites à l'hôpital de Lis-
lionne, et les mêmes opérations faites dans d'autres pays, dont les statistiques
nous sont connues.
Cwnparaison de la mortalité dam les amputations des membres. — Si nous com-
parons notre statistique à celle de Malgaigne {Études statisHques sur les résultats
'k< (fraudes opérations dans les hôpitaux de Paris, in Archives générales de médecine,
troinème et nouvelle série, n** IS et Ift, §842), qui rend compte des opérations
faites dans différents hôpitaux de Paiis pendant cinq ans, du 1" janvier 1836
au 1" janvier 1841, nous trouvons tout de suite une différence qui nous est très-
favorable, à
Sur 852 opéititions de la statistique de Malgaigne, comprenant les grandes et
petites amputations traumatiques ou pathologiques, il y eut 332 décès, ou 38,97
[K)ur 100.
Nos amputations, n'ayant donné que 24,28 pour 100, présentent une différence
on notre faveur de 14,69 pour 100.
Le résultat nous est encore favorable si nous comparons séparément les grandes
et les petites amputations.
Sur 584 grandes amputations de cuisse, jambe, partielle du pied, bras,
avant-bras et poignet, il y eut, dans les hôpitaux de Paris, 305 décès, ou une
mortalité de 52,23 pour 100.
Parmi nous, sur 154 grandes amputations, il y eut 56 décès, soit 36,36
pour 100.
Nous avons donc eu en notre faveur 15,87 pour 100.
Dans 268 petites opérations de la statistique de Malgaigne, il y eut 27 décès,
ou 10,07 pour 100.
Les nôtres, au nombre de 89, ont donné 3 morts, ou 3,37 pour 100, une dif-
férence de 6,70 pour 100 en notre faveur.
Si l'on compare sdpai'ément chacune des principales amputations, telles que
la désarticulation coxo-fémorale, l'amputation de la cuisse, la désarticulation du
2enou, l'amputation de la jambe, la désarticulation de l'épaule, l'amputation du
bras et de l'avant-bras, nous trouvons encore le résultat avantageux que nous
allons citer.
11 y a dans la statistique française comme dans la nôtre 1 désarticulation ilio-
rémoralc, dont le résultat a été fatal.
Sur 201 amputations dans la continuité de la cuisse, rapportées par Mal-^
uaigne, nous trouvons 126 décès, ou 62,69 pour 100. Il y eut chez nous 61 am-
putations de la cuisse dans la continuité; une d'elles cependant a été double, et
le malade est mort peu d'heures après, comme on pouvait s'y attendre.
252 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
En éliminant celle-ci qui n'a pas de terme de comparaison dans la statistique
de Malgaigne, il nous reste 60 amputations dans la continuité de la cuisse, dont
27 morts.
La mortalité a donc été pour nous de 45 pour 100, ce qui donne 17,79
pour 100 en notre faveur.
A Paris comme à Lisbonne, il y eut 3 désarticulations du genou; nous n'afons
perdu qu'un malade, tandis qu'à Paris tous sont morts.
Les amputations de la jambe ont été au nombre de 192 dans la statistique de
Paris, avec i06 décès, soit 55,72 pour 100. Parmi nous, l'amputation de la
jambe dans la continuité a eu, sur 47 opérés, 16 morts, soit 34,05 pour 100;
elle a donc eu une mortalité de 21,67 pour 100 en moins.
Dans la statistique de Paris, il y eut 14 désarticulations scapulo-humérales avec
11 morts. Il est juste cependant d'en éliminer un des opérés, qui a subi,
outre la désarticulation de l'épaule, l'amputation de la cuisse^ et qui a suc-
combé.
Ne comptant donc que 13 opérés et 10 morts, la mortalité a été de 76,92
pour 100.
Nous avons eu seulement 3 opérés de cette amputation, dont 1 seul est mort.
La mortalité a donc été de 33,33 pour 100, et par conséquent nous avons eu
une différence de /!i3,59 pour 100 en notre faveur.
Sur 91 amputations dans la continuité du bras, il y eut, à Paris, 41 décès; la
mortalité a donc été de 45,05 pour 100.
Nous avons eu 12 de ces mêmes opérations avec 4 décès, ou 33,33 pour 100;
par conséquent une différence de 11,72 pour 100 de notre côté.
La statistique de Malgaigne rapporte 28 amputations de l'avant-bras avec
8 décès, soit 28,57 pour 100. La nôtre en compte 23 et 5 décès, ou 21,74
pour 100, et par conséquent une mortalité moindre de 6,83 pour 100.
Notre statistique des amputations est donc incontestablement plus favorable
pour ce qui regarde la mortalité.
Comparaison faite des deux statistiques selon que les causes déterminantes des
amputations ont été le traumatisme ou des lésions organiques, et en ne faisant
entrer dans notre calcul que les grandes amputations, nous trouvons le résultât
suivant :
Dans la statistique de Malgaigne, sur 188 amputations traumatiques, il y eut
119 décès, la mortalité a donc été de 63,30 pour 100; et sur 391 pour cause
pathologique, 183 décès, soit 46,80 pour 100.
Dans les amputations traumatiques, la moiialité a donc été de 16,50 pour 100
plus forte que dans celles pour cause organique.
Dans notre statistique, les grandes amputations traumatiques ont été au nom-
bre de 66 avec 22 décès; et les pathologiques au nombre de 88 avec 34 décès.
La mortalité pour les premières a été de 33,33 pour 100, et dans les seconde;^
de 38,64. Notre statistique donne par conséquent une mortalité en plus de .i,31
pour les amputations pathologiques.
Nous n'osons pas donner cette différence, par rapport à la statistique de Paiis,
comme liée à une influence quelconque de climat ou de race. Nos nombres sont
assez restreints pour que nous devions raisonnablement attribuer ce désaccord
au peu de faits sur lesquels se fonde notre statistique sur ce point.
La statistique de M. Trélat (Ulysse), qui se rapporte également aux amputa-
tions faites dans les hôpitaux de Paris, de 1848 à 1861 (Note sur les réguUats .«^/i-
BARBOSÂ. — STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A LISBONNE. 253
ti4iqu6$ des grandes ampuioHons dans les hôpUaiuB de Paris, in Bulletin de l'Acadé-
mie impériale de médecim, t. XXVII, 1861 à 1862, p. 591), donne les résultats
suivants :
Sur un total de 11/ift amputations, M. Trëlat rapporte 522 décès, ou 65,63
pour lOO.
Les amputations traumatiques, au nombre de UIO, donnèrent 261 décès, ou
55,53 pour 100; les pathologiques, au nombre de 568, 223 décès, soit 39,26
pour 100.
Cette statistique des hôpitaux de Paris, quoique plus favorable, relativement
au travail de Malgaigne, est cependant encore assez inférieure à la nôtre.
Si nous nous rapportons aux 3 amputations majeures de la cuisse, de la jambe
et du bras, nous pouvons noter encore des résultats assez avantageux pour nous.
Ainsi, tandis que dans la statistique de M. Trélat les amputations de la cuisse
oiïrirent une mortalité de 52,7 pour 100, et celles de la jambe et du bi'as celle
de/i2,5pour 100, à Lisbonne les premières ne donnèrent que U5 pour 100,
celles de la jambe que Zk et celles du bras que 33.
Pour ce qui a trait aux amputations traumatiques et pathologiques, la statis-
tique de M. Trélat présente, comme celle de Malgaigne, une moilalité moindre
pour les secondes que pour les premières.
n est avéré que si Ton compare les statistiques des grandes amputations prati-
quées à Paris et à Lisbonne, la mortalité est bien moindre dans nos hôpitaux.
Si Ton compare encore les résultats de notre statistique à Téchelle de gravité
établie par M. Legouest, présentée par lui comme l'expression de la règle géné-
rale pour les différentes espèces d'amputations des membres, et basée sur les sta-
tistiques de Malgaigne et Trélat, et sur celles des campagnes d'Orient, tant à
l'armée française qu'à l'anglaise, etc. (Traité de chirurgie d'armée, 1863, p. 737,
et Did, encycL des se, médicales, t. III, p. 818), nous trouvons des résultats non
moins favorables, comme on le voit au tableau qui suit :
D'après H. Legoueat.
Mortalité.
Amptttatîoa de la cuissa 7à,0 p. 100.
Désarticulation du ^nou 87,0
Amputation de la janibe A9,9
Amputation dea orteila 18,9
Désarticulation acapulo-humérale. 59,5
Amputation du bras A7,7
Aoiputation de Tavant-braa 41,1
Désarticulation des doigts 13,0
En mettant en regard les statistiques de l'hôpital de Glasgow, publiée par
Lawrie, professeur de chirurgie à Andersen (hi London Médical Gazette, octo-
bre 1840), statistique qui comprend les amputations faites à cet hôpital de 179/!i
à 1839, et la nôtre, nous voyons que sur 276 amputations des membres faites à
Glasgow, on a 100 décès, ou une mortalité de 36,23 pour 100.
En comparant ce résultat, qui ne se rapporte qu'aux grandes amputations,
puisqu'il ne comprend pas celles des doigts, à celui de notre statistique pour les
mêmes opérations, nous arrivons à une mortalité à peu près égale, la mortalité
ches nous ayant été, pour les opérations citées, de 36,33 pour 100.
Dans la statistique que nous comparons à la nôtre, la mortalité, pour les opéra-
tions traumatiques, a été de 52,85 pour 100, et pour celles de cause organique.
Hdpital Saint-Joseph
de Lisbonne.
Mortalité.
Différence en moios.
45»0 p.
100.
29,0 p. 100.
33,3
53,7
3d,0
15,9
12,5
6,4
33,3
26,2
33,3
lft,ft
21,7
19,ft
1,4
11,6
25k CONGRÈS MÉDICAL iMTEftNATIONAL. — TaOISlÈMË SÉANCE DB JOOR.
de 22,28 puui' 100, ce qui se rapproche beaucoup des statistiques françaises
que nous avons citées.
Comparées ensemble, notre statistique et celle de Fenwick, professeur d'ana-
tomie pathologique à l'École de médecine et de chirurgie de Newcastle-upoii-
Tyne, qui rapporte les résultfits obtenus dans les hôpitaux de Newcastle, Gla>-
gow, Edimbourg, etc. (Monthly Journal of Médical Science y in Archix>e$ généraUs di
méd., t. XYI et XVII, 18^8, et Dict mcycl. des se. médicales, t. III, 1865), nou.s
ti'ouvons, sur 863 amputations des membres de la statistique anglaise, ^16 décès,
soit 47,65 pour 100, tandis que chez nous la mortalité des grandes aiupuiation>
ayant été de 36,33, il y a une différence de 11,32 en notre faveur.
Dans la statistique de Fcnwick, les amputations traumatiques ont oilert, à l'in-
verse de ce qui est arrivé chez nous, une mortalité plus considérable, puisque,
sm* 367 amputations traumatiques, il y eut 217 décès ou 59,13 pour 100, et,
sur 506 pathologiques, 199 décès ou 39,33 pour 100.
Dans des statistiques plus récentes sur les amputations pratiquées dans les
15 principaux hôpitaux de Londres, de janvier 185/!i à juillet 1857, publiées dans
Médical and Times Gazette, et rapportées par M. P. Topinart, dans sa thèse, en
1860, les résultats sont plus favorables. Ainsi, sm* 543 grandes amputations, il
y eut 160 décès, ou 29,47 pour 100.
Dans cette même statistique, 214 opérations traumatiques ont offert une mor-
talité de 39, et 317 pathologiques celle de 22 pour 100(1).
Comparons encore le résultat de noti'e statistique pour les amputations des
membres avec celui de ces mêmes opérations à la Clinique chirurgicale d'Ërlan-
gen (UeberUesectionen und AmpiUationen, von D' J. F. Ueyfelder, Ereslau und ^ûû,
1854).
La statistique d'Erlangen, du 1*' octobre 1841 au 31 décembre 185&, com-
prend les amputations £BÛtes à la clinique de la Faculté de noiédecine de cette
ville, ou le docteur Heyfelder était professeur; les amputations furent au nombre
de 127 ; savon* : 55 dans la continuité, et 72 dans la contiguïté, avec 26 décès,
20 pour le premier groupe, et 6 pour le second.
La mortalité générale a donc été de 20,47 pour 100.
Notre statistique ayant offert une mortalité générale de 24,28 pour 100, est
relativement plus élevée de 3,81 pour 100. Ce désaccord, cependant, s'explique
d'une manière qui nous est favorable, puisque les grandes opérations, celles
dont la mortalité est de beaucoup plus forie. ont été plus nombreuses dans notre
statistique.
Si l'on compare séparément les résultats de l'amputation delà cuisse, nous trou-
vons, dans la statistique allemande, sur 24 opérations, 12 morts ou 50 pour 100,
et chez nous 46,6, soit une différance de 3,2 pour 100 en notre faveur.
Sur 25 amputations de la jambe, le docteur Heyfelder a eu 8 décès ou
32 pour 100 ; notre statistique, olîrant dans l'espèee une mortalité de M, nous
avons une diflercnce de 2 pour 100 contre nous.
Sur 14 amputations du bras à Erlangen, il y eut 6 décès ou A2,86 pour 100,
tandis que notre statistique olTre, pour ces mêmes opérations, une mortaltfcé de
33,33 pom* 100, ou une dilTérance en notre fisiveur de 9,53.
(1) U y a peu de jours encore (IS août i8#7), M. MaunAsc, olûnufiea du LonâMi's
Hospital, m'a dit, à l'amphithéâtre des opAratioos du Guy's Hoipital, qjue sus lî ainpiUatioos
de la cuisse faites Tannée dernière dans son hôpital, il y a eu 6 morts.
EARBOSA. -> STATISTIQUE DES OPÊKAIIONS A LISBONNE. 255
Pour les autres amputations du docteur Heyfelder, il n'y eut aucun décès.
Dans le New York-Hoapital, de 1839 à I8Â85 on a pratiqué 91 amputations^ sur
lesquelles il y eut 26 morts^ ce qui donne une mortalité de 28^57 pour 100 (Sta-
Hstik der Amputaiionen,in New-York HospUcU, \on 1839-18/!i8> in Oppenheim's
hitschrifî, 1859^ cité par Heyfelder); notre mortalité, à nous, ayant été de
2^,28 pour 100, a été moindre que celle de la statistique citée, 4,29 pour 100.
k l'hôpital militaire danob, pendant la campagne de 1848 à 1850, sur 243 am-
putations, nombre égal au nôtre, il y a eu 96 décès, et, par conséquent, une
mortalité de 39,51 pour 100, 15,23 de plus que chez nous (Djomp, Deutsche
K/tntk, 1853, cité par Heyfelder).
M. Pirogoff, cité aussi par Heyfelder, sm* 166 amputations faites en 1848,
compte 72 décès. De ces 166 amputations, 52 furent de la cuisse, et donnèrent
32 décès. La mortalité a donc été de 43,37 pour 100, bien supérieure à la
nôtre.
Ce même chirurgien, rassemblant les amputations faites dans une période plus
étendue, trouva, sur 400 opérés, 459 décès, soit 39,75 pour 100. Sur 174 am-
putés pour lésions traumatiques, il trouva 86 décès ; la mortalité fut donc ici de
49;(i3 pour 100 ; et, sur 224 pour lésions organiques, 73 décès, ou une mortalité
de 32,59 pour 100; sur 115ampulations de la cuisse, 6 8 morts ou 59, 13 pour 100.
l^ces 115 amputations, 52 avaient été déterminées par lésions traumatiques, et
donnèrent 37 décès ou 71,15 pour 100 de modalité.
De tous ces rapprochements que nous pourrions multiplier encore, il ré-
sulte que nos statistiques d'amputations sont des plus favorables, surtout eu
égard à celles des hôpitaux de Paris ; on voit aussi que, contrairement à ce que
l'on remarque chez nous, les amputations ti'aumatiques en France, en Angle-
terre et en Allemagne du moins, sont sensiblement plus graves que celles déter-
minées par des causes organiques.
Comparaison foite des résultats des opérations de hemiotomie pratiquées chez
nous avec ceux de c^s mêmes opérations à Paris et à Londres, nous trouvons
ce qui suit :
HÔPITAUX DE paris:
220 opérés. 87 guéris, 133 morts. $0,45 p. 100.
HdPnAUX DE LOHDIBS :
266 opérés. 131 guéris. 135 morts. 50,75 p. 100«
HÔPITAL cita DE LISBONNE i
là opéiés. ià guteis. 20 morte. 50,82 p. 100.
Notre statistique donc, moins favorable que celle des hôpitaux de Londres,
remporte sur celle des hôpitaux de Paris (Bulletin de l'Acad. tmp. de méd^., L c,
p. 202).
Procédant de la même manière pour l'opération de la taiUe^ nous avons les
résultats suivants :
' HÔPITAUX DE PARIS :
75 opérés. 47 guéris. 28 morte. 37,3 p. 100«
HÔPITAUX DE LOHDEEB t
186 opérés. 146 guéris. dO morte. 21,5 p. 100.
HÔPITAL ava DE LISBONNE :
28 opérés. 18 guéris. 10 morts. 35,7 p. 100«
256 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
Comme pour la herniotomie. notre statistique pour Topëration de la taille,
bien moins favorable que celle de Londres, offre cependant des résultats plus
avantageux que celle de Paris.
Devons-nous attribuer à quelque favorable condition de race ou de climat les
résultats plus avantageux des opérations faites à l'bôpital de Lisbonne, eu égard
surtout à ceux de ces mêmes opérations faites dans les hôpitaux de Paris ?
La question ne nous parait pas aisée à résoudre avec les seuls éléments que
l'on possède actuellement sur ce sujet.
Pour ce qui est de l'influence due à quelque condition spéciale de notre race
sur le résultat plus favorable des opérations, nous croyons fermement qu'il n'en
existe aucune, qui nous autorise à admettre sur ce point une différence notable
entre elle et la race française, pai* exemple.
Nous n'en dirons pas autant pour ce qui est de l'influence possible de certaines
conditions climatériques ; nous croyons, au contraire, que la température
moyenne de nos contrées entre pour quelque chose dans le meillem* résultat des
opérations chez nous.
La douceur remarquable du climat de Lisbonne, permettant en effet que l'on
puisse avoir toigours, sans danger pour les malades, quelques portes et quelques
fenêti*es ouvertes, môme pendant les journées les plus froides de l'hiver, il s'en-
suit que, grâce à cet heureux avantage, l'air de nos infirmeries, incessamment
renouvelé par une large ventilation naturelle, n'arrive jamais au degré de cor-
ruption qu'il atteint forcément dans les hôpitaux du Nord, où la ventilation, en
hiver surtout, et quoi qu'on fasse, ne peut être que défectueuse et insuffi-
sante.
11 nous paraît également plausible d'admettre que quelques-unes des condi-
tions hygiéniques de l'édifice où se trouve l'hôpital Saint-Joseph ne sont point
étrangères aux résultats plus favorables des opérations qui s'y pratiquent, malgi*é
les défauts de la construction primitive (1), malgré la trop grande capacité —
B/!i5 lits ordinaires (sans compter les chambres particulières) — malgré ses salles
trop peuplées et ses ti'op nombreux étages, et jusqu'à son emplacement même
au centre d'un quartier en partie pauvre, à rues étroites et trop peuplées.
Tout mal bâti et tout mal placé qu'il est pour sa destination actuelle, U jouit
cependant de certains avantages réels : comme emplacement, sa situation au
haut d'une des collines de la ville l'empêche d'être enclavé dans les maisons
voisine^ et dominé par elles, et fait même que trois de ses façades n'ont pour
ainsi dii*e de voisins qu'à la distance de plusieurs centaines de mètres, ce
qui lui laisse les bienfaits d'une large ventilation et ceux d'une éclatante
lumière.
U est en outre entouré en pailie de jardins et même d'une petite ferme qui
lui appaiiiennent.
Gomme édifice, et malgré les défauts de sa destination première, il ne manque
pas toutefois de quelques bonnes conditions de structure et d'accommodement
intérieur. U est, comme nous l'avons dit, largement ventilé, et richement
éclairé dans presque toutes ses salles. Les fenêtres sont nombreuses et larges ;
(1) L'édifice où se trouve l'hôpital ne fut point bâti pour cette destination. Il fût construit
par les jésuites comme maison de collège pour leur congrégation, et ne fut destiné à recevoir
des malades qu'après l'expuUion de cet ordre célèbre par le roi D. Joseph, en 1775.
I
BABBOSA. — STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A LISBONNE. 257
il a^ outre ses jardins^ des cours intcricurcs^ donl une Irès-vaste et boisée.
Construit avec les larges dimensions qui distinguaient les constructions de ses
premiers possesseurs (les moines), il a une superbe entrée, des escaliers, et des
corridors très-vastes qui le percent dans tous les sens ; et à côté, il est vrai, de
quelques mauvaises salles au rez-de-chaussée et au troisième étage, toutes les
autres, en général, sont d'une telle ampleur et dai\s de si bonnes conditions
d'air et de lumière, qu'elles ne laissent presque rien à désirer.
Nulle part il n'est humide, et l'on n'y sent jamais la moindre odeur qui dé-
nonce la présence d'une aussi grande réunion de malades, à l'exception d'une
des salles du rez-de-chaussée et de quelques autres du troisième étage, les-
quelles, placées sous les combles, sont en vérité dans de très-mauvaises condi-
tions et déjà condanmées.
Nous ne devons pas oublier, paimi les bonnes conditions de notre grand hôpi-
tal, que la plus soigneuse propreté règne dans toutes ses dépendances ; que tous
les matins, toutes ses salles sont largement ventilées à gi*and air, ses planchers
laves pour ainsi dire journellement, et tous ses murs et plafonds grattés et
blanchis à la chaux tous les six mois.
I^s bonnes conditions où se trouve actuellement notre hôpital font, il faut
l'avouer en toute justice, le plus grand honneur à l'intcHigence et au zèle
éclairé des derniers administrateurs en chef de nos hôpitaux et à la bienveil-
lance avec laquelle ils écoutent, dans l'intérêt des malades, les conseils et les
observations des médecins.
Les dernières administi*ations, en effet, n'ont reculé devant aucun sacrifice
pour améliorer sur la plus large échelle les principales conditions hygiéniques
de notre premier hôpital civil.
C'est ainsi que dans les dernières années, nous avons vu réfoimer complète-
ment, entre autres, et surtout, les trois salles affectées aux services cliniques de
l'école : médecine, chirurgie et accouchements, lesquelles disposent chacune
de 22 larges fenêtres, ouvTant obliquement en haut, au moyen de comparii-
mcnts horizontaux, ce qui permet une ventilation continuelle, tout en évitant
les courants d'air venant tomber directement sur les malades.
Ces salles, ayant en outre de nombreux vasistas au niveau du plancher et des
tuyaux de ventilation aux plafonds, ne contiennent que ZU lits chacune pour une
capacité cube de 23&6 mètres, ce qui donne 69 mètres cubes par malade.
Nous devons encore citer, comme une excellente amélioration, due à l'admi-
nistration intelligente et infatigable de M. le conseiller Torrez Pereira, l'établis-
sement d'une maison moriuaii'e, consti'uite d'après toutes les données de la
science contemporaine.
C'est grâce à ces améliorations successives que nous avons pu voir disparaître,
dans ces dernières années, presque complètement, les diarrhées, les érysipèles
et les gangrènes d'hôpital, ainsi que la fièvi'e puerpérale, qui, il n'y a pas long-
temps encore, faisaient de grands ravages parmi nos malades, parmi nos opérés
et nos femmes en couches.
Nous ne devons guère nous étendre plus longuement ici sur tous ces dé-
tails.
Des éclaircissements complets sur eux se trouvent dans un écrit qui nous ap-
I>artient personnellement [Memoria sobre as prindpaes causas de mortalidade do
Hûspitoide San José, e meios de as attenuar, por A. M. Barbosa; Lisboa, 1855),
et dans un autre, du à une commission dont nous faisions partie avec nos ho-
17
258 CONGRfeS MÉDICAL INTEIlNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOIR.
norables conûères à l'école, MM. Cunha Vianna et Theotonio da Si! va {Reintniv>
dirigido ao Conselheiro enfermeiro mor do Hospital de San José pela amtmissao enr,ii'-
regada de eœaminar medicamente o mesmo estabeledmento ; Lishoa, 1864.)
D'autres causes, différentes de celles que nous venons d'énuniérer, ont cepen-
dant, à notre avis, une large pail dans les bons résultats des opérations à l'hiV
pital Saint-Joseph : une ^es principales de ces causes, c'est la modification du
procédé opératoire dans les amputations, introduit dans la pratique de cet hôpi-
tal, pendant les dernières années, ainsi que le système de pansement, sui>i
généralement au même hôpital.
Il n'y a pas longtemps encore le procédé généralement suivi dans les ampu-
tations à l'hôpital Saint- Joseph était celui à manchette de Drunninghausen.
Ce procédé nous a toujours paru très-défectueux, à cause de la grande surfat»
de suppuration à laquelle il donnait naissance, et du vaste siUon circulaire où h
pus croupissait, en infectant la plaie.
Aussi, dès les premiers temps de noti'c pratique, il y a dix-sept ans, aM»ri>-
nous adopté poui* les amputations un procédé dans lequel la peau n'est f>nu]'
décollée, et qui dérive de celui de Petit, modifié par Béclard et Diipuxlren;
nous eu donnerons une rapide description dans la dernière partie de ce
travail.
En mai 1859, à l'époque de notre concours d'admission au professorat, dan^
notre thèse ayant pour sujet : Les amputations des membres par la méthode à hm-
beau peuvent-elles être préférées d'une manière absolue à celles par la méthodv cirrfi-
laire ? et dans notre leçon orale, nous avons détaillé longuement les inconvé-
nients que nous reprochons au procédé à manchette, et les fondements du pn>-
cédé que nous lui préférions.
11 y a quelques années encore, en décembre 186&, nous insistions, devant
la Société des sciences médicales de Lisbonne, sur les avantages de ce même
procédé, en rendant compte à la Société d'une amputation circulaii'e i\c la
cuisse, faite avec d'excellents résultats, dans notre service et pai' le procédé qr«
nous suivons, par un de nos élèves, M. Condeiro Teio.
Le procédé que nous suivons, et les soins pour le pansement qui suit l'opéra-
tion (paimi lesquels nous attachons la plus grande importance à ceux qui mn-
sistent à ne pas laisser le moindre caillot dans la plaie, à faire la couii)res.«i'>i:
méthodique du moignon, à partir de la racine du membiT, à l'aide d'une bando
circulaire, sur laqueUe viennent s'attacher les bandelettes agghitinatiTe>, v\
à faciliter le plus facile écoulement aux liquides exsudés), ont été générale-
ment adoptés à l'hôpital Saint-Joseph, et particulièrement à la salle Saint-
Charles, clinique de l'école, sous la dii*ection du professeur, M. Amaut, et pr
M. Alves Branca, aux salles Sainte-Quitère et Sainte-Jéaime, qui loi appar-
tiennent.
C'est de l'adoption de ce procédé que nous faisons dépendre les réfnihat^
surprenants des amputations de la cuisse, chez nous, dans les deux demien'?
années, pendant lesquelles sur 16^ amputations, nous n'avons eu qu'un >ou\
décès.
Une bonne partie des résultats favorables de nos amputations revient encorr ,
selon nous, à l'emploi des compresses imbibées d'alcool saturé de camphn*.
dans le pansement après les opérations.
L'usage des topiques alcooliques dans le pansement des plaies était âc [»ra-
lique très^ancienne dans la chirurgie portugaise, et déjà Francisco C. do Am.«-
BaRBOSA. — STATISTKiLE DES OPÉRATIONS A LISDO.MVK. 25'J
I il. chirurgien du conmienconient du dix-huitième siècle, insistait beaucoup
sir ces ayantages.
La tradition de cette méthode de pansement paraît avoir été consenée à
i hôpital de Coîmbre, où l'alcool camphré, depuis les temps les plus reculés,
i>t ^'ënéralement employé comme topique dans les plaies et dans les ulcères.
C'est notre professeur actuel de clinique médicale, M. May Fîgueira, qui, par
H»* conseils, implanta à Lisbonne la méthode de pansement suivie à Coïmbre, et
co^l un de nos opérateurs les plus distingués, M. Ahcs Branca, qui le premier,
à Lisbonne, mit en usage, avec les meilleurs résultats, l'alcool camphré dans le
IMiisement des plaies résultant d'opérations, et bien avant que l'usage dans les
['laies récentes, de l'aclool dilué, mis en pratique par M. Nélaton, fût connu
chez nous. Cette pl*atique est aujourd'hui très-répandue en Portu{,^al, et elle jouit
de la bonne réputation d'être la plus efficace pour éviter l'infection purulente,
le5 phlébites et angioleucites suppurantes, le phlegmon diffus, etc.
Le régime diététique généralement suivi par les meilleurs praticiens, chez
iiua9, accordant quelques aliments et du vin à nos opérés, est aussi, selon
l'ous, un des facteurs dans les bons résultats de nos opérations, (juoiqu'il y ait
<p{>endant encore une certaine crainte non justifiée, chez quelques-uns de nos
(onfrères, d'accorder à leurs opérés une alimentation en rappoH avec leur ap-
iiétit, voire même une certaine dose de boisson alcoolique tout de suite après
in opérations.
l'our notre part, non-seulement nous ne partageons pas une telle crainte,
'naL« encore nous attachons la plus grande importance à l'usage d'une certaine
alimentation, et du vin de Porto suilout, pour le meilleur résultat des opé-
r-ilidiis.
Notre opinion là-dessus est doublement fondée, et sur notre expérience et
$ur les conseUs de notre regretté maître et ami, le professeur J. B. Barrai
Toy. Jowmal de la Soc. des sciences médicales de Lisbotine, 1852, n° 10, p. 133),
ainsi que sur l'expérience de ce qui était arrivé à Paris, lors de l'invasion
tle IBld: les blessés russes, qui étaient sufQsamment alimentés, à leur ordinaire,
et auxquels on accordait du vin et de l'eau-de-Tie, souffrirent à peine une
mortalité de 1 sur 26,93, tandis que chez les Autrichiens, elle fut comme
i est à 11^81; pour les Prussiens, comme i est à 9,20; pour les Français,
Hfomis à un régime restreint^ comme 1 est à 7,39 (Malgaigne, in Arrk. gén. de
«éd., vol. Xrv, 1842, p. 79).
Cette pratique est du reste autorisée par l'exemple de ce qui se passe en
Andeteire, où les résultats des grandes opérations sont, en général, on ne peut
pia« satisfaisants.
l)e tout ce qui précède, et de bien d'autres considérations que nous avons
f'Uiises pour ne pas trop allonger ce travail, nous sommes, ce nous semble, en
M{ d'affirmer que la douceur de notre climat, que les conditions assez bonnes
<ie notre hdpital, ainsi que le procédé opératoire et le pansement suivi dans nos
amputations les dernières années, et en partie aussi le régime diététique de nos
Hiaiades, sont les principaux facteurs dans les bons résultats des opérations pra-
tiquées dans notre premier hôpital, résultats très-avanfageux, surtout si Dn les
^oaifiare à ceux obieiuis dans les hôpitaux de Paris.
260 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
TROISIÈME SECTION.
CAUSES QUI DÉTERMINÈRENT LA MORT APRÈS LES OPÉRAnONS.
Les formes pathologiques qui amenèrent la terminaison fatale pour nos opérés
ont été les suivantes dans les différents genres d'opérations.
Pour les amputations des membres, — Sur le nombre total de iiiS, il y eut, comme
nous l'avons déjà noté, 59 décès dus aux causes que nous allons détailler d'ap^ê^
leur ordre de fréquence : infection purulente^ 19; érysipèle, 8; diarrhée, 7;
cachexie, k ; épuisement nerveux, 3 ; gangrène du moignon, 2 ; pleuro^neu-
monie, 2 ; fièvre adynamique, 2 ; tétanos, 1 ; éclampsie, 1 ; ostéomyélite du
moignon, 1 ; apoplexie cérébrale, 1 ; commotion cérébrale, 1 ; maladie de
Bright et tubercules dans le péricarde, 1 ; indéterminées, faute de notes expli-
cites sur les pancartes, 6.
De ces 53 décès, il n'y en a toutefois que 35 que l'on doive attribuer positive-
ment à l'opération ou à ses conséquences directes.
Ce sont l'infection purulente, 19; l'éi^sipcle et la gangi*ène du moignon, 10;
l'épuisement nerveux, 3 ; le tétanos et l'éclampsie, 2; l'ostéomyélite enfin. 1.
— Des 18 autres, les uns durent leur origine, non point à l'opération elle-niènu\
mais aux conditions hygiéniques des salles, comme la diarrhée, par exemple,
qui a été cause de 7 décès, ou à des conditions spéciales des malades en eux-
mêmes, aVant leur entrée à l'hôpital, comme la cachexie et la maladie de
Bright ; d'autres à l'accident qui détermina l'opération, comme la commotion
cérébrale ; d'autres enfin, à des causes entièrement accidentelles.
Parmi ces causes étrangères à l'opération, il en est quelques-unes, telles que
celles notées sous la désignation de ûèvi*e adynamique, peut-être ménje
quelques-unes des pleuro-pneumonies, et des prétendues cachexies, auxquelle>
la phlébite et la pyohémie à marche lente n'auront peut-être pas été étran-
gères.
Sur 13 résections, nous n'avons eu qu'un seul décès, et encore ne peut-il èirc
compté comme conséquence de l'opération, dû qu'il a été, à la reproduction
sur place du cancer encéphaloïde qui l'avait indiquée. Le malade auquel il se
rapporte fut le sujet de notre seconde résection, du maxillaire supëriem*. et.
comme on le voit, il est mort de sa maladie, mais non point du moyen curatif
employé pour l'en débarrasser.
Pour l'opération de la taille^ sur 28 opérés, notre statistique compte 10 morts.
Sur ces 10 décès, 7 seulement furent dus aux conséquences légitimes de l'opé-
ration elle-même, l'infiltration mineuse et la cysto-péritonite ; les 3 autrt>5
eurent leur origine dans des causes éti*angères à l'intervention des moyens chi-
rurgicaux.
Ces causes furent 1 fois la pneumonie double, 2 fois la fièvre adynamique et
la cachexie, due, ceUe-ci, aux progrès de l'état de ruine organique où le malade
se trouvait déjà au moment de l'opération.
Disons-le cependant, en toute franchise, car une statistique doit avant tout
être vraie, nous n'avons point observé ces trois malades, et il se pourrait bien,
({ue, en dépit des diagnostics portés sur les pancartes, l'infection purulente
entrât pour quelque chose dans ces résultats funestes.
Pow* la ttemiotomie^ sur 3^ opérés, nous trouvons 20 décès, dont 19 par péri-
BARBOSA. — STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A LISBONNE. 201
tonite ; celle-ci fut une fois causée par une perforation intestinale, et une fois
par une hémorrhagie, dont Torigine ne se trouvait point indiquée.
Les ligatures d'artères, au nombre de 19, donnèrent lieu à U décès, dont
3 dus à la gangrène du membre, après ligature de la fémorale, et 1 dont la
cause nous fut inconnue^ faute de note explicite.
la trachéoiomie^ k fois pratiquée contre le croup, donna 3 décès, 1 par as-
phyxie, 2 par intoxication diphthéritique. Pour cette opération^ dans la statistique
des faits qui nous sont personnels^ nous comptons 1/i décès sur 22 opérations,
dont 6 dus à l'envahissement des bronches par les fausses membranes et 8 à
rintoxication générale.
L'amjnUaHùn du pénUy 19 fois pratiquée, donna lieu à trois décès, 1 par re-
production du cancer sur place, et avant la cicatrisation complète de la plaie,
il ne résultait donc pas de l'opération; 1 par érysipèle ; 1 par arthrite suppurée
du genou (infection purulente ?).
L'extirpation de différentes tumem*s donna sur UQl opérés 16 morts ; sur ces
16 décès, 5 furent évidemment dus aux conséquences de l'acte opératoire lui-
même ; 2 à l'infection purulente ; 1 à la méningo-encéphalite, développée pour
cause de voisinage, sans doute après l'extirpation d'un polype fibro-cartilagineux
du haut du pharynx.
Les 11 autres terminaisons fatales eurent leur origine, soit dans la nature
elle-même des affections qui réclamaient l'opération, soit dans des conditions
>'péciales aux malades et indépendantes de l'opération, soit enfin dans des ma-
ladies accidentelles.
Pour 7 de ces 11 décès, ce fut la reproduction du cancer, cause déterminante
de l'opération, et la cachexie, suite inévitable de la ténacité de ladiathèse, qui
les déterminèrent, en dépit du moyen opposé.
De ces 7 décès, 1 fut directement causé par une hémorrhagie, dépendante
elle-même de la nature cancéreuse de la maladie reproduite. Pour 3 des
h restants^ ce furent toujours, ou des maladies accidentelles et complètement
étrangères à l'opération, ou des conditions spéciales et inhérentes aux malades:
ainsi 1 malade succomba à l'atteinte du choléra épidémique de 1856 ; 1 à la
âèvre typhoïde; 1, enfin, au progrès de la cachexie qui se dénonçait déjà, lors
de l'entrée du malade à l'hôpital, par une profonde détérioration générale : ce
uialade fut opéré d'un kyste de la face, se trouvant, lui, dans de très-mauvaises
conditions. Pour 1, le dernier de ces U malades, la cause de la mort ne se
triHivant pas notée, nous ne pouvons que la classer parmi les indéterminées.
Dans les opérations obstétricales, 10 applications de forceps furent suivies de
mort chez 2 femmes ; 1 succomba à une péritonite avec pneumonie aiguë ; 1 à
des accès d'éclampsie. Cette dernière maladie surtout fut d'autant moins une
conséquence de l'opération, qu'elle était elle-même la cause déterminante de
relle-ci, comme seul moyen de teiminer l'accouchement et d'empêcher le
retour des accès.
Quant aux fœtus, les pancaiies ne désignant point le genre de mort, nous ne
pouvons rien spécifier à propos d'eux.
La version podalique, 8 fois pratiquée, fut 2 fois suivie de mort par métro-
péntonite.
L'embryotomie, 1 fois exécutée, causa la mort par la même affection.
L'opération césarienne, pratiquée toujours ^ quelques moments après la mort
de la mère, n'amena qu'une fois un enfant vivant.
i&i GO.NGRÈft MKOrCAL fiNTERNAIlONAL. — TROISIÈME SÉAKCt; DE JOUR,
QUATRIÈME SECTION.
DES CONDITIONS LES PLUS FAVORABLES AU MEILLEUR RÉSULTAT DES OPÉRATIONS
EN GÉNÉRAL, ET DES AMPUTATIONS EN PARTICUUER.
Nous abordons enfin la dernière partie de notre travail^ et^ comme son titre
l'indique^ nous devrons rapporter les considérations dans lesquelles nous allons
entrer, à l'infirmerie d'abord, à l'opéré ensuite, ainsi qu'à l'époque de l'opéra-
tion, au procédé opératoire, à la méthode de pansement, et enfin au régime.
Infirmerie, — I.es salles d'opérés, tout le monde est d'accord là-dessus,
devraient tout d'abord ne pas se trouver dans les grands hôpitaux destiné*^ i\
toutes sorles de maladies, et moins encore au milieu des grandes villes, double
foyer où surabondent toujours les causes d'insalubrité les plus graves.
Elles devraient, au contraire, se trouver placées, autant que possible, à la
campagne, et dans les meilleures conditions de situation, de capacité, de bon
air, de ventilation, d'exposition, de lumière, et de température.
Dans l'impossibilité, cependant, de prétendre voir réaliser de longtemps
encore cet important desideratum, énumérons rapidement les principales con-
ditions que devrait réunir une bonne salle d'opérés dans les hôpitaux ordi-
naires, mais bien disposés et bien tenus.
Ces conditions se trouvent heureusement réalisées dans les trois services cli-
niques de l'école de Lisbonne, à l'hôpital Saint-Joseph, la clinique chirur-
gicale, salle Saint^harles, celle de médecine, salle Sainte-Mani», et celle d'ac-
couchement, salle Sainte-Barbe.
Tout d'abord les salles d'opérés devraient être placées au res-de-chaussée,
avec une élévation convenable, et pas du tout humides, ou au premier ou
deuxième étage. Elles devraient être entièrement indépendantes de tous les autres
services ; avoir leur principale exposition au sud ou à l'orient, surtout pour les
malades opérés pendant la troide saison ; avoir une capacité correspondante
à 100 mètres cubes par lit, et ne servir qu'à 12 ou 20 malades au plus ; être
abondamment éclairées et ventilées par de larges fenêtres, montant aussi haui
que possible et descendant jusqu'à un mètre du plancher, et en outre par de>
ouvertures pratiquées au niveau du plancher et aux plafonds. Les fenêtres du
modèle de celles que nous avons dans nos salles de clinique à Saint4oseph.
ouvrant obliquement en haut par plusieurs compartiments, nous sembleni
être de beaucoup les meilleures. I>es calorifères sont encore indispensable^.
même dans nos climats, pendant l'hiver, afin de maintenir une températun'
de 18 à 20 degrés. Des cabinets d'aisances placés hors des salles pour tous lof
malades qui peuvent se lever, et disposés avec tous les confoiis : siphons, eau
en abondance, etc., sont encore une indispensable dépendance d'une bonne
salle d'hôpital, comme de tout logement.
L'influence que toutes ces conditions de salubrité des salles d'opérés peuvent
avoir dans le meilleur résultat des opérations nous est clairement indiquée [vir
les règles les plus élémentaires d'une bonne hygiène. Mais celle-ci ne nou$ la
démontrerait-elle pas, que nous pourrions encore jusqu'à un certain pcnntia
déduire des résultats consignés à ce siyet dans notre statistique des amputations
fi l'hôpital Saint-Joseph.
BARROSA. — STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A LISBONNE. 263
Notre statistique nous fait voir en effet que les salles qui, chez nous, ofMrent
une moindre mortalité furent précisément celles qui avaient un plus petit nom-
bre (le lits, celles dont le, cube d'air était proportionnellement plus fort, celles
ilnnt les fenêtres étaient plus nombreuses, celles qui se trouvaient au rez-dc-
ciiaussée, ou jusqu'au deuxième étage, celles enfin dont la principale exposition
<<; trouvait au sud.
Ê^Mftjue de l'opération. — De tout temps, il a été question de savoir quelle
<emi l'époque de l'année, ou la saison la plus favorable au meilleur résultat
lies opérations, pour lesquelles, n' étant pas urgentes, on peut choisir le moment
le plus opportun.
Les anciens, on le sait, préféraient à cet ellet l'automne et le piintonips, par
Aû< raisons théoriques plutôt que par des motifs fondés sur l'expéi'ience, et cette
upinion eut encore de nos jours, en sa faveur, deux des plus grands noms
df la chirurgie moderne, Dupuytreu et Velpeau.
Cette opinion, si généralement acceptée, reçut cependant un démenti formel
dans la statistique de Malgaignc [Arch, géti. de méd., n^ ih^ 18/i2, p. 03), dans
celle de Fenwick (Arch. gén. de méd., n° 18, 1848, p. 61), et dans relie enfin
iW John Walt, inspecteur général des hôpitaux anglais pendant la guerre de
i.riméc (Dict. encyd. des sciences médicales, n° 3, p. 365).
Les résultats de noti*e statistique, à ce sujet, sont un peu vagues ; ron signons-
les toutefois tels qu'ils se présentèrent.
Liiez nous donc les mois qui se montrèrent les plus favorables au succès des
opérations furent celui d'octobre d'abord, et ensuite, et par ordre de mortalité
croissante, ceux de juin, juillet et avril, et les plus défavorables par ordre de
succession décroissante, ceux de mai, août, mars et janvier.
D après notre statistique encore, la saison qui chez nous se montra la plus
fa>orisée fut l'automne, et après celle-ci l'été ; le printemps ayant été de toutes
la plus funeste, et l'hiver venant immédiatement après.
Si l'on pouvait donc déduire de notre statistique un résultat valable, on en
devrait conclure que l'automne est chez nous la saison la plus favorable au
*uccès des opérations, et en ceci elle se trouverait d'acCord avec la manière de
penser des anciens et d'un grand nombre de chirurgiens modernes. L'accord ne
M*rait cependant pas parfait, car le printemps, comme on l'a vu, n'a point justifié
chez nous la bonne opinion qu'on en a ailleurs.
Sur le choix du moment le plus opportun pour opérer, dans les lésions trau-
matiques, sitôt que l'opération est jugée indispensable, notre avis est qu'il faut
opérer avant que les symptômes inflammatoires généraux et locaux se soient
développés, ou bien alors, quand cela n'a pas été possible, attendre qu'ils soieut
en complète déclinaison.
Sauf les cas urgents, nous n'opérons jamais en présence de l'acuité de la
réaction générale ou locale, et dans notre propre expérience, et dans celle de
plusieurs de nos confrères, nous avons des raisons pratiques qui confirmeraient,
!^il en était besoin, les raisons théoriques qui autorisent notre conduite à ce
■^'ijet.
t*our ce qui a trait au choix de l'époque des opérations, il est encore une con-
î^idération sur laquelle nous croyons devoir insister en quelques mots. Nous
entendons parler du séjour des malades à l'hôpital, du moment que l'indication
d'opérer est positivement établie.
Autant nous croyons imprudent de surprendre pour ainsi dire nos malades
26& CONGRÈS MÉDICAL INTERNAT [ON AL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
par une opération, au milieu du trouble physique et moral dont les premiers
temps de séjour à l'hôpital sont toujours une puissante cause, autant nous pen-
sons aussi qu'il est dangereux de les y laisser séjourner trop longtemps.
11 est évident, en effet, que l'air et toutes les autres mauvaises conditions d'un
hôpital, pour bien tenu qu'il soit, agissant trop longtemps sur les malades^ ne
manqueront pas de les affaiblir, et par cela même de les placer dans les con-
ditions les plus défavorables pour résister au traumatisme grave qui est la suite
nécessaire de toute grande opération. — Ne laisser séjourner nos malades à
l'hôpital que le temps nécessaire pour ne pas les surprendre non encore accli-
matés, ou pour qu'ils aient pu se reconstituer, si par hasard ils y sont entrés
dans de mauvaises conditions de santé générale, c'est là pour nous notre rèiîle
de conduite dans l'espèce.
Du reste, notre statistique vient aussi à l'appui de notre manière de voir ; on
y voit, en effet, sur un nombre de malades, supérieur à la moitié du total, que
la mortalité a été moindre pour ceux dont le séjour à l'hôpital n'a été que de 1 à
10 jours, et que sur le total encore il y a eu une différence de 17 pour 100 en
faveur de ceux qui ne sont restés dans les salles que de 1 jour à 2 mois, avant
d'être opérés.
Conditions spéciales aux malades, — Nous venons de noter l'influence fâcheuse
qu'un trop long séjour à l'hôpital doit avoir sur l'état des malades à opérer.
Ajoutons encore que les diètes trop restreintes doivent forcément agir dans le
même sens, en les affaiblissant par une insuffisante nutrition. Aussi tenons-nous
pour essentiel au succès de nos opérations de bien nournr nos malades, et
même de leur accorder le plus tôt possible l'usage des viandes rouges et d'un
bon vin.
Dans le même but, nous croyons très-utiles les promenades en plein air, dans
les jardins et autres lieux boisés, comme nous en avons heureusement à
Saint-Joseph, et même avant que les malades puissent marcher, nous les
faisons transporter dans des chaises à roues, ou dans tout autre véhictUe
commode.
On accroît par là, au moyen d'une salutaire oxygénation du sang, et des
autres avantages qui résultent de l'exposition au grand air et à la lumière, les
bienfaits d'une convenable alimentation.
Procédé opératoire. — Pour l'amputation des grandes sections des membres,
nous préférons, en général, l'opération dans la continuité, par la méthode cir-
culaire, selon le procédé dont nous avons déjà énuméré les principaux avan-
tages et que nous allons décrire rapidement.
Premier temps, — Après avoir fait tirer la peau vers la racine du membre,
au moyen des deux mains d'un aide, section circulaire des téguments et de tout
le tissu connectif sous-jacent jusqu'à l'aponévrose.
Deuanéme temps, — Section, circulaire aussi, de l'aponévrose et de la couche
superficielle des muscles, au niveau de la section de la peau rétractée et tirée en
haut.
Troisième temps, — Section de la couche musculaire profonde, au niveau de
la section des muscles superficiels rétractés et en inclinant le couteau do ma-
nière à le faire tailler dans les chairs un cône creux, ayant le somnuH tourné
en haut.
Quatrième temps, — Section de l'os au point correspondant au sommet du
cône creusé dans les chairs, et avec les précautions d'usage.
BARBOSA. '^ STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A LISBONNE. 265
Ce procédé, au moyen duquel la peau, n'étant pas décollée, garde tous ses élé-
ments de nutrition^ a l'avantage de produire une plaie d'une superficie bien
moindre que celle du procédé de Brunninghausen, tout en laissant assez de té-
iruments et de parties molles pour bien couvrir l'os, et dans les meilleures con-
ditions pour que l'adhésion se fasse.
Ce procédé est également applicable à la cuisse, à la jambe, au bras et à
ra?ant-bras, et à ces différentes sections des membres nous l'avons avantageuse-
ment employé. 11 est cependant d'une application plus facile et dans de meU-
leures conditions pour la cuisse, le bras et l'avant-bras.
C'est, faites selon ce procédé, que 1/i amputations de la cuisse à l'hôpital
Saint-Joseph ont donné 13 guérisons dans les deux dernières années.
Pansement après les opérations. — L'amputation finie, nous avons le plus
grand soin d'arrêter complètement toute hémoirhagie, et nous ne pansons
qu'après nous être assuré que la plaie est parfaitement nette, et qu'il n'y reste
pas le plus petit caillot, qui, devenu corps étranger, puisse donner lieu à la
suppuration et aux accidents bien plus fâcheux de phlébite, d'infection puru-
lente, etc.
La plaie bien nettoyée, et nous étant assuré de la suspension complète de toute
h^morrhagie, nous entourons le membre amputé d'un bandage circulaire, de-
puis sa racine jusqu'à 1 ou 2 centimètres à peu près de l'extrémité des tégu-
ments du moignon. ^
Ce moyen, tout simple qu'il est, a pour nous beaucoup d'impoilance. Il a
en effet les avantages suivants : par la compression régulière et modérée du
moignon, il diminue l'étendue de la plaie traumatique, et, en limitant la surface
>uppurante, il s'oppose aux hémorrhagies secondaires, et il facilite l'adhésion en
empêchant la rétraction des téguments et des parties molles sous-jacentes, plus à
craindre, quand les phénomènes infiammatoircs locaux se sont développés ; il
tend à éviter la conicité du moignon, ainsi que l'infection purulente ; enfin ce
bandage est encore utile comme point d'attache pour les bandelettes, dont l'action
initante sur la peau est, comme on le sait, si souvent cause d'excoriations et
d'érysipèle du moignon.
La plaie, unie au moyen des bandelettes appliquées comme nous venons de
le dire, nous la disposons de manière qu'elle se trouve dirigée obliquement
en bas et en dedans, dans le but de laisser le plus facile écoulement aux liquides
eisudés.
Dans le même but, l'angle inférieur de la plaie ne doit jamais rester couvert
par les bandelettes. Les différents tissus qui ont été intéressés par la plaie, étant
doués d'une vitalité et de conditions de cicatrisation diverses pour chacun
d'eux, surtout l'os pai* rapport aux parties molles, les fils des ligatures se trouvant
forcément dans la plaie pour quelque temps et comme autant de corps
étrangers, nous avouons que nous ne comptons jamais sur une complète réunion
immédiate des plaies d'amputation. Aussi avons-nous soin, pour ces plaies,
comme pour celles résultant des extirpations des tumeurs du sein ou autres, de
toujours placer une mèche dans l'angle inférieur, afin de faciliter l'écoulement
des liquides, qui, retenus et putréfiés dans le foyer, sont si souvent cause d'in-
flammation et de suppuration locales, et peuvent même concourir au dévelop-
pement de l'infection purulente.
I^ ûls de ligatures, pour ne pas en allonger trop le trajet,i nous les dhigeons
•le préférence vers l'angle inférieur. *
J66 CONGKlîîs JUfeOICAL INTKRNATIONAL — TROISifeME 8ÉANCF DE JOUR.
Los bandelettes appliquées à la distance de 1 à 2 centimètres les unes des
autres, on couvre la plaie de plumasseaux de charpie trempés dans de l'alcooi
saturé de camphre (1), et par-dessus le tout une croix de Malte» et à peine quel-
ques tours de bande, de manière à rendre tout riq)pareil le moins lourd et le
moins épais possible.
L'alcool saturé de camphre, que nous employons dans le pansement des plaies
d'amputations comme de toutes autres qui doivent suppurer, a incontestablement
pour eftet de les rendre plus sèches et plus propres; et, en coagulant Talbumine
du sang, de rendre plus facile son organisation el la cicatrisation des tissus, saib
compter que pai* ses qualités antûeptiques, il est très-efficace pour empêcher
le développement des germes morbifiques et des fermentations nuisibles qui
peuvent entraver la cicatrisation, ou infecter les plaies et l'organisme tout
entier.
La position à donner au membre amputé mérite aussi notre attention, et nous
attachons beaucoup d'importance à ce qu'il reste placé de manière que l'angle
inférieur de la plaie se trouve au point le plus déclive, afin d'éviter les fuséet^
purulentes, en laissant aux liquides un facile écoulement.
Nous réprouvons donc la pratique que nous avons vu suivre quelquefois, di-
placer le membre sur un oreiller épais, au point que la plaie vienne à se tn)u-
ver sur un plan plus élevé que la racine du membre amputé, pratique piu^
nuisible encore si l'on n'a pas établi une bonne compression du moignon.
Nous préférons toujours, et nous regardons, comme très-important, de panser
au bout de quarante-huit heures, plutôt que d'attendre quatre à cinq juui>.
jusqu'à ce que tout l'appareil soit imbibé de liquides putrescibles, au dctriuicni
du malade et de ses voisins.
Lors du premier pansement, en général, nous n'enlevons point les bandelettes,
et nous nous contentons de renouveler la mèche de l'angle de la plaie, ainsi que
les plumasseaux camphrés, en l'examinant soigneusement, sans en troubler toute-
fois le processus curateur naturel.
Pour avoir pansé plus tard que nous ne le faisons depuis longtemps, il nous e>l
arrivé plus d'une fois, dans les premiers temps de notre pratique, de trouver de
vastes foyers purulents sous des téguments en grande partie réunis.
Cet inconvénient, cent fois plus grave et plus fréquent dans le déplorable pro-
cédé & manchette, notre procédé et notre méthode de pansement l'évitent au-
tant que possible, en épargnant aux malades les désastreuses conséquences de
l'accumulation du pus au milieu de tissus, où il s'altère et où il peut être résorlR'.
Si, malgré tous nos soins, des clapiers se forment, nous avons recours au dm-
nage de la plaie au moyen des tubes de gutta-percba.
11 libus parait également important que ce soit l'opérateur lui-même qui fa>se
les pansements des premiers jours.
On peut, en se conformant à cette règle, et cela nous est arrivé plus d'une
fois, parer dès leur première apparition à de légers accidents <|ui, négli^^és ou
nïéconnus, pourraient avoir de fâcheuses conséquences.
Faut*il ajouter que l'emploi des ancsthésiques, éther ou chloroforme, nou>
parait indispensable, à moins de sérieuses contre-indications, dans le but de sous-
traire les malades, aux chances de mort par épuisement ou par éclanipsic, en
leur épargnant d'inutiles souffrances.
(1) La formule dont nous nous servons, et que nous avons introduite dans le nouveau for-
mulaire de rtiôpital Saint-Joseph, est la suivante : Alcool, 3^ etmphre, i,
9ÀRB0S4. — STATISTIQUE DES OPÉRATIONS A LISBONNE, 267
Régime, — A la deuxième section de cette note, nous avons déjà eiprimé en
quelques mois notre manière de voii* à propos du régime diététique le plus con-
venable aux opérés.
Entrons maintenant dans de plus amples détails & ce sigetj en indiquant clai-
rement quelle est notre pratique^ et celle généralement suivie aujourd'hui à
l'hôpital Saint-Joseph, par rapport à l'alimentation des malades qui ont subi de
gnndes opérations.
Disons d'abord que, en généi'al et à moins de contre-indications formelles,
nous administrons toujours^ à titre de cordial^ une petite portion de bon vin à nos
lualades aussitôt après l'opération, et que, généralement aussi, nous leur conti-
nuons la ration de vin qu'ils avaient avant d'être opérés, et qui est, terme moyen,
de 180 à 240 grammes de bon vin ordinaire, ou la moitié de cette, dose quand
c'est du Porto, dans les premières vingt^quatre heures.
Pour l'alimentation solide à accorder à nos opérés, nous suivons d'habitude les
indications qui nous sont fournies par l'appétit, par la fièvre et par l'état des voies
.;:astriques, les guides les plus sûrs d6ms l'espèce.
D'ordinaire^ cependant, nos malades gardent après l'opération la diète qu'ils
a>aient auparavant ; ou bien nous lem* accordons une diète moyenne, la troisième,
ou tout au moins la deuxième (1) de notre hôpital, selon lem* appétit et leurs
forces.
La réaction une fois développée, si elle est forte et si les malades perdenU' ap-
pétit, la diète est 4iiuinuée, mais jamais, hormis les cas exceptionnels, nos ma-
lades ne sont mis à la diète absolue ; même en présence de la réaction, ils ont
toujours ou une deuxième, ou, pour le moins, du bouillon de bœuf cinq fois par
jour et leur ration de vin.
(1) A l'hôpital Saint- Joseph, les diètes sont les suivantes :
i'^ — Cinq bouillons de viande, ou de poulet exceptionnellement, de 18 centilitres chacun,
dans les vingt-quatre heures.
2**. — Déjeuner: pain, 50 grammes; bouillon, 18 centilitres. Dtner : potage au ris,
18 centilitres. Souper: bouillon, 18 centilitres.
3**. — D^eaner : pain, 50 grammes; bouillon, 18 centilitres, ou potage, 35 eentilitres.
IHoer : pain, 110 grammes; viande bouillie ou rdtie, 56 grammes; potage au ris, 58 centi-
iitres. Souper : pain, 50 grammes; potage au rii, 35 centilitres.
4"*. — Déjeuner : pain, 100 grammes; bouillon ou potages divers, 35 centilitres, Dtner :
pain, 200 grammes; viande bouillie ou rOtie, 112 grammes; potage, 35 centilitres. Souper :
pain, 100 grammes ; potage, 35 centilitres.
U viande d'ordinaire, à Saint-Joseph, c'est le bœuf. Le mouton, le veau et le poulet sont
prescrits souvent, mais sur indication précise du médecin.
U en est de même pour le poisson.
U ris est le type pour les potages, mais on les varie beaucoup, et Ton y ajoute des légumes.
Us déjeuners peuvent varier beaucoup dans toutes les diètes, mais en gardant les mêmes
quantités en poids pour les différents potages ou bouillies. Le thé, le café, le chocolat, avec du
paia et dn beurre, sont prescrits très-souvent pour remplacer le pain et le bouillon du déjeuner.
Le lait est journellement prescrit pour les déjeuners, soit seul, soit avec du thé, du calé ou
dodioeolat.
Us fruits, le fromage et les confitures pour dessert sont fournis sur prescription expresse,
ainsi que le vin ordinaire ou de Porto.
Us médecins ont la plus grande latitude dans la prescription des diètes, qu'ils peuvent,
pour ainsi dire, varier à Tinfini, sûrs toujours qu'elles seront ponctuellement servies à leurs
malades.
268 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
Du moment que les phénomènes inflammatoires tombent^ nous augmentons
la diète^ et nous la portons aussi rapidement que possible à la plus forte, la qua-
trième (viande rôtie).
C'est là notre pratique, et, en général, aussi celle de nos confrères à Saint-
Joseph ; et tous nous nous en trouvons bien, et tous aussi nous sommes d'aris
qu'il ne faut pas craindre de nourrir^ et qu'il faut au contraire se garder d'affai-
blir des malades qui viennent de perdre du sang en grande quantité^ au moment
même où ils vont avoir besoin de toutes leurs forces pour parer aux pertes qui
accompagnent le processus de réparation, et pour pouvoir résister aux accidents
graves qui peuvent survenir.
Les considérations qui précèdent auront mis fin au modeste travail que nous
avons cru devoir vous présenter en hommage respectueux, et avec le désir le
plus sincère de nous montrer reconnaissant de l'appel flatteur que votre comité
central a bien voulu faire à notre bonne volonté, plutôt sans doute qu'à notre
peu de mérite, ainsi qu'au témoignage de confiance accordé par mon gouverne-
ment.
Disons-le en toute sincérité, nous ne nous faisons aucune illusion sur la valeur
scientifique et littéraire de cette note ; et en en faisant hommage à la savante as-
semblée qui nous a fait l'honneur de nous écouter avec tant de bienveiUance,
nous regrettons plus vivement encore que notre travail ne soit pas ce qu'il eût
dû â|pc, à la hauteur du sujet et digne surtout d'une aussi docte et respectable
compagnie.
Tout défectueux qu'il est cependant, et à défaut de tout autre mérite, il aura
du moins celui d'être vrai, et par conséquent celui aussi de pouvoir concourir
pour sa pari à l'étude d'une des plus importantes questions de statistique et de
science médicales, celle de la notion exacte de la mortalité après les grandes
opérations dans les difTérents pays.
Les principales formes pathologiques qui, chez nous, sont causes fréquentes
de mortalité après les opérations, y sont recherchées et appréciées au mo^en
des données exactes de la statistique, comme éléments indispensables et de pre-
mière importance à connaître pour arriver à quelques déductions profitables
dans l'étude de la question qui nous occupe.
Dans le même but, nous avons aussi décrit le procédé et le mode de panse-
ment généralement préférés chez nous depuis quelques années, et nous avons
énoncé et démontré à la lumière des chiffres les raisons et les faits sur lesquels
nous nous fondons pour attribuer à ces procédés l'influence la plus décisive dans
le succès flatteur des grandes amputations pratiquées à l'hôpital Saint-Joseph
pendant les dernières années, succès qui, notre statistique en fait foi, vont au
delà même des résultats les plus favorables obtenus dans les hôpitaux de Paris,
ces foyers reconnus et autorisés de toute science et de tout véritable progrès en
chirurgie.
Un autre élément, enfin, qu'il fallait faire connaître dans cette étude statis^
tique, c'était l'alimentation et les soins que nous donnons à nos opérés à l'hiV
pital Saint-Joseph, ainsi que les principales conditions hygiéniques de l'établis-
sement où ont été recueillis les faits qui servent de base à notre travail. Vous le
voyez donc, messieurs et honorables confrères, j'ai cherché à être consciencieux
et vrai dans l'étude de la question que j'ai dû traiter; et si de plus hautes qua-
lités, et le temps aussi, nous ont fait défaut, je n'en aurai pas moins fait preuve
de bonne volonté, et l'indulgente bienveillance que vous avez bien voulu m'ac-
GOSSELOf. ^ PROPHTUlXIE DE L'ÊRTSIPÈLE ET DE L'INFECTION PURULENTE. 269
corder, et dont le souvenir me sera précieux^ aura su me consoler et m' absoudre
des fautes que je n'ai pu éviter.
PB^PHYIiAUK BE li'ÉBYSIPfiliE ET DE li'IlVFECTIOIV
nnmiiBliTE BAMS liES SAIiliES BE CBIBlJBeiE.
PAR M. LE DOCTEUR L. GOSSELIN^
clinique chirnrgicalo k la Faculté de médedoe de Paris, cliimrgien do l'hôpital de laGharilë,etc.
J'aurais voulu pouvoir aborder tous les côtés du problème chirurgical qui a
été proposé au €k>ngrès dans la question des accidents généraux entraînant la
mort après les opérations. Mais le cercle restreint dans lequel il m'est donné
d obser\'er à Paris ne m'a permis de recueillir aucun document sur Tinfluence
des races, sujet pour lequel je serais si heureux de voir apporter ici une solution
satisfaisante.
Les deux maladies que l'on observe le plus souvent après les opérations^ sur-
tout dans les grands hôpitaux, Férysipèle et l'infection purulente, m'ont tout
spécialement occupé depuis quelques années. Ces maladies sont-elles fatales et
inévitables, ou pouvons-nous dans une certaine mesure en préserver nos opérés
et nos blessés? S'il y a une prophylaxie, quels en sont les moyens? Tels sont
les deux côtés de la question sur lesquels j'ai en ma possession quelques ma-
tériaux tirés de ma pratique nosocomiale, et pour l'examen desquels je viens
réclamer un moment la bienveillante attention du Congrès.
ARTICLE PREMIER.
PROPHYLAXIE DE l'ÉRYSIPÊI^E.
Parmi les causes de l'érysipèle traumatique, le seul dont je m'occupe en ce
moment, il en est qui sont individuelles, intériem-cs, et dont l'influence explique
la forme sporadique que l'on observe partout.
Il en est d'autres extérieures, que l'on attribue depuis longtemps à certaines
conditions de l'atmosphère et qui expliquent la forme épidémique. Ces condi-
tions sont insaisissables dans leur essence, et l'on a pensé souvent que le froid
et l'humidité devaient être plus particulièrement invoqués comme causes des
épidémies d'érysipèle. Mais le froid et l'humidité se rencontrent partout, et
chacun sait que cependant les épidémies dont il s'agit sont rares dans les cam-
pagnes, les petites villes et les petits hôpitaux, tandis qu'elles se rencontrent
plus fréquemment dans les grandes villes et les grands hôpitaux, là où les
hommes et surtout les malades sont rassemblés en plus grand nombre. Il était
naturel d'en conclure qu'au nombre des conditions de l'atmosphère qui favo-
ri^nt les épidémies d'érysipèle, il fallait placer la contamination du milieu
270 C0NGRË8 MÉDICAL liNTËHNATlONAL — TROlâlKMK SÉANCE Ôë JOUB.
ambiant par des émanations ou miasmes organiques, et qu'en consdqucnce l'éry-
sipèle était ou pouvait être une maladie infectieuse. De là à Tidée de la conta-
gion il n'y avait pas loin^ et aujourd'hui bon nombre de personnes admettent
que rérysipèle non-seulement est d'origine infectieuse, mais est aussi quelque-
fois contagieux.
Tant que l'érysipèle a été attribué exclusivement^ soit aux causes individuelles,
soit à la température et à l'humidité^ il est tout simple que cette malaidra ait été
considérée comme inévitable et qu'on ne se soit pas occupé de prophylaxie. Maii^
ceux qui, aujourd'hui, sans nier l'influence des causes précédentes, croient en
même temps à l'infection et à la contagion, doivent chercher s'il n'existe pas îles
moyens préventifs non pas contre l'érysipèle sporadique, mais contre l'érysipèle
épidémique.
C'est seulement depuis le 1*' janvier 1862, époque de mon entrée à l'hôpital
de la Pitié, que j'ai recueilli des matériaux sur ce sujet. Jusque-là, restant dan^
la doctrine de ceux qui avaient été mes maîtres, j'avais cru à la fatalité, et n'au-
rais pas jugé nécessaire de rassembler et de compter les faits* Je conservais seu-
lement, de mou passage dans les autres services qui m'avaient été confiés, ce
souvenu* que, de temps à autre» les salles o£[ï*aient des épidémies d'érysipèle ;
que, pendant ces épidémies, assez souvent les plaies les plus simples, les vé<i-
catoires eux-mêmes, devenaient le point de dépail de cette fâcheuse complica-
tion. J'étais, en pailiculier, sous l'impression pénible que m'avaient laissée les
deux années 1860 et 1861 à l'hôpital Deaujon, ou ces épidémies avaient été le
iLiieux caiactérisées. En ell'et, mon ancien élève, M. le docteur Fenestre, dans
l'espace de cinq mois, du 23 février au 20 juillet, avait compté 55 érysipcle$
(35 pour les hommes et 20 pour les femmes), dont 20 s'étaient terminés par la
mort.
Depuis mon aiTivée à l'hôpital de la Pitié, où les conditions hygiéniques lai^
sent moins à désirer que dans bien d'autres hôpitaux, j'ai recueilli tous les cas
d'érysipèles qui se sont présentés dans mes salles. Pendant les trois premières
années 1862, 1863 et 1864, je n'ai guère pris de mesure que contre la caua^
infectieuse, et la mesure principale a consisté dans le renouvellement de l'air
par l'ouverture aussi fréquente et aussi prolongée que possible d'une ou de plu-
sieurs fenêtres des salles. J'espérais qu'il n'en faudrait pas davantage pour dimi-
nuer le nombre et la gravité des cas d'érysipèles. Or, voici quels ont été nio^
lésultats. J'ai cru devoir comprendre dans mes relevés tous les érysipèles trau-
matiqueS) c'est^-dire aussi bien ceux qui ont appAiru autour des plaies acciden-
telles que ceux qui se sont montrés autour de plaies faites par le chirurgien.
J'ai eu en 1862, 37 éi^sipèles : 25 sur des hommes, 12 sur des femmes; les-
quels m'ont donné 9 morts : 6 hommes, 3 femmes.
J'ai eu en 1863, 55 érysipèles : &2 sur des hommes, 13 sur des femmes, qui
m'ont donné 12 morts : 9 hommes, 3 fenomes.
En 186&, 41 érysipèles : 32 hommes, 9 femmes, qui m'ont donné 10 morts:
7 honmies, 3 femmes.
Certes, ces chiffres ne sont pas très-satisfaisants. Mais pour en apprécier la
valeur, il faudi*ait pouvoir les comparer à ceux des autres années et à ceui de?
autres services. Or, je n'ai pas ceux de mes autres années, et s'il m'était penui>
de m'en rapporter à de simples souvenh's, j'afflrmcrais que proportionnellement
au nombre de blessés et d'opérés, le chlifre était plus élevé à l'hôpital Cochin et
GOSSUlN. -- PROPHYLAXIE DE L*£BYSIPÈL£. 271
k l'hôpital Beaujon qu'il ne Ta été à la Pitié. Quant aux érysipëles des autres
^nices, soit dans le même hôpital^ soit dans les autres hôpitaux, je ne puis en
nmnaltre le nombre, et je ne crois pas qu'il ait été relevé exactement. Si, par
hasard; quelqu'un de mes collègues avait des statistiques comparatives à mettre
.1 côté des miennes, je serais satisfait de les y avoir provoqués par cette commu-
nication, et à cette occasion je dirai, en passant, que cette question de prophy-
laxie, dans une maladie aussi bizarre et accidentée que l'est l'érysipèle, serait
bien plus vite jugée, si chacun apportait, avec ses idées et sa pratique sur ce '
[ioint, ses résultats bien comptés.
Mais il est indispensable, pour juger la valeur de Taération meilleure des
silles, de ne pas comprendre dans les mêmes groupes les érysipëles venus du
dehors et ceux qui se sont développés dans l'intérieur même des salles. 11 va
<ans dire que cette indication a été mise par moi-même sur toutes mes feuilles
statistiques.
Or, sur les 25 hommes de 1862, 11 sont venus du dehors avec leur érysipèle,
\k l'ont pris dans la salle.
Sur les k^ hommes de 186à : iU sont venus du dehors, 28 sont intérieurs.
Sur les 32 honmies de 186/i : 13 sont extérieurs, 19 sont intérieurs.
Ainsi, dans mes deux salles d'hommes (grande et petite salle Saint-Louis), qui
contenaient alofs 60 malades, dont le mouvement annuel est de 850, terme
iim^en, et où sont reçus un grand nombre de blessés, il s'est développé 61 éry-
Mpèles : ik en 1862, 28 en 1863, 19 en 1866.
Ces chiffres sont plus rassurants ; mais je répète que j'aurais besoin de chiffres
comparatifs pour en apprécier exactement la valeur.
Dans ma salle de femmes (salle Saint^Jean), qui ne contient que 26 lits^ et où
la moyenne des entrées est de 275 par an :
Sur les 12 érysipëles de 1862 : 5 sont venus du dehors, 7 se sont développés
à l'intérieur.
Sur les 13 érysipëles de 1863 : U extérieurs, 9 întérieui-s.
Sur les 9 érysipëles de 186& : 3 extérieui^s, 6 intérieurs.
11 s'est donc développé dans la salle, pendant ces trois années, 22 érysipëles^
sivoir : 7 en 1862, 9 en 1863, 6 en 1864.
Arrêtons-nous un instant sur la proportion relative des érysipëles chez les
hommes et chez les femmes.
Elle est de 1 sur /^2 chez les preniiers, 1 sur 37 chez les secondes.
Proportionnellement au nombre des sujets admis dans les salles, il s'est donc
développé un peu plus d' érysipëles chez les femmes que chez les hommes, et si
l'on fait attention à cette circonstance que les plaies accidentelles sont moins
fréquentes pour les premières que pour les seconds, on en conclura que la pro-
portion des érysipëles chez les femmes a été encore plus grande que les chilli*es
ne l'indiquent. Faut-il l'attribuer à ce que les femmes ont en réalité une plus
grande disposition à l'crysipële? C'est une opinion assez généralement admisci
Mais je me demande cependant si, dans mon service, je ne dois pas Tattribuer à
des conditions hygiéniques différentes. D'abord 0 est incontestable que le renou-
vellement de l'air par l'ouverture des fenêtres laisse plus à désirer dans la salle
des femmes, où l'on se plaint davantage du refroidissement, que dans mes salles
d'hommes. En outre, les lits sont plus rapprochés et l'espace pour chaque ma-
lade est moindre que dans mes salles d'hommes.
Mu efïet, ma grande salle Saint-Louis (hommes), qui a 42 lits, donne un peii
272 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
plus de 47 mètres cubes pour chaque lit. La petite salle Saint-Louis, qui est de
20 lits, donne 39,58 m. c. La salle Saint-Jean (femmes) n'a que 40,35 m. c.
Quelques mots maintenant sur les chiffres de la mortalité. Les érysipèles venus
du dehors et ceux qui se sont développés à l'intérieur des salles nous ofTreQl
sous ce rapport des différences assez curieuses.
Ainsi, pour les hommes ;
Les 6 morts ont porté en 1862: 1 sur les 11 érysipèles extérieurs, 5 sur
les m érysipèles intérieurs.
Les 9 morts de 1863 ont porté ; 2 sur les \U érysipèles extérieurs, 7 sui* le?
28 érysipèles intérieurs.
Les 7 morts de 1864 ont porté : 2 sur les 13 érysipèles extérieurs, 5 sur les
19 érysipèles intérieurs. .
Au total : 5 morts sur les 38 érysipèles extérieurs (1 mort sur 7 malades atteint.^
d'érysipèle), 17 morts sur les 61 érysipèles intérieurs (1 mort sur 3 1/2 atteints
d'érysipèle).
Pour les femmes, c'est à peu près la môme chose :
En effet, les 3 morts de 1862 ont porté ; 1 sur les 7 o^érieurs, 2 sur les
5 intérieurs.
Les 3 morts de 1863 ont porté : 1 sur les 4 extérieurs, 2 sur les 9 intérieuri:.
Les 3'morts de 1864 ont porté : 0 sur les 3 extériem's, 3 sur les 6 intérieui-s.
Au total, pour les femmes : 2 morts sur les 14 éi-ysipèles extérieurs, c*esl-à-
dire 1 sur 7 ; 7 morts sur les 20 érysipèles intérieurs, c*est-4i-dire 1 sur 3.
Remarquons en passant la proportion relative de la mortalité dans les deux
sexes. Nous avons :
22 morts sur 99 hommes atteints d'érysipèle, soit 1 sur 4,4 ; 9 morts sur
34 femmes atteintes d'érysipèle, soit 1 sur 3,7.
La propoi*tion a donc été un peu plus grande pour les femmes. D'où il résul-
terait que, dans mes salles, au moins, l'érysipèle traumatique a été plus fré-
quent, et en même temps plus souvent mortel chez les femmes. N'y a-t-il pas
là un motif suffisant pour donner la préférence chez les femmes aux procédés
opératoires qui favorisent le moins le développement de l'érysipèle?
J'arrive actuellement à l'examen d'une question délicate. Mes érAsipèlesont-il?
été sporadiques, et à quels moments dois-je croire qu'ils ont été épidémiqucs 1
Tant qu'ils sont sporadiques, en effet, je puis penser que les causes individuelles
jouent le principal rôle dans leur développement, et que la cause infectieuse, si
elle doit intervenir, n'a pas eu la plus grande part. Quand ils sont épidémiques,
au contraire, je dois, tout en faisant encore la part des prédispositions indin-
duelles, en faire une beaucoup plus grande à la cause infectieuse. Mais comment
trouver la ligne de démarcation? Quel est, dans une salle de malades, le chiffre
par mois en deçà duquel la maladie sera sporadique, et au delà duquel elle sera
épidémique? Quand il s'agit de si petits nombres, la limite est difficile à trouver
et sera nécessairement aibitrairc.
Avant de rien décider à ce sujet, examinons comment dans les trois années se
sont répartis les érysipèles pour chacun des mois de l'année.
GOSSELIN. — PROPHYLAXIE DE. l/ÉUYSIPÈLE.
273
Janvier m*a donné
• • • • \
Février m** donné. . . •
Eu 1862 1 érysipcle extcrieur^
En 1863 0 —
En 186A... ... i -^
En 1862 1 érysipèle extérieur,
En 1863 1 —
En 1864 1 —
0 iiilcrieur.
0 —
4 —
2 intérieurs.
7 —
1 —
Mui ffl'd donné.
En 1862 2 érysipèles extérieurs, 3 intérieurs.
En 1863 1 —
En 1864 4 —
En 1862 1 érysipèle extérieur,
Avril m'a donné \ En 1863 0 —
En 1864 ••••.. 3 —
4 —
4 —
3 intérieurs.
— 0 —
érysipèle extérieur, 1 intérieur.
En 1862 1
Hàï m'a donné { En 1863 3 —
En 1864 0 —
En 1862 1 érysipèle extérieur,
Joio m*a donné \ En 1863 3 —
En 1864 0 —
( En 1862. .... 1 érysipèle extérieur,
Juillet m'a donné \ En 1863. 0 —
( En 1864 0 —
[ En 1862 1 érysipèle extérieur,
Août m'a donné ! En 1 863 1 —
[ En 1864. .... 3 —
En 1862 2 érysipèles extérieurs, 2 intérieurs.
0
4
0
0
4
1
3
1
intérieur.
intérieur.
2 intérieurs.
1 —
0 —
Septembre m*a donné
■■{
Octobre m'a donné. . . .
«Novembre m'a donné. .
Décembre m'a donné. .
En 1863 2 --
En 1864 0 —
En 1862 0 érysipèle extérieur,
En 1863 3 —
En 1864 0 —
En 1862 0 érysipèle extérieur^
Eu 1863 0 —
En 1864 0 —
En 1862 0 érysipèle extérieur.
En 1863 1 —
En 1864 0 —
2 —
1 —
1 intérieur.
2 —
0 —
0 intérieur.
0 —
0 —
1 intérieur.
0 —
0 —
C'e^t donc en février et en mars que s'est développé le plus grand nombre
^ én.sipèles dans mes salles^ et je considère la maTadie comme ayant été épidé-
mique dans ma salle d'hommes, toutes les fois que le chiffre a dépassé trois ou
quatre par mois ; or, cela a eu lieu en février et mars pendant ces trois années,
'^cepté en février 1864. Je crois également que dans les autres mois où ces
inèoies chiffres ont été atteints ou dépassés par les érysipèles intérieurs, c'est-à-
<iin! en avril 1862, en janvier, mai et juin 1864, Térysipèle a encore été épidé-
ttûqoe. Dans les autres mois, au contraire, août, septembre, octobre, novembre
^ décembre, les érysipèles intérieurs ont été assez peu nombreux pour que je
pui>sc les considérer comme ayant été toujours sporadiques.
I*our les femmes, les résultats sont les mêmes, à cela près que les chiffres
^>nt moins forts et à cause de cela moins saisissants.
En fin de compte, et jusqu'à production de statistiques comparatives, je puis
tioaver que je n'ai pas été trop mal partagé. Cependant, il m'a bien fallu recon-
naître que la mesure hygiénique dont j'ai parlé, savoir la ventilation naturelle
V^r l'ouverture des fenêtres, dans les limites permises par la saison et par l'im-
[He$sionnabilité des malades, n'avait pas donné des résultats aussi satisfaisants
que je l'avais espéré.
18
274 COMUIÈS MÉDICAL IM'KRNATlONAh. — inOISlÈMB SÉANCK DE JOLIl.
Ce n'était pas une raison pour abandonner ces mesures hygiéniques qui, d'une
part, ne paraissaient aucunement favoriser le développement de l'érysipèlo. et
qui d'ailleurs étaient utiles à d'autres points de vue. Ce n'était pas une raison
non plus pour abandonner l'idée de la prophylaxie.
Adoptant de plus en plus, à partir du 1*' janvier 18 65, l'idée de laconlagimi.
je résolus d'appliquer à l'érysipèle la mesure qui avait donné et qui donne encore
à mon savant collègue, M. Empis, des succès incontestables dans la prophvlavif
de la fièvre puerpérale, c'est-à-dire d'éloigner des blessés les sujets atteint-
d'érysipèles, et de mettre ces derniers dans une salle à part avec d' au li-es malade-
n'offrant pas de plaies. Malheureusement, cette mesure n'a été applicable que
pour les hommes. Les conditions topographiques ne m'ont pas permis de la
réaliser pour les femmes, et je dirai plus loin quels autres moyens j'ai eniplo>ê-
pour elles en vue de diminuer un peu la proportion des érysipèles.
Ma salle d'hommes, portée aujourd'hui à 62 lits, par suite de l'addition d'un
accessoire, et recevant par an 900 malades environ, se compose de deux pièce>.
en réalité de deux salles, séparées l'une de l'autre par un grand vestibule, et
orientées, la plus grande du nord au midi, la "plus petite de l'est à l'ouest. Liplu?
grande contient ^2 lits bien espacés avec Ul à US centimètres cubes par lit ; ia
seconde contient 20 lits moins bien espacés, et n'a que 37 à 38 centimètre^
cubes par lit. Je décidai, à partir du 1*"^ janvier 1865, que, d'une part, on reit-
vrait le moins possible d'érysipèles du dehors, et que, d'autre part, tous le^
érysipèles, aussi bien les extérieurs que les intérieurs, seraient placés dans U
petite salle Saint-Louis, à côté de sujets n'ayant que des entorses, des contu-
sions, des tumoui*s blanches ; en un mot, des maladies qui ne prédisposent jw-
comme les plaies à l'éi^sipèle, et que la grande salle resterait affectée aux opérô^.
aux blessés, c'est-à-dii'e aux sujets prédisposés par le m* maladie à l'ér^sifièle,
lesquels resteraient notablement éloignés de ceux dont le voisibage aurait pu
leur transmettre la maladie.
Voici mes chiffres pom* les années 1865, 1866 et les sept premiers mois de
1867, ceux pendant lesquels nous savons que l'érysipèle est le plus fréquent.
En 1865, 22 érysipèles : 5 extérieurs, 17 intérieurs; sur lesquels 5 sont mort*^:
1 des extérieurs, k des intérieurs.
La proportion est notablement moins foric que les années précédentes. H
comme je n'ai eu que trois moi» pendant lesquels le chiffre des développonieiit^
à l'intérieur ait dépassé trois, savoir :
Février (3), mars (4), juin (3),
Je suis autorisé à dire que non-seulement les érysipèles ont été moins nom-
breux, mais qu'ils ont présenté plus rarement le caractère épidémique que Ilani
les autres années. Quant au chiffre proportionnel de la mortalité, il reste à peu
près le même, un peu plus du quart, 1 sur /i,/i.
En 1866, j'ai eu 8 érysipèles, savoir : 2 extérieurs, 6 intérieurs; avec 2 morts;
1 pour les extérieurs, 1 pour les intérieurs.
Ici les chiffres sont meilleui*s que jamais, et en même temps le caractère épi
démique ne s'est pas montré un seul instant. Déceml»*e est le seul mois dan;
lequel j'aie vu cette année-là se produire 2 érysipèles : les mauvais mois des autrei
années, février, mars et avril ne m'en ont donné aucun. Je veux bien que l<
hasard m'ait servi heureusement, je veux bien que l'année ait été meilleure i
Paris que toutes les auti*es, ce que j'aimerais encore à voir démontrer par des Ma
tistiques positives. Mais qui peut dire cependant ce qui serait adrenu^ si, au iiei
GOSSELIN. — PROPHYLAXIE DE L'ÉBYSIPÈLE. 275
d l'IoiifnLM* ces 8 érysipèles, je les avais laissés à côté des autres blessés et opérés?
et qui oserait affirmer que la maladie ne se serait pas propagée et n'aurait pas
{tei-du son caractère sporadique pour devenir franchement épidémique?
En 1867, jusqu'au 1" août, j'ai eu 15 érysipèles : 6 venus du dehors, 9 déve-
lo[ipés à l'intérieur; avec 2 moils parmi ceux qui se sont développés à Fintérieur.
Et comme mes érysipèles se sont répartis, U en avril (toujours un des mauvais
mois), 2 en février, 2 en mars, 1 en mai, je puis en conclure que le caractère
êpidëmique s'est montré dans un seul mois, et que le reste de Tannée, la maladie,
quoique pouvant toujours être d'origine infectieuse, est restée pourtant spora-
dique, en atteignant les sujets les plus prédisposés, soit par leur constitution, soit
par leur blessure : et je demande encore ce qui serait advenu si en février, mars
cl surtout avril, je n'avais pu tenir à distance les sujets atteints d' érysipèles.
En somme, durant ces trois dernières années, j'ai vu se développer 32 érysi-
pèles intérieurs, au lieu de 61 pendant les trois années précédentes. La différence
près de moitié) est assez grande pour m'encourager dans l'emploi de la mesure
prophylactique sur laquelle je viens d'appeler l'attention du Congrès.
Mais je ne veux pas me faire illusion ni proclamer trop vite les avantages de
ceUc mesure. Si je n'en étais empêché d'abord par l'insuffisance de mes chiffres
et la conviction dans laquelle je suis qu'ils doivent, pour signifier quelque chose
de très-précis, porter sur un plus grand nombre d'années et sur un plus grand
nombre de malades, j'en serais empêché par l'amélioration que j'ai obtenue
également à la salle des femmes où cependant je n'ai pu faire la séparation.
En efl'et, j'ai eu dans cette salle :
En 1865, 5 érysipèles : 2 extérieurs,. 3 intérieurs; avec 1 seul cas de mort
donné par un des érysipèles extérieurs.
En 1866, U érysipèles : 1 extérieur, 3 intérieurs; avec 1 cas de mort (à la
suite de l'ablation d'un cancer du sein).
En 1867, 6 érysipèles : 1 extérieur, 5 intérieurs; avec 3 morts : 1 pour l'ex-
térieur, 3 pour les intérieurs.
Il s'est donc développé pendant les 3 années, dans l'intérieur de la salle,
il érysipèles au lieu de 22 dans les ti'ois années précédentes. La différence est
de moitié comme à la salle des hommes.
il est vrai que si je n'ai pas eu à ma disposition la ressource de la séparation,
j'ai utilisé d'autres moyens prophylactiques qui, à défaut de celui-là et même
à\ec lui, ont bien leur importance.
Ainsi j'ai refusé systématiquement et opiniâtrement toutes les malades qui
nj ont demandé une admission pour un érysipèle spontané soit de la face, soit de
quelque autre région, pensant qu'il valait mieux mettre dans une salle de méde-
cine, où il n'y a pas de plaies, les sujets atteints d'érysipèles. le n'ai conservé que
les malades qui avaient été reçues dans la journée sans ma participation, et qui,
par suite de la présence d'une blessure, ne pouvaient pas être placées dans une
>all« de médecine. Ainsi je n'ai eu que U érysipèles du dehors, tandis que dans
les trois années précédentes, j'en avais laissé entrer 14.
En outre, j'ai eu recours aux modes de traitement que l'expérience a démon-
tres les moins aptes au développement de l' érysipèle.
J'ai en particulier donné la préférence au caustique de Vienne sur le bistouri
p<mr l'ablation des loupes, comme je le fais du reste depuis lojigteuips; la préfé-
rence à la cautérisation an niou»n du chlorure de zinc on flèches sur l'ablation
pour le cancer du sein. En efiet, les circonstances m'ont amené deux fois à
276 CONGRÈS MÊDlCàli INTERNATIONAL, — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
opérer avec le bistouri des cancers du sein, et deux fois mes malades oui êlé
cuiportées par un érysipèle, taudis c[ue j'ai eu recours aux caustiques huit fub
sans perdre une seule malade.
De môme je n*ai pas dans ces ti'ois années ouvert une seule fois les abcès post-
puerpéraux de la mamelle. Pendant les années 1862, 4863, 186/^, j'avais >u
trois fois l'érysipèle se développer autour d'abcès du sein que j'avais ouverb
aTec le bistouri, et deux de mes malades, femmes jeunes et bien portantes avant
cette cruelle maladie, avaient succombé. Depuis lors, c'est-à-dire depuis 1865, je
me suis décidé à abandonner à eux-mêmes les abcès du sein, je n'ai pas eu ^ur
15 malades que j'ai traitées de cette façon, un seul cas d'érysipèle, et, cho:>c
remarquable, les guérisons ont été aussi promptes. Le seul inconvénient de cette
temporisation, et je conviens qu'il est gi-and, c'est l'obligation pom* les patiente.-
de soufl'rir un peu plus longtemps. Loin de moi d'ailleurs la pensée de gcnéi'a-
liser ce mode de traitement. Je l'adopte pour le milieu où sont mes malades, c'est-
à-dire pour une salle ou l'érysipèle est toujours assez mauvais, et où je tiens.
avant tout, à diminuer le chiffre de la mortalité. Mais dans toute autie circon-
stance, et surtout lorsque les douleurs sont vives, je ne refuse pas le bénéfice du
bistouri.
Je sais aussi qu'il faut toujours faire la part de l'influence atmosphérique, et
qu'à la ligueur mes bons résultats chez les hommes et chez les femmes peuvent
êti*e attribués à ce que cette influence a été moins mauvaise à Pai'is pendant ces der-
nières années que pendant les trois années précédentes. Mais comment pouri'ais-je
le savoir? Encore une fois, ce ne serait que par des statistiques comparatives. Or,
je n'en connais pas. En attendant que ces statistiques se produisent et en vue de
les solliciter, j'annonce que mes résultats meilleurs ont été dus tout à la fois aux
précautions que j'ai prises d'assainir les salles, de ne pas laisser les blessés et les
opérés à côté d'autres malades atteints d'érysipèles, et d'éviter, pour les fenime>
surtout, les modes de ti*aitement qui exposent le plus à cette complication. J'ad-
mets, en un mot, avec bien d'auti'es, l'opinion que l'érysipèle est tout à la fois
infectieux et contagieux, et que de cette opinion découle forcément celle d'une
prophylaxie dont les moyens doivent être recherchés, tant dans la voie que j'ai
suivie que dans toute autre voie qui serait indi({uée aux chirurgiens par le point
de départ dont je viens de parler.
ARTICLE II.
PROPHYLAXIE DE l'iNFECTION 1»UHULE.\ÏE.
En comparant nos statistiques des grandes opérations dans les hôpitaux de
Paris, telles qu'elles ont été di*essées pai* Malgaigne {Arch. de méd., 3* série,
t. Xlll et XIV) dans son miportant travail de 1842, aux statistiques qui ont cic
publiées depuis cette époque en divers pays, et notamment en AngleteiTe, non?
avons été forcés de reconnaître que nos résultats étaient notablement inférieur»,
et chacun de nous, après les discussions qui ont eu lieu tant à T Académie de
niédechie de Paris en 1861 qu'à la Société de chirmgie en 1863, a plus ou
moins profondément modifié les habitudes de sa pratique en vue de diminue]' le
chiffre de la moi-talité après les grandes opérations.
Quant à moi, convaincu que les résultats dépendent bien plus des soitis consé-
cutifs, et surtout, des soins hygiéniques, que de l'exécution opératoire et du ciioi\
GOSSELIN. — PROPHYLAXIE DE L'INFECTION PURULENTE. 277
•lu procède, ç^mââ d'autre part par ce que je savais de la pratique étrangère et
par les notions que ma propre observation m'avait fournies sur les principales
rauses de moii après les grandes opéi*ations et les grandes blessures, et notam-
ment sur l'infection purulente, qui doit être mise en première ligne pai-mi ces
causes, j'ai eu recours pour les amputés à un certain nombre de précautions
dont les unes ont été prises avant, les autres pendant ou après l'opération.
!• Avant, — J'ai, comme je l'indiquais tout à l'heure à propos de l'érysipèle,
place mes opérés dans une atmosphère aussi pure que possible, en renouvelant
l'air des salles par l'ouverture des fenêtres.
J'ai eu soin de laisser mes opérés (hommes) dans la plus grande de mes deux
siilcs, celle 011 le cubage est pour chaque lit sensiblement le plus grand, celle où,
ilepuis bientôt trois années, je ne laisse pas séjourner les érysipèles.
Toutes les fois qu'il s'est agi d'une amputation pour cause pathologique, et
qu'il n'y avait pas urgence, j'ai préparé pendant plusieurs jours, souvent plu-
sicui-s semaines, le moral du malade, en lui présentant moi-même et lui faisant
présenter par tous ceux qui l'entouraient l'opération comme une nécessité bien-
faisante.
Je l'ai fait encourager, toutes les fois que je l'ai pu, par quelques-uns de
couï qui avaient subi une opération analogue et qui en étaient satisfaits. J'ai
attendu qu'il me désignât lui-même le jour ; je lui ai laissé choisir l'endroit de
la salle où il trouverait des voisins de son goût ; j'ai tâché que ces voisins fussent
en état de se lever, tant pour lui prêter quelques secours supplémentaires que
P jur faire de temps à autre un vide autour du lit. J'ai essayé de le convaincre
et de le faire convaincre que non-seulement il n'y avait pas de douleurs à sup-
plier pendant l'opération, Tanesthésie intervenant, mais que par suite des
habitudes prises dans mon seiTice, les pansements et les soins ultérieurs faisaient
peu souffrir.
On trouvera peut-être ces précautions minutieuses ; mais quelle que soit la
théorie pathogénique adoptée pour l'infection purulente, il n'en faut pas moins
reconnaître que le saisissement moral résultant d'une proposition de mutilation
^Tave, d'un consentement arraché vile et d'une mise à exécution aussitôt ce
i<>nsentement obtenu, sont des conditions qui favorisent à un haut degré le dé-
veloppement des infections graves, et surtout de l'infection purulente.
rx)rsqu*il s'est agi d'une amputation pour cause traumatique, je n'ai pas eu la
même ressource, parce que les cas étaient plus urgents. Cependant il m'est arrivé
rarement d'opérer dès ma première visite. J'ai laissé au malade quelques heures
IM)ur habituer son esprit à l'idée d'une mutilation, pour le faire encourager par
>es parents, par ses amis, ses voisins de la salle. Les malades de cette catégorie
m\ toujours accepté le sacrifice avec plus de regret et de chagrin que ceux de
l'autre, et c'est la raison {)rincipale, selon moi, pour laquelle mes amputations
\m\T cause traumatique ont, comme dans les statistiques de Malgaigne, donné de
moins bons résultats que mes amputations pour cause pathologique.
2* Vendant. — Il va sans dire qu'à l'exemple de tous les chirurgiens de mon
ôpoque, j'ai supprimé la douleur pendant l'opération au moyen de l'anesthésie,
soit avec le chloroforaie, soit avec l'éther, et que j'ai pris soin de lier toutes
les artères qui donnaient du sang. Il est supeiHu, sans doute, d'insister smû'ttli-
litéde cette dernière précaution. Cependant je demande la pennission de dire
ici que les hémoiThagics consécutives de la première journée doivent être évitées,
non-neulement parce que les pertes de sang, en affaiblissant le sujet, sont ime
278 CONGRÈS MÉDICAL IJXTËRNATXOM AU — TROISIÈME SÉANGIi P£ JOUR.
cause probable d'infection purulente, mais surtout parce que la nécessité de tou-
cher et d'irriter les moignons pour faire de nouvelles ligatures occasionnent une
grande souffrance physique et une souffrance morale qui> à mon sens^ contri*
buent encore au développement de cette grave complication.
y Après. — Je me suis préoccupé dans le premier pansement et dans les pan-
sements ultérieurs d'éviter la souffrance. Ceci est d'une importance capitale après
les grandes amputations. Les moignons à la surface desquels un certain nombre
de nerfs ont été nécessairement coupés^ ont pendant les dix ou douze premiers
jours une gi-ande sensibilité, et cette sensibilité est mise plus particulièrement en
jeu loi*squ'on les soiimet à une constricUon trop grande, ou lorsque le renou-
vellement des pansements exige dos soulèvements et des pi^essions chaque
joiu*. Non-seulement la douleur physique prédispose à l'infection purulente,
mais la frayeur et le tourment que fait naître la pensée de son retour quoti-
dien troublent le sonmieil, attristent l'opéré» empochent l'appétit, et ce sont
là autant de causes de l'infection pmiilente. J'étonnerai peut-être une fois de
plus ceux de nos confrères de l'étranger ou de la province, qui se trouvent bien
de la réunion immédiate après les amputations. Mais il est certain que, dans nos
hôpitaux de Paris, et je suis convaincu qu'il en est de même dans les hôpitaux
de toutes les grandes villes, la rémiion iumiédiate échoue presque toujours. La
suppuration consécutive est la règle. Or, il n'est pas possible de faire ime l'éunion
immédiate sans exposer la plaie à des tiraillements et quelquefois à des compres-
sions qui occasionnent de la douleur, et sans soumettre le moignon aux attou-
chements douloureux que nécessitent l'ablatiop et le renouvellement des moyens
de réunion. Or^ puisque ces demiei^ n'amènent que très-rarement, dans le mi-
lieu où nous vivons, le résultat désiré^ puisqu'on occasionnant de la souffrance
et en retenant au fond de la plaie des liquides qui s'y altèrent^ ils favorisent le
développement de l'infection purulente, n'est-il pas plus sage d'y renoncer?
Depuis bientôt six années, je n'ai donc pas essayé de rapprocher au moyen
des agglutinatifs ou de la suture les bords de la plaie, chez les amputés. J'ai pri^
en outre très-minutieusement soin de ne placer autour du moignon aucune pièce
circulaire, compresse ou bande, qui l'entourât et m'obligeât à le soulever et à le
déplacer lorsque ces pièces auraient été salies ou auraient pris de l'odeur. Mes
moignons ont été placés sur une alèze formant un coussin peu épais et recouvert
d'un large morceau de taffetas gommé, pour empêcher la contamination du lit :
puis une grande compresse can*ée imbibée d'eau froide ou tiède suivant la sai-
son, (quelquefois d'eau alcoolisée, a été placée sur la face antériem*e du moignon
et sm* la plaie, et disposée de telle sorte qu'on pût l'ôter ôt la renouveler sans
déplacement ni attouchement de ce dernier. Le taffetas gommé était d'ailleurs
ramené sur cette compresse et empêchait une dessiccation trop prompte. Le re-
nouvellement a eu lieu deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures, et lorsque la
compresse s'est trouvée collée à la plaie, on a eu soin de la mouiller un peu pour
l'enlever sans tiraillement douloureux. Ce pansement a été continué pendant
cinq, six et souvent huit jours sans que le moignon ait été soulevé ni touché, et
il ne l'a été que le plus tard possible, alors que sa sensibilité avait déjà notable-
ment diminuée, et que la contamination de l'alèze obligeait à la changer.
Dans ces deraières années, j'ai plusieurs fois essayé d'imbiber la compresse
d'alcool étendu de moitié ou d'un tiers d'eau. Je n'ai pas donné longtemps suite à
ce mode de pansement, parce qu'il occasionnait de la soulfrance, ce que je vou-
lais éviter avant tout, Je reconnais les avantages du pansemeni alcooliqne dauMir.
GOSS£UN. — PROPHYLAXIE DE T/INFECTION PUBULENTE. 279
t;rand nombre de cas, mais pour ce qui est de son emploi après les grandes
âiuputationsy pendant les premiers jours surtout, je donne le motif qui m'a
empêché d'y recouiîj'. J'y viendrai volontiers si l'on démontre par des statisti-
ques que, nonobstant la douleur dont je parle et que je tiens tant à éviter,
le chilTrc des infections punilentcs est plus faible qu'après le pansement à l'eau
<iniple.
J'ai placé mes opérés sm* un lit mécanique au moyen duquel on peut les
s-iulever tant pour les garderobes que pour le renouvellement du lit, sans les
faire souffrir.
Je les ai alimentés, et autant que possible à leur goût. Je leur ai prescrit du
vin, et, quand ils le désiraient, deux petits verres d'eau-de-vie, de rhum ou de
punch par jour. Les femmes n'acceptent pas toujours les alcooliques, mais les
hommes s'en sont trouvés généralement bien.
J'ai fait tout mon possible pour que, pendant les vingt ou vingt-cinq premiers
jnurs, aucim sujet de tristesse autre que celui de leur mal pût les atteindre, et j'ai
li'cnnmiandé, si quelque mauvaise nouvelle leur était destinée, qu'on attendit le
plus possible avant de les en instruire. J'ai vu en effet l'infection purulente com-
moiicer très-peu de temps après une violente secousse morale de ce genre.
L'exemple le plus frappant que j'en puisse citer est celui d'un honmie de trcnte-
tniis ai» auquel j'avais dû faire, en 1863, l'amputation de la cuisse gauche, pour
lin aiiévrysme traumatique diffus suppuré et donnant des hémorrhagies, malgré
la ligature de l'artère crurale. Tout se passa bien jusqu'au vingt-septième jour.
<.e jour-là, sans m'en prévenir, un parent lui annonça que sa femme, dont la
\\<\{e lui avait manqué depuis trois jours, ce qui lavait vivement chagriné, était
devenue folle et avait dû être placée à la Salpétrière. Dans la nuit qui suivit, il
ml le premier frisson de l'infection purulente, et il succomba le trente-qua-
trième jour après l'opération.
Voici maintenant quels ont été les résultats. Je laisse de côté les petites ampu-
(atioDS, celles'des doigts et des orteils : elles sont au nombre de 20 et ne m'ont
lionne aucun cas de mort. J'insisterai, au contraire, sur les grandes ampu-
tations.
Du 1" janvier 1862 au 15 juUlet 1867, j'ai fait à l'hôpital de la Initié 19 am-
i'iila!i(msde cuisse, savoir : 15 sur des hommes, 4 sur dps femmes.
Sur les 15 hommes, 13 amputés pour cause pathologique m'ont donné :
^i:uérisons, 5 morts; 2 amputés pour cause traumatique : 1 guérison, 1 mort.
Sur les U femmes, toutes quatre amputées pour cause pathologique, il .y a eu :
1 1juérison, 3 morts.
Kn masse, sur 19 amputés, 10 guérisons et 9 morts, et pour les amputations
•ilhologiques chez l'homme, UO pour 100 de mortalité.
J'ai fait 22 amputations de jambe, en y comprenant deux tibio-tarsieunes,
à\m : 18 sur des hommes, U sur des femmes.
Sur les 18 hommes, 12 ont été amputés pour causes pathologiques ; 7 gué
lions, 5 nioiis; 6 ont été amputés pour cause traumatique ; 3 guérisons,
■) morts.
Sur les k femmes, toutes amputées pour cause pathologique : U guérisons.
En résumé, sur les 22 amputations : \U guérisons, 8 morts, soit 36 pour
1')» de mortalité.
J'ai fait k amputations de bras, toutes sur des hommes ; 2 pour cause patho-
logique: 1 guérison, 1 mort; 2 pour cause traumatique ; 1 guérison, 1 mort.
280 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. —IROISIËMË SÉANCE DE JOUR.
J'ai fait 3 amputations d'avant-bras : 3 guérisons.
En somme, sur 48 grandes amputations : 29 giiérisons, i9 morts, soit
39 pour 100 de mortalité.
Mais sur ces 19 morts, 10 seulement ont été dues à l'infection purulente, les
autres ont été causées, soit par la fièvre ti*aumatique (3), soit par la continua-
tion de l'épuisement qui avait précédé l'amputation (5), soit par une tubcrculi-
sation pulmonaire galopante (1).
En résumé, pour les amputés, j'ai eu entre 20 et 21 pour 100 d'infection
purulente. Je ne prétends pas dire que ces résultats soient aussi bons que pos-
sible ; il me sufQt qu'ils soient supérieurs à ceux que j'ai obtenus avant 1862 et
à ceux que signalait Malgaigne dans ses relevés des hôpitaux en 1842 (68 sur
100 pour les amputations de cuisse en bloc, et 60 sur 100 pour les pathoh)-
giques ; 54 sur 100 sur les amputations de jambe en bloc, et 50 sur 100 pour
les pathologiques; 29 sur 100 pour les amputations de l'avant-bras), pour qu'il nie
soit permis de n'être pas trop mécontent. Si j'avais à analyser toutes les causes de
mort sur mes opérés, j'aurais à démontrer que dans mes salles, comme partout
ailleurs, ces causes ont quelquefois été indiNiduellcs et indépendantes tant du
milieu atmosphérique que des moyens chirurgicaux et hygiéniques.
Mais c'est pour étudier ce dernier point que je me suis placé sur le terrain
de l'infection purulente. J'ai donc à chercher dans combien de cas cette cause
de mort est intervenue chez mes amputés.
Voici mes résultats :
Sur les 9 morts après amputations de cuisse, 5 seulement ont été dues à l'in-
fection purulente, donc 5 infections purulentes sur 19 amputations.
Sur les 8 morts après amputations de jambe, 4 seulement ont été dues à l'in-
fection puralente. Donc, 4 sur 22 amputations.
Sur les 2 morts après amputations de bras, 1 a eu lieu par l'infection puru-
lente. Donc, 1 sur 4 amputations.
Dans aucune de mes amputations d'avant-bras, au nombre de 3, de uième
que dans aucune de mes amputations de doigts ou d'orteils, au nombre de 20, jo
n'ai eu de mort, et je n'ai eu qu'une seule fois des symptômes d'infection puru-
lente, auxquels (chose rare) le malade a échappé.
Ainsi, en comptant toutes les grandes amputations :
19 cuisses.
22 jambes.
h bras.
3 avant-bras.
48 grandes amputations.
Sur ce nombre, l'infection purulente est intervenue 10 fois.
Est-ce trop? Oui, sans doute. Mais peut-on obtenu* moins dans un grand h«>-
pital, dans une grande ville et sur les sujets du genre de ceux auxquels nou^
avons à faii-e k Paris : j'attends les statistiques comparatives pour juger la ques-
tion. Malheureusement je n'ai pas relevé mes faits avant 1862, c'est-à-dire avaiii
l'époque où j'ai multiplié, comme je viens de le diie, mes précautions hygié-
niques. Mais je suis bien sûr que mes résultats étaient beaucoup moins bi»ns.
Pendant mes deux années de Beaujon,en particulier, je n'ai eu aucune guérison
pour les amputations, au nombre de 7 , que j'ai pratiquées sur le membre inférieur.
Mais ce n'est pas seulement après les amputations qu'on observe l'infection
G0SS£L1N. — PROPHYLAXIE DE f/lNFECnON PURULENTE. 281
punilentc; c'est aussi après d'autres opérations, telles que les ablations des
tumeurs ou autres, et après des suppurations accidentelles qu'on la voit aiTiver.
Jai donc cru devoir rapprocher des l'ésultats que j'ai obtenus sur mes amputds
caix qui ont été constatés sur d'autres malades.
Or, voici pour les cinq années et demie que j'ai passées à la Pitié ces résul-
tat* : Outre les 10 cas chez les amputés, j'en ai eu 9 autres répartis de la façon
>uivante ;
Après une fracture compliquée de la jambe
Après un èvidement du tibia pour une ostéite douloureuse et rebelle
Après une résection des deux os de la jambe pour une pseudarthrose
Après un phlegmon suppuré sous-massétérin d'origine dentaire
Après un panaris qui avait d'abord été assez simple
Après des plaies communiquant, l'une avec une fracture soupçonnée de
l'astragale, l'autre avec une fracture méconnue de l'extrémité supérieure
du tibia 2
Après des fractures du maxillaire inférieur en apparence bénignes, mais
compliquées de plaies de la muqueuse, et que j'avais traitées par l'ap-
pareil de gutta-percha 2
Total 9
En ajoutant les 10 précédentes, nous avons donc un total de 19 infections pu-
rulentes.
Si nous voulions répartir exactement les 19 cas d'infection purulente pendant
It's cinq années et demie, j'aurais le chiffre de U, et môme un peu moins
par an.
Or,quand je me reporte aux souvenirs de ma jeunesse, je ti'ouve,sans avoir de
rhiiïresbien précis à donner, un nombre certainement plus considérable. N'oublions
|>as, en effet, qu'il s'agit d'un service dans lequel passent environ 850 hommes
et 250 femmes. Mais ce chiffre de U ne représenterait pas la vérité, car je n'ai
qu'une seule année dans laquelle le chiffre 3 ait été dépassé. Ainsi, il y a eu :
En 1867 1 infection purulente.
En 1865 1
En 1862 2
En 1863 3
En 1864 3
Mais j'en compte 9 dans la seule année 1866 : 3 sur des amputés (2 hommes
♦ 1 1 femme), 1 sur l'opéré de pseudarthrose, et les 5 autres dans des cas assez
insolites, savoir ; 3 pour des fractures compliquées, 1 pour le phlegmon sous-
niassétérin et 1 fort exceptionnel pour un panaris.
Je nie suis demandé si cette année-là il y avait lieu de considérer la maladie
loiiHue ayant été épidémiquc dans mes salles : mais d'une paii, sur les 9 cas,
1 a eu lieu à la salle des femmes, et 8 ont été observés h la salle des hommes
à d'assez longs intervalles les uns des autres pour que je ne puisse leur voir
il* caractère épidémique, et encore moins le caractère contagieux. Ainsi, il
> aeu:
En avril 1 cas.
En mai 1
En juin. 1
En août 1
En octobre 2
En novembre 1
Kn décembre 1
282 CONGRÈS ÈiÈùlCAL U«T£RNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
Je crois donc que le hasard et les circonstaDces individuelles ont joué ici le
plus grand rôle. La cause infectieuse, c'est-à-dire les émanations miasmatiques
de la salle ont contribué pour une certaine part au développement de la ma-
ladie, mais je ne saurais dire en quoi ces émanations ont différé de celles lit^
années précédentes, et il serait impossible de prouver que des soins et une
hygiène autres que ceux de ces mêmes années -aient pu contribuer à ce chifl're
relativement considérable de l'année 1866.
En m* arrêtant au chifïVe de mes quatre autres années d'une part, et au chiffre
des infections purulentes chez les amputés d'autre paii, je me crois autorisé à
trouver qu'ils ne sont pas considérables et à l'attribuer aux précautious que j ai
prises.
Je ne doute pas qu'il soit possible d'obtenir mieux encore dans les salle«^
d'hôpitaux; mais nous n'y arriverons qu'en nous conûrmant de plus en plus dan<
la conviction qu'il y a pour l'infection purulente, comme pour l'érysipèle, une
prophylaxie, et que cette prophylaxie a ses moyens principaux dans une large
répartition et un renouvellement sufRsant de l'air, et dans des soins prépara-
toires et consécutifs, au premier rang desquels se trouve le ménagement de l.i
sensibilité morale et physique des malades.
COMPIil^lJER T.E8 PI.AIEfll.
PAR M. LE DOCTEUR LABAT (dE BORDEAUX).
L'importance des conditions générales de milieu, d'aération, etc., dans les-
quelles se trouvent les blessés est aujourd'hui assez universellement appréciée
par les chirurgiens; mais je ne vois pas que l'on se soit jusqu'ici assez attaché à
découvrir les conditions locales inhérentes aux plaies, qui font que des accident^
•surviennent. Ce serait cependant là le côté le plus pratique de la question, car
modifier les cirnimfusa, etc., n'est pas toujours possible, tandis que le plus sou-
vent il nous est loisible de panser d'une façon plutôt que d'une autre, etdansie>
opérations de diriger notre couteau dans un sens plutôt que dans un autre, i^
plus, si les causes générales ont tant d'action, ce n'est qu'en modifiant le ti*auil
local. Aussi l'étude minutieuse des détails de la pratique chirurgicale est-ellc de
l'importance la plus considérable : c'est la connaissance ou l'ignorance de ce>
détails qui constitue le bonheur ou le malheur en chirurgie.
Toutes les fois que nos tissus sont divisés, il en résulte d'abord une extravas.1-
tion de sang ; un peu plus tard, les globules sanguins diminuent dans le liquide
(|ui s'écoule et l'extravasation devient séreuse. Cette sérosité peut bien au début
Hre la sérosité du sang, mais à coup sûr sa nature change vite, et alors c'esl un
liquide tout autre : c'est un liquide qui sei-vh-a de trait d'union entre les lè\iv>
de la plaie, ou bien de blastème, au milieu duquel naîtront les éléments de la
réparation de la perte do substance. Que la réunion soit primitive ou non. qu'elle
LABAT. — DBS MOYENS D*ftVITfiR LBS ACUDENTS CONSÉCUTIFS AUX PLAIES. 283
^'accompagne ou non de suppuration, c'est toujoui's ce suc, cette colle vivante,
celte exsudation plastique qui servira à produire la cicatrisation.
Ce suc est-il le même que celui qui imprègne à l'état normal les aiëoles des
tissus ^comme le veut R. W. Richai'dson) ? J'ai quelque lieu de supposer que
aon.Mais ce que je crois très-fermement, c'est que ce n'est point la sérosité du
^nii, et que lorsqu'on lui donne le nom de suc ilbrineux, on s'expose fort ^ré-
> ciller dans l'esprit une idée fausse. Le sang, je dirai même les éléments du
"^n^ eitravasés sont impropres à l'organisation ; ce sont des corps étrangers dont
le moindre inconvénient est d'agir comme obstacle mécanique à la réunion, et
qui de plus, lorsqu'ils ont été exposés à l'air,' s'altèrent ti^cs-vite, deviennent
une cause d'irritation pour les tissus circouvoisins, et altèrent les exsudations
plastiques. Exposées ou non, les plaies par instiumeut tranchant guérissent très-
bien par première intention lorsque leui's parois opposées sont maintenues en
contact, et qu'il n'y a entre elles aucun corps étranger, suilout un corps étranger
susceptible d'altération.
L'innocuité des plaies sous-cutanées est uniquement due à ce que le sang
t'paiiché n'a pas été suffisamment exposé à l'air, de telle sorie que quand l'épan-
themeot n'est pas trop considérable, il n'a aucune tendance à s'altérer; qu'il est
susceptible de résorption toutes les fois qu'une plaie est assez peu profonde pour
que la sérosité entraine la petite quantité de sang qui restait à la surface de la
'i-ancbe de section; toutes les fois que la texture des tissus divisés rend l'épan-f
• hement du sang impossible sous les lambeaux réunis, la réunion par première
intention est facile.
Au contraire, si l' accotement complet de toutes les parties est impossible, soit
|)arcc que la forme des lambeaux s'y oppose, soit parce qu'il y a des muscles
H'clionnés qui se rétracteront, soit à cause des ligatures, etc, la réunion coni-
l>lète entraînera forcément la rétention des liquides et des solides épanchés; ces
corps s'altéreront, et modifieront d'une façon fâcheuse la nature des sécrétions
plastiques.
U est de toute nécessité, dans ces cas-là, de laisser un conduit d'écoulem Jnt
•m\ produits altérés. L'occlusion complète avec le xylocolloîde de Richard-
^>n, ou le capuchon de caoutchouc de J. Guérin, n'est point acceptable pour les
plaies de cette catégorie. Cette méthode de pansement pourrait prévenir une
iltération nouvelle, si laltération n'était pas déjà commencée, mais de l'aveu de
Bichardson lui-même, il suflit de quelques minutes pour que cette altération
•i>nimence. Alors la petite quantité de pixxiuit altéré qui est restée au fond de
<M'l^e agira comme ferment sm* les produits qui s'épancheront, et en amènera
lillération.
Il faut, pour que la réunion ait lieu d'une façon complète, que la petite quan-
tité de liquide, sang ou suc des tissus, qui est restée au fond de la plaie, soit en-
rainée parla sérosité qui s'écoulera pendant les premières douze ou vingt-quatre
heures.C'est du roste un fait d'expérience, que les plaies guérissent d'autant mieux
[U première intention, que cet écoulement séreux des premières heures est
plus abondant.
Si des muscles sectionnés se trouvent dans les lambeaux, ils se rétracteront
ivant que l'adhésion se soit faite ; le vide produit entraînera un épanchement
11' liquide qui fournira de nouveaux uiatériaux à l'altération, si peu que celle-ci
^►it déjà commencée.
I'<»urque l'occlusion réussisse bien, il laudrait pouvoir l'appliquer au moment
2SU CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOOR.
prdcis 011 il n'y a plus de produit altère dans la plaie. Mais comme il est à |>ru
près impossible d'établir ce moment avec certitude, on voit que l'occlusion dan"^
le cas de plaies à lambeaux, surtout de plaies musculaires, est une mélhodi*
qui devra le plus souvent avoir des effets fâcheux.
C'est l'altération des produits épanchés dans les plaies, altération favorisée
par certaines influences générales, mais détemiinée le plus souvent par de?
causes locales, qui engendre la plupart des accidents qui peuvent complique)
les plaies.
Si nous laissons de côté les accidents immédiats des opérations, la syncope,
rhémorrhagie, etc., et parmi les accidents consécutifs le tétanos, le délire ner-
veux, la pourriture d'hôpital, accidents dus à des causes spéciales, et à la con-
naissance desquels nous n'aurions pas grand' chose à ajouter; il nous restera
la gangrène, l'hémorrhagie consécutive, l'érysipèle, la résolution purulente,
l'infection putride et la diathèse purulente, accidents bien autrement fréquents
que les autres, accidents sur le développement desquels l'état local des partie>'
a une influence bien plus manifeste.
La stupeur est assez bien modifiée par l'alcool à l'intérieur. Je prescris alll^
la limonade au rhum. La stupeur locale et la gangrène qui en est souvent la
conséquence sont indépendantes de la manière dont est fait le pansement, et
néanmoins ne voit-on pas souvent un état de stupeur qui n'était pas suffisant
\)our entraîner la mortification des parties, le devenir si, par une occlusion tr»>P
complète, on entraîne la rétention d'un épanchement considérable de sang ^n\-
les lambeaux ?
Quant à la gangrène par excès d'inflammation, l'intervention chirurgicale e^^t
toute-puissante pour la prévenir ou du moins en diminuer l'étendue.
L'inflammation pure et simple n'est aujourd'hui redoutée des chirurgien:^
qu'autant qu'elle menacerait de s'étendre à des organes spéciaux, tels que le
péritoine, la plèvre, les méninges. Les moyens de l'éviter varient suivant chaqiw
cas particulier. Leur étude nous entraînerait trop loin.
L'hémorrhagie consécutive est favorisée par certaines conditions générales
mais à coup sûr c'est un des accidents pour lesquels les pansements mal fait?,
les lotions à l'eau pure ont l'influence la plus manifeste. Je n'ai jamais vu d'ho-
morrhagie consécutive chez les blessés pansés d'une certaine façon, et pour ce
qui est des coups de feu oii cet accident s'obseiTe si fréquemment, j'accepte
tout à fait les idées de Guthrie : on sait que ce chinirgien déclarait que passé li»^
douze ou vingt-quatre premières heures, l'hémorrhagie n'est plus à craindw.
Il faut toutefois en excepter les cas où la pourriture d'hôpital a envahi la plaie, cm
peut-(^tre encore le cas où des artères très- volumineuses ont été atteintes?
L'altération des produits a ici l'influence la plus manifeste. C'est elle ifui
empêche la formation de la matière plastique à l'extrémité des vaisseaux, et qui
entraîne la destruction de celle qui est déjà formée. Les lotions à l'eau pure
favorisent cette altération, et en môme temps elles entraînent la matière pla>-
tique déjà^foiTnée. Les pansements fréquents ont la même conséquence.
L'érysipèle se présente à nous sous deux formes principales : il est simple et
limité, ou gi-ave et diffus.
Cette deuxième forme règne quelquefois d'une façon épidémique ; elle a para
être contagieuse : les conditions de son développement échappent à l'analvM'.
Elle sunient aussi bien autour d'une écorrhure, d'un cautère, d'un vé^« «t-
toire, d'une piqûre que d'une vaste plaie.
LABir. — DES MOYENS D'ÉVlTEft LES ACCIDENTS CONSÉCUTIFS AUX PLAIES. 285
La première forme, au contraire, est rare autour d'une eschare, d'un vési-
..ttïure ; elle survient surtout autour des plaies par instmment tranchant. Les
accidents jçénéraux apparaissent quelquefois en même temps que l'exanthème,
mù< le plus souvent il y avait pendant un ou deux joui*s précédents \m peu de
k' mile nient, de tension douloureuse des pai'ties, une légère l'ougeur des lèvres
■le la plaie. Dans ces cas, la soustraction des causes iiritantes, un éméto-cathai'-
tjque enrayent la maladie.
Cette foiiiie d'érysipèle naît quelquefois du fait de pansements ùiitants, de
^Ltures appliquées dans des régions abondamment pourvues de lymphatiques.
Mais le plus souvent elle est la conséquence de la rétention des liquides altérés
<lan5 la plaie.
r/est surtout pour éviter la résorption pundente, l'infection putride, la dia-
thêî-e purulente, que tous les efforts du chirurgien doivent tendre à bien dis-
{tiNor la plaie, et à faire les pansements de la façon la plus convenable. La
k-ttiition des prodidts altérés a sur le développement de ces états morbides l'ac-
'!on la plus évidente.
\ji résoiiition punileiite, c'est la maladie caractéiisée par la formation d'abcès
multiples métastatiques dans les viscères, et la présence du pus dans une ou
phL<ieurs des veines aboutissant à la plaie.
Linfection putride, c'est l'empoisonnement de l'économie par l'absorption des
pniduits altérés de la plaie, ne se traduisant par aucune lésion anatomique ap-
préciable, conduisant souvent à la diathèse purulente, compliquant quelquefois
la résorption purulente, mais distincte d'elle ; enfin susceptible de guérir si l'on
Miustrait l'économie aiu causes qui l'ont produite, se jugeant aloi*s par des selles
«lUmdantes ou une sueur profuse.
La diathèse purulente, c'est un état de l'économie sous l'influence duquel se
dc\oloppent rapidement des abcès quelquefois très-vastes, qui sont critiques et
jiiL'ent l'affection. Cette maladie n'est souvent qu'une forme de la précédente ;
j ai quelque lieu de croire qu'elle est due à la résoi*ption des granulations
détruites du pus ; elle complique quelquefois la résorption puiiilente ; elle est
la ^^lite fréquente de certains états graves de l'économie, l'érysipèle grave, par
.'leniple, la fièvre puerpérale (je ne dis pas la phlébite uténne).
La résorption purulente est produite par l'introduction du pus eh nature dans
la veine ouverte, ou bien, dans quelques cas plus rares, par une phlébite suppu-
rati>e. Cela résulte très-nettement des expériences de MM. Castelnau et Ducrest,
de M. Scdillot, et cela peut être démontré pai* l'observation attentive des faits
cliniques.
L'infection putiide et la diathèse pm-ulentc naissent sous l'influence de l'ab-
^ >rption lente ou aiguë, des produits altérés des liquides, sang, sérosité, pus,
•'\halés dans la plaie.
La première des conditions pour prévenir ces maladies, c'est de donner un
écoidcment facile à ces produits altérés. C'est surtout contre la résorption puru-
lente que les précautions minutieuses doivent être prises à l'avance, car lors-
quelle est déclarée, on peut peut-être en enrayer le développement dès le
début.
J'ai pu sLx fois enrayer la résolution purulente lorsqu'elle était encore à l'état
de soupçon, par l'usage de Yergotiiie à dose aussi élevée que l'estomac pouvait
tolérer, de 6 à 8 grammes : 1 fois pour une amputation de cuisse, 1 fois une
ilé>di'ticidation de l'épaule, 1 traumatisme grave de la main et de l'avant-bras,
c
286 CONGRÈS MÉDICAL iNTEBNATIONAt. - TROISIÈME SÉANCE DE JOCR.
1 traiiniatisnic avant-bras et bras, 2 cas de phl(^bite utérine. — Lorsijue le
début du mal datait de trois ou quatre jours, je n'ai jamais réussi.
Mais lorsque la résorption purulente est confirmée, il est trop tard; le mala«le
est d'une façon à peu près certaine voué à la mort.
C'est pour prévenir la résorption purulente qu'il faut surtout éviter la réten-
tion des produits altérés, principalement au voisinage de la veine. Voilà p<»ur-
quoi il faut que la ligature de l'artère voisine soit à une distance notable dt
l'embouchure de la veine, et même est-il bien de couper la veine le plus haiii
possible dans les chaii^s, afin de tâcher d'obtenir l'adhérence de la tranche il«
section avec les tissus circon voisins.
L'intérieur des veines n'étant guère susceptible de ibumh* des production-
plastiques, il faut que les bouchons, lorsqu'il y en a, se produisent aiL\ dépen-
des tissus voisins, ou que la veine s'aplatisse par le fait du gonflement de ce>
tissus. Lorsque le pus a envahi la veine, il faut que cette exhalation dans les
tissus ambiants soit très-puissante ; il anive quelquefois que malgré les siiin>
locaux, l'économie n'y suffit pas : c'est surtout dans les grandes amputations
que cela se produit. Alors il faut favoriser la tendance aux sécrétions plastique^
par l'usage préventif de l'ergotine à la dose de 2 à 3 grammes dans les vinf.n-
quatre heures {je dis ergoHîie, et non pas ergot). Au point de vue tocique, ïeixoi
est bien supériem* à l'ergotine ; mais comme agent hyperplastémique, l'ergotine
est seule applicable, car l'ergot rcnfenne des huiles essentielles et des rési/ie.-
qui en i*endraient l'administration impossible aiL\ doses qu'il serait nécessain'
d'employer (30 à ^lO grammes). Depuis que j'emploie ce mo\en, je n'ai pas eu
encore un seul insuccès. Dans mon ménïoire à la Société de chirurgie, j'avai>
produit 14 observations. Depuis j'en ai recueilli 2 nouvelles. Sur ces 16 failNiJ
y ail amputations de cuisse. Si pendant ce laps de temps je n'ai fait que 2 ampu-
tations, c'est que je n'ai pas eu de sei-vice d'hôpital. — Pour ce qui est de^ oj»e-
rations autres que les gi*andes amputations, je ne les compte pas.
Dans l'infection putride et la diathèse purulente, les contre-ouvertures et le^
pansements convenables suffisent pour mettre un terme aux progrès du md.
L'élimination des produits absorbés se fait par une sueui-, ou une diarrhée, ou
des abcès critiques. La solution de la maladie est favorisée par l'emploi de l'al-
coolature d'aconit à, la dose de 2 grammes. L'influence de ce médicament, nulle
dans la résorption purulente, est ici assez manifestement avantageuse.
En résumé, il faut avant tout prévenir les accidents ; on y arrivera en niel-
lant en pratique les recommandations suivantes :
1<> Ne rechercher la réunion complète que lorsque la plaie est peu profonde.
que la texture des lèvres est uniforme, que les surfaces opposées pouiTon! ètiT
maintenues en contact aussi bien au fond que sm* les bords, que les tisMi-
n'auront pas été trop fortement contus.
2** Dans les opérations, disposer les lambeaux de telle sorte que l'écoulcnienl
des liquides sous-jacents puisse se faire avec facilité, — que les lambeaux s'ap-
pliquent aisément l'un sur l'autre.
3* Éviter surtout avec soin toutes les conditions qui peuvent entraîner
l'altération des produits, et le séjour de ces produits altérés au voisinage de
l'embouchure des veines.
fto Favoriser l'écoulement des liquides à l'aide d'un drain ou tout autre
moyen établissant un canal du point où l'on suppose que ces liquides s'ep^ui-
cheront jusqu'à l'extérieur.
VERNEtïL. — DES COrSOlTiONS ORGANIQUES DES OPÉRÉS. 28)
.)• Ne jamais négliger une contre-ouverture dès le débuts si ce moyen est né-
cessaire pour rendre l'écoulement facile.
6* Éviter l'emploi de tout moyen de réunion irritant, surtout dans les régions
abondamment pourvues de lymphatiques.
7' Dans les plaies anfractueuses ou contuses non réunies, éviter le croupisse-
nicnt des liquides au fond des anfractuosités, en remplissant ces cavités avec de
la charpie.
8» Laisser les plaies le plus possihle dans l'immobilité absolue ; éviter les
pansements pénibles, trop réitérés.
9* S'abstenir d'ime façon absolue de lotions à l'eau pure sur la plaie à nu.
Par contre l'alcool, prévenant l'altération des matières organiques, peut rendre
souvent des services considérables.
10* Toutes les fois qu'on poun*a craindre de voir sui^venir la résorption pu-
nilente, donner l'ergotine à la dose de 2 à 3 grammes dès le premier jour de la
plaie, et continuer les joui-s suivants, tout le temps que durera le danger, ordi-
nairement dix à douze jours.
DE Ii*II«Fl.IJfiIV€K DES ÉTATS BIATUÉSI^VES SDR I^E
RASVIiTAT DBS OPfeRATIOMS CHIRIIBCICAIiES.
PAR M. LE PROFESSEUR VERNEUIL
GbirargMii de PMpital Lariboidère.
L'issue finale des opérations dépend d'une foule de circonstances.'
(a nature de la lésion, le siège du mal, l'importance et la susceptibilité de
l'organe mutilé ou supprimé, l'état des tissus sur lesquels on agit ; — les qua-
lités ou les défauts de l'opérateur, la méthode, le procédé qu'il emploie, le trai-
lement consécutif qu'il institue, le moment qu'il choisit; — l'âge, le sexe de
l'opéré, le milieu où il vit, sont autant d'éléments qui régissent les succès ouïes
revei-s.
Parmi les conditions inhérentes à l'opéré, il en est une surtout qui influe nota-
hlenient sur les résultats : je veux parler de l'état de santé dans lequel il se
trouve au moment même où il est soumis à l'action opératoire.
A priori, il semble érident qu'un organisme sain doit, mieux qu'un organisme
malade, supporter le choc, mais le fait, fût-il prouvé, il resterait à savoir com-
ment l'état maladif antérieur à l'opération influence la terminaison de cette
dernière.
(h*, le tei*me d'état maladii antérieur est très-vague> les altérations de la santé
•^»iit très-nombreuses, très-variables et diflèrent tellement d'un siyet à l'autre,
qu'il devient nécessaire avant tout d'établir plusieurs catégories.
Lorsqu'une opération chirurgicale est pratiquée, le sujet qui la subit peut se
trouver dans l'une des conditions suivantes ;
288 CONGRÈS MÉDICAL IMliUNATIONAL. —TROISIÈME SÉANCIi DE JOUR.
1" l^a sauté générale ne laisse rien h désirer; systèmes organiques et apparcil>,
tout est sain, tout fonctionne à souhait; seul un point cii'conscrit du corps offre
une lésion ou une défectuosité qui n'exercera jamais ou qui n'exerce encore
aucune influence fâcheuse sur les gi'andes fonctions.
Exemple : opérations pour diflbniiités légères, pour tumeurs bénignes, pour
lésions traumatiques tout à fait récentes.
2" La lésion est encore circonscrite et unique ; la santé générale est satisfaisante,
mais son intégrité cependant n'est plus radicale. L'économie recèle un gcnne
morbide caché qui peut faire naître des complications imprévues; solides ou
liquides, sains en apparence, ont une susceptibilité qui^ latente jusqu'à ce jour,
va s'éveiller au choc, si léger qu'il soit, du traumatisme chirurgical. Sont dans
ces conditions : les sujets entachés d'une diathèse héréditaire qui n'a pas encore
fait explosion, ou qui, ayant paru antérieurement, est actuellement éteinte pour
un temps ou pour toujours ; ainsi les hémophiles, les herpétiques^ les arthri-
tiques rhumatisants ou goutteux, les individus autrefois affectés de syphilis, de
scrofule, en un mot de diathèse laiTée.
3" La lésion primitivement unique et circonscrite a plus tard amené des
désordres secondaires dans l'appareil auquel appartient l'organe malade. Ces
désordres eux-mêmes, s'ils sont anciens ou prononcés, apportent à la santé
générale des modifications plus ou moins graves, et font naître des chances d'ac-
cidents en dehors de la sphère opératoire proprement dite. Se rangent dans cette
catégorie la plupart des sujets soumis à la kélotomie, à la taille, à Furéthrotomie,
à la trachéotomie, etc.
U° Les foyers morbides sont multiples; outre celui qu'on attaque chinii^i-
calement, il en existe d'autres. Mais ici se présentent deux cas. Tantôt il y a
simplement coïncidence foiiuite. Les lésions, non contemporaines, sont de
nature différente, portent sur des systèmes ou des appareils entièrement di:r-
tincts, présentent une évolution propre à chacune d'elles, provoquent des sym-
ptômes spéciaux quelquefois opposés, et compoiient enfin un pronostic particu-
lier. Tous les jours un accident nous conduit à amputer la jambe à des sujets
antérieurement affectés d'emphysème pulmonaire, de lésion cardiaque, de
maladie du foie, du rein, de varices des membres, d'hémiplégie, de paraplégie,
d'aliénation mentale. Tantôt, au contraire, les foyers morbides, qu'ils portent
ou non sur le même système, sont de même oi*dre et sont des manifestations
successives ou simultanées d'une môme cause générale. On traite un anévrysme
par la ligature, mais d'autres artères sont également atteintes de dilatations anc-
vrysmales. Un individu porte plusieurs lipomes ou plusieui's névromes, on n'ex-
tirpe qu'une partie des tumeure. — On ampute pour carie un scrofuleux dont
plusieurs ganglions lymphatiques suppurent, dont la peau est couverte d'im-
pétigo ou d'ulcères strumcux, dont le poumon est le siège de dépôts tubercu-
leux, etc.
En présence de ces manifestations multiples, on ne peut pas dire que la santé
générale soit paifaite, cai' la nutrition pour le moins est notablement pervertie;
à la vérité, les troubles fonctionnels sont très-inégalement prononcés d'un sujet
à l'autre.
5* Ces derniers exemples nous conduisent dh*ectement à cette classe très-
nombreuse de cas dans lesquels l'opéré, sans préjudice de l'accident local qui
arme la main du chirurgien, est manifestement sous rinfluencc d'un état général
actuellement patent ou en activité, ancien ou récent, apy rétique ou fébrile.
VëRNëUJL. ^ DES CONDlTiONS ORCiANiQUES DES OPÉRtiS. ,289
rongénital ou acquis, mais qui, dans tous les cas, peut et doit être considéré
comme un mode pathologique constitutionnel, une maladie totius substanHœ,
comme disaient les anciens.
En termes plus précis, l'opéré est cancéreux, scrofuleux, tuberculeux, scorbu-
tique, diabétique, albuminurique, leucémique, ou bien imprégné d*un poison,
comme dans la syphilis, le paludisme, l'alcoolisme, la diphthéiitc, les fièvi'es
éniptives et typhoïdes, la pyohémie, l'infection putride, etc.
Dans tous ces cas, l'atteinte portée à la santé générale est trop évidente pour
qu'il soit nécessaire de la démontrer. Peut-être m'ohjcctera-t-on que l'existence
de ces états généraux si graves contre-indiquant les opérations chirurgicales, je
pose ia question sans utilité. A quoi je répondrai que certains accidents, comme
la rétention d'urine, la suffocation, les hémoirhagies, l'étranglement heiTiiaire,
et d'autres encore, réclament en tout temps et en toutes circonstances l'inteiTen-
tion du chirurgien.
6* Enfin, pour n'omettre aucune des conditions dans lesquelles peut se trouver
l'opéré, je dois encore mentionner certains états temporaires ou intermittents
qui tiennent le milieu entre la maladie confirmée et la santé complète, conipa-
tildes avec la seconde, mais pouvant, à la moindre occasion, tourner à la pre-
mière, compris, en un mot, dans les oscillations permises à l'exercice physio-
logique. J'y range d'abord les diverses variétés de la pléthore et de l'anémie,
1 extrême embonpoint, ensuite la grossesse, l'époque menstruelle, la lactation,
1 état puerpéral, puis certaines excitations ou dépressions du système nerveux
central ou périphérique, le délire passager, alcoolique ou autre, le découra-
gement, la nostalgie, la peur, l'insomnie, l'épilepsie, l'hystérie; enfin cette
condition indéterminée dans laquelle se trouvent les individus qui, brusquement
arrachés à leur pays et à leur milieu, ne sont pas encore suffisamment acclimatés.
On trouvera peut-être que je multiplie beaucoup les catégories, et que j'énu-
mère avec trop de complaisance les conditions organiques dans lesquelles se
trouve l'opéré. Cependant on ne peut nier que ces conditions ne se rencontrent à
chaque pas dans la pratique, et que tout chirurgien ne les ait rencontrées ou ne
paisse les observer chaque jour.
U est plus que probable que chacune d'elles est susceptible d'exercer une
influence sur le résultat de l'opération; mais si l'on me demandait de quel poids
et dans queUes proportions elle pèse sur la mortalité, ou même sur la nature et
la fréquence des accidents consécutifs, je serais, je l'avoue, fort embarrassé de
fournir une réponse catégorique.
Je n'ai pas besoin de dire de quelle importance serait pourtant cette réponse
et ce que la chirurgie gagnerait à connaître exactement le pronostic de chaque
'^péi'ation en général et pour chaque cas particulier.
Malheureusement, la science actuelle, il en faut convenir, ne possède que des
données vagues, approximatives, incertaines quand elles ne sont pas eironées,
et d'ailleurs incomplètes, puisqu'elles n'ont trait qu'à un petit nombre de con-
ditions énumérées plus haut. Quand elles sont exactes, ces données manquent
encore de cette précision que fournit seule la méthode numérique habilement et
loyalement maniée.
Certes, on sait bien que la taille et la lithotritie sont très-graves quand la
^esMc et les reins sont le siège d'altérations anciennes et profondes ; — que la
trachéotomie est beaucoup plus bénigne quand elle est pratiquée pour extraire
un corps étranger que loi'squ'ellc est opposée à la diphthérite; —que l'amputation
19
290 C.OINCîRfcS Mf-DKÎAL INTKRNA TIONAÎ. — TRDISIÈMK SÉA;\CK DE JOUli.
de la jaiiihc est très-sérieuse si le membre est couvert de varices superficielle^: et
profoniles. — La statistique démontre que le pronostic de l'amputation du !<ein
est plus grave lorsqu'elle est nécessitée par le cancer que lorsqu'il s'agit sim-
plement d'un adénome. — On connaît depuis longtemps la mortalité ënomie
des amputations ou résections ches les sujets en proie à la tuberculisation pul-
monaire ; — on commence à savoir que la moindre opération entraine souvent
la mort chez un diabétique. — En revanche, on parle de l'immunité relative
très-singulière dont jouiraient les aliénés.
Normann Chevers nous a appris que les affections latentes du rein expliquaient
souvent la mori après les opérations les plus diverses et les traumatisnies même
les moins étendus.
Mais que d'inconnues restent encore à dégager, et que de contradictions existent
encore !
J'avais conclu, de mon expérience et de l'avis d'auteurs recommandablcs, que
les opérations étaient fort graves chei les ivrognes, lorsque, m'enlretenanl de ce
sujet avec un chirurgien distingué de l'étranger, j'entendis sortir de sa bouche
une opinion absolument inverse.
Nous sommes habitués, pour la plupari, à tenir compte de l'époque des lèsle-
quand nous avons à pratiquer une opération sur les voies génitales de la fcMiime,
nous voulons éviter la coïncidence entre le molimen menstruel et rirritatiw
locale causée par l'action chirurgicale, et voilà que M. Simon, l'un des praticiens
les plus distingués de l'Allemagne, nous conseille de ne tenir aucun compte de
la période cataméniale dans l'opération de la fistule vésico- vaginale.
Les anciens maîtres considéraient comme essentiel de ne jamais opérer, sauf
l'urgenee extrême, un malade de la campagne avant son acclimatation dans m»
salles d'hôpital De nos jours, cette précaution est tombée en désuétude, an
moins dans un grand nombre de services; moi-même je l'ai négligée, et J'ai eu
à m'en repentir.
Voici les incertitudes, signalons les lacunes.
Nous parlions tout à l'heure des aflections du rein ; que savons-nuus de celle>
du foie, si difficiles à reconnaître à leur début ? IS'assombrissent-elles pas aussi le
pronostic des opérations? En faisant l'autopsie de plusieurs opérés. J'ai constate
des cirrhoses plus ou moins avancées ou cette infiltration graisseuse si commune
ches les sujets atteints d'ostéites anciennes et minés par une longue suppuration.
Ces lésions n'avaient^Ues pas eu leur part dans le dénomment fatal?
Les campagnards supportent bien les opérations, c'est un point acquis ; inaî>
cette immunité existe>t*elle dans les régions oii règne endémiquement riiitoii-
eation palustre? Sauve^t-on en même proportion les paysans robustes de la Brie
ou de la Beauce et les malheureux métayers de la Bresse ou de la Sologne ?
Nous parlions tout à l'heure de la période menstruelle dont l'influence a peut-
être été surfaite ; en est-il de même de la grossesse, de la lactation, je l'ignore,
j'ai opéré d'une énorme hypertrophie mammaire une femme enceinte de trots
mois qui m'avait volontairement trompé et m'avait caché son état; la guénson
s'est efi'ectuée sans accidents, et c'est plus tard seulement que la grossesse nù
été connue. J'ai pratiqué la résection de la mâchoire inférieure chei une femme
dont les mamelles sécrétaient encore en abondance ; elle est morte très- rapi-
dement d'érysipèie ambulant.
Puisque le mot d'érysipèie vient sous ma plume, je dirai que je l'ai obseno
de préférence chez les herpétiques et les rhumatisants, et que je redoute tou-
VERNEUIL. — DES CONDITIONS ORGANIQUES DES OPÉRÉS. 291
j(mr> de le voir réappai-aître chee les opérés qui, antérieurement^ en ont été
atteints. Cet antécédent pathologique me préoccupe beaucoup.
Ine dame âgée était affectée d'une caiie des os du pied; un érysipèle gravd
part d'une ouvertiu*e d'abcès et remonte jusqu'au tronc. La guérison survient
néanmoins. La lésion locale avait suspendu ses progrès pendant le cours et la
convalescence de l'exanthème ; celui-ci terminé, les désordres reprennent une
actinté extrême, et l'amputation devient indispensable, le cherche cependant à
gagner le plus de temps possible. Enfin, je désarticule le pied un mois environ
après la guérison de Térysipèle. Trois jours après, celui-ci reparait avec la même
forme, la même marche, la même étendue. La malade succmnbe en quaninte-
hait heures.
Par contre, j'ai dans mes salles un homme atteint de cancroïde de la flice. U y
a trois mois environ, un érysipèle envahit le visage et le cuir chevelu. La gué-
rison s'efTectue. Le cancroîde faisant des progrès rapides, je praUque une grave
opération pour extirper radicalement le mal. Tous les jours j'attendais une rëei-
•ii^e de l'érysipèle, mais mes craintes, heureusement, ne se sont point réalisées.
Quelles chances a4-on donc de voir revenir ce redoutable accident? je l'ignore
et voudrais bien le savoir.
Messieurs, le sujet est immense, et si je voulais vous adresser toutes les ques.
tinn5 que je me suis posées, j'occuperais cette tribune pendant des heures nom-
breuses sans épuiser la matière. J'en ai dit assez pour vous montrer néimmoins
combien nous sommes peu avancés, et combien il feudra de labeur encm^ pour
la solution de ces importants problèmes.
Je ne veux pas trop décrier notre science, mais cependant qu'il me soit permis
de prendre un dernier exemple, pour montrer combien sont insuffisantes les
«iUtinctions et les divisions dichotomiques actuellement établies et adoptées.
Je disais au début de cette note que, d'après la logique, une opération devait
mieux réussir sur un homme vigoureux, sain de corps et d'esprit, que sur un
^tre chétif et malingre. Or, que répond l'expérience à cet à-priori en apparence
M judicieux et si conforme au bon sens?
tir, elle répond précisément le contraire. En effet, il est généralement admis
de nos jours que les amputations pour lésion traumatique sont infiniment plut
trraves que celles qu'on pratique pour des lésions de longue date. Les chiffres
^•nt là, terribles, inexorables, et si nous les admettions sans critique, il faudrait
bien que la logique baissAt son pavillon.
En ce qui touche les amputations et les résections, je suis d'uu autre avis et je
Dt'appuie sur les résultats de ma pratique ; mais celle-ci étant encore restreinte)
<>n peut m'opposer l'argument des séries heureuses. En attendant que des faits
pliis nombreux infirment ou confirment mes opinions actuelles^ qu'il me soit
|)emiis de raisonner.
l/amputation pour cause traumatique est supposée se faire sur des siyets abso-
lument sains, sauf la lésion locale ; l'amputation pour lésion organique est sup-
posée se faire sur des sujets atteints d'une diathèse quelconque dont la lésion
locale n'est qu'une manifestation.
<H', cette opposition n'existe certainement pas dans tous les cas. D'abord> le
blessé peut être scrofuleux, anémique, diabétique, ivrogne, phtbisique, etc.
Dan« noff grandes villes et pour le pei's'onnel de nos gi'ands hôpitaux, l'intégrité
riimplète de la santé générale n'est pan déjà si coiiinmnei
l^iis, à défaut de maladie constitutionnelie antérieure, le blessé peut se
292 CONGRÈS MÉ;0ICAL JNT£RNATiONAL. —troisième SÉANCE DE JOUR.
trouver sous l'influence d'une affection générale de dalc toulc réeenle, mais qui,
pour cela, n'en est pas moins redoutable. Est-il parfaitement sain, je le demande,
celui qui, quatre ou cinq jours après une fracture compliquée ou une plaie aili-
culaire, présente une fièvre intense avec céphalalgie, état saburral, agitation
nocturne, soif vive, absence d'appétit, ballonnement du ventre? Est-il sain celui
dont le membre monti'e des ti-aces d'un érysipèle, d'un phlegmon diffus, d'une
angioleucite, d'une gangrène, d'une phlébite ; — celui qui souffre de douleun'
violentes depuis trois ou quatre jours, qui, au moment de la blessure et par son
fait, a perdu 1000 ou 1500 grammes de sang; ou qui, quelques heures aprè>
l'accident, est encore &oid, pâle, sans pouls, sidéré au physique et au moral ?
Évidemment, non ; cet homme est si près de la mort, que, si l'on diffère de
quelques jours, je dii'ais presque de quelques heures, le sacrifice du membre, la
vie est perdue sans ressource.
Or, on ne saurait le nier, l'opposition du malade, sa négligence, les tentative>
inopportunes de consenation nous forcent ti'op souvent à opérer dans ces condi-
tions désastreuses, sans pouvoir choisir notre heui*e ni combattre à ravaucc le^
complications.
Et comment nous étonner si nous avons tant de revei*s! En aurions-iiou-»
moins pour les lésions anciennes, si nous auiputions au moment où surgit unr
maladie intercun*ente, pneumonie, pleurésie, poussée tuberculeuse, entente
aiguë, fièvre éioiptive, etc.?
La fièvre traumatique est-elle donc moins grave ?
La question posée se résout d'elle-même.
Mais j'en conclus que bon nombre de sujets amputés, qu'on suppose sains,
sont en réalité dans un état diathésique qui porte la responsabilité du dcnoù-
ment fatal.
Pour que la comparaison puisse réellement s'établir, il ne faudrait considértM
comme bien portants, au moment de l'opération, que les blessés indemnes de
toute tache constitutionnelle, chez lesquels la réaction a eu lieu, mais qui ne
sont pas encore ou ne sont plus en proie à la fièvre traumatique. Dans ces condi-
tions, chacun le sait, et les chirurgiens militaires surtout nous font appris. les
amputations donnent d'excellents résultats, bien supérieui*s, à coup sûr, à ceux
que fournissent les amputations pathologiques, qu'on ne doit pratiquer qu'aj^rè!»
avoir épuisé les ressom'ces de la thérapeutique générale.
Je me contenterai de cet exemple pour soutenii* qu'en fait de pronostic et do
statistique, on ne s'est pas assez préoccupé des conditions organiques de l'opéré,
et que, sous ce rapport, le dogme exige une réédification complète et radicale.
Voici longtemps déjà, messieurs, que je mets votre attention à l'épreuve, et
cependant je n'ai fait que poser des questions sans les résoudre, que montrer
des difficultés sans les aplanir. Certes, j'aurais pu choisir un sujet plus facile ;
j'ai préféré, sans hésitation, aborder le problème le plus ardu peut-être de h
médecine opératoire.
Énoncer un théorème sans le résoudre, c'est s'engager implicitement à on
donner plus tard la démonstration. Aussi je me propose de consacrer la meil-
leure partie de mon activité scientifique et de mon expérience pratique à prou\cf
que les états généraux anciens cl récents, diathésiques, héréditaires ou acquis^
dominent de haut le pronostic des opérations chirurgicales, et constituent if
source la plus riche peut-être des indications et contre-indications q)ératoire5.
Puissé-je être aidé dans cette tâche par tous ceux qui, comme moi, compren-
Il AHJOUN.— PROPHYLAXIE DES ACCIDENTS COï^SÉCOTlFS AUX PLAIES. 29S
dmnl la haute portée du but et voudront bien fournil* des matériaux pour T édifi-
cation du monument que le xix* siècle doit élever à la science et à l'art chi-
rurgical.
B. Haijoliv (de Paris). — Messieurs^ après les intéressantes communications
qui ont tenu votre attention en suspens, depuis le commencement de celle
<éance, il y a un peu de témérité à oser encore prendre la parole ; toutefois, en
entendant la lecture du mémoire si remarquable de M. le professeur Gosselin, dans
lequel il a exposé avec tant de netteté, de précision et de franchise le résultat de
« pratique, j'ai pensé que l'hygiène des hôpitaux, étant une des causes les plus
influentes sur le résultat des opérations, je pourrais vous entretenir quelques
instants sur ce sujet.
lorsqu'à la suite d'une affection organique ou d'une lésion traumatique,
Topëration est devenue indispensable, on croit généralement dans le public,
qu'une fois les premiers accidents conjurés, le malade aura d'autant plus de
l'hanccs de guérir que l'organe lésé est moins important, la plaie moins éten-
due; en un mot, on pense que la guérison ne dépend plus que du talent et des
«iiins éclairés du chinirgien.
Cette idée, vraie jusqu'à un certain point en théorie, est loin d'être aussi
^raie en pratique, et tous les jours nous voyons, dans les hôpitaux des grandes
villes, les accidents généraux les plus graves compliquer les opérations les plus
"«impies ou les blessures les plus légères, compromettre la vie des malades, sou-
vent luème amener la moH, tandis que dans la campagne ou dans les hôpitaux
des petites villes, les opérations les plus sérieuses et les blessures les plus graves
guérissent sans le moindre accident.
Ici on ne peut pas invoquer l'idée de séries ou d'années heureuses, car la
persistance de ces succès est connue de tous, une longue expérience l'a démon-
trée, et dans ces deraiers temps des statistiques détaillées en ont encore prouvé
l'authenticitë.
N'importe dans quel pays, inten-ogez ceux de nos conft'ères qui ont exercé à la
campagne ou dans des hôpitaux de petites villes, dans lesquels les malades ne
^mt pas exposés aux suites fâcheuses de l'encombrement ou de l'occupation in-
cessante des salles, ils vous répondront unanimement que ce n'est que très-
rarement qu'ils ont eu occasion d'obsener, soit le mauvais aspect des plaies, les
ciratrisations lentes, la pourriture d'hôpital, les érysipèles ou les diverses sortes
d'infection purulente. Toutes ces tristes complications qui amènent une si grande
mortalité après les opé'^ations pratiquées dans les hôpitaux des grande? villes,
leur sont presque inconnues.
D'où vient cette différence dans le résultat des opérations, fau*-il l'attribuer
au choix du procédé opératoire, au mode de pansement ? Nullement. La véri-
table cause des insuccès, c'est que dans les grandes villes les malades sont
rarement dans de bonnes conditions hygiéniques.
Que voyons-nous dans les hôpitaux où la mortalité sévit de préférence ? Des
saUes encombrées ou occupées incessamment pendant cinq, six ans et plus,
î^Misque l'on puisse faire la moindre réparation, vu l'insuffisance de lits ; il s'en-
suit qu'à la longue les murs sont littéralement imprégnés do miasmes et que les
malades sont soumis h une sorte d'empoisonnement.
Jl(Mi coNaaËs mémcal intehnatiûkial:— troisième séance dp. joub.
Cette cause d'insalubrité étant bien reconnue, il suffirait^ sinon pour la faire
entièrement disparaître, mais au moins pour en atténuer les fâcheux effets,
d'obtenir que dans toutes les grandes villes on fit régulièrement reposer chaque
année toutes les salles des hôpitaux, comme cela a lieu dans quelques villc>
de l'étranger, et comme cela se fait aussi depuis quelque temps dans nos hôpi-
taux militaires.
Et comme iT est bon d'appuyer de semblables assertions par des faits, per-
mettez-moi de vous citer les résultats de cette sage mesure, communiqués à
la Société de chii*urgie par M. le docteur Legouest, professeur au Val-de-
Çrâce.
« A mesiure, dit notre collègue, que nous abandonnions le vieux Val-de-Grâce,
» les salleç de 70 lits, les bâtiments à trois étages^ et que nous pouvions laisser
» reposer les salles de malades, deux, trois mois et plus, nous voyions baisser la
» mortalité. A l'hôpital du Gros-€aillou, dès que Ton a pu laisser aussi chômer
n d«s salles incessammept occupées, la mortalité a également diminué. Enfin à
» l'hôpital militaire de Yincennes, hôpital suburbain, qui peut ôtre considéré
« presque comme un modèle et où Talteinance des salles est largement prati-
D quée, la mortalité est encore moindre. »
En dernier lieu, notre honorable collègue, après avoir insisté sur la salubrité
plus grande des hôpitaux situés hors des villes, terminait son intéressante com-
munication par la considération suivante, très-importante au point de wio de
l'hygiène hospitalière, et qui confirme complètement ce que je disais tout à
l'heure sur les causes de l'insalubrité.
« Les hôpitaux militaires diffèrent notablement des hôpitaux civils, car ceux-ci
» sont toi^ours pleins et les nôtres le sont très-rarement. »
On pouTait peut-éti'e objecter que la population des hôpitaux militaires est
plus jeune, plus homogène, et présente plus d'éléments de résistance ; mais ce
n'est pas là la véritable cause de la diminution de la mortalité depuis trente ans,
et M. Legouest n'hésite pas à l'attribuer aux progrès de l'hygiène hospitalière de
l'armée (1).
Gomment cette amélioration si grande, si manifeste a-t-clle été obtenue?
Vous venez de le voir, en cherchant autant que possible à se rapprocher de la
inanière d'être des hôpitaux des petites villes, où il n'y a jamais ni encombre-
mentj ni occupation incessante de tous les lits.
En présence d'aussi heiu*eux résultats, n'est-il donc pas urgent d'introduire
dans tous les hôpitaux cette précieuse innovation de raltemance des salles, ainsi
que quelques autres améliorations aussi indispensables, telles que Fisolemenl
réel des malades atteints d'afl'ections contagieuses, réclamé depuis si longtemps
pour les hôpitaux civils de Paris par tout le corps médical.
Nul doute, et c'est ici, messieurs, que j'appelle toute votre attention, car votre
opinion peut avoir une grande influence sur l'adoption ou l'ajoiumement de
mesures qui intéressent au plus haut degré tous les pauvres malades des hôpi-
taux confiés à nos soins.
Lors de l'ouverture du Congrès, notre honorable président a dit, avec un grand
bonheur d'expression, que cette première réunion médicale des délégués de
tqutes les nations civilisées était une sorie de conseil œcuménique ; il faut,
(1) BuUeiin </< h Soci4té cfe chiru^ie^ discussion sur l'hygiène et la salubrité des hdpi-
Uuxy 1864.
MARJOUN. — PROPHYLAXIE DES ACCIDENTS CONSÊCCTIPa AliX PLAIES. 29:»
messieurs^ pour compléter cette belle pensée, qu'à ce premier congrès inter-
national des médecins se rattache une date bénie de tous les malheuieux, celle
de la réforme hospitalière.
Ce n'est pas que depuis le commencement de ce siècle, il n'y ait eu de
;!rindes améliorations introduites dans les hôpitaux de tous les pays ; mais ces
améliorations si désirées, si urgentes, ne s'obtiennent souvent qu'à grand'peine,
et elles rencontrent même quelquefois dans leur accomplissement des obstacles
qu'il est bon de signaler. Ainsi, il annve parfois que malgré un désii* sincère de
faire le bien, les administrations hospitalières ne feront aucun progrès, parce
qu'elles se tiennent systématiquement un peu trop éloignées du corps médical ;
elles sont, on pourrait presque le diie, dans une sorte de défiance pour tout ce
qui en émane, et c'est pai* suite de ce manque d'une bonne entente que Ton a
^u S4»uvent repousser les plus sages conseils. Ne serait-il donc pas plus raison-
uahle, lorsqu'on n'a qu'une même pensée, celle de soulager ceux qui souiTrent,
d'unir tous ses efforts pour atteindre le même but?
D'autres fois on rencontre des administrations plus éclairées, plus confîantes,
et trèï-portées, dans l'intérêt commun, à se conformer à un prograuune dicté
i*ar l'expérience, mais alors elles sont empêchées pai* une autorité supérieure ou
ilfs conseils municipaux, qui, voulant ronsci'ver en toute question une omnipo-
tence devant laquelle la science et la raison ne peuvent pourtant pas s'incliner,
<l<'i ulent de tout sans s'inquiéter des plus justes réclamations.
(4>ï( cas sont les plus graves et les plus difficiles, attendu que devant des faits
iiicompliâ, il n'y a guère de recours. C'est ce qui est ariivé loi'sde la recon-
struction de r Hôtel-Dieu de Paris. Les plans ne furent communiqués ni à l'Insti-
tut, ni à l'Académie de médecine, ni à la Faculté, ni au corps médical des hôpi-
taux. Tne seule commission consultative fut instituée par M. Husson, directeur
de l'Assistance publique ; et si nous nous en rapportons à la communication faite
au sein de la Société de chirurgie par M. Broca, rapporteur de celte conuaission,
il est évident que si malgré tous ses efforts, elle n'a pas obtenu tout ce qu'elle
jugeait utile, U faut cependant lui savoir grand gré d'avoir énergiquemcnt re-
l>oussé la disposition des plans primitifs, car elle était véritablement impossible.
<^uant à ce qui était de l'emplacement et du nombre des lits, on n'a pu rien
obtenir, attendu que tout était décidé à l'avance : il n'y a donc eu rien de
itiaugé (1).
Je ne veux pas m'arrêter plus longtemps sur ce siyet. Seulement il restera
luaie un fait avéré pour tous, que si le corps médical eût été régulièrement
nsulté comme cela devait être, alors qu'il s'agissait de la création d'un hôpi-
Ul modèle, on n'aurait pas enfreint les principes les plus élémentaires de l'hy-
:iene hospitalière.
lin premier lieu, on se serait abstenu de créer un hôpital de 716 lits dans un
"udroil aujom*d*hui complètement déscrié par la classe indigente. Quant à ce
qui est de l'emplacement, ne fût-ce que par mesure de prudence, on aurait évité
«I rie\cr vis-à-vis d'une caserne considérable un hôpital qui n'en sera séparé que
' u- une rue ; on oubliait, en prenant cette détermination, qu'un jour ou l'autre,
pen<l&nt une épidémie, l'Hôtel-Dieu était nécessairement destiné à recevoh* un
nombre plus ou moins considérable de malades atteints d'alTections conta-
.neuses, et que c'était exposer les militaires à en subir les fâcheuses influences.
<i} Bulletin de la Société de chirurgie. 1864. .
(Il
Kl
296 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. —TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
Enfin, dès l'instant que des relevés ti ès-exacts, portant sur une longue série
d'années, avaient démontré les avantages incontestables des salles d'alternance
dans les hôpitaux niilitaii-es, il fallait, dans un hôpital modèle, chercher pour
les établir un endroit plus favoi-able que les combles (1).
A l'occasion de la discussion delà Société de chirurgie sur l'hygiène des hôpi-
taux, il a été dit, et c'est un point que je tiens à relever, que les objections
générales aites au projet du nouvel Hôtel-Dieu émanaient presque exclusive-
ment des chirurgiens, et qu'elles reposaient sm* des preuves nullement démon-
trées ; c'est là une grave eneur qu'il nous serait très-facile de réfuter, mais le
peu de temps qui nous est accordé ne nous peraiet pas d'aborder ce sujet. Il
nous suffira de dire que ces objections très-fondées étaient émises par une
Société qui compte panni ses membres la plupart des chirurgiens attachés aui
hôpitaux civils ou militaires de Paris.
Voyons d'ailleurs si nos autres collègues les médecins des hôpitaux ont lieu
d'être plus satisfaits que nous des dispositions du nouvel Hôtel-Dieu. Voici ce que
dit M. le docteur Tardieu dans son rapport, qui esi fait avec un talent infini ; et
pour nous les paroles que nous allons citer ont d'autant plus d'autorité, que notre
collègue des hôpitaux s'est montré plus favorable à l'adoption de l'ensemble de<
plans du nouvel hôpital.
tt Nous avons, dit-il, dans son rapport au Conseil municipal, cherché vainement
» dans les détails de l' avant-projet une disposition qui assure la séparation
» complète et forcée des malades atteints de variole. Nous savons que cette pré-
» caution indispensable, conseillée déjà par Tenon en 1780, réclamée récemment
» encore avec énergie par l'unanimité des médecins des hôpitaux, et si admira-
» blement réalisée à Londres par l'établissement du Smaîl-Pox Hospital, est di^
» cidée en principe par l'Administration de l'assistance publique. Mais il faut
» que dans le nouvel Hôtel-Dieu les conditions matérielles nécessaires à celte
ï) mesure d'humanité soient clairement et formellement étudiées et prévues. Les
» salles de six lits et les chambres à un lit, annexées à chaque service médicaJ,
» très-bonnes pour les cas exceptionnellement gi*aves, seraient absolument in-
» suffisantes et inefficaces pour isoler du reste de l'hôpital le service des vario-
)> leux, seul moyen de combattre et de détruire dans son germe cette funeste
)) contagion (2). »
En résumé, dans ce nouvel hôpital, qui aurait dû être le type de la perfection,
les améliorations les plus importantes, les plus indispensables, celles que tout le
corps médical réclamait avec instance, sont justement celles qui ont été le phis
négligées. D'après cela, messieurs, vous devez comprendre plus que janiai*
qu'il est nécessaire, dans l'intérêt des malades, que dans tous les pays, il y ait un
rapprochement et une union intime entre les administrations hospitalières et le
corps médical, et qu'aucune détermination concernant l'hygiène des hôpitaui
ne soit prise sans en avoir référé aux lumières et à l'expérience de ceux qui siuit
seuls compétents. Ce n'est qu'à ce prix que des améliorations réelles pourront
être obtenues.
Aussi la Société de chirurgie de Paris, bien pénétrée de cette vérité, n'avait
pas cm devoir mieux faire, en teiminant sa discussion sur l'hygiène des hôpi*
(1) Bappot't de M. /e professeur Tardieu au Conseil municipal^ séanco du SA mars 1865.
(2) Happort de Af. le professeur Tardieu au Conseil municipal.
DE MERIC. —QUESTION CHIRURGICALE, DISCUSSION. 297
taux, et c'est aussi par là que je tei*minerai, que d'admettre la proposition sui-
vante qui peut être adoptée dans tous les pays.
a L'institution, près l'administration centrale des hôpitaux, d'un comité con-
» sultatif d'hygiène et de salubrité permanent et ayant des séances périodiques,
9 comité composé de médecins, de chirurgiens, d'administrateurs, d'ingénieurs
» et d'architectes, et pouvant éventuellement appeler dans son sein, avec voix
D délibérative, tous les chefs de service ne faisant pas partie de ce comité ; l'in-
» ^itution d'assemblées périodiques dos médecins, chirurgiens et administra-
» teurs de chaque hôpital, fourniraient à l'administration des lumières et un
» contrôle qui lui permettraient de marcher plus sûrement dans la voie des
» progrès qu'elle poursuit.
» Celte dernière mesure, conforme aux vœux exprimés à l'Académie de mé-
» decine, ne serait d'ailleurs qu'un retour à d'anciennes prescriptions et à
» d'utiles usages (1). »
M. é» merle (de I^ndrQs) prend la parole. — Pour donner, dit-il, une teinte bri-
tannique à la discussion, il voudrait que les chirurgiens étrangers vinssent tour à
tour présenter au Congrès les résultats de leur expérience sur les questions qui
ont été successivement traitées par MM. Bourgade, Gosselin, Vemeuil et Mar-
jolin.
M. de Mène regrette qu'il n'y ait à la séance aucun chirurgien anglais, et il
demande, vu cette absence, la permission de représenter ses collègues.
Il demande d'abord à M. Gosselin qui, certainement, par les soins minutieux
donnés à ses opérés, doit obtenir de très-beaux résultats, si pour prévenir les
hémorrhagies consécutives, il approuve la pratique de quelques chirurgiens
anglais qui laissent, à la suite d'une amputation de cuisse grave, la plaie ouverte
deux ou trois heures après l'opération.
il se permettra de demander à M. Verneuil quelle peut être, sur les résultats
des opérations, l'influence de l'état ancien ou récent de la maladie, ou de l'indi-
ndu qui a subi le traumatisme. Dans les accidents de chemin de fer, la gangrène
<^t presque toujours une conséquence fatale. M. de Meric a amputé plusieurs
individus dans ces circonstances, et a fait entre autres deux amputations sur le
même sujet; il fit dans la même séance l'amputation de la cuisse et de la jambe;
l'individu mourut quarante-huit heures après. Pensant que les amputations sur
le même individu étaient trop rapprochées, il ciiit devoir mettre un certain
intervalle (vingt-quati*e heures) dans un autre cas : il s'agissait d'une jeune fille
dont les membres inférieurs avaient été broyés par une locomotive ; il y eut
encore gangrène et mort. Il pense que les commotions violentes déterminées par
les accidents des chemins de fer amènent une désorganisation profonde, un
ébranlement nerveux dans l'économie, et appelle l'attention du Congrès sur
cette cause de gangrène.
Relativement aux mesures hygiéniques conseillées par M. Marjolin, M. de
Meric cite les succès obtenus par les chirurgiens anglais dans l'ovariotomie ; ces
succès, qui sont très-nombreux, sont dus en partie à ce que l'hôpital où opérait
M. Baker Brown était placé dans une situation hygiénique très-favorable, en
deliors de la ville.
(1) BuiMin (tê la Société de chit^rgie, 1864«
298 CONGRÈS MÊDIGAI. INTËRNAIIONAL — TROISIÈME SÊANCK Ot JOUR.
M. HoBterlé (de Strasbourg) croit qu'il serait injuste de revendiquer pour
r Angleterre seule l'honneur des guérisons d'ovariotomie ; il cite plusieurs con-
trées dans lesquelles ootte opération a été faite avec succès. Quant à lui, il a
pratiqué cinquante fois cette opération^ et il a obtenu un chifTre de guérisons
qui peut être représenté par deux tiers.
»iil(Rome). — Messicursj je sens le besoin de vous exposer mes idées
sur la prophylaxie des accidents généraux qui produisent la mort des opérés,
d'autant plus qu'en vous exprimant mon opinion^ je vous exprime aussi celle de
la plupart de mes collègues de l'Italie méridionale.
C'est un fait positif que les accidents les plus épouvantables des opérations
chirurgicales, comme Vérysipék, la phlébite, V%nfeciio7i purukiûe et putride^ s<iiit
extrêmement rares dans nos hôpitaux.
Je ne veux pas dire que nos opérés ne meurent pas ; au contraire, ils payent
leur tribut aux accidents immédiats des opérations^ et surtout à \'%ntoxica1V)u
palmire, résultat des fiéures irUermittente» graves, En Angleten*ei en Allemagne,
en France et ailleurs, les opérés meurent par l'alcoolisme, le diabète, l'albumi-
nurie et par les aflections simultanées du cœur et du cerveau. Dans les Étals
romains, notre complication est l'infection paludéenne, qui entraine Tappau^Tisse-
nient du sang, et enlève aux malades les ressources d'une bonne réaction et la
vigueur pour supporter les suites des grandes opérations.
Mais les opérés n'ont pas seulement à ressentir les mauvais effets de Tintuvi-
cation palustre plus ou moins lente, puisqu'il an'ive malheureusement do voir,
après une opération, se développer une fièvre traumatique peimcteme d'etnblée.
Le chirurgien qui n'aurait pas recours iuuuédiatement au sulfate de quinine à
forte dose veri'ait invanablement mourir son malade dans l'espace de quelques
heures. En somme, le sulfate de quinine est pour nous une arme indispensable,
pour mener h bonne ûu la plupai-t des opérations.
Maintenant, messieurs, je déske signaler à votre attention que dans nos hôpi-
taux d'accouchements, on ne connaît pas la fièvre ptierpérale, soit etidéinique, suit
èpidémique; et tout récemment, le professeur Palasciano^l'un des vice-présidenls
de ce Ck)ngrès, a recueilli et publié dans les Archives de chirurgie la statistique de
la Maternité de Naples dans l'espace de trente ans, et il a montré l'absence com-
plète de la iièvre puerpérale èpidémique, quoique la Maternité de NapJes i^e
trouve placée dans le grand hôpital des Incurables, qui compte douie cents lits,
et où l'hygiène la plus élémentaire est négligée.
Quand on demande dans nos pays la cause de résultats si importants, la
réponse qui est dans la conviction des houimes de la science est celle-ci :
(|ue dans les hôpitaux dans lesquels on fait les accouchements et les opérations,
ne sont pas reçus les malades qui peuvent nuire à l'atmosphère de l'hôpital ; ou,
on d'autres termes, les malades atteints de typhus, de fièvre typhaide, de scarla-
tine de variole, rougeok, et les tuberculeux, sont exclus des hôpitaux de chirurgie
et d'accouchements ^ et les tuberculeux, surtout, sont séparés de tous les autres
malades et sont placés dans des salles tout à fait distinctes et éloignées ; mèuie
ils ont les infirmiers, la cuisine, le lessivage et toute autre chose séparés des
autres malades.
Il faut bien se rappeler, messieurs, que la médecine du xvi* siècle (à laquelle
nous sommes redevables de la fondation de la plupart des hôpitaux qui existent
dans le continent de l'Europe} était tellement pénétrée de ces principes, que dans
JSA^NKL. rrr QUESTION CHIRURGICALE, DISCUSSION. 399
les bulles du saint-siége par lesquelles on autoiisait ces fondations^ on voyait
l'unstamment observer la règle de la séparation des malades qui pouvaient réci-
pni«|ueinent se nuire. Et aujourd'hui même il semble étonnant, messieurs, que
l'on doive rappeler l'observance d'un tel principe. En effet, si dans les hôpitaux
militaires règne épidémiquement le typhm de l'armée, aucun chirurgien n'ose
faire d'opérations, comment donc peut-on permettre de les pratiquer sous l'in-
(luence, moins puissante peut-être, mais identique sans doute, dans laquelle
<« trouvent les salles des grands hôpitaux d'Europe où sont reçues indifférem-
ment les fièvres typhoïdes et les maladies exanihèmatiques,
La médecine expérimentale la plus récente, celle de M. Chauveau (de Lyon),
o>i parvenue à produire ai'tificiellement le vaccin naturel sans inoculation, par
l'injection dans les vaisseaux lymphatiques et par l'inspiration de la matière con-
t.iiiieuse dans les voies pulmonaires. Et il me semble que les opérateurs de-
M'aient bien connaître ces choses-là, quand Us vont à la recherche des accidents
qui produisent la moil, dans les grandes opérations chirurgicales.
Pour nous qui pratiquons la chirurgie dans le midi de l'Italie, un opéré est
entouré des mêmes soins qu'une femme en couches, puisque entre l'opéré et la
femme en couches, nous ne savons pas distinguer lequel des deux est le plus
Misceptible, sous le rapport des accidents consécutifs des opérations.
En conclusion, je me permets, messieurs, de vous exprimer ma conviction :
Uue la cause la plus puissante des accidents généraux dans les opérations chi-
rurgicales, est l'influence qu'exercent sur les opérés les individus atteints de ma-
Iddies aiguës, contagieuses, T émanation de la gangrène, des suppurations vastes
et de mauvaise nature, et de toutes autres émanations infectantes.
M. le docccnr Bole (de Castel-Sarrazin) a fait un certain nombre d'opérations
importantes. Il cite 5 amputations de jambe, 1 de cuisse, 12 ablations de seins
cancéreux ; dans tous ces cas, la guérison a eu lieu. Si des érysipèles ou des
lièvres pernicieuses se sont rencontrés, le sulfate de quinine en a fait justice.
Pourquoi les accidents généraux à la suite des opérations sont-ils plus funestes à
Paris, malgré cependant l'habileté incontestable des chirurgiens de cette ville ?
M. Bole n'hésite pas à déclarer que le succès dans ses opérations est dû à rem-
ploi de la réunion immédiate. Ce mode de traitement met ainsi les plaies à
I abri du contact de l'aii', et évite ainsi un grand nombre d'accidents.
X. le D' Jeannel (de Bordeaux). — J'ai été un peu alarmé d'entendre
M. Bourgade recommanuer le perchlorure de fer pour la guérison des plaies, elle
l'iéconiser comme susceptible de prévenir les accidents redoutables de l'infec-
tion, de la résorption purulente dans les services de chirurgie. Je ne crois pas
que ces causes si fréquentes d'insuccès puissent être neutralisées par un topique,
•le quelque nature qu'il soit, et je voirais avec chagrin les succès obtenus à
LieiTuont détourner les esprits des >Tais principes de la thérapeutique en fait de
plaies et d'opérations. Ces principes, ce sont la salubrité résultant de la ventila-
tion, les soins minutieux de toute sorte, une bonne alimentation, etc. Après cela,
tous les topiques réussissent.
Et pendant que M. Bourgade énumérait les avantages théoriques et pratiques
'iu perchlorure de fer à 30 degrés, je me rappelais les médicaments recom-
mandés de nos jours et de tout temps pour obtenir la cicatrisation des plaies,
depuis les onguents composés de l'ancienne poly pharmacie et le fameux cérat
300 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
de Galien jusqu'aux chlorures d'oxydes mis en honneur par Laharraque vci*s 1830.
Je me rappelais les irrigations immédiates ou médiates^ l'eau pure tiède ou
fl*oide^ r incubation^ le goudron, le coaltar plâtré de Demeaux et le phénol
Bobœuf, et l'eau marinée de Devandre ; et les plus récentes merveilles des
alcoolés d'aloès et de benjoin, de l'eau alcoolisée à qui M. Bataillé et M. Lec^ur
ont attribué de si beaux résultats, de l'occlusion si éloquemment prônée par
M. J. Guérin, et de la ventUation locale patroniséc par M. Bouisson (de Mont-
pellier), et des lames de plomb proposées comme méthode générale il y a quel-
ques mois par M. Burggraeve (de Bruxelles).
Chacun de ces moyens héroïques, dont j'oublie peut-être les meilleui*s, était
produit avec un grand luxe de preuves, et j'ai maintes fois résolu de;, brûler toul
le reste pour adopter définitivement la découverte thérapeutique du dernier
occupant.
Certes je ne veux pas contester l'importance et la sincéiîté des observations
de M. Bourgade ; mais qui ne voit que si tant de moyens de toutes sortes ont pu
enflammer l'enthousiasme de tant de chirurgiens du plus grand mérite, c'est
qu'il existe certaines conditions supérieures de la guérison des plaies qu'ils ont
su réunir, et dont ils ont détourné leur attention ?
Aussi, messieurs, je me suis rassuré en écoutant l'importante communica-
tion de M. le professeur Gosselin. C'est bien dans l'hygicne générale et person-
nelle que se trouve la vraie source des succès : la ventilation des hôpitaux ausi^i
large, aussi naturelle que possible (car les fenêtres fermées sont les ennemis
mortels des malades); l'isolement de ceux qui suppurent, la séparation des érv-
sipélateux, des gangreneux, etc.; la propreté minutieuse, l'alimentation répara-
trice et modérément stimulante ; et aussi la préservation de la douleur, la par-
faite sérénité d'esprit, la confiance, dont M. Gosselin se préoccupe avec tant de
sens pratique. Mais à ce sujet je demande la permission d'ajouter respectueuse-
ment quelque chose à ce qu'a dit l'éminent professeur de clinique chirur-
gicale.
n a soin de ne procéder aux opérations gi*aves qu'après avoir dissipé l' émo-
tion produite chez le blessé par l'annonce de l'opération devenue nécessaire.
J'avoue que les précautions qu'il recommande à cet égard me paraissent insuffi-
santes. Lorsque le moment décisif est arrivé, lorsque le malheureux patient e^^t
transporté dans la salle d'opérations sur le lit de douleur, il est impossible,
quelque consolé qu'il ait pu être par les bonnes paroles du chirurgien, qu'il ne
soit terrifié à la vue des préparatifs, à la vue de ces tabliers blancs qui tout à
l'heure vont être tachés de son sang ; il est impossible que ses forces morales ne
soient profondément ébranlées au moment môme où l'on commence à le sou-
mettre à l'influence des vapeurs de chloroforaie.
Messieui's, je crois qu'il est possible, qu'il est facile môme de préserver de fe>
angoisses le sujet qui va ôtre opéré, et par conséquent de ménager les forces
radicales de l'organisme qui détermineront plus tard l'heureuse issue de la
maladie résultant de l'opération. Le moyen que je propose, je l'ai employé depuis
plus de quinze ans à l'hôpital militaire de Bordeaux. Le voici. Le malade ayant
été prévenu de la nécessité de l'opération et ayant consenti à la subir ne sait
pas au juste à quel moment elle aura lieu. Le médecin ou le pharaiacien qui
doit administrer le chloroforme, et vous s«ivez que l'opérateur doit ôtre dt^
chargé de ce soin, aborde le malade et lui propose d'essayer les effets d»'
l'agent qui endort et qui présene de la douleur. Naturellement le patient ai-
GOSSELIN. —QUESTION CHIRURGICALE, DISCUSSION. SOI
cepte sans défiance un essai qu'il croit piu'ement préparatoire. On lui montre le
flacon, on en respire devant lui les émanations. Bref, on l'endort tranquille-
ment, sans résistance, sans que son pouls indique la moindre perturbation mo-
rale. Cependant l'opérateur et ses aides sont réunis dans la salle voisine ; à un
FÎgnal donné, les infirmiers enlèvent le malade anesthésié dont le sommeil est
cnli'ctcnu par des inhalations ménagées selon les règles, que je n'ai pas besoin
de rappeler. L'opération se fait, et le plus souvent le pansement est terminé et
l'opéré est rapporté dans son lit, lorsqu'on le laisse peu à peu s'éveiller.
Je suis sûr que M. Gosselin acceptera cette pieuse fraude de l'inhalation pai*
surprise qui nous a donné à Bordeaux d'admirables résultats. Je ne suis pas pré-
paré à fournir une statistique, mais j'affirme que les cas sont nombreux et que
le succès est très-facile à obtenir.
En terminant, je voudrais appuyer les considérations présentées avec tant de
conviction et d'autoiité par M. Marjolin sur l'hygiène des hôpitaux, sur la néces-
sité de consulter les médecins et les chirurgiens quant à l'organisation des
gi-ands étai)lissements d'assistance publique. 11 a fait remarquer avec beaucoup
de raison que le nouvel Hôtel-Dieu ne serait sépai'é d'une caserne que par la
largeur d'une i*ue, et qu'il en pouiTait résulter la transmission d'une maladie
épidémique de l'hôpital aux soldats casernes. J'apporte un fait qui démontre la
possibilité de cette transmission. Il y a deux ans, la population de Bordeaux a
subi une épidémie de variole. Afin d'éviter autant que possible la propagation de
la contagion dans les salles de l'hôpital Saint-André, on a réuni les vaiioleux
dans un service spécial. Mais l'hôpital Saint-André n'est séparé de la casenie
Saint-Raphaël que par un jardin de 10 à 12 mètres de largem*, et précisé-
ment les fenêti'es des salles de varioleux s'ouvrent sur ce jardin. Eh bien, l'épi-
démie variolique s'est étendue à la garnison ; elle a atteint, je crois, 23 mili-
taires dont quelques-uns ont succombé. Mais voici ce qui est important, c'est
que la garnison de Bordeaux est logée dans trois casernes, et de ces trois ca-
sernes une seule a été atteinte par l'épidémie variolique, et c'est précisément la
caserne Saint-Kaphaêl, celle qui n'est séparée de l'hôpital Saint-André que par
un jardin étroit, c'est elle qui a fourni la totalité des militaires varioleux.
Enfin j'ajouterai que l'influence sera réciproque, et que l'agglomération mili-
taire voisine sera défavorable à l'hygiène hospitalière.
reconnaît que la plupai't des soins minutieux adonner aux opérés
et qu'il a signalés ont été indiqués par les Anglais ; il l'a consigné dans son
travaU.
Quant aux hémorrhagies consécutives, il n'a pas à se préoccuper de laisser la
plaie ouverte pour arrêter le sang au bout d'un certain temps, puisqu'il ne la
ferme pas. Seulement, afin d'éviter les douleurs d'une hémostasie quelconque, il
tient à faire toutes les ligatures pendant que le malade est encore plongé dans
le sommeil anesthésique.
11 a été étonné des résultats magnifiques obtenus pai' M. Bourgade à l'aide
du perchlorure de fer. Il désirerait savoir si les opérations qui foiment la base
de sa statistique sont majeures, importantes, telles qu'amputations de jambe,
de cuisse, etc.
Considérant la manière de procéder mise en usage à l'hôpital militaire de
Bordeaux, à l'égard des malheureux qui vont subir une opération, il se demande
si le moral du pauvre patient ne sera pas moins vivement ébranlé en le pré-
302 CONGRÈS MÉDICAL INTKRNATÏ'^NaL. — inOISlkME SÉANCE DE JOUR.
venant en termes convenables de Topéraiion <iui doit être pratiquée. Toutefois
l'éminent chirurgien de la Pitié reconnaît que parmi les détails qui ont été
fournis par M. le docteur Jeannel, plusieurs d'entre eux ont une véritable valeur
pratique.
M. V«m«all a observé un certain nombre d'accidents de chemin de fer. Il a
vu dans son service à Thôpital de I^ariboisière plusieurs 'de ces traumalismes
déterminés par des locomotives, des wagons ; ils sont très-graves, s'accompa-
gnent presque toujours d'un broiement des parties et entraînent des terminaison?
fatales. S'il n'a pas mentionné la gangrène parmi les causes qui donnent an\
blessures une extrême gi'avité, c'est qu'elle doit être considérée comme une
condition locale, et qu'il n'a voulu s'occuper que des conditions génét-ales, de>
états constitutionnels qui peuvent exercer une influence sur les résultats des
opérations.
M. Vemeuil a vu avec plaisir la réunion immédiate rejetée parles chirur-
giens. Les succès qu'il obtient à Lariboisière sont dus évidemment à l'abandon
de cette méthode. Il ne fait point de réunion; il se borne à un seul point de
suture que le plus souvent il coupe le lendemain ; il remplit la plaie de charpie;
le pansement se termine à l'aide d'une compresse, et d'une bande aussi simpli-
fiée ; il n'occasionne aucune douleur, prévient la formation des abcès. U
réunion de la plaie est ainsi abandonnée aux bourgeons charnus.
a été mal compris. Il est bien loin de méconnaître l'importance
des soins hygiéniques pour les opérés. 11 en proclame, au contraire, l'indispen-
sable nécessité dans plusieurs pailles de son travail ; mais, vu le peu de temps
consacré à la lecture, il a été obligé de passer sous silence les détails relatifs à
ce sujet. Il a surtout désiré appeler l'attention du Congrès sur un moyen nouveau
à ajouter à plusieurs autres pour assurer la guérison des plaies.
Quant aux opérations à la suite desquelles le perchlorure de fer a été em-
ployé, elles sont au nombre de 95, et si toutes ne sont pas très-graves, elles ont
néanmoins une certaine Importance ; elles appartiennent à la catégorie de c elle*
qui souvent s'accompagnent d'érysipèle ou d'Infection purulente. Il compte
8 amputations de jambe au Heu d'élection ; 5 amputations sus-malléolalrcs ;
k amputations de bras ; 5 d'avant-bras ; 3 amputations partielles du pied ; 9 dtfs-
artlculations des doigts ; U des orteils ; 1^ ablations de tumeurs du sein ; 9 abla-
tions de lipomes volumineux ; 2 sarcocèles, etc.
M. de €)ortcJ«renA (de Madrid). — Messieurs, nous avons entendu nos savant;:
confrères traiter de la question très-intéressante des accidents généraux qui
entraînent la mort après les opérations chirui'gicales. On nous a entretenus de
tout ce qui a été obsei'vé à cet égard en différents pays» et spéclaletuent de
la réunion des plaies pai' première Intention, des pansements simples, de l'infec-
tion purulente après les grandes opérations ; on a dit aussi quelques mots de la
fièvre puerpérale des nouvelles accouchées.
Messieurs, j'ai l'honneur d'êti^e chef de clinique de la Faculté de médecine
de Madrid, et en cette qualité je vais m' occuper des faits que l'on observe chez
nous, à Madrid en particulier. Tous les jours on fait dans cette ville de nom-
breuses opérations : amputations de la jambe, de la cuisse, désartlculifionvS
coxo-fémorales, extirpations de seins cancéreux avec les ganglions axillaires, et
CORTFJARËNa. «-question CHIRI R6ICALE, DISCUSSION. SOS
la réussite couronne presque toujours ces opérations. La cause de ces succès
m'échappe à la vérité^ et je ne sais s'il faut la rapporter au climat ou aux pan-
sements. Cela m'étonne d'autant plus^ que j'ai entendu dire à quelques opérateurs
de Paris, d'une extrême habileté d'ailleurs, qu'il leur fallait prendre des précau-
tions de toute espèce pour obtenir une réunion complète, après les amputations
surtout. A Madrid, on procède toujours à la réunion immédiate des plaies ; elle
si< fait sans aucun inconvénient et donne de très-bons résultats. On applique,
après une amputation, quelques points de suture et un appareil très-simple : en
quelques jours, et dans les circonstances ordinaires bien entendu, l'adhérence
e4 complète.
1^ pansements ordinaires sont très-simples chez nous ; on ne fait pas usage
des différents moyens dont on nous a parlé aujourd'hui, précisément parce que
nous n'avons pas besoin de faciliter une réunion immédiate qui se fait naturelle-
ment.
Les chirurgiens espagnols ont de tout temps préconisé les pansements tardifs,
et en obtiennent encore de magnifiques résultats, résultats qui ont été remarqués
par les chirurgiens (hinçais dans les guerres du commencement de ce siècle : ces
honorables confrères s'étonnaient de ce mode de pansement.
Après une opération, nous laissons l'appareil en place pendant six ou huit
jours, on même davantage ; et, quand nous l'enlevons, nous trouvons la plaie
dans les meilleures conditions : l'adhérence commence à s'y faire dans toute
M)n étendue.
On a quelquefois laissé l'appareil appliqué jusqu'à ce que des vers vinssent
nager sur le pus, et cela sans inconvénients; un simple lavage de plaie ramenait
tout à l'état normal.
La manière d'agir des pansements tardifs est facile à comprendre. Il faut en
attribuer le succès au repos qu'ils laissent aux plaies dont les lèvres sont tou-
jours exactement afl'rontées et mises ainsi à l'abri des dérangements et des
secousses impnmés par les pansements répétés ; la lymphe plastique y trouve de
meilleures conditions pour y accomplir son admirable travail entre les parties
séparées, et n'est pas exposée à être entraînée au contact des éponges, de la
charpie et de tous les moyens ordinairement employés pour le nettoyage des
plaies. Nous pensons donc qu'il faut attribuer une grande utilité aux pansements
tardifs dans la pratique chirurgicale.
L'infection purulente, à Madrid, est rare après les amputations ; nous avons
uiand soin, d'ailleurs, d'empêcher que le pus ne séjourne à l'intérieur des plaies
quand les conditions générales de l'individu ne sont pas favorables à une prompte
cicatrisation ; nous faisons des injections et des compressions bien dirigées pour
faire écouler le pus au dehors, et l'empêcher ainsi d'être entraîné dans le torrent
circulatoire. Cependant vous comprenez, messieurs, qu'il est quelquefois im-
possible d'éviter cette grave complication, dans certaines opérations en partie
culier.
In mot, en terminant, sur la fièvre puerpérale : elle n'existe prescfue jamais
chez nous à l'état épidémique. Nous ne connaissons pas, heureusement, ces épi-
démies qui ont attiré l'attention des savants de tous les pays, et nous n'en avons
jamais eu à observer à la clinique d'accouchement de la Faculté, ni à la Mater-
nité, quoique celle de Madrid soit assez considérable. Nous n'avons donc pas,
chez nous, à nous occuper de l'opportunité de la dissémination des femmes en
couches, ni de l'avantage des petites salles sur les grandes, non plus que de
30/i CONGKtS MÉDICAL INTËRNATiOMAL. — TROISIÈME SÉANCE DE JOUR.
toutes les autres prëcautious recouioiandécs par les accoucheurs et les hygié-
nistes pour éviter les épidémies de fièvre puerpérale.
Je ne puis vous en dire davantage, messieui*s^ sur la question des accidents
des plaies et sur ce que J'ai obsei*vé à Madrid depuis longtemps, car les quelques
minutes que le Congrès accorde aux orateurs sont écoulées.
11 me reste à vous remercier de l'attention avec laquelle vous avez écouté de^^
paroles qui n'ont d'autre mérite que l'intérêt de la question elle-même, question
que le bureau du Congi*ès médical international de Paiis a si sagement proposée
et dont il a si bien compris l'importance.
n. DelAsfanwe, revenant sur une question soulevée par un membre du Con-
grès, relative à l'acclimatation des malades à l'hôpital avant l'opération, considère
cette acclimatation comme très-utile. Il rapporte ce fait d'une jeune fille qu'il fit
entrer dans un service d'hôpital pour l'ablation d'un kyste de l'oreille. Opérée le
lendemain de son admission, elle mourut peu de jours après.
11 rejette l'opinion de ceux qui pensent que les aliénés résistent mieux aux
opérations que les individus qui ont conservé l'intégrité de leurs facultés intel-
lectuelles. L'expéiience n'a pas en effet sanctionné cette opinion.
Enfin, quant à l'idée émise par M. Marjolin de nommer une commission de
médecins chargée de surveiller la salubrité des hôpitaux, il l'appelle qu'une
commission ayant un but analogue fut créée en 18^8 par M. Thierry, alors
directeur de l'Assistance publique.
La séance est levée à six heures.
QUATRIEME SÉANCE
Vendredi 23 aoAt, à 2 beurei.
PaOK)SlTION DE M. LE DOCTEUil BASTING (DE BERGEN-OP-ZOOM).
PROPOSITION DE M. LE PROFESSEUR BÉHIER (DE PARIS).
LECTURES ET DISCUSSION SUR LA. TROISIÈME QUESTION DU PROGRAMME.
Esr-IL POSSIBLE DE PROPOSER AUX DIVERS GOUVERNEMENTS QUELQUES MESURES EFFICACES
POUR RESTREINDRE LA PROPAGATION DES MALADIES VENERIENNES?
fl Lectures :
r
MM. Vlemlnckx et Crocq (Bruxelles).
f| Jeannel (Bordeaux).
SOQÉTÊ HARVEIENNE DE LONDRE?.
Dk Meric (Londres).
I RoLLET (Lyon).
\i MouGEOT (Bar-sur-Aube).
f BoENs (Charleroi).
I Alzias-Turenne (Paris).
N. — BIM. Ricord. — Auxias^Turenne. ^ BouUlaud. — Jeannel.
Galligo. — Henri Favre. — Proust. — Crocq.
Procës-verbal de la séance par M. Proust, secrétaire du Congrès.
)0
306 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.— QUATRIÈME SÉANCE l>B JOUR.
QUATRIEME SEANCE DE JOUR.
Présidents MM. Boufllaad et Ricord.
Vice-^ésidents. . . . MM. Halla (de Prague) et Ricord.
èecrékure de la séance. M. Proust.
Après la lecture du procès-verbal^ M. Basting^ chirurgien en chef de la forte-
resse de Bergen»op-Zoom^ demande la parole pour formuler une proposition. Il
s'exprime en ces termes :
Messieurs,
La vive approbation que le discours de notre honorable collègue M. le doc-
teur Marjolin, Sur l'hygiène des hôpUaux, a reçu de notre part me donne raison
de croire que ce noble champion de la morale médicale a exprimé^ à cet égard,
nos propres sentiments.
Je me suis demandé : Devons-nous rester là? dcvons-nous> médecins étran-
gers^ ne rapporter dans notre patrie^ de ce sublime discours, que le simple
compte rendu^ qui^ probablement^ ne sera lu que des médecins^ et non de ceoi
qui sont à même de remédier aux grands abus que notre collègue a si cloquem-
ment signalés?
Je ne le pense pas. J'ai cru donc de mon devoir de proposer à T honorable
Congrès qu'il veuille encore formuler son approbation du discours susdit dans un
VŒU solennel.
C'est sur ces considérations que je vous propose la résolution suivante :
Le Congrès médical international^ profondément convaincu que l'hygiètie des
hôpitaux est un des plus gi^ands cléments dans la cure des maladies, et que le$
médecins sont les seuls juges compétents dans cette question délicate, dmet le
vœu que, dorénavant, dans tous les pays, aucune mesure sur ce grand sujet ne
soit prise sans que l'on invoque l'expérience et les conseils du corps médical.
Après d'unanimes applaudissements, cette propontion est acceptée par accla-
mation.
L'ordre du jour appelle les lectures sur la troisième question du programme,
ainsi conçue : Est-il possible de proposer aux divers gotwemements quelques
mesures efficaces pour restreindre la propagation des maladies vénériennes^
M. le professeur Béliler. — Je demande à faire une proposition préalable.
Jusqu'à présent, messieurs, nous ne nous sommes occupés que de questions mé-
dicales proprement dites, que d'affaires de famille qui ne touchaient que nous
médecins; aujourd'hui se présente une affaire véritablement publique. Il s'a^'it
d'empêcher la peste syphilitique d'abâtardir les populations : je propose la nonii-
nation d'une commission qui sera chargée, après la séparation du Congrès, d'in-
CaOOQi— PROPHYI.AXie IMTEKNATIONAifi DES MALADIES VÉNÉRIENNES. S07
Mster près des gouTemementsde tous les pays, pour Tadoption des mesures jugées
PAtpres à empêcher la propagation du fléau.
Cette commission sera ce que vous voudrez ; ce sera le bureau, la commission
organisatrice^ ou une commission nommée par vous ; mais il faut donner à cette
commission des pleins pouvoirs; il y va de l'honnem' du Congrès que le résultat
•le ses délibérations ne soit pas stérile.
Cette proposition est accueillie par des applaudissements prolongés, et après
quelques mots échangés entre M. le professeur Béhier, M. Crocq, M. Jeannel,
M. Ricord, M. Lefort et M. le président Bouillaud, le Congrès décide que la com-
mission sera nommée après la discussion.
M. €>Mf| lit, au nom de M. le pi*ofesseur VlenUMlcK (de Binixelles), et au sien
propre, le travail suivant :
Bl» lia»IJBES PBOPHYLilCTltUl»
WaàÊJkTWVWm a I^A PROPAOATieii BfiS IIALADIi:.^
PAE M. LE PROFESSEUR CROCQ (DE BRUXELLES),
Délégué du gonveroement belge près le Congrèe.
Si je prends ai^ourd'hui la parole, c'est malgré moi et à mon grand regret, et
je dois conmiencer par faire appel à votre bienveillance. L'importante question
qui est à Tordre du jour de cette séance devait être traitée par une voix bien
plus campélente et bien plus autorisée que la mienne, celle de l'honorable pré-
sident de r Académie royale de médecine de Belgique, M. Vlcminckx; et nous
devons tous regretter d'être privés d'entcndi'c ici cette parole si élevée, si lucide,
!>i nette, cette argumentation si serrée, cette exposition si précise, qui constituent
les caractères du talent de ce savant confrère. Acclamé par vous comme vice-
président du Congrès, il a été vivement ému de cette marque de sympathie, et
il m'a chargé de vous en témoigner sa reconnaissance. En môme temps il m'a
fdit savoir que des chxonstances imprévues l'empêchaient de prendre à nos tra-
uux une part active, conmie il avait compté le faire, et il m'a demandé d'ex-
poser à sa place ce qui s'est fait en Belgique relativement à la prostitution, et les
lacunes que présentent encore à cet égard nos institutions.
La prophylaxie de la syphilis constitue un des problèmes les plus importants
et les plus délicats dont les médecins et les hygiénistes puissent s'occuper. Aucun,
i coup sûr, n'est plus digne d'êti'e discuté pai* une assemblée d'hommes sérieux
et amis de l'humanité, comme celle devant laquelle j'ai l'honneur de parler.
Permettez-moi ici, messieurs, de rendre à mon pays un hommage que je crois
mérité en le signalant comme le premier où cette question ait été appréciée à sa
uste valeur. En 1825, si je ne me trompe, la Société des sciences médicales et
308 CONGnÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. ^QUATRIÈME SÉANCE DE JOUR.
naturelles la mit au concoui-s; en 1836, un congrès médical, siégeant à Bruxelles
la discuta ; elle y fut mise en avant pai* deux hommes qui honorent la Belgiqui
par leur mérite et leurs travaux, mon regretté maître Gu«tin et Thonorabli
M. Vleminckx ; et depuis loi-s ils ne s'épargnèrent aucune peine pour faire appli
qucr les principes qu'ils avaient adoptés. Rendons hommage, messieurs, au
efforts couronnés de succès de ces hommes de bien.
Le programme du Congrès contient les phrases suivantes :
(c L'influence respective des diverses espèces de prostitution sur la propagatioi
» des maladies vénériennes n'est qu'imparfaitement connue. Or, c'est là une m^iI
» de question préalable dont l'impoiiance n'est pas douteuse. Si, en effet, de
n documents positifs, de provenances diverses, démontraient qu'il existe, à ce
yt égard, des différences considérables entre la prostitution réglementée et l
n prostitution clandestine, ces renseignements précis pourraient être le point d
n» départ de mesures administratives nouvelles, qui, légitimées à l'avance \^
» l'observation scientifique, seraient déjà par elles-mêmes un véritable progrès. ■
Chez nous, messieurs, l'influence respective des diverses espèces de prostitu
tiou est considérée conmie résolue. A Biiixelles, tout le monde est d'accord ic
cela résulte, en particulier, des enquêtes de la commission médicale) que h
prostitution clandestine est la source principale de la syphilis. La plupart de
femmes qui anivent à l'hôpital Saint-Pierre, atteintes de syphilis, sont des prn^ti-
tuées clandestines, et souvent leur afl'ection date de loin, ce qui leur a pemû
d'infecter de nombreux individus. La maladie est beaucoup plus rare^ et presque
toujours à son début, chez les prostituées soumises aux règlements et aux vL<ite<.
A Biiixelles, surtout, on a remarqué que la syphilis est devenue beaucoup moins
fréquente, et que les cas en sont devenus beaucoup moins graves, depuis qu'on
met en usage les mesures dont je vous entretiendrai tantôt.
La prostitution est nécessairement la source, le foyer toujours actif des malt'
dies vénériennes, et surtout des maladies syphilitiques. C'est donc à elle qu'il
faut s'en prendre si l'on veut aniver à des mesures efficaces contre ces aflection;
terribles qui empoisonnent l'organisme et vicient dans leur source les génératiotii
à venir, prenant ainsi les proportions d'une calamité sociale. « N'oublions pa$,
i> dit à cet égard le Conseil supérieur d'hygiène de Belgique, que le mal véné-
» rien n'est pas, à proprement parler, un mal local, n C'est de lui surtout qu'on
peut dire que toutes les parties du pays sont solidaires de sa propagation. Du
hameau le plus reculé où il a pris naissance, il peut aller, en se répandant et en
grandissant, jusqu'aux extrémités du royaume, et porter le ravage et la destnic*
tion. C'est à de bonnes mesures de police et d'hygiène qu'il faut demander cette
prophylaxie, et non à de prétendus préservatifs, eaux, lotions, et autres pratiques,
dont l'emploi est aussi impossible qu'incertain.
Voici comment s'exprime, à cet égard, M. Vleminckx, dans la lettre qu'il m'i
fait l'honneur de m'adresser pour me demander de parler à sa place sur ce
sujet :
<c La question posée est celle-ci : Esi-il passible de prùposer aux dioers gow^er'
n nements quelques mesures efficaces pour restreindre la propagaiêm des malûdk$
» véîiériennes?
)» Évidemment cela est possible, et s'il fallait juger des résultats généraux de
1» pareilles mesures par les résultats partiels que nous avons obtenus dans l'en*
CBOCQ. — PROPHYLAXIE UrTËRNATIONALE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 309
<> ceinte de Bruxelles, il serait impossible de nier qu'a l'aide de certaines près-
' criptions sévèrement exécutées, on ne puisse restreindre considérablement la
" propagation des maladies vénériennes.
» Le règlement sur la prostitution de la ville de Bruxelles est, sinon le nieil-
>* leur, du moins le plus complet que je connaisse; tout y est prévu, et il ne
B faudrait y ajouter que peu de dispositions pour le rendre parfait.
1 Les bases de ce règlement' sont les suivantes :
9 Visites souvent réitérées (tous les trois jours) de toutes les femmes inscrites
* au registre des prostituées.
■ Punition des prostituées qui ne viennent pas aux visites, récompenses pour
I celles qui ne manquent jamais de s'y présenter (cette récompense consiste
I dans la restitution, au bout de cinq visites, de la somme versée par elles pour
i \ T'tre admises).
» Envoi à l'hôpital de celles qui présentent la moindre altération suspecte des
» parties génitales.
• Défense aux médecins visiteurs de traiter les prostituées malades à domicile.
» Ou'avons-nous obtenu par l'emploi de ces mesures et leur énergique exé-
I cution? En très-peu de temps nous avons vu le chiffre des vénériens, dans nos
* hôpitaux civils et militaires, s'abaisser considérablement, et disparaître pour
> aiusi dire complètement les affections secondaires et tertiaires.
■ Cela est particulièrement remai'quable pour l'hôpital militaire de Bruxelles,
* m Ton ne rencontre plus guère que quelques gonorrhées, et par-ci paMà des
> accidents primitifs.
« A ces mesures générales j'en ai fait ajouter une plus spécialement applicable
> à l'armée (n'oubliez pas, messieurs, que c'est M. Vleminckx qui parle, et qu'il a
> été inspecteur général de l'armée belge). J'ai prescrit que chaque homme on-
' trant comme syphilitique dans nos hôpitaux militaires serait interrogé
l'urigine de son mal, si petit qu'il pût être, sur le lieu oîi il l'aurait contracté,
MUT la femme qui l'aurait contaminé. J'ai fait récompenser les soldats qui dénon-
çaient d'eux-mêmes le mal dont ils étaient porteurs. Sous le précédent gouver-
nement, au contraire, les vénériens étaient punis. Le résultat de ces mesures
a été des plus avantageux ; nous avons pu dénoncer ainsi à l'autorité civile plus
d'un bouge clandestin, et il nous est rarement arrivé de rencontrer dans les
rangs de l'année des phénomènes secondaires.
j» 11 est bien entendu que nous ne faisons pas les questions dont il vient de
^'agir pour le seul plaisir d'entendre les réponses. Procès-verbal est dressé
de chaque interrogatoire, et ce procès-verbal est envoyé immédiatement à la
police, qui procède sans retard à la recherche de la femme accusée.
• Des mesures à peu près identiques sont en vigueur dans toutes nos grandes
villes. Et je ne vois pas véritablement ce qui empêcherait le Congrès de les
r^ymmander à tous les pays.
» Seulement la question est de savoir si tom les pays les aixepteront ou pourront
iesneeepter.
> ici se présente nécessairement la gix)sse question des uistUuHons propres
à chaque pays.
» En Belgique, le gouvernement est, à l'heure qu'il est, sans droit pour rien
arrêter contre ou sur la prostitution. Aux termes de notre loi communale, la
yruUUnthn est d'intérêt communal exclusivement. Seules, les communes ont le
droit de réglementer tout ce qui y a rapport; le gouvernement doit se borner à
310 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.— QUATRIÈME SÉANCE DE lOUR.
» leur donner des conseils et à leur faire des recommandations. HeureusemenUc
» bon sens de nos populations est une de nos plus grandes garanties. Une adiui-
» nistration communale qui refuserait de rc^glemcnter convenablement la prosti-
» tution, et qui laisserait se propager les maladies véndriennes, courrait le risque
» d'être frappée d'ostracisme par le corps électoral. Nous autres Belges, nous
» sommes sous ce rapport dans les meilleures conditions^ et nous n'aurions
» qu'un souhait à faire, c'est que tous les pays jouissent de nos droits et de nos
» libertés.
ï) Les institutions des autres pays pennettent-elles de traiter la prostitution
» comme on la traite en Belgique ? Je n'en sais rien ; mais si effectivement elles
» n'y font pas obstacle, je ne saurais assez insister pour proposer à tous les gou-
» vernements les mesures que nous avons adoptées^ et dont nous avons obtenu
» d'incontestables bienfaits. »
Vous comprendrez maintenant, messieurs, le langage que j'ai tenu tout il
l'heure. Le Congrès n'a certainement pas le temps d'entrer dans les détails de la
question, qu'il doit abandonner à la Commission qui sera nommëe dans son
sein. Mais il pourrait, et je crois qu'il ferait en cela un acte utile, voter une
résolution générale, par laquelle il appellerait sur ce point l'attention de$
gouvernements, et émettrait le vœu de leur voir prendre des mesures pour faiie
réglementer convenablement la prostitution.
Le règlement de la ville de BiTixelles, cité par M. Vleminckx comme un modèle,
a servi de point de départ à tout ce qui a été fait en Belgique sur ce sujet. Une
date pas d'hier, car il a été promulgué en \SUU, à la place d'un autre qui ne
répondait pas tout à fait aux exigences de la situation. Il a donc subi l'épreuve
de l'expéiience, et les bienfaits que nous lui attribuons, personne ne peut les
nier, tellement ils sont évidents. Son application rigoureuse a surtout eu pour
résultat de faii*e disparaître presque complètement de Tenceinte de la ville de
Bruxelles la prostitution clandestine, dont je vous ai exposé tantôt la néfaste
influence.
Vous croirez sans doute, d'après cela, que chez nous, en Belgique, la syphilb
est en train de devenir une rareté. Heureux pays ! pas, bien entendu, pour les
spécialistes syphiliographes. Hélas! messieurs, nous n'en sommes pas encore là!
le fléau a beaucoup diminué, sans doute, mais il a des foyers qui l'entretiennent.
D'après nos lois, la prostitution est d'intérêt exclusivement communal. Certaine?
grandes villes l'ont réglementée, et avec grand avantage, et à leur tête marche
la capitale. Mais il y a encore des communes qui n'ont rien fait, ou qui n'ont pris
que des mesures insuffisantes, soit par incurie, soit par esprit d'économie mal-
entendu. Ne croyez pas, messieurs, qu'il s'agisse ici seulement des localités
murales, où la prostitution est nulle ou exceptionnelle ; non, ce sont des corn-
.nunes importantes situées aux portes mêmes de nos grandes villes. Elles de-
viennent ainsi le refuge de la prostitution clandestine, et constituent des foyei-^
indestructibles de syphilis.
On s*est beaucoup préoccupé de cet état de choses, et Ton a cherche à trouver
des moyens d'y obvier. En 1852 a eu lieu à Bruxelles un Congrès international
d'hygiène publique, présidé par l'honorable M. Vleminckx. Ce Congrès a porté
de nombreux fruits, et aujourd'hui, quinze ans après, sa bienfaisante influence
se fait encore sentir. Cette assemblée a pris à cet égard des résolutions impor-
tantes. Elle a admis la nécessité de faire intervenir dans cette question le pouvoir
CIOGQ.— PBOPHTLAXIB IIVTEMATIONALB DES MAlADlES YÊNÊRIENNES. SU
législatif, afin d'imposer aux communes le devoir de la réglementer convenable-
ment. En conséquence, elle a divisé les mesures è prendre en deux catégories,
les unes législatives, les autres administratives. Les premières devraient faire
l'objet d'une loi, les secondes de règlements locaux.
Les mesures de la première catégorie sont les suivantes :
« V Interdiction des maisons de prostitution ou de débauche, d ce n'est en
» Ycrtu d'une tolérance expresse de Tautorité coomiunale et moyennant les con*
> ditions de police et de salubrité posées par celle-ci.
» 2* Interdiction du stationnement et de la divagation des prostituées.
» 3* Action simultanée et uniforme des villes et conmiunes limitrophes pour
« les mesures relatives à la prostitution.
B 4* Extension et définition de la responsabilité des tenant maison de prosti*
» tution ou de débauche.
B 5" Interdiction de la prostitution des jeunes filles nûneures jusqu'à un âge
» déterminé.
» 6"* Placement des prostituées mineures dans des établissements de réforme
» jusqu'à un âge déterminé.
» l"* Extension, dans certains cas, aux prostituées âgées et indigentes des dis^
» positions relatives à la mendicité et au vagabondage.
» 8<> Renforcement des pénalités en ce qui concerne la police de la prosti«*
» tution.
B 9® Pénalités sévères contre les personnes coupables d'exciter, de faciliter
• ou de favoriser habituellement la débauche ou la corruption des mineures
« jusqu'à un âge déterminé, et contre les parents, tuteurs et gardiens, qui,
» même non habituellemeni, se rendraient coupables des mêmes offenses.
» 10** Tutelle spéciale instituée en faveur des enfants dont les père, mère,
• tuteurs ou gardiens seraient reconnus coupables d'avoir favorisé la débauche
B ou la corruption.
» 11'' Interdiction des annonces des remèdes secrets et des traitements appe*
B lés radicaux.
9 12^ Interdiction de loger des militaires dans les maisons de prostitution. »
Les mesures de la seconde catégorie sont les suivantes :
« 1* Surveillance médicale de la prostitution ; organisation des services des
» Tisites sanitaires.
» 2* Inscription des femmes qui se livrent à la prostitution.
B 3* Enquête avant l'inscription.
, B k* Interdiction des maisons de débauche dans certains quartiers et à proxi-
» mité de certains établissements publics.
» 5* Prohibition de toute provocation extérieure.
V 6^ Conditions ayant pour but de substituer les filles en maison aux prosti-
B tuées éparses.
>» 7* Interdiction aux tenant maison de retenir les filles contre leur gré.
B 8» Interdiction aux tenant maison d'admettre des jeunes gens au-dessous
B d'un âge détenniné.
» 9^ Séquestration de toutes les femmes atteintes ou suspectes de maladies
» vénériennes.
» 10"* Fréquence et gratuité des visites sanitaires ; encouragements à ces
B visites.
312 G0NGBÉ8 MÉDICAL IirrEBNATIONAL.~QUATIIlfellB SÊAI^GE DE JOUB.
D 11* Interdiction du traitement des prostituées à domicile.
» 12^ Admission des vénériens indigents et des prostituées dans les hôpitaux
» civils ou dans des dispensaires établis spécialement à cet effet.
» 13° Règlement disciplinaire sévère des salles de prostituées dans les hôpitaux
» et dispensaires*
TU 14" Encouragements aux institutions pour favoriser la rentrée des prostituées
» dans la société.
» 15** Visites isolées et périodiques des militaires et des marins.
» 16o Avertissement immédiat donné aux autorités compétentes de la source
)) de rinfection. »
Je n'ai pas besoin, messieurs, de vous faire remarquer la valeur et l' efficacité
des mesures adoptées par le Congrès de 1852, et en même temps leur portée hu-
manitaire et morale. Ce sont ces principes que déjà auparavant le règlement de
Bruxelles avait réalisés, pour autant que cela est possible sans l'intervention
d'une loi. L'inscription des prostituées est précédée d'une enquête sérieuse ; les
hôpitaux sont lai*gement ouverts aux vénériens; quant au service sanitaire, U est
fait par trois médecins, dont deux ont le titre d'inspecteurs, et le troisième celui
d'inspecteur-contrôleur, ce dernier étant chargé de la sun^eillance du service.
Ces idées n'ont pas encore été complètement réalisées chez nous ; la loi ne
s* est pas jusqu'à présent occupée de la prostitution, toujours considérée comme
d'intérêt exclusivement communal. Certainement je pense qu'il faut laisseriez
communes organiser ce service conformément à leurs besoins. Hais cela n'em-
pêche pas l'intervention de la loi ni de TËtat. D'autres objets se trouvent dans
une situation analogue, et en particulier l'un des plus importants pour la société,
l'enseignement primaire. Évidenmient, lui aussi, doit être laissé à l'initiative
des communes, mais cela n'empêche pas la loi d'intervenir pour indiquer
les dispositions générales qui devront être remplies. C'est rationnel, car U est
d'intérêt général que l'instruction soit convenablement dispensée à tous le$
citoyens d'un pays, mais U n'est pas moins d'intérêt général que la santé pu-
blique soit sauvegardée, et que des maladies ne puissent pas se développer dans
une commune pour de là envahir les autres. 11 serait donc à désirer, je le répète,
que la loi s'occupât de cette question, et en posât les pilncipes généraux, tout en
laissant aux autorités locales le soin de les appliquer conformément aux besoins
et aux exigences de leui's localités.
Cependant chez nous, jusqu'à présent, il n'en est pas ainsi. Aussi le Conseil
supérieur d'hygiène publique, sur l'invitation du gouvernement, s'occupa-l-il eu
1855 et 1856 de la question, et élabora-t-il un projet de règlement qui pût être
recommandé aux communes. U proposa en même temps, conformément à l'une
des résolutions du Congrès d'hygiène, d'élever à 200 francs d'amende et un moi>
d'emprisonnement les peines applicables aux contraventions sur la prostitution,
afin qu'elles pussent être réprimées efficacement. 11 insista enfin sur la nécessité
de rétribner le service médical de la prostitution en raison de son importance,
ainsi que cela se fait à Bruxelles, afin d'encourager les médecins chaiigésde
cette mission pénible et répugnante, et de relever leurs fonctions et leur
autorité.
Je ne vous lirai pas ce projet de règlement, expression dernière et la plus par-
faite des mesures instituées 0n Belgique, parce que cela pi*endrait trop de tenip"^:
mais je le joindrai comme annexe à mon travail.
CBQOQ. — PBOPHYLAXIE mTERNATlONALE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 313
Tel est» messieurs» l'ensemble des travaux accomplis en Belgique et des
mesures qui ont été prises. Vous jugerez jusqu'à quel point elles seraient accep-
tibles dans les pays auxquels vous appartenez respectivement.
Quelque utiles que soient ces mesures, je pense que le but ne sera pas com-
plètement atteint aussi longtemps que la loi n'interviendra pas pour rendre obli-
gatoire dans tout le pays leur exécution» comme l'avait voulu le Congrès d'hy-
friène» et aussi longtemps que tous les pays civilisés n'auront pas adopté des
mesures semblables. Je sais bien que c'est là une question difficile et délicate,
luaisle vif intérêt que nous portons à la santé» et» disons-le aussi^ à la moralité
publique^ doit nous porter tous à travailler de toutes nos forces pour atteindre
ce but.
Ine question qui a vivement préoccupé nos autorités et qui peut avoir une
grande influence» est celle de savoir par qui doivent êti*e supporiés les frais de
traitement des prostituées syphilitiques. De 1818 à 1854, ces fi-ais ont été sup-
portés chez nous par les communes où la prostituée avait son domicile de secours»
coDime cela se fait pour les autres malades.
En 1854» un arrêté ministériel a apporté à cette législation une modification
importante. Cet arrêté décide que les frais occasionnés par le traitement des
femmes publiques atteintes de la syphilis ne peuvent être réclamés à charge de
la commune domicile de secours de ces femmes» et ce par les motifs : 1*^ que la
guérison des syphilitiques est bien plus dans l'intérêt de la commune de rési-
dence que dans l'intérêt de la commune du domicile de secours ; 2** que ce
traitement est forcé» attendu que les prostituées ne sont pas reçues volontaire-
ment dans les hôpitaux, mais y sont amenées et retenues par l'ordre de l'auto-
rité de leur résidence.
Au premier abord, ces raisons paraissent plausibles; cependant» comme bien
TOUS le pensez» les >111es ont réclamé contre cette mesure. Leur opposition était
basée d'abord sur des raisons de légalité dont je n'ai pas ici à m'occuper» ensuite
sur ce fait que les grandes villes» et surtout Bruxelles» deviendi^aient le refuge
des prostituées de toutes les conmnunes environnantes» et seraient obligées de
les traiter à leurs ft*ais.
Voici comment s'exprime à cet égard un des magistrats communaux les plus
distingués de la Belgique» M. Watteeu» échevin de la ville de Bruxelles et men>
bre de la chambre des représentants :
« Les petites villes useront de toute espèce de moyens pour se débarrasser
> des prostituées malades; elles leur persuaderont notamment qu'elles ne peu-
» vent espérer de guérison qu'en allant se faire traiter dans les hôpitaux* des
> grandes villes; certaines administrations ne reculeront pas devant la contrainte
9 pour les obliger à quitter la localité. Ces malheureuses» ainsi pourchassées»
■ afflueront vers les grandes villes.
■ Bruxelles sera tout particulièrement victime de cet état des choses ; l'abus»
9 du reste» existe déjà» et il ne peut en être autrement dans la position exception-
> nelle où se trouve la capitale.
• Nous sommes entourés de cinq ou six communes qui» par leur population»
» ont l'importance de villes.
» Plusieurs de ces communes sont le refuge d'un nombre relativement consi-
» dérable de prostituées» et aucune n'a d'hôpital; tout au moins» elles sont
» dépourvues d'un service pour le traitement des syphilitiques. Toutes ces pros-
3i& GONGBkS MÉDICAL IMTEaNATlOKAt.— QUATRItMB SftAHCB DE JCHTR.
» tituées^ qui ont leur domicile de fait et de droit datu une commone voisine,
» qui n'exercent pas la prostitution dans la capitale^ sont pourtant envoyées dani
)) nos hôpitaux^ en cas de maladie. Si, d'une part, l'hiunanité^ le souci de la
» santé publique^ nous font un devoir de ne pas les repousser, d'autre part nous
» ne pouvons les recevoir qu'au détriment de nos indigents, dont les intérêu
» doivent avant tout nous préoccuper.
» Ce n'esl certes pas ce résultat que le gouvernement a voulu atteindre.
» Si le gouvernement tient à exonérer le domicile de secours, n'y aurait-il
» pas obligation pour lui, qui représente toutes les communes, d'assumer une
» charge qui ne peut, qui ne doit être imposée à quelques-unes, au profit des
» autres? D'ailleuin), ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'État est intéressé
» dans la question à divers titres ; n'y eût-il que l'intérêt de la santé de l'année^
T» que ce motif serait amplement suffisant. »
Ces arguments sont concluants ; ils le sont d'autant plus que la syphilis ne
constitue pas un mal local, mais une calamité sociale qui se propage et envahit
tout ce qui l'entoure. Une commune sjfphUitique dans un pays peut amener des
maux incurables ; il appartient donc au gouvernement, représentant les intérêts
généraux, d'empêcher la production de faits de cet ordre.
Il résulte de tout ce qui précède, que l'intervention de l'État est nécessaire à
deux points de vue différents, si nous voulons atteindre le but vers lequel tous
nous aspirons. 11 faut d'abord que la loi indique aux communes les obligations
qu'elles doivent remplir relativement à la prostitution. U faut ensuite qu'il sup-
porte^ tout au moins en partie, les frais occasionnés par le traitement des prosti-
tuées atteintes de maladies vénériennes. Il me semble que ces propositions,
n'énonçant que des principes généraux, sont parfaitement susceptibles d'être
acceptées dans tous les pays, quelle que soit la forme d'un gouvernement, et
quelle que soit aussi la différence des institutions qui les régissent .
AMMEXE
PROJET DE RÈGLEMENT COMMUNAL
SUR LA POLICE DE LA PROSTITUTION PROPOSÉ EN 1856
PAR LE CONSEIL SUPÉRIEUR D'HYGIÉNE PUBLIQUE DE BELGIQUE.
CHAPITRE !•'. — Des pillbs publiqurs.
Art, i•^ Sont réputées filles publiques, et comme telles soumises aux disposi-
tions du présent règlement, toutes filles ou femmes qui se livrent habituellemenl
^'i la prostitution.
Elles sont divisées en deux catégories :
1" Les filles en maison, c'est-à-dire celles qui sont à demeure fixe dans des
maisons de tol&ranee ;
T Les filles éparses ou isolées, c'est-à-dire celles qui ont un domicile par-
ticulier.
Aht. 2. Les unes et les autres sont tenues de se faire inscrire ai. i.urcau i?
police du lieu de leur résidence.
L'inscription de toute fille publique sera précédée d'un interrogatoire î^oiian!
CROCQ. — PROPHYLAXIE INTERNATIONALE DBS MALADIES VÉNÉRIENNES. SI 5
âur ses antécédents^ sur la position de sa famille et sur les motifs qui la déterm'
nent à s'adonner à la prosHhUion. Si la flUe annonce de bons sentiments^ ses
parents sont immédiatement avertis de la demande d'inscription.
Art. 3. Toute fille ou femme non inscrite qui sera signalée comme se livrant
à la prostitution sera mandée au bureau de police pour y être interrogée^ et^ s'il
y a lieu^ inscrite d'office par le collège des bourgmestres et échevins.
Celle qui n'aura pas obtempéré au premier appel pourra être punie des peines
établies par l'article W du présent règlement.
Art. ti. Un dossier sera affecté à chaque fille publique ; on y indiquera ses
nom et prénoms^ son kge, son lieu de naissance, sa profession et sa demeure.
Le dossier comprendra en outre la feuille où sera inscrit le résultat de l'inter-
rogatoire prescrit par l'article 2, ainsi que les pièces officielles constatant l'état
civil des filles inscrites. Tous les dossiers resteront déposés au bureau de police.
Art. 5. Après son inscription, chaque fille recevra un livret, qui contiendra
les principales indications contenues au dossier qui la concerne, et, de plus, son
signalement et sa signature^ si elle sait écrire.
Ce livret, en tête duquel sera imprimé un extrait du présent règlement, servira
à annoter les visites sanitaires subies et les changements de demeure de celle qui
en sera porteur.
Le collége*des bourgmestres et éche\in en fixera le prix pour chaque catégorie
de filles publiques.
Art. 6. Il est strictement défendu aux filles inscrites de se prêter leurs livrets.
Elles doivent toujours en être nanties et l'exhiber à toute réquisition des agents
de police ou des médecins visiteurs.
Si une fille publique vient à perdre son livret, elle doit en demander un autre
dans les \ingt-quatre heures.
Art. 7. Toute fille publique, en maison ou éparse, qui voudra changer de
demeure, sera tenue préalablement d'en faire la déclaration au bureau de police,
et de faire viser son livret par le commissaire.
Elle devra, en outre, se soumettre à la visite du médecin désigné par l'admi-
nistration communale.
Le changement d'habitation ne pourra se renouveler plus de deux fois par
mois, si ce n'est pour cause indépendante de la volonté de la fille.
Quand une fille publique quitte clandestinement une maison de tolérance, le
tenant maison doit, dans les vingt-quatre heures, en faire la déclaration au bureau
de police, et remettre, s'il le peut, audit bureau le livret de la fugitive.
La même obligation incombe aux propriétaires ou locataires qui auraient logé
des filles éparses disparues clandestinement.
Art. 8. Les filles en maison seront toujom^ libres de quitter l'établissement
auquel elles appartiennent, en se conformant toutefois aux prescriptions du pré-
sent règlement.
Art. 9. Aucune fille éparse ne pourra demeurer chez un débitant de boissons.
Le collège des bourgmestres et échevins pourra, en outre, défendre aux filles
éparses de demeurer dans certains quartiers ou dans certaines maisons.
Art. 10. Le stationnement ou la divagation des filles publiques sont interdits.
Toute fille trouvée en contravention sous ce rapport est arrêtée sur-le-champ.
Art. li. Il est strictement défendu aux filles éparses de conduire ou de rece-
voir des hommes ailleurs que dans des maisons de tolérance.
Art. 12. Lorsqu'une fille inscrite voudra obtenir sa radiation, elle en fera la
316 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL* — QUATRIÈME SÉANCE DE JOOR.
demande au collège des bourgniesti*es et échevins^ lequel statuera comme il
appailiendra, et ordonnera^ le cas t^chéant^ la $upprei»sion du dossier qui la
concerne.
La radiation et la suppression du dossier auront lieu d'office en cas de décès ou
de mariage.
CHAPITRE II. — Des maisons de tolérance.
Art. 13. Aucune maison de tolérance ne peut être établie sans l'autorisation
du collège de& bourgmestres et échevins. Cette autorisation est toujours révocable.
Elle n'est valable que pour la personne qui l'aura obtenue et pour la maison qui
y est désignée. Aucun changement ne poun*a être apporté à la maison sans per-
mission préalable de l'autorité communale.
Art. 14. Les maisons de tolérance seront situées^ autant que possible^ dans
des rues écartées et aux endroits où les maisons n'ont points en face, des fenêtres
d'habitation.
En aucun cas^ elles ne poun*ont être établies à proximité de maisons d'éduca-
tion ou d'édifices consacrés au culte; elles ne pourront avoir des portes de der-
rière ou dérobées^ et leurs fenêtres^ ayant vue sur des propriétés voisines, doivent
n»stcr closes et être garaies de verre mat ou dépoli.
Art. 15. Les maisons de tolérance sont divisées en deux catégories :
1*^ Les maisons où les femmes sont à demeure flxe;
2° Les maisons de passe ou de rendez-vous, où les filles éparses sont admises.
Art. 16. Toute personne qui demandera l'autorisation d'établir une maison de
tolérance devra indiquer sa destination, comme maison de Tune ou de l'autre
catégorie.
Art. 17. Il ne sera permis, en aucun cas, d'affecter le même établissement aux
deux destinations indiquées ci-dessus.
Art. 18. Aucune femme mariée ne sera autorisée à ouvrir une maison de tolé-
rance qu'avec l'assentiment écrit de son mari.
Art. 19. L'autorisation délivrée par l'administi^ation conmiunale sera subor-
donnée, outre les prescriptions contenues dans le présent règlement, à telles con-
ditions que cette administration jugera nécessaires dans l'intérêt de l'ordre et de
l'hygiène.
Art. 20. Les tenant maison de tolérance ne pourront louer des appartements.
Art. 21. Les maisons de tolérance ne pourront porter aucune enseigne ni
aucun autre signe d'un débit quelconque, visible à l'extérieur.
On ne poun^a y vendre à boire publiquement et à porte ouverte, ni exercer
aucune profession publique, à moins d'une autorisation spéciale du collège des
bourgmestres et échevins.
Art. 22. Le libre accès des maisons de tolérance devra être livré, à toute heure
du jour et de la nuit, aux agents de la police.
Art. 23. Toute provocation à la débauche de la part des tenant maison ou de
leurs subordonnées est expressément défendue. 11 est notamment interdit à celles-
ci de se montrer aux fenêtres et de stationner aux portes.
Art. 2^(. Les tenant maison ne peuvent recevoir chez eux des mineurs, des
gens i\Tes ni des insensés.
Il leur est interdit de loger chez eux des militaires.
Art. 25. Les tenant maison ne pourront loger aucune fille publique sans en
avoir fait la déclaration préalable à la police.
CROGQ. —PROPHYLAXIE INTERNATIONALE DES MALADIBS VÉNÉRIENNES. 317
Ils sont obligés d'indiquer également à la police les nom> prénoms, âge et' lieu
de naissance de toute femme de peine qu'ils tiennent à leur service.
Art. 26. Il leur est défendu de recevoir^ tenir ou héberger des femmes en-
ceintes sans en faire sur-le-champ la déclaration à la police.
Art. 27. Ils ne peuvent^ sous aucun prétexte^ retenir conti'c leur gré les filles
publiques qui voudraient quitter leur maison.
Le tenant maison qui sera convaincu d'avoir mis obstacle au départ d'une fille
sera puni du maximum des peines ci-après comminées^ sans préjudice de pour-
suites plus graves en cas de séquestration ou de détention illégale.
Art. 28. Lorsqu'une fille quittera une maison, le tenant maison sera obligé
d'en donner immédiatement avis à la police, en indiquant autant que possible le
lieu 011 eUe se sera rendue.
Art. 29. Les tenant maison devront se conformer en tous points aux prescrip-
tions hygiéniques qui pourront leur être faitcô au nom du collège des bourg-
mestres et cchevins par les médecins visiteurs.
Art. 30. En cas de voies de fait ou de tapage de nature à troubler la ti'anquillité
publique, le tenant maison chez lequel se commettront ces désordres devra en
prévenir immédiatement la police.
Art. 31. Lorsqu'une maison de prostitution clandestine sera signalée au col-
lège des bourgmestres et échevins, celui-ci fera procéder à une enquête adminis-
trative pour s'assurer des faits, et, s'il y a lieu, il fera fermer l'établissement,
obligera les fenunes qui s'y trouvent à se soumettre à la visite, et les fera inscrii'e
d'office sm* le contrôle des filles publiques.
Le tenant maison sera, en outre, poursuivi et puni du maximum des peines
comminées par le présent règlement.
Art. 32. Une rétribution sera payée par tous les tenant maison de tolérance,
d'après un tarif arrêté à cet effet par l'administration communale. Le pixiduit de
cette rétribution sera affecté aux dépenses résultant de l'organisation des visites
sanitaires et du traitement médical.
CHAPITRE III. — Des visites sanitaires.
Art. 33. Les filles publiques subiront au moins deux visites sanitaires par
semaine.
Ces visites seront faites avec le plus grand soin et à l'aide des instruments néces-
saires, par le médecin que le collège des bourgmestres et échevins désignera à cet
effet. Le médecin visiteur inscrira sur le livret de la fille visitée la date de chaque
visite.
Art. 3&. Les filles éparses payeront, à chaque visite, une taxe dont le montant
sera fixé par le collège des bourgmestres et échevins.
Art. 35. Il pourra être fait remise de la taxe à celles qui, pendant un mois, se
seront rendues exactement aux visites.
Celles qui auront manqué d'exactitude seront soumises à double taxe pour
chaque contravention ; elles pourront être condamnées, en outre, à un emprison-
nement de un à cinq jours.
Art. 36. Indépendamment des visites ordinaires dont il est fait mention à
l'article 33, les filles publiques sont tenues de se soumettre à des contre-visitet:
toutes les fois qu'eUes en sont requises par la police.
Ces contre-visites auront lieu sans frais.
318 COHGBÈS UÊDIGAL IMTfiRIiATIOllAL, ~ QUATRl^E SÊAMCfi D£ JOUi«
ART. 37. Les tenant maison de tolérance de la première catégorie sont res-
ponsables de l'exactitude des femmes à se soumettre à la visite.
Art. 38. Les filles étrangères à la commune qui refuseraient de se soumettre
à la visite ou à toute autre disposition du présent règlement^ pourront^ indépen-
damment dei autres pénalités qu'elles encourront^ être immédiatement expulsées
de la commune^ et renvoyées au lieu de leur naissance ou 4e leur domicile.
Art. 39. Toute femme âgée de moins de cinquante ans, non inscrite comme
fille publique^ qui demeure dans une maison de tolérance, est tenue de se sou-
mettre à la visite.
11 en est de même de toute femme tenant maison de tolérance, et qui n'est pas
en puissance de mari.
Les visites de ces catégories de femmes auront toujours lieu àdomicUe et sans frais.
Art. /iO. L'emploi de toute ruse ou fraude de la part d'une ijlle publique pour
tromper le médecin visiteur sur son état de santé sera puni du maximum des
peines de simple police.
Art. &1. Les filles publiques et les tenant maison de tolérwce sont obligés
d'obtempérer aux ordres des médecins visiteurs.
Ceux qui insulteraient ces derniers d'une numière quelconque pourront être
arrêtés inmiédiatemcnt et conduits devant un officier de police; ils seront punis
conformément aux dispositions de l'article 46.
Art. A2. Il est expressément défendu aux médecins visiteurs de recevoir aucune
rétribution ou émolument pour tout ce qui concerne le service sanitaire» soit des
tenant maison de tolérance, soit des filles publiques en maison ou éparses.
11 leur est également défendu de traiter à domicile le$ tenants maison, leurs
servantes ou les ûUes qui s'y trouvent, quelle que soit la maladie dont ils puissent
être atteints.
Art. 43. Toute fille atteinte de maladie vénérienne ou de toute autre maladie
contagieuse sera immédiatement envoyée à l'bôpital, sur la déclaration du mé-
decin visiteur.
Aht. 44. Toute femme dont l'état est douteux sera envoyée en observation à
l'hôpital, jusqu'à ce que son état de santé ou de maladie soit bien constaté.
Art. 45. Lorsque la guérison d'une fille publique permettra sa sortie de l'hô-
pital, elle sera immédiatement mise en liberté. Toutefois, avant sa sortie, elle
sera interrogée par l'agent préposé à cet effet, pour connaître ce qu'elle se pn^
pose de faire. Ses réponses seront consignées au dossier qui la concerne-. Si clic
témoigne l'intention de s'adonner de nouveau à la prostitution, son ancien livret
lui sera restitué, à moins qu'elle ne préfère en prendre un autre.
Dans le cas où elle voudrait, au contraire, se livrer au travail, entrer dans une
maison de refuge ou retourner dans sa famille, la police lui fiieiliteFa l'accom.
plissement de son désir.
«
CHAPITRE IV. — Pénalité».
Art. 46. Indépendamment, et sans préjudice des peines portées par les lois,
les contraventions aux dispositions du présent règlement seront punies de 5 à
15 francs d'amende et d'un emprisonnement d'un à cinq jours, séparément ou
cumulativement, selon les circonstances et la gravité du fait (i).
(1) Gèft pénalités sont les plus éUvées qus la loi autorÎM actUeUemwit ; mais le Conseil su-
périeur d'hygiène a proposé de modifier cette loi de manière à permettre de les porter à 200 tt'
d'amende et un mois d'emprisonnement.
JEANNU. — PBOPHÎLAXIE UfTBRNATIONAU OIES MALAOUS TÉNftRlBNNBS. 316
Le maximum de ces peines sera toigours appBqué dans le cas de rëcidire.
Aht. 47. Le collège des bourgmestres et échevins prendra les dispositions
nécessaires pour Texécution du présent règlement.
PR«PHYIiA3ILlK BBS HALjLBIBS VÉIVÉBIBWZiBS
PAR M. LE DOCTEUR JEANNE! (dK BORDEAUX).
Dans Timpossibilité où nous nous trouvons, faute d'espace, de publier in extenso
le mémoire présenté au Congrès par M. le docteur Jeannel, nous en offrons les
chapitres les plus importants qui traitent des mesures internationales destinées à
empêcher la propagation des maladies vénériennes par les marins des navires
marchands et de l'organisation du service médical. Ensuite nous reproduirons
l'ensemble des conclusions formulées par l'auteur, qui comprennent un projet de
règlement proposé pour être appliqué uniformément à tous les dispensaires et à
tous les bureaux des mœurs.
CHAPITRE IV.
QCksnON DE L'fiXnNCnON DE LA SYPHnjS« — MARINS DES NAVIRES MARCHANDS
ET ÉTRANGERS.
SI.-— Etat de la question.
iosqu'à présent je me suis borné à démontrer les bons résultats des mesures
sanitaires opposées à la propagation des maladies vénériennes et à indiquer les
perfectionnements dont je les crois susceptibles; j'aborde maintenant la partie la
plus imp<Hlante et en même temps la plus difficile de mon sijget : je vais proposer
des institutions nouvelles dont la création me paraît indispensable pour obtenir
rextiBctk>n de ces maladies.
Les marins des navires marchands français ou étrangers qui arrivent dans
nos villes après avoir abordé des ports où les prostituées ne sont soumises à
aucun règlement sanitaire, sont la cause première du renouvellement ou de la
propagation de l'infection vénérienne.
d s'agit d'abord de démontrer cette proposition« J'ai déjà dit que le nombre
total des marins français ou étrangers arrivant annuellement dans les ports flran-
çais s'élève à Si6 000« et j'ai cherché à prouver que dans cette population le
ucMobre des hommes infectés doit être de 5 pour ÎOO au moins.
Je trois nécessaire de mettre d'abord cette assertion à l'abri de toute dénéga-
tion. Je me fonde sur des faits de plusieurs ordres.
En Angleterre, en 1853» lors de l'examen des recrues pour la milice, des sujets
atteints de symptômes* vénériens ont été trouvés dans la proportion de 25
pour 100.
D'après le docteur Acton^ sur 13 081 malades entrés dans le service de chi-
rurgie à l'hôpital établi à Greenvrich pour les marins du commerce sur le vais-
seau Dreddnought, dans une période de cinq ans, de 1837 à 18&1^ les vénériens
320 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.-^ QUATRIÈME SÉANCE DE JOUR.
ont figuré pour 3703, soit presque pour le tiers du nombre total des malades.
(Voy. llicHELOT, Prostit. en Angleterre, in ParerU-Duchàtelet, t. H, p. 608.)
Nous avons le rapport des malades à refiectif de la garnison, pour Tannée de
teiTe, dan? quelques-unes de nos villes maiîtimes. D'après M. Didiot, à Mar-
seille, la moyenne annuelle, pour la période de 1861 à 1865, a été de 12i!i ma-
lades pour 1000 hommes d'effectif.
A Bordeaux, la moyenne annuelle, pour la période de 1862 à 1866, a été de
55 pour 1000 hommes d'effectif.
D'après M. Rochard, « plus du quart des marins et des soldats est infecte
tous les ans ; les vénériens entrent pour un cinquième dans le nombre des ma-
lades admis à Thôpital de Brest, et figurent pour près d'un tiers dans celui des
jouraées. Ces données positives permettent de se faire une idée de ce que doit
être la syphilis dans le reste de la population, des ravages qu'elle doit exercer
pai'mi les prostituées de toute espèce, dont la majorité n'est soumise à aucun
traitement régulier. (Voy. Rociiard, De la prostit. à Brest^ in Parent-Duchàielei,
ouvr. cité, t. II, p. /i35.)
Voici le tableau statistique des vénériens et des journées de vénériens danslcb
hôpitaux de la marine des cinq poris militaires de l'empire français en 1865.
Nombre de» oialadeB Journées de maUdies
vënèrivns. Ténériennes.
Cherbourg 517 21 569
Toulon 873 35 82d
Lorient 246 10 086
Brest 1500 61 500
Rochefort 541 22 181
3677 151 160
(Note communiquée par Tadministration de la marioe.)
Ce document conserve une grande valeur pour la question qui m'occupe, quoi-
qu'il ne soit pas possible d'y joindre le chiffre de l'effectif en raison des mouve-
ments continuels des navires de guerre.
Ce sont là, sans doute, des indications plutôt que des preuves directes; elles
me paraissent avoir pourtant une valeur réelle pour faire admettre que mon éva-
luation de 5 pour 100 de malades annuellement, parmi les matelots de la marine
marchande, est extrêmement modérée.
D'un autre côté, la proportion des malades, parmi les femmes qui échappent
aux visites sanitaires périodiques, peut aussi donner une idée de la proportion des
malades parmi les hommes qui s'exposent fréquemment comme elles à l'infec-
tion, et qui ne subissent comme elles aucune contrainte quant à la cure de leurs
maladies.
Et, d'ailleurs, la statistique des malades parmi les pix>stituées dandestineti
arrêtées et visitées dans nos gi-andes villes nous permet de mesurer approximati-
vement le danger auquel les matelots sont exposés, dans les villes où la prostitu-
tion n'est l'objet d'aucune mesure sanitaire.
A Paris, de 1816 à 1828, les prostituées clandestines arrêtées par la pc^ce ont
été trouvées malades dans la proportion de 26 pour 100) et de 1845 à 185& dans
la proportion de 19 pour 100.
Cette proportion de 19 pour 100 de malades se reti*ouve encore en 1866 parmi
les prostituées clandestines arrêtées à Paris. (Communication de M. Lecour, chef
de division à la préfecture de police.)
JEARlfCL.— PROPHÏUXIB INTERNATIONALE DES M AL AMES TËNÊBIENNES. 3^1
Uans diverses circonstances, les prostituées clandestines ramassées à Saint'
doud^ à Boulogne, à Sèvres et aux alentours des casernes de la capitale, ont été
trooTëes malades dans la proportion de /iO à 50 pour 100.
A Strasbourg, en 1853, la proportion des prostituées clandestine? trouvées
malades s'est élevée d'abord à 83 pour 100; cette proportion était encore de
73 pour 100 en 185/i, de 50 pour 100 en 1855 et de 32 pour 100 en 1856.
A Bordeaux, la proportion des malades parmi les prostituées clandestines,
qui était de &9 pour 100 en 1859, était encore de 25 pour 100 en 1865.
Tout en reconnaissant que les évaluations fondées sur des faits plus ou moins
.^luilaires sont sujettes à controvei'sc, je pense qu'on n'hésitera pas à conclura
avec moi que si 316 000 marins débai'quent annuellement dans nos ports. Tin*
(ection vénérienne y est pix>pagée au moins par 15 800 malades.
Mon raisonnement se concentre en ces termes : Si les filles non visitées régu-
lièrement sont malades dans la proportion de 19 pour 100 à Paris et de 25 pour 100
à Bordeaux, où le service sanitaire est très-bien organisé; si les prostituées sont
infectées dans la proportion de 50 pour 100 dans les villes où il n'existe pas de
senice sanitaire, l'évaluation de 5 pour 100 de malades parmi les marins qui fré-
quentent ces filles ne peut pas être considérée comme exagérée.
Enfin j'invoque la statistique médicale officielle de la marine militaire
anglaise. En 1862, l'efTectif des navires en station sur les côtes du Hoyaume-Uni
a fourni des vénériens dans la proportion de 1&3 pour 1000. Efi'ectif, 20 760;
^ënâiens, 2978.
Or, comme le remarque avec raison M. Rochard, « les marins rapportent de
« leurs campagnes le besoin de jouissances de toute nature qu'engendrent les
« longues privations, et l'argent nécessaire pour le satisfaire ». (Voy. /oc. ctl.,
p. 418.)
{ II. --- Visites à l'arrivée.
Du r^ste, tous les hygiénistes sont d'accord pour réclamer la visite sanitaire des
marins avant le débarquement. Cette visite était déjà proposée en 1761, dans une
lettre publiée à Londres par un anonyme (A Lstter on the venereal disease), « Dans
» tous les ports de mer, on établira des officiers de santé qui, sous la direction
* des chirurgiens, examineront toutes les personnes qui aborderont en Angle-
> terre ou en Irlande. Si elles sont attaquées de ce cruel mal, on aura soin de les
> séquestrer jusqu'à leur guérison, à laquelle on travaillera à leurs fiais si elles
> ont de quoi faire la dépense ; dans le cas contraire, ce sera aux dépens du
s public, n (Voy. Lagneau, Ann. d*hyg., 1855, t. UV, p. 305.)
En 1710, Hestif de la Bretonne, dans son Pamographe, demandait que tout
étranger ne pût pénétrer en France qu'avec un billet de santé délivré à la fron*
tière.
Parent-lhichâteletf comparant la syphilis à la peste, s'indigne de ce que la
plus funeste de ces deux maladies ne soit l'objet d'aucun accord, d'aucune me-
sure préservatrice de la part des gouvernements. « Des millions, s'écrie-t-il, sont
« dépensés tous les ans depuis plus d'un siècle pour la peste, qui n'a pas dépeuplé
« Constanlinople, pour la fièvre jamie, qui n'a pas empêché l'accroissement pro-
9 digieux des villes d'Amérique ! Et rien pour détruire la plus grave et la plus
» effroyable des pestes, qui, depuis trais siècles, réside parmi nous. Voilà ce qui
» ne peut se comprendre et ce qui excitera l'ctonncmcut de nos eufauts, qui ue
2i
522 GO^ftRk» KfiDIGAL leiTBRNATIOn AL. -- Q0ATRtÈIIB fttANCE DE JOUB.
» pourront se rendre compte d'une pareille aberration. » (Voy. owcr. tH., t. il,
p. 6050
Petermann insistait sur la néceMité d'adopter des mesures simultanées sous
peine de lef yoir rester infructueuses, et d'étendre les précautions sanitaires à lou^
les Etats européens. (Voy. Ann. d'hyg., t. XVI, p. 299.)
Lorsque M- Acton, lorsque M. Michel Lévy, dans les passages qui serrent d'épi*
graphes au présent travail, ont rangé l'extinction de la syphilis parmi les ques-
tions sociales, ils ayaient en rue quelque système de séquestration analogue aui
quarantaines.
M. Lagneau affirme que la visite imposée à tout marin national ou étranger dcj^
navires de eommeroe serait très-utile, mais il se montre réservé quant aux
moyens d'exécution. « il serait peut-être possible, dit-il, de leur défendre de
» descendre à terre avant leur guérison, ou bien de les retenir dans des sortes
B de laiarets où ils pourraient recevoir les négociants avec lesquels ils feraient de^
« affaires, mais où aucune fenmie ne serait admise. » 11 espère que la perspec-
tive de la quarantaine les engagerait à se soigner dans le cours de leur voyage.
(Vey. Am. d'kyg., t. LV, p. 59.)
Selon M. Richelot, «la visite sanitaire appliquée aux matelots à leur arrivée
« dans les ports français présenterait sans doute de grandes difficultés; cepen-
« dant on en conçoit la possibilité. Et quand on ré/léchii que ces hommes apporteiU
« dans nos ports une masse waimenê effrayant» de coniagUm, on est invinciblement
V porté à élever la voix pour demander une législation qui vienne imposer une
« digue à cette funeste importation. » (Voy. Mal vén, de Hunter, etc., p. 765.)
En conséquence, il propose « d'exiger des matelots de la marine marchande^
Y soit nationaux, soit étrangers, avant de leur permettre de descendre à terre,
» un certificat médical constatant qu'ils sont exempts de toute maladie véné-
n rienne».
La conmdssion lyonilaise, par l'organe de M. Garin, dont j'ai tant de fois cité
l'exceUent travail, est très-explicite quant à la nécessité des conventions sani-
taires iatemationales pour arriver à l'extinction de la syphilis; elle s'exprime
ainsi : « Ce ne sera donc pas asseï d'établir en France des hôpitaux et des dis-
« pensaires partout librement et gratuitement ouverts aux vénériens de tous les
» pays; on devra provoquer au dehors, dans les contrées voisines et ches tous le»
« peuples civilisés, des mœurs analogues. Les traités internationaux, qui unissent
« et harmonisent les intérêts industriels des nations, ne sauraient être sans effets
« quand ils aui'ont à intervenir pour un intérêt plus grand encore, pour la pro^
« périté et la sécurité de l'espèce humaine, w (Voy. ùuor. ctlé, p. 111.)
Des faits que j'ai cités et des opinions que j'ai rapportées, je conclus que toutes
les mesures opposées à la propagation des maladies vénériennes demeureront
impuissantes tant que les matelots de la marine marchande ne seront soumis à
aucune visite sanitaire, et tant que les vénériens trouvés parmi eux ne seront pas
séquestrés jusqu'à guérison.
Les institutions et les règlements destinés à réaliser cet immense progrèt
humanitaire devront être discutés et adoptés par une conférence internationale
réunissant l'élite des hygiénistes et des administrateurs.
Cette conférence arrêtera certainement les mesures les mieux combinées el
les plus efficaces. Mais mon travail resterait incomplet si j'omettais de propeser
et de développer moi-même, sur cet important sujet, un plan susceptible de
fournir au modns une base à la discxission.
JElimU ^ MOraYLUIE INTERNATIONAL! Df» HALAAIKS VtXÈRmiNti. 3SS
I III. *— Plan propoié.
U prophylaxie internationale des maladies vénériennas comporterait datii
institutions distinctes :
1* Visites sanitaires;
T Des hôpitaux-lazarets.
i* Yitiie$ sonitotres. ^ Les visites sanitaires, pour être d'une efficacité ^bsolttÇj
devraient avoir lieu au départ et à l'arrivée des navires.
Je donne à mes propositions la forme d'un projet de règlement.
Akt. 1*'. Le capitaine de tout navire en partance doit être muni d'un certificat
de santé concernant nominativement tous les hommes de son équipage et revAtu
du visa du consul de sa nation.
Ait, 3, Ce certificat sera délivré par le médecin sanitaire attaché au consulat
de la nation à laquelle le navire appartient.
Abt. 3. Les hommes trouvés malades seront retenus à terre« et ceux qui seront
trouvés atteints de maladie contagieuse 9eront séquestrés jusqu'à guérison dans
on hôpital spécial.'
Akt. 4. Les malades vénériens qui ne pourront ou ne voudront pas payer
le» fiw de lem* traitement seront traités aux frais de leur gouvernement res-
pectif.
Abt. 5. Les malades vénériens qui consentiront à payer les; frais de l#ur
traitement seront reçus dans des chambres particulières*
U est trëa-important de faire observer que le certificat de santé ayant pour bui
d'établir U validité des hommes d'une manière absolue dans l'intérêt du service
miritime et dans l' intérêt des armateurs, la visite sanitaire ne soulèTerait pas les
, mimes répugnances et ne rencontrerait pas les mêmes difficultés que «i elle
avait pour but unique la recherche des maladies vénériennes.
Et il est évident que si toutes les nations civilisées se concertaient pour em-
picher l'embarquement des marins affectés de quelque maladie que ce fût»
) compris la syphilis, non-seulement les armateurs y gagneraient de ne point
«Qgsgcr des hommes qui font un service mauvais ou nul, et qu'ils sont obligés
de payer Jusqu'à ce qu'ik les aient rapatriés i maU encore le problème de Vej^-
tinction des maladies vénériennes serait bien près d'être résolu dans les pays
où la prostitution serait surveillée selon les principes que j'ai développés,
Akt. 6. Tout navire arrivant ne pourra être admis à la libre pratique
<ia'après la râite sanitaire de son équipage-
Ut. 7. Cette visite lera faite par le médecin attaché au consulat de la netîQQ
à laquelle le navire appartient,
iBT. ë. Les honunes trouvés atteints de maladies contagieuies queleen-
ques seront séquestrés jusqu'à guérison> ainsi qu'il a été dit ci-dessus articles i,
lit 5.
(fo conçoit que la patente nette délivrée au départ dans tous les ports d'arme-»
tttnt ne suffirait pas pour assurer l'intécorité sanitaire des hommes à l'arriTéei
à cause de Tincubaf ion des maladies qu'ils auraient pu contracter peu de tempe
avant leur embarquement^ et à cause de celles qu'ils auraient pu contracter
pendant les relâches.
iik GOKGIlfeS UtDlCkL INTERNATIONAL. — QUATRIÈIIB SÉANCE DE JOOB.
Ccpcndanl il est h présumer que si la visite au départ était généralisée dans le
monde civilisé, la visite à Taiiivéc^ dont l'exécution offrirait de très-(^ve« difG-
cultes^ perdrait beaucoup de son importance hygiénique, et peut-être poumit-
elle être abandonnée.
Voilà pour les visites sanitaires.
Mais ce nouveau régime comporte l'organisation d'hôpitaux-laxarets pour k
séquestration et le traitement des hommes trouvés atteints de maladies Tcné-
riennes : la véiîtable difQculté est là. 11 faut pourtant remarquer que la visite
sanitaire au départ éliminerait le plus grand nombre des hommes infectés, et
que bon nombre de vénériens sentiraient la nécessité de se faire guérir avant de
s'embarquer, afin de se soustraire à la séquestration, suite inévitable de la visite
de départ.
I^s divers éléments du système sanitaire que je propose sont corrélatifs.
Ce système comporte aussi l'organisation, dans tous les ports des pays civilisé:,
d*une surveillance sanitaire des prostituées analogtic à celle dont j'ai formulé le
règlement, et dont les bons résultats sont péremptoirement prouvés par l'expé-
nence à Paris, à Bordeaux, à Lyon et à Bruxelles, etc.
n est donc à espérer que le nombre des matelots infectés diminuerait rapide-
ment, et que le problème de l'organisation hospitalière et de la séquestration se
trouverait par là simplifié.
2" HôpUaitayhzarets, — On pourrait procéder à la construction des hôpitaui'
lazarets, par corps de bAtiments ou pavillons successifs, d'après les besoins qu'in-
diqueraient les visites sanitaires aussitôt qu'elles seraient organisées.
Ainsi, pour Maraeille, par exemple, qui reçoit annuellement 87 000 matelots
finançais ou étrangers (i), on commencerait par construire, sur un emplacement
sufllsamment vaste pour se prêter à l'extension des bâtiments, un premier
pavillon renfermant, outre les services accessoires (cuisine, pharmacie, bain,
lingerie, etc.), des salles pour 200 lits, qu'on se réserverait de multiplier selon
les besoins.
Chaque gouvernement devrait pourvoir à la construction, d'après un plan con-
venu, des hôpitaux-lazarets que la Conférence internationale aurait jugés néces-
saires.
En France, les hôpitaux-lazarets seraient sous la surveillance de l'inspecteur
général des services sanitaires et des médecins des épidémies pour tout ce qui
concerne le service médical.
Chaque gouvernement devrait rembourser les frais de traitement de ses natio-
naux.
Le règlement des hôpitaux-lazarets, arrêté par la Conférence internationale,
serait uniforme quant à l'admission, la séquestration et la sortie des malades, la
discipline intérieure, etc. Je ne crois pas devoir entrer dans ces détails. Je fais
seulement observer que les malades pourraient recevoir des visites, excepté de la
part des femmes.
I^ haute surveillance administrative serait confiée, dans chaque ville, à une
commission composée des trois consuls des nations qui auraient fourni le plus
grand nombre de matelots malades; cette commission serait présidée par no
fonctionnaire supérieur de la marine indigène.
(l) Sans compter le petit cabotage.
JEARUEU -«- PIOrattAXlE INTERNATIONALE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. S2S
Je eroU devoir igouter ici quelques données administratives et financières
<{uuit à Torganisation de ce nouveau service en France.
45 000 malades par année, en admettant que la durée moyenne du traite-
ment fût de 25 jours, exigeraient 1515 lits d'hôpitaux. A raison de 3500 fhmcs
pur lit, la 8<»nme totale à dépenser pour le premier établissement s'élèverait à
5 302 500 francs.
A raison de 650 francs par lit, la dépense annuelle, pour le traitement des
malades, serait de 98/i 750.
Le quart de cette dépense environ étant remboursé par les puissances étran-
gères ou par les malades pa^fants, il resterait à la charge de la Fmnce une
somme de 758 568 francs, augmentée de ce qu'il faudrait payer à l'étranger
pour le traitement de nos marins infectés. Mais il est à présumer que la crainte
de la séquestration déterminerait un grand nombre d'hommes à se faire traiter
ftTant de s'engager ; ces chiffres ne seraient donc probablement jamais atteints.
Or, le traitement des vénériens de nos armées de terre et de mer coûte annuel-
lement 1500 000 francs; le traitement des vénériens coûte aux hôpitaux civils
de Paris seulement, 600 000 fruncs(l); cette somme doit être au moins quadru-
plée si l'on veut apprécier la dépense exigée par le tmtement des vénériens
rivik dans toute la France (2). On peut donc affirmer qu'en France, les maladies
vénériennes entraînent des dépenses hospitalières annuelles qui s'élèvent à
3900000 francs au minimum.
Si le nombre des malades diminuait seulement de moitié sous l'influence des
mesures sanitaires que je propose, on voit que, au point de vue financier, ces me-
sures seraient extrêmement avantageuses, et qu'une entreprise sérieuse contre
U contagion vénérienne aurait une véritable importance économique, même
sus considérer les avantages impossibles à supputer qu'en recueillerait pécuniai-
remeat l'ensemble de la population.
I nr. — Oflleiers et passagers des navires. — Voyageurs arrivant par terre.
En 1769, un anonyme, cité pai* Lagneau, osa proposer d'établir aux barrières
de Paris des bureaux où chaque personne, homme, femme ou fille entrant dans
U Yîlle, serait tenue de se faire examiner, de manière à ne laisser enb*er aucun
vénérien. (Voy. Aim. d'hyg., 1855, t. LIV, p. 305.)
Il serait oiseux de s'aiTêter à discuter une pareille proposition, dont l'absur-
dhé est frappante.
Après les mesures sanitaires que j'ai proposées concernant les équipages de la
marine militaire et marchande, il resterait sans doute à regretter que l'importa-
tion des maladies vénériennes par les passagers des navires comme par les voya-
geurs qui fhmchissent les frontières terrestres, pût continuer librement, mais je
ne crob pas que, dans l'état actuel des mœm'S européennes, il soit possible de
^er à soumettre les arrivants à des visites sanitaires et à la séquestration. De
(1) 812 lits à 700 fhuics, 568 400 flnuics; mais il y a toujours un certain nombre de
fcaérieai daas les bdpitauz ordinaires.
(2) LyoD a 285 lits de vénériens; Marseille* 160; Bordeaux, 85; Strasbourg, 60; Brest,
<^, etc. Toutes les grandes villes en ont un certain nombre, selon l'importance de leur popu-
}26 CONGHfcS MtDICAL INTERNATlONàr. ^ pDATMlkltt StANGI 01 JOOi.
ee oôté le problème me parait insoluble : s'il na Test pas absolumani du eôté des
équipages [en partance, o'att surtout parce que les bommei qui s'engagsnt à
ikife un service pendant lUie trayersëe peuvent être tenus de prouver leur
vdiditd.
CHAPITRE V
SERVICE MÉDICAL.
Les dispensail^s de salubrité et les hôpitaux de vénëHens sont des institutions
qui coneourent au même but : restreindre l'infection vénérienne. Il me paraltnit
kiéeesl&ire qu'elles fussent harmonisées entre elles par l'unité de direction.
CAit I l'hApititl qu'oh peut reconnaître si la séquestration des flUei inscrites i
été ordonnée dfes le début des maladies, dès l'apparition de^ premiers symptômes.
par le service du dispensaire. C'est au dispensaire qu'on peut reconnaître si Ie<
malades ne sortent de ThôpitAl qu'après guérison Complète.
Les observations et les dtatistiquei recueillies à l'hôpital devraient profiter au
dispeiikaire, et réciproquement. Pourtant, dans toutes les grandes viUeft, les dis-
pétiéaires et l'hôpital sont complètement indét^ékidants l'un dô l'autre, non-seu-
lement au point de vue administratif, mais encore au point de vue médical; bien
plus, ils ne sont soumis à aucun contrôle. Les dispensaires et les bureau! d(s
mœurs annexes du service de police sont dans les attrlbutiotis du chef de It
police, préfet ou maire, selon l'importance des villei; les hôpitaux de vénériens,
établissements municipaux, sont sous la direction des commissions adminL«tn-
ttves dés hôpitaut ou de l'administration municipale. De là résulte qu'aucune
meiure n'est côtnbhiéedans l'intérêt du succès commun des deux «errice»; il»
sont même souvent en hostilité ddclai^ée.
Une prostituée clandestine gravement infectée, recherchée pat* le service en
mœurs, à qui elle est déjà signalée, peut se réfugier à l'hôpital des vénérieni;
elle échappe à la surveillance des agents qui la perdent de vue ; mais, comme
elle est entrée volontairement, elle peut sortir lorsqu'il lui plait avant la guérison.
pour continuer un commerce éminemment dangereux pour la santé publique.
Si les lits de l'hôpital sont pleins, l'administration est obligée de refuser te^
malades de Vun ci de l'autre sexe qui se présentent; mais aucune autorité D'e«l
avertie des risques que fait courir à la santé publique cette insuffisance mat^
rielle d'un établissement qui devrait être une sorte de laiaret.
D'autres fois il ikut des protections pour entrer à l'hôpital des vénériens; m
n'obtiendra pas la faveur d'y être admis si Ton ne justifie pas d'un séjour de ûi
mois ou d'un an dans la ville.
Qu'une- fille inscrite, envoyée à l'hôpital pour la première fois, y apporte un
chancre induré en voie de répai*atioti, ou une roséole, c'est-à-dire une maladie
déjà ancienne, personne ne recherchera si la séquestration tardive est causée p^r
la négligence des médecins du dispensaire, ou si la fille reconnue malade daas
une autre ville en a élé expulsée.
Qu'une fiUe atteinte de chancre au col utérin ou de plaques muqueuses aui
amygdales sorte de l'hôpital comme guérie, si les mikieoins du di^ttsàirs 1 y
renvoient immédiatement, ils encourront l'animadVêrsiôn de leur conMre ch^
de l'hôpital, et si Un conflit s'élève, le tort sera pour ceux qui, l'ayant souleTé.
atlfùnt troublé là quiétude de ràdtnintstration. Nulle mesuré ne sera ni prise, m
conseillée pour prévenir le retom' des plus dangereuses erreurs; qu'une fitle
lEAmm. — PBOPHYLAXIS mTERNATIONàUS DB9 MALiDIES YtNÊEUinTES. 3S7
atteinte de gale simple occupe un lit à Thôpital des vénériens pendant quinia
jours, qu'une allé atteinte de vaginite granuleuse soit renvoyée de l'hâpital pan^
dut la période menstruelle^ ce qui empâche les médecins du dispensaire da
constater qu elle n'est pas guérie, rien absolument dans les institutions actuelle8>
rien n'est prévu pour prévenir ces désordres ou remédier à ces dangers.
Je ne fais ici aucune allusion à ce qui se passe dans une ville déterminée ; les
^ts que je signale m'ont été révélés par des médecins spéciaux que j'ai eon«-
sultés directement.
Ces faits démontrent qu'en France, aucune mesure d'enaernble n'est prise
contre la contagion vénérienne, et que les moyens d'en préserver la population
ne sont point contrôlés et ne sont dans les attributions de personne. Quant à cette
partie importante de Tbygiène publique, l'anarchie administrative est complète,
même à Paris.
Le Comité consultatif, le Conseil d'hygiène et de salubrité du département de
la Seine, les conseils d'hygiène des départements, l'Académie de médecine^ n'ont
jamais été appelés à délibérer sur la question posée par le Comité médical de
Marseille, par la commission d'organisation du Congrès médical international; la
iwlicc est surtout préoccupée de prévenir les réclamations des autorités militaires
qui deviennent pressantes loi'sque le nombre des hommes infectés augmente dans
les garnisons ; jamais l'inspecteur général des services sanitaires, jamais les mé*
decins des épidémies n'ont pénétré dans les dispensaires ni dans les hôpitaux de
vénériens.
La question posée par Seutin au Congrès médical de Belgique^ en 1835^ avait
été examinée, en 1841, parle Conseil de salubrité de Marseille. Pelacy avait
reconnu la plupart des inconvénients que je signale^ aussi demandait^il l'unité
(1 action et d'iuipulsion administrative et l'unité de personnel médical. (Voy. Pa-
iaiy, Bapp. au Cons. de salubr. de Marseille sur l'état et U» besovu dussrvios du dis-
ymnrt, dans Am. d'Ayg., 1841, t. XXV, p. 807.) .
iiepuis la délibération de l'Académie de médecine de Belgique en 1843 et le
too^ès général des hygiénistes réunis à Bruxelles en 1853, la seule initiative
qui ait été prise collectivement en faveur de la prophylaxie des maladies véné>-
riennes est due à la Société de médecine de Lyon. Cette initiative a produit le
rapport présenté par M. Garin en mars 1866^ et que j'ai eu tant de fois l'occaiion
<ie citer.
Puis est venu le concours proposé par le Comité médical de Mat«éille en
juillet 1866, et enfin le programme du Congrès médical international publié eii
•eptembre, qui provoque dea propositions susceptibles d'être soumises à l'ekamen
^ goa?eniements.
Mds, en vérité, avant de songer à organiser un service sanitaire international,
il faudrait s'occuper d'établir ohet nous un serrice sanitaire interdépartemental,
cest4-dire d'instituer sérieusement, grâce à la toute-puissance de là centralisa»
^0 administrative, l'ensemble des moyens que le bon sens indique pour arriver
t reitreindre dans l'étendue de notre propre pays la propagation de l'infection
vénérienne.
L<8 hygiénistes déplorent vahiement les douleurs et la détérioration que la
^hiiis app<n1e à l'espèce humaine. Le traitement des vénériens militaires et
^oum coûte annuellement 1 500000 francs; le budget dépense cette somme
tTtc résignation. Le traitement des vénériens civils coûte plus du doublo aux admi-
nistrations hospitalières ; elles ne s'en émeuvent point. L'effectif militaire se trouve
328 COMGBÈS MÉDICAL IlitTERNATlOIffàl.. ~ QUàTRlfellE SÉANCE DE JOCK.
diminué d'un centième environ (0,86 journée de maladies vénériennes pour
100 journées de présence sous les drapeaux (voy. Statist. méd. de Varmée, 1864,
p. 70); reffectif de la marine est affaibli probablement dans la même proportion,
ce sont des calamités qu'on subit comme inévitables.
Pour remédier à cette situation, il faudrait évidemment un nouveau serrice
sanitaire. À mon avis, il ne serait pas diificOe de l'organiser sans compliquer les
rouages administratifs, sans même augmenter sensiblement le nombre des fonc»
tionnaires.
Les médecins des dispensaires de salubrité, des dispensaires spéciaux et des
hôpitaux de vénériens devraient relever d'un chef commun ; ce serait, dans cbaque
département, le médecin des épidémies.
Les médecins des épidémies, sous l'autorité directe des préfets conune à pré-
sent, relèveraient aussi de la haute direction de l'inspecteur général des services
sanitaires. Gelui*ci centraliserait les rapports et les statistiques, et proposerait au
ministre les améliorations qu'il jugerait utiles, les encouragements qu'il jugerait
mérités, et le ministre transmettrait ses décisions aux préfets pour exécution.
On pourvoirait aux encouragements de la manière suivante :
Le compte des dépenses hospitalières nécessitées par le traitement des véné-
riens dans les infirmeries et dans les hôpitaux de la guerre et de la marine serait
arrêté pour l'année 1866; à l'avenir, la moitié des économies réalisées sur ces
dépenses hospitalières de 1866 serait employée chaque année à récompenser le
personnel des services sanitaires des villes où la plus forte diminution de la con-
tagion vénérienne serait démontrée par la statistique comparative des venaient
militaires, et à améliorer les divers services sanitaires, dispensaires et hôpitaux de
vénériens dans les villes où l'infection demeurerait stationnaire ou bien même se
montrerait en progrès.
Supposé que sous l'influence des mesures que j'ai proposées le nombre des véné-
riens traités dans les hôpitaux de la guerre et de la marine ne diminuât que d'un
cinquième ; le cinquième de 1 500 000 francs serait de 300 000 francs, dont U
moitié permettrait d'offrir au personnel du service sanitaire des encouragements
conâdàrahles et de fortifier les bureaux des mœurs. Le budget bénéficierait encore
de 150 000 ftimcs, qui s'accroîtraient rapidement chaque année moyennant U
prophylaxie internationale dont j'ai posé les bases.
Condumns, — Dans chaque département, le médecin des épidémies devrait être
chargé de la haute surveillance des services médicaux, des dispensaires de salu-
brité, des dispensaires spéciaux et des hôpitaux de vénériens.
Il devrait être l'intermédiaire officiel de l'administration et le chef direct des
médecins des dispensaires et des hôpitaux de vénériens. 11 correspondrait d'une
part avec les chefs de chaque service, et d'autre part avec le préfet, qui décideitit
des affaires courantes, qui soumettrait au minbtre de l'agriculture et du commerce
les affaires importantes^ et lui transmettrait les rapports, les statistiques et les pro-
positions.
L'inspecteur général des sei-vices sanitaires devrait être chargé de la hante sur-
veillance de tous les services qui ont pour but la prophylaxie des maladies véné-
riennes ; U centraliserait les statistiques et les rapports des médecins des épidé-
mies, il adresserait au ministre des rapports sur l'ensemble des services et leun
résultats. Les propositions de l'inspecteur général ne deviendraient exécutoire»
que sauf l'approbation du ministre, qui adresserait ses pn^ires décisions aux pré-
fets pour^exéctttion*
JEAJOIEL. — PROPHYLAXIE ilTIBIUilATIONALE DES MALADIES VÉNÉRIENNES, 329
Le compte des dépenses nécessitées par le traitement des vénériens dans les
infirmeries et dans les hôpitaux de la guerre et de la marine étant arrêté pour
Tannée 1866^ à l'avenir la moitié des économies réalisées sur ces dépenses serait
employée diaque année à récompenser le personnel du service sanitaire dans les
villes où la plus foile diminution de l'infection vénérienne serait démontrée par
la statistique comparative des vénériens militaires^ et à améliorer les différents
senices sanitaires^ savoir : les bureaux des mœurs, les dispensaires et les hôpi-
taux de vénériens dans les villes où l'infection demeurerait stalionnaire ou bien
iDême se montrerait en progrès.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES.
1* La société civile a le droit et le devoir de réprimer les scandales de la pros-
titution^ et d'en prévenir les dangers au double point de vue de la moralité et de
la santé publiques.
2" Nulle réforme sanitaire purement locale ne peut être considérée comme effi-
cace contre la contagion vénérienne. Un vaste système international peut seul
réaliser à cet égard le vœu des hygiénistes.
3* On peut considérer comme prouvé que dans la ville de Londi*es^ dans les
autres villes d'Angleterre conune dans les principales stations maritimes hors
d'Europe, où les prostituées ne sont soumises à aucune surveillance spéciale et ne
subissent aucune visite sanitaire, la proportion des femmes publiques infectées
dépasse 50 pour 100.
Aussi les villes maritimes de l'Angleterre, des États-Unis, etc., fréquentées par
une immense population de marins appartenant à toutes les nations, doivent être
considérées comme des foyers très-actifs d'infection vénérienne.
CONCLUSIONS RELATIVES A LA RÉPRESSION DE LA PROSTCTUTION EN GÉNÉRAL.
h* La miyesté et l'inviolabOité de la loi répugnent également à l'autorisation
formelle et à la prohibition absolue de la prostitution ; mais la loi, qui ne peut ni
reconnaître ni interdire la prostitution, peut du moins énoncer formellement les
attributions de la police à son sujet.
PROIET DE LOI.
Art. 1*'. La répression de la prostitution, soit avec provocation sm* la voie
publique, soit de toute autre manière, est confiée au chef de la police.
Un pouvoir discrétionnaire est confié à ce magistrat sur tous les individus qui
s'adonnent à la prostitution publique.
Art. 3. La prostitution publique est constatée, soit par le témoignage de deux
agents au moins, soit par notoriété, soit par enquête sur plainte et dénonciation.
Art. 3. Le chef de la police pourra faire, à l'égard de ceux qui par métier favo-
risent la prostitution, ainsi qu'à l'égard des logeurs, des aubergistes, des proprié-
taires et principaux locataires, tous les règlements qu'O jugera convenables pour
la répreasion de la prostitution.
Art. &. Le chef de la police pourra foire les règlements qu'il jugera conve-
nables pour les visites corporelles imposées aux prostituées dans l'intérêt de la
santé publique.
3S0 GCHIGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. «-» QUATBIËIIE StANCB DE lOUB.
CONCLUSIONS RELATIVES A LA RËPRES5I0N OB LA PROfiTlTUTlON CLANDBSnNE.
5* L«f inspecteurs chargés de la surveillance des prostituées insoumises doitétlt
agir avec la plus grande circonspection à Tégard de celles qu'ils rencontrent sut-
la voie publique^ et les suivre jusque dans les maisons de tolérance et dans le
domicile des filles inscrites^ afin de ne procéder à leur arrestation que lorsque le
doute sur leurs dispositions n'est plus possible.
6^ Il n'y aura lieu de procéder à l'arrestation d'une insoumise dans un lieu
notoirement ouvert à la prostitution^ que s'il y a trace de flagrant délit, ou aveu de
la part de la fille ou de l'homme trouvé avec elle, qu'il y a eu provocation de la
part de la fille à un acte de débauche.
1^ Les inspecteurs ne procèdent à l'arrestation sur la voie publique d'une insou-
mise qu'ils n'auraient pu surprendre dans un des cas sus-énoncés, que lorsqu'une
surveillance prolongée leur aura permis d'observer des faits susceptibles d'être
précisés, soit qu'on la saisisse au moment où elle sortirait d'un lieu de prostitution
ou circulant avec des filles ptibliques, soit qu'elle occasionne par ses provocations
un scandale public.
8° Les inspecteurs observeront toujours vis-à-vis de ces femmes les convenances
que commande la dignité de l'administration, sauf à faire constater juridiquement
les outrages ou les voies de fait dont ils auraient été l'objet de leur part, et ils
s'abstiendront de la manière la plus absolue de tout moyen de surprise ou de
subornation.
9*^ Quelles que soient les circonstances où elles auront été arrêtées, les insou-
mises seront conduites immédiatement devant le chef du bureau des tnœurs, afin
qu'il soit procédé sans délai à leur interrogatoire et à leur examen corporel.
10** Dans les villes du second ordre, où l'arrestation immédiate n'est pas indis-
pensable, on considère qu'il y a flagrant délit ou tout au moins présomption suf-
fisante de prostitution clandestine daiis les cas suivants :
11° Lorsqu'une fille est surprise dans un lieu public ou sur la voie publique se
livrant à des actes de débauche avec un homme qui déclare ne pas la connaitiv
et ne pas répondre d'elle.
12° Lorsqu'une fille est surprise introduisant dans son domicile un individu
qu'elle a rencontré sur la voie publique ou dans un lieu public, et qui fait la même
déclaration que ci-dessus.
i^"* Lorsqu'une fille est surprise dans une maison garnie ou dans une auberge
anfermëe avec un homme qui fait la mêtne déclaration que ci^essud. '
1 4° Lorsque, à des époques rapprochées, les agents ont rencontré la mèma fiUe
dans les rues ou dans les lieux publics avec des hommes différatitB» bien que
chacun d'eux ait pu déclarer être son amant ou son protecteur.
15° Lorsqu'une fille est surprise dans une maison de passe, ou lorsque les agents
la voient entrer dans une pareille maison ou en sortir.
16° La fréquentation des filles inscrites ou des maîtresses de maisoà de passe
est assimilée au flagrant délit de prostitution clandestine.
17* Dans tous ces cas, sur un rapport écrit signé de deux agents, laflUe est con-
voquée au bureau des mœurs par une lettre, et si elle refuse de se rendre à k
oonvocation, sur l'ordre du chef du bureau des mœurs qui juge de la fravité du
(ait, elle peut être arrêtée et amenée de force.
18° Loi*squ'elle comparait devant le chef du bureau des mœurs^ oeiai^fli lîii Aat
JEAimiL — FBOPHTLAJl» IRTiaNATIONALI DBS MàLADIlS ▼ÉHÊBIBimni. 3S1
ittblTi sur M (kmille^ ses antëcédenU> sa profesàion^ ëtc.> un interrogatoire dont
il garde la note écrite foar former les éléments d'un dossier; il ajoute à ee dos*
sier l'acte de naissance de la fiUe^ qu'il se procure par une lettre officielle écrite
au nom du chef supérieur de la poUce# et qu'il adresse au maire de la commune
dont la fille est originaire.
19* SI dé l'ensemble des informations U résulte que la fille a décidément
renoncé au travail et qu'elle n'u plus d'autre moyen d'eiistence que la prostitu-
tion ; si elle a été troutée atteinte dé maladie TénéHénné et qu'il ftdlle enfin
renoncer à la Toir reprendre une rie honnête, le chef du bureau des mœurs
demande au chef supérieur de la police l'autorisation de l'inscrire sur le registre
de la prostitution publique.
SO* Les parents, s'U s'agit d'une fille mineure^ ou le mari, s'il s'agit d'une
femme mariée, ont dû être mis en demeure de reprendre l'inculpée et de pour»
Yoir à ses besoins en velllAnt sur sa conduite.
21* L'inscription sur lé registre dé la prostitution publique A lieu t
i* Sur la demande des filles, c'est l'inscription volontaire ;
2? Par ordre du ehef supérieur de la police, c'est l'insoription d'offîce.
22* L'inscription est la sauvegarde nécessaire et unique de la société contre le
scandAle et le danger de la prostitution exercée même par les filles mineures.
2S* S'il arrivait qu'une fille dont l'inscription d'office a été décidée. ref^isflt de
signer le registre et d'accepter la carie de prostituée^ elle y serait contrainte pu*
la prison.
W Si cependant la fille refusait absolument dé signer> il serait Ikit mention de
son refus au bas du procèi*verbal d'insoriptioti> et il seHdt passé outre.
25* Aucune réforme ne serait plus utile que celle qui oonsistendt à relever
les fonctions de chef de bureau des moaurs par des émoluments convenables^ et à
ne les confier qu'à des hommes d'une moralité et d'une capacité éprouvées.
26* La répression de la prostitution clandestine est de la plus haute impor-
tance. Toutes les mesures administratives, toutes les mesures sanitaires qui peu-
▼ent être preactites pour prévenir les scandideft et les dangers de la prostitution
publique, etpour prévenir là propagation des maladies vénériennes^ deviennent à
peu pràs Illusoires si le servioe de la police est négligé en ce qui concerne la proe-
titution clandestine.
27* Un règlemetit uniforme, relativement à la prostitution et à la prophylaxie
dès maladies vénériennes, devrait être adopté dans tous les centres de population,
non-seulement en Fi-ance, mais dans tous les pays civilités.
CONCLUSIONS RELATIVES AU SERVICE MÉDICAL. — DU MÉDECIN DES ÉPIDÉMIES.
M* Hans chaque département, le médecin des épidémies est chargé de la luiute
surveillance des dispensaires de salubrité^ des dispensahret spéciaux et des hôpi-
taux de vénériens.
29<» Il est l'intermédiaire officiel de Tadministration et le chef direct des méde-
cins des dispensaires et des hôpitaux de véndriens.
30<* Il correspond d'une pari avec les chefs de chaque service, et d'autre pari
avec le préfet, qui décide des affaires courantes, qui soumet au ministre de l'agri-
cidhire et dii commerce les aflTah^s importantes, el l\A transmet les rapportai les
»t«Kii^«i IM sUtisllques.
iM OMGBÈS MÉDICAL INTERlf ATIONAU — QUàTRifellE SÈAliGE DE JOCB»
31» Il est nommé par le préfet, sur une liste de trois candidats fcHinée au
scrutin par le conseil d'hygiène et de salubrité du département
DE l'ibISPECIEUR GÉNÉRAL*
32® L'inspecteur général des services sanitaires résidant à Paris est chargé de
la haute surveillance de tous les services qui ont pour but la prophylaxie des ma*
ladies vénériennes; il centralise les statistiques et les rapports des médecins des
épidémies; il adresse au ministre des rapports sur l'ensemble des services et sur
leurs résultats.
33** Les propositions de l'inspecteur général ne deviennent exécutoires que
sauf l'approbation du ministi-e, qui adresse ses propres décisions aux préfets pour
exécution.
Zk* Il est nommé par le ministre, sur une liste de trois candidats formée par
le comité consultatif d'hygiène et de salubrité publique.
CONCLUSIONS RELATIVES AUX RÉOOIIPENSBS ET AUX AMÉUORAnONS.
35^ Les comptes des dépenses nécessitées par le traitement des vénériens dan»
les inûrm^eries et dans les hôpitaux de hi guerre et de la marine étant arrêtés
pom* l'année 1866> à l'avenir la moitié des économies réalisées sur ces dépensent
sera employée chaque année à récompenser le personnel du service sanitaire dans
les villes où la plus forte diminution de l'infection vénérienne serait démontrée
par la statistique comparative des vénériens militaires, et à améliorer les diffé-
rents semces sanitaires : dispensaires et hôpitaux de vénériens dans les villes
où l'infection demeurerait stationnairc ou bien même se montrerait en progrès.
CONCLUSIONS RELATIVES AUX PRÉSERVATIFS*
36* Les préservatifs individuels sont d'une valeur médiocre, et il est impossible
de compter sur eux pour arriver à restreindre l'infection vénérienne dans l'en-
semble de la population; leur usage ne saurait être généralisé, et leur efficacité
est présumée plutôt que démontrée.
37« L'onction des organes par un corps gras avant l'acte, et le lavage à grande
eau additionnée de substances aromatiques après l'acte génital paraissent être lei:
meilleurs préservatifs des maladies vénériennes.
œNCLUSION RELATIVE A l' INSTRUCTION SANITAIRE AFFICHÉE DANS LES MAISONS
DE PROSnTUTION.
38* Cette instruction, à peu près iUusoire dans la pratique, doit être aban-
donnée comme d'une utilité douteuse et comme compromettant la d^ité de
l'administration.
CONa.USION RELATIVE A LA RESPONSABILITÉ DBS FILLES PUBLIQUES ET DBS XaItRESSES
DE MAISON»
39* La responsabilité des ûlles publiques, celle des matrones dans la maison
desquelles des maladies vénériennes ont été contractées^ ne peut jamais être invo-
JEAWIBL. — PBOraTLAZIE llfTBRNATIONALE DES MALADIES VÊIIÊBIE1INBS. 333
quée en justice. Cette responsabilité doit se borner au payement des frais de trai-
teuient^ soit par les âUes isolées qui ont une propriété saisissable, comme un nio-
liOier, soit par les maîtresses de maison.
GOSCXCSIONS RELATIVES AUX MOYENS DE PRÉVENIR LA TRANSMISSION DE LA SYPHILIS
DES KOURRIŒS AUX 'NOURRISSONS ET DES NOURRISSONS AUX NOURRICES.
&0* Ia nourrice devra se pourvoir d'un certificat dûment légalisé^ délivré par
le médecin cantonal, et attestant qu'elle réunit, sous le rapport sanitaire, toutes
les conditions désirables pour élever un nourrisson.
&i* Si elle change de résidence à son anîvéc, eUe devra se soumettre à une
contre-visite faite par un médecin agréé par l'administration.
&2* Toute nourrice à laquelle un enfant aura été confié devra se munir d'un
certificat du médecin agréé par l'administration, et constatant que l'enfant est
sain en apparence.
&3* Si elle emporte l'enfant, ce cei:tlflcat sera remis au médecin cantonal de
sa résidence, qui procédera immédiatement à une contre-visite, puis à une seconde
yisiie dans le courant du troisième mois.
hk^ L'enfant syphilitique doit être allaité par une nourrice également syphili-
tique, l'un et l'autre devant être soumis simultanément au même traitement.
A défaut de nourrice syphUitique, l'enfant infecté doit être nourri par une chèvre^
ou au biberon, s'O est impossible de faire autrement.
CONCLUSIONS RELATIVES AUX MOYENS DE PRÉVENIR LA TRANSMISSION DE I«A SYPHILIS
PAR LE VACCIN.
115* La transmission de la syphilis pai* le vaccin a été signalée ; mais c'est un
accident facOe à éviter et relativement très-rare.
&6* Les vaccinateurs devront recourir au cowpox le plus souvent possible, et
lorsqu'à défaut de cowpox, ils vaccineront de bras à bras, il leur est expressément
recommandé de ne jamais puiser le vaccin que sur des enfants en bonne santé
âgés de plus de trois mois> et d'éviter de faire saigner les boutons.
kT Si le vaccinifère, même sain en apparence, était âgé de moins de trois
mois, il faudrait s'enquérir de l'intégrité sanitaire de sa mère.
68* Dans tous les cas, il est nécessaire de laver soigneusement la lancette après
chaque inoculation.
CONCLUSIONS REL.VTIVE3 AUX MOYENS DE PRÉVENIR LA TRANSMISSION DE LA SYPHILIS
PAR LES INSFRUMENTS ET LES USTENSILES QU'ON PORTE A LA BOUCHE.
&9* La transmission de la syphilis par les instruments et les ustensiles qu'on
porte à la bouche est relativement très^rare.
50* Elle ne peut guère être combattue directement par des mesures adminis-
tratives spéciales, cependant il serait utUe de généraliser dans les verreries les avis
et les instructions adoptées par le Conseil d'hygiène et de salubrité du département
da Rhtae.
S3& COMGRto UÈmCàt UfTIRNATlONàL. -^ QUATRlftlfB StANGB DE JOIHL
coMOLcnnoNB Bnjomâ aux bApitauz db viNfiiinNS.
51° L'insuffisance des hôpitaux de vénériens est un fait notoire auqu^ il serait
urgent de remédier,
52° Les vénériens des deux sexes devraient être admis librement et sans aucune
formalité dans les hôpitaux spéciaux.
53° Les prostituées des petites villes^ des bourgs et des villages^ qu'on se borne
le plus souvent à expulser lorsqu'elles sont reconnues malades^ devraient être
dirigées par la gendarmerie jusqu'à l'hôpital de vénériens le plus voisin, et| être
séquestrées jusqu'à guéiison.
5/!i° Le régime intérieur des hôpitaux de vénériens devrait être amélioré^ afin
que les malades n'éprouvassent aucune répugnance à? entrer et à y rester jusqu'à
parfaite guérison.
55° L'admission de tous les malades sans distinction d'origine, la séquestration
étendue aux prostituées malades des petitts localités, et l'amélioration du régime
intérieur des hôpitaux de vénériens n'entraîneraient pas de fortes dépenses, si l'on
adoptait le principe de l'application à l'amélioration des services prophylactiques
de la syphilis des économies réalisées sur le traitement des vénériens de l'année
et de la flotte à partir d'une époque déterminée,
56° Les règlements sur la police intérieure des hôpitau)^ de vénériens des dépu^
tements devraient être calqués sur ceux des hôpitaux de vénériens de Paris et de
rinflrmcrie de Saint-Lazare, et l'exécution de ces règlements devrait être assurée
rigoureusement par une inspection sérieuse.
57° La haute surveillance médicale des hôpitaux de vénériens devrait être con-
fiée à Paris à l'inspecteiu* général des services sanitaires, et dans les départements
aux médecins des épidémies.
CONCLUSIONS RELATIVES AUX DISPENSAIRES SPÊDAUX.
58° Des consultations gratuites pour les vénériens devraient être organisées
dans toutes les grandes villes.
59* Les médicaments devraient être délivrés gratuitement par les pharmacies
des hôpitaux.
60° Les dispensaires spéciaux sont un moyen très-économique de subvenir
à l'insuffisance des hôpitaux de vénériens.
61° Au point de vue médical, les consultations gratuites et les dispensaires spé-
ciaux devraient être soumis à la surveillance de l'inspecteur général des services
sanitaires et des médecins des épidémies.
CONCLUSIONS RELATIVES A LA VlSrTE SANIFAIRE DBS OUVRIERS CIVILS*
62° La visite sanitaire des ouvriers civils est illuMiitts, ear la sëquwtntioii à»
malades est Impossible;
63* Les progrès à réaliser par là prophylaide des maladiei vénëHennes parmi
les ouvriers civils consisteraient dani l'amélioration des hôpHaux de ténérieni.
la libre admission des malades dans ces hôpitaux sans formalités restriotivts, «t
dans l'organisation des dispensaires spéciaux, avec délivrance gratuite des médi-
caments.
JEANNUL — PHOniTCJlXlB INTEHUATIONALE DBS MALADIES VÈNÊRIBNUBS. 335
CONCLCSIONS RELATIVES A LA VISITE SANITAIRE DES OUVRIERS aVILS ENRÉGIMENTÉS
OU ENGAGÉS MIUTAIREMENT.
6ft* Lfs ouvriers enréglmentë8 ou engagés militairement au service de l'État
devraient être asstyettis à de» visites sanitaires périodiques, et^ lorsqu'ils sont
trouvés infectés de maladie vénérienne, ils devraient être séquestrés jusqu'à gué-
rison, selon les décisions ministérielles en vigueur.
CONCLUSIONS RELATIVES A LA VISITE SANITAIRE DES PRÉVENUS, DES PRISONNIERS
ET DES VAGABONDS.
65* Les prévenus, les prisonniers et les vagabonds arrêtés pour défaut d'asilej
doivent être soumis à la visite sanitaire dès leur entrée en prison ; mais la séques-
tration jusqu'à guérison des maladies ne peut être imposée aux prévenus qui sont
l'objet d'ordonnances de non-lieu ou aux condamnés dont la* peine expire avant
la guérison.
CONCLUSIONS RELATIVES A LA VISITE SANITAIRE DES SOLDATS DE L ARMÉE DE TERRE
ET DES MARINS DE LA FLOTTE,
6(J* Les soldats de l'armée de terre et les marins de la flotte doivent être visités
tous les dix jours, sans préjudice des visites faites au dépai't et à l'arrivée.
67* Les marins de la flotte, au retour d'une campagne, ne doivent être auto-
risé? à descendre à terre qu'après que leur intégrité sanitaire aura été constatée
et certifiée parle chirurgien duiwrd, selon les règlements en vigueur.
CONCLUSIONS RELATIVES A LA VISITE DES MARINS DES NAVIRES MARCHANDS FRANÇAIS
ET ÉTRANGERS.
68"* Les marins des navires marchands français ou étrangers qui arrivent dans
nos villes maritimes après avoir abordé des ports où les prostituées ne sont sou-
mises à aucun règlement sanitaire, sont la cause principale du renouvellement
et de la propagation de l'infection vénérienne.
69** Toutes les mesures opposées à la propagation des maladies vénériennes
demeureront impuissantes tant que les matelots de la marine marchande né
seront soumis à aucune visite sanitaire, et tant que les vénériens trouvés parmi
eux ne seront pas séquestrés jusqu'à guérison.
70* Les institutions et les règlements destinés à réaliser cet immense progrès
humanitaire, en prévenant la propagation des maladies vénériennes par les ma-
rins, devraient être* discutés et adoptés par une conférence internationale réunis-
sant l'élite des hygiénistes et des administrateurs.
PROJET DE RÈGLEMENT INTERNATIONAL POUR COMBATTRB LA PROPAGATION DBS IIALABUSB
VÉNÉRIENNES PAR LES MARINS.
Art. !•'. Le capitaine de tout navire en partance doit être nmni d'un certificat
de santé concernant nominativement tous les hommes de son équipage et revêtu
du visa du consul de sa nation.
Art. 2. Ce certificat sera délivré par le médecin sanitaire attaché au consulat
de la nation à laquelle le navire appartient.
336 CONGBÈS MÉDICAL INTBB NATIONAL. — QUATRIÈME SÉANCE DE JOCB.
Akt. 3. Les hommes trouvés malades seront retenus à terre^ et ceux qui seront
trouvés atteints de maladies contagieuses seront séquestrés jusqu'à guérison dans
un hôpital spécial.
Art. &. Les malades vénériens qui ne pourront ou ne voudront pas payer les
frais de leur traitement seront traités aux frais de leur gouvememet res-
pectif.
Art. 5. Les malades qui consentiront à payer les finis de leur traitement rece-
vront des soins dans des chambres particulières.
Art. 6. Tout navii'e arrivant ne poun*a être admis en libro pratique qu'aprè»
la visite sanitaire de ses matelots.
Art. 7. Cette >1site sera faite par le médecin sanitaire attache au consulat de
la nation à laquelle le navii-e appartient.
Art. 8. Les hommes trouvés atteints de maladies contagieuses quelconques
seront séquestrés jusqu'à guérison^ ainsi qu'il a été dit ci-dessus.
Cependant il est à présumer que si la visite au départ était généralisée dans le
monde civilisé^ la visite à Tarrivée, dont l'exécution offrirait de très-grayes diffi-
cultés^ perdrait beaucoup de son importance hygiénique^ et peut-être pourrait-
elle être abandonnée.
Art. 9. Chaque gouvernement pourvoira à la construction, d'après un plan
convenu, des hôpitaux-lazarets que la conférence internationale aura jugés né-
cessaires.
Art. 10. Chaque gouvernement devra rembourser les frais de traitement de ses
nationaux.
Art. 11 . Le règlement intérieur de ces hôpitaux-laiarets sera arrêté par la conr
férence.
Art. 12. La haute surveillance administrative en sera confiée dans chaque ulle
à une commission composée des trois consuls des nations qui auront fourni le plus
grand nombre de matelots malades, et présidée par un fonctionnaire supérieur
de la marine indigène.
Art. 13. En France, les hôpitaux-laiarets seront sous la haute surveillance des
médecins des épidémies et de l'inspecteur général des services sanitaires pour tout
ce qui concerne le senice médical.
Art. 1&. U n'est pas possible d'étendre le régime des visites sanitaires et de la
séquestration aux passagers des navires ni aux voyageurs qui franchissent les fron-
tières ten'estres.
PROJET DE R&GLEMENT PROPOSÉ POUR ÊTRE APPLIQUÉ UNffORMËMENT A TOUS LES PISPLS-
$.\IRES DE SALUBRTrÊ ET A TOUS LES BUREAUX DES MŒURS.
J I. — Dispositions générales.
Art. 1*'. Le service de la police des mœurs est placé sous la direction d'un
commissaire de police portant le titre de chef du bureau des mœurs.
Art. 2. Ce fonctionnaire est chargé de faire exécuter les règlements concer-
nant la répression de la prostitution clandestine, les filles publiques, les maisons
de tolérance et les garnis où logent les Ailes de mauvaise vie. Pour remplir cette
mission, il est assisté d'un nombre d'agents suffisant placés sous scm autorité
immédiate.
JEAmiEL. — PROPHYLAXIE IKTEftRATIONALB DIS MALADUft VÉtltalBMMBS. SS7
»
S II. — Bnwglrtrim— I ou intenptioii des flilet.
Air. 3. Toute femme qui se livre notoirement à k prostitution {niUîque est enre-
gistrée comme telle, soit sur sa demande, soit d'office (voy. Conclusions fàiéfales
reUtives à la prostitution clandestine).
Art. &. La mesure de l'enregistrement consiste dans Tinscription sur un registre
pirticulier des nom et prénoms de la fiUe publique^ de son AgOj de son paysi de
81 demeure, de sa profession antérieure et des motilii qui l'ont détermWe à
reoNirir à la prostitution. ÀTant l'enregistrement, il lui est donné connaissance
des règlements concernant les filles publiques.
Asr. 5. L'enregistrement est presque toiigours Tolontaire; on n'y procède d'of-
fice qu'à l'égard du petit nombre de femmes qui, livrées manifestement à la
débtuche, déjà arrêtées plusieurs fois pour fait de prostitution, ou atteintes de
maladies contagieuses, refusent de se soumettre à des mesures auiquelles il est
do deroir de l'antmité de les assi^ettir dans l'intérêt de Tordre et de la santé
puMique.
S III. — logement dw filles.
Am. 6. Les filles publiques enregistrées se divisent en deux ciasses : les iso-
lées, c'est-à-dire celles qui ont un domicile particulier, soit à terme, sait en garni,
et les filles de maison, dénomination sifectée à celles qui depieurent dans des
nuisons de/prostitution, dites de tolérance.
AsT. 7. Une fiUe inscrite ne peut passer dans la catégorie des isolées qtie sauf
Tautorisation du chef du bureau des mœurs; ce fondioanalre décide aussi, ett
niion des convenances locaks, du logement qu'elle peut occuper.
Ait. 8. Les femmes qui tiennent des maisons de tolérance, et qu'on appelle
maîtresses de maison ou matrones, ne peuvent exercer sans l'autorisation de
l'administration, anUNrisation qu'elles n'obtiennent que sur la production du
consentement écrit du prolétaire de la maison où elles veulent s'établir.
Ait. 9. Toute demande en autorisation de loger des filles soumises ou d'établir
sue maison de tolérance est remise au chef du bureau des mœurs, qui la soumet
aa chef supérieur de la police avec son avis motivé.
Ait. 10. Les maisons de tolérance et les garnis oii logeront les fiUes soumises
n'annmt jamais sur la voie publique qu'une seule issue, laquelle sera garnie
d'nne double porte; leurs croisées extérieures, cadenassées et à vitres dépolies,
prendront l'air par deux vasistas adaptés aux châssis supérieurs.
J lY. — Polioe de la voie pubUque et des lieux publies.
Art. il. Tout ce qui peut attirer l'attention des passants et causer du scandale
ot expressément défendu et sera sévèrement réprimé, comme les toélettes indé-
centes, les provocations, les rixes, les appels directs dans les rues, etc.
} V. — Radiation.
Ait. 12. Toute fille inscrite qui désirera obtenir sa radiation adressera sa
demande au chef supérieur de la police, qui statuera sur le rapport du chef du
'orean des mesiBv.
33
aiB' CON^f» HÈDICâi linriINâTIONàL. *-» QUAIlikitt StUIGB DE JOUE.
«
S VI. •* Vltilii MBiUnfM.
' Àrr. W. T<mtéfl les illes imcritet loat âm^tttef ii U ymtA miiUire mu dis
par semMne^ et plus fréquemment s'il art jufë néoeiadre.
Art. ili. Les filles qui sortent de l'hôpital et dont la gu^riaon no saurait être
frop sîflréfment éonstatëe^ les flUea tuipectes ou dénoncées comme malades, les
filles sortant de prison, les arrlTantea, les partantes^ et les (Ules nouTellement
inscrfteii, subissent ulie Tlsite supplémentaire indépendamment de la visite pé-
TÎodlquc/
Art. 15. Les visites hebdomadalrta ont lieu au dispensaire de salubrité établi
(dans uilé rue peu fréquentée d'un quartier exœntrique)* Elles sont gratuites (1).
' ; ^ei$'ont' lieu les mardis et mercredis do chaque semaine, de neuf à onze
heures du matin.
Toutes les iilles'qui ne se seront pu présentées pour être visitées le mardi ou
le thei'credi seront passibles de vingt^qualre heures de prison.
Les filles qui, sans excuse légitime, auront manqué à la visite le mardi et le
mercredi, serout reçues au dispensaire pour y être visitées de neuf à onze heures
du matin, le jeudi et le vendredi, en payant une amende de .... et celles qui
aaiDnt'mmqité àla Visite le jeudi et le vendredi seront reçues au dispensaire le
sàmediren: payaa* une amende de ..*.
Aar» 16. i^s fiUes qui ne pourront se rendre au dispensaire en raison d'une
maladie quelconque devront faire constater par un certificat de médecin qu'il
lewB ait'inoq[iosëhWde sorUr; elles adresseront ce certificat à M. le chef du bureau
ées iBoenri;. elles seront alors visitées gratuitement à leur domicile par le mé-
decin de service*
f
,, . ) VII. — Médecins sanitaires.
Art. 17. Les médecins sanitaires sont nommés par le chef sapérieur de U
p(dice sur. une liste de candidats présentés par la société, ou à défuit par rafloda*
Uon médicale de la viUe.
Art. 18. Ils sont constitués en commissign sous la haute surveillance du mé»
decin des épidémies, et nomment entre eux au scrutin un président chargé de li
direction du service,
. ^t, 19. IU sont tous soumis au même règlement et partagent toiu également
les charges de la visite.
Art. 20. Le président centralise les travaux de la commisilon ; il wille, d'aprit
le règlement, à la bonne exécution des visites; Q arrête, de concert avec ses collè-
gues. Tordre de roulement du service ; il recueille les éléments de la statistique;
UîtâraneriAiaque semaine et chaque trimestre^ au nom de la commission, un
rapport an )Enédecin des épidémies sur Tétat du service.
Art. 21. En aecepiant leurs fonctions > les médecins s'engagent à ne pohit
traiter les filles inscrites.
Art. 22. Les médecins, sans préocoupation de théorie, doivent déclarer malade
toute 4lle Mteinte d'aOfction muco-purulente ou suppurante.
. Aut^-^Sk P« quelque utilité que soit le spéculum, c'est à ebaqua Inédscin
(1) Je p^is devoir formuler le système bordelais, qtti me parait le nettlenr iMfifiaie
pourra pas appliquer la gratuité absolue.
PROPHTUUE INTEIlMiTIONALB DES MALADIES VÊNtlUENNES. ^39
sduitdire d'en régler l'emploi, sans qu'on lui puisse faire un précepte absolu de le
généraliser.
Abt. 26. Le nombre des médecins sanitaires est de un pour deux cents filles
inscrites environ.
Art. 25. Leurs émoluments sontj au minimum (en France)^ de 2/iOO francs
par an.
Art. 26. Us doivent ôtre âgés de trente ans au moins et de soixante-cinq ans
au plus.
Art. 27. Ils sont révocables par le chef supérieur de la police^ pour négligence
habituelle dûment constatée dans leur service, pour infraction au règlement^ etc.
Art. 28. Après vingt--cinq ans de service, ils ont droit à une retraite égale à la
moitié de leurs émoluments.
SOClinrÉ MÉDICJJLE HABT^IEIVIVIS de liOIVDRES.
COMITÉ
rtlim MJk PKÉWBNTmiV IIKA HAIiADll» VÉIVÉRIEIVIVSII
inSTlTUA lifl 21 VilVRIER 1807.
JUPPÛHT pu COMITÉ A LA SOCIÉTÉ.
^•^^ffi^m
L'attention publique a, pour diverses raisons, été appelée dans ces dernières
années sur les grands malheurs qui afiligent la société à cause de la propagation
des maladies vénériennes dans toutes les classes. Ainsi, l'armée anglaise a tant
mffertde ces maladies, que, en 186/i, les relevés statistiques de l'armée démon-
trent que, sur une moyenne de 73 000 hommes stationnés dans le royaume, il y
eut une perte de service, pour cause de maladies vénériennes, de près d'une
semaine du corps entier. De môme, en 1862, sur un total de 88600 matelots de
la marine royale, admis dans les hôpitauxt il y on eut 7000 admis pour cause de
ce^ maladies. Dans ]e but de porter un remède à ces maux, le parlement britan-
nique passa une loi, intitulée le Cot^ogiouH DUmse$ Ad (Acte pour la prévention des
maladies contagieuses), qui fut mise en vigueur en décembre 1864» et ensuite
une commission royale fut nonmtée qui exiunina un certain nombre de médecins
et autres personnes, et fut appelée la Veim^i Dtseoses Commission, Le but de cet
icte du parlement étant seulement de préyenir les maladies vénériennes dans
l'anuée et la marine, il n'est en vigueur que dans les villes de Portsmouth, Ply-
mouth, NYoolwich, Chatham, Shf erness, iJdershof, Windsor, Golcbester, Shorn*
cUifc, the Gurragh, Cork et Queenstown, qui sont toutes des stations militaires et
navales. Les traits principaux du Conlagûms J>mas0$ Ac<1866 sont que la police de
ces villes a maintenant le pouvoir de mener toute femme, connue pour se livrer
ouvertemept à Ui prostitution dans ces villes, à un dispensaire pour la faire exa-
miner, et, si elle est malade, de la forcer à entrer dans un hôpital du gouverne-
ment et d'y rester jusqu'à sa guérison. Cette loi a déjà causé une grande diminu-
3^0 COIfORÈS HtmCkL I(fTERNATiO!f AL. -— QUATRIÈME SÉANCE DE JOUR.
tion dans le nombre des cas de maladies vénériennes dans les endroits susdits. Le
Tait aussi que le nombre de ces maladies a diminué dans plusieurs villes de
France et autres parties du continent^ par la police sanitaire^ a suggéré l'applica-
tion de quelques mesures semblables en ce pays-ci. La question devenait de plus
en plus importante, et l'on commença à la discuter.
Dans ces circonstances, le congrès médical international de Paris, 1867, vint
proposer la question suivante : a Question III. Est-il possible de proposer aux
divers gouvernements quelques mesures efficaces pour restreindre la propaga-
tion des maladies vénériennes? » Les membres de la Société médicale harvéienne
de Londres, influencés par les raisons ci-dessus mentionnées, décidèrent le 21 fé-
vrier 1B67, sur la proposition du docteur Charles Drysdale, appuyée par le doc-
teurTilbury Fox, qu'un comité serait nommé dans le but de « rechercher l'étendue
de la propagation des maladies vénériennes en Angleterre^ de discuter les meil-
leurs moyens de la prévenir, et de faire un rapport sur ce sujet au Congrès inter-
national de Paris. Ce comité fut composé de membres de la société spécialement
intéressés dans cette question, et Ton rechercha la coopération de plusieurs mem-
bres distingués de la profession médicale, qui ont étudié la question. Les noms
des membres du comité sont : le docteur S. E. Pollock (président), M. Acton, le
docteur Victor Bazire^ le docteur Beigel, le docteur Broadbent, le docteur Chap-
man, M. Weeden Cooke, M. Holmes Coote, M. Walter Coulson, M. Curgenoen, le
docteur Ch. Drysdale, Hondie, M. R. W. Dunn, le docteur Tilbury Fox, M. Gas-
coyen, M. Ernest HasI, M. Berkeley Hill, le docteur Hjaltelin, M. James Làne, le
docteur Maudsley, le docteur Menzies, le docteur Meredyth, le docteur Victor de
Meric, le docteur Semple, M. Sidgwick, le docteur Steele, le docteur Stuait,
M. Leevan, M. Henry Thompson, et le docteur Achille Vintras.
A sa première réunion, le 13 mars, le comité décida que des lettres circu-
laires seraient envoyées aux principaux hôpitaux de la Grande-Bretagne et de Tir-
lande, dans le but de déterminer combien de cas de maladies vénériennes étaient
traités par jour dans chaque hôpital, etc., quelle était la proportion de ces cas aui
cas de chirurgie, et comlûen de Uts étaient appropriés à ces maladies dans chaque
hôpital. Cette idée fut mise à exécution, et le comité tient à exprimer sa vive
reconnaissance aux différents chirurgiens, etc., de ces hôpitaux pour les rensei-
gnements importants qu'ils ont communiqués. En lisant ces rapports, on peut
voir que le mal infligé à la population entière par les maladies vénériennes con-
tagieuses est énorme; et peut-être ne serait-ce pas trop de dire que, de toute^les
maladies susceptibles d'être prévenues, il n'en est aucune qui, en ce moment, en
Angleterre, cause plus de ravages dans la santé. Ainsi, le rapport de M. Holmes
Coote, chirurgien de Sainl-'Bartholomews Hospital, dit que l'on voit en moyenne 17ii
cas de maladie vénérienne journellement à cet hôpital, ou à peu près la moitié des
malades externes chirurgicaux. Le rapport du Guy's HospUal, par le docteur Steele,
dit qu'à peu près &3 pour 100 de tous les malades externes sont des vénériens;
et M. Cooper Forster, un des chirurgiens du même hôpital, dit que, sur 295 cas
externes de chirurgie vus par lui en mai 1867, ilU étaient vénériens et 121 non
vénériens. Le Royal free HospUal de Londres a journellement 117 cas de mala-
dies vénériennes, c'est-à-dire 3 sur 8 des malades chirurgicaux sont des véné-
riens. Aux hôpitaux de King's Collège, University Collège, Saint-Mary's, West-
minster, London Hospital, Middlesex Hospital et Metropolitan free Hospital de
Londres, la proportion des vénériens est d'un tiers à un huitième de tous les cas
exteiiies de chirurgie. Le Lock Hospital (hôpital des vénériens de Londres) reçoit
PAOPHTIAXIE INTSBNATIONALB DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 3/ll
journellement 179 hommes et 39 femmes affectés de maladies vénériennes. 11
contient 15 lits d'hommes, et n'a jamais plus de 30 lits pour les prostituées
de Londres. La nugorité des lits, dans cet hôpital, dont le nombre es de 80,
est résenrée pour les malades envoyés par le gouvernement, d'après la loi
de 1866. Dans le Dreadnought^ hôpital pour les matelots, près de Londres, 50 cas
de maladies vénériennes sont vus journellement parmi les nuitelots de la marine
mile, une classe d'honunes très-infectée par ces maladies contagieuses. Dans
Xùphthalmk HogpUal de Monfields, un cinquième des cas de maladies des yeux,
puToi les malades externes, sont, selon le rapport de M. Hutchinson, des cas de
syphilis.
O y a très-peu de lits pour les vénériens de Londres. Ainsi le Lock Hospital,
comme il a été dit, n'a que 30 lits pour les prostituées, même celles qui soufiVent
des plus grayes maladies; et, selon M. James Lane, on est constamment forcé de
renvoyer des filles, même avec des grandes ulcérations des organes génitaux,
faute de place à l'hôpital. Le Guy's HospUal a 55 lits affectés aux vénériens,
25 pour des hommes et 30 pour des fenmies. Samt-Thomas HospUàl avait autre-
fois, avant qu'il eût changé de local, 65 lits pour les vénériens, dont 35 pour
les femmes. Le Royal free Hospital a 26 lits pour des femmes vénériennes, et l'on
renvoie chaque jour des femmes portant les lésions les plus contagieuses. Le
MiddiesexHospUal a seulement 11 lits pour des femmes. Les vénériens ne sont pas
admis du tout dans les hôpitaux de Saint-George, Saint-Mary's, University Collège
et beaucoup d'autres hôpitaux de Londres. Il n'y a qu'une demi-douzaine de lits
pour des fenunes vénériennes dans le London HospUal, qui contient &50 lits, et
est situé dans une localité pauvre, extrêmement peuplée et très-éprouvée par les
maladies vénériennes. Ainsi, Saint-Bartholomews Hospital, qui a 25 lits pour des
hommes et 56 lits pour des fenmies affectés de maladies vénériennes, *est très-
fréquenté par les pauvres femmes malades de Whitechapel (quartier de l'est), où
l'absence d'un établissement pour la réception de femmes vénériennes se fait très-
mement sentir.
Ainsi, dans toute la ville de Londres, avec une population de plus de 3 000 000,
il n'y a probablement pas, à présent, plus de 150 lits dans les hôpitaux affectés
aux prostituées ou aux femmes pauvres atteintes de maladies vénériennes
contagieuses. Mais, en 1865, il y avait à Londres, selon les statistiques de la
police, à peu près 6000 prostituées bien connues de la police et classées parmi
les voleurs'et autres personnes dangereuses. Cette statistique ne comprend pro-
bablement qu'un tiei*s du nombre de femmes qui gagnent leur vie en se
pnwtiiuant, et, comme une forte proportion de ces femmes est malade, on peut
l^ilement imaginer combien est insuffisant le nombre de lits affectés à ces
malheureuses, qui perpétuent constamment les maladies vénériennes conta-
gieuses.
In fait important est ressorti de l'enquête faite par la Société harvéienne, c'est
que les workhouses (maisons des pamTes) de Londres n'admettent qu'un nombre
extrêmement restreint de prostituées affectées de ces maladies, et qu'on les envoie
demander un asile au Lock Hôpital et à d'autres hôpitaux, qui ont déjà un très^
petit nombre de lits réservés à cette classe de maladies.
Ainsi, le Strand Workhouse, le Qty of London Workhouse, PaddingUm
Workhouse, Saint-Olave's Workhouse, Lambeth Workhouse, Shondetch Work-
^unise, Saint-Martin's Workhouse, Hackney Workhouse, Bethnal Green Work-
lMmie,Saint-Luke's Workhouse, Saint-Giles Workhouse et Nevrington Workhouse,
3&2 CONGRfeS MÉDICAL INTEBNATIONAL ^ QUATKtÈlCE SÊANC» DE JOUR.
n'ont probablement pas tous ensemble plus de trois douzaines de lits pour les
femmes Ténëriennes^ et les renToient au Lock Hospital (auquel ils font des contri-
butions annuelles), au Royal îteé Hospital^ à Saint^Bartbolomews ou à GuVs Hos-
pital, où 6lles ont à concourir, avec une foule d'autres infortunées, pour être
admises, et comme beaucoup d'entre elles sont renToyées, elles sont forcées de
continuer leur métier pour vivre.
L'effet de la syphilis sur la santé des enfants a été démontré par le rapport du
docteur Williams, de Thôpital des enfants malades, Ormond de Londres. Ce
rapport ftdt voir que, en 1866, il y avait 93 garçons et 105 filles affectes de
syphilis sur 1007 cas chirurgicaux vus à Thôpital, c'est-à-dire 1 sur 5 cas. Dans
les hôpitaux et les dispensaires pour le traitement des maladies de la peau, de un
huitième aux quatre cinquièmes des cas sont classés sous le titre d'éruptions
syphilitiques secondaires.
Il existe encore dans le public d'Angleterre une éti*ange opinion, à savoir, que,
comme les maladies vénériennes sont pour la plupart causées par un commerce
déréglé entre les deux sexes, elles ne doivent pas obtenir la même attention que
les autres maladies. Cette opinion a produit le résultat que, dans plusieurs des
hôpitaux et dispensaires de Londres et de la province, on n*admet pas les véné-
riens. Ainsi, les hôpitaux de Saint-George, Saint-Mary' s, Unlversity Collège, etc.,
de Londres, et d'autres encore, ne font pas profession de traiter ces cas. M. Jack-
son écrit de South Staffordshire Hospital qu'il n'y a pas de lits pour les vénériens
dans cet hôpital. Un règlement de Portland, town fra Btepcn^ary, dit qu'aucun
vénérien ne doit y être traité. D'autres dispensaires, tels que celui de Famigdon, à
Londres, volent une forte proportion de vénériens parmi leurs cas chirurgicaux.
On écrit du Nottingham gmeral Hospital que les ulcères primitif et la gonorrhde
sont rarement vus. Une certaine classe de praticiens et les empiriques sont seuls
consultés. Dans le Hull gênerai Infirmary, il n'y a pas de lits pour ces cas, ainsi
qu'au General Hospital de Dumfries, en Ecosse. Il t^ésidte des règlements des
comités de ces hôpitaux, comme on peut facilement se l'imaginer, qu'une foule
de cas de maladies vénériennes ne sont pas traités dans toutes nos grandes villes,
et aussi la contagion est propagée partout; et, plus que cela, les malades sont
encouragés à recourir à l'aide de personnes qui n'ont aucune connaissance de la
médecine^ au grand détriment de leur santé et de leur bourse. Mais, plus que cela,
les vénériens de ces quartiers viennent chercher un asile dans des hôpitaux plu^
humanitaires, comme à Londres, ofa, selon M. Holmes Coote, les cas les plus tristes
de misère çt de maladie combinées viennent du quartier de Whitechapel, où il
n'existe vraiment rien qui vaille le nom d'institution pour la réception de la foule
de prostituées malades de ce quartier pauvre et si peuplé. Les établissement
affectés au traitement des maladies vénériennes, dans les autres villes de là
Grande-Bretagne et de l'Irlande, semblent être aussi insuffisants dans toutes les
grandes villes (excepté Dublin, qui reçoit une subvention du gouvernement) qu'ils
le sont à Londres. Il est très-rare que les villes possèdent des hôpitaux pour les
vénériens, et celles qui en possèdent ont trop peu de lit» pour tous ceux qui
demandent à être admis.
A Liverpool, le Southern Bospital et les autres hôpitaux envoient tous Icun
vénériens au Lock Hospital, qui a 50 lits, et en moyenne quarante-cinq per-
sonnes des deux sexes dans l'hôpital. Le Lock Hospital de Dublin ne reçoit que
des femmes; et a en moyenne quatre-vingt'-six cas et pas de malades externes.
Le Staffordsliire-general Infirmary a A lits pour des hommes et & pouf des
rBOTHUâUB tUTEHNATIOVâliB DIB MAftADIBS TÉMttUElUlBS. ,4 VA
emines, et ces lits sont souvent inoccupés. Ctiester Inûnnary admets en moyenne^
deux femmes Ténéhennes. Dans le Royal Infirmary d'Edimbourg, selon le doc-
teur Gillespie, il y a 26 lits pour des yénériens. Le Lock Hospital d'Edimbourg a
36 lits pour des femmes vénériennes. Le Royal Infirmary de Glascow n'a pas de
lits pour les vénériens, et le Lo«k Hospital^ Glascow^ n^a que 45 lits pour ces cas.
Le General Hospital de Belfort (en Irlande) a six vénériens internes et une petite
salle pour le^ flemmes. 0 n^ a pas d'hApM poBr 4e9 %éMiAihs dans cette
D'après les divers rapports qu'il a reçus^ le comité a osé espérer qu'on pourrait
faire beaucoup pour empêcher la propagation des maladies vénériennes qui ont
jusqu'ici été une cause sérieuse de détërioTatidii pour les populations^ spéciale-
ment dans les grandes villes. Paris, une viUe moins grande que Londres^ possède
maintenant plus de 450 lits pour les femmes vénériennes et 336 lits pour les
hommes, tandis que Londres n'a pas plusde 150 lits pour les femmes, et certai-
nement pas plus de 100 Uts pour les hommes vénériens; un nombre si faible,
qu'on peut facilement comprendre pourquoi on voit si fréquemment des cas
de ces maladies dans la praUque d«s mëdecfni des hôpitaux . «t di lu vîHie .
M. Acton a calculé qu'il faudrait 1500 lits pour les individus vénéffiena.daa diux
sexes à Londres, si l'on voulait avoir la même propoHMD Bé lita afTèotil auB.Hutr
lades de cette classe que dans plusieurs des viQei de TEurope, et le MpùV^>est
d'ivls que même cette éviluatlon n'est p«f et avérée . Le oomité ân^èr? ai4#n-
ment que l'heure est enfin aitivée où rettention du public anglais #eiB,e|i49
éveillée, et qu'il reconnaîtra l'énormité du mal prisait, ainttlqilelaAéaessité.'de
Ure quelque oheie pour diminuer la firëquenoe d'une daâee .de . maladies^ si
fiMlles à prévenir que les maltidiel vén6rieane84 La petite v<A>le «:.eatiàris.-f
méat disparu de plusieurs fitats, grAce à des mesures gouvenietnental^, et. il
n'est pas de raison pour qu'on ne fasse pas les mêmes efforts ea Angleterre pfl'or
empêcher la j^'opagation d'un des plus grftnds fléaux auxquels la race humaipfi
ttk lujette, fléau qui n'atteint pas seulement les personnes dérégUes^ mais ét^4
M mvages Jusqu'aux êtres les plus innocents et les plus intéressttits> c'esiMh^ire
aux enfants. Le comité suggère enfin que le Cealogfous iMiecUss. à^ dis 1866« qu(
tene le pouvoir de mener toute proetituëe se livrant ouvertement k k .prostAfi-
tien (dans certaines villes) à un dispensaire pour la faire examiner, et» li eUe esi
niaUdé, de la fbroer d'entrer dans un hôpital du gouvernement Jusqu'à jhi gue-
riie&j seit appliqué aussi à la partie civile de la population.
.(
•I
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t '' ^' • ^^ i..' .k
S44 COliGXfcS HtUGAL mT£BMATI01IAi. ~ QUATMËWC SÊAIICE BË lOGB.
RAPPORT ti1IC€)IlVCT
aVR JLWm VniTBS URDMIADAIRHi
FAITBS RAM» VHTB MAISRIV RE TRI«*RA1«C« RE
PAR M. DE MERIC
CMrvfiM àm hépHaos de Lonèw.
Du 1** téviier 1862 au 1*' aoftt 1867, soit ((6 mois et 26& visites.
Moyenne des sujets, toigours dans rétablissement : 7; examens au spé-
culum : \Vi%, sur 109 sujets différents.
Le së^r a varié ainsi qu'il suit :
Pour 7S si^ets, de 8 jours à 6 mois ; pour 9 si^jets, de plus de 6 mois i
12 mois, et pour 27 sujets, de plus de 12 mois à 30 m<^.
L'âge a varié de 16 à 25 ans.
rai l'honneur d'offrir ici un supplément au rapport du comité de la Société
harvéienne de Londres. Ce rapport indique la nécessité d'une surveillance actîTe
de la prostitution, la IMquence des maladies vénériennes en Angleteire, et l'in-
suffisance des secours hospitaliers. Je désire montrer que dans Londres, où
aucune mesure restrictive n'est en force, des visites hebdomadaires dans une
maison de tolérance peuvent avoir des résultats avantageux. Je me permettrai,
en outre, d'illustrer par quelques dessins l'état déplorable où nous arrivent, dans
les hdpttaia, les malheureuses abandonnées à ellesHmèmes.
Dans cette rapide esquisse, on peut admettre, sous le point de vue des rapports
sexuels, deux grandes classes de maladies : les contagieuses et les non conta-
gieuses. Ce sont spécialement les premières qui doivent nous intéresser ici; je me
bcHme à dire, en ce qui touche les secondes, que nous avons remarqué surtout le
catarrhe utérin, les végétations, l'excoriation du col, abcès de la grande lètre,
^ sécrétion leucorrhéique du vagin, métrite, ovarite et métrorrhagie. On sait qoe^
parmi les prostituées, toutes ces affections se présentent assez souvent, surtout la
métrite et l'ovarite.
Les affections contagieuses se sont présentées ainsi : blennorrhagie, chancre
simple, bubons en rapport avec les chancres simples ou purement inflamma-
toires, chancre infectant, syphilis généralisée, et, un peu en dehors des maladies
strictement vénériennes, la gale et les pediculus pubis.
Sur les 109 sijyets, j'ai noté, pendant les 66 mois, 32 cas de maladies conta-
gieuses seulement, et 39 cas d'affections non contagieuses. S8 siigets n'ont pré-
senté aucun signe de maladie.
La moyenne du séjour dans l'établissement, pour les maladies contagieuses, est
de 6 mois; pour les non contagieuses, de 5 mois; et de 2 mois pour les personnes
qui ont joui^d'une parfaite santé.
DE MBUC — nOMYtAXIB UlTKBKATiONAtE DBS MALADIBS VfiNÊEIfiNNES. 346
Nom q»iiroclioQ8 maintenant des conditions afférentes à la question III du pro-
gramme^ et l'on se demande^ pour essayer d'y répondre, quelles sont les maladies
cftntsgieniy^ qui se sont présentées. —Quelques-unes sont rares, d'autres se ren-
contrent plus souvent.
Panni les premières, il n'y a eu que & cas de gale, 1 seul cas de Yéritable
Uennorrhagie uréthrale, S chancres simples, S cas de bubons, 1 seul cas de
cbancie induré, et 21 cas de syphilis généralisée, pendant les 66 mois dont j'ai
parié. Je ûôs ici la remarque importante que, parmi ces 21 cas de syphilis géi^-
lalisée^ 15 sijyet^ étaient plus ou moins malades au moment de l'entrée dans l'éta-
blissement, et 5 siyets prirent la maladie pendant le fonctionnement. On Toit,
par ce chiffire de 16, combien l'affection syphilitique doit être fréquente dans le
nufiett qu'on appelle la prostitution clandestine, car ces 16 stgets étaient libres
avant d'être admis dans la maison, et venaient presque tous d'un pays où la visite
est obligatoire. H n'y a eu, pendant les 66 mois, que 3 Anglaises dans l'établis*
sèment.
De ces 16 si^ets, 6 lurent renvoyés immédiatement dans leur pays, après con-
statation de leur état; j'en plaçai 4 dans mon service de Royal Free Hospital, et les
syn4^tâmes des 6 autres étaient si anciens et si peu graves, qu'elles furent trai*
técs dans la maison.
Mais id arrive le point capital, c'est le peu de puissance contagieuse des Vymr
pti6mes secondaires anciens ou à peu près disparus. Pendant les 66 mois d'exercice
qœ comprend cette rapide esquisse, nous n'avons eu que deux plaintes de la part
de clients, l'une d'écoulement uréthral et l'autre de chancre. Ce dernier cas,
même, était problématique, car les chancres mous dont j'ai parlé étaient à
findex. J'insiste sur cette circonstance, car la maison est alimentée surtout par
des clients habituels, qui n'eussent pas manqué de se plaindre chaque fois qu'il
serait arrivé malheur. U est évident qu'ici je ne puis plus m'appuyer sur des
chiffres rigoureux ; ce que je cherche à prouver, c'est que dans un établisse-
ment où la visite est loin d'être obligatoire, où la séquestration l'est encore
moins, mais où l'intervention médicale a to\;jours été prompte et bien suivie,
les catastrophes masculines ont été extrêmement rares. Que serait-ce donc, et
mes remarques ne portent ici que sur les maisons de tolérance et non sur le
(bnctionnement de la voie publique, que serait-ce, dis-je, si les visites étaient
tri-hebdomadaires et la séquestration obligatoire? Je dois dire, cependant, que
si tous les catarrhes utérins étaient séquestrés, il faudrait envoyer à l'hôpital
à peu près toutes les femmes, car ce catarrhe semble être le complément
Ibicé de la prostitution. ^ je ne me trompe, le dispensaire de Paris n'est
pas si rigoureux ; admis, il y a deux ans, sous le patronage bienveillant de
H. Clerc, à assister à la visite de la Préfecture, j'ai cru remarquer que cette
affection si bénite (et cependant un peu chanceuse) n'était pas l'objet de me-
sures prohibitives. J'ai classé le catarrhe utérin parmi les affections non conta-
gieuses; mais je me suis souvent demandé, et je prie messieurs les membres du
Congrès de se demander si le catarrhe utérin ches un sujet jadis vérole, et ne
présentant plus trace de syphilis, ne pourrait pas communiquer la vérole à un
SQJet sain.
Jetons un coup d'œil, en terminant, sur l'étiologie des états pathologiques des
sujets qui habitent une maison de tolérance. Ces sujets, sous le point de vue de
la question 111, nous les considérons comme contaminants, et c'est pour cette
cause que je crois fermement qu'on doit conseiller aux gouvernements de tous les
3ft6 CONGRES VÊDIGAL tNTBKIlAtlONAt. ^ QUATRlfellB ftÈANGB DE IMft.
pays de prendre d«B mesures sanitaires; mais Je n'apprendrai rien à personne en
disant que ces sujets sont fort souvent contaminés^ et de là découle te nédMlté
de précautions qu'on pourrait prendre officiellement^ et que les sujets eut^4tiêiuii»
toutefois^ prennent avec une spontanéité qu'on ne saurait leur reprocher. MillliS
précautions officielles et ofAciéUses n'ont qu'une portée limitée. Les symptOmes,
palpables et évidents^ sont peut-^tre les moins dangereux chet léft deux setw, car
on les constate facilement, mais la vérole secondaire peut habiter myutdrlaiise'
ment> et c'est ici qu'on pourrait appréhender du danger de part et d'autre. Eh
bien, messieurs, ce danger ne m'ellhiye pas, en ce qui touché les périls dei deux
sexes. D'après mon expérience, il fkut une cohabitation habituelle pour que dans
ces conditions la conUimination ait liftu. Je tire cette opinion et de la maiMU de
tolérance dont J'ai parlé, et de la clientèle de la tlll«. Tbuchant ceUe^i^ je ne
citerai très-brièrement qu'un fait qui m'a frappé. J'avais soigné d'une syphilis
secondabre une dame atec qui un de mes clients avait des rapports assefl fMquents.
Pendant près d'une année (la dame n'ayant plus aucuns symptômes bien Appt*
rents, sauf des plftques muqueuses presque microscopiques aux amygdales), ce
commerce se continua sans encombre. Enfin atrita le Uen conjugal, et| six moii
après le mariage, le mari eut d'énormes ganglions deirière une onHlle (sans
origine préalable ou aucune manifestation du côté des parties géflitâlea) tt une
roséole bien caractérisée. -^ Gonseillotis donc des mesures, surtout en Angleterre,
où elles n'existent que partiellement, pour la protection des armées de terre et de
mer. Conseillons'-les, messieurs, partout où elles ne sont point exigéeii ftt cou-
ieillons-les non pas exclusivement en vue du sexe masculin, mais ansri pour
épargner à des malheureuses, bien dignes de la pitié des philanthropes éclairés,
les aff'reuses complications qui viennent les dévorer. A Londres point de res-
trictions, et ce n'est que dans le plus piteux état que les sujets qui nous occupent
viennent réclamer nos soins dans les hôpitaux. Attaché depuis douse ans à un
établissement de ce genre, où des salles de vénériennes (dérisoirement dispropor*
tionnées aux besoins des populations) ont été fondées, j'ai traité quelques cas qui
méritent votre attenUon. Les dessins que J'ai l'honneur de mettre sous vos yeux
ont été fkits à la hâte et ne présentent aucun intérêt artistique, mais ils plaident
bien haut en faveur de la réponse que leCongrès sera. J'espère, disposé à fkire à
la question II!, à savoir, qu'on doit certainement proposer aux gouvernements, et
surtout à ceux qui ont jusqu'ici fkit la sourde oreillei d'exiger des etamens 1^
quents et de vastes services hospitaliers pour lé traitement des maladies véné*
riennes chea les deux sexes.
J. K0LLBt.«-niOfHrLAXtB tMTSREUtKmàlfi MS MUADIES tÊNtBKKlffeft. U1
1»AR I. ROtlflT
Bi-chirarficn en chef de rAntiquatUe,
dM GMtell a'fayfièné d de Mlilbrilé dd ddparUOMtit dm RMtte (1 ] .
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.
t
1' Les maladies Tënëriennes^ prises dans lettr etisêmble, c'est^nlirii toutes
les maladies contagieuses qui ont les rapports sexuels pour mode commun d«
transmission, ont aussi la prostitution pour centre et pour fbyer prindpal de pro*
pagation. Cest par la prostitution que ces maladies se répandent avec le plus
d'actiritë dans les masses.
2^ Les visites sanitaires des proêUtuêeê^ rendues faciles à l'administration par
r&utoritë qu'elle exerce sur ces filles^ sont^ en compensation^ le moyen de pro-
phylaxie le plus puissant que l'on puisse opposer en bloc à ces maladies. Lm
statistiques, c*est4^dire les documents positift auxquels le Congrès mtfdioal
international fait surtout appe}, établissent que les maladies vénériennes sont
trois ou quatre fois plus Mquenies dans les pays où les prostituées ne sont pat
évitées que dans ceux où elles le sont; qu'Û y a aussi une diff^renoe sensible
dans ces mêmes pays entre les villes où les visites sanitaires laissent à désirer et
celles où ce service est bien organisé, les premières comptant, toutes propot*
tions gardées, deux ou trois fois plus de malades que les secondes.
3' Les bons résultats des visites sanitaires des prostituées ne pouvant pas être
mis en doute, et ces résultats dépendant beaucoup de la manière dont fonctionne
cette institution, il importe, en premier lieu, de la perfectionner, c'est-^^lire de
provoquer une révision générale et une refonte des règlements relatlAi à la poliêê
sanitaire de la prostitution, et d'adopter un règlement uniforme, un règlement
type, qui deviendrait obligatoire pour toutes les villes où les prostituées sont vis!»
tées du appelées à l'être.
U* Après avoir perfectionné ce système de visites, û contiendrait, pour le
même motif, de l'appliquer, autant que possible, à toutes les prostituées, en fai-
•
(1) Na pcMtvant reproduire (n extenso le remarquable trtVÉll de M. RoUet, qui A obteftM
l'sni&lffle approbation du Congrès, noas tenons tout au moins à en danaer le Mtuné el lis
CODClttlioOS.
Sft8 C0M61È8 MiDICAL UmERATIOMAL. — QDATIlfcllB ftÊAHCB III MDB.
sant rentrer dans la catégorie de la prostitution réglementée les filles publiques
qui ne sont pas yisitées parce qu'elles ne Sunt pas inscrites, et qui forment ainsi
le contingent de la prostitution clandestine, de celle que la statistique nous
montre comme la plus dangereuse, puisque dans les yisites accidentelles aux-
quelles ces filles sont soumises, on les trouTe dix ou vingt fois plus souvent ma-
lades que les autres.
5* CoDune conséquence encore plus générale de ce qui précède, U y a
urgence à provoquer l'institution de ces visites dans toutes les villes impor-
tantes et chez toutes les nations qui en sont dépourvues (Angleterre, États-Unis,
Espagne, Rome, etc.)> c'est-à-dire partout où la prostitution est abandonnée à
elle-même au grand préjudice de la santé publique.
6* L'application des visites sanitaires à toutes les prostituées et dans tous les
pays constitue, à coup sûr, la mesure la plus importante d'hygiène internatio-
nale qu'on puisse proposer aux divers gouvernements.
7* Les visUei des hommes sont utiles dans toutes les circonstances où ils ris-
quent le plus de devenir des agents de propagation des maladies vénériennes,
mais ces visites ne sont praticables par l'administration que sur les individus qui
relèvent d'elle et à qui elle peut les imposer réglementairement.
8* Sans prescrire d'une manière expresse aux maîtresses de maison la visite
des hommes qui fréquentent leurs établissements, on arriverait indirectement à
ce résultat en leur recommandant, par un article du règlement sanitaire, d'em-
ployer ou de fiiire employer tous les moyens d'examen de préservation ou d'as-
sistance nécessaires pour que leurs filles ne soient que le moins possible exposées
et surtout jamais contraintes à des rapports avec un homme malade. L'exé-
cution de ces mesures serait mise sous la responsabilité des maîtresses de mai-
son à qui on infligerait une amende quand les cas de maladie de leurs filles
dépasseraient une moyenne fixée par l'administration.
9* Les marins de l'État et les soldats de l'armée de teire, que la statistique
signale aussi conmie des propagateurs très-actifs des maladies vénériennes,
devraient être assigettis, par l'autorité militaire dont ils relèvent, à des visites
non-seulement périodiques, nuds encore renouvelées à chaque déplacement :
embarquement, débarquement, changement de garnison, départ en congé,
airivée ou retour au corps.
10* On serait en droit également d'interdire aux matelots de la marine mar-
chande de descendre à terre sans être munis d'un certificat de santé constatant
qu'ils sont exempts de maladies vénériennes.
11* On pourrait exiger le même certificat de tous les matelots étrangers dont
les gouvernements ont adhéré à la convention sanitaire internationale de 1853.
12* La visite devrait être imposée aux prisonniers et proposée aux individus
arrêtés pour délit de vagabondage.
IS* Dans tous ces cas, la risite aurait ceci d'avantageux au point de vue de la
prophylaxie, qu'elle porterait sur des individus qui, une fois reconnus malades
par le médecin, pourraient être envoyés d'office à l'hôpital ou aux infirmeries, et
retenus jusqu'à guérison.
1&* L'AoqMita^isalîofi des vinérietès ne se fiiit, pour quelques-uns d'entre eux, en
France, qu'avec la plus grande difficulté, bien que ce soit le mode d'assistance
qui leur convienne le mieux; c'est aussi un bon moyen de prophylaxie des mala-
dies vénériennes, puisque, en même temps qu'elle permet à ces maladies ée
guérir, elle les empêche de se propager.
J. lOEXBT. — PtOnTtAXIB INnBNATIOllàtB DES MAUDIBS VÉNÊBIBMIIES. 3^9
15* n serait opportun que dans les villes qui n'ont pas d'asOes spéciaux, les
administrations hospitalières fussent invitées à recevoir désormais les vénériens
dans les hôpitaux généraux au même titre que les autres malades.
16* L'hoqiitalisation des vénériens rencontre des obstacles même dans les
villes qui ont des hôpitaux spéciaux; ceux-ci, vivant presque tous de subventions
municipales, ne sont ouverts qu'aux malades domiciliés dans la ville, ou reçus
en traitement aux frais des communes ou des départements voisins, mais après
des formalités longues et compliquées. Il serait facUe au gouvernement de rendre
ces hôpitaux accessibles à tous les vénériens indigents, en simplifiant les forma-
lités exigées pour les admissions, et en mettant, par une mesure générale, cha-
cun des malades traités à la charge du département ou de la conmmne à qui il
appartient par son domicUe.
17* Vauisiance publique^ sous forme de consultations avec délivrance gratuite
des médicaments dans les hôpitaux ou dans les dispensaires, et sous forme
de secours à domicile, est également très-digne d'encouragement. H en est de
même de l'institution des ouvroirs, des providences et de toutes les œuvres
de charité qui ont pour but de prévenir la prostitution, de la moraliser ou de
la racheter.
18* VoftUtance mutuelle, qui pourrait rendre aussi de grands services dans
les cas de maladies vénériennes, n'étend pas son action bienfaisante jusqu'à ces
maladies. Les administrations de chemins de fer et les sociétés de secours mu-
tuels procurent généralement à leur personnel ou à leurs sociétaires des soins
médicaux et des remèdes gratuits, mais elles font une exception pour les véné-
riens, qu'elles délaissent.
19* Et pourtant l'égalité des malades devant Tassistance est un principe d'hu-
manité que la médecme a proclamé depuis longtemps, qu'elle observe comme
mie règle absolue, que le gouvernement a lui-même adopté pour les hôpitaux
militaires et les infirmeries des prisons, principe qui triomphe de plus en plus
des résistances que lui opposent encore certaines administrations hospitalières
chargées de l'assistance publique, et que nous voudrions voir pénétrer jusqu'au
'On de l'assistance mutuelle.
%• Les soins hygiéniques, les mùyens présermHfs et les traitements abùrHfs sus-
ceptibles de prévenir ou de guérir sui^le-champ certaines maladies vénériennes,
fendraicntplus de service s'ils étaient mieux connus, et surtout si l'on était plus
familiarisé avec le diagnostic de ces maladies. Grâce à l'organisation de l'hygiène
ptiblique en France, il ne serait pas impossible de faire ici ce qui a déjà été foit
wec succès pour d'autres maUdies contagieuses, c'est-à-dire d'exposer succincte-
ment et de propager, sous forme à'tMtruotîms populaires ou à* instructions particun
*^ pour les médecins, toutes les notions médicales nécessaires pour compléter
et pour rendre plus efficaces les mesures administratives de prophylaxie.
11
il* La syphilis proprement dite eii moins fréquente, mais infiniment plus
Ki^n que les autres maladies vénériennes; elle se distingue encore de ces mala-
des en ce sens qu'elle est loin de se transmettre aussi exclusivement qu'elles par
les rapports sexuels. Aijgourd'hui que l'on connaît mieux la généralisation dans
iM CONGRÈS MfiDIGÀC lirTEIUlATlOKAlM -* QUATRliSME %tàMË UE IQUIU
Torganisme, et pour ainsi dire l'ubiquité du principe contagieux syphilitique et
•ses modes variés de transmissioni il faut poursuivre la syphilis partout où elle se
propage^ ne fût«ce qu'accidentellement; et^ en tous cas> c'est elle qui doit devch
nir désormais, sinon le seul, du moins le principe et le plus constant objet de
mesures hygiéniques de préservation.
22* La syphilis héréditaire n'est pas rare dans les familles; elle est surtout
ti*ès-rcpandue dans les maternités. Ainsi s'infiltre à travers les généFatîonB un
principe de dégénérescence, quand ce principe, éminemment destructeur, ne va
pas jusqu'à tuer les enfants dans le sein de leurs mères ou peu de temps après
la naissance. C'est pourquoi un grand nombre de médecins légistes n'ont pas
hésité à demander une loi qui Ht de la syphilis un motif d'opposition au mariage,
une cause de nullité de cet acte, ou au moins un cas de séparation de carps«
. 23° La nécessité d'imposer à tout le monde la visite corporelle, les difficulté»
d'appréciation que présenteraient les cas d'infection syphilitique latente, l'impos-
sibilité de préserver, par ce moyen, les enfants naturels^ et les grands inconvé-
nients que ne pourrait pas manquer d'avoir tout système de restriction adopté à
l'égard des mariages, doivent faire renoncer à une pareille loi, malgré lea inté-
rêts considérables qu'elle aurait pour but de sauvegarder et la gravité d'uae
question dont on ne saurait méconnaître l'importance capitale et vraiment
sociale.
2&° Puisque le soin de se préserver doit être laissé aux familles, il importe
beaucoup que les médecins, qui. sont dans ces cas leurs conseillers naturel,
s'entendent sur les lésions spéciales et sur l'état diatbésique> qui font de la sypbiii»
la seule de toutes les maladies vénériennes qui puisse constituer une inhabiUUi
au mariage même après qu'il n'en reste plus trace apparente au dehort.
23'^ Le traitement antisyphUitique, administré suivant certains principes aux
individus qui ont eu ou qui ont la syphilis, à ceux de ces individus qui se dispo-
sent au mariage, à ceux qui sont mariés, et principalement aux fenunes en-
ceintes, constitue le meilleur moyen de prophylaxie de la syphilis héréditaire.
26* Les principes du traitement antisyphilitique pourraient donc être rappelés
avec profit dans les instructions particulières aux médecùis dont nous avons parlé
plus haut* La nécessité notamment d'un traitement prolongé devrait engager le>
médecins des hôpitaux k retenir, par la persuasion^ dans les salles, ou à ramener
aux consultations gratuites ceux des malades atteints de syphilis qui ont le plus
besoin de cette prolongation de traitement ou de surveillance,
27* La syphilis^ qui ne constitue pas une inhabilité au mariage aux yeux de la
loi, en constituant néanmoins une du premier ui'dre aux yeux du médecin,
celui-ci doit user de toute l'autorité morale qu'il peut avoir sur ses malades
atTectés de syphilis pour les retenir dans le célibat jusqu'à complète guérison.
Consulté h ce point de vue, par les familles, sur la santé de leurs futurs alliéii
le médecin doit fournil* toutes les informations consciencieuses qui sont compa-
tibles avec l'obligation du secret médical.
28* La syphilis des nourrices est, pour ainsi dire, un dérivé de la syphihs héré-
ditaire. Lorsqu'un enfant, infecté héréditairement, est confié à une nourrice
étrangère saine, il risque beaucoup de lui communiquer son mal : l'infection,
ches la nourrice, ne se 6tit pas, habituellement, dèa le principe, mais h l'époque
seulement où la syphilis de l'enfant cesse d'dtre latente et se manifeate ohei lui
par des lésions apparentes^ déclarées, ce qui arrive, en général, dans les trob
premiex's mois qui suivent la naissance.
h BOUir. •<--ftO»TUXIB llfTBBNATIWALB DES MAUDIBS TtNtoIBNNBS. S51
39* Us moyens prophylactiques looeux qu'on a conseillés dans les cas d'allai-
tement d'un nouTeauHDié syphilitique par ui|e nourrice saine, tels que les lotions
lor les mamelons airec des liquides dits préservatifs» les frictions avec des pom^
nadts eathérétlques» les eautérisatioiMi même» n'ont qu'un efflat incertain sur
lequel il faut peu compter.
SO* Réciproquement» une nourrice syphilitique qui se chargerait d'un enflint
Min, risquerait aussi beaucoup de lui communiquer la contagion. Ces derniers
css ne se présentent pas aussi souvent que les premiers» mais» malgré leur rareté»
ilifont un devoir à l'administration de surveiller, à ce point de vue^ les bureaux
des nourrices ; ils imposent aussi aux familles le soin de foire visiter, par leurs
mMedns» les nourrices à qui elles confient leurs enfonts.
31* Lorsqu'un enfant est issu de parents syphilitiques, le médecin» qui igncv-
Nnit ces antécédents» ne serait évidemment pas responsable de l'imprudence
fM poumit oommettre la hmiUe en confiant Tenfont à une nourrice étrangère
saine. U n'en serait plus de même si le médecin connaissait les antécédents
lypIdUtiquet des parents» s'il avait constaté de» signes de syphilis ou seulement
l'U «fait lieu de regarder la maladie eomme probable ou possible ches l'enfant.
Un médecin qui» dans ces cas» donnerait à la nourrice une assurance qu'il ne
Nrait pu fondé à avoir lui«>méme d'après le; règles de l'art» prendrait sur lui une
rsspoDsabilité que les tiibunaux pourraient avoir è apprécier.
13* L'enlknt né d'une mère qui a ou qui a eu la syphiliSi tombe malade à
KHI tour et devient apte k transmettre sa maladie à une nourrice étrangère saine ;
mais il peut être impunément allaité par sa mère» sur qui la maladie de son
intent n'a plus de prise. Pareille immunité s'observerait ches toute autre nour-
ries qui auiait aussi ou qui aurait eu la syphilis,
S8* Le lait d'une femme qui a eu la syphilis» s'il est d'ailleurs de bonne qua«-
lité, convient parfoitement au nouveau^né syphilitique. C'est même dans ces cir^
eoniUnees seulement qu'on peut administrer à la nourrice un traitement anti-
lypbilitique dont le nourrisson n'a qu'à bénéficier.
W Les enlbnts qui ont des signes de syphilis ou que l'état actuel ou les anté*
cédents de leurs parents vouent à une syphilis probable ou possible» peuvent
étmt, sans inconvénients» être allaités par leurs mères ; il faut qu'ils le soient
tons, c'est un principe général qui ne doit fléchir que devant l'absolue nécessité.
S5« Dans les maternités, eu le triage des noifveau^nés voués à la syphilis est
neore plus difficile h foire que dans les familles» faute de renseignements sur
U santé des parents» beaucoup de nourrices, d'abord saines» à qui on a confié
des nourrissons de l'hospice» reviennent avec les' signes de rinfeotlon syphilis-
tique. A Lyon» les nourrices et les nourrissons syphUitiques sont reçus dans des
«lies spéciales, sorte de crèche qui rend beaucoup de services, et qui mérite
d'être recommandée à toutes les administrations hospitalières des grandes villes,
S6* Ces femmes syphilitiques» une fois guéries» pourraient être recherchées
de nouveau par les maternités : à défout des mères* il n'y a pas de nourrices
qui puissent mieux qu'elles allaiter ees enfants nés de parents inconnus qite
leur état incertain rend si dangereux pour les nourrices saines è qui on les
eonne.
97* 11 n'y a donc pas» à proprement parier, d'exceptions, et toutes les fois
qu'un enfont syphilitique, ou qu'on sait menacé de syphilis» ne peut pas être
allaité par sa mère, il fout se résigner à recourir à l'allaitement artifioiel) quelqug
défectueux» é'aflleurs» que soit encore ce mode d'flimtntalion*
352 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — QUATRIÈME SÉANCE DE JOUR.
38** La syphUis vaccinale dérive aussi, le plus souvent, de la syphilis hérédi-
taire, car les nouveau-n^s syphilitiques, qui sont un si grand danger pour leurs
nourrices, ne font pas èourir un moindre péril aux individus qu'ils servent à
vacciner. Les faits de contagion vaccino-syphilitique sont aujourd'hui aussi nom-
breux qu'irrécusables.
39* Le sang des sujets syphilitiques est contagieux, puisqu'on a 'réussi à
l'inoculer expérimentalement. Quant au vaccin lui-même pris sur ces individus,
on peut ne pas lui refuser d'une manière absolue la qualité syphilitique sans
pouvoir nier néanmoins l'aptitude beaucoup plus certaine du sang péri-vaccinal
à transmettre la syphilis dans la pratique de la vaccination.
U9^ La transmission de la syphilis par l'opération vaccinale s'effectue, en gêné*
rai, quand le sujet qui sert à vacciner a des symptômes syphilitiques apparents,
mais il n'est pas démontré, tant s'en faut, qu'un individu, un nouveau-né, qui
n'aurait la maladie qu'à l'état latent, ne fût pas apte à la transmettre par une
opération où le sang est l'agent le mieux reconnu de la contagion.
&i* Le sang étant un agent non douteux de contagion syphilitique, quand oo
vaccine une série d'individus, si la vaccination est pratiquée sur tous avec U
même lancette et sans que l'opérateur prenne la précaution de laver et d'essuyer
son instrument, ce n'est pas seulement celui à qui on emprunte le vaodn qui
est apte, s'il est syphilitique, à communiquer la syphilis aux autres; le germe
de cette maladie peut être puisé avec le sang sur l'un quelconque des vaccines;
alors le vaccinifëre, qui est habituellement l'auteur, peut devenir au contraire
une des victimes de la contagion syphilitique.
&2* Pour éviter de transmettre la syphilis par la vaccination, on n'empruntera
du vaccin qu'à des individus n'ayant ni symptdme de syphilis, ni antécédents
syphilitiques; chez les enfants, les antécédents du siqet lui-même ne suffisent
pas, il faut s'enquérir, en outre, avec soin des antécédents des parents.
&3* Si l'on choisit pour vaccinifëre un enfont^ il iàut le prendre à l'âge où la
syphilb héréditaire a déjà eu le temps de se produire au dehors, c'est-À-dire
après le troisième mois; en le prenant à un Age moins avancé, on risquerBit
beaucoup plus de tomber sur quelque cas de syphilis latente.
liU^ Recueillir toujoun avec la lancette, dans la vaccination de hras à bras,
du vaccin pur, sans mélange de sang, ou bien n'employer que des tubes remplis
de vaccin incolore, transparent^ ne jamais vacciner plusieurs individus de suite
avec la même lancette sans laver et essuyer l'instrument après chaque vaccina-
tion, telles sont les précautions à recommander pour prévenir la contagion vac-
cuio-syphilitiquC) précautions qui ne compliquent nullement l'opération.
&5* Toutefois ces précautions ne donnent pas une sécurité complète : le moyen
le plus certain de ne pas transmettre la syphilis dans l'opération vaccinale serait
de prendre le vaccin sur une espèce animale, la vache, par exemple, inapte à
contracter la syphilis. Il y a donc lieu de demander aux gouvernements, qui ont
presque tous des fonds spécialement affectés à la propagation de la vaccine, de
vouloir bien en destiner aussi à encourager le nouveau mode de vaccination par
le cowpox^ puisque, préférable à l'ancienne méthode sous le rapport des gann*
ties absolues qu'il donne contre la syphilis, il ne lui céderait, d'après toutes les
expériences faites jusqu'à ce jour, sous aucun autre d'aussi grande importance.
&6* La syphUiê drcondgkUe a été observée dans différents pays, et notamment
à Palis. C'est que les nouveau-nés syphilitiques, si dangereux pour leurs nour-
rices et pour les individus qu'ils servent à vacciner, ne laissent pas de Têtre
1. lOUBT. •— PRM>HYLAXIE INTERNATIONALE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 353
aussi pour les opérateurs qui les circoncisent suivant le rite religieux dans lequel
le sang est ëtanché avec la bouche, au moyen de la suceUm^ après que le prépuce
a été excisé par l'instrument tranchant.
47* La syphilis latente n'étant pas aussi sûrement contagieuse que la syphilis
confirmée, apparente, et la circoncision se pratiquant en général le huitièmo
jour ftprè9 la naissance sur tous les enfants mâles sans distinction^ la transmis-
sion de la maladie des enfants héréditairement infectés au drconciseur est plus
éventuelle, moins fréquente qu'elle ne le serait si l'opération était pratiquée à
on âge plus avancé, du premier au quatrième mois, par exemple. D'un autre
côté, le drconciseur n'est apte à subir, conune tout le monde, qu'une seule
infection. A ce moment, il risque de transmettre la maladie à un grand nombre
d'enfants, nombre qui ne saurait être beaucoup moindre que celui des circonci-
sions qu'il pratique; mais, une fois guéri, il ne peut plus être qu'un agent de
contagion médiate, soit avec sa bouche, quand il exerce la succion, soit avec ses
instroments, quand il fait la section du prépuce.
/k8* Exiger du circonciseur qu'il lave et essuie ses instruments après chaque
opération, le visiter pour s'assurer qu'O n'a aucun signe de syphilis, visiter aussi
les enfants qu'on va opérer, ne suffirait pas pour éviter sûrement la transmission
de la syphilis par la circoncision. Le moyen le plus simple et le plus sûr de cou-
per court à la contagion, c'est de supprimer le temps de l'opération pendant
lequel la maladie se communique réellement, c'e8t-à«dii*e la succion.
h9* La circoncision, originaire de l'ancienne Egypte, est, de nos Jours encore,
une opération très-répandue. Elle est en usage chez les Juifs, chei les Musul-
mans, et, par conséquent, chez les Arabes de l'Algérie, où la syphilis hérédi-
taire fait tant de ravages. A coup sûr, la question vaut la peine qu'on s'en
occupe. Nous demandons qu'on fasse une enquête générale sur la circoncision,
et que la succion soit abolie partout où elle est pratiquée.
50* La 9yphiHs dei verriers est inhérente, non pas précisément à une fonc-
tion, comme la précédente, mais à une profession tout entière, celle de ver-
rier, dans laquelle les ouvriers sont mis en communication bouche à bouche
au moyen de l'instrument qui leur sert à souffler le verre, la canne.
51* On sait que les accidents syphilitiques secondaires se localisent avec uno
préférence marquée, chez l'adulte, à la bouche et au gosier, surtout quand ces
organes y sont disposés par une irritation incessante, et c'est ainsi qu'agit le souf-
re chez les verriers. On s'explique, dès lors, comment la maladie se transmet,
dans cette circonstance encore, avec tant d'activité.
52** Les trois verriers qui soufflent à la môme canne, le gamin, le grand gar-
çwi et rottt^TMr sont tous trois solidaires, et si l'un d'eux a la syphilis, de quelque
Bunière qu'il l'ait contractée, il infecte les autres dans le travail professionnel
commun. La contagion se propage ensuite dans le reste de l'atelier et même
d'un atelier dans un autre, par les changements de personnel, et surtout par l'in-
tenrention des relais^ c'est-à-dire des ouvriers faisant dans les verreries l'office
de suppléants. De l'atelier la contagion ne tarde pas à passer dans le ménage ; car,
l*rmi les trois souffleurs, il y en a presque toujours au moins un, l'ouvrier, qui
^ marié et père de famille.
53* Les ouvriers venîen sont très-nombreux et répandus dans tous les pays
industriels et vinicoles. Aussi les exemples de ces contagions, maintenant qu'on
^t mieux les reconnaître au moyen du chancre buccal qui est leur symptôme
primitif, se multiplient-ils et se produisent-ils de tous les côtés. 11 est certain que
23
S5& CONGBËS MÉDICAL INTERNATIONiLL. — QUATRlfellE SSANCB DE lOUB.
la canne» avec les dispositions qu'elle a dans toutes les verreries, est^ pour ces
usines, une cause d'insalubrité longtemps ignorée, qui n'a sa pareille dans
aucune autre industrie, et qu'il importe au plus haut point de faire disparaître.
54° Le meilleur moyen d'empêcher la contagion serait de rendre obligatoire
l'emploi de l'embout mobile de M. Chassagny. Cet embout, qui s'adapte à Tex-
ti'émité de la canne, appartient en propre à chaque ouvrier; et, comme il est
seul en rapport avec la bouche du soudleur, il rompt la solidarité qui fait tout le
danger du soufflage. Mais, jusqu'à ce qu'il soit bien établi, par des essais répétés
sur divers points, que l'embout proposé n'apporte aucune entrave au travail
industriel, et surtout avant que le nouvel instrument ait triomphé de Tinexpc-
rience et de la routine, il est urgent de prescrire des visites sanitaires périodiques
aux ouvriers verriers.
.55° Les visites sanitaires des verriers devraient être adoptées comme une me-
sure générale par tous les gouvernements, puisque dans tous les pays ces ouvriers
sont également exposés à la syphilis par leur travail professionnel, qui est le
même partout. En France, il conviendrait que cette mesure fût prescrite, non
par un simple arrêté préfectoral valable seulement pour les usines du dépar-
tement, mais par une ordonnance ministérielle applicable à toutes les verreries
de Tempire.
56*^ La syphilis transmissibk par d'autres modes plus acddmtels ne comporte au*
cune mesure spéciale de prophylaxie. Pour que la contagion syphilitique s'opère,
il faut, on ne l'ignore pas, que le contact se fasse sur une muqueuse fine ou exco-
riée, ce qui a lieu fréquemment, ou bien sur un point de la peau dépouillé d'épi-
derme, ce qui se rencontre beaucoup plus rarement; mais, ce qu'il serait bon
de rappeler, parce qu'on l'a longtemps méconnu, c'est que les accidents secon-
daires de la syphilis sont contagieux et que le sang lui-même est inoculable.
57° Avec ces notions bien présentes à l'esprit, ou plutôt avec toutes celles
que nous avons indiquées comme devant faire l'objet d'instructions spéciales j il
suil^a des précautions les plus vulgaires pour éviter la contagion telle qu'elle
s'eiTectue encore quelquefois au moyen des ustensiles de ménage ou d'autre»
objets à l'usdge de plusieurs individus. 11 y a surtout à se prëcautionner contre
les contagions qui s'opèrent à la bouche ou qui se font dans les plaies acciden-
telles ou chirurgicales : ici encore les seuls moyens de préservation nécessaires
ou applicables sont la vigilance et les soins de propreté.
58* Les cas de syphilis qui peuvent soulever des questions de respensabiiUè sont
nombreux. La syphilis, en effet, est une maladie assez grave pom* causer un
préjudice très-sérieux aux individus à qui elle est communiquée; d'un autre
côté, dans un certain nombre de cas, elle peut être exactement rattachée à »
cause. 11 ne faut donc pas s'étonner si elle donne lieu, parfois, à des poursuites
correctionnelles et surtout à des actions en dommages-intérêts.
59° Les mesures et prescriptions hygiéniques qui précèdent trouvent une nou-
velle justification et une véritable sanction dans ces actions judiciaires, dans le^^
actions civiles surtout, qui ont toutes nos préférences, parce qu'elles se ratta-
chent plus directement au principe de la responsabilité qui est dans la loi, et que
les victimes de la contagion syphilitique ont le droit d'invoquer pour ce dom-
mage comme pour tout autre.
MOUGEOT. — PBOrartAXlE lECTERNATIOUALE DES MALADIES VËNÊRIEIfUBS. 355
111
60* Enfin, pour que les mesures administratives ou autres relatives à Ift pro^
phylâxie des maladies vénériennes aient leur plein eiîet; pour que les services
sanitaires qui les concernent soient complétés^ contrôlés, vivifiés, réunis par
un lien conunun, et que les médecins qui en sont ou seront chargés, puissent
centraliser leurs travaux et élaborer ensemble une statistique générale et com-
paratiTe des maladies vénériennes, il y a nécessité de nommer un inspecteur
général de ces services.
gCESTIOIV III DV PBOGBAmiB.
PÀE LE DOCTEUa MOUGBOT (OB l'AUBB).
Messieurs,
Nous allons essayer de répondre, devant vous, à la question de ce jour. 'Les
quelques minutes dont nous pouvons disposer ne permettant aucun développe-
ment^ nous irons droit au but, en regrettant de ne pouvoir rendre suffisamment
hommage aux travaux de nos devanciers, et d'être le plus souvent concis jusqu'à
la sécheresse.
II n'y a que trois manières de s'opposer à la propagation des maladies véné-
riennes ;
Le retour à la pureté des mœurs;
Les mesures administratives;
Les substances prophylactiques.
Sans vouloir fah*e le procès de la société actuelle, il est évident que, à moins
d'une catastrophe qui regénère l'humanité, il n'y a rien à espérer d'un retour à
la morale pour la diminution des affections vénériennes.
Ce n'est donc qu'aux mesures administratives et aux diÉFérents moyens de pré-
senation personnelle, s'il en existe, qu'il faut demander la solution du problème;
de là les deux divisions naturelles de ce travail : la préservation pubUque et la
préservation personnelle.
DE LA PRÉSERVATION PUBLIQUE.
Avant de chercher à tarir les sources de la propagation des maladies véné-
riennes, il faut les déterminer avec soin. On y parvient pour quelques-unes;
Wttlement, les constatations obtenues dans des villes trop populeuses, comme
C^sm et Londres, nous ont paru, sous d'importants rapports, entachées d'erreur.
Nous leur avons préféré les renseignements directement obtenus* par nous, de
^es importantes, comme Marseille, Nantes, Clermont, Troyes, etc., ou ceux
<pû sont consignés dans le bel ouvrage de M. Jeannel, et le remarquable rapport
de M. Garin.
356 C0K6RÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. -- QUATBIÈIIB SÉANCE DB JOUR.
Nou« avons ëcarté, comme erronées^ toutes les statistiques qui^ comme celle
de MM. Puche et Foumier^ ont été dressées sur les dires du malade.
Le malade^ interrogé sur l'origine de sa maladie^ donne le plus souvent, et
volontairement^ une indication fausse ; souvent, aussi, il l'ignore ; ou, ne tenant
aucun compte de Tincubation, il est porté à accuser la dernière personne avec
laquelle il a eu des rapports.
Aussi, n'est-il pas étonnant que, sur 873 vénériens interrogés par MM. Puche
et Foumier, 625 aient déclaré tenir leur maladie de filles publiques, 52 de filles
entretenues ou actrices, 2k de femmes mariées, 20 de domestiques, 100 d'ou-
vrières, et &6 seulement de prostituées clandestines. Ce qui tendrait à établir
que les filles publiques, surveillées et visitées, sont trois fois plus dangereuses
que celles qui ne le sont pas, ou qu'elles accaparent, dans la même proportion,
les actes de libertinage : double proposition complètement en désaccord avec la
réalité. Nous ne parlerons pas, bien qu'elle soit probante à notre avis, de cette
statistique qui ne s'écrit pas, et dont chaque praticien puise ses éléments dans
son entourage et sa clientèle la plus confiante ; statistique qui lui montre que,
sans contredit, la source la plus féconde et la plus dangereuse des maladies qu'il
constate est dans la prostitution clandestine.
Voici des chifires qui fixeront les généralités :
L'année dernière, on comptait, à Marseille, 950 prostituées inscrites, dont
70Q en maison et 250 en liberté; il y avait, en outre, 220 filles de buvette
payées par le patron pour se prostituer, afin de faire aller leur commerce. On a
arrêté ^80 grisettcs pour délit d'excitation à la débauche. Or, les filles de buvettes
et les grisettes arrêtées par la police ont été reconnues malades dans la propor-
tion de 80 pour 100, tandis que les filles soumises ne l'ont été que dans la pro-
portion de U 1/2 pour 100.
Ce fait n'est pas spécial à Marseille, nous le retrouvons constant dans la plu-
part des villes populeuses. A Bordeaux, M. Jeannel, par une méthode de statis-
tique particulière, trouve que, sur 100 visites médicales, il y a eu 1,55 de mala-
dies pour les filles soumises et 20,39 pour les prostituées clandestines.
A Lyon, la même méthode de statistique a donné, pour 100 visites médicales,
1,&3 de malades chez les filles soumises, et 1&,52 chez les prostituées qui ne le
sont pas.
A Clermont-Ferrand et à Nantes, à côté des mêmes résultats, nous allons
trouver une comparaison précieuse entre les maladies chez les filles soumises
en maison et chez les filles soumises en liberté.
A dermont, sur 128 filles soumises, il y en a 60 en maison et 68 en liberté.
Les premières n'ont eu que 6 malades en 1866, tandis que les autres en ont
eu 29.
A Nantes, il y avait également. Tannée dernière, 113 filles soumises en mai-
son et 99 hors maison. Tandis que les premières n'ont eu que 28 malades, les
secondes en ont eu 69.
A Troyes, les chifires sont encore plus probants.
Sur 63 filles inscrites, il y a 3/i filles en maison et 29 en liberté. Les pr«*
mières ont eu 10 malades et les autres 28 ! 28 sur 29!!! pour des filles surveil-
lées, visitées, mais libres !
Nous nous en tiendrons à ces constatations officielles de quelques départe-
ments des mieux administrés et appartenant à des zones différentes, pour oon-
sidérer comme acquises ces deux propositions :
HOUGEOT. -« PBOPHYLAXIC INTERNATIONALE DES MALADIES VÊNÊBIENNES. 357
La soorce la plus féconde des maladies vénériennes est dans la prostitution
clandestine. Les femmes de cette catégorie sont vingt fois plus dangereuses que
les prostituées soumises à la visite médicale.
Parmi ces dernières, les filles en liberté sont de trois à quatre fois plus dan-
gereuses que les filles en maison.
Voilà pour le degré de fréquence des maladies vénériennes.
Si maintenant nous envisageons le degré de gravité, nous trouvons encore que
les formes les plus graves appartiennent à la prostitution clandestine. Nous trou-
ma ce fait universellement signalé dans les rapports officiels.
11 manquerait encore une touche à ce tableau des origines vénériennes si
nous ne signalions comment les maladies pénètrent dans les très-petites localités
où U n'y a pas de bureau de mœurs. 11 sufQt d'une passagère malade pour em-
poisonner en quelques jours plusieurs jeunes gens dans un pays.
Nous n'avons parlé que des constatations faites sur les femmes; les hommes
échappent complètement, sur ce point, à toute appréciation. Si la femme, quœ
ûHttorpus corpare, peut tomber, par ce seul fait, sous Taction policière* il n'en
est pas de même de l'homme, si débauché soit-0. En dehors des atteintes à la
morale publique et du droit commun, la vie privée de l'homme est murée pour
toute recherche de cette natm'e. Les corps em'égimentés seuls peuvent fournir
une lumière sur le sujet qui nous occupe. On a prétendu même faire de la sta-
tistique des maladies vénériennes d'une garnison le mètre de l'état sanitaire de
la^ille qu'elle habite. C'est un rapprochement ingénieux qui n'est applicable ni
dans les très-grandes villes, ni dans les très-petites, ni même nulle part. Écou-
tons, en effet, cette phrase qui termine le rapport officiel de la préfecture du
Puy-de-Dôme : « La femme la plus dangereuse est la dcnnestique sans place qui
s'aKandonne aux ouvriers, aux militaires, couchant dans des tonnes ou se con-
tentant de pain de munition... U suffit d'une de ces malheureuses pour infecter
toute une compagnie ou tout un atelier. » S'il en est ainsi, que devient l'équation
signalée dans le remarquable travail de M. Jeannel? Quoi qu'il en soit, les consta-
tations sur les militaires et les marins sont précieuses. Ce sont les seules don-
Dées que nous puissions avoir sur le rôle de la partie masculine dans cette pro-
pagation. Encore est-il heureusement vrai que, si l'on compte 40 000 militaires
malades en France, dans une seule année, ce chiffre effrayant exprime seule-
ment le nombre des affections vénériennes qu'ils reçoivent et non celles qu'Os
donnent, puisqu'ils sont séquestrés dès qu'on a reconnu leur atteinte.
Maintenant que nous sommes en possession de cette vérité que la source la
plus incomparablement dangereuse appartient à la prostitution clandestine,
c'est-à-dire à cette classe de femmes qui, jouissant de leur pleine liberté, en
profitent et en usent d'une façon si préjudiciable à la santé publique, quelle est
la première indication qui se présente à l'esprit? n'est-ce pas d'apporter, sinon une
entrave, du moins une surveillance à cette liberté qui est devenue un danger
pour tous? Aussi conclurons-nous dans le sens des mesures admlnisli'atives prises
vis-à-vis de ces créatures, et plus encore pour la rigueur de ces mesures.
C'est en vain qu'on nous opposerait le respect sacré de la liberté individuelle
et de la vie privée... Qu'est-ce qu'une liberté individuelle qui menace et détruit
la liberté individuelle de plusieui's ? Qu'est-ce qu'une vie privée où il y a une
immixtion incessante d'étrangers, et qui va colporter ici et là, à domicile, et
partout, une contamination qui peut être terrible en ses efi*ets ?
On expropriera pour cause d'utilité publique les plus belles années de la vie
358 CONGItfeS MÉDICAL INTERNATTOIf AL. -^ QUATRIÈMS StAlIGB DB JOUR.
d'un honimo^ et Ton hésiterait à exproprier, pour cause de salubrité publique,
quelques heures, quelques jours, quelques mois, s'il le faut, de la liberté d'une
fille de mœurs suspectes ou méprisables I... On sacrifiera des honunes considé-
rables et les dévouements les meilleun pour conjurer des fléaux transmissibles
comme ]e choléra, la fièvre jaune, la peste bovine, etc.^ on imposera d'oné-
reuses quarantaines à d'honnêtes gens sur le simple soupçon d'ôtre porteurs d'uu
air empesté... Et, pour éteindre le fléau bien autrement redoutable, la sypliilis,
qui ne punit pas seulement le coupable, mais par celui-ci, l'innocent, et qui,
pis est, toute une descendance, de manière à altérer le devenir hutuain pen-
dant des générations, en en abaissant le niveau et la fécondité, on s'arrêterait
devant la liberté individuelle et la vie privée d'une débauchée ou d'une pro-
stituée !
Cela ne peut pas être. La concmrence vitale est la loi de tout ce qui a vie dans
la nature. Rien n') échappe, pas plus les nations que les individus. l.a nation
qui, par une coupable Insouciance vis-à*vis d'une corruption physique et morale
qui marchent de pair, aura laissé amoindrir le nombre de ses enfants et la force
corporelle de chacun d'eux, deviendra nécessairement la proie des nations qui
se seront maintenues plus nombreuses et plus iortes. Le secret de l'avenir est \k
conmie l'explication du passé.
Donc, au nom des intérêts les plus élevés, nous tenons pour les plus grandes
rigueurs dans les mesures administratives, non-seulement pour les fenuues pu-
bliques et soumises, mais vis-à-vis de tout ce qui touche plus ou moins près à la
prostitution clandestine. Toute cette catégorie appartietity salon notts^ cmjd établiise'
metits insalubres, et doit en subir la réglementatioji. Ici nulle exception, dussent ce»
rigueurs s'étendre jusqu'à ces hétaires qui, loin de faire de la prostitution clan-
destine, affichent, par tous les moyens possibles, ce qu'elles sont, et vont jusqu'à
mettre à l'encan, dans les clubs, la clef de leur alcôve.
Ce qui va suivre est un essai de réglementation motivée dans le sens rigoureux
que nous venons de vous annoncer.
DBS MAISONS DE TOLÉRANCE.
L'autorisation ne pourra être accordée qu'à des femmes.
Chaque maîtresse de maison sera pécuniairement responsable de la santé de
ses filles (système déjà proposé).
Pour assurer cette responsabilité, l'autorisation ne sera accordée qu'après le
versement d'un cautionnement proportionnel à la valeur locativade riouueuble
en exploitation.
Toutes les fois qu'une fille sera reconnue malade, on prélèvera sur le dépôt
une amende proportionnelle au cautionnement.
Quand, par les prélèvements, celui-ci sera épuisé aux trois quarts, l'autorisa-
tion pourra être retirée. Au cas contraire, le cautionnement sera comblé, et ainsi
de suite.
Les amendes seront triplées en cas de dissimulation du nombre des filles ou
de leur soustraction à la visite réglementaire.
Celle-d aura lieu au dispensaire deux fois par semaine. On pourra accorder
l'autorisation de (kire visiter à la maison mômei par un médacin de radminii-
tration.
MOWBOT. ^ PnùPmiKXn INTSANATIONALB des V AtADIËS VftNÉVfBNNBS. S59
Toutes les visites au dispensaire seront payées 1 franc par personne ; les visites
à domicile seront réglées selon l'importance du cautionnement, mais to^)01lr6
sa moins an double de la visite au dispensaire.
Toute flUe malade sera immédiatement séquestrée. Lad ihûs du traitement
seront à la charge de son établissement, etc., etc.
Ce règlement a pour but de créer la responsabilité pécuniaire des maîtresses
de maisons^ et de les intéresser ainsi à la parfaite santé de leurs filles. Ce syt»^
tème, déjà proposé surtout par M. Lagneau, amène infailliblement la visite préa-
lable de rhomme^ tant par la maîtresse, pécuniairement responsable, (jue par la
prostituée^ corporellement intéressée. Cette visite, déjà en vigueur dans cer*
laines localités, a donné des résultats constatables»
One si Ton observe l'inaptitude de la plupart de ces femmes à reconnaître
reilstence de ces maladies dans quelque»»unes de leurs phases^ nous répondrons
que c'est bien le moins que ces malheureuses, qui exposent les autres ou s'expo-
sent elles-mêmes à une série de maux qui ont tous une r^to^'on extérUutt^ eii
connaissent la nature et la physionomie. Pourquoi n'y aurait^il pas obligatoire-
ment, dans la salle de réception, un tableau sous verre représentant ces révéla-
tions extérieures avec texte suffisamment explicatif. Il est bien^ il est moral, il
est prophylactique qu'en entrant dans ces bouges la vue de l'imprudent soit
frappée des dangers auxquels il va s'exposer. Combien de jeunes gens n'ont pas
été momentanément guéris de leurs velléités de libertinage par une simple
▼isite au musée Dupuytren ! Rien ne saurait être négligé pour rappeler à lui-
même l'homme qui va faillir... On ne saurait non plus objecter Tinconvenance
do cette visite excellemment prophylactique du débauché par la complice de sa
tiébauche : quand Thomme a fhinchi le seuil de ces maisons, la pudeur se voile
et ne veut plus rien savoir ni voir de tout ce qui va suivre.
L'essentiel est que le but soit atteint, qui est un obstacle sérietix et pratique à
la propagation de ces terribles maladies. Or, cette visite préventive en tarit cer->
tainement l'une des sources.
La rendre obligatoire par un arrêté est aussi immoral qu'impraticable; mais la
rendre nécessaire par ce même mobile, qui fait que des créatures consentent et
demandent à faire ou à faire fUre cet infâme métier, voilà ce que nous ne sau-
rions trop recommander ici.
DES FILLES EN CARTE.
Bien qu'O soit plus difficile d'établir, pour les filles en carte, une responsabi-
lité pécuniaire, la chose n*est pas impossible. En effet, toutes ces filles ont un
lopement qu'on leur fait paver d'avance. 11 n'est guère de propriétaires qui ne
connaissent parfaitement la qualité de leur locataire ,* et, Tlgnoreraient-ils, que
ïa police serait tenue de la leur faire connaître sitôt la déclaration de domicile.
Le propriétaire (ainsi dûment averti de la qualité de sa locattiire), qtii main-
tiendra sa location, sera tenu, vis-à-vis de l'administration, du cautionnement de
cette fdle, cautionnement qui sera proportionnel à la valeur locative. 11 est juste
que celui qui, sciemment, loue son immeuble pour une pareille destination, soit
regardé comme le complice de cette industrie. Cette situation n'inspire pas grand
intérêt, et Ton peut paiïfaitement poser à un pareil propriétaire cette alternative.
S60 CONGBfeS MÉDICAL INTERNATIONAL. — QUATBlfcME SÊANCB OE JOUR.
OU de ne pas louer à une prostituée^ ou, au cas échéant^ d'en subir les consé-
quences.
Les résultats de cette mesure seraient l'exigence de la quittance de cautionne-
ment ou l'exigence du cautionnement lui-même avant la location ; puis la rareté
de ces locations, le relèguement de ces créatures dans de certains quartiers, et,
finalement, la diminution réelle de ces filles en carte qui seraient alors obligées,
ou d'entrer en maison ou de faire de la prostitution clandestine.
Nous avons vu combien il était désirable, pour la santé publique, que les mai-
sons de tolérance fussent augmentées aux dépens des filles soumises, mais en
liberté. D'autre part, les mesures que nous conseillerons contre la prostitution
clandestine les empêcheront de tomber de ce coté.
Nous croyons que l'obligation du cautionnement pour les filles en carte est
une mesure excellente et pratique à tous les points de vue. Une fois le caution-
nement versé, la fille en carte a le double intérêt, corporel et pécuniaire, d'évi-
ter les maladies vénériennes. De là la visite préalable et minutieuse des individui
auxquels elle se livre, visite qui est pour nous d'une importance capitale pour
l'extinction de ces maladies.
Inutile d'ajouter que ces fiUes devront se présenter deux fois par semaine au
dispensaire, que ces visites pomTont être gratuites, etc., etc.
Comme toute idée neuve, cette exigence du cautionnement des fiUes en carte,
soit de ces filles même, soit de leur propriétaire, peut paraître, au premier
aspect, rigoureuse et exorbitante. Nous ne reviendrons pas sur ce principe de
justice qui étend une exigence réglementaire au propriétaire qui, sciemment, se
rend complice d'une exploitation de prostitution. Mais nous croyons, en outre,
que l'administration n'a pas à se soucier de toutes ces difficultés. Que veut-elle,
en effet? Limiter un mal terrible par de sages mesures. La souveraineté du but
couvre tout et lui permet de tenir ce langage : « Vous voulex que je vous per-
mette de vivre d'une malhonnête industrie que je ne puis empêcher; j'y con-
sens ; je veux bien que vous vous exposiez sur la voie publique comme une mar-
chandise, et que vous vous présentiez avec cette garantie que si vous y êtes, vous
êtes saine, ou du moins que vous l'étiez hier quand je vous ai fait visiter... Eh
bien, pour cette licence et cette garantie, je vous impose telle et telle condition.
Cest à prendre ou à laisser, d
DE LA PROSTITimON CLANDESTINE.
C'est ici que surgissent les difficultés sérieuses. Dans les classes précédentes, il
y avait un contrat, et l'une des parties contractantes était tenue par son propre
consentement. 11 y avait, en outre, une garantie contre Tinfraction. Ici, au con-
traire, nous sommes en pleine liberté individuelle. Chaque intervention de U
police est attentatoire aux droits les plus respectables. Voyons donc ce qui peut
légitimer un pareil attentat.
On en trouve quati*e raisons principales, qui sont la notoriété publique, U
connaissance personnelle des agents, les contraventions, les dénonciations ou
indications motivées. Nous ne nous égarerons pas dans des définitions ni des
exemples qui feraient de ce mémoire un traité de casuistique. Ces distinctions se
comprennent assez sans y insister; disons seulement que, sauf le flagrant délit
d'appel à la débauche et des airestations pour toute autre cause, toute intenen-
M0U6EOT. •— PROPHYLAIIB INTERNATIONALE DBS MALADIES VÉNÉRIENNES. S61
tion policière doit être, à son début surtout, une enquête discrète conduite avec
prudence et circonspection. A-t-on acquis, par elle, la preuve d'une bnhitiiâe de
prosiitution, la femme sera immédiatement appelée, an éiqiensiffe.pourysulttr
la visite et l'inscription avec toutes ses conséquences. Est-elle reconnue malade,
elle sera immédiatement séquestrée, à moins qu'elle ne soit mariée et réclamée
par son mari, ou mère de famille, ou soutien de famille. Dans ce cas, elle devra
se présenter au dispensaire ou à telle consultation d'hôpital, trois fois par semaine.
N'a-t-on reconnu, au contraire, après l'enquête discrète, qu'une trop grande
ikcilité de mœurs, alors la femme sera avertie, par lettre, d'avoir à se rendre
tel jour, et de telle heure à telle heure, chez tel médecin désigné à cet effet. La
lettre indiquera le motif de la visite, les conséquences qui résulteraient du refus
de cette invitation^ et qui seraient, entre autres, la visite obligatoire au dispen-
saire.
Si cette femme est reconnue malade, elle sera tenue de se faire visiter trois
fois par semaine par le même médecin. Toutes ces visites seront gratuites, ainsi
que la médication et même les médicaments.
Mais si, pendant le cours du traitement, une infection nouvelle venait à se révé-
ler, ou s'il survenait une dénonciation motivée accusant cette femme de conti-
nuer ses rapports malgré sa maladie, alors elle serait inunédiatement séquestrée,
à moins qu'elle ne soit dans les catégories ci-dessus.
De la sorte tous les intérêts seraient sauvegardés, ceux de la personne et ceux
de la société. On arriverait ainsi à vérifer sans scandale et sans bruU l'état sani-
taire de tcus ces vases de vices et d'infection, qui, côtoyant sans cesse le flagrant
délit d'excitation à la débauche, entraînent dans leur niveau, et à la barbe de
l'autorité désarmée, cette affreuse petite jeunesse d'aujourd'hui si fanfaronne
d'abjection.
11 y a, nous le savons, quelques abus à redouter. Les dénonciations, par
exemple, pourraient ne couvrir que des vengeances. 11 suflira d'exiger en elles
un caractère d'authenticité pour rendre ces abus plus dangereux au dénonciateur
qu'au dénoncé lui-même. Du reste, tout danger disparaît dans la discrétion de
l'enquête. Celle-ci ne saurait être confiée qu'à des agents d'une certaine valeur.
NOURRISSONS ET NOURRICES.
Nous n'avons rien à ajouter aux conseils donnés sur ce sujet.
VISrrES MÉDICALES ET PUNITIONS.
Nous avoDb demandé deux visites médicales par semaine pour les filles sou-
oûses et les femmes suspectes. Éloigner davantage cet examen bihebdomadaire,
c'est le rendre en partie illusoire.
Chaque visite sera faite en pleine lumière, sur un lit ou favteuil disposé à cet
effet, dont tous les dispensaires seront fournis, ainsi que les maisons de tolé-
rance et les médecins délégués de l'administration.
Le spéculum et l'abaisse-langue seront de ligueur quand on ne rencontrera
pas d'autres symptômes révélateurs, etc.
Les punitions qui atteignent les filles soumises réfttictaires aux règlements se
bornent presque partout à quelques heures de violon.
SB2 CONGRÈS ttÊDIGAL INTERNATIONAL. — QtTATRltSIlE SÉANCE DE lOUB.
Nous n'en avons trouvé qu'une d'intelligfente. A Troyes, toute fille qui s'esl
soustraite à la visite réglementaire est condamnée à balayer la ville une ou dem
matinées. Il n'arrive que trop souvent qu'une fille soumise, se sentant malade
échappe à la visite médicale en simulant un voyage ou en diparaissant pour n(
plus revenir. De là viennent ces rôdeuses qui vont de vUle en ville semer leur
dangereuses maladies. Sandouville a demandé que toutes les ûlles qui vivent d(
prostitution, en France, fussent inscrites dans leurs localités. En cas d'absence
cette liste sei*virait à donner l'éveil aux adtorités des autres pays.
Tout cela serait plus rare si l'on parvenait à réaliser le dépôt préalable d'ui
cautionnement qui ne serait rendu que quand, après trois mois de radiation di
livre de la police, il serait constaté que la femme a cessé entièrement son bon
teux métier. Est-ce possible?
Avant de terminer ici ce qui concerne les mesures administratives contre les
femmes dangereuses, il ikut s'assurer si les conseils donnés sont d'une applica
tion possible et même pratique. Cela n'est pas douteux pour les agglomérations
peu importantes, mais cela peut faire question pour Londres ou Paris, pai
exemple*
L'estimation qui parait s'approcher le plus de la vérité porte le nombre des
prostituées de Londres à 80 000. Nous tenons de feu Saunders, ancien chef de la
police municipale de Londres, que ce chiffre est en réalité beaucoup trop faible.
Admottonft4e, néanmoins, comme sufQsant. A ce compte, et tout en fai^nt
la pai*t de la difTérencc de population et de l'augmentation de misère à Londres,
on peut pointer, sans exagération, à 50 000 le nombre des prostituées parisieunef .
En en défalquant le cinquième, qui ne peut être visité pour cause de menstrua-
tion ou de maladie, il reste UO 000 femmes à visiter deux fois par semaine
(dimanche réservé), ou 80 000 en six jours, ou 13000 environ par jour. Admet-
tons, arbitrairement^ que 3000 se fassent visiter hors du dispensaire, il restera
500 femmes à visiter par jour et par arrondissement.
On a estimé que chaque visite n'exigeait pas plus de deux minutes ; il faudrait
donc seize heures de visites pour tout examiner, ou deux dispensaires avec
quatre médecins se relayant tout à tour après quatre heures d'exercice.
En donnant à chaque médecin, pour cette rude besogne, 4000 francs d'ap-
pointements (les médecins délégués au dehors étant honorés par leurs propre^
visites), on satisferait donc h des exigences aussi colossales pour 320000 frano
par an, sans compter, il est yvaÀ, les autres frais, qui élèveraient cette dépense à
un demi-million. Quelle que soit rimportancc de ces chiffres, nous croyons fer-
mement que tout ceci est parfaitement praticable.
11 est d'abord certain qu'on trouvera, autant qu'il le faudra, des médecins
instruits pour assurer ce service.
11 Test aussi, que dût la ville de Paris payer de ses deniers un tel article, jamaL«
dépense ne serait regardée comme plus légitime ; mais il n'en est point ainsi. Le«
dépenses occasionnées par la surveillance de la prostitution doivent être soldées
par la prostitution elle-même.
Nous avouerans ne pas comprendre le sentiment de répulsion qu'on trouve
dans la plupart des auteurs sur cette question. Est* ce qu'au point de vue de la
salubhté publique et du budget, qui sont seuls engagés ici, il n'est pas plu>
juste de voir la prosHtutioîi payer elle-même les fraie qu'elle occasûmne que à)
appliquer l'argent d 'honnêtes gens que la prostitution ne regarde pas Y
11 est probable qu'avec le prix des visites et les amendes, lum^-^uieiuent os
MOUCBOT. — PROWnrtAXra TNTKHNATIONAtE DES MAtADTES VÉNÉRTENNES. 868
couvrirait les frais de surveillance et de AÎsites médicales, mais encore ceux du
traitement, soit en ville, soit dans les établissements hospitaliers.
En tout cas, à mesure de l'extinction de la syphilis, le résultat obtenu limitera
hi-même ces dépenses.
D est difficile de se faire une idée précise du budget de la prostitution pari-
nenne. S'il est vrai qu'à Bordeaux, et d'après les calculs de M, Jeannel, 554 femmes
aient prélevé, sur la débauche publique, une somme de 1242117 francs. La
pn)5tituti(m parisienne doit prélever plus de 112 millions, sans compter le monde
interlope qui en dévore plu» de moitié. On ne saurait admettre qu'un semblable
budget ne puisse consacrer la deux-centième partie de lui-même pour le cha-
pitre des dépenses qu'il occasionne.
Ouand une harmête t^'éaJhire "paye patente pour vitre honnêtement de son état, par
quelle aberration de l'esprit exonérerait-on ces misérables, qui, au lieu de contribuer
<ila Htheise du pays par leur travail et leur fécondité, l'appauvrissent par leur
<t(^rilité proverbiale, la débilitation et l'empoisonnement de ses enfants.
Ah ! n'oublions pas, au milieu de ces pénibles détails qui s'ennoblissent par
l'olévation des considérations qu'ils soulèvent, que, s'il est vrai que, selon une
fonnule devenue fameuse, la grandeur d'un pays dépend désormais de la quan-
tité d'hommes qu'il peut mettre sous les armes, le premier devoir d'un gouver-
nement éclairé est de tout sacrifier pour assurer la santé et la vigueur des mâles,
et partant de tout faire, sinon pour limiter la prostitution qui monte chaque jour
comme une marée du vice, du moins pour empêcher qu'elle n'amoindrisse l'es-
pèce en la frappant d'un mal transmissible à la descendance, et qui peut être le
principal fauteur du ralentissement de la population que l'on constate aujour-
d'hui.
DE U PROPAGATION DES BfALADIES VENERIENNES PAR LES HOMMES.
Ce qui précède nous dispense d'entrer ici dans des considérations sur ce sujet,
il n'y a de réglementation possible qu'en ce qui concerne les corps enrë|pmentés
<^t quelques ouvriers d'état exposés à se contaminer les uns les autres dans l'exer-
cice de leur profession. 11 y a peu à ajouter aux règlements actuellement en
ngueur, et qui ont déjà donné d'excellents résultats. Nous demandons qu'on ne
donne aucun congé à un militaire atteint d'une maladie contagieuse. Nous con-
naissons un grand désastre pour l'une de ces infractions. Nous admettons encore
'pj'on n'admette les matelots à descendre à terre qu'après vérification de leur
t-tat sanitaire, mais nous demandons surtout que le corps des officiers ne soit pas
pionéré des dispositions appliquées aux simples soldats. On suppose^ sans doute,
à l'ofOcicr un respect de soi-même et de l'humanité suffisant pour qu'il se
fasse guérir dès qu'il est atteint, et qu'il s'abstienne de relations sexuelles pen-
dant le temps de sa maladie. C'est une supposition gratuite. Il n'est pas de mé-
«lecin militaire ou civil qui ne soit convaincu que la source la plus dangereuse
comme homme est dans le corps des officiers, sans excepter les commis-voya-
;reurs, cette plaie ambulante de toutes les petites localités.
^ous ne rappellerons jque pour mémoire la proposition de faciliter les demandes
judiciaires contre les honmies qui auraient transmis les maladies dont ils se sa-
3ft& CONGRES MÉDICAL INTEBNATIONAI.. — QUATRIÈMB SÉANCE DE JOUR.
vaienl porteurs. iNous croyous que la loi est suffisamment armée dans ce sens;
aller au delà^ c'est ouvrir la porte à d'énormes abus. Plus que partout ailleurs, la
recherche de la paternité des maladies vénériennes est interdite. Terminons ces
conodérations en demandant, avec les meilleurs esprits qui se soient occupés de
la matière^ qu'on multiplie pour les vénériens les secours de toute espèce ; qu'on
leur facilite VwàaksBkui dans les hôpitaux loin de les en chasser comme des
parias, comme j'en sols témoîn depuis vingt-deux ans dans mon hôpital.
N'est-il pas déplorable, quand ma Cût de Paris une ville de plaisirs^ où toutes
les classes de la société se préc^itent da tous les pays, qu'on refuse l'entrée des
hôpitaux spéciaux et autres à ceux qui sont tombés sur le champ de bataille de la
luxure, avant qu'ils aient eu six mois de résidence dans la capitale.
Qu'on ne nous objecte pas la modicité des ressources hospitalières. Si la ville
n'y suffit point, l'État viendra à son aide ; l'essentiel est de tarir au plus vite cette
source infectieuse qui implore elle-même sa séquestration. Formons dooc ce vœu
que le ou les gouvernements insistent près des administrations hospitalières pour
réformer des règlements surannés qui blessent autant le sens commun que l'hu-
manité.
Arrivons maintenant à la préservation personnelle.
DE LA PRÉSERVATION PERSONNELLE.
Quelle que soit l'efficacité des mesures administratives, ces mesures ont tou-
jours quelque chose de vexatoire qui fait regretter qu'on ne puisse résoudre en
dehora d'elles le problème qui nous est posé.
Il est clair que si la science mettait le public en possession d'un véritable pro-
phylactique de la triade vénérienne, ces affections deviendraient bientôt d'une
extrême rareté.
Malheureusement cette pierre philosophale des syphiliographes n'a pas encore
été découverte, car on ne peut ranger dans cette catégorie les innocentes lotions
acides ou alcalmes, ou chlorurées ou phéniques, qui exonèrent parce qu'elles
lavent, ni les préparations plus accentuées de MM. Langlebert ou Rodet, qui exo-
nèrent parce qu'elles cautérisent les tissus... Les caractères d'un bon prophylac-
tique des maladies vénériennes sont avant tout d'avoir une action destructive de
l'élément vénérien, et non des tissus qui l'ont reçu, d'agir en un temps asseï
court, d'être d'un emploi facile et discret, de ne pas provoquer de douleur mar-
quée, de ne pas tacher le linge d'une façon indélébile, comme les préparatiom
au perchlorure de fer, enfin de n'être pas assez toxique pour qu'il y ait danger à
le laisser dans les mains du public, etc.
Sans nous fiatter d'avoir été beaucoup plus heureux que nos devanciers dans
la recherche de cette merveille, nous croyons devoir vous communiquer les résul-
tats de quelques expériences, à titre de contributions à l'histoire de cet important
sujet.
Rien n'est décevant comme une expérience d'inoculation qu'on veut fiûre
avorter; nous devons en prévenir les personnes qui voudraient nous imiter dans
ces recherches. Le virus abandonné à lui-même aurait-il pris ou non? L'agent
prophylactique a-t-il atteint le viras déposé? Puis les hasards d'implantatiooi
les idiosyncrasies des vaisseaux plus ou moins béants dans la plaie, une plaie qui
MOCGEOTi — PAOPHYCAXIE INTEftNATIOlf ALE DES M AtAMES TÊNÊniBNME&. 365
a trop saigné, un coagulum qui s'est interposé^ un virus trop délayé, trop des-
séché, trop vieux, etc., telles sont les mille et une raisons qui couvrent d'incerti-
tode les résultats obtenus.
Néanmoins, nous croyons qu'on peut arriver à quelques acquisitions définitives
quand on prend la précaution d'opérer à ciel ouvert sur une plaie plate, sann
stniu ni anfractuosité dans lesquels le virus puisse se soustraire à l'action de
l'agent neutralisateur. Nous conseillons d'opérer en enlevant avec de petits ciseaux
fortement courbés sur le plat, un très^etit pli de la peau, et de laisser passer,
aTant l'application du virus, la période sanglante qui le plus souvent ftdt
défaat.
Mais avant d'aller plus loin, et pour bien faire comprendre le point de vue
auquel nous nous sommes placés dans nos investigations, permettez-nous une
hypothèse sur la nature des maladies vénériennes.
Il y a, vous le savez, des phases scientifiques dans lesquelles les idées sont dans
Tair. Cest à qui leur fera prendre terre dans les questions insolubles, ou mieux,
non résolues de la médecine. Les découvertes récentes sur la nature des ferments,
les discussions sur la panspermie extra-micrôscopique, ont fait naître dans tous
les esprits le désir d'expliquer toutes les maladies transmissibles par l'interven*
tion d'une faune ou d'une flore parasitaire. Telle nous parait être l'explication de
la spécificité de la morve et même du tubercule, le semis parasitaire étant le fac-
teur de la spécificité transmise et transmissible, tandis que les conditions natives
ou acquises de l'individu préparent le substratum favorable à la germination et à
la multiplication du parasite. Telle est surtout pour nous la nature parasitaire des
éléments contagieux de la trilogie vénérienne.
En effet, il fiiut ou réformer le langage, ou appeler du nom d'entité vivante un
quelque chose qui, transplanté sur un animal, loin d'y disparaître en se subdivi-
sant, s'y développe en se multipliant dans les conditions régulières et fatales d'un
devenir qui s'accomplit, et cela indéfiniment, à mesure qu'un accident quel-
conque le fait passer dans un nouveau mOieu favorable. Nous aurions donc ici :
1* un parasite terrible, celui de la syphilis vraie, qui, possédant la faculté de vivre
dans la lymphe et le sang, et de s'y reproduire à la façon des hématozoaires, pé-
nètre avec ces liquides dans tous les organes, assiste à toutes les fonctions, fait
partie des sécrétions, et le transmet ainsi dans l'acte de la fécondation ; 2® un
autre parasite moins désastreux, celui du chancre mou, incapable de vivre dans
le sang, et par conséquent de généraliser les désordres qu'il produit, mais qui
épuise toutes ses tireurs localement sur le siège de son implantation, à k façon
des galles des végétaux; 3* puis, enfin, le parasite de la blennopoièse, qui a pour
lieu d'élection unique les muqueuses, excepté celles qui sont baignées par les
sécrétions salivaires et gastro-intestinales, qui lui sont réfiractaires ; nous disons
unique, parce que nous avons vainement tenté l'insertion du pus blennorrha-
gique sur les autres tissus. Nul n'a vu, il est vrai, les monades vénériennes; on
peut donc les nier comme on niait la réductibilité des nébuleuses, avant le per-
fectiounement des instruments d'optique; mais pour nous cette existence n'est
pas niable, pas plus que leur nature albuminoîde et celle des liquides qui leur
servent de véhicule.
Cest sur l'hypothèse de cette naturo albuminoîde, de cette protéine, qu'on peut
tîaniformer jusqu'à l'amener à l'état statique, qui est la véritable centralisation»
qu'est fondé l'espoir de découvrir un jour un véritable prophylactique. En atten-
^t, voici en bloc les résultats de nos expériences sur la période abortive du
S66 CONGRÈS MÊDIGAI. INTERNATIONAL. -* QOATRifellE SftANCE DB JOUR.
virus vaccin et sur celui du chancre mou^ les seuls que nous ayons osé expéri-
menter.
Par période abortive^ nous entendons le temps pendant lequel un Tirus étant
déposé sur une surface ouverte, plaie ou muqueuse, il est encore possible de le
neutraliser.
La période abortive du chancre mou semble n'avoir pas de limite. On sait, en
ell'et, que tout le traitement du chancre mou consiste à le détruire sur place par
des moyens suffisamment énergiques. Ce virus est donc indéfiniment aaisissaide
par des caustiques proportionnés à l'épaisseur de son implantation. Pour :»«»
mifierves, et c'est ainsi que j'appelle les prophylactiques à action superficielle, la
période abortive s'étend jusqu'à cette sorte de restauration provisoire, ou mieux
cette absence d'évolution locale de la spécificité qui forme la très-courte incuba-
tion du chancre mou. Pour le virus blennorrhagique, le traitement abortif par de
fortes solutions de nitrate d'argent indique suffisamment que la guérison est due
à la destruction parasitaire; ce qui donne enfin son véiitable sens à ce qu'on
appelle encore la médication substitutive. Quand ce traitement, assez dangereux
du reste, vient à échouer, c'est évidemment parce que quelques éléments conu-
gieux ont échappé à l'agent destructeur dans quelques repUs de la muqaeuj»e. 11
faudrait pouvoir déplisser celle-ci pour la toucher sur tous les sièges de l'implan-
tation. Disons tout de suite que cette difficulté rend en partie illusoire toute tentative
de préseiTation par un prophylactique venu du dehors. 11 est vrai que de même
que le liquide contagieux est poilé d'emblée jusqu'à la fosse naviculaire dant
l'écartemeut du méat chez l'homme, le liquide neutrahsateur est également
porté sur ce lieu d'élection de la bleunorrhagie; mais pour que ce liquide soit
réellement neutralisateur, il lui faut une énergie d'action sur les muqueuses qui
rend son emploi assez douloureux pom* que le public hésite à s'en servir.
Quant à la période abortive du virus vaccin> la seule qui pourrait nous éclairer
sur celle du virus syphilitique, qu'on ne peut pas expérimenter, les expériences
montrent à travers une foule de variations que cette période est excessivement
courte. Dans quelques cas, le virus semble absorbé et pompé, pour ainsi dire,
avec une telle rapidité, que son application sur une plaie plate immédiatement
suivie d'un pansement d'alcool phéuique au cinquième, n'en a pas oioins pré-
senté des pustules vaccinales défigurées et tardives, mais non méconnaissables.
Disons cependant que le plus souvent on peut, à la condition de ne pas attendre
au delà de dix minutes, faire avorter l'inoculation en maintenant sur elle quelques
substances que nous vous indiquerons dans un instant, et en les maintenant,
comme règle générale, autant de temps qu'il s'en est écoulé entre les appha-
tiens virulente et neutralisante. Cette difficulté de faire avorter le virus en dépôt
sur des tissus vivants, et la facilité avec laquelle on le neutralise sur la pointe
d'une lancette, même en la trempant d'eau simple au moment de l'inoculation,
nous montrent l'importance de la propreté chez les prostituées au point de vue de
la propagation vénérienne, et chez tous au point de vue de la préservation p«^
Bonnelle, dans l'hypothèse, toutefois, que les inoculations vaccinales et syphili-
tiques soient comparables.
Nous le croyons ainsi, bien qu'évidemment chacun de ces virus possède dei
variétés dans le mode d'implantation, d'absorption et d'évolution. Ou a fait, vous
le savez, des expériences pour déterminer la période abortive du viras morveux,
et on lui aurait trouvé une durée bien plus longue que celle qui vient d'ébt
signalée* Mais n'oublioas pas que pour la prophylaxie à action superficielle, nom
MOUGBOT. — PBOPmrtAXIB INTEBNAÎIONAIE 0B8 MALADIBS TÉNfiBIBNflES. S67
n'avons rien à apprendi*e d'une inoculation qu'on neutralise au bout de trois
quarts d'heure, il est vrai, et même plus, mais en détruisant les tissus inoculés
par le fer rouge. Tenons-nous donc à ces maigres résultats^ issus cependant de
l»en nombreuses expériences sur la vaccine, qu'on peut espérer pendant quel-
ques minutes la neutralisation^ par des moyens appropriés, d'une contamination
syphilitique. Quant à la durée de cette possibilité, nous n'osons pas articuler un
chiffi-e, mais nous pensons qu'il est encore temps d'intervenii* quand la passion
assouvie permet à la raison, à la prudence, aux regrets, de reprendre tout leur
empire. Mais^ répétons-le à satiété^ le plus tôt sera toujours le meilleur, car
quelques secondes de retard suffiront peut-être pour tout perdre, non-seulement
(Idus l 'individu, mais dans toute sa descendance.
S'il est vrai que la syphilis ait le triste privilège de devenir presque instantané-
ment constitutionnelle, et qu'une fois acquise elle dure fatalement plusieurs
années, pourquoi ne pas le dire, le crier même à tous ceux qui s'y exposent,
aussi bien à l'ouvrier dans des lectures du soir qu'à l'adolescent dans les écoles
etavant son entrée dans la vie. N'est-ce pas là le complément nécessaire de toute
éducation, aussi bien de celle du peuple que de celle des classes plus élevées?
Par quelle ridicule pruderie hésiterait-on à prononcer en public des noms scien-
tifiques devant des gens qui connaissent trop bien la synonymie de ces noms dans
la langue verte ; quand de ces entretiens que le but ennoblit doit résulter pour
eux la pleine connaissance du danger. Nous ne savons si le Congrès sera appelé à
prendre ici vis-à-vis de toutes ces questions des résolutions finales, mais nous
osons lui recomnmnder ce vœu comme l'un des meilleurs qui puissent être
«dressés à qui de droit, pour restreindre la propagation des maladies véné-
riennes.
Parlons maintenant des substances qui remplissent le mieux les conditions de
la prophylaxie superficielle, de leur dosage et de leur mode d'application.
Toutes les substances acides, alcalines ou simplement salines, peuvent faire
avorter une inoculation récente du chancre local et de la vaccine, quand bien
même l'agent actif n'existerait pas à haute dose dans la préparation à destination
prophylactique. Ainsi, de l'eau acidulée avec un tiers de vinaigre de table, une
Ibrte solution de sel marin, de l'eau de Javelle coupée au tiers, de la lessive
ucme, m'ont donné des résultats incontestables bien qu'inconstants, tandis que
la teinture d'iode pure, le perchlorure de fer étendu, une solution de sublimé au
20^ n'en ont pas offert de beaucoup plus marqués ; on a un peu plus à attendre
du tannin et de J'acétate de plomb liquide, et beaucoup plus encore d'une solu-
tion d'alun au 20*^ dans de la glycérine.
Sans justifier les prophéties de M. Chevreul, qui considérait l'acide phénique
comme le prophylactique probable de la syphilis, il est vrai que l'acide phénique,
le phcnol et ses dérivés ont, comme prophylactiques superficiels> une action plus
sûre que les substances précédentes^
Mais ce qui nous a paru plus efficace encore que les préparations phéniques^
lesquelles au 30^, et il faut aller jusque-là, sont déjà très-mordantes pour (cer-
taines muqueuses d'une sensibilité exquise, c'est l'éther amylique, substance qui,
comme on sait, est d'une suavité si marquée qu'elle sert à parfumer les bon-
lH)ns dits anglais et napoUtains, ainsi que différents produits de toilette auxquels
ii donne une odeur de fraise trè&*prononcée.
Nous signalerons aussi le gaz acide sulfureux comme étant un bon abortif de la
^^^ccine; nous ne savons ce que ferait sa solution, Remarquons enfin que les
366 G0NGBÈ8 IIÊOICAL INTERNATIONAL. — QUATRIÈME SÉANCE DE JOUR.
applications d'alcool pur ou en puissance de balsamiques résineux, etc., n ont
aucune action sur l'inoculation du chancre mou ou du vaccin.
Si maintenant, et pour terminer ce qui a rapport à la prophylaxie personnelle
de l'homme en particulier, nous avions à formuler un modus fadmdij nous dirions
que sitôt la raison revenue, après l'acte suspecté de contamination, U faut q[)ërer
un lavage avec le premier liquide venu, qui puisse déterminer une cuisson s'il
y a quelque excoriation, tel que de l'eau vinaigrée, salée, additionnée d'eau de
Cologne, du jus de citron, etc. Sitôt l'excoriation reconnue sur un ou plusieurs
points, on appliquera sur ces surfaces d'implantation possible ou probable une
minerve quelconque, et vous saves que nous avons appelé ainsi, pour éviter une
périphrase, les prophylactiques à action superficielle.
On peut la composer à volonté avec les agents que nous avons rangés par ordre
de mérite d'après des expériences qui ne sont pas, bien loin de là, sans appel.
On y fera entrer, autant que possible, l'alun, l'acide phénique et l'ëther amy-
lique. Nous croyons qu'il y a avantage à en former une préparation concrète. On
peut se servir pour cela, comme excipient, de la silice gélatineuse suffisamment
exprimée et additionnée de glycérine pour la ramener à consistance convenable.
On trouvera dans ces notes quelques renseignements sur l'emploi des gélatines
minérales en médecine et en chirurgie.
Mais il se présente ici une importante question que nous ne devons pas tous
taire et qui compromet singulièrement ce qui vient d'être dit sur les avantages de
l'acide phénique et de l'éther amylique au point de vue de la préservation per-
sonnelle, c'est qu'avec l'emploi de ces substances chez les fenomes, l'acte sexuel
ne saurait être suivi de fécondation. U suffit, en effet, d'une minime quantité
d'acide phénique ou d'éther amylique pour tuer les spermatosoîdes avec rapi-
dité. Nous avons pu empêcher à volonté la fécondation ches les lapines par une
injection phénique au millième, quelques minutes après l'accouplement. On doii
donc se demander si cette double assurance contre une infection vénérienne et
une fécondité également redoutées des débauchés, ne donnera pas au libertina^
une plus grande impulsion, et s'il ne vaut pas mieux, laissant aller les choses à
leur pente naturelle, quelques véroles de plus que quelques enfants de moins
dans ce monde... Voilà certes de grosses questions, bien dignes des méditatiom
d'une assemblée conotme celle-ci. Je me bornerai à vous les signaler, en laissant
à d'autres le soin de décider qui a raison :
Ou du théologien qui, plaçant au-dessus de toute considération humaine et
médicale le point de la fécondité, préfère pour cette raison l'adultère à la pollu-
tion volontaire, et ne saurait accepter une pratique utile, mais qui, bien que
non intentionnellement coupable sur ce chef, a rencontré en son chemin l'infé-
condité...
Ou du médecin, qui, connaissant trop bien les désastres de la syphilis et de
ses dérivés, considère comme un immense malheur la perpétuité d'une rtce
héréditairement malsaine, et cherche par tous les moyens à maintenir le deTenir
humain dans sa pureté primitive ou à l'y ramener si c'est possible.
On peut se demander ce que valent au physique comme au moral ces fruits de
la débauche et de la prostitution, et si cette grande lumière du christianisme
(saint Augustin) qui a reconnu malgré la morale et au nom de la morale la néces-
sité de la prostitution, ne reconnaîtrait pas aussi, malgré l'infécondité et au nom
de la fécondité, celle de la préservation personnelle.
BOENS. — PBOPHYtAXlfi UiTËaKATIOMAL£ DUS MAtAOiES VÉNÉRIENNBS. 369
B98AI SVR IiA ftVESTIOlV III.
PAR M. LE DOCTEUR BOENS (DE CHAALEROI).
I
Ainsi que le Comité du Congrès le fait remarquer avec raison, l'influence des
diverses espèces de prostitution sur la propagation des maladies vénériennes n'est
qu'imparfaitement connue. J'avais fait, en 185/i, la même observation dans un
rapport particulier qui était destiné à M. Piercot, alors ministre de l'intérieur à
Bruxelles. Dès mon arrivée à Charleroi, en 1855, je m'occupai de rechercher
avec soin les différences qu'il pouvait y avoir, à ce point de vue, entre la prosti-
tution clandestine et la prostitution tolérée. J'étais placé sur un terrain conve-
nable pour élucider le problème. Dans le centre industriel dont la ville de Char-
leroi est le chef-lieu, la prostitution clandestine a pris, depuis quelques années,
un développement excessif, et le nombre des affections vénériennes y a atteint
en même temps d'effrayantes proportions. J'ai donc noté, jour par jour, dans
mon cabinet, pendant les douze années qui viennent de s'écouler : 1*^ tous les
accidents vénériens (1] pour lesquels j'ai été consulté; 2® le lieu où les accidents
ont été contractés.
Yoid le résultat de cette petite statistique privée :
Prostitution Prottitatioa Origino
tolérée. elaadestine. iaeonane.
Btooaorriiafies diverses, aigu&i ou ehroaiipies 167 286 59
Chancres» plaques muqueuses, sjphitis et sjfphUides. . 63 209 17
S'il était permis de déduire quelques conclusions de ces chiffires, on arriverait
à des conséquences assez curieuses. Ainsi, nous remarquons d'abord que la prosti-
tution clandestine a occasionné un nombre de blennorrhagies, blennorrbées, etc.,
quasi double de celui que la prostitution tolérée a produit. Pour apprécier la
^eur de ces proportions, U est évident qu'il faudrait connaître, avant tout, le
nombre de femmes qui, de part et d'autre, se sont vouées à ces deux espèces de
prostitution, ainsi que celui des individus qui les ont fï*équentées. On saurait
^insi, d'une manière précise, si c'est à la prostitution tolérée ou à la clandestine
que, toutes autres circonstances égales d'ailleurs, il faut imputer la plus grande
part dans la production de cette première catégorie d'accidents vénériens. Or, ces
renseignements, surtout dans l'état actuel des choses, ne peuvent être obtenus
même d'une manière approximative. A cet égard, nous devons nous borner à
déclarer que la prostitution clandestine, d'après nos relevés, a deux fois autant
d'influence que la prostitution tolérée sur la propagation de la classe de maladies
(1) Tous les chiffres indiqués dans ce relevé n*out rapport qu'aux inillvidus du sexe mas-
colin. Aucune prostituée n'y est donc comprise.
2à
aïO GONGlte MfiOlCAL IMTBaNàTIOll AL. «^QUATRIÈME SÉAACfi DE JOUfc.
vénériennes la moins grave^ la moins susceptible de compromettre sérieusement
la santé des individus qui en sont atteints.
Quant aux 59 cas de blennorrhagie dont je n'ai pu connaître le lieu de pro-
vcnance^ ils s'expliquent par cette double particularité quo certains sujets dé-
clarent n'avoir pu être contaminés que par l'accomplissement des actes conju-
gaux^ et que quelques autres^ malgré nos instances, prétendent n'avoir eu
aucun rapport sexuel depuis longtemps, et ne veulent attribuer leur affection à
d'autre cause que des excès de boissons, etc., etc.
Les chiffres de la seconde catégorie d'accidents vénériens sont plus significatifs
que ceux de la première. 11 est regrettable, je le répète, que mes recherches ne
m'aient pas permis de connaître le nombre de filles qui se vouent habituelle^
ment à la prostitution tolérée d'une part, et clandestine de l'autre. Y a-t-41, dans
la ville de Charleroi et ses faubourgs, plus de prostituées clandestines que de
prdstiUtées reconnues etvisttdesl... Là population masculine qui fréquente ces
siôets se porte-t-elle en plus grand nombre vers ceux de la première ou ceux de
la seoMide classe?... Ces points de départ d'une comparaison exacte, d'une sta-
tistique prëciseï nous manquent absolument. Quoi qu'il en soit, dans le cours de
dôme années, d'avril i855 h avril 1867, il s'est présenté, dans mon cabinet, près
dé quatre fois autant de syphilitiques infectes par la débauche clandestine que
par Ift prostittitioti réglementée. C'est-à-dire, en d'autres termes, que, sur
23 indindus atteints d'accidents vénériens à divers degrés et de diverses formes,
tandis que la prostitution tolérée me fournissait 2 syphilitiques et 5 blennorrha-
giques, k prostitution clandestine me donnait 7 syphilitiques et 9 blcnnorrha-
giques. Le tableau suivant présente, en chiffres ronds, la réduction du pré-
cédent :
Prostitution tolérée. ... 2 syphilitiques. . . 5 blennorrhagiques. . . \ c«* ao -«^
Prostitution clandestine. 7 syphiUtiqMs. . . 0 Memierrhaciques. . . f ^^ ** '^^
%u résumé, dans le csmton que j'hab^t il p«nikrait que la prastHation dsi-
destine occasionne plus de deux fois autant d'accidents vénériens que là prostitu-
tion tolérée.
On comprend, d'ailleurs> que les femmes sonaaîses à des visites r^guKèreâ et
fréquentes, produisent quatre fois noMMue dTaccidenls sypbilitiffuês bien caractc-
risés, chancres, etc., que eeUes qui sont abondennées à ta déba»che Hbre. Ily
a. même lieu d'être étonné que cette différence ne soit pee encore plus marquée.
Si les filles visitées contaminent encore si fréquemment les radividus qui ont de?
rapports avec elles, cela tient probablement à l'habileté avec laquelle les ma-
trones qui dirigent les maisons publiques porrieiment ii tromper la vigilance des
médecins chargés de l'examen de leur persoMiel. Au moyen de quelques cfftf'
tiques légers, d'un peu de mastic^ elks réussissent trop souvent à Esiilsqcier i uns
attention même d^à grande des ehaiicves lunsaBlEi om ées éiresSotis sespecies
dans les replis de la muqueuse vulv^vaginalCi
U résulte des considérations préeddeAtes qu'en ce qui concerne la vffle et les
environs de Charleroi du moins, l'influence respective de k prostitntiov chnées^
tine et de la prostitution tolérée sur la propaga4âen. de» maladies véBéri«nn(^t ^
l'on peut en juger par les faits que j'ai personnellement recueillis, doit êti'C repré-
sentée par les proportions suivantes :
La piostilution ciandcsliuc fournit deux fois plus d'accidents vénériens de
Mfnre bénigrte que 1« pposflfution tolérée, et cfuâtf e fo4s plud de maîft<Hès syphi-
litiques proptemeftif dites (1 ).
11
En ftbordftrit là seeofide pUrtie en p^bgmbttiDe tr^c^ ptv lé Gomitë relativement
à la fniisiètilé qdesâon ^\ doit être dotiml^ k tëftmiien il» Gewgrès, je; dirai tout
de sdHe 4«'9 èèi Mêetii (ftte ht prosffttffion efandcsitiml doH ëtte sévérefnent répri-
mk. Si Ton veut arriver à restreindre sûrement Irf ffojïagàtlon dc?s affectioTis
fftiértenttes, à mettre ttn frein à la déftforafllsatiofi de fios classe» otttrîèfTes, à
nnpêclier«m au tooirts dlmirtùer les effets de« n(rtnbreiises excitations à la
débauche qui assaillent la jeunesse dans ttne foitle de He^x publics où Ton c'roi-
nnt ne rencontrefr que tf honnêtes fcmfftes, fL faut s'attïlchet' sérieusemefif, aeli-
vement, incessamment, à r^rîiher, à supprimer Wîêmé, ^ Cela était po^§îMd, la
proslitiïfloi! cïa«de«tîrte. Ici doit venir une remfarque itop(/rta*fte. fl ne fatrf pas
confondre ëtôc Ië prostiftiëe clandestine qui se donne au preînîer tenu pour en
«Hrfîrer de ïtoê^tstA, qui ftilt de soft IttconduHe urt trafic Ittcratîf, ces tenimeS
galantes, ces entretenues, ces libertines de haut et de bas étage, qui tivcwt de
k géfféresMé à'tta amant débonnaire, et qui, pour satisfaire letnr caprice ou Icui's
l»ffio»s, aeeepietit, à titre gratuit, les hommages dés iridîvîduS qui leur plaisent.
La Ifterté In^yidtteDe, dans iiotre état social, a de» droits que ftous dotons, inal-
^xt nous, respecter jusque dans les abus et les désordres de la tie intime, que la
morale rëpi^Mite^ mate don! chacun n'est responsable que devait sa cottscience
e( devant Diêfu.
Aprèt wrék M, ^elques mots de la répres^on dé la prostitution claftdestînc, |e
m'occuperai des mesures générales qui pourraient être pfrofrosécs aux gouverne-
ments concernant les diverses formes de prostitution tolérable.
La débauelie clandestine s'exerce : !• par les femmes qui s'y adonnent habi-
tueHenfenlpimr en tirer quelques profits; 2® pattes gens qui favorisent, facilifctil
oa eiploHefii la dépravation de ces femmes. La répression doit doxtc aftctndrc,
^wie pitft, les preistHoées, de l'autre les personnes qui les clcîfcnt à îâ débauche
pwn enllhsr quelques bénéfices. En aocuA cas, les hotiïmcs qui se livrent à ce
penre de rapproehenaiénts sexuels ne donnent être impliqués dans les poursuites,
recherches, hrterrogafoh^es, que Fautorité locale ou les tribunaux sciaient anie-
ftés à ordonner contre les sujets sus-mentionhés, à nrotns qu'i! ne ftït questio/
des cas prévus par la législation sur la corruptioiï des mîheuts de l'uti et dé
fdnfrê sesé«
CoMre ie9 prosMlées dandésthies, (frfel rrtode de r^pres^on peut-on cm-
Hojer? €da^*ef < B faut considérer la prosfitirtiofi clandesfîue cOûïlttc ùfi outrage
^ wt «Hêttlaf amt mœursy et stfouter à Pairtlcle 33& duf Coxie pétlal im article
)<M!ra(mniS ainsi eou^.n :
Art. WM^ bis. -* Quiconque, femme ou fffle, sans autorisation préalable de
f «itorilé Ioe«ie, aura attenté aux mœurs en se Ktrani habîtueîletiient à la
<iéliaiie^^ «cr« pmiî d'u# emprisonnement de six mois à deux ans, et d'une
«ûende de 9G frsfucs à SOO francs.
(1) J'admets^ à priori^ que certaintA blaoïioivkatîee frtfvee pineseaC étMsuHMS de phéno*
mènes syphilitiques seoondaires, plaques nuuyiemea, et6.y oie. i mak cottoie je n'ai remarquô
aucun fait de ce genre dans les cas dont il est fait mention ici^ je n'ar pas cru devoir faire
>^UQe réserve ni dlstincliot à cet égard. (Note de t auteur.)
372 œNGRÈS MÉDICAL INTERWATlONAt. — QUATRIÈME S&ANGB OB JOim.
La répression serait applicable de la même manière et dans les mêmes termes
à quiconque faciliterait^ favoriserait ou exciterait habituellement la débaache
clandestine, c'est-à-dire non autorisée. De plus, il serait nécessaire, dans l'es-
pèce, d'ajouter une pénalité exceptionnelle et rigoureuse à cette dernière caté-
gorie de sujets en les privant, non-seulement des droits de tutelle et curatelle,
coDome le porte l'article 335 du Gode pénal, mais en leur interdisant de tenir
un débit de boissons dans la localité où le délit a été commis. De cette manière
les coupables devraient quitter la localité ou chercher dans un travail honnête
leurs ressources de chaque jour.
Je ne fais qu'indiquer la solution des problèmes que soulèvent ces graves
questions, me réservant de les expliquer et commenter, s'il y a lieu, dans la
troisième séance du Congrès international.
Quelles sont maintenant les mesures générales qu'il conviendrait de prendre
pour restreindre la propagation des maladies vénériennes?
Réprimer et supprimer, autant que possible, la prostitution clandestine, ainsi
que je viens de le dix-e. C'est le premier moyen, et, sans contredit, ce serait le
plus efficace. Réglementer convenablement la prostitution tolérée. Occupons-
nous de ce deimier moyen.
J'ai lu beaucoup de règlements sur la prostitution. Je leur ai trouvé à tous un
défaut capital : ils sont trop peu sévères à l'égard des tenant-maison et trop
sévères pour les prostituées. Il y a certaines réformes à faire sous ce rapport; je
les signalerai tout à l'heure à leur tour.
La prostitution tolérée comprend quatre genres de sijgets : les tenanciers de
maisons publiques, les tenanciers de maisons de rendez-vous, qui sont très^u-
vent des maisons mbites, les ûUes attachées ou engagées à une maison, et les
filles libres ou en chambre, autrement dit les ti'otteuses, qui sont, sans contredit,
les plus dangereuses de toutes les filles de joie autorisées.
Depuis quelques années, la plupart des grandes villes ont cherché à entraTer
plutôt qu'à favoriser l'accroissement du nombre des prostituées libres. La wt-
veillance de ces filles, au point de vue de la police et de la santé publique, est
plus difficile. Elles occasionnent facilement des scènes scandaleuses. Elles sont
ti'op souvent, tantôt l'objet ou la victime, tantôt le sujet ou la complice de
divei'ses tentatives criminelles, telles que le vol et l'assassinat. En exigeant
qu'elles se soumettent à des visites médicales très-fréquentes et très-coûteuses,
qu'elles habitent tels quartiers à l'exclusion de tels autres, qu'elles ne sortent
qu'à telles ou telles heures, et qu'elles no fréquentent pas certaines prome-
nades, etc., etc., on les obligera insensiblement à se mettre sous le patronage des
tenant-maison. Diminuer le nombre des filles libres, à cartes, coomie on les
désigne; s'efforcer de les rejeter dans les maisons tolérées; débarrasser la rue, le
trottoir, et tous les lieux publics fréquentés par les gens sages et honnêtes, de
ces sirènes aux gestes provoquants, aux paroles lascives, qui colportent «partout
avec elles, aussi bien le jour que la nuit^ l'excitation publique à la luxure; pour
les reléguer dans ces demeures où, au moins, les hommes qui s'y rendent savent
ce qu'ils vont y rencontrer, tel doit être le but principal de toutes les mesoi^f
tant préventives que répressives, que doivent prendre les administrations locales
en ce qui a rappori à la réglementation de la prostitution tolérée. Je ne pcii^
pas qu'il soit possible de refuser à une ribaude la carte et rautorisation de
prostituée libre ou en chambre; mais il est toujoui*s possible de lui imposer
des conditions d'existence telles qu'elle finisse par préférer de renoncer à
BODfS. — PBOPRTLAIIE IMTEBMATIONALB DBS MALADIES YÊNÊBIBemES. 373
son inftme métier ou d'entrer définitlTement dans une maison publique.
A l'ëgard des chefs de maison de rendez-vous^ la seule mesure spéciale qu'il
conviendrait de prendre, ce serait de les astreindre, sous peine de suppression
irréTocable de l'autorisation dont ils jouissent, à ne recevoir dans leurs apparte-
ments que des femmes qui sont non-seulement nmnies d'une carte, mais dont la
carte justifie que les visites corporelles ont été régulièrement faites. Ainsi les
tenanciers des maison de passe seraient obligés de faire eux-mêmes, chaque
fois et exactement, le contrôle des cartes, sous peine d'être exposés, à la moindre
plainte donnant lieu à un procès-verbal et à une enquête, à se voir retirer leur
autorisation d'une manière définitive.
J'arrive aux maisons publiques et à leur personnel, dont il me reste à parler.
11 iàut autoriser des maisons publiques, c'est un nécessité sociale.
Il faut en autoriser pour Umtes les classes de la société, pour les gens du peuple
comme pour les gens du monde, afin de pouvoir agir sévèrement contre les pros-
tituées clandestines et les prostituées libres, à cartes, de toutes les catégories.
n faut assigner à ces maisons des quartiers spéciaux et distincts, et veiller à ce
que celles qui sont destinées au peuple ne soient pas voisines de celles qui sont
érigées pour les riches.
H faut que chaque tenancier ait un tarif particulier, approuvé par l'autorité
locale, et indiquant non-seulement le prix de chaque boisson qu'il débite, mais
la somme qu'il réclame par heure ou par nuit, pour chaque femme qu'il livre
au public ; et que le tout soit affiché sous verre dans toutes les pièces de la maison.
Le tenancier doit tenir, pour chaque femme, un compte spécial sur un livre
visé et paraphé par l'autorité locale, qui déléguera un de ses membres pour faire
de temps à autre la vérification des écritures, afin d'empêcher, autant que pos-
sible, que ces comptes soient exagérés d'une manière exorbitante, ce qui retient
les prostituées sous la dépendance absolue des tenanciers, et les empêche même
fréquemment de sortir des voies de la prostitution.
L'autorité locale doit veiller à ce que les agents de police surveillent de près
chaque maison, surtout durant la nuit, écoutent et recueillent en particulier les
plaintes, demandes en réclamations que les filles croiraient devoir leur adresser,
ponr en faire un rapport confidentiel soit à son chef immédiat, soit à un fonc-
tionnabe supérieur délégué par l'administration. A cette fin, il faut que les
agents de police chargés de ce service soient très-fréquemment renouvelés et
très-sévèrement punis en cas de négligence ou d'omission dans l'accomplisse-
ment de leurs devoirs et de leur consigne.
La visite sanitaire des filles ne doit jamais se faire ni à jours ni à heures fixes^
n au domicile des prostitu/ées, soit libres, soit en maisons publiques, mais dans un
établissement exclusivement approprié à cet usage.
Toute infraction aux dispositions concernant les visites corporelles des filles
doit être punie par des amendes très-élevées qui seront payées par les tenanciers,
sans qu'ils puissent avoir aucun recours contre les filles en portant pour ce fait
une somme quelconque à leur passif.
Le mouvement de la population adonnée à la prostitution dans les maisons
publiques, entrée, sortie, échange des filles, ne doit pouvoir se faire sans l'auto-
risation du chef de la police locale, qui, avant de donner son avis, sera tenu de
recbercher les causes qui font réclamer ces mutations, de vérifier les comptes
des prostituées qui partent et de celles qui arrivent, et d'écouter les réclamations
(pie chacune d'elles désirerait lui adresser.
376 COKO^^S MÉDICAL mm^A^Vin^'^Q^hW^VB' >$4S1CP De JQU^
L'f utorité de r«dmij2i$U*aUoB locàU $ur les tananciers et sur les prosUtuéea
tant ]ibf»$ qu'an omisons^ c$t abso^i^ et &»»$ appel en tout ca qui cooceroe l'ad-
ittisMOQ et le rejet ou le retrait des autûrisatioas, l'ejEAn^A des coinptes parti-
culiers 4a chaque fille, les a^^ndes par infiractioRs aui: règlements^ etc.^ ^tç.
À ces dispositions pi^iu:ipalos^ je désirerais qu'on ajoutât eiu^ore les suivantes,
dont 1/^ jsflTets concourraient également, quoique d'uQA manière ^idirectCi à
atteifvdr^ la but indiqué daos la question quis nous traitons ep ce moment ; la
diminutiori du nombre 4e9 affispUons vénériennes.
Tous l^ médecins 4^?raient être inv^t^s h iairc cowmUre $afis délai le nom et
la demeure des prostituées qui seraient soupçonnées d'avoii* infecté J^s sujets
iju'ils sonl appelés k 9oigper, En ce cas, aussitôt tini^n renseignement de cette
nature serait parvenu à la polipé, ^Ue-ci ferait immédi^^ment procéder ^ la
visiM corporelle des QUes autorisées signalées pomme su^speetes,
Tous les hôpitaux indistinctement devraient r/^eevoir^ pour y être traitées et
guéries radicalement, les femmes publiques qui sont reconnue^ atteintes d'apcii-
dents vénériens. Les voyages qu'on ^niposej 4^s ces circonstances, aux ^les
malades dje certaines localités où )es hôpitaui^ n'^mettenit point ces sujets, ne
sont pas sans danger pour la santé publique.
Enfin, à coté de l'enseignement primaire gratuit, '^ ^lais non obligatoire ! —
que les gouvernements s'efforcent avec raison 4e donner à leurs peupbss, et ep
niâpe temps que cet enseignements il serait nécessaire 4'ajouter partout Tin-
struction religieuse, cette édpcation cbrétienne qui moralise les m^ses en leur
inculquant la foi, et civilise les nation^ en les initiant aux principes et à la pra-
tique des sentiinents de charité et 4e confraterjiité.
ni
Pour restreindre la propagatia^ des ma}a4ies vénériennes^ i^ faut donei sui-
vant moi :
1* Réprima très-sévèrement la prostitution clandestine f
2^ piminuer par tous les moyens signalés dans ce travail la nen^bre des (Ules
de joie autorisées, dites trotteuses ou à cartes.
3<^ Réglementer les maisons publiques tolérées d'après les beses que j'ai ei^po^
sées plus haut;
h"* Maintenir dans l'éducation populaire un enseignement religieux ferma et
solide à côté de l'instruction primaire gratuite.
AUXIAS^TimEimB. -^ f»BOra¥LAZIB DES UktàXim VÉHiRnmiS» (75
PAE M. AU^lAS-TUBXMlia.
■. àmdmmJrmremmm. — Depuis l'appaiitien de la lypiiiUl «n Buropê, les mé-
decins de tous les pays se sont efforcés de découvrir les moyens de la combattre.
Sa prophylaxie a été en particulier, pendant plusieurs stèelcs, l'objet du rêve des
phiiaDthropes* Le Congrès médical universel a la mission de réaliser ee rêve.
MiÎB pour rencmitrer ub but qui s'est dérobé jusqu'à présent aux plus persévé-
rantes enquêtes, n'est-il pas indispensable qtie la science abandonne les routes
NI» imie qui ont été soiviest
Jetons un reg«rd sur les moyens prophylactiques qui ont été préconisés, ne
fût-ce que pour marquer les écueils.
Les précautions qu'on a conseillé de prendre ou qu'on a exigées ont trait aux
hommes et aux femmes. Elles ne sont pas, à beaucoup près identiques, ni sui«-
tout égalitaires pour les deux sexes.
En ce qui concerne les hommes, on n'a pas reculé devant )a proposition de
commettre des médecins et mâme des matrones à l'examen du membre viril
immédiatement avant l'acte. Dans ces derniers temps, on a encore renchéri sur
les idées singulières émises dans le Pomograpke de Restif de la Bretonne. Vous ne
vous attnadai pas à m' entendre discuter sérieusement ces utopies.
On a fait d'autres propositions qui paraissent moins absurdes, mais qui ne sont
guère mieux applicables.
On a voulu réglementer la conduite de l'homme avant, pendant et après
Tacte, mais surtout avant l'acte.
On réserve 1» moment solennel qui précède son accomplissement à des lavages
pratiqués au moyen de liquides fort variés. On a aussi proposé de tanner le prér*
puce et le gland par des lotions astringentes, afin d'endurcir ces organes, d'eu
reuerrer les pores et de fermer tous les passages au virus. Des onctions huileuses
doivent remédier ensuite au défaut de glissement des parties en opposant un
obstacle supplémentaire au transit des humeurs infectées.
On a proposé encore de coiffer la verge d'un capuchon mince et flexible de
baudruche ou de caoutchouc, ie veux parler de la dégoûtante capote, du répu-
gnant cottdom avec ses accessoires et ses variétés. N'est-ce pas un mode de mas-
turbation entouré dç certaines (brmes, et, pour ainsi dire, soumis à des règles t
Bien d'autres motions dQ ce genre ont été mises en avant et même en pratique.
Le virus s'est joué de ces obstacles. Us ne donnent qu'une séciu4té trompeuse.
En outre, ils dénaturent la sensation.
En effet, des organes soumis tout vivants à de certains procédés de mégisserie,
deviennent ensuite aisément frïables et sujets à des gerçures. Quant au capuchon
<iue je suppose être en réalité d'une trame impénétrable aux humeurs, et qui,
6n tout cas, est difficile à appliquer et plus encore à maintenii*, il ne résiste pas
d'ordinaire aux fh>ttements des parties.
S76 GONGBi» iftDlGAL INTEBNATIONAL. — QUATRIËMB SÈIMCÈ M lOUB.
Ce qu'on a prescrit de fidre pendant et après l'acte n'est guère plus raison-
nable ni plus pratique. Rappellerai-je qu'on a recommande de laisser cet acte
incomplet pour en diminuer la durée^ ct^ par conséquent, les dangers! Ceston
autre genre d'onanisme méthodique désigné dans l'Ëcriture par les mots : Semer
sur le sable.
Enfin, on a établi le précepte de terminer le sacrifice comme on l'avait com-
mencé, par des ablutions de toutes sortes. Les liquides ne manquent pas. Depuis
Fallope jusqu'à messieurs tel et tel, qui n'a pas vanté le sien !
On éprouve l'envie de parodier, à l'occasion de ces prdneurs de recettes et
d'élixirs, les paroles que Pitcaim adressait à Astruc dans une circonstance ana-
logue : Credo Astrwsdum nmqtuim cocasse.
D'un sexe passons à l'antre.
On ne peut apprécier les moyens qu'on a proposés ou mis en pratique pour
empêcher que les fenmies ne donnent la syphilis, sans examiner, au préalable,
la manière dont le plus souvent elles la donnent.
Elles peuvent conmiuniquer l'infection, mais rarement, lorsqu'elles n'ont que
des accidents primitifii. Elles le font surtout qjùand elles se trouvent dans un état
syphilitique constitutionnel.
Cette assertion paraîtra peut-être en désaccord avec des idées généralement
admises, mais elle est conforme à l'observation de tous les jours. Les remarques
suivantes en fournissent l'explication.
Les fenomes atteintes d'accidents primitUs sont, le plus souvent, détoiumées da
coït par la crainte de ressentir de la douleur, sinon par la crainte de transmettre
la syphilis. D'ailleurs elles ne peuvent cacher leur situation, à moins que leur
mal ne soit au début ou sur le déclin^ ou bien encore à l'état abortif.
Quand, au contraire, les femmes ont la vérole, et que leurs organeu ont été
surexcités par des rapports sexuels fréquents, les sécrétions abondent vers ces
organes, et s'accompagnent, dans la plupart des cas, de poussées virulentes.
Celles-ci se traduisent quelquefois par des symptômes locaux contagieux. Mais je
pense que le sang des règles ou que des écoulements blancs, peuvent aussi, sans
qu'il existe de lésion, devenir alors les véhicules du virus, et conconiir à sa pro-
pagation.
Il en résulte que la syphilis constitutionnelle est transmissible pendant des
années, tandis que les accidents primitifs, indépendamment de l'éveil qu'ils don-
nent, le sont tout au plus pendant quelques senuiines.
D'après un calcul approximatif dont les éléments surchargeraient cette le^
ture, j'ai lieu de conjecturer que les fenunes traitées de la vérole par les prépa-
rations mercurielles conservent, pendant quatre ans environ, le triste privilège
d'émettre, de temps à autre, des sécrétions contagieuses, tandis que si elles
n'avaient pas été traitées du tout, elles auraient perdu cette propriété au bout de
trois années.
Or, en admettant que les prostituées exercent leur métier pendant quatre
années, — ce que relate certaine statistique, — la mercurialisation aurait pour
résultat de les constituer un réservoir de virus pendant tout ce temps.
J'ai sous les yeux un relevé dressé par M. A. Foumier, et j'y trouve qu'à Paris
les prostituées sont quatre fois sur cinq l'origine des syphilis constitutionneUes de
l'homme. On peut douter qu'en l'absence de toute réglementation^ les résultats
fussent beaucoup plus calamiteux !
AUZIAS-TOBEMNE. — PROniTlAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 377
Le mal est donc considérable, mais au moins nous savons d'où il vient, et
surtout nous comprenons pourquoi on ne lui a opposé jusqu'ici que de bien
impaissants palliatifs.
EffectiTement, à quelle pratique en est-on venu? Après avoir dispensé, —
Men à propos, il fout le reconnaître, — les femmes de l'usage d'un condomren-
Tersë, à l'application duquel leurs organes ne se prêtaient pas, on les a soumises,
de plus que les bonunes, à des inspections périodiques. On leur a infligé, en
outre, une discipline dégradante, et prescrit des règlements draconiens. Ce sont
da négresses blanches. — Le bureau où Ton s'occupe d'elles est connu à la
Prâècture de police sous le nom de Bureau des mœurs !
Ifais en supposant qu'on puisse voir très-clair dans les recoins de leurs
organes, le virus n'en échapperait pas moins à toute surveillance.
Et, en effet, on aura beau multiplier le nombre des visites et redoubler de
soms en les pratiquant, on n'empêchera pas que des organes surmenés ne sécrè-
tent des humeurs abondantes, et que, par le fait de la constitulionnalité, ces
humeurs ne puissent être chargées de virus; on n'empêchera pas que des pous-
sées d'accidents constitutionnels ne se produisent.
Yisitei donc, injectez, badigeonnez; tamponnez, cautériser, imprégnez de
mercure les pauvres filles; visitez-les de nouveau, cautérisez-les encore, mer-
curiaKsez-les toujours ; imposez-leur humiliations sur humiliations, souffrances
sur souffrances; bien plus, comme en Belgique, organisez autour d'elles et même
parmi elles le hideux espionnage; enfin, forcez-les à descendre de dégradation
en dégradation, jusqu'au point que ce ne soit plus des femmes; — lé virus
latent, insaisissable, mais obstiné, sera là, prêt à perpétuer son action !
Cène sont pas de simples vues de l'esprit, ce sont des faits; c'est le propre
aveu de nos adversaires que nous enregistrons après l'avoir interprété rigoureu-
sement.
Pourquoi donc rester dans cette voie? Cherchons ailleurs d'autres moyens.
Celui que je propose est connu.
Je ne puis en quelques minutes, — quoique je sois prêt à le faire, — vous
démontrer la réalité de la syphilisation, et traiter devant vous toutes les questions
qui s'y rapportent.
Une démonstration suppose la relation ^e faits, la reproduction de statistiques
et la discussion de certains points de doctrine. Elle exigerait beaucoup de temps.
Mais tout le monde convient aujourd'hui que la syphilisation n'empêche pas
les malades de guérir, et très-vite; qu'elle est dépourvue de dangers, et qu'elle
procure une immunité au moins temporaire.
Ces trois conditions me suffiraient pour établir ma thèse ; cependant je ne puis
cacher ce que Texpérience m'a fait connaître. Je dois cet hommage à la vérité
et cette déférence à mes confrères.
J'atteste donc, — et je n'attends que l'occasion de le démontrer, — qu*un
indiridu traité de la vérole par la syphUisation se porte bien, et qu'il ne peut ni
contracter, ni transmettre aucune sorte d'accident syphilitique.
Ce n'est pas que cette assertion doive revêtir un caractère trop absolu ; il ne
faut pas exagérer les choses. Mais il n'est pas vrai non plus absolument qu'une
personne vaccinée ou ayant eu la petite vérole, soit réf^actaire au virus vario-
lique; car, si vous faites à cette personne l'inoculation d'un pus assez fort,
une petite pustule de courte durée apparaîtra bientôt. Cette pustule fournira un
▼inis qui, quoique affaibli, serait capable d'engendrer la maladie complète et de
978 G0NG9ÊS UèDlCM iNTPMîATlONAU •— QUAT9IËME BÊàliCE W lOUB.
se régénérer sur un organisme vierge jusque-là de l'aciiaa du Tiros Taccinal ou
du virus variolique. L'expérimentation Ta démontré.
Un phénomène analogue s'observe chez les syphilisés : riooculatîoQ d'une
forma quelconque de virus syphilitique peut y produire des élémeots abortifs
dont la matière serait susceptible de fructifier ailleurs. Mais il y ^ loin de ce
fait k la reproduction de chancres complets, et surtout à la coaaoouoation d'une
syphilis constitutionnelle.
Je ne connais, k vrai dire, cette restriction qu'en théorie, ou, pour m'expii-
mer plus exactement, je l'ai apprise par des expériences directes et positives,
mais non à la suite d'observations cliniques accidentelles. £n pratique, noui
devons donc à peine tenir compte d'une exception qui, réelle scientifiquement
parlant^ ne doit se présenter que bien rarement d'elle-même à l'observateur.
Ce n'est pas tout, je soutiens que l'immunité elTective garantie par la sypbili-
sation, contre toutes les formes de virus syphilitique, est plus tenace que celle
qui est conférée contre la variole par la variole ou par la vaccine. Je pourrais
invoquer ici le témoignage de confrères parfaitement bien renseignés à cet
égard.
Le sypbilisé peut donc encore, à la rigueur, recevoir l'impression loealeet
passagère d'un liquide virulent qui serait susceptible d'inCecter profondément
toute autre personne. C'est un Achille, qu'on me passe cette métaphore, trempé
dans le Styx, et dont le talon seul est resté vulnérable. U est en état de braver
toutes les atteintes.
Comment conviendrait-il d'agir à notre avis? Faudrait-il syphUiser toutes les
filles publiques? Non, car il nous répugne d'exercer la moindre contrainte envers
qui que ce soit et pour quelque motif que ce soit*
I^ous ne voudrions syphiUser que les prostituées qui, étant malades, désire*
raient, en même temps qu'être guéries^ devenir invulnérables et inoffensives.
On aurait aussi le cboi^ de s'adresser à d'autres comme à elles dans les maisom
de débauche.
Comparons ce qui s'observe aujourd'iiui avec ce qui aurait lieu si notre mé-
thode venait à prévaloir.
En moyenne approximative, avons-nous dit, les prostituées vivent de leur
métier pendant quatre années, dont elles passent au moins une à l'hôpital, pour
ôtre traitées, je ne dis pas guéries, de la syphUis pai* le mercure. U leur reste-
rait donc trois ans d'une prostitution effective.
Elles peuvent ôtre, pendant ces trois années, un réservoir de vérole dans une
proportion que vient de nous apprendre la statistique de M. Fournier, et que )a
syphilisation nous explique. Est-ce là tout le bénéfice qu'on recherche à si
grands frais et par tant de soins !
Si, au contraire, on traitait les prostituées malades par la syphiUsation, on ne
tarderait pas à s'apercevoir de la supériorité des résultats.
Une syphilisation bien faite exige trois mois. Mettons qu'il en faille six qusnd
il s'agit de filles publiques, car on doit tenir compte de retours éventuels à
l'hôpital. U leur reviendra net trois années et demie de métier, avec garantie
presque certaine pour le public.
On comprend aisément les avantages que présenterait l'application de cette
méthode sous tous les rapports, y compris celui de Téconomie dans les M»
d'inspection.
Ceux qui désarmais auront affaire à c-e genre de femmei pourront échapper à
tous Its risques en «'adressuit h des prostituai munies de certigcate en lègla de
s)philisatioo.
Il ne s'agit pas de considérations théoriques ; ce sont des faits. Je connais eer**
taies sujets (des ^nfreres m com^aissent aussi) qui se trouvent dans le ca^ d'im-
munité que je désigne.
Ces sujets font eieeption & la règle» sens doute; mais le Congrès peut aug<-
meatercopsidérabi/emeni leur nombre en expifmant le veeu que l'auteur de la
ffpbiljsilioq soit mis en mesure d'appUquer lui*méine sa méthode. Chacun a le
èeit de Tovloir qu'on ne le juge que par ses œuvres.
^ioes n'avpne rien dit des cas de transmission de la «f philis étrangers aux ra^
ports sexuebf et dans la plupart desquels la responsabilité du médecin se trouve
engagée. On peut aisément démontrer que, pour le plus grand nombre, la syphi-
lisatioD est seule applicable comme nu)yen préventif. Exemple : 11 n'y a qu'une
nourrice syphiliséc qui puisse impunément donner le sein à un enlant syph^
liltque.
J'ai mis de côté, pour être bref, toi^t pe qui n'était pas indispensable dans l'ex-
position de mon sujet. Mais je suis tout disposé à fournir ftu Congres les détails
qui lui paraîtraient utiles, et à répondre aux objections qu'on voudrait bien m'a-
dresser.
Toutes les découvertes ont leur temps d'épreuves et reçoivent le baptême de
la proscription. C'est la loi et la caractéristique du progrès; mais il vient un jour
où on les accepte.
Ce jour commence pour la syphtlisation.
Le Congrès revêt, dans l'opinion publique, le caractère et les attributs d'une
haute magistrature médicale. Je l'adjure, au nom de la vérité et de la justice, de
réformer un arrêt notoiniment empreint de précipitation.
Je ne vous demande pu d'adopter les idées, mais de les défendre contre ceux
quif prisas dans le germe, ont voulu qu'elles avortent.
Psnni les testes du programme, celui qui ast relatif h la prophylaxie véné-
rifinue a seul été conçu en des termes qui exigent u^e réponse. Jusqu'alors des
paroles ont été dites. N'est-il pas temps, pour une assemblée virile, de passer aux
actes? Vous devez vouloir que la lumière soit faite, et qu'une question qui à un
^i haut point intéresse l'humanité soit résolue I
H. Bie«v4. <-* Messieurs, vous venez d'entendre une conviction personnelle
hien arrêtée. Pour moi, je suis d'une opinion diamétralement opposée, et j'au-
rais voulu une preuve que M. Auzias m'a toigoui^s refusée. J'ai dcmandif à
M. Ausias d'expérimenter sur lui-même et de témoigner ainsi de l'exceUence de
sa méthode; jamais M. Auzias n'a voulu.
■. â«iriMi« -^ Je désire éviter toute question personnelle; le siyet est exclu-
sivement scientifique.
M, MîmmwÂ, -^ Je ne démode pas de discussion, je désire seulement savoir si
K> Auzias veut faire aujourd'hui l'expérience qu'il m'a toujours refusée.
M. àmÉimmJWmrmmmm, — Trêve de personnalités. D'ailleursj'ai envoyé autrefois
à V. Ricord des personnes syphUisées qu'il n'a voulu ni examiner ni entendre.
380 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. ^ QUATRIËSIB SÉANCE DE JOUR.
M. BoallUiad. — Vétéran de tous les progrès^ quoi qu'on en puisse dire, je
ne m'opposerais pas aux expériences de M. Auzias, et je partage entièrement
l'ayis de M. Ricord.
Desgenettes^ à JafTa, dans le but de rassurer l'armée sur la non-contagion,
n'a-t-il pas pris avec sa lancette du pus d'un bubon de pestiféré et ne se l'est-il
pas inoculé ? Ghervin, partisan de la non-contagion de la fièvre jaune, n'a-t-0 pas
suivi la même conduite ? Enfin lorsque édata parmi nous, en 1832, le choléra,
ce mal plus terrible que la peste, est-ce que tous les médecins, non-partisans de
la contagion, n'ont pas essayé de démontrer, par des expériences faites sor eux-
mêmes, la vérité de leur assertion. Je m'étonne que M. Ausias ne suive pas
d'aussi nobles exemples et refuse l'expérience qui lui est demandée.
H. Avalaa-TarMiBe. — J'ai apporté devant Iç congrès une question scienti-
fique, et je demande des objections scientifiques. Je ne puis lutter contre un
bureau tout entier.
m. JeMiael dit qu'on n'a pas le droit de demander à M. Auzias de produire
une observation personnelle, laquelle serait moins probante que des observations
nombreuses et complètes.
H. IkNUiland. — Nous sommes de l'avis de M. Jeannel ; mais la meilleure
manière d'entraîner la conviction est d'expérimenter sur soi-même.
H. ISalUgo (de Florence). — Je me suis inoculé.
H. Bleord. — Je suis prêt à discuter ; toutefois, je n'avais voulu poser à
M. Auzias qu'une seule question, et il n'a pas répondu. Ou la syphilisation est
une bonne chose, ou elle est mauvaise. Si elle est excellente, montrez sa valeur
en expérimentant sur vous-même.
tJaaadtttear, debout sur l'un des gradins de l'amphithéâtre, d'une v<hx
tonnante : Je suis médecin, syphilisé, et je me porte bien !
¥*lx dmnm ïmmélimîre. — Pourquoi M. Auzias-Turenne n'en fait-ll pas autant?
Le ménie aadltear. — M. Auzias-Turenne n'a pas renoncé au mariage ; j'y
ai renoncé, moi ! Quel père^ quelle mère voudraient donner leur fille à an homme
syphilisé?
M. Sleord. — Mais, au contraire, la syphilisation étant ime garantie, les
sigets syphilisés seraient très-recherchés des familles.
H. Anmlas-TareBDe. — J'ai offert de faire des expériences devant une cona-
mission ; ma demande a toujoui's été repoussée. On voiidrait que je fisse des
expériences personnelles, je m'y refuse, et avant tout par dignité, ne voulant
pas me mettre ainsi à la disposition de M. Ricord dans l'unique but de satisfaire
sa curiosité et de lui servir ensuite, comme cela est arrivé à d'autres, de sujet
de plaisanteries !
M. BoBlltoad. — Je déclare ne pas m'opposer, poiu* ma part, à ce que
des expériences de syphilisation soient faites par M. Auzias-Turenne. En lui de-
mandant de faire des expériences personnelles, je lui ofihds l'occasion p(^
sible de cueillir la palme du martyi'e, et je suis pour les vrais martyrs, quels
qu'ils soient.
M. Aazias-Tareaae. — Je ne demande pas la palme du martyre, mais le
triomphe de la vérité ! Je demande que la question soit traitée scientifiquement
devant une assemblée scientifique.
n. ■c«rl Favre. — Nous ne sommes pas des spectateurs assistant sur la
DiSC088K)CI.<-PllOPHYLAX]£ INTEBNATIONALE DES MALADIES VÉMÊRIEMNES. 38t
gradins de cet amphithéâtre à iin combat de gladiateurs; nous voulons nou3
instruire et savoir la vérité sur la syphilisation ; il ne faut pas que la question
soit enterrée.
M. MmUÊÊmà. — Que M. Favre se rassure; personne ici, et le bureau moins
que personne, ne songe à enterrer cette question, la discussion sera libre, entiè-
rement libre; elle se poursuivra devant le CSongrès, autant que cette assemblée,
qui est souveraine, le permettra.
M. Wktmté, — Pendant longtemps, messieiurs, j'ai cru à l'unicité du virus
syphilitique. Je n'admettais qu'une graine ; eh bien, l'observation m'a démontré
qu'il y avait deux formes, l'une locale, et l'autre fatalement générale. De cette
distinction est née de mon école, de mes élèves, la doctrine de la dualité, deux
accidents, l'un local, l'autre général. J'avais seulement fait le départ clinique ;
mais la délimitation était tellement nette, que mes élèves sont remontés aux
sources. C'est ce qu'ont fait BIM. Bassereau, Clerc, et l'école de Lyon, dont nous
avons ici un illustre représentant, M. Rollet. Déjà, dans mes Letti*es, j'avais
montré qu'il n'y a pas seulement des différences dans le terrain, mais aussi dans
la graine.
Je demande à mon confrère qui disait tout à l'heure qu'il était syphilisé ce
qu'il s'est inoculé, le chancre mou ou le chancre infectant ?
Un de mes élèves de l'hôpital du Midi m'a demandé de l'inoculer, j'ai refusé ;
il s'est inoculé malgré moi, et U a eu la syphilis. Jamais, messieurs, je n'ai voulu
porter sur un siget vierge de vérole une lancette chai*gée de pus syphilitique.
C'est de là qu'est venue mon cn*eur touchant la question des accidents secon-
daires. U y a trente-sept ans, en effet, je faisais des inoculations. Mais je n'ino-
culais que des sujets déjà syphilitiques, cela ne prenait jamais; j'inoculais le pus
du chancre, l'inoculation réussissait : c'était le chancre mou. D'oii je concluais
que la plaque muqueuse n'est pas inoculable, et par suite pas contagieuse. Le
chancre est inoculable et contagieux. Voilà la source de l'erreur que j'ai confes-
sée. Dans la science, on doit avoir le courage de dire que l'on s'est trompé. U
fallait inoculer des si^ets sains avec du pus syphilitique, je n'ai jamais voulu le
liBûre. D'autres ont eu plus d'audace, et ils ont réussi. Pour moi, messieurs, je
ne croyais pas avoir ce droit ; j'ai expérimenté sur moi-même, je me suis inoculé,
cl je demande qu'on en fasse autant.
M. AwMimm-Twutmmmm, — Il y a deux formes de chancre, et dans ces deux
formes, je vois deux individualités qui sont parentes. Pour démontrer ma thèse,
je suis obligé de me servir d'observations qui me sont personnelles. J'inoculais
avec un bec de plume, toigours le même, une femme atteinte de cancer. J'étais
à la quarantième inoculation successive du même pus, lorsqu'un des points
inoculés au bras devint dur. Les ganglions de Taisselle se prirent, et au bout
de quelque temps, une roséole me montra clairement que j'avais affaire à la
syphilis.
Nous autres syphilisateurs, nous faisons à volonté des chancres mous ou des
chancres diu*s. Ainsi, comme il m'est quelquefois difficile de me procurer du
pus de chancre mou, j'emploie pour en obtenir le procédé suivant : je prends
une femme, par exemple, ayant des plaques muqueuses; je panse ces plaques
muqueuses avec une solution alcoolique de sUphium q/renaimm^ la matière se
modifie, et j'ai du pus de chancre mou.
U y a deux virus, dites-vous? mais qu'est-ce que cela prouvei*ait contre moi?
382 COMRÈS MÉDICAL INtËRNATIÔlIAti '-<- QtlArAlllie SftAtfiOS DE JOtJll.
Est-ce que le taccin Éi Id rariele n'ont pas deux Tlrtis différents ? fit malgré
cela, est-ce qu'il n'y a pas fnfltience d'une maladie sur l'autre. Eh bien, rie
pouvons-nous pas aussi admettre qu'une variété de chancre peut modifier l'autfe.
Nous ne nlyous pM eiiC(HPe tmit, et n quelques faits parussent MBliMiCloirËs^
cela n'est pas une raison pour reieicr la syphilisatioiii Dans la doctrine é'Harrey
sur la eireulatlon, il y srait bien certains faits qui lui étaîeiit dpposés^ et mol-
gié cela, Harvey avait raison.
M. WtoWÊÊé. ^ Je dêfmanderai à M. Auelits s'il se rappelle l'histtrtre étnn tba-
lade qui était à l'hôpital l^int-Louis^ lorsque j'y étal* iflteme. Ce maludé ataM itn
ïnAan phagédénique, ëi M. Anzias lui inocula sur le bra^ du pus pi^tenant de
plaques muqueuses, et sur la poitrine et l'abdomen un nombre considérable de
chancres mous. Le bubon continua sa marche envahissante. L'ifiocuktioh du
bras donna lieu à un ulcère induré avec adénopathie indolente dans Faâsselle.
Quant aux ulcérations produites sur la poHrine et l'abdomen, elles furent lolfi
de modifier heureusement la marche de la tnaladie ; le malade sortit dans un état
très-grate et alla dans les salles de B. Ricord à Fhdpital du Mdi.
a— !■« — » M. Proust était interne de M. Gibert, que nous avons eu depuis
le malhem* de perdre, et le malade auquel il fait alluûon se trouvait dans un
autre service. €e malade était {presque guéri, lorsque le chef de ce service ne
me permit pas de continuer mes inoculations.
M. ProiMt. — n y a eu en 1859, à l'hôpital Saint-Louis, deux ordres def
malades que M. Auzîas a inoculés : ceux du service de M. Gibert, dont Je h'ai
rien dit, et celui du service de M. Bazin, auquel j'ai fait allusion. Eh bien, j'af-
firme que ce malade affecté de bubon phagédénique à marche sei-pigineuse
a été inoculé par M. Auzias-Turenne, au bras avec du pus de plaques muqueuses,
à la poitrine et à l'abdomen avec du pus de chancre mou ; que les ulcérations
syphilitiques et chancreuses n'ont eu Tune surFaufre aucune influence heureuse;
le malade est sorti de Fhôpital dans un état déplorable. Je répète que ce malade
n'était pas dans le service deM. Gibert, qui est mort, mais dans les salles de Bl. fir«t-
rih, qui, cette année-là, avait pour interne M. Sergont, aujourd'hui médecin à'
Farts.
[. BIcord. ^ J'ai vu en effet ce malade à l'hôpital du Midi, et j'ai été obligé
d'user de toute mon influence pom- l'empêcher d'intenter une action judiciaire ;
le bubon continuait à présenter une marche serpigineuse ; cet homme avait la
syphilis ; et sa poitiine et son ventre étaient couverts d^ ulcérations. Ce fait a en
outre, au point de vue doctrinal, une valeur considérable et étend singulièrement
le domaine de la syphilisation. Jusqu'à présent, en effet, on voulait guérir la
vérole par la syphilisation ; aujourd'hui les prétentions sont tout autres, et l'on
donne la vérole à un malade pour le guérir d'accidents qui ne sont pas lasypMlis.
C'est là une manière de faire contraire à toutes nos idées en syphilis, et le résul-
tat a condamné une prétention au moins irrationnelle. M. Auzias n'a pas répondu
aux questions que j'ai posées. Messieurs, si la syphilisation était une vérité, il s'en-
suivrait que le chancre mou est à la syphilis ce que le vaccin est à la variole :
ce serait là évidemment un fait très-heureujt ; j'espère que l'on trouvera un jour
un virus qui neutralisera la syphilis, mais il ne suffit pas de ï'aflirmer, il faut le
démonti*er. Le jour où M. Auzias le démontrera^ je le placerai sui* le même pi^
dcstal que Jenuer; malheureusement, le Messie n'est pas encore venu.
DlbCDSSlON. ' PROPHYLAXIE lNT£RMATiONALE DES MALADIES YÉNÉRIEJSNES. 383
S. Ckocv (de Bruxelles). — Je demande la parole pour un rappel à la ques-
tion. Sans doute la joute à laquelle nous assistons est pleine d'intërêt; mais je
prends le titre de la question proposée, et je lis : Est-il possible de proposer
aux diTers gouvernements quelques mesures efficaces pour restreindre la pro-
l^tion des maladies vénériennes? Eh bien, je le demande au Congrès, est-ce
que moi, délégué belge, j'irai proposer au gouvernement belge de syphiliser
tous les Belges.
Des applaudissements prolotigé^ couvrent la voix de M. Crocq, et M. le président
Bouillaud, après avoir constaté que, loin de vouloir étouffer la question, on veut
réclaircir, renvoie à la prochaine séance la suite de la discussion.
La séance est levée à six heures et un quai-t.
CINQUIÈME SÉANCE
Lundi 26 août, à 2 heures.
SUITE DES LECTURES ET DE LA. DISCUSSION SUR LA TROISIÈME QUESTIOM
DU PROGRAMME.
EST-IL POSSIBLE DE PROPOSER AUX DIVERS GOUVERNEMENTS QUELQUES MESURES EFRCACES
POUR RESTREINDRE LA PROPAGATION DES MALADIES VËNÉRIENNES?
Discussion. — MM. Ricord. — Auzias-Turenne. — Jaoooud.
Lectures :
MM. Garin (de Lyon). -^ Lefort (de Paris). — - Seitz (de Munich). — Cohen (Ham-
bourg). — Rey (Mexico). — Owre (Christiania). — Combes (Paris).
Discussion. ^ MM. Drysdalc (de Londres). — Galligo (de Florence).. — Gourdin
(Paris). — Viennois (Lyon). — Marcovitz (Bukarest). — Berchon (Pauillacj.
— Delasiauve (Paris).— Can*ct (Pai'is).— Lagneau fils (Paris). — Palasciaoo
(Naples). — lUcord. — Auzia»-Turennc. — Hingston (Canada).
Nomination d'une commission internationale.
Proccs-^vcrbal de la «ëancc par M» le docteur Bail, secrétaire du Gongrà$«
AQZUS>TORSNNE. — PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 385
CINQUIÈME SÉANCE DE JOUR.
Mident M. BouiUaud.
Vke-présidents .... MM. Palasciano et Ricord.
Secrétaire de la séance. M. Bail.
M. le docteur Prosat donne lecture du procès-yerbal de la séance précédente.
M. âwia» TfMe demande une rectification au procès-verbal. Il n'a pas
perdu la trace du malade qu'il a^ait syphilisé dans le service de M. Bazin.
M. hioorà s'est trompé en disant que le procès avait été empêché; il a eu lieu^
et M. Auaas a été acquitté.
M. Bieerdi assure qu'il a fait tout ce qu'il était possible de faire pour empêcher
ce procès; il a même refusé le certificat demandé par le malade. Mais il y a ici
one autre question très-importante. Ceux qui ont suivi ces expériences ont cru»
comme moi^ qu'on cherchait dans la syphilisation un moyen d'empêcher la
syphilis constitutionnelle ou de la guérir. Eh bien ! à propos de ce malade^ vous
avez entendu que, les accidents phagédéniques marchant toujours, on a inoculé
la syphilis constitutionnelle; il y a donc là une inversion complète des rôles.
M. Ricord demande que cette observation soit consignée au procès-verbal.
M. émmmmmd annonce qu'une commission, composée de MM. Gintrac, Dubreuil
et Sarramea de Bordeaux, et du comité d'organisation de Paris, sera chargée de
décerner le prix offert par le Congrès de Bordeaux.
La discussion est ouverte de nouveau sur la prophylaxie de la syphilis.
u ^ Ce que le Congrès désire avant tout, c'est d'être fixé
SOT une question scientifique : il veut apprendre ce qu'il y a de vrai dans la
srphilisation ; il veut savoir si cette méthode est en mesure de rendre des services,
tant sous le rapport de la prophylaxie que sous celui du traitement de la syphilis.
Les titres de la syphilisa^on consistent dans les applications et dans les écrits
(iont elle a été l'objet jusqu'ici. Son passé est garant de son avenir, qui doit réaliser
tous les perfectionnements dont elle est susceptible. Depuis quinze ans, beaucoup
de malades ont été soumis à ce traitement : les services qu'il a rendus sont nom-
breux et avérés. Ne coftmiet-on pas au moins un anachronisme en lui adressant
les mêmes objections qu'autrefois? Voici les preuves qu'il a déjà données :
I. — Je ne dirai presque rien de Sperlno, ni des autres médecins italiens qui
ont marché à l'avant-garde de la syphilisation. Ce qu'ils ont fait n'est-il pas connu
de tous?
En vain nous a-t-on objecté leurs prétendues défaillances. Si, par quelque motif,
ils se sont abstenus momentanément de pratiquer la syphilisation, est-ce donc
25
386 CONGRÈS UÈOlCkL INTERMATIONAL. -^ GIHQUIÈME SÉAlieÊ DE JOUR.
la même chose que s'ils l'avaient reniée? Non! non! car on peut céder à de?
inlluences ou suivi*e un courant d'idées, quand on voudrait au contraire avoir la
force d'y résister. Nous ne sommes pas tous également organisés ni placés daiis
de bonnes conditions pour la lutte.
On prétend que Sperino abandonne la syphilisation, ou que du moins il la
réserve contre les syphilis graves, rebelles, contre les accidents tertiaires. Ce n'e^•t
pas Sperino lui-même qui le dit. Mais n'est-il pas étrange qu'une mcthodo..
mise au rebut pour les cas simples, soit jugée efficace dans les circonstances
difficiles !
N'a-t-on pas, naguère encore, émis l'assertion que la méthode syphilisatrice
sacrifiait l'avenir au présent, parce qne les syphilisés devaient être atteints plu>
tard d'accidents profonds, c'est-à-dire atteignant les os, les viscères! On attribuait
ainsi, sans doute par mégardc, à la syphilisation deux propriétés qui semblent
incompatibles, celle de faire naître et celle de faire disparaître la même catégorie
de symptômes. Faut-il donc que tout pai^aisse extraordinaire dans ce qui concerne
la syphilisation ! Cette thèse contradictoire n'est pas en tout cas à l'avantage do
nos détracteurs» Où sont augourd'hui ces accidents tertiairos tant prédits, et qui
devaient s'abattre sur les syphilisés? U ne devrait pourtant pas être difficile d'eo
découvrir au moins quelques-uns^ car ii y a longtemps déjà^ il y a quinte ans
que cette prédiction menaçante a été faite.
Quand même, fatigué de la lutte ou prëoccupë d'autres soins^ Sptrtno ne sâ
livrerait plus à la pratique exdusive et journalière de la syphiUsation, il n'en
serait pas moins resté fidèle à ses convictions premières, à son passé. Eh qiiM!
ne peut-on pas quitter un instant la brèche sans abandonner définitivement son
drapeau ?
IL -^ Le professeur W. Mmék. a produit plusieurs ouvrages sur la syphilisa-
tion* Voici la substance des principaux :
l^' Recherches eliniqms sur la syphUisaHon, i volume grand in-ë^ëorit en langue
norvégienne et publié en 1854. La Rwuê médioo-cMrurgîoai^ de la même époque
a inséré un long extrait de ce travail.
A propos de l'immunité obtenue par la syphUisation^ l'auteur «'exprime àt
la manière suivante :
(( C'est là un fait hors de toute contestation et que chacun peut vérifier, fi est
» impossible dans les sciences d'en constater de plus évidents. La mole'cule
» indéterminée de matière syphilitique qui peut rendre nn organisme malftde
» pour toujours n'agit pas plus qu'une goutte d'eau sur le syphilisë. On a beaa
» emprunter la matière à différents individus, aux chancres les plus variés, od
n n'obtient jamais le moindre résultat, yi
La âisparUim des phénomènes syphUidqHeSf a}out6**t-^fl, 900$ Vinfluenoe des vnr
culaU&ns successives est anesi certaine que IHmmurt^é eUe-^néme.
Enfin, U dit :
« Bien loin que la syphilisation ait une manvftisé infitienee sur rcfçaflt^Qie
» en général, les syphilisés ont tout l'extérieur de la santé et de la fraîcheur.
» et ils témoignent euxHnêmes du bicn^tre qu'ih éprouvent. »
M. Bœck a montré la plupart des sujets qu'il avait traités par îa syphilis-
tion, aux membres d'tm congrès réuni à Christiania en 1*56. Voici ce qtie
rapporie à ce sujet le Morgenbladed, journal politique de cette viUe :
c Au congrès scientifique Scandinave de Ckrîstianta, M. W. Bœck a prononcé
» «n discewrs sur fovypiiûisalien, et a été écouté avec beattcoup de ta&sùif^^'
â8ZIA»*TiniBHM. -^ PKOraYLAXIE 0E8 MALAAIES VÉNÉilI£lfafifl« 38]
» M. le professeur Cariion (de Stockholm) a ensuite remercié M. BoBck au nom de
» la science et de l'humanitë, et au milieu des aoelamations générales de la
» section de médecine^ pour les résultats qu'il avait obtenus par ses recheroh«s
» sur cette nouvelie méthode de traitemant* »
8® Lui 9yphili»aHon appliquée aux ettfmUs. Ouvrage publié en allemand, et tra«
duiten français par J. A. Hagen. Paris^ 1857.
Le traducteur avait lui-même présenté peu de temps auparavant, à la Faculté
de médecins de Strasbourg, et brillaioment soutenu une très-bonne thèse sur
la syphilisation.
Dans ce travail, M. BoBck confirme et développe ses précédantes eonvicUotis.
Voici l'extr^t d'une lettre qu'il a écrite à propos de ce livre à l'Académie des
sciences :
« Totts les symptômes syphilitiques dispaniiasent rapidement chei eut (les
T» enfants). La vie se ranime promptement sous l'influence du traitement ches
» les nouveautés 'syphilitiques [qui sont sur le point de succomber. Ceux qui
» sont voués à la mort par l'impuissance de tous les autres moyens de ti*ait&-
» ment, sont sauvés par la syphilisation, qui jouit, dans ce cas, de son plus
i> grand triomphe. »
9« Db LA sTpnLtSATioN. ÉUU octud 9t êtotMqw. Christiania, 1860.
M. BoBCk entre ainsi en matière :
« Les expériences se sont multipliées dans les dernières années. On est parvenu
» à appliquer la syphilisation avec la plus grande sûreté | par une méthode systé-
v matique d'inoculations, on n'a pas d'accidents, et les symptômes syphilitiques i
» oonstitutidiinels disparaissent presque sans exception. D'après les expériences
9 que J'ai faites jusqu'à ce moment. Je ne crains pas d'affirmer que, par la
1» découverte de la syphilisation et par l'application de cette découverte à la
s guérison de la syphilis constitutionnelle, un gruid bienfidt a été rendu à l'hu-
» manité. *
Dans cet ouvrage, des tableaux statistiques démontrent l'excellence de la syphi^
lisation. L'auteur y désigne nominativement toutes les personnes qu'il a syphili-
sdas, et termine dans les termes suivants t
a Bn tout cas, on ne doit pas fermer les yeux sur les avantages d'un traitement
a qui est préférable à tous les autres, et dont la découverte est par conséquent
m un grand bienfait pour l'humanité. »
U^ MUfchsrekeê sur la sifphllis, ûppuyêeê de iàblemtx ée sMHsHque tirés dts ar^»
cMi9e5 dm hàpiiêaua dsCh/ristiaiHa^ 1862, in-folio, publié aux frais du gouvernement
de Norvège, et en langue ftançainey sur la demande expresse du SfortMn^ (chambre
des députés), qui a voté les fonds nécessaires k cette publication.
Ce menument montre par des chiffres les suites funestes de k médication
mercorielle, et les avantages immédiats et durables de la sypliilisaëen*
^tmr couronner la notice des travaux de M. Bœck, Il devndt pamitre opportun
de reproduire le rapport du comité médical de Christiania, qui a été chargé de
evrvefller la syphilisatioii. Mah il serait trop long de tout dire. fiTaiiieufS, la con-
ciifiskm de ce rapport, très4k\'orable à la syphiUsatîon, a été Insérée dans la plupart
des jotuTiaux français, oit l'on peut en prendre connaissance (1863).
III. — • Mémmhmp . Aperçu dés âiffiirentm méthodes ée traiSemfni «mphyéês à
Vh&pUai de tUnieersUê de CMsfMinia fxmtfe ki spph^lis eomHtuitkffmellef par i. L.
Bidenkap, médecin de résci*ve à l'hâtai. Christiania, 4863.
Lee fondions de l'auteur à l'hdpital de Christiania ressemblent beaucoup à
388 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. -^ CINQUIÈME SÉANCE DE JOUI.
celles de médecin ou de chinu^gien du Bureau central d'admission dans les hôpi-
taux de Paris. Si Bidenkap s'est prononcé en faveur de la syphilisation^ c'est
parce qu'il a reconnu en elle le meilleur mode de traitement de la syphilis.
Le livre de Bidenkap est une exposition de la méthode et une statistique com-
plète de la syphilisation en Norvège. Les travaux de vingt-cinq syphilisateurs
norvégiens y sont analysés.
A la suite des Norvégiens viennent les auteurs qui sont allés chercher des
renseignements en Norvège, ou qui ont formé leurs convictions d'une autre ma-
nière.
IV. — Onéraolt, chirurgien de la marine impériale. Il a accompagné le
prince Napoléon dans un voyage au nord de l'Europe. Il a visité Christiania, et
fréquenté le service hospitalier ainsi que la pratique civile de M. Bœck, avec
M. Bellebon, chirurgien comme lui de la marine. Voici en quels termes il ré-
sume le résultat de cette enquête :
« Tels sont les faits et les expériences que nous avons recueillis en Norrége,
» M. Bellebon et moi, et qui m'ont paru dignes d'être signalés d'une manière
» particulière, car ils tendent à établir l'innocuité et les avantages de la mé-
)» thode syphilisatrice.
» La situation morale de la syphilisation est d'ailleurs excellente en Norrége;
)) l'opinion générale des médecins, après y avoir été excessivement opposée aux
p expériences de M. Bœck, est devenue très-favorable à la méthode qu'il em-
)) ploie en présence du grand nombre de guérisons reconnues qu'elle a produites
D à Christiania.
» L'authenticité de ces guérisons est attestée par le contrôle officiel que le
» gouvernement et T Université de Christiania ont fait exercer sur la pratique
)) de M. Bœck, par un comité de quatre médecins éclairés et impartiaux.
9 L'histoire de chaque malade et le diagnostic de son affection sont pris et
» suivis avec une grande rigueur à son entrée à l'hôpital, pendant tout le temps
D qu'il y passe et après sa sortie.
» Le caractère personnel, la droiture scientifique, la légitime réputation de
» M. Bœck, qui a été honoré d'un prix Montyon par l'Académie des sciences,
» sont autant de garanties de la loyauté et de la valeur de ses expériences.
D Qu'il me soit permis d'exprimer ma conviction personnelle, qu'il y a quelque
» chose de vrai et d'utile dans la syphilisation, qu'elle entraîne peu de dangers,
» et qu'elle paraît exercer une influence réelle et durable sur la di^arition àa
» accidents secondaires de la syphilis ; qu'il me soit aussi permis de faire le vœa
» que la question soit reprise et étudiée chez nous avec calme et impartialité;
)) que les expériences se répètent dans la voie libéralement ouverte par M. le pro-
» fesseur Nélaton, et que l'inventeur de cette idée française, contre laqueUe il
» ne peut plus y avoir de jo-éventions sérieuses, obtienne enfin les moyens de
» démontrer en France la vérité expérimentale et l'utilité pratique de sa décou-
» verte. »
V. — «iras FlroBdl, chii*urgien des hôpitaux de Marseille. Il a guéri des
syphilis rebelles au moyen de la syphilisation (thèse de J. CoUin, — Montpellier,
1858).
VI. — Bielchlor Robert, ex-interne de M. Hicord, et chirurgien également
des hôpitaux de Marseille. 11 s'est d'abord très-éncrgiquement prononcé contre la
syphilisation. Ensuite il l'a vue de moins mauvais œil. Enfin, û a fini par l'adop*
ter. A son instigation, la Société impériale de médecine de Marseille a voté des
AUaAS-TOBENNIi. — PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 389
conclusions favorables à la syphilisation. Melchior Robert est mort épuisé de tra-
vail, victime de ses convictions.
Il s'exprime de la façon suivante dans le commencement du mémoire sur la
syphilisation qu'il a présenté à la Société de Marseille :
« Pourquoi souffrir qu'une idée qui a germé sur le sol français ne soit fécon-
9 àée qu'à l'étranger? Revenons donc sur nos opinions préconçues^ je dirai
» volontiers sur nos erreurs passées, et remettons à l'étude un moyen que nous
• n'avons combattu que par des assertions sans fondement. Soyons francs, et ne
• craignons pas d'avouer que notre opposition n'était qu'un élan généreux en
» faveur des doctrines admises. »
VII. — Simpson. Il a communiqué à la Société de médecine d'Edimbourg
un mémoire sur la syphilisation, lequel a été publié dans YEdinburgh médical
Jmtmal, et traduit dans la France médicale.
Ce mémoire rapporte deux observations de sujets atteints de syphilis graves
et rebelles. Ces sujets ont été entièrement guéris par la sypbilisation. Voici le
sommaire des observations : *
Observation I. — M, X..., chancre et divers symptômes secondaires en 1853.
En mars 1858, ulcère à la face interne du genou droit.
En décembre 1859, ulcérations profondes des amygdales et du voile du palais,
inefficacité des traitements ordinaires.
« Au mois d'août, le malade, qui était venu à Edimbourg pour demander des
» conseils, fut examiné par plusieurs des médecins et des chirurgiens les plus
» distingués de cette capitale. Les amygdales et le voile du palais étaient presque
B entièrement détruits par l'ulcération. Le malade avait un aspect presque cada-
» véreux, et était si faible qu'il éprouvait de grandes difficultés à marcher. Sa
» condition se trouvait d'autant plus alarmante, que plusieurs membres de sa
» famille étaient morts de la phthisie pulmonaire. On lui donna le conseil,
■ comme dernier refuge, d'aller à Christiania, et de se faire traiter par la syphili-
» sation
V Au bout de quinze jours, l'appétit, qui avait été presque complètement
» perdu, était devenu dévorant, et le malade marchait sans éprouver de fatigue. ..
» Le malade partit, le 1*' décembre 1861^ cùmplétemeïd guéri. Le poids de son
B corps avait augmenté de 3 livres anglaises, et il se disait presque aussi bien por-
V tant qu'il l'avait jamais étédesavie.n
Observation II. — M. Y..., chancre en 1855. En 1861> larges ulcères syphili-
tiques : un sur le devant de chaque tibia, et un troisième sur le devant de la cla-
Tîcule gauche. Cloison nasale perforée. Quelques fragments osseux étaient tom-
bés de l'intérieur de l'organe. Tumeur de l'os frontal, etc.
c Les ulcères étaient très-rebelles et continuaient à s'élargir, malgré les rc-
• mèdes employés. Le malade avait subi un traitement mercuriel complet à
» deux ou trois reprises. Il avait été soigné par les piinces de la science à Édim-
» bourg, à Londres et sur le continent, sans avoir éprouvé la moindre amélio-
» ration dans son état; désespérant de retrouver la santé, il résolut d'aller à
» Christiania. Il était dans un tel état de faiblesse, qu'on dut lé porier à bord du
> bateau à vapeur, qui le conduisit d'Edimbourg en Norvège, où il débarqua de
* la même manière.
V 11 fut mis au traitement de la sypbilisation, qm lui rendit ses forces et la
» santé si rapidement, que, deux mois après qu'on l'eut porié à terre en Norvège,
» il allait à la chasse. Au bout de trois mois» il retint complètement guéri.
800 CONGRES MÊDIGAl INTElNATlOIVAt. *** CaRQUIÈBIl iÉWCB Dl JOUR.
» Dans ce dernier eas, la gaérison est d'autant plut renwquable ^ue le m»-
)) lade avait une hypertrophie énorme du foic^ contractëe pendant un aéjouren
» Chine, cil il remplissait les fonctions d'officier de l'année. »
Simpson dit ensuite : « J'ai eu l'occajdon de Toir ces deux malades inunédia*
Tt tement après leur retour de Gluristiania. Tous les deux s'exprimaient en termes
» pleins de confiance dans leur traitement. Jusqu'aiùoutd'buij aucun d'eux
p n'a eu la ipoindre trace de récidive. »
VIII. **» 9tt«iMès, ancien chirurgien en chef de l'hospiee de rAntiqnaiUe de
Lyon, membre correspondant de l'Académie de médecine» etc,
11 s'exprime en ces termes dans son Précis des diaihéaeê ;
c Dans les circonstances dont il vient d'être question conune dans celles dont
» j'ai parlé dans les pages précédentes, rinoeulation. Je le répète, me parait un
» procédé admissible, rationnel. Ce qu'on a appelé, dans ces derniers temps,
» syphiliMaHon, renferme implicitement une grande question de philosophie et
n de pratique médicales, relativement aux étata morbides diathésiques» aux dw
» thèses. Tout ami de la science doit regretter que cette question n'ait |»as pu
>» être plus froidement, plus mûrement envisagée dans la dernière discusaion qui
)) a eu lieu à l'Académie nationale de Paris, dans cette assemblée où se trouvent
y> réunis tant d'hommes d'un mérite éminent. Une pareille discussion doit re-
)) chercher le calme et fuir l'efTct théâtral. 11 ne faut pas oublier que, dans cer-
» talnes questions médicales, le temps est un élément indispensable pour donner
» des bases solides à la solution que l'on croit devoir adc^ter, »
IX. — ■•§«■, traducteur de Bœck. La thèse remarquable de ce confirère a
été mentionnée plus haut (Strasbourg, juin 18Ô&).
X. ^ n. IVéïatoa, qui a Hait une leçon clinique fayorable à la syphiliaation
(Qaiette des hùjpUaux),
XI. *— Ia 0oelété aiéAlcale 4« CieraMMit*V0rMui4> qui, après quatre mois
de discussion sur un rapport très-bien fait de M. Babu, a voté la candusâcm sui-
vante, proposée par le vénérable Bertrand :
« La Société médicale de Clannont*Ferrand déclare qu'il lui semble que les
yt travaux qui lui ont été soumis témoignent du peu de danger de la syphillsatioD
» et de son utilité dans le traitement de la syphilis constitutionnelle. »
J'ai vivement désiré de pouvoir joindre à cette liste d'adhésions le nom consi-
dérable de M. Kicord. J'ai fait plusieurs vaines tentatives pour atteindre ce
résultat. M. Ricord ne m'a pas secondé.
J'ai syphilisé un tambour de la garde nationale qui portait à M. Bicord ses
billets de service : M. Ricord a donc pu l'obsei'ver tant et plus. Malgré tout,
M. Ricord est resté aussi réfractaife à la conviotion que mes sypbiliaéa le sont au
virus.
« M. Ricord, consulté par oe malade, insistait pour qu'il entrât à l'hôpital du
n Midi ; le malade s'y est refusé dans la crainte qu'un séjour dans ce lieu suspect
9 ne lui nt perdre sa place. Bh bien! lui dit vivement M. Ricord, t'ous perdr^^
9 voire place et votre nez, d (Ie/<re à M. le préfet de poliee stir la tf^pkmsaHùH^
p. 18.)
Il n'y eut ni place perdue, ni nea raccourci. Au contraire!
M. Auzias-Turennc entre ensuite dans de longs développements pour établir
que la syphilisation avait été pressentie par Percy, DeguenrCj Fneke (de Ham-
bourg), cité par M. Ricord, Graves (de Dublin), etc.
11 rapporte, notamment, le passage suivant d'une lettre de Peix^y :
I
JACœUD. — - PROPHTiÂXIB INTERNATIONÂtB DBS MALADIES VÊNÊBIBNNBS. 891
« J)cux de nos généraux, réduits au désespoir et hors d'état de continuer leur
V serviee^ doivent à ma méthode leur existence et leur délivrance d'une maladie
» qui les menait à une mort obscure et honteuse, d
Kn quoi consistait cette méthode de Percy ? Dans l'inoculation d'un virus nou-
veau suivie d'un traitement mercuriel ordinaire. On peut en lire les détails dans
un rapport présenté parFabre, à l'Académie royale de chirurgie. Ce rapport a
été inséré dans l'ouvrage suivant de Fabre : Recherches sur différents points de
ph^^9ioiogie, de pathologie et de thérapetttique. Pans, 1783.
Le dessein de Percy était d'obtenir, par le moyen du virus inoculé, une
modification avantageuse de l'organisme et une transformation favorable de
symptdmes qui rendissent la maladie moins rebdle. Il demandait donc à l'ino-
culation un service restreint, tandis que nous lui demandons le rétablissement
complet de la santé du malade.
M. Ausias-Turenne invoquo enfin, à l'appui de sa doctrine, différentes consi-
dérations déduites de l'analogie (variole, vaccine^ clavelée, péripneumonie exsu-
dative, rougeole, scarlatine, etc).
n termine ainsi son discours :
« Je regrette de ne pouvoir en dire davantage, quelle que soit la satisfaction
que j'éprouverais à m'expliquer nettement sur des faits particuliers qu'on m'ob-
jecte après les avoir dénaturés; mais je suis résolu, tant par déférence pour le
Congrès que par respect pour moi-même, à m'abstenir d'entrer dans Texamcn
de questions personnelles. Les incursions faites dans le domaine privé, sous pré-
texte de science, manquent de dignité, rabaissent l'art et n'apportent aucune
lumière à la discussion. J'abandonne ces armes à mes adversaires.
» Je remereie le Congrès de m'avoir patiemment écouté. )»
I. '-^ Messieurs, notre honorable confrère ne nous a cité jusqu'ici
que des faits favorables à la pratique de la syphilisation ; permette2-moi de vous
fledre connaître des (hits contradictoires, qui sont d'indispensables éléments pour
la solution du débat qui s'agite. Mais il importe, au préalable, de faire cesser une
confusion dans laquelle on se comptait volontiers, et de distinguer soigneuse-
ment entre la syphilisation curative et la syphilisation préventive.
Par la syphilisation curative, on prétend guérir de la syphilis les individus qui
en sont atteints; l'apparente naïveté de cette formule est nécessaire pour couper
court à toute équivoque. Or cette syphilisation curative est la seule qui ait jamais
été pratiquée, qui ait jamais été proposée par les médecins norvégiens et da-
nois : Dœck, Faye, Danielssen, Hjort, Wildhagen sont sur ce point en parfait
accord. La question étant ainsi posée, voyons quels sont les individus que Ton
soumet à ce traitement, et avec quelle matière on pratique cette syphilisation
curative.
Les médecins norvégiens attachent une telle importance à ne syphOiser que
les individus bien et dûment syphilitiques, qu'ils ne veulent même pas qu'on
applique, ce moyen ches les malades qui sont encore à la période du chancre; ils
veulent qu'on attende l'apparition de la syphilis dite constitutionnelle. Bœck
insiste constamment sur ce précepte, et il y revient à plusieurs reprises dans ses
différents travaux. Voilà pour les sujets inoculés. Quelle est la matière de l'ino-
culation? 11 n'y a place ici pour aucun doute ; les syphilisateurs Scandinaves sont
aussi explicites que possible. Us emploient indifféremment, notez bien ceci, le
pus du chancre mou et le pus du chancre dur ; ce fait, qu'on aime à laisser dans
892 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — aNQUIÈMB SÉANCE DE JOOB.
Tombre, rend merveilleusement compte des résultats fort différents que donnent
les inoculations chez un même individu. Quand on lit le détail des observa-
tions^ on voit que certaines piqûres sont fertiles, que d'autres avortent, et cela
abstraction faite du temps, du nombre et de l'intervalle des inoculations. La chose
est fort naturelle, c'est le contraire qui serait surprenant. On agit sur des individus
atteints de syphilis constitutionnelle, et l'on agit indifTéremment avec le chancre
simple et avec le chancre syphilitique; qu'arrive-t-il? Les piqûres pratiquées avec
le liquide du chancre simple prennent toutes, mais* les autres restent stériles,
puisqu'on ne] peut inoculer la syphUis à un siget qui en est actueUeoient im-
prégné.
Au bout d'un certain temps, ce traitement conduit à ce qu'on appelle l'im-
munité, c'est-à-dire qu'il vient im moment où l'inoculation pratiquée avec un
liquide chancreux quelconque est stérile. L'intervalle qui s'écoule entre la
première inoculation et l'immunité mesure la durée de la cure; il est essentiel,
pour juger sainement les choses, de le connaître exactement, après quoi nous
rechercherons ce que vaut la prétendue immunité.
La durée de la cure, d'après les observations de Bœck, est en moyenne de quatre
mois trois quarts, mais elle s'est prolongée dans certains cas jusqu'à sept mois
et onze jours; le nombre des chancres infligés au patient durant cette période
est en moyenne de 3&& ou 345 ; chez beaucoup on a dépassé 700, le plus petit
nombre est 96. C'est acheter un peu cher l'immunité curatrice ; mais au moins
cette immunité a-t-elle une certaine durée ? C'est ici l'un des points les plus faibles
de la théorie. Les faits propres à éclairer sur cette question sont très-rares, puis-
qu'U faut que l'individu en possession de l'immunité revienne au bout d'un temps
variable se soumettre à une nouvelle inoculation, afin que le syphilisateor puisse
constater ainsi si l'immunité persiste encore, oui ou non. On conçoit donc aisé-
ment que toutes ces conditions soient rarement réalisées, et que les observations
complètes soient en bien petit nombre. Je puis vous citer cependant les six cas
de Bœck lui-même, ils méritent qu'on s'y arrête : dans un seul de ces six cas, il
s'était déjà écoulé trois mois depuis la un du traitement, lorsque l'inoculation
d'épreuve fut faite, l'immunité durait encore; mais dans les cinq autres cas il
n'y eut que 29 jours, 17 jours, 12 jours, 70 jours, &0 jours entre la fin de la
cure et l'inoculation probatoire. Ce n'est certes pas assez pour qu'on puisse
invoquer, en faveur de la méthode, la durée de l'immunité qu'elle procure.
D'ailleurs, je le dis bien haut, parce qu'on ne l'a pas dit encore, ces inoculations
d'épreuve ne prouvent rien dans l'espèce, absolument rien; on ne nous dit pas
avec quel liquide elles ont été faites, et, si l'on s'est servi de liquide provenant
de chancres syphilitiques, le résultat négatif est sans valeur aucune, puisqu'on
opérait sur des sujets syphilitiques.
Ce n'est point assez que cette syphfiisation curative ne donne que des résultats
douteux et ne procure qu'une inmiunité virtuelle, elle n'a même pas l'avantage
d'être sans danger, ainsi qu'on l'a prétendu. Les ulcères d'inoculation peuvent
prendre le cardctère phagédénique : une observation de Bœck le prouve sans
réplique, et le malade de Hjort était tombé par suite de ce phagédénisme dans
un état lamentable de délabrement. Alors même qu'ils ne prennent pas le
caractère phagédénique, les chancres inoculés ont souvent une cicatrisation fort
longue, elle peut durer plusieurs semaines et même plusieurs mois d'après
Bœck. Le même auteur a expressément noté que durant le cours de lasyphilisalion,
l'iritis était très-fréquente, et qu'en raison de sa gravité, elle exigeait un traite-
JAGOODD. — PBOFHYLAXIE INTERNATIONALE DBS MALADIES TÉNftBIBIINES. S93
ment spédaï. Belle méthode, en véritë^ qui^ en attendant qu'elle ait guéri le
malade^ le laisserait perdre l'œil si Ton n'y prenait garde^ et si l'on ne combattait
les accidents par une médication i*ationnelle et énergique.
J'arrive à un argument plus sérieux encore.
On a TUy et ceci suffirait à condanmer la méthode^ on a vu la syphilis pour-
suiTre imperturbablement sa marche après que l'individu avait atteint le mo-
ment d'ioununité : Bœck lui-même a rapporté trois faits de ce genre (les malades
n'avaient jamais pris de mercure); le professeur Faye en a publié deux bien
connus dans l'histoire de la syphilisation^ ce sont les cas de la fenmie Nilsdatter
etdesalille Madeleine. J'ai connaissance d'une autre observation de même
ordre relatée par Gjôr; et le professeur Hassing (de Copenhague), en a produit
quelques autres.
Poursuivons. Quand l'immunité coïncide avec la guérison de la syphilis chez
le patient> cette guérison, que vaut-elle? est-elle définitive ? Vous allez en juger
vous-mêmes. En 1858, Bœck observe trois femmes syphilisées et jugées guéries;
elles deviennent toutes trois enceintes, de quelques semaines à trois mois après
le terme de là syphilisation, et les enduits qu'elles mettent au monde sont affectés
de syphilis héréditaire. Pour sauvegarder sa méthode en péril, Bceck invoque le
peu d'intervalle qui s'était écoulé entre la fin de la syphilisation et la conception,
et admet que «la syphilis interne n'était pas encore épuisée »; ce sont ses
paroles. Mais, un an plus tard, il vit une fille qui n'était devenue enceinte que
deux ans après le ^erme de la syphilisation; elle était très-bien portante en
apparence, mais son enfant avait la syphilis héréditaire. Alors Bœck revint sur
son interprétation première, et, avec sa bonne foi bien connue, il formula cette
proposition que je cite textuellement : d Ce fait montre que les enfants des syphi-
litiques guéris par la syphilisation peuvent naître avec la syphilis, ou, en d'autres
termes, que la syphilis n'est pas éliminée du corps par la syphilisation. »
Voilà les faits ; leur brutalité est de la plus puissante éloquence ; ils n'ont que
faire des commentaires que nous pourrions y ajouter. Que faut-il, après cela,
penser de la syphilisation curative? Je vous laisse à vous-mêmes le soin de le
décider.
J'arrive à la syphilisation préventive.
Ici on opère sur des individus sains; on prétend leur inoculer la syphilis, et
les mettre ainsi à l'abri de la contamination par les voies (Mrdinaires. Quelques
mots suffiront pour juger de telles prétentions. Les quelques syphilisateurs qui
disent pratiquer la syphilisation préventive ne font rien qui y ressemble, ils
inoculent du pus de chancre simple et non pas du virus syphilitique; ils font une
inoculation vénérienne, ils ne font pas une inoculation syphilitique, et ils n'ont
pas le droit d'établir un rapport quelconque entre leur pratique et celle de
l'inoculation de la variole ou variolisation. Je sais bien qu'ils se réfugient
derrière l'unicité des virus; mais, sur ce terrain, je me dispenserai de les
suivre. D'ailleurs, il n'est pas besoin d'invoquer cette fin de non-recevoir ;
l'inoculation préventive, pratiquée à la manière des prétendus syphilisateurs,
c'est-à-dire avec le chancre mou ou avec le chancre dur, met-elle à l'abri de la
syphilis? Là est toute la question. Eh bien, non ! disons-le hautement, la préser-
vation n'existe pas. Quand on n'inocule que du chancre mou, le patient guérit
tant bien que mal ses cl\ancres artificiels, et il n'est préservé de quoi que ce
soit; quand on inocule le chancre syphilitique, le patient contracte une syphilis
qui ne diffère en rien de la syphilis commune ; et si alors il est préservé, c'est
SB& C0N6BË8 MÉDICAL INTEIIlf ATIONAL, •«- CINQOIËIIB SftAMCI DB lODA.
tout simplement parce qu'il a subi la maladie^ laquelle^ p«ur êti*e artificielle,
n'est ni moins longue ni moins grave que la syphilis ordinaire. La preuve^
dira t-on? La preuve, la voici; le fait de Danielssen, qui a ëtë rapporté auasi parle
professeur Hassing, autorise une condamnation sang appel : Un lionune de
trente ans, vierge de syphilis, était affecté de ^edalskhed, il tùl traité par la
syphilisation. Durant cinq mois, on lui inocula la matière provenant de chancres
simples, et on le gratiûa ainsi de 278 chancres. Alors survint l'immuniié pour
l'inoculation. Pendant cette période de cinq mois, pendant l'évolution de ces
278 chancres simples, aucun symptôme de syphilis ne s'était développé. Qua-
torze jours après la constatation de Timmimité, on inocule au malade le pm d'un
chancre syphilitique ; au bout de quatre semaines, les plaies d'inoculation (il y
en avait deux) sont cicatrisées; mais, quatoi'ze jours plus tard, l'une d'elles se
rouvre, et donne lieu à une ulcération indurée, avec engorgement ganglion-
naire inguinal indolent. Vingt-huit jours ensuite, c'est-à-dh« dix semaines après
l'inoculation syphilitique, les symptômes objectifs ordinaires de la syphilis consti-
tutionnelle étaient pleinement développés. Ce fait sufHt pour démontrer les deux
propositions que j'ai formulées, à savoir, que l'inoculation du chancra simple ne
préserve pas de la syphilis, et que l'inoculation vraie de la syphilis produit une
syphilis sans atténuation aucune des symptômes. L'individu est alors dans la
même situation que s'il avait pris sa maladie aux sources ordinaires. En résumé,
messieurs, la syphilisation curative, si l'on tient compte de tous les faits, n'es(
guère plus qu'un leurre, si ce n'est un danger; quant à la syphilisation préven-
tive, elle n'est point une syphilisation, elle n'est point préventive, c'est absolu-
ment un mythe.
DES MESVRES PROPHYf.ACTigVlSS
A PROPOSER AVKL DIVERS GOVVERMEllfilVTS
POUR RESTREINDRE I4A PROPAGATION
DES MAI4ADIBS VJÊNÉRIBlVIVeS.
PAR X. LE DOCTEUR JULES GARIIf
Ancien médecin de rHdtel-Dieu de Lyon.
Messieursj
La question de la prophylaxie des maladies vénériennes est vraiment une
question internationale, et nous devons remercier le Comité organisateur de
l'avoir soumise au Congrès sous cette forme. Les maladies vénériennes sont, en
effet, partout les mêmes ; partout elles constituent, pour l'individu comme pour
la race, un danger permanent. Près de 50000 hommes de nos troupes de
terre et de mer sont annuellement atteints par la contagion, et la population de
nos grandes villes paye à la syphilis un énorme tribut. L'essor de la population
GAiw.*-^ Moraruxuc mBiuiATioiuiR Mt MUimia vftii£iiiBNiiKi« ses
en est ralenti^ et la race en reçoit te plus graye préjudice» C'est par odUiouB de
journées qu'il faut compter le temps que cette maladie enlève au travail et à la
production; c'est par millions de francs qu'il faut compter aussi ce qu'elle coilte
am hôpitaux. Tant de miièreB pour l'humanité ont ému les médecins; tant de
pertes pour la richesse sociale ont de quoi émoiiToir les économistes et fixer l'at*»
tention des gouYemeinents !
Les innocents, d'ailleurs, payent souvent pour les conpahles. Mon savant coU
lègue, H. Roliet, tous l'a dit, que d'honnêtes femmes infectées par leurs maris.
Que de noureauHiés syphilitiques dès la naissance ! Que de nourrices oontami'r
nées parleurs nourrissons! Que d'enfants qui donnent ou reçoivent, aveo la vao*
cine, un odieux poison l Qui ne sait encore que, dans certaines industries où la
bouche intervient, comme dans le soufflage du verre, de braves ouvriers peuvent,
pir leur travail même, contracter la syphilis, et de l'atelier la rapporter dans
leur ménage ! N'y eûi-il pas d'autres victimes des maladies vénériennes, que la
idence, d'accord en cela avec la morale, devrait pourvoir à la sauvegarde de
cette foule de malades si exempts de reproche, si dignes de pitié.
Voua l'avea compris ainsî^ messieurs, et voilà pourquoi nous sommes réunis
dans cette enceinte, pour chercher à de si giands maux de grands remèdes*
Je n'aborderai pas tous les points d'une si vaste question j je les al traités dans
UQ travail étendu, déposé au bureau du Congiis, et qui a pour titre 2 De lapalk9
iomUâtB eé de yasmiance publique dans leure rapports avec Veioêmetian des fmdadies
vinérimnês. M. Rollet, d'ailleurs, avec qui j'ai l'honneur de représenter ici la
Société impériale de médecine de Lyon, vous a lu les conclusions d'un rapport
eitrémement important auquel je donne mon adhésion la plus complète, et
c(Hnme membre de )a commission ifui y a concouru, et comme membre de C0
Congrès.
Je ne veux dire qu'un mot sur trois points essentiels de la grande question
d'hygiène qui nous est soumise.
Gemme M. Jeannel (de Bordeaux), que nous avons été si heureux d'entendre,
je pense que la mesure la plus exacte des ravages que la syphilis fait dans les
grandes villes est fournie par la statistique militaire des malades de la gamisont
« Lei militaires d'une garnison, dit cet habile statisticien, offrent les conditions
les pins favorables pour l'étude de la marche de la syphilis. Ils ont à peu près la
même âge et le même tempérament moyen i ils sont tous soumis aux mêmes
inilaences hygiéniques, et forment un milieu admirablement préparé pour les
comparaisons médicales. » D'un autre côté, messieurs, les militaires contractent
piui particulièrement leu^ maladies dans les bas-fonds de la population, où la
prostitution clandestine règne sans partage* Et comme il est aussi simple de
déterminer le nombre moyen des soldats d'une garnison que le nombre des
oislades entrés & l'hôpital, il est toujours possible de préciser le rapport exact du
nombre des militaires Infectés avec le chiffre moyen de l'effectif, rappori qui
donne sur l'état sanitaire non-seulement de la garnison, mais même de l'en^
semble de la population, des indications asseï sûres pour former une conviction.
Il est clair, en effet, que plus la garnison d'une ville sera infectée, plus cette
^e devra l'être elle-même ; et c'est ainsi que, toutes proportions gardées, l'état
nnitaire de chaque garnison pourra servir à mesurer et à comparer entre elles,
MUS le rapport des maladies vénériennes, les grandes villes d'un même pays.
Cette comparaison ne pourrait être aussi biea établie avec les éléments statis»
%et de la population civile, qu'il est impossible de contrôler, pour les mala-
396 GONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — GlNQinÈlIE SÉANCE DE JOUR.
dies vénériennes, ou avec les éléments plus exacts^ mais essentiellement flottants
et variables^ de la statistique de la prostitution.
La prostitution^ voilà^ messieurs^ le grand foyer d'où partent les germes sans
nombre du fléau dont nous voudrions diminuer et arrêter^ s'il se peut, les
ravages. Mais ici il faut s'entendre. Sans doute, la prostitution, surveillée,
réglementée, souvent et exactement soumise à la visite sanitaire, est encore une
source commune et abondante d'infections vénériennes. Cependant, et la statis-
tique de tous les dispensaires de salubrité le démontre, ce n'est point la prosti-
tution régulière et soumise aux règlements de police, qui expose la santé pu-
blique aux dangers les plus grands. Là le mal diminue en proportion des mesures
sanitaires qui ont pour but de soumettre sans cesse à l'examen médical la santë
des filles publiques, afin d'arrêter à son origine la contagion des maladies véné-
riennes. M. Grocq vous l'a dit, à Bruxelles, le service sanitaire est si bien fait, que
la syphilis y est presque inaperçue. A Paris, à Bordeaux, à Lyon et dans d'autres
villes, les mesures sanitaires parviennent, de plus en plus, à assainir, si je peut
m' exprimer ainsi, le foyer le plus en vue, le plus accusé de la contagion des ma-
ladies vénériennes.
Ce qui mérite particulièrement nos plaintes, ce qui doit le plus fixer l'atten-
tion de l'administration supérieure, par les maux trop certains et trop graves qui
en résultent, ce qui appelle tous les efiorts, non pas des médecins sanitaires, qui
ne peuvent que signaler le danger, mais de l'autorité, seule année pour le coin-
battre, c'est la prostitution clandestine.
C'est là qu'est ie mal, le grand mal de la prostitution; d'autant plus grand
qu'il est plus difficile à saisir, et qu'il trouve un point d'appui dans l'affaiblisse-
ment de nos mœurs comme dans la transformation même de la société. La dis-
parition des différences sociales, l'uniformité du costume, le goût du luxe, en
un mot, le niveau qui tend à s'élever ou à descendre, comme on voudra, sur
toutes choses, trompe sur les apparences, et empêche souvent de distinguer, dans
des nuances si difficiles à préciser, la femme honnête de celle qui ne l'est pas.
De plus, la réhabilitation de la courtisane par la grande et la petite littérature
a, dans l'opinion, et, par suite dans nos mœurs, son résultat. Tel qui verrait
sans pitié un voleur réfractaire être traîné dans le ruisseau, ne peut supp<vter
qu'en sa présence on violente une femme éhontée, prise presque en flagrant
délit d'outrage à la pudeur. Je ne veux pas ajouter aussi que tel qui, le matin,
aura prononcé ou écrit des paroles sonores contre la tolérance extrême de la
prostitution ou de la galanterie des boulevards, se récriera fort le soir si, sous
ses yeux, la police veut accomplir son devoir. La tendance que je signale est si
grande, l'invasion de la prostitution déguisée, à tous les degrés, est si générale
dans Paris, que j'entendais ces jours-ci exprimer cette opinion par un honune
très-éclairé et des plus compétents, à savoir, que la prostituticm, réglée, surveil-
lée, perdait chaque jour du terrain, que les maisons publiques étaient en souf-
france, que, dans vingt ans, la prostitution déguisée aurait dépossédé sa sœur
légitime.
Les difficultés sont donc considérables, et la tâche de transformer la prostitu-
tion clandestine en prostitution avouée, inscrite, suiTeillée, est plus ardue que
jamais. Les inscriptions des prostituées nouvelles sont rares : 150 environ, par an,
dans Paris. Que sont ces unités infinitésimales en face du nombre infini des
prostituées à soumettre à la règle; une goutte d'eau enlevée à la mer. Et c'est
6ABIN. — PROPHYLAXIE INTERNATIONALE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 397
cependant contre cette prostitution interlope, plus envahissante chaque jour,
que la société doit se défendre, si elle ne veut à la fin lui être livrée sans res-
source. Si impuissant qu'il soit à réprimer le mal moral, le pouvoir des gouver-
nements doit se roidir contre le mal physique, et le devoir du Congrès est de
l'appeler à combattre par tous les moyens un désordre occulte, d'où résultent
tant de maux.
La police sanitafre de la prostitution et la prophylaxie des maladies véné-
rieimes ont donné lieu à tant de travaux remarquables, qu'on peut dire, en
Térité, qu'il n'y a plus rien à imaginer sur ce siyet j mais il reste encore beau-
coup à faire.
Les médecins ont ouvert, depuis longtemps, la voie aux réformes par leurs
écrits; mais presque partout les administrateurs ont été lents à les suivre dans
l'application. C'est en démontrant aux divers gouvernements la nécessité d'agir
enfin, que le Congrès, dont un vœu solennel ne peut manquer d'être entendu,
aura vraiment accompli une partie importante de sa tAche internationale.
Sans doute, il faut créer partout, dans les villes, et jusque dans les bourgades,
des services sanitaires organisés suivant toutes les règles que la science spéciale
a formulées; sans doute, il faut prémunir contre la contagion vénérienne tous les
malheureux qui, par leur faute ou innocemment, y sont exposés ; il faut soumettre
à la visite tous les groupes d'hommes sur lesquels l'administration exerce son
pouvoir : soldats, marins, prisonniers; étendre ces visites sanitaires, autant
qu'on le pourra, aux ouvriers dans les manufactures et dans les établissements
de l'État. Oui, il faut défendre contre la syphilis les nourrices pendant l'allaite-
ment, les enfants dans la vaccine, et jusque dans la circoncision ; il faut appli-
quer partout les moyens prophylactiques dont la science moderne a démontré
l'utilité. Mais, ce n'est pas assez encore, messieurs, il faut que partout les véné-
riens cessent d'être les parias de l'assistance publique. Certes, il est beau de dis-
tribuer chaque année, à tout un peuple de syphilitiques, les secours des consul-
tations gratuites ; mais qui ne voit, dans cette foule de malades atteints d'affections
contagieuses, conmie une endémie ambulante répandant çà et là le poison sub-
til, dont les consultations s'efforcent en vain d'arrêter la marche envahissante?
Qui ne voit que le meilleur moyen de s'opposer à ce débordement incessant de
la syphilis est d'ouvrir plus largement les hôpitaux, et d'offrir aux vénéxiens,
avec la gratuité du traitement, les avantages d'un isolement temporaire.
Donc, plus d'entraves à l'admission des syphilitiques dans les hôpitaux; plus de
certificat d'indigence, plus de ces formalités longues et odieuses qui, en retar-
dant l'entrée des malades à l'hospice, aggravent leurs maux et en favorisent la
reproduction; plus de sévérité d'aucun genre, plus de rudesse et de mépris pour
ces malheureux que la honte et le mal tiennent àl'écari. Et puisque M. Jeannel
a bien voulu citer mes paroles, je les répète : la vraie charité n'humilie per-
sonne, elle fait à tous le même accueil, et d'une main compatissante elle panse
et guérit toutes les plaies.
Et qu'on ne dise pas que la régénération si complète des moyens de secours à
donner aux vénériens est au-dessus des ressources des États. Quand nous voyons
nosthéAtres si libéralement subventionnés, quand nous admirons les merveilles
de la restauration de nos grandes villes, quand nous songeons aux secours de
tous genres par lesquels la bienfaisance publique, dans tous les pays civilisés, va
au-devant de toutes les misères avouables, nous demandons jusqu'à quand la
i9B CONGRÈS llÊDIGAL tfftEttff ATIONAL. — CtfiQUlÈllB MARCB M 30VK
plus grande et la pins fiineste des plaies sociales^ par cela seul qu'elle subsiste
dans Tombre et qac la honte la dérobe aux yeux, n'attirerait pas enfin la sol-
licitude des gouvet^ements^ seuls en pouvoir d'y porter remède.
Les réformes, dont nous prions le Congrès d'exprimer le vœu, et qui se ré-
sument en deux motd : prophylaxie H înMemeni de$ a/TecHom vénêriefmes doM
tous les pays civilisés, ces réformes, loin d'être pour la société une cause de
dépenses improductives, ne tarderaient pas à faire sentir leur salutaire influence,
par une amélioration évidente de la santé publique. Qui peut douter, en effet,
qu'une diminution considérable dans la propagation des maladies vénériennes
ne fût suivie des plus importants résultats sociaux? Combien seraient transformées
de non-valeurs qui, du chef de la syphilis, pèsent sm* la société ! que de soldat»
retenus pour cette cause dans les hôpitaux seraient rendus à un service actif,
et dégrèveraient d'autant les budgets de la guerre ! que de malades dont le«
souffrances n'ont pas d'autre origine occupent dans les hôpitaux civils, au grand
préjudice des finances administratives, des places qui ne leur étaient pas destinée*!
que d'invalides, enfin, oisifs, dans toutes les carrières du commerce et de l'in-
dustrie, et qui, sans les afifections vénériennes, prendraîetit une part active cl
fhictueuse à la production.
Vous le voycî, messieurs, même au point de vue de l'économie sociale, il est
Utile de développer, de multiplier les moyens de prévenir et de guérir les mala-
dies vénériennes. Ce que coûtera un tel but à atteindre comptera au centuple,
non-seulement dans le profit de la santé générale, mais encore dans le dénom-
brement des forces vives du pays. D'ailleurs si la prostitution, sous ses ditert
aspects, est, comme on n'en saurait douter, la source la plus commune de ces
maladies; si elle est en môme temps un fait social contre lequel (l'expérience
des siècles l'a démontré) aucune mcsm^e ne peut prévalobr, et que la civilisation,
comme la sauvagerie, doit subir ; si elle est enfin ; dans les grandes villes, ainsi
qu'on l'a dit, une sauvegarde pour les bonnes mœurs, non moins qu'une soupape
de sûreté pour les explosions brutales de l'instinct génésique, c'est à l'assainir
plus qu'à la détruire que doivent tendre les efforts d'une société sage et pré*
voyante.
liais si elle ne devait avoir pour but que la police sanitaire de quelques grande?
villes, cette émulation n'aurait sur le résultat final, l'extinction progressive delà
syphilis, qu'une influence bornée et relative. C'est sur l'ensemble du pays; il !
a plus, c'est sur la grande famille des peuples de l'Europe elle-même et de
tous les pays civilisés qu'il faut agir, pour n'être pas au-dessous d'une pareille
tâche. Quand nos pères entreprirent de faire disparaître la lèpre et la peste, et
n'est point paf des moyens particuliers, mais par des mesures générales, qu'îb^c
mirent à l'œuvre. Partout ils créèrent des léproseries, pour séquestrer et gncrif
l(îs lépreux, dont la maladie, toujours renaissante, était alors, à l'intérieur de?
États, la grande flétrissure des populations. Partout, sur leurs fh)ntièrcs, ils orga-
nisèrent dispcndîeusement des quarantaines contre la peste ; et ces deux fléaia,
objet de tant d'effroi et qui semblaient indestioictibles, cédèrent avec le temps ï
ces attaques vigoureuses et auprogi'èsde la civilisation.
De mÔmè pour détruire la syphilis, cette peste occulte des temps modcfne?,
et qui plus que son aînée porte une mortelle atteinte à notre race, il fkut le con-
cours de la société tout entière. Dans ce but, je demande au Congrès d'émettre le
vœu qu'à la suite de conférences Internationales, comme il y en eut autref<«s
pour les quarantaines, comme il en existe aujourd'hui contre le choMfai une
SEITZ. -^ PlOFBTLAXiB IÎ9TERNATiOMALl i>BS IIAI.AblBS TÉMÊBIBNMBS. S09
commissioa universelle provoque partout, chez les nations civilisées» un ensemble
de mesuret propres à combattre et finalement h détruire la syphilis, qm, dam
les temps modernes^ est le plus grand flé^ da l'aspect homainn.
M. liées i« Vort fait connaître les résultats de ses recherches statistiques sur
la prostitotiOD à Paris, et sur la transmission des accidents vénériens parles
diverses sources d'infection. Il condut à la répression de ISi prostitution clan-
dcstiDe, et à une surveillanoe plus eflicace des maisons de tolérance, dont le
oombre devrait, s'il est possible, être augmenté.
MTiCe STATISTlOtJi: Bl» MALADIES VÉNÉRlfilVIIIKS
PENBAIVT
liKS B£lllVli»l» AIVIVÉKS, A MlINICH.
PAE H. LE PROFESSEUR SEiTZ
DtMgoé dtt (oaTenMmtot baTaroii*
Voici une petite statistique des maladies vénériennes pendant les dernières
huit années à Munich, en Bavière. Petite comme elle est, elle me semble pourtant
hissez importante pour la solution de la troisième question de notre progranmie; car
il y avait dans ce temps une occasion favorable d'observer l'influence de la pros-
titution clandestine en comparaison de celle de la prostitution sm*veillée par la
police, sur l'apparition des maladies vénériennes dans une grande ville. À Munich,
dont la population s'élève à 170,000 habitants, la syphilis était très-peu répan-
due jusqu'à l'année 1861. 11 n'y avait que quelques maisons publiques bien
surveillées par la police. Chaque fille publique trouvée, par les cxploratiOBS mé-
dicales soufrent répétées, infectée d'une maladie vénérienne, était immédiate-
ment envoyée à l'hôpital. On n'observait pas un grand nombre de cas syphiliti-
ques ni en ville ni dans l'hôpital civil et militaire, et ils étaient moins graves
qu'ailleurs. Gela prouve le fait que la plupart des médecins de la capitale de la
Bavière étaient partisans du traitement de la syphilis sans mercure.
Cet état favorable à l'égard de l'extension de cette maladie changea depuis
que k chambre des députés bavarois a voté une nouvelle loi de police en 1861,
qui inflige à celles qui se rendent coupables du délit de faire métier de la prosti-
tution, et à ceux qui prêtent domicile aux prostituées, des peines ti*ès-sévères
'jinson d'un mois jusqu'à deux ans].
Ainsi les maisons publiques se fermèrent bientôt. Mais l'état moral de notre
I>opulation n'a pas gagné par là. La prostitution ne diminua point depuis ce tinnps
à Munich, eUe se cacha seulement. Plus secrète, elle est devenue plus nuisible*
On trouve maintenant des jeunes filles de quatorze à dix-huit ans infectées^
^^'est principalement le nombre des hommes infectés entrant à l'hôpital qui
s'est considérablement augmenté depuis qu'en 1861 les explorations médicales
des femmes prostituées ont cessé»
ftOO GONGBÈS MÉDICAL INTEBNATIOMAL.— CINQUIÈME SÉANCE OB lOUB.
L'aperçu statistique suivant des malades syphilitiques entrés pendant les der-
niers sept ans dans les hôpitaux démontre que l'infection se répand plus qu'au-
trefoisj et surtout parmi les honmies :
t.
Octobre 36 hommes. 12 femmes.
NoTembre 38 — 35 —
Décembre 64 — 46 —
JaDvier 66 — 33 — -
Février 60 — 21 —
Mars.. 84 — 84 —
Avril 76 — 29 —
Mai 67 — 20 —
Juio 4» — 33 —
iuiUet 62 — 27 —
Août 44 — 21 —
Septembre 67 -- 30 — .
Total 633 341
/ Octobre 45 hommes. 23 femmes.
Novembre # . 45 — 30 •—
Décembre 48 — 33 —
Janvier 63 — 34 —
Février 62 — 36 —
Mars 66 — 28 —
Avril 52 — 20 —
Mai 47 — 26 —
Juin 61 -- 28 -^
JuiUet 61 — 20 —
Août 58 — 24 —
Septembre 80 — 31 —
Total 667 322
Octobre 66 hommes. 32 femmes.
Novembre 71 — 24 —
Décembre 78 — 34 —
Janvier 98 — 23 —
Février 78 — 26 —
Mare 91 — 28 —
Avril 76 — 26 —
Mai 103 — 22 —
Juin 77 — 20 —
JuiUet 89 — 30 — •
Août 89 — 28 —
Septembre 9S — 25 -^
Total 1003 318
Octobre. 99 hommes. 37 femmes.
Novembre 96 — 33 —
Décembre 102 -^ 33 —
Janvier 100 — 30 —
Février 92 — 28 —
Mars 79 — 42 —
AvrU 106 — 37 —
Mai 103 — 25 —
Juin 93 — 22 —
Juillet.... 73 — 30 —
Août 86 — 31 —
Septembre 88 — 22 —
Total 1116 370
48
73
110
99
71
118
105
77
82
89
65
87
1024
68
76
81
97
97
78
72
73
74
81
82
111
989
98 malades.
95 —
112 -
116 —
104 —
119 -
102 •-
125 -*-
97 -
119 -
117 -
117 -
1321
136 mahKles.
128 —
135 -
130 —
120 -
121 -
143 -
128 -
115 -
108 -
117 -
110 -
1486
SEITZ. — PBOPBYLAXIE IMTEBNATIONALE BBS MALADIES VÊNÊBI8NNES. &01
/ Octobre ^ . . i23 hommes. 28 femmes. c= 151 malades.
I Novembre 105 — 24 — an 129
Décembre 85 — 26 — = m
Janvier 87 — 26 — ss 113
FéTrier.... 80 — 20 — = lOO —
Mmma^MA i ***" 77 . — 16 — = 93 —
^■••••^ Avril 93 — 23 — == 116 —
Mai 91 — 34 — =^ 125
Juin 80 — 15 — Bx 95 —
Juillet 73 — 24 — =3 97 —
Août 93 — 21 — s= 114 _
Septembre 84 — 17 — «a lOi .^
Total 1071 274 1345
/ Octobre 83 hommes. 22 femmes. = 105 malades.
Novembre 71 — 28 — s= 99 ««
Décembre 81 — 18 — k: 99 ..
Janvier 102 — 82 — = 134
Février 79 — 34 — = 113 -_
IMA.A& / ■**" 88 — 41 — = 129 —
^* ''^ Avril 76 - 27 — = 103 —
Mai 102 « 83 — = 135 —
Juin 72 — 29 — =101
Juillet 79 — 36 — = 115
Août 94 — 44 — s= 138 —
Septembre 107 — 35 — =: 142
^*^*'^'*~~^* ^^_^«^ ^I—V^i^B.^
Total 1034 379 1413
I Octobre 107 hommes. 30 femmes. = 137 malades.
' Novembre 116 — 29 -^ s= 146 ^
Décembre 122 — 32 — «= 154
Janvier 103 —15 — -_ 12O —
Février 111 — 41 — =152 —
*^, M y Mars 126 — 34 — = 160 —
Avril 145 — 37 -^ s=s 182 —
Mai 108 — 30 — = 138 —
Juin 152 — 32 — =184 _
Juillet 126 — 41 — = 167 —
Août 123 — 29 — = 161 ^
Septembre 106 — 28 — = 134 -.
Total 1456 378 1834
La statistique de Thôpital nommé le Général, qui est le plus fréquenté à Mu-
nich (Dos aUgemeine Kranketihaw), constate la même proportion. Voici les
chiffres des malades syphilitiques qui sont entrés dans cet hôpital pendant les
«derniers huit ans.
1 70 hommes.
e 239 —
264 ^
328 —
423 —
486 —
473 —
600 -
185 femmes.
228 —
194 —
212 ^
249 —
136 —
210 —
265 —
355 malades.
467 —
458 ^
540 —
672 —
622 --
683 —
865 »
te chiffres prouvent que le nombre des hommes infectés de la syphilis depuis
iB61 s'est redoublé à Munich, tandis que la somme des femmes syphilitiques
26
A03 GONGEËS MÉDICAL INTERNATIONAL. — CINQClkUB SÉANCE DE lOtB.
enti^eB aux hôpitaux est à peu près la mônie qu'autrefois. Cette disproportion
nait de ce que les filles publiques ne sont plus suneillécs et renvoyées pai* la
police en cas d'infection à l'hôpital. Cachées en domicile particulier, elles ne bc
guérissent pas et multiplient indéfiniment les germes de la contagion.
Co)iclnsio9i. -^ La statistique des maladies vénériennes pendant les derniers
huit ans à Munich montre que des peines sévères n'empêchent pas la pi-ostitutiou.
Elles la rendent plus secrète et plus nuisible. 11 faut la tolérer dans un cercle rc^-
treint. La tâche de la police administrative doit être de la limiter le plus possible.
Finalement^ j'appuie la proposition de nos trës-honorés confrères de Bruxelles cl
de Lyon, qui demandent des mesures générales à tous les gouvernements contre
ce mal affreux de la propagation permanente de la syphilis.
^m^m
grcsTioiv m du pmmrahhe
PAR M. LE DOCTEUR COUBN ( DS HAMBOURG) (4).
IjL mesure à prendre, si elle veut remplir son but, doit être :
!• Tellement sage, qu'elle n'incombe au contrôle de l'État qu'avec facilité et
sans organisation dispendieuse, et qu'elle puisse être observée avec soin et
sécurité.
2* L'exécution en sera facile, et elle devra avoir lieu dans chaque contrée sans
préparation spéciale.
3" La mesure doit ôtre en vigueur dans un âge où aucune infection ne puisse
avoh lieu, à l'exception de syphilis héréditaire ou acquise au passage du nou'
veau-né à travei's les organes génitaux infectés.
U^ Elle doit ôti*e praticable physiquement et moralement, et ne contenir
aucun moyen nuisible.
C'est pourquoi Je propose la eiromcMm du nouveau-'né, à partir du S'-'SO* Jour*
comme la seule mesure qu'il soit possible de prendre.
Art. 1. Si cette mesure est adoptée, les médecins et les sages-femmés suffiront
pour pratiquer la circoncision.
Art. 2. Dans le plus court espace de temps, cette opération peut âtrc laite par
chaque médecin ou chirurgien, môme par chaque sage-fpmnie> aptèa en avoir
acquis les premières notions. Les statistiques démontrent asseï clairement que
cette opération est pratiquée fréquemment par les Israélites depuis des milliers
d'années ; après une instruction insignifiante, sans posséder les moindivt principes
de la chirurgie, ils la pratiquent avec la plus grande sécurité imaginable, et mc^me
avec une certaine élégance.
(1) Ce travail a été traduit de rallemand par M. Braunbergcr, élève des hôpltau M
Pari».
COHEN. ~ PIOraTtAXIE INTIHNATiONALB D«S MALADIES VÉNÉRlEfVMÊâ. M
Art. 3. Si Ton chdsit l'Age de 8-80 joun> par conséquent avant la vaccina-
lion, toate crainte de propager l'infection cesse d'avoir lieu.
Art. ti» Cette opération, si insignifiante en elle*mênic, ne produit aucune
espèce d'accidents. Et pour preuve évidente, je citerai les Israélites, qui, se sér-
iant de cette mesure depuis les temps les plus reculés, n'ont jamais observé la
contagion s'introduire chex eui.
Si je recommande la circoncision de 8-SO jours, la plus brillante pour
restreindre la propagation de la syphilis, je tâcherai avant toute chose de réfuter
les objections qu'on pourra me ftdre sur ce sujet.
i* La partie religieuse.
On a ^itenu constamment le même résultat en interrogeant attentivement les
prêtres laa plus fidèles dans leur Ibi ches les différentes sectes du chiistianisme.
Lt circondsioni pratiquée sous un point de vue hygiénique, et n^illement par des
eoniidérationi motaies et religieuses, n'a pas plus de signification religieuse que
l'abstinence de manger de la chair de porc, à cause de la crainte qu'elle ne con-
tienne des trichines. Je passe à dessein sous silence les opinions et les recher-
ches de quelques personnes sur ce sujet, et je me borne à émettre les sentiments
des théologiens les plus croyants dans les différentes sectes.
f Désavantage de l'opération.
ie peux prouver, par des statistiques, que, depuis des milliers d'années, des
milliards d'Iiraélitefl qui ont subi cette opération n'ont jamais éprouvé d'accidents
consécutivement; l'histoire démontre que cette opération hygiénique était indis-
pensable chei les Égyptiens pour être admis dans la caste la plus noble des
princes; m6me ches les sauvages, au fond de l'Australie, on l'a rencontrée, et elle
constitue une de leurs plus anciennes coutumes.
11 parait, d'après cela, que cette brillante découverte a été proposée comme
une mesure préservatrice contre la syphilis et la masturbation dans une période
historique, où régnait une organisation plus élevée, et dont nous nous efforçons
leuiement, dans notre temps, à découvrir les vestiges.
Si nous examinons cette opération sous un rapport tout médical, elle est insi-
cniiiante. 11 n'y a pas le moindre inconvénient à exciser un petit lambeau du
prépuce, qui se replie ensuite autour de la couronne du gland, à l'exception
d'une petite et insignifiante artériole qu'on coupe. Cette artériolc se trouve, dans
des eu très^rares, près du frein, et l'hémorrhagic peut être arrôtée avec la plus
(grande facilité. 11 est impossible de songer que par cette opération la fécondité
diminuera; la statistiquedes Juifs prouve justement le contraire, puisque la Bible
nous apprend que Pharaon remarquait déjà la fécondité des Israélites, et jusqu'à
dans ces derniers temps, personne n'a osé le contester. Si cette opération devait
diminuer Us charmes des rapports conjugaux, je considère ce fait en présence
des fécondités constatées, non comme une chose nuisible, mais comme un des
^yens les plus énergiques pour préserver de la masturbation, comme j'aurais
i'honneop de l'exposer tout à l'heure.
Maintenant, si nous considérons l'utilité de cette opération, que je présente
coDiiue réponse à l'article II! du programme du Congrès international, sous le
''Wort de restreindre la propagation de la syphilis, nous constatons :
i* La diminution de l'absorption d'un côté du prépuce et de l'épidcrme du
Riand. Damarquay a prouvé que cette absorption est d'une gi*andc impoilance;
'^l'état sain, elle peut déjà se faire; mais dans l'état pathologique elle
augmente considérablement, et sur toute la longueur du prépuce, coumic le
kOU CONGRÈS IIÈOKCAL INTERNATIONAL.— CINQUIÈIIE SÊANG£ DR lOUH.
prouTcnt assez les résultats qu'il a obtenus. On en conclut précisément que
l'excision de tout le prépuce diminue d'une manière éyidcnte le phénomène de
l'absorption.
2" La transformation de la muqueuse préputiale^ douée de la propriété d'ab-
sorber^ et de l'épiderme du glande mince et délicat^ en une membrane épaisse,
solide^ par l'air atmosphérique qui y pénètre facilement.
3« Une température plus faible du gland, qui diminue notaUement l'ab-
sorption.
&* La cavité préputiale ressemble à une poche.
Dans l'érection, le gland se découvre, et dans l'état de relâchement le prépuce
recouvre le gland. Le prépuce représente alors un réservoir qui conserve sûre-
ment le poison syphilitique au milieu d'une température qui favorise au plus
haut degré la contagion; tandis que la température de l'atmosphère ambiante
desséchera le gland découvert, qui ne tardera pas à perdre, sa chaleur, et le vints
qui s'y était collé sera enlevé avec facilité par le frottement des vêtements. Si
après le coït le circoncis ne fait que superficiellement une lotion sur la verge^
cette purification sera entièrement suffisante, tandis que même avec les pins
grands soins, celui qui n'est pas circoncis n'aura pas de sécurité parfaite. Non-
seulement par suite d'un coït impur l'absoiption du virus entraîné augmente ma-
nifestement, mais encore, en admettant une heureuse organisation réfractaireatt
poison syphilitique, cette poche préputiale conservera le poison, qui pins tard,
dans un coït pur, pourra être propagé.
5° Le phimosis acquis en totalité ou en pai*tie, ce qui est asses fréquent, nous
démontre tout le danger d'un coït impur. La muqueuse qui recouvre le gland,
non en contact immédiat avec l'air atmosphérique, et celle de la partie interne
Au. prépuce, étant tiraillée pendant l'émission de l'urine et à la plus faible érec-
tion de la verge, se laisse facilement pénétrer par le virus lorsqu'elle se rompt.
Pendant le coït, s'il se produit la moindre écorchure de l'épiderme du gland, k
force d'absorption augmente, le virus trouve un accès iSacile et se dépose comme
dans une poche inaccessible. 11 en résulte les plus grands inconvénients d'un phi-
mosis acquis dans ces conditions.
6* L'adhérence congénitale ou accidentelle qu'on rencontre d'après des
recherches récentes chez 25 pour 100 des honmies, donne lieu aux mêmes
inconvénients que ceux énoncés ci-dessus, et même à de plus grands en-
core.
Chaque médecin qui connaît particulièrement les états pathologiques résultant
des inconvénients que j'ai signalés, conseillera la circoncision; mais d'im côté
cette opération n'est pas aussi innocente chez les adultes que chez les nouveau*
nés de huit jours, et, d'un autre côté, les malades l'éviteront à dessein, tant que
la circoncision, comme on l'a fait jusqu'à aujourd'hui, passera pour une opén*
tion exceptionnelle.
Quant à la fixation de l'âge où l'on doit opérer, je conseillerai, dans l'e^KHT
de réaliser les vœux du Congrès international, de choisir le huitième jour, pro-
posé par Moïse après une méditation approfondie ; toutefois, on peut remettre le
moment de l'opération jusqu'au trentième jour. La circoncision, pratiquée dam
un âge si jeune, est d'une utilité incontestable : impossibilité de contracter k
syphilis; immunité complète de cette opération pratiquée dans cet Age; aucun
danger de voii* survenir les suites fâcheuses causées pai* la vaccination, comme
malheureusement il arrive souvent lorsqu'on se sert de vaccin piis sur des siyet»
COHOI. — PROPHYLAXIE INTERNATIONALE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. &05
çyphilitiques; obstacle énergique opposé à la masturbation^ à laquelle se liTrent
déjà avec fureur les enfants dans les premières années. Dans notre siècle de pro-
grès, aucun autre moyen ne peut être aussi efficace; l'État peut facilement con-
trôler cette mesui^e^ et chaque médecin, chirurgien ou sage-femme peuvent
l'exécuter avec facilité et sécurité.
Considérons-nous, au contraire, les objections contre une opération pratiquée
dans un Age si jeune; nous les réfuterons facilement parla statistique et les faits
cliniques :
i* Danger de l'opération faite dans un âge si jeune.
La statistique des Juifs, qui pratiquent la circoncision depuis des milliers d'an-
nées, prouve toute l'immunité de la circoncision, opération qui est par consé-
quent insignifiante sous le rapport chirurgical. Il n'y a aucun danger d'exciser
un petit lambeau de prépuce.
2* L'hémorrhagie.
Pour les 95 p. 100, l'hémorrhagie est de peu d'importance chez les opérés, et
l'on en triomphe facilement au moyen des hémostatiques ordinaires, comme on
l'a toujours constaté. On peut occasionnerune plus forte hémoirhagie si Ton coupe,
près du fMn, une petite artériole de peu d'importance, accident qu'on peut tou-
jours prévenir. Cette artériole est si insignifiante et est tellement superficielle,
(ju'elle peut être liée avec la plus grande facilité. On peut craindre une hémor-
rhagie consécutive, si, en déchirant la muqueuse du prépuce avec les ongles,
romme le font quelquefois les Israélites, on lèse une partie du corps caverneux.
Mais si l'on observe le procédé opératoire que j'aurai l'honneur d'exposer, cette
l'^ion est impossible; et d'ailleurs cette hémorrhagie s'airëte facilement avec le
>erchlorure de fer.
5* La dyserasie du sang.
C'est une complication très-rare, mais en vérité très-dangereuse. Chez une
•ersonnc d'une pareille constitution, la plus faible solution de continuité est un
langer de mort, comme je l'ai observé chez des nouveau-nés du sexe féminin,
t dont une seule solution de continuité aux petites lèvres a déterminé la mort.
« le médecin soupçonne une pareille affection héréditaire, il défendra toute
pération, et si cela est possible pour toute la vie.
Vais 8 à SO jours suffisent complètement pour apprendre au médecin s'il se
nuve en présence d'afi'ections organiques fâcheuses, qui, ou bien excluent
)j(olumcnt l'opération, ou bien la font remettre jusqu'à ce que ces affections
ient guéries. Par exemple, des lésions pendant le travail de l'accouchement ;
s fractures des extrémités ou de la clavicule, qui exigent une cure radicale avant
le l'opération puisse être entreprise ; enfin des lésions de la tête causées par le
rreps, quand même elles sont peu graves, nous engagent à différer l'opération.
' céphaiématome, au contraire, s'il n'est occasionné par une cause traumatiquc,
' doit pas nécessiter l'ajournement; abandonné à lui-môme, il guérit souvent
nntanément, et n'a aucune influence sur l'état général de l'enfant. L'ictère
érit plus vite par cette opération ; l'atélectasie pulmonaire diminue notabliv
mt dès les premiers joui's, et je n'ai pas vu des inconvénients résulter de la cir-
ncision pratiquée pendant cette afTection. Le bcc-dc-lièvi*e, avec ou sans sépa-
lon de la voûte palatine, altère la nutrition ; c'est une contre-indication de
circoncision, jusqu'à, ce que par une opération préalable et appropriée, la
Irition se trouve dans de meilleures conditions. I^ naissance avant terme, une
Irition pauvre et incomplète (cette dernière peut provenhr do n'iniporie quclld
A06 GO^GBÈS MÉDICAL INTERNATIOMALi -- GIMQUIÈIIE 8ÊAHCB DE iOUB.
8ourcc) exigent rajouinement. La syphilis canstalëe des parenU, de la nonnice
ou de l'enfant est une contre-indication^ jusqu'à ce que tous les syaiptômMoa
tous les soupçons de la persistance do raffection chei 1« nouTeait-iié soient
disparus.
Mais ces obstacles que je viens de mentionner ne se rencontrent que ches la
plus petite partie des nouveau-nés, comme le prouve la statlstiquOi et encore
on peut en triompher facilement dans l'intervalle des 8-90 jours. Au contnire,
si l'on circoncit pendant les 8-30 jours, le prépuce ne se trouve foimé que par
une membrane très-mince; il se laisse attirer avecla plus grande facilité; la plaie
est de peu d'impoilance, la force rëpai*atrice immense. Les opératîoiis faites
tardivement sont assurément peu graves ; mais l'enfant plus intelligent cherche
à lutter contre ellcs^ et l'on est obligé de recourir au chloroforme. Après Tige
de neuf ans^ l'infection peut déjà avoir lieu^ et une opération si douloureuse
occasionne des inconvénients et des obstacles qu'on ne rencontrerait pas dans le
jeune âge.
Je conseillerai donc d'employer le même procédé opératoire que les Juifs qui
s'en servent depuis des siècles^ avec quelques petites nu)dification8> que nous de-
vons depuis longtemps aux progrès de la chirurgie. Voici les règles à suivre dan^
la pratique :
Quelques joui^ avant de faire la circoncision, on tire le prépuce en arrière
ou à l'aide d'une sonde introduite entre le gland et le prépuce et promenée cir-
culairement; on recherche s'il n'y a pas d'adhérences. L'opérateur ne craindra
pas le phimosis^ car pendant l'opération ^ il s'en débarrassera ; y a*t-il des adbé
rences, la sonde les détruira facilement dans les premiers jours après la nér
sance. Enfin^ au jour fixé^ le chirurgien se met à l'œuvre. Pour cela il se sert
d'une pince d'argent (semblable à une pince beaucoup plus petite empio^'^
dans la section du filet) : cet instrument a 6 à 7 centimètres de long et à peu
près ii de large; à la partie moyenne se tit)uve une fente large d'un demi-miUi'
mètre et n'ayant que 4 centimètres à peu près de long. L'opérateur exerce une
traction en avant sur le prépuce qui est saisi dans la fente> et il procède à la sectioo
le plus près de la pince > Reste à couper la muqueuse préputiale ) pour ûiire ce teoips
de l'opération, il faut apporter une modification qui jusqu'ici n'a pas été mite eo
usage parles Israélites. Au lieu de rompre comme d'habitude^ la muqueuse arec
les ongles des deux pouces taillés pour cet usage> on la coupe sur une sonde canne-
lée, poussée sur le dos de la verge jusqu'à la couronne, de manière que la pointe
s'avance à l'extérieur, et pai* conséquent il est impossible de blesser une partie du
corps caverneux. Pour le pansement, je ne conseille pas de se servir de ciiarpie
maintenue par une bande, car l'uiine s'infiltre entre le gland et la charpie» q^
s'agglutine à la plaie, et il en résulte de petits abcès; tandis que l'on évite cet
inconvénient en employant de préférence une poudre astiingente et styptiq^^*
Ce ti' est qu'en présence d'une forte hémorrhagie que la charpie serait atanta-
geuse; il faut de quatre à huit jours pour obtenir la guéiisou, qui n'exige ^
d'autres moyens plus énergiques.
La propagation de la syphilis (quoiqu'on ne puisse pas nier que, grâce aui
progrès de la science, les suites teiribles des accidents tertiaires soieoi en
majeure partie évitées) est d'une si haute importance, qu'elle doit éveiller loule
la sollicitude du médecin et du philanthrope. Par conséquent, nous devrons des
remerciments sincères à l'Exposition universelle, internationale, qui, étalant
de tous côtés les progrès de notre siècle, aura aussi invité la science médicale i
BKY. — PROPHYLAXIE INTERNATIONALE DC8 MALADIES VÊ^1ÊRISN^GS. A07
opposer une digue au courant impétueux des maladies vënëriennes. Nous voyons
jusqu'ici sous d'autres noms (scherlievoi etc.) des maladies ëpidëmiques se mon-
trer chez quelques nations ; les investigations de notro époque contemporaine
ont déchiré leur masque et nous ont appris qu'elles forment une branche de la
«)philis. L'anatomie pathologique, aidée de la dissection et du microscope, nous a
démontré les altérations et les ravages que cette maladie cause dans Tintëricur
datous nos organes. Cette affection détruit profondément le bonheur des familles^
tue les enlants innocents dans le sein de leur mère, altère la santé des chastes
épouses^ et empoisonne souvent et pom* toujours Texistence des descandants.
De?ons-nous tajrder^ dans notre intérêt^ d'opposer nos moyens médicaux à ce
Oéau? Devonfr-nous nous retirer en lâches et craindra les préjugés^ quand il
s'iffi d'employer le seul moyen qui est dans notre pouvoir, et qui» depuis des
siècles, a été opposé d'une manière si salutaire à cette affection.
qjDEMTiom m dv proc^ramme.
PAB M. LE DOGTEUB RET,
lféde«iii d0 pranière oImm de la marine.
En réponse à la question n® III, j'ai l'honneur d'adresser au Congrès médical
la note suivante. £Ue est présentée sous forme d'ordonnance, et divisée par
titres, paragraphes et articles. Il m'a semblé que ce mode d'exposition, utile au
point de vue de la concision, avait aussi l'avantage de mieux te concilier avec
Tobjet dont il s'agit. — Je n'ai cherché, dans cette étude, que le côté pratique
des choses. Combien de prescriptions, de conseils, de souhaits^ visant au but
toujours louable, sont restés cependant à l'élat de lettre morie, parce que ceux
qui les énonçaient, habiles théoriciens, ne considéraient pas d'assez près les exi-
gences de l'application ! Je ne sais si je m'abuse, mais il m'a paru que les prescrip-
tions indiquées dans cette note t)euvétlt être réalisées sâils difficultés sérieuses,
et surtout sans qu'il soit porté d'atteinte grave à la liberté de l'individu, cette
pierre d'achoppement de la prophylaxie publique.
I^s mesures que je voudrais voir se réaliser en France, et partout où s'étend
la juridiction française, tous les gouvernements peuvent en faire l'application sur
leur propre territoire. L'hygiène est la science universelle par excellence. Les
modifications à introduire, le cas échéant, ne perleraient sans doute que sur des
points de détail et d'application. — 11 peut se rencontrer, cependant, dans cer-
taines populations, des susceptibilités irraisonnées et pourtant dignes de respect,
des traditions administratives de vieille date, avec lesquelles l'autorité soit obli-
gée de composer. Mieux vaut, en pareil cas, temporiser en attendant des joui-s
meilleurs qu'user de mesures de rigueur, qui, le plus souvent, manquent le but.
En thèse générale, l'hygiène se conseille et ne s'impose pas»
608 CONGBËS MÉDICAL mTSBNATIONAU — CINQUIÈME SÉANCE DE JOUR
EXPOSÉ DES MESURES PROPRES A RESTREINDRE LA PROPAGATION
DES MALADIES VÉNÉRIENNES,
Titre I. — Femmes pubuques.
Article Premier. Le maire de chaque commune de Tempire (France^ Algérie^
colonies) sera -informé^ le premier jour de chaque trimestre, par l'agent de la
sûretë publique auquel il appartient, du nombre de filles inscrites ayant domicile
dans la commune.
Art. 2. D'après le nombre indiqué, le conseil municipal aura à faire choix
d'un ou plusieurs médecins, auxquels sera confié le service de la visite des
filles publiques.
Art. 3. Dans tous les cas, le nombre des médecins visiteurs devra être tel
que chaque femme inscrite puisse être minutieusement visitée au moins une fois
par semaine.
Art. ^. Toute femme publique que le médecin visiteur déclarera atteinte
de maladie vénérienne ou contagieuse sera immédiatement dirigée sur l'hôpital
de l'endroit, et, à défaut, sur l'hùpital le plus voisin, et traitée aux frais de la
commune à laquelle elle appartient. Toute soriie lui sera interàite jusqu'à com-
plète guérison.
Art. 5. Dans les villes de garnison, un médecin militaire, désigné par l'auto-
rité compétente, sera adjoint au médecin municipal et assistera à la visite des
filles publiques. Dans les poris de guerre, ainsi que dans les grands ports de com-
merce, un médecin de la marine sera adjoint également au médecin municipal.
Art. 6. A Tissue de chaque visite) le médecin visiteur adressera au maire un
rapport indiquant le nombre de femmes qui ont été présentées à son examen,
le nombre de ceUes qui ont été envoyées aux hôpitaux, la nature de la maladie...,
tous les renseignements, en un mot, qui lui paraîtront de quelque valeur. — U
médecin de Tannée ou de la marine, adjoint au médecin municipal, adressera à
son chef direct un rapport analogue (1).
Art. 7. Un traitement fixe de , pris sur les fonds municipaux, sera alloue
à chaque médecin visiteur, agréé et délégué par le conseil municipal.
Titre II.
§ I. — Soldats, marina. — Corps organisés nûlitairemenC.
Art. 8. Tout homme qui arrive sous les drapeaux ou qui entre dans un corpf
organisé niilitairement, sera vn à l'arrivée par le médecin de service, et envoyé
à rhôpital, s'il se trouve atteint d'une maladie vénérienne ou contagieuse.
Art. 9. Dans tous les corps militaires ou organisés militairement, tels que
régiments, équipages de la flotte, navires armés, brigades de douane, etc., il
sera passé chaque mois, par le mcdecin-major ou un des médecins en sous-
ordre, au moins une visite des hommes, à l'efiet de reconnaître si aucun d'oui
(i) Ces rapports pourraient être transmis par les maires au conseil supérieur d'hyçiène,
qui y trouverait les éléments d'un travail d'ensemble du phis haut intérêt ; par les chsb de
corps (armée, marine) an conseil de santé des années «I au conseil supérieur de santé étaMt
prés le ministère de la marioei
REY.— PBOPHYLAXIE INTERNATIONÂLB DIS MALADIES VftlIÊBIBNNBS. AOO
B'est atteint de maladie véùérienne ou contagieuse (Bous-offlciers et soldats ou
matelots).
Art. 10. Les officiers^ inten'Ogés par les médecins^ seront crus sur parole.
Art. il. Toute personne^ officier ou non officier, reconnue atteinte de mala-
die contagieuse ou vénérienne, sera immédiatement ou retenue à l'infirmerie, ou
dirigée sur l'hôpital, selon qu'il y a lieu, et traitée en conséquence. Toute per-
mission de sortie lui sera refusée jusqu'à complète guérison.
Art. 12. A la suite de chaque visite mensuelle, le médecin-major ou autre
chargé du service médical du corps, remetU^ au chef de corps un rapport spé-
cial indiquant le résultat de sa visite.
Art. 13. a l'arrivée d'un navire de guerre français sur une rade fhinçaise, si
pins de quinze jours se sont écoulés depuis la dernière visite mensuelle, le com-
mandant devra en ordonner une nouvelle. Un douhle du rapport du médecin-
major sera remis à l'office sanitaire, et le navire ne pourra être admis en libre
pratique (lorsqu'il y aura lieu) qu'autant que les malades atteints de maladie
vénérienne, s'il s'en trouve à bord, auront été envoyés aux hôpitaux.
Art. 1&. Cependant, si le commandant du navire juge que les hommes com-
pris dans cette catégorie doivent être conservés à bord, il sera tenu de s'engager,
par écrit, à leur interdire l'accès delà terre jusqu'à complète guérison.
Art. 15. Tout homme (non officier) faisant partie d'un corps militaire ou
organisé militairement, ne pourra quitter, soit momentanément, soit définitive-
ment le corps auquel il appartient, s'il n'est certifié par le médecin de service,
ior sa feuille de route ou autre titre en tenant lieu, que cet homme n'est atteint
d'aucune maladie vénérienne ou contagieuse.
Art. 16. Tout homme (officier et non officier), qui, se voyant atteint de ma-
ladie vénérienne, ne se présente pas à la visite dans la huitaine, est passible
d'une punition après guérison.
Art. 17. Pendant leur séjour aux hôpitaux, les honmies atteints de maladie
Ténérienne ou contagieuse seront, autant que possible, soignés dans un local
particulier et isolés des autres malades. Sauf cette condition, ils seront placés
sur le ménie pied que ces derniers, et aucune mesure exceptionnelle ne poun'a
leur être appliquée.
§ H. — Êquipaga des navires de commerce firançais.
Art. 18. Dans chacun des ports de l'empire (France, Algérie, colonies), un
médecin de la marine ou désigné par le ministre de la marine, et plusieurs au
besoin, sera chargé de la visite des marins formant l'équipage des navires de
commerce français, et cela au dupari et à l'arrivée.
Art. 19. Lorsqu'un des navires susdits devra prendre la mer, l'autorité mari-
time en avisera le médecin chargé du service. Ce dernier passera la visite de
l'équipage dans les cinq jours qui précéderont le jour du ddpari.
Art. 20. Le capitaine et les officiers, intenx)gés par le médecin, seront crus
sur parole.
Art. 21 . 11 sera fait mention de cette visite avant le départ et de son résultat
sur le journal du bord. Le capitaine et le médecin de la marine signeront cette
note.
Aat« 23. Pour chaque navire ainsi visité avant le départ (et à 1 arrivée), le
410 CONGRÈS MftDIGAL mTBANAT10KAL.--GlMQUjfeMË ftfiARGB DE JOUR*
médecin de service adressera à l'autorité maritime un rapport spécial par lequel
11 l'informera du résultat de sa \isite.
Art. 23. S'il est reconnu par le médecin de service qile lu nommé ou les
nommés (nom^ prénoms et g:i*ade)> de tel navire, sont atteints de maladie véné-
rienne» l'autorité maritime ne devra pas permettre le déport du naYÎre avant
que le ou les malades désignés aient été débai^qués et envoyés atu hdpitaux.
Art. 24. A l'arrivée d'un navire de commerce français sur rade françaiiei
l'équipage sera visité par le médecin de la marine. Mention de cette visite sera
faite sur le jom*nal du bord dans la forme indiquée à l'artide 21. Il sera procédé,
à l'égard du capitaine et des officiers, comme U a été dit à l'article 30.
Art. 25 • Un double de cette notoi remis par le médecin de service au capi-
taine du navire» sera présenté par ce dernier à l'office sanitaire en même temps
que sa patente de santé. Le naviie ne pouira être admis en libre pratique» loi"»-
qu'il y aura lieu» qu'autant que les malades atteints de maladie vénérienne» s'il
s'en trouve à bord, auront été envoyés aux bâpitaux.
Art. 26. S'il n'existe pas d'hôpital dans la localité» ou quei par suite de causes
nii^jeures» les malades susdits doivent être maintenus à bord» il sera procédé à
leur égai'd comme il a été dit à l'ariicle 1&. La guéiison d'un malade compris
dans ce cas particulier devra être justifiée par le ceilificat d'un médecin*
Art. 27» Les visites médicales» au départ et k l'arrivée» sont absolument gra-
tuites.
Art. 28. Les marins des navii'es de commerce reconnus malades de maladie
vénérienne et envoyés aux hôpitaux» y seront soignés aux fhiis du département
de la marine (caisse des invalides).
Art. 29. Lorsqu'un navii*e de commerce français sera pouiTu d'un docteur en
médecine ou d'un officier de santé ayant commissioti de médecin sanitaire» les
visites de l'équipage» au dépari et à l'arrivée, seront passées par le médecin do
navh*c. Ce dernier devra» en conséquence» après chaque visite» i*emettre au capi-
taine un rappori qui sera transmis à l'autorité maritime.
I IIL •- Navires de guerre étrangers.
Art. 30. Le commandant d'un navire de guerre étranger» amvant sur rade
française» devra produire une note de son médecin dans laquelle sera exposé
l'état sanitaire de Téqulpagc éh ce qui touche les tualadics vénériennes.
Art. 31. Le navire ne sera admis en libre pratique (lorsqu'il y aura lieu)
qu'autant qUe les ttialfldes atteints de maladie vénérîetine oti contagieuse^ s'il
s'en ti*ouve à boi*d, auront été envoyés aux hôpitaux» ou que le commandant se
sera engagé, par écrit, à leur défendre l'accès de la terre jusqu'à parfaite gué-
rison.
S IV. — Navires de commerce étrangers.
Art. 32. Le navire de commerce étranger, aiTivant siir rade ft'ançaisc» no sera
admis à la libre pratique (s'il y a lieu) qu'autant que son capitaine aura déclai^
que les hommes de son équipage» visités par lul> sont libres ou non de toute ma-
ladie vénérienne.
Art. 33. Dans ce dernier cas, le directeur de l'office sanitaire accoi'dera la libre
pratique, mais il devra en même temps aviser le consul de la nation» et demander
R£T. ^ PROraYUXU llVTBRlIATIOflAlK DES ttALADiM fMÊnilSifMI». (Il
que le ou les hommes désignés peu* le capitaine comme atteints de maladie véné-
rienne soient visités par le médecin de la marine» et, si le rapport de ce dernier
est affirmatif, envoyés aux hôpitaux ou consignés à bord jusqu'à guérison con-
statée.
Art. 36» Loroqu'un naTlre de commerce étranger est pourvu d'un médecin»
il sera pit>cédé| à ion égards conmie 0 est dit aux articles dO et 91 .
TiTBE III,
I t. -^ Mendiants, iAi|abeadi, {^Hlonnieili
Aar. 35. Toute personne» homme ou feaime» arrêtée sur la voie publique
pour cause de vagabondage ou de mendicité^ sera visitée par le mëdeoia de la
prison dans le plus bref délai» et» ai elle se trouve atteinte de maladie Tënériennei
envoyée aux hôpitaux ou retenue à Tinfirmerie.
Art. 36. Toute personne qui| à la suite d'un jugement portant peine inra*
mante» est dirigée sur une maison de détention» bagne» prison» maison d'arrêt»
atelier de correction, établissement fiénitentiaire quiconque» dépendant de l'au'*
torité civile, militaire ou maritime» sera vieitée dès Tanivëe par le médecin de
l'établissement.
Art. 37. Lorsque cette visite donnera connaissance de quelque malactie véné-
rienne ou contag^use» le directeur de rëtablissemant» avisé par le médecin,
fera conduire à l'hôpital ou soigner à l'infirmerie la personne qtii en est
atteinte.
Art. 38. Une visite mensuelle des personnes détenues» comprises dans les
catégories indiquées aux articles 35 et 36» sera passée par le médecin de l'éta-
blissement. Un rapport spécial indiquant le résultat de cette visite sera adresssé
par lui au directeur (1).
$ 11. — Nourrices et nourrissons.
Art. 39. Loi*squ'un enfant devra être conûé à une nounice» les parents de
l'enfant» ou en tenant lieu» seront en droit d'exiger de la nourrice un certificat
signé d'un médecin oti d'une sage-femme ayant diplôme, par lequel il sera
reconnu que ladite nourrice est saine et exempte de toute maladie contagieuse.
Art. &0. Par réciprocité» la nourrice est en droit d'exiger des parents» ou en
tenant lieu, une déclaration signée d'un médecin» constatant l'état de santé de
l'enfant qui doit lui être confié.
§ m. — Vaccinations.
Art. 41. Les médecins vaccinateurs seront invités à user d'une extrume
réserve dans le choix du vaccin, lorequ'ils opèrent de bras à bras, et, en outre»
à se conformer aux précautions reconnues utiles dans ce cas» pour éviter toute
transmission morbide.
(1) Peut-être serait-il préférable de foire visiter par une accoucheuse spécialement désif^ée
les filles et les famines auxquelles sont applicables les art. 85 et 36, S'il en était ainsi, Tae-
eeoclwitte serait tenue de délirer au médecin chargé du service toute maladie vénirietine
reconnue ou même douteuse.
ftl2 CONGRÈS MtolCAL INTERNATIONAL. -- ClNQinfcMB SÉANCE DE JOUR.
TlTRB IV.
Dispositioui générales.
Art. 42. Tout homme admis dans un service civil appartenant à TËtat ne
pourra être pourvu d'un premier emploi s'il ne présente un certificat signé d'un
médecin, constatant qu'il n'est atteint d'aucune maladie vénérienne ou conta-
gieuse.
Art. 43. Les directeurs ou chefs de services privés (chemins de fer, usines,
ateliers, mines, etc.) seront invités à se conformer, à l'égard du personnel em-
ployé par eux, à l'article qui précède.
Art. kk. Aucune société de secours mutuels ne sera autorisée à introduire
dans son règlement des articles exceptionnels en ce qui touche ceux de ses
membres atteints de maladie vénérienne. Ainsi, ces derniers auront droit aux
mômes secours médicaux, pharmaceutiques, de la pari de la société à laquelle
ils appartiennent, que s'ils étaient atteints d'une maladie quelconque.
Art. &5. Une commission nommée par le ministre auquel il appartient, com-
posée de médecins et d'agents spéciaux de la sûreté publique, aura à faire une
étude attentive de tout ce qui concerne la police des maisons de tolérance, la
police des filles soumises isolées et la recherche de la prostitution clandestine.
Art. m. Un règlement élaboré par cette commission, en prévision de tout ce
qui touche aux objets sus-indiqués, sera remis à l'autorité supérieure.
Art. &7. Après approbation et toutes formalités requises, ce règlement sera
transmis aux agents chargés de le faire exécuter; l'autorité administrative avi-
sera aux moyens d'en assurer la rigoureuse exécution.
flJBlitiJBS OBliBRVATlIMS SUR liA «iJBIITI»:« llf.
PAR M. LE DOCTEUR ADAM ÔWRE (DE CHRISTIANIA).
J'aurai l'honneur de présenter sur cette question quelques notions dont l'ob-
servation rigoureuse contribuerait sans doute puissamment à restreindre ce mai
universel.
De crainte de trop absorber le temps de la section spéciale, je m'efforcerai de
ne donner à l'appui des difTérentes propositions principales que les explications
les plus indispensables. Toutefois, pour le cas où l'on trouverait mes observations
en tout ou en partie assez dignes d'altcntion pour faire désirer des explications
ultérieures ou plus détaillées, j'éprouverai une véritable satisfaction à les fournir.
La condition fondamentale pour faire réussir ces efibrts tendants à restreindre
la fréquence et la propagation des maladies vénériennes, est que :
i" La proUUution doU être soumUe à un règlement gépére «I dHaillé^ smveQiée fmr
un service ipécUU de police et de médecinsi
ÔWBE. — PBOPHTLAXIE INTERMàTIONALE DiS MALAQIES VÊMÊRtENNES. Al 3
Cette mesure^ qui est la chose principale, bien que son utilité ait été assez
généralement reconnue^ n'a pas encore été appliquée partout (par exemple en
Angleterre), ou ne l'a été qu'imparfaitement (par exemple en Autriche). Quel-
ques raisons que du point de vue de la moralité on puisse alléguer ou qu'on
ait déjà allég:uées contre l'autorisation légale de la prostitution, ces objections,
quoique Traies et justes, doivent céder le pas à cette considération hygiénique :
que la pnstUution est un mal nécessaire. Et c'est pour l'Ëtat un devoir impérieux
de rendre le mal aussi peu nuisible pour la société que possible.
Pour atteindre ce but et pour établir le contrôle indispensable, il faut :
2* L'étoôitssemefil de maisons publiques œmme remède principal,
les règlements spéciaux pour l'organisation et l'administration de ces maisons
deTTont naturellement être donnés par les autorités locales; mais je crois cepen-
dant utile de présenter quelques règles générales dont je recommanderai l'iatro-
duction et l'observation :
a. La visite aura lieu au moins deux fois par semaine.
b. Elle ne sera faite que par les médecins autorisés par la police.
e. 11 y aura^ à cet effet, des dispensaires établis et surveUlés par la police.
d. La visite sera soumise à l'inspection et au contrôle direct de la police de
santé.
e. Elle sera obligatoire pour toutes les femmes inscrites.
A Elle ne pourra être reconnue valable à moins d'avoir été faite par les méde-
cins de police.
g. Ceux-ci sont seuls en droit de délivrer des certificats et de fournir des décla-
rations dans toutes les questions relatives à la prostitution.
A. Dans les cas de maladie bien constatés, les malades devront immédiatement
être envoyées à T hôpital; dans les cas douteux, les malades seront soumises à
l'observation des médecins.
On se fera facilement une idée de tout ce qu'il y a d'inexcusable et de pernicieux
pour la société dans le défaut de contrôle public, en comparant les pays sans con-
trôle à ceux où la prostitution est soumise à des règl^nents et à la surveillance
de la police. 11 sera difficile de trouver ailleurs un spectacle aussi scandaleux que
celui de ces prostituées ambulantes qui fourmillent, par exemple, dans les rues
de Londres et des grandes villes de fabrique d'Angleterre.
Une multitude de raisons expliquent clairement combien il serait difficile d'éta-
blir par des chiffres irréfutables l'influence respective des diverses espèces de
prostitution sur la propagation des maladies vénériennes; toutefois, tout porte à
juger d'avance que la prostitution régulièrement surveillée, avec un système de
visites consciencieusement poursuivi, offrira à la société plus de garantie que la
prostitution clandestine avec ses visites pour ainsi dire privées, dans quelques pays
même toutes volontaires.
Les chiffrer suivants, tirés des rapports du chef des visites publiques à Chris*
tiania, semblent démontrer jusqu'à l'évidence l'avantage de la prostitution to-
lérée.
n a été constaté :
hih CONeafcS MÊMCAL INTemiATIONAL. ^ GINQUiimfi SttAHCË DB lOOB.
de mftUdi? aérienne PwjUtaéâi liro.tit»é,r«
1862,, 3,7 23,15
1863 5 26,77
1864 A 19
1865 8,5 35
i836..,, i«,. A gQ,5
Moyenne de eee 5 annéee. A, 2 34^86A
Ces chiffres srat bases sur 26 050 visites.
11 ne faut cependant se senrir qu'avec une certaine précaution de ces chiffres,
dont 0 est impossible de garantir reiaetitude absolue» la colonne des prostituées
clandestines renfermant quelques persœinot qui n'ont pas exeluaivemeitt trouvé
leurs ressources dans la prosUtution, mais qui ont attiré sur elles l'attention de
l'inspection, soit par une dénonciation directe à la police en cas de contamination
bien constatée, soit par leur manière de vivre générale. Mais, même en mettant
la moyenne des cas de maladie, parmi les femmes non inscrites, à 20 p. 400
contre 5 p. 400 parmi les fenames inscrites, cette différence si oonsid^uMe doit
cependant plaider la cause de l'institution des règlements de la làçon la plus évi-
dente et la plus énergique.
Ce fait, si souvent cité depuis quelques années, que l'armée et la llotto anglaise
offï^nt un nombre de maladies vénériennes si excessif en comparaison de
celles de la Belgique et de la France, par exemple, fournit également une
preuve très-fhippante en ftiveur de la prostitution surveillée; car c'est dans sa
prostitution sans lois et sans frein, et point ailleurs» que l'Angleterre doit cher*
cher l'explication de ce triste phénomène.
n existe dans presque tous les pays de l'Europe une coutume très-peu rassa*
rante, c'est-à-dire : beaucoup de filles publiques ont leur viriteur particulier qui
vient les voir ches elles> et là, tout seul et sans contrôle, il procède à la visite une
ou deux fois par semaine. Ces messieurs délivrent en même temps un eertifieat.
En cas de maladie, et si les ressources de la malade lui permettent de se ftdre
traiter à domicOe, c'est ce même viriteur qui se charge ordinairement du traite-
ment. La plupart de ces cas échappent complètement à la police, et quand méine
elle en serait avertie, quelle garantie a-t-on donc contre la propagation uitérieme
de la maladie? aucune I
Je répéterai donc enctore une fois qu'il fliul que la pit)siitution soit pubHquo et
astreinte à des règlements administratife, à des vi^es obligaloires, et« en cas de
maladie, à l'entrée forcée dans l'hôpital.
D'ailleurs, ce métier de visiteur courant de son propre chef d'une prostituée à
l'autre est inéigiie du vrai médedn.
3* Il sera absolument indispensable que les policlmqueê 0ê Im âUpmmitts i'ékê^
Henmnt de tMUêr les nffècêUms vénéHminêê ùontagimues, et qu'ik aient seulement
soin de fiiire Imnlédlateineiit entrer ^ l'hêpital les malades de cette naturct
On me reprochera peut-être d'avancer im paradoxe^ lorsque je prétends que Us
tentatives faites par ces institutions pour guérir individuellement oed maladlesi
Contiibuent à les propager parmi le public;
Ori il faut se rappeler pendant combien dé temps parfois léâ affections blcn-
hori*hagiqués, et en général les affections syphilitiques, conservent leur principe
Contagieux (pour les premières, nous savons qu'il n'est pas facile de fixer d'époque
positive où elles cessent d'être contagieuses; pour les dernières, on peut sans
ÔWftl. -^ PttO^HYLAlLIË IKTËRMATlONAtE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. &15
doute la fixer à deux ans après les manifestations universelles^ quel qu'en ait ëtd
le Iraitement). Ajoutons à cela que ce sont principalement des personnes pauvres^
négligentes et débauchées qui fréquentent ces établissements gratuits^ où on laisse
ordinairement à l'appréciation des malades eux-mêmes s'ils doivent entrer à
l'hôpital ou se faire traiter ailleurs. Dans le dernier cas^ ils sont laissés sans con-
trôle à eux-mêmes et à leurs penchants. En présence de ces circonstances, il
semble hors de doute que ces malades doivent être des propagateurs très-actife de
Il maladie.
SI donc on veut arriver à un résultat positif par les mesures prises pour res-
treindre le mal vénérien^ il faut nécessairement arrêter les dispensaires dans
cette voie et détruire ce foyer d'infection en mettant tous ces individus hoi-s d'état
de nuire à la société^ soit par leur entrée dans un hôpital^ soit par l'obligation de
foomir la déclaration d'un médecin qui se chargera de leur traitement et garan-
tira que le malade ne contribuera pas volontairement à propager la maladie. Oi*^
cette déclaration étant de ftdt presque impossible à donner pour l'homme con-
sciencieux^ le malade sera le plus souvpnt obligé de recourir à l'hôpital. De plus^
il &adndt que ces attestations fussent soumises à la police de santé pour être
reconnues valables. H fondrait donc aussi que la police eût des fonctionnaires
attachés aux hôpitaux policliniques^ où l'on pourrait s'attendre à voir amver des
malades syphilitiques ^ pour prendre exactement note de leurs noms et do-
miciles.
En raison de la grande contagion de cette affection^ les enfonts atteints de
syphilis héréditaice entreront naturellement aussi dans cette catégorie.
ie prévois que ces propositions^ tendant à une organisation toute nouvelle et h
la création de nouveaux et grands établissements^ seront indubitablement reçues
avec hésitation^ peut-être même avec opposition, particulièrement en raison de
l'augmentation de frais que l'application de cette mesure imposerait à l'État et
aoi communes.
Mais^ examinées de plus près et exécutées d'après l'idée que je m'en suis faite,
rflea porteront peut-être moins d'ombrage. Or, je ne voudrais pas que les véné-
riens fussent admis dans les hôpitaux comme des malades ordinaires, pour y
recevoir seulement sans rien donner en échange.
Dans le fait, quel inconvénient y aurait-il à foire travailler ces individus?
Ce serait là le moyen de recouvrer une assez grande pariie de l'augmentation
<ie8 frais, ie pense qu'un malade adulte pourrait gagner au moins 50 centimes
par jour; en évaluant, par exemple^ le nombre des vénériens de la ville de Paris
^mis dans les hôpitaux à 10 000 par an, ceux-ci gagneraient pendant la'^même
«époque, par leur travail> 4 500 000 francs, en comptant trois cents jours ouvriers
par an. Cette sfômme subirait cependant une certaine réduction par suite de rem-"
péchemcnt de travailler, éprouvé de temps en temps par certains malades souf-
frant, par exemple, de douleurs violentes ou d'autres phénomènes; une autre
diminution proviendrait sans doute de ce que les mères admises pour soigner leurs
enfanfft syphilitiques, et essentiellement occupées de ces soins, n'auraient guèrâ
de teinps à consacrer au travail exigé dans l'intérêt de l'étahlissementi fin égard
à CCS réductiofaê)' noua fixerons done la valeur du travail jouroalier à BO centime^
par Dudade, dt noua obtiâtidlt>n8 ehcorë le produit eonsidérable do 900000 francs;
Considérons encore le fait suivaht. Pendant lés dix années de 1853 à 1869, lé
nombre dea malades vénériens tndtés à l'hôpitAl de TUiliversité pour le compte
de la commune de Christiania était de 1913, et les frais se sont élevés à 154 828
616 CONGBËS MÉDICAL INTERNATIONAL. — CINQUIËME SÉANCE DE lOtR.
francs. En supposant que ces 1913 malades eussent travaille pendant leur séjour
à l'hôpital à raison de ces 30 centimes par jour^ cette somme eût été diminuée de
27 196 francs (1).
Ces établissements, qui auraient le double but de guérir et de faire trayailler
les malades^ et qui, selon moi^ devraient se rapprocher des colonies des aliénés,
offriraient d'immenses avantages sous le double rapport hygiénique et thérapeu-
tique. Comme de raison, ils ne devraient pas être situés au centre des nombreux
bâtiments d'une ville, niais au milieu de la campagne. Et il n'existe sans doute
pas de nos jours de thérapeutiste qui ne préfère pour cette classe de malades l'air
lï*ais et sain de la campagne à Tair renfermé de l'hôpital.
11 y a actuellement peu de méthodes de guérison des affections vénériennes qui
exigent que le malade garde continuellement le lit, et^ excepté le traitement par
la « dérivation » et la « s^'phOisation », il n'y a pas non pins de méthode qui en-
trave k liberté des mouvements du malade. Mais^ conmie nous le savons et
comme elles le méritent, ces méthodes ne s'exercent que dans un cercle asset
restreint.
&® Dans tous les pays et dans tous les temps on s'est plaint et l'on se plaint en-
core continuellement que les soldats et les matelots contribuent pour une si grande
part à propager les maladies en question. Sans doute ces plaintes sont fondées,
mais elles retombent de tout leur poids sur les supérieurs de ces deux classes en
élevant hautement la voix contre le défaut de contrôle sous bien des rapports (2).
Le contrôle exercé sm* les hommes en garnison et en caserne doit consister en
visites régulières, fréquentes et minutieuses. Ces vL4tes devront être faites de la
part des médecins avec plus de soin qu'on n'en a généralement mis jusqu'à po-
sent. 11 serait aussi très-utile qu'un officier assistât à ces visites.
Les soldats au camp et les matelots en campagne doivent être visités lorsqu'ils
se réunissent et loi^s^u'ils se séparent; il doit aussi y avoir des visites intermé-
diaires, mais avec des intei*valles un peu plus longs que dans les garnisons. Quant
aux matelots, les visites doivent être un peu plus fréquentes pendant les six pre-
mières semaines après le départ d'une ville, à cause de la longue période d'incn*
bation du chancre infectant dans certains cas.
Il serait aussi très-bon de prescrire des bains continuels, surtout pour les gar-
nisons, et toijgours sous une surveillance médicale et militaii*e.
Autrefois j'ai entendu citer imc ville (Hambourg, je crois) où les règlement^
décidaient que la femme publique qui, en cas d'infection, se présentait d'cUe*
même à l'administration de santé, serait mieux tmtée et nourrie gratis à l'hôpital*
Après sa sortie, elle recouvmt son carnet plus tôt que celle qui ne fut reconnue
malade que par la visite publique, surtout loi*squ'on pouvait présumer avec quelque
vraisemblance qu'elle n'ignorait pas son état. Dans ce cas, le séjour de l'hôpital
fut moins doux; les femmes furent obligées de payer les frais de leur traitement,
et après leur guérison elles furent pendant quelque temps privées de leur
carnet.
(1) Au point de vue de rèconomie, il serait aussi très-important de faire généralemeot
adopter le traitement symptomalique (aussi appdé par erreur eipeetant) pour la syphilis vai*
vertelle. Depuis (|iielqttea années, ee traitement a toujours gagné de nouveaux partisai» 0»
Angleterre et en Franco ; je l'ai moi-même pratiqué à Chrialiania pendant les quatre demièrei
années, et i*ai obtenu les résultats les plus satisfaisants.
(2) Les marins dont je parle ici ne se composent que des équipages permantnls des m*
rines do guerre. Plus loin nous allons traiter des matelots de niariues marcbaiides.
OWRL — PROPHYLUIE INTEBNATIONÀLË D£$ UALADIES VÈNÉRIEMNBS. fti7
Si l'on voulait, selon les circonstances, appliquer de pareilles mesures aux
s'ildats et aux maiins, je serais dispose à croire à une amélioration.
ijuant aux matelots des flottes marchandes, la question est beaucoup plus
liifGcile à résoudre avec les lois actuelles; mais il est indubitable qu'en raison de
l'importance de cette question au point de vue de la santé publique, on pourrait
arriver à quelques changements. La statistique est impossible^ car les équipages
des navii'cs marchands constituent des foyers de contagion d'une puissance excep-
tionnelle.
Quelque désirable et quelque important qu'il fût d'empêcher, sous peine
d'amende pour le capitaine» tout navire arrivant de l'étranger ^ de communiquer
arec la teire avant que l'équipage tout entier eût été visité par un des médecins
de la police hygiénique (i), je n'ose pourtant pas faire de proposition directe à ce
<«ujet en raison de ce qu'une pareille mesure aurait» dans une foule de cas,
d'odieux et d'impraticable. Toutefois» si quelqu'un pouvait réussir à trouver une
fonue praticable pour des dispositions de cette nature et qu'il fût possible de les
faire adopter» il y aurait un grand pas de fait. Je me bornerai à appeler l'aiten-
\M)n publique sur cette question et à en faire ressortir l'importance.
Pour les navires en partance au contraire» les difficultés sont moindres» et il
serait fodle d'adopter des mesures asseas rassurantes. Paimi les papiers de bord»
chaque bâtiment est tenu d'avoii* un rôle d'équipage» dont on pouirait en mémo
temps faire un document pour la' police de santé» en ne permettant à amuu fuxvire
d'être expédié en douane qu'après la visite préalable de l'équipage et une annotation
faite sur le rôle d'équipage pm* un des médecins de l'administration sanitaire, consta-'
M qa*il n'a été découvert à bord auctme maladie contagieuse {notammetit aucune
offection vénériemie).
11 est naturel que cette visite devrait avoir lieu immédiatement avant le départ
du navire.
En cas d'ajournement du voyage et de nouvelles communications avec la terre»
il faudrait renouveler cette visite. La violation ou la non-observation de ces
dispositions devrait entraîner pour le capitaine une peine (amende)» à l'instar de
ce qui a lieu dans beaucoup de pays lorsque les rôles d'équipage ne sont pas dans
l'ordre voulu par la loi.
Les navires servant au transport des émigrants devront aussi être soumis au
contrôle, mais avec une discrétion toute particulière. Le meilleur moyen et le
moins choquant serait peut-être de défendre au capitaine» sous peine d'amende»
^e recevoii' à bord tout homme non muni d'une patente de santé autorisée. Ce
certificat devrait être présenté inmiédiatement avant le départ, autant que possi-
ble le jour même du dépai't. Si parmi la paiiie féminine des émigrés» il se trouvait
des personnes d'une mine douteuse ou d'une mauvaise réputation notoire (ce
4ui pouira arriver très-facilement» les filles publiques émigrant souvent)» la po-
lice de santé» chargée de l'inspection directe et générale des pasagcrs api'ès l'em-
liarquement» devra exiger des femimes de cette nature un ceiiificat d'un de ses
propres médecins avant de consentir à son départ.
(1) Peut-être pourrait-on pour cette visite obliger le navire à payer un pellt droit, qui ser-
^t à rembourser en partie à la commune les honoraires de ces fonctionnaires. Plusieurs
nùioDs parlent cependant pour la gratuité de ces visites, cette mesure étant pour ainsi dire
dans rintérèt exclusif de la commune ; comme une charge nouvelle pour le navire, cette dis-
poiition, d^à gênante, serait reçue avec indignation.
27
2ii8 GONGBfcS MÉDICAL INTERNATIONAL. — ClNQUlfeUrS SÉANCE 1>E JOUR.
il 110 sera guère possible d'ùiiposcr des visiter fbrct^es à ranîvëc du navire à
soii lieu de dastination. Toutefois^ dans le rapport pi-ésciité aux autorités sanitain»*
du lieu sur l'état des passagers et de l'équipage, le capitaine sera exprcssimcnt
tenu de dénoncer exacteniettt les cas vénériens qui pourraient exister à boiii et
qui seraient parvenus à sa connaissance. 11 lui sera d'ailleui's enjoint de s'en
enquéiir.
11 serait sans doute utile de faire insérer, dans le règlement pour les na\iix'!'
chargés du lranspoi*t des éoiigi'ants, cette paiiie de mes « propositions à la Com-
mission sanitaire h Christiania » ci^jointes, qui traite des dispositions pénales ptjur
celui qui, bien que connaissant sa maladie, la communique à d'autres, el de
foiiis porter ce règlement à ta connaissance des passagers et des équipages.
l^*des mesures de cette natui*e, la connaissance du danger attaché aux affec-
tiotis vénériennes pénétrerait peu à peu dans la conscience des matelots. La
double crainte de ce danger et de la punition les rendrait indubitablement plus
attentife à eux-mêmes^ et contribuerait par cotiséquent essentiellement à rc^^
Ireindi'e la propagation de ces n^aladies> dont un nombre assez grand s'introduit
par cette voie.
5* L^exercioe presque illimité et ti^ peu contrôlé de la thérapeutique, li\Têe
dans beaucoup de pays à l'exploitation ti'individus non autorisés et non qualifiés.
ne contribue pas peu à la propagation des maladies vénériennes. Si les gouver-
nements ne songent pas à ari'éter ces empiriques, toutes les autres mesurer
d'itygiène et de restriction n'atteindront que très-hnparfaitement leur but. i.cf
nombreux chaiiatans, de « spécialistes »« de docteurades ports, de pharmaciens
praticiens, etc., travailleront toujom*8 dans un sens contrBii*e à l'intérêt général.
Or, le médecin exclusivement homme d'affaires est un mauvais citoyen et nul-
lement philanthrope : toutes ses actions ne sont inspirées que par Tëgoîsmc le
plus matériel.
Tons les malheurs^ privés et les grandes pertes d'argent dont ces messieurs sont
seuls auteurs ne sont que trop connus; ce n'est pas d'ailleurs ici que nousdc^'oiif
traiter celte face de leur vile et dangereuse action.
V^u'on n'oublie pas au moins de faire tarir cette source d'infection, autorisé:
jusqu'à présent ! Quelque indirecte que soit son action, elle a cependant tonte
l'iiiiportaiice d'un vrai dispensaire de la contagion.
La gi'avité de ces paroles sera sans doute reconnue pai* tous ceux qui connais-
sent un peu les mystères des grandes villes, et surtout des grands ports de nier,
coiDOie Londres, Liverpool> New-York, etc.
Le bteil public réciante impérieusement que l'état prenne le rôle de protecteur
et de tuteur du peuple contre cette classe d'industriels.
Enfin je ne dois pas omettre de faire observe)" que les médecins pourront puis-
samment soutenir parmi leurs clients la police de santé publique en se confor-
mant à l'invitation ronfemiée dans les propositions ci-jointes que j*ai présentées,
il y a quelques années, au chef de l'hygiène de la ville de Christiania. Les me-
sures et les exhortations au public "de la part de Tadministration sanitaire que
j'y ai indiquées ne pourront non plus faire autre chose que de Contribuer à r05-
treinére les s^ffcctions vénériennes.
Mais, sur ce point, il faut que tous aient franchement et loyalement pour but
le Tncn commun, et fli est sans doute permis de supposer cet esprit chc« le uiê-
decin probe et huuiahi, mais non chez le praticien purciueut homme d'affaÎJi».
0\Vft£. — PROPIIYLAXIB INTERNA TIONALB DBS MALADIES VÉNÊRIBNNE& /il9
On trouvera un petit compte rendu de la prostitution à Christiania dans l'eu-
>Tagc de M. Parent-Duch&telet : De la prostitution de la ville de Pans, 4857. Les
dispositions de cette époque sont actuellement suppléées et un peu modifiées :*
ainsi, la visite de toutes les filles publiques a lieu deux fois par semaine ; en cas
de maladie^ elles entrent à l'hôpital immédiatement après la visite sans même
avoir pu communiquer avec leur domicile ; il n*est permis à personne de se faire
M)igner à domicile (1).
IVrar servir d'appui à mes obsen^tions^ j'appellerai tout particulièiiement
l'attention sur les débats qui ont eu lieu ce printemps dans « the Harveian So-
cietv »^ à Londres^ sur des questions qui s'y rattachent.
COPIE d'une lettre au médecin de la ville de curistiania.
ft Monsieur le médecin de la villc^
D Dans l'espoir de pouvoir contribuer à diminuer jusqu'à un certain point
la propagation des maladies vénériennes, j'ai l'honneur de soumettre à votre
eiamcn les propositions suivantes dans le but de les faire adopter peut-être à
Christiania.
> A. — Six dispositions qui devront être affichées dans les différentes pièces
des maisons publiques :
« 1* Toute prostituée aura son carnet ou livret de police. Si, sur la demande
'{ui lui en est faite, elle ne peut l'exhiber, personne ne doit avoir affaire
avec clic.
» 2* Dans chaque chambre, il y aura toujours de l'eau propre, du savon et un
e^uie-mains.
» y Les ^^sitcurs sont avertis qu'en lavant soigneusement le pénis, tant exté-
iieurement que sous le prépuce, et en urinant immédiatemeid après la copula-
tion, on peut ti'ès-souvenl écarter la contagion dans des cas o(i autrement on y
serait exposé.
» 4* Tout homme et toute femme, convaincus d'avoir sdemmeni communiqué
la maladie en cherchant ou en ne refusant pas coït, s'exposeront à toutes les ri-
gueurs des lois.
» 5" En négligeant l'observation* des règles prescrites par les articles 1 et 2,
Ic^ femmes publiques seront punies en cas de dénonciation à la police ou lorsque
ccllc^i sera parvenue à découvrir cette inobservation.
B 6* Celui qui enlève, détruit ou salit le présent règlement sera poursuivi pai*
la police en cas de dénonciation. Autrement, la femme habitant la chambre en
>era responsable.
« Signé : la Police sANrrAiRE de Coiustiania. t> ,
OBSERVATIONS.
Al "Art. 1.— En règle générale, le livret est remis au médecin chargé des visites
\i) M. le professeur Boecli m'a prié de fadre observer que les rensfiignements sur la pros-
titution a ChriaUania, qui se trouTent insérés dans l'ouvrage de M. Parent-Ducbàtelel, lui ont
été cofflBiuiiiquét par M, le docteur 0. Land, qui a été pendant plusieurs années chef des
élites poUiques.
U20 CONGRkS MÉDICAL INTERNATIONAL. — CINQUIËMB SÉANCE 0£ JOUR.
à l'époque de la menstruation et à la découveile de phénomènes de caractère
douteux^ sans qu'on puisse positivement aflirmcr qu'ils sont de nature infcc-
*tante. U se présente ici une grande question» ù savoir si la prostituée, dans
Teiercice de son trafic, n'aurait pas le di*oit de réclamer son livret aussitôt après
la cessation de la menstruation ou des phénomènes suspects. Pai* la privation du
carnet, elle pourra risquer de voir suspendre sou trafic pendant quatre joui*s ij^ar
exemple de samedi à midi jusqu'à mercredi au matin), la visite publique n'ayant
lieu que le mercredi et le samedi. Il devrait donc être permis à la ûlle publique
de réclamer le livret, soit directement au médecin de la police sanitaire, soit à
la police même. Ce dernier procédé me semblerait préférable. Mais il faudnit
* naturellement en ce cas faire appuyer la demande d'un certificat du médecin
constatant que la fille est parfaitement saine.
Après chaque visite, les livrets deM*aient donc être ti'ansmis à l'administratioa
de la prostitution .
E)n considérant que les filles publiques payent très-cher leur logement et leur
nourriture, on doit leur faciliter autant que possible l'exercice de leur commerce
légal.
Aux Art. 2 et 3. — 11 est vrai qu'on trouve généralement dans les chambres ce?
objets, mais le plus souvent en désordre et imparfaitement. Une injonction po-
sitive engagerait les prostituées à plus d'exactitude à cet égaixi ; peut-être môDic
qu'averties et convaincues de l'utilité des avis donnés à leui-s visiteurs^ elles le» inci-
teraient à l'observation de cette propreté qui serait en même temps une garantie
pour elles-mêmes.
Par plusieui's raisons, il serait mal à propos d'enjoindre aux filles d'avoii' daib
leurs chambres delà solution de chlorure de chaux, de l'acide acétique dilué, etc.,
et complètement superflu, si l'on y trouve du savon qui écyme facilement.
On pourrait faire à l'article 3 cette objection, que ces avertissements au public
contiibueraient à donner à l'immoralité une nouvelle impulsion. C'est là en
vérité une objection de peu depoilée; cai' l'observation de cette précaution ofTiim
seulement la possibilité d'éviter la contagion, mais elle ne donne aucune garan-
tie positive. La plupart des visiteui*s sont d'ailleurs dans des dispositions d'esprit
à ne pas penser du tout, ou au moins à ne pas fah*e grande attention à ces pré-
cautions prései'vatives. Dans ces circonstances, ce sont principalement les lille>
qui pomix>nt prêter leur assistance, surtout si cela leur a été enjoint lors de leur
inscription.
Il ne seri à rien de dire que la maladie est une punition bien méritée qn en-
traîne d'elle-même la débauche^ car les hommes^ quoique bien avertis de^
risques qu'ils courent, n'en restent pas moins libertins.
Tant que la prostitution publique continuera à êti*e un mal nécessaire [et il
faut qu'elle soit publique dans toute l'acception du mot, eu égard surtout aa
contrôle plus facile de la part de la police), il est aussi du devoir de l'adminL^-
tration hygiénique de rendre les conséquences du mal aussi peu nuisibles à 1>
société que faire se peut.
La prophylaxie est le but définitif de l'hygiène.
A TArt. U> — Il faut donc absolument que le bras de la loi atteigne celui qui, dt'
propos délibéré et en parfaite connaissance de son état, répand la maladie u*ne-
rienne. Cette phrase morale si ronflante que <( celui-là seul est atteint, qui s cv
se u la contagion »> ne saurait se maintenir devant le tribunal de Ihygièflc*
OWRE. — PROPHYLAXIE INTERNATIONALE DES MALADIES VËNÂRIENNES. /|21
Dans beaucoup de cas d'ailleurs, elle n'est pas vraie. L'hygiène publique réclame
impcricusement qu'on attaque directement le mal et son auteur. Il faut donc
\i^r de la plus gmnde rigueur envcre les personnes infectantes.
Or, ce n'est qu'en faisant profondément pénétrer dans la conscience du grand
public la conviction de la culpabilité, qu'on pourra s'attendre à voir restreindre
sensiMement la propagation des maladies vénériennes et faire disparaître de
>ottes et dangereuses idées, comme celle-ci : « Qu'on se délivre de la maladie
vénérienne en se livrant au coït avec une vierge intacte. »
Les pei-sonnes qui professent de semblables idées ne doivent-elles pas être
jugées dangereuses pour la société ? Elles peuvent provoquer au sein des familles
plu!» de malheurs que maint criminel impitoyable puni de bagne et de prison
pour des vols insignifiants avec récidive.
On m'objectera peut-être qu'il sera difficile de découviir ces personnes infec*
Untesy surtout parmi les hommes. Cela est bien vrai ; parfois cependant on
pourra y réussir, et c'est déjà là un grand avantage.
Quant aux femmes publiques, il est vrai qu'on les surveille assez exactement
parle moyen des visites publiques; toutefois il peut airiver qu'une tille, infectée
dans l'intervalle de deux visites, puisse communiquer son mal à d'auti*cs. Elle
Dc devia pas échapper à la punition si elle a fait part à quelqu'un de son état,
et qu'on puisse lui prouver qu'ensuite elle a consenti au coït, et par là propagé .
la maladie. Toutefois, dans la plupaii des cas, il faudrait user de quelque ména-
gement envers les femmes, attendu qu'il leur est plus difficile d'obsener leur
mal.
Il me semble que le remboursement des frais de traitement des personnes
infectées devrait être la punition la plus douce pour les coupables.
AUTRES MESURES TENDANTES AU MÊME BUT ET DONT L ADOPTION SEMBLERAIT
ÉGALEMRNT DÉSIRABLE.
B. — Pour le$ malades tt'oUés à l'hôpital.
« Invitation à (nom).
» Attendu qu'il arrive assez souvent que des personnes traitées pour des affec-
tions vénériennes peuvent encore, par suite de récidives, communiquer le mal,
surtout dans le premier temps après le traitement, on vous prie de vous visiter
scjîgncusement vous-même ou dc vous faii*e visiter de temps à autre, et, dans
le cas dc phénomènes positifs ou douteux, de les faire examiner aussitôt par les
médecins de cet hôpital, ou par un des médecins de la police, ou par le médecin
des pauvres de votre district.
» Signé ; la Police sanitaire, »
Argumentation :
il serait cciiainement très-utile de faire remettre cette invitation, à la sortie
derhdpital, à chaque malade traité pour maladie vénérienne.
Il serait trop embarrassant et trop coûteux de faire tenir cette invitation aux
prostituées à chacune de leurs sorties de l'hôpital; il suffirait sans doute pour
elles de faire afficher une admonition de cette natui*e dans les salles de l'hôpital
oii elles sont reçues.
A22 CONGBÈS MÊDICiL INTERNATIONAL. — ClNQUlfeUB SÊANCS DE JOUA.
Dans l'intërêt du public^ il serait également bon de faii*c poiler sur ces affiches
(et invitations) les noms, adresses et heures de réception des médecins de la
police et des pauvres.
G. — Pour les malades traUés à domieUe.
a Invitation à (nom).
» Nous appellerons votre attention sur les points suivants :
» V Le paragraphe 21 de la loi sanitaire du 16 mai 1860 donne pouvoir à h
police de santé ou aux autorités en général de faire intimier dans les hôpitaux
les pei*sonnes atteintes de maladies malignes, dont on aurait à craindre la pro-
pagation par la contagion, et ne pouvant se faire soigner cowenablement dam
leur propre domicile ou dans une maison privée.
» 2* La police se propose de vous faire poursuivre en justice si Ton déceum
que, pendant le traitement ou en généi*al sciemment, vous auriez communiqué
la maladie à d'autres pei*sonncs. Les médecins sont invités à en informer l'ad-
ministration d'hygiène publique.
» 3" Il arrive assez souvent qu'après avoir été traité pour des maladies vén^
ricnnes, on peut, en cas de récidive, en infecter d'autres, surtout dans le premier
temps après le traitement. Nous vous engageons donc à vous examiner attentive-
ment vous-même ou à vous faire visiter de temps à autre, et, dans le cas oîi il
se présenterait des phénomènes positif^ ou douteux, à vous adresser aussitM à
votre médecin.
» Signé : la Police de SAifTÉ. »
Argumentation :
La circulaire de la Commission sanitaire du 25 août 1863 (dont ci«joint copie)
a sans doute fait beaucoup de bien en appelant l'attention des médecins sur la
nécessité d'inviter leurs malades à la prudence dans leurs rapports avec d'autn^
personnes et à l'abstinence absolue du coït. Mais un conseil de cette nature
s'oublie vite, et à peine le malade a-t-il perdu de vue son médecin, que «on
admonition lui est déjà sortie de la mémoire.
Je ne cesse d'exhorter mes malades de cette classe à mener une vie rangée,
au moins pendant qu'il existe encore des phénomènes contagieux ; néanmoins
beaucoup d'entre eux se sont livrés au coït au milieu de leur traitement.
Ces malades me font en général leurs confidences, et ayant toujours mon
attention fixée sur la possibilité d'excès in venere, et poussant ordinairement met
recherches dans cette direction, je parviens souvent à découvrir la vérité Ior
même que l'état du membre ne semble pas l'indiquer.
D'autres médecins ne conviendront peut-être pas avec moi de la fréquence de
ces excès ; mais je déclare positivement que cela provient de ce qu'ils n'ont pas
prêté assez d'attention à la question.
Je crois donc qu'il serait très-utile que les médecins pussent communiquer
une pareille invitation à leurs malades vénériens privés. On peut être assuré d'a-
vance que le contenu en seiuit étudié avec soin, et que leurs camarades le dis-
cuteraient et y réfléchiraient. 11 n'y a rien que le public désire autant explorer
et connaître que le terrain vénérien; si donc on s'apercevait que ceux qui com-
muniquent la maladie sont quelquefois attrapés et atteints paroles dispositioDS
(le la loi pdualCj U e»t permis de croii^c, a,Yoç quelq[uc cciiitude, que lcuy%
pajeils liprouvçraiant une crtûntQ BAluUire^ ot qu'«^u moipi quelquos.-unfi
d'entre eux (^yiiement le cott tant qu iU porteraient en qiu la contagion*
COPIE DE LA aRCULAlRE PRÉrjTÉE DE I^A COMMISSION l»E SANTÉ DE CHRISTIANIA.
a De la part de la Commission sanitaire,
» A Monsieur le docteur,
■ Attendu qu'il s'est présente des cas oti 11 y a lieu de pi'dsunim^ quê la maladie
vénérienne a été propagée par des malades pendant qu'Us ont été traités par des
médecins privés, et attendu que, de plusieurs cûtés^ on t'est plaint de yelpftos
penonnes portant des traces manifestes de la maladie fréquenter las lieux
publics, les sociétés, etc.^ à la ihiyeur et au scandale du monde, la Commission
froit devoir appeler votre attention sur le paragraphe 21 de la loi sanitaire du
f6 mai 1860, en vous priant, monsieur, de vouloir bien Adre eonnattre ank
nttlades vénériens, parmi vos clients privés, les précautions exigées par un trai-
tement comenable sous le rapport sanitaire, et les avertii' qu'en cas dHnobaervatlon
manifeste des mesures de précaution ainsi prescrites, la Commission sanitaire
insistera pour qu'ils soient internés dans un hôpital conformément aux disposi^
tions dudit paragraphe.
> La Commission ne doute pas, monsieur, que vous ne lui prètiei toute Totro
iis»Utance dans cette question si importante pour la santé publique.
I» Christiania, le 25 août 1863. »
D> ^ InvUation adressée awo médecins jMir Vadministratim de Vhfgiène publiquff,
i
« Monsieur le docteur,
» En vous transmettant ci-inclus une invitation h vos malade? vénériens privo-sj
^oir C), la Commission vous prio, monsieur, de vouloir bien on délivrer un exein-
plairo à chacun d'eux au commencement de leur tmitemcnt»
■ U Commission vous priera également ;
» !• D'exhorter très-sérieusement vos malades à s'abstenir absolument du coït
ptmdant le traitement, a6n d'ériter la propagation de la maladie.
» 2* De dénoncer le malade qui aurait transgressé cette défense, que la
nialadie ait été propagée ou non par sa faute.
» 3" De rechercher minutieusement où le malade a été infecté, et d'en avertir
la police.
» De plus, la Commission a l'honnour, monsieur, de rappeler à votre souvenir
l'Uirculaire de la Commission sanitaire du 25 aoiit 1863. »
Argumentation :
Cette lettre, en partie d'accord avec la circulaire de la Commission sanitaire
<la 25 août 1863, s'en sépare dans uii point essentiel, en engageant directement
les médecins h dénoncer ù la police les personnes qui propageraient la maladie
ou qui n'observeraient pas les règles données par T Administration sanitaire. Il est
^24 CONGHÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — aNQOIËME SÉANCE DE JOCB.
vrai que cela a déjà été fait en partie; toutefois il serait possible qu'on y mit plus
de sévérité et d'exactitude du moment que l'invitation indiquerait positivement
les points sur lesquels on désirerait particulièrement appeler l'attention des
médecins pour en obtenir des renseignements.
Je me tromperais foH si les médecins n'assistaient pas dans cette affaire la
police de toutes leurs forces et de tous leurs moyens. Ce qui contribuerait sans
doute puissamment à éveiller leur attention, c'est l'invitation à leur clientèle
jointe à la lettre.
11 faudrait que les médecins eussent constamment en leur possession cette
invitation aux malades, pour leur épargner la peine de l'envoyer chercher.
A Christiania, où le fecrétaii*e de la police sanitaire fiait distribuer aux médecins
les imprimés à remplir pour annoncer les épidémies, la distribution de ces invi-
tations pouiTait sans inconvénient se faire par la même voie.
Les tableaux des maladies épidémiques, renfermant aussi les nouveaux cas de
maladie vénérienne, sont envoyés chaque mois à ce fonctionnaire par tous les
médecins. C'est donc lui qui serait plus que tout autre à même de fixer le nombre
d'exemplaii*es qu'il faudrait envoyer à chaque médecin.
En adresser un nombre égal à tous les médecins, ce serait inutilement
augmenter les frais.
M'occupant depuis plusieurs années de ces questions, je suis de plus en plus
convaincu de la nécessité de consacrer et de maintenir pendant longtemps dans
leurs charges les fonctionnaires attachés à la police pour sui*veiller cette branche
du service. La connaissance des pei'sonnes et des choses fiiciliterait essentielle-
ment les travaux de l'Administration sanitaire pour arriver au but qu'elle s>st
proposé.
11 m'est impossible de flxcr exactement les frais qu'entraînerait l'applica-
tion de ces mesures; mais quand même il n'y aurait par an qu'un seul individu
qui échappât à la contagion, les frais seraient compensés par ce résultat. Nous
savons tous bien combien les personnes atteintes d'une syphilis constitutionnelle
peuvent coûter à la commune.
J'ai conséquemment l'honneur de recommander de la manière la plus instante
l'adoption très-prochaine de ces invitations publiques ou d'autres analogues rela-
tives aux maladies vénériennes. Ce n'est qu'en ouvrant les yeux du public sur
cette question, et en faisant bien comprendre aux masses sa grande importance,
qu'on pourra espérer attaquer vigoureusement ce mal universel.
11 faut en venir aux actions ; on s'est trop longtemps contenté de paroles!
GOMBEST— PROPHYLAXIE INTEBHATIONALfi DBS MALADIES VÊN&RIENNES. A25
PRIMKT
DAliS i.K BVT DK RBSTRElIVDIIi: Mj\ PROPAeitTIOW
DES MAIiADlES VÉNERIE
PAR M. LE DOCTEUR COMBES (DE PARIS).
Messieurs,
La question soumise aux délibérations du Congrès peut être envisagée à un
double point de vue : il y a dans le siyet qui va nous occuper une question de
propbylaxie générale avec toutes les mesures administratives qui peuvent s'y
rattacher, et une question de curabilité avec toutes les réformes, tous les éta-
blissements nouveaux auxquels peuvent donner lieu de nouvelles méthodes de
traitement.
Je ne m'occuperai pas de la première manière d'envisager la question; je me
contenterai de vous dire que, d'après moi, le remède préventif ne se trouve pas
dans des mesures administratives tendantes à réglementer la prostitution, car le
caractère essentiel de celle-ci est d'échapper à une vigUance administrative qui
devrait ne laisser rien à désirer pour faire senth' ses bons effets sur la santé pu-
blique. La prostitution ne peut pas être réglementée dans un pareil degré de
perfection, sans quoi elle cesserait d'être la prostitution.
La solution de cet important problème de prophylaxie se trouve bien plutôt
pour moi, d'une part, dans l'abolition du contrôle médical qui pèse sur les pros-
tituées, conti*ôle dégradant parce qu'il est obligatoire, et insuffisant puisqu'il
n'atteint pas son but ; d'autre part, dans une éducation saine et vigoureuse, qui
apprendrait au jeune homme que sa santé relève de celle de ses aïeux, et que
celle de ses enfants relèvera de la sienne ; enfin, dans le parfait gouverne-
ment de soi-même qui, en inspirant à la femme aussi bien qu'à l'homme le sen-
timent de sa propre responsabilité, rend un chacun soucieux de sa santé et de
ses actes.
Je m'occuperai seulement, messieurs, des moyens qui me paraissent les meil-
leurs pour guérir la maladie syphiUtique, et des établissements à instituer pour
rendre la guérison de cette maladie, radicale, sans empoisonner la populaticm par
une autre maladie aussi grave que la vérole, héréditairement transmissible
comme elle, la maladie mercurielle.
Les maladies vénériennes ont deux grandes voies de transmission, l'hérédité
et les rapports sexuels; et leur propagation devient excessive, parce qu'on ne les
guérit pas, ou qu'on les guérit incomplètement.
Sans entrer dans l'examen détaillé des causes d'un pareil fait, il est cependant
utile de dire que très-souvent l'impuissance de la médecine se trouve lai'gement
expliquée par l'union malheureusement trop fréquente de la misère et de la
maladie.
Quand donc j'aurai développé devant vous les moyens à employer pour guérii*
radicalement la maladie vénérienne, je n'aurai rempli qu'une paiiic do tua
tàclie^ et il me restera encore h vous signaler le moyen que je considère comme
le meilleur pour mettre le remède à la portée des classes nécessiteuses.
Si vous donnez votre imposante sanction au projet que je viens vous soumettre,
le Congi^ès de Paris restera doublement mémorable, pour avoir été le premier
congrès international de médecine, et pour avoir résolu une des questions les
plus importantes qui puissent intéresser la santé publique.
Je suis du nombre des médecins qui pensent que la syphilis peut être guérie
sans mercure. N'allez pas, je vous en prie, messieurs, me prendre pour un syphi-
lisateur ; je ne suis pas plus paiiisan de la syphilisation que de la thci*apeutique
mercurielle; je n'ai s^philisc aucun de mes malades, je ne les ai point traités
par le mercure, et cependant je puis me flatter d'en avoii* guéri un assez bon
nombre par l'emploi méthodique des simples moyens hygiéniques.
liOrsqu'on professe une idée comme celle que je viens d'émettre, en opposi-
tion avec la maniera de voir d'hommes savants et recommandables, on a pour
devoir de Ikire connaiti'e à un public d'hommes compétents cmnnic vous loii
motifs sur lesquels s'appuie une pai*eille cioyance.
Au heu de donner à cette courte communication une forme dogmatique, il
m'a paru préférable de rappeler sommairement les observations et les voies loeh
ques qui m'ont amené à avoir une pareille conviction.
Comme tous les médecins de la Faculté de Paris, c'est à Thàpital du Midi et à
l'hôpital de Lourcine que j'ai étudié les maladies vénériennes. Je dois vous
avouer qu'après une étude clinique impartiale, je sortis de ces hôpitaux avec de
très-grands doutes dans l'esprit à l'endroit de l'efficacité des mercuriaux dans les
maladies vénériennes.
Ces doutes ne firent qu'augmenter quand, voulant étudier les maladies cuta-
nées dans leur ensemble, je fï*équentai les cliniques de l'hôpital Saint-Louis. Le
premier fait qui me frappa dans cet hôpital (Vit la place qu'occupaient les acci-
dents pi'ompts ou tardifs de la syphilis dans le cadre des maladies de la peau.
Les malades atteints d'accidents qui pouvaient être rapportés à la syphilb
avaient quelquefois subi un traitement mercuriel ; d'autres fois, ils n'avaient pas
pris de mercure; enfm, dans d'autres cas, ils ne pouvaient pas donner de rcn«
seigncments positifs sur le traitement auquel les avalent soumis leuiK médecin».
En même temps que je faisais ces observations, je remarquais aussi que la
syphilis était d'une gravité bien moins grande dans la classe riche que dans la
classe pau\Te. J'observais que la saison chaude sans aucun traitement guérissait
quelquefois des syphilis assez graves. Je voyais certains accidents augmenter
d'intensité pendant l'hiver.
Dans tous les cas, je remarquais que loraqu'on parvenait à maintenir la
fonctions de la peau dans un état de bonne activité, les symptômes alarmants
disparaissaient, et la vérole s'usait d'elle-même dans l'organisme sans donner
lieu à des accidents redoutables.
A cette môme époque, quelques personnes ayant subi inutilement un traite-
ment mercuriel pour des maladies vénériennes me confièrent leur santé. Je
me trouvai en face de cachexies mercurioUcs greffées sur des accidents syphiliti-
ques; mon procédé thérapeutique consista, dans ce cas, à rendre à la peau une
activité considérablement diminuée sous la double influence do la syphilis et du
mercure.
J'arrivai à ce résultat par une médication externe consistant en douches froides
COMBCa. ^ PaOPBYLAXIB INTfiliNATlONALE DES MAtADICS VÊMÊai|NNfiS. A23
reconstituantes, La santé se rétablit à merveille, et met malades n'em'ent qu'a se
féliciter d'un pareil traitement.
Cet faits-là, messieurs, je les relatai dans une thèse inauguitde que j'eus
l'honneur de voir présidée pai* le professeur BouiUaud, actuellement pi^ésident
de ce Congrès.
Permettefr'moi de vous rappeler une des eonclusions de ce travail en relation
fort directe avec le sujet dont je m'occupe. Je disais, page 27 (1) :
« L'emploi de l'eau lh>ide en douches et lotions complète utilemont le traite-
ment de la syphilis par les composés mercuriels. »
Puisque, par certains procédés hydrothérapiques^ associés à une bonne alimen*-
tation et à d'autres mesures hygiéniques, puisque, dis-je, j'avais triomphé de dou-
bles accidents syphilitiques ci mercuriels, pourquoi ne triompherais-je pas do
simples accidents vénériens. Je me préoccupai donc plus que jamais, dans la fin
de 18Ô1, dans le courant de l'année 1863 et dans le commencement de 1863,
de préciser le traitement de la vérole pai* les simples moyens hygiéniques.
Je ne tardai pas à remarquer que les douches employées comme médication
excitante de la peau étaient loin de sufGre; qu'il fallait alterner l'emploi de ces
douches avec celui de bains de vapeur.
Qu'il fallait graduer la température des bains de vapeur suivant les cas parti-
culiers,
Qu'il fallait que, dans la très-grande migorité des cas, la température de
ceux-<i ne dépassât pas 38 degrés centigrades, température du sang.
Qu'il fallait débuter, dans l'emploi des bains de vapeur, par une température
de S2 degrés environ, et qu'il ne fallait arriver que progressivement à la tem-
pérature de 38 degrés.
Qu'il fallait en distancer l'emploi de manière à ne pas affaiblir le malade.
Qu'il fallait associer à l'emploi des bains de vapeur le massage, comme le
moyen le plus puissant pour régulariser la circulation capillaire, et pour empo-
cher les dépôts plastiques interstitiels, germe de toute espèce de tumeur syphi-
Utiqae.
Qu'il fallait avoir recours, de temps en temps, à des bains tièdes très-prolon-
gés et accompagnés de frictions savonneuses, de manière à produire un eiTet
tonique et sédatif, et à maintenir les pores de la peau dans un état d'excessive
propreté.
Qu'après les bains, soit tièdes, soit de vapeur, les malades devaient boire un
ou deux grands verres d'eau, de manièi*e à produire une espèce de lavage du
sang, et à fournir à la transpiration cutanée son élément aqueux.
Que la meilleure alimentation consistait dans un régime mixte de bonne viande
et de végétaux.
Que le café devait être proscrit et remplacé par le thé, qui favorise la transpi-
ration cutanée et permet de résister an froid humide.
Tavais pour habitude, toutes les fois que le soleil échauffait l'atmosphère, de
recommander au milieu du jour la promenade u mes malades.
Je les engageais, au contraire, à garder la chambre toutes les fois que le temps
était froid, humide et brumeux, et que le degré de température restait inférieur
à 15 degrés centigrades, et, dans ce cas, sans appareil gymnastique, je leur
(i) De tempiai de Ceau ftnnde à Vextérieur comme moyen hygiénique et recon^tiiunni ,
lUie, 1861, p. 97.
ft28 G0N6BÈS MÉDICAL INTEBNAnONAI. — CINQUlfcllË SÉANCE DB lOVB.
prescri^'ais de se livrer^ pendant une demi-heure, à des mouTcments détermi-
nës, tâchant ainsi d'amener une transpiration actiye*
Je ne pus pas, comme je l'aurais désiré dans certains cas, employer sur mes
malades les bains d'air comprimé, à cause de l'absence de ces appareils dans
notre capitale ; je considère cependant ce moyen comme excessivement propre k
dépui-er le sang en l'oxygénant et en activant les phénomènes de combustion des
matières organiques.
J'obtenais aussi quelques résultats avantageux en combinant, à tous cos
moyens, l'emploi de l'hydrofère, cet ingénieux appareil de pulvérisation pour
bains généraux, que nous devons à Mathieu (de la Drôme). J'en retirais surtout
de bons effets dans les formes dartreuses de la maladie vénérienne.
Quand j'avais à traiter des personnes grasses, obèses, qui se trouvaient sous
l'influence de la syphilis généralisée, je cherchais, par tous les moyens du
domaine de l'hygiène, k amener chez les malades un amaigrissement physiolo-
gique qui n'altérât en rien la santé; j'arrivais à ce résultat par une sorte d'en-
trainement analogue k celui qui se pratique sur les jockeys dont on veut dimi-
nuer le poids. J'alimentais, dans ce cas, les malades avec de la viande, et je
diminuais les proportions alimentaires de corps gras et de matières féculentes, en
môme temps que j'avais recours aux bains de vapeur et au massage. Je mainte-
nais ainsi les vénériens sous l'influence de cet amaigiissement pendant deux ou
trois 'mois environ, quelquefois plus longtemps. Ainsi disparaissaient les sym-
ptômes gi*aves, et le malade, quoique maigri, avait plus de force ; il suffisait alors
de le remettre à son ancien régime, de supprimer les bains de vapeur et le mas-
sage, de les remplacer par les douches froides, pour voirie nuilade l'éprendre son
embonpoint.
Tout ceci se passait d'autant mieux que le malade était plus jeune et le tem-
pérament plus malléable.
Permettez-moi maintenant d'insister sur un point que je considère comme
essentiel.
Aucun des moyens que je viens de vous indiquer n'est suffisant, si vous le
considérez isolément, pour guérir les maladies vénériennes; c'est uniquement
dans l'emploi rationneUement combiné de tous ces divers moyens que vous trou-
verez une efficacité réelle ; il faut avoir une manière de faire dépourvue de tout
empirisme ; se rendre bien compte, avant tout, de l'efTet physiologique qu'on
veut produire dans l'organisme, et demander la production de cet efTet à un des
moyens mentionnés ; enfin, varier l'emploi de ces moyens suivant l'âge, le seie,
le tempérament, la saison et les formes maladives.
Je pus arriver ainsi k quelques guérisons très-remarquables ; dans tous les
cas, il était évident pour moi que la guérison du mal vénérien s'obtenait en
maintenant, par tous les moyens possibles, les fonctions cutanées dans toute leur
intégrité, en activant artificiellement cette importante fonction, en nudntenant
les malades dans un mUieu de chaleur convenable pour arriver à ce résultat.
En même temps que je faisais ces études d'hygiène thérapeutique, je me
livrais à quelques rechei*ches historiques sur l'emploi du mercure dans les ma-
ladies vénériennes, et j'amvais à reconnaître que, si Boerhaave n'avait pas été
le premier k employer le mercure dans le traitement de la vén)le, il avait du
moins mieux précisé qu'aucun autre l'emploi d'un pareil remède. Cet fllustre
praticien donnait le mercure en quantité dans les maladies syphilitiques, et il
COMBES. — PfiOPHYLAXtE INTERNATIONALE DES MALADIES VÉNÉRIENNES. 629
remarquait que la guérison se faisait d'autant mieux, que la salivation produite
était plus abondante.
Or, messieurs., où est-ce que Boerhaave exerçait la médecine. 11 la pratiquait
à Lcyde, en Hollande, sous un des climats les plus froids et les plus humides de
l'Europe, c'est-à-dire dans un pays où la transpiration a forcément moins d'in-
tensité que sous un climat chaud ou môme tempéré.
Ici je me vois, messieurs, dans la nécessité de faire une courte digression
physiologique dont vous comprendrez tout à l'heure la portée et la relation avec
le sujet qui nous occupe.
11 y a, dans l'organisme de l'homme, des fonctions complémentaires et sup-
plémcntaii-es qui ont pour résultat d'assurer la stabilité de la vie. La salivation,
la transpiration cutanée, la fonction urinaire, pour prendre celles qui ont le plus
de rapport avec notre sujet, sont dans ce cas; leur solidarité est manifeste : tout
le monde sait qu'à mesure que l'une d'elles augmente d'activité, les auti'es per*
dent de la leur. Pendant la saison chaude, la transpiration cutanée augmente,
tandis que l'urination et la salivation diminuent. Pendant la saison froide, c'est
le contraire qui a lieu; l'excrétion urinaire augmente, la salivation augmente
aussi, et la transpiration cutanée diminue.
Cette solidaiité de certaines fonctions dans l'état physiologique n'est pas moins
réelle dans les états morbides. Je crois vous avoir démontré que l'activité fonc-
tionnelle de la peau avait pu suffire pour guérir la vérole ; est-il donc étonnant,
pour celui qui connaît la solidarité de certaines fonctions organiques, qu'en exa-
gérant l'excrétion salivairepar des mercuriaux, on ait aussi pu débarrasser l'orga-
nisme de cette même maladie ?
C'est an-iver au même résultat par deux voies diflércntes, dont l'une est fort
périlleuse, dont l'autre, au contraire, est parfaitement inofTensive.
U sera toujours bon d'activer la salivation dans le traitement de la vérole ;
mais pourquoi le faire avec des mercuriaux, quand il y a des moyens simples
d'obtenir cet effet physiologique ? Je suis arrivé à un pareil résultat en faisant
mâcher à certains malades un morceau de rhubarbe, et, dans d'autres cas, par
un moyen plus simple encore, en leur faisant exercer des mouvements de masti-
cation sur un morceau de liège.
Nous ne saurions trop, messieurs, nous bien pénétrer de ce principe si fécond
en découvertes, qui consiste à reconnaître que les remèdes guérissent les mala
dies par les effets physiologiques qu'ils produisent ; tout ce qui peut produii*e
un effet physiologique dans l'organisme peut donc être, à l'occasion, un remède.
Telle était ma manière de voh* sur cette question, au commencement de
l'année 1863, lorsque mes intérêts m'appelèrent au Pérou, où, pendant près de
trois ans, j'ai exercé la profession médicale dans la capitale de cette république,
à Lima.
Ma pratique m'a permis d'observer que, dans ce pays, la vérole était relative-
ment trcs-bcnigne : qu'on n'aille pas m'accuser d'établir ce fait comme règle
pour tous les climats intertropicaux. Un séjour de quelques mois dans le sud de
la Chine et à Saigon, dans notre colonie française de Gochinchine, m'a permis
de constater le contraire. Je sais, d'un autre côté, par des renseignements de
l'authenticité desquels je ne puis douter, qu'à Guayaquil, dans la république de
l'Equateur, la vérole a de la gravité.
A Lima, au Callao, je le répète, cette affection est une maladie légère rela-
tivement à ce qu'elle est en Em^opc. Et cependant, messieurs, ne semble*t-il
ÂSO CONCnËS MÊOiCAL iNTbRNÀTiONÀL.— ClNQUlfeltB SÀAPfCE bE JOOR.
pas qu'il devrait en èti*c tout autrement, le Callao, port de Lima, étant toute
l'aunéo le point de rendez-vous de navires venus de toutes les parties du globe?
Un séjour de quelques mois suffît, au contmire, souvent, pour améliorer consi-
dérablement des marins qui y arrivent aTcc des maladies syphilitiques épouvan-
tables.
A Lima, qui possède des hôpitaux civUs et militaires, un hdpital pour les
femmes en couches, un bel asile pour les aliénés, où l'organisation hospitalière,
en utt mot, ne laisse rien à désirer, il n'y a pas d'hôpital spécial pour les véne*
riensj et cela n'est pas utile.
Et cependant la prostitution n'y est soumise à aucune réglementation.
De plus, le mélange des races est dans ce pays considérable, et c'est là une
circonstance qui aggrave presque toujours la maladie syphilitique.
J'û eu l'occiision de voir des guérisons se faire spontanément chez des Euro-
péens arrivés dans ces pays avec des accidents graves. Dans d'autres cas, la gué-
lison la plus radicale a pu 6tre opérée par les simples ressources de l'hygiène.
A quoi tient donc un pareil faitt
Ce fait tient uniquement aux conditions climatiques de lima, que je vais vous
faire connaître en quelques mots.
Située par le 12* degré de latitude australe, à 9 milles environ de la côte du
PaciQ^ue, dans la vallée du Rimac, Lima est bâtie au pied de petites collines
qui forment les premiers échelons de la cordillère des Andes. La température
n'est jamais excessive; le thermomètre y oscille généralement entre 15 et
30 degrés centigrades. Il n'y pleut jamais; pendant quatre ou cinq mois de
Tannée seulement, il y a une assez abondante rosée. Une brise constante de
sud*ouest rafraîchit l'atmosphère et maintient la température dans les limites
indiquées plus haut
L'effet curatif de l'ensemble des conditions climato-météorologiques, dont je
viens de vous parler, a sa principale cause, à mes yeux, dans la double condi-
tion d'une température assez élevée et assez uniforme, et dans l'absence de
pluies.
Je crois donc, messieurs, vous avoir démontré qu'à Paris, loi-sque le mé-
decin pouvait maintenir ses malades dans un milieu à température assez élc\cc,
les moyens hygiéniques sufllsaient pour guérir les maladies vénériennes.
Je crois vous avoir démontré de plus, par ce que je viens de vous dire de
Lima, que les précautions hygiéniques les plus simples suffisaient pour y guérir
la maladie vénérienne, qui, quelquefois, guérit spontanément, et qu'un pareil
résultat ne pouvait (tre attribué qu'à la double condition d'une température
assez élevée et assez unifoime, et à l'absence de pluies.
Si donc, au milieu de Paris, on parvenait à créer un milieu ailiûciel à tem-
pérature élevée, on y guérirait très-radicalement les maladies vénériennes.
De pareils milieux artificiels, on les réalise à Paris même pour faciliter au
botaniste l'étude des plantes tropicales. Pourquoi donc n'en ferait-on pas de
même pour arriver à guérir des hommes malades?
Vous avez tous compris, messieurs, que dans ma pensée, il s'agirait d'établir
ùti hôpital analogue à une immense serre, et dans lequel les médecins, dispo-
sant de tous les moyens hygiéniques, balnéatoires et autres, pourraient, au mi-
lieu de l'hiver le plus rigoureux, graduer la tcmpératui*e de leurs salles de U
même manière que l'on dose un médicament.
Ne tous attendez pas, messieurs, à me voir entrer dans tous les détails d'amc-
CMUS. — PROt^HVLAXiE INiXRNÀTlùK'ALE DES MaLADIES véNÊItlENNbS. UZi
nagcment d'une constiniction si nouvelle ; il me suffira de vous dire qu'il ne
siigit pas ici d'une seule et immense enceinte à température untrorme, mais
hii'n d'un ensemble de salles et de Jardins couverts dans lesquels la température
oscillerait entre 15 et 30 degrés centigrades.
Mes observations tendent^ en effets à démontrer que c'est entre ces deux
limites de température que la guérison de la vérole se fait le mieux.
Dans la plupart des cas, il est utile que la chaleur soit une chaleur sèche; il
Ë!!t cependant des circonstances, rares il est vrai, dans lesquelles la Vérole se
compliquant d'éréthisme nerveux, il importe que l'atmosphère contienne quel •
ques très-légères proportions de vapeur d'eau. Ce sont là autant de conditions qui
sont parfaitement réalisables, et susceptibles d'êti*e associées à une ventilation
qui ne laisserait rien à désirer. L'architecture ne devrait être ici que la très-
bamble servante de la science, et, en présence d'exigences nouvelles à satisfaire,
les dispositions intérieures devraient primer le côté extérieur et architectural de
celte œuvre.
Quelque difficile que puisse paraître, de prime abord, la réalisation d'une
pareille entreprise, Je suis loin de la croire impossible dans le degré de civilisa-
tion auquel est arrivée notre société ; ce n'est pas en face du splendide palais du
(iiiamp de Mai*s, au moment où nous assistons h la complète transformation de
notre grande capitale, qu'il est permis de douter de la possibilité d'aniver à un
[)areil but.
.Nous commençons à apercevoir les bons efibts de la reconstruction de Paris
mr la !«nti publique, et nous savons que tout ce qui, de près ou de loin, touche
aux questions d'hygiène générale, préoccupe vivement nos autorités muni-
cipales.
Dans toute institution nouvelle, il y a, à côté de l'utilité de la chose cUe-
mcme, la question des moyens d'exécution.
Il est à remarquer que, dans notre pays, le capital, très-pi-ompt à se lancer
dans des entreprises audacieuses qui paraissent devoir être largement rémuné-
i^trices, est au contraire timide dans la voie des institutions philanthi*opiques
qui promettent des dividendes moins séduisants.
Il ne faut donc pas, à mon avis, compter, dans ce cas-ci, sur l'industrie privée.
il faut donc demander à l'Ëtat ou à la ville de Paris, ou à Tadministration des
hôpitaux, la réalisation du projet que je viens de vous soumettre •
Et comme, pour assurer le succès d'une chose, il faut la faire émaner de
liaut, j'ai l'honneur de vous proposer de voulou* bien charger notre honorable
président de tmnsmettre lui-même, verbalement, au directeur général de l'as-
siMancc publique, les vœux formulés dans cette assemblée sur l'importante
question qui vient de nous occuper.
&32 (X)MGRÈS MÉDICAL INTfiRNATIONAt. — CI^QUlÈllfi SÊAUCE DE JOCR.
(de Londres) se plaint qu'on manque de justice envers les prosti-
tuées; il dit qu il serait indispensable de soumettre à une inspection médicale les
hommes qui se i*endentdans les maisons de débauche. Quant à la syphilisation, il
n'est pas encore prêt à formuler une opinion sur ce point., mais si clic est dénaéc
d'efficacité^ il le déplore^ car il n'existe alors aucun moyen de guérir la syphilis.
«aUls4
jo (de Florence) donne au Congrès quelques détails sur le règlement
qu'il a proposé pour la surveillance de la prostitution en Italie. 11 lit ensuite quel-
ques documents qui donnent une idée de l'état de la prostitution à Florence au
XVI* siècle.
M. <io«r4la émet l'opinion que le meilleur moyen de prophylaxie contre la
syphilis serait de moraliser la femme.
M. Wlennols. — J'ai demandé la parole pour une simple observation relative
au travail si remarquable de M. RoUet.
Cet honorable confrère^ envisageant les moyens prophylactiques relatifs à li
profession des verriers^ vous a proposé d'imposer à ces derniers un embout ima-
giné pai* M. Chassagny.
Mais imposer un pareil instrument à l'ouvrier^ c'est lui dire qu'on le chassera
de l'usine s'il ne l'adopte pas.
Ainsi posée, la question devient fort grave^ et l'ouvrier qui, pour arriver à la
position qu'il occupe, a dû subir un apprentissage aussi long que pénible, est en
droit d'exiger de l'administration un instrument irréprochable non-seulement au
point de vue de la préservation qu'on lui promet, mais encore au point de vue
de la rapidité de la fabrication.
Que l'instrument préserve de la syphilis les ouvriers assez habiles pour pouvoir
s'en servir, je l'accorde; mais que pour le grand nombre il ne nuise pas à la rapi-
dité de la fabrication, c'est ce dont je doute.
liln efifet, pour qu'une bouteille soit complètement confectionnée^ il ne faut pas
plus d'une minute, moment dans lequel trois personnes doivent succe^venient
manier la catme, instrument de soufflage du vcire.
L'application de l'embout sur la canne introduit un temps de plus dans la fabri*
cation ; ce temps ne prend que quelque secondes, il est vrai, mais comme cette
perte de temps est renouvelée pour chacun des ouvriei*s qui soufflent dans la
canne, il peut aiiîver que le verre en fusion perde en cet instant la malléabilité
nécessaire, et qu'il anive deux choses : 1° la perte du ven'c en fusion, qui se
solidifie au point d' empocher le soufflage, et 2", ce qui est plus grave, la perte de
temps de l'ouvrier. Mais celui-ci, qui est à ses pièces, n'accepte pas indifTérem-
mcnt une pareille situation. Les fatigues de la profession l'obligent à la quitter
vers l'âge de quarante-cinq ans en moyenne (il est exceptionnel de rencontrer
dans les ven*eries des hommes de cinquante ans).
On comprend dès lors tout le préjudice porié à des ouvriers à qui on impose-
rait l'emploi d'un instnimcnt qui les priverait d'une partie de leur salaire.
Je ne doute point que l'inventeur de l'embout destiné aux verriers ne perfec-
tionne cet instrument au point de le rendre in'épix>chable ; en attendant, j'ac-
corde plus de confiance à une visite quotidienne confiée à des hommes com-
pétents.
Cette visite, qui n'est pas encore entrée dans les habitudes des verriei^s, perdra
PBOPHTLAXIE INTERNATIONALE DBS MALADIES VÉNÉRIENNES. (iSS
son caractère inquisitorial le jour où, n'étant plus appliquée à tel ou tel ouvrier,
elle deviendra une mesure générale.
Je termine, messieurs, et je conclus en faisant des vœux poui* que Tadminis-
tration ait égard à ces considérations avant d'exiger des verriers l'adoption d'un
instrument défectueux, qui peut être remplacé avec avantage par une mite
sérieuse confiée à des hommes compétents.
I, ayant été chargé pendant six mois du service des prostituées
à Bucharest, croit pouvoir af^rmer que ce n'est pas par les filles inscrites que se
transmet la syphilis, mais par la prostitution clandestine. Les femmes qui ont eu
la vérole antérieurement finissent par ne plus la donner ni la recevoir.
k (médecin prinripïd de la marine militaii*e, dii'ecteui* du seivice
sanitaire de la Gironde). — Messieurs, la discussion sur les meilleures mesures
prophylactiques à recommander aux divers gouvernements, contre l'extension de
la syphilis, a donné lieu à plusieurs allusions relatives aux faits qui concernent la
marine militaire ou marchande. On a représenté les marins comme les propaga-
teurs principaux de cette maladie redoutable, soit à l'étranger, soit dans les ports
d'Europe. On a demandé pour eux une surveillance toute spéciale; on a même
parlé (si j'ai bien saisi l'argumentation d'un des honorables professeui*s qui m'ont
précédé à cette tribune) d'imputer aux ministères de la guen-e et de la marine
ane bonne pariie des frais que devait entraîner l'organisation sérieuse d'un ser-
vice de surveillance sur les prostituées, sans doute en raison des bienfaits qui
ré:(ulteraient de cette surveillance pom* les soldats et les matelots ; et Ton a même
fait du chifire des malades constatés pai* les statistiques de ces deux dépaiiements
ministériels, une sorte de critérium de la fréquence de la syphilis dans tel ou tel
poûit géographique donné.
Eln présence de ses assertions, j'ai pensé qu'il pouvait être utile d'exposer au
(Congrès ce qu'une expérience de vingt années de service dans le corps des méde-
cins de la marine pouvait m' avoir appris sur cette question, et l'un des avantages
les plus sérieux de notre réunion est certainement la faciUté offerte aux médecins
qui ont pu acquérir des connaissances spéciales sur des points de détail, souvent
méconnus ou incomplètement exposés, de soumettre, à tous ceux qui se pressent
dans cette enceinte, le résultat de leurs observations.
Or^ messieui*s, je puis affirmer tout d'abord qu'il n'est pas une administration
civile ou militaire, dans aucun pays, qui ait pris plus de soin que le ministère de
la marine de France pour ai'river sinon à arrêter, c'est, sans contredit, une œuvre
fort difficile, du moins à atténuer autant que possible la propagation de la syphilis.
Voici l'ensemble des mesures que nous prenons pour cela pendant toute la
durée de la présence du personnel qui est appelé, à divers titres, à seivir dans la
marine de l'Etat :
Tout soldat, matelot ou ouvrier des ai*senaux est soumis, à son arrivée dans nos
ports, à une visite spéciale, tout à fait distincte de celle pour laquelle les conseils
de révision sont institués, et si la syphilis, même sous ses formes les plus béni-
gnes, est constatée, l'envoi à l'hôpital est immédiat jusqu'à parfait traitement.
Nous faisons aussi, à des intervalles réguliers, mais fréquents, des visites géné-
rales de nos équipages et de nos régiments. Ces visites sont, le plus ordinah*ement,
inopinées, et, je dois le dire, elles ne nous font connaître, en génér£d, qu'un fort
petit nombre de cas de maladie, parce que le personnel confié à nos soins est
28
)uibituë, dès longtemps, à se présenter spontanément aux iiifinii«riesl<Hs de l'ap-
parition des premiers symptômes du mal. Les peines disciplinaires auxquelles od
avait autrefois recours contre les vénériens ont été con^>iétfimeat nietées. Elles
ne sauraient être réédictées^ d^ nos jours^ que pour les cas où il serait prouvé
que certains individus ont tenté de se soustraire à la Gonstatalion de leur état mor-
bide spéciïd.
Au moment du congédiement ou des congés temporaires de nos hommes,
mêmes précautions, mêmes visites. Pas un employé de la marine ae reçoit la
feuille de route qui lui sert de passeport obUgatoire, s'il ne peut présenter un cer-
tificat médical attestant qu'il n'est porteur d'aucune affection de naluro transmis-
sible, syphilitique ou autre. Cette visite s'opère dans les vingt-quatre heures qui
précèdent le départ du marin^ quelquefois même peu d'heures seulement a\anl
ce départ.
Ce n'est pas tout. Dès qu'un navire atteint un port, les syphilitiques en traite-
ment sont consignés à bord. Ils ne peuvent descendre à terre que pour se rendre
sous escorte, à l'hôpital où ils doivent être traités jusqu'à guérison.
Il est difficile, je crois, d'employer des mesures plus précises pour atteindre le
but proposé, et il doit paraître évident que si la profession de marin expose da-
vantage que toute autre à l'acquisition de la syphilis dans tous les points les plus
contaminés du globe, les matelots finançais sont bien plutôt les victimes de cette
maladie que ses propagateurs principaux. Si je ne craignais même devant vous,
messieurs, l'emploi de termes qu'une prononciation d'outre-Rhin pourrait dé-
tourner de leur sens réel, je pourrais dire que nos marins sont presque toujom>
les syphilisés, et non les syphilisateurs du monde entier.
Je dois ajouter encore que nous interrogeons aussi, avec le plus grand soin,
comme l'a préconisé M. le professeur Crocq, les malades admis dans les salle.* do
nos hôpitaux pour arriver à connaître la source où a été puisée la maladie. C'est
une mesure réglementaire fort ancienne dans nos services et régulièrement ob-
servée. Mais une assez longue expérience me permet d'affirmer que ces interro-
gations sont très-loin d'être aussi avantageuses que l'ont avancé nos confrères df
Belgique. Le plus grand nombre de nos marins se refuse à toute indication de ce
genre, la regardant, à tort peut-être, comme une réelle délation. Il n'est pas rare
non plus de reconnaître que les dénonciations ainsi recueillies sont mensongèrc>.
inspirées par des sentiments de pure jalousie ou de basse vengeance. 11 n'y a
donc pas Ueu, selon nous, de compter beaucoup sur l'effîcadté de ces moyen>
d'investigation.
Toutes les règles que je viens d'exposer aussi sommairement que possible, pour
ne pas abuser de l'attention que veut bien me prêter le Congrès, ont une date
déjà fort reculée. La marine a dû se préoccuper, depuis plus d'un siècle surtout,
du développement de la syphOis parmi les équipages, dont cette maladie pourrait.
à un moment donné, désorganiser l'action efficace dans les stations navales de U
mère patrie. La considération tout aussi pressante des frais considérables occa-
sionnés par le traitement d'un grand nombre de vénériens lui faisait d'aiUeur?
un devoir de chercher les moyens les plus avantageux pour s'opposer aux ravagt>
de la vérole dans les classes diverses de ses administrés.
Aussi a-t-elle constamment consacré des sommes très-notables pour atteindre
ce but, et sans faire un long historique, je pourrais rappeler qu'un Bob, trè*-
connu et très-affiche, sait très-bien se provaloir, encore aujourd'hui, de iwiio
temporaires faits avec son inventeur avant ou pendant la révolution de 1789.
PHOPHTIAM imrBMATIONALE BBS MALAOIBS VÊNÊIIIËNNBS. ^35
Mais c'est surtout depuis i830 que les visites sont devenues phis rëguHères. Le
re^'lement qui a réuni et coordonné les mesures plus anciennement suivies est
k i^3. Il est rapporté «ians un ouvrage spécial sur les maladies vénérifennes,
^M ea liàS par M. Reynaud, rinspecteur général actuel du service de santé
ik k marine.
C'est aux efforts de ce dernier^ qui a été sueces^ement professeur aux écoles
de médecine savate et directeur des services des grands ports de Brest et de
TottloB, que l'on doit principalement te maintien de la surveiDance précise et
régulière dont j'ai tenté de donner idée au €ongrès.
<4Âc« à cette surveillance incessante, le département de la marine a certaine-
ment réahsé de grands progrès et vu diminuer de beaucoup le nombre des véné-
riens admis dans ses hôpitaux. Tel port^ qui comptait autrefois trois cents Hts
constamment occupés par des syphilitiques^ ne donne plus aujourd'hui qu'une
owyeone de cent malades de cette catégorie. Mais il est aisé de comprendre que
les efforts les mieux dirigés ne peuvent réus^r s'ils sont isolés, ou si le même
!^in n'est pas pris, soit en ce qui concerne les prostituées, soit en ce qui a trait aux
^rrices hospitaliers civils. Et, en réalité, la marine s'est heurtée plus d'une fois
àde$ obstacles de ce genre.
Elle avait eu la louable pensée de se créer des droits à surveiller précisément
tes ^rvices étrangers à son action, et elle avait adopté pour cela te moyen mo-
<ieme de subventions pécuniaires accordées à certains établissements ou hospices
pour le traitement convenable des vénériens hommes ou femmes. Malheureuse-
ment, ses avances n'ont pas toujours été accueillies comme elles devaient Votre,
et surtout comme elles l'ont été par l'administration d'une grande viUe que je
pourrais citer, où des résultats très-remai*quables ont suivi de près, dans une
^enle année, l'organisation d'un système de surveillance et de traitement de toutes
les prostituées connues.
H existe encore, de nos jours, des institutions qui^ sous l'empire de préjugés
particuliers ou d'idées religieuses, admettent à ce sujet, pour principe de con-
duite, que te syphilitique doit être puni pai* où il a péché. D'où refus d'admission
<ie ce genre de maladies dans les hôpitaux, ou, ce qui est plus ordinaire, mau-
vaises conditions de logement et de traitement de cette catégorie de patients.
k n'en citerai qu'un exemple. Une visite ofQcielle exécutée dans un de nus
arsenaux maritimes fit reconnaître que des prostituées reçues, pour causes véné-
nennes, dans un hôpital subventionné par la marine, étaient simplement séques-
trées dans un local qui tenait plus d'un grenier que d'une salle de malades. Elles
n'y avaient été soumises à aucun traitement; depuis leur entrée, datant, pour
<iuelques-une9, de plusieurs semaines ! La subvention fut retirée, mais je puis
aire que ce fut avec un véritiMe regret, et ce fait isolé n'empêche pas la marine
fie recher<;her sans cesse tes moyens les plus pratiques pour arriver à la surveil-
lance dont je parle. Elle feût, chaque année, des sacrifices imporiants pour cette
cause, et ne demanderait même que des garanties sérieuses pour augmenter et
généraliser tes subventions qu'elle a offertes avec une grande Hbéralité.
Voici, messieurs, ce que fait la marine sous l'inspiration du ministre et de
l'inspecteur général du service de santé et, pour nous, il ne peut y avoir de
<i^>ute qu'on ol»ttendrait des résultats bien plus remarquables que ceux qui sont
actuellement réalisés si des mesures analogues étaient instituées et générïdisces
dans toutes les villes, dans tous les pays. On n'arriverait pas ainsi, sans doute/
436 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — CINQUIÈME SÊINCE DE JOUR.
à supprimer absolument la syphilis, mais on en diminuerait sûrement la fré-
quence^ et cela d'une façon très-sensible.
rajouterai quelques mots au sujet de la marine marchande sur laquelle le
ministre a une action beaucoup moins immédiate et, sous ce rapport, je m'as-
socie pleinement aux vœux formés par M. le professeur Jeannel, de Boideaui,
dans le remarquable travail qu'il a lu devant vous.
La surveillance des marins du commerce devrait être aussi précise que celle
que nous exerçons sur les matelots, soldats et ouvriers de la marine miUtaire.
Elle ne serait pas plus difficile. Ce sont les mêmes hommes, et je puis affirmer
qu'ils accepteraient tout aussi aisément que les derniers les visites que j'ai cdu-
mérées. Ces visites pourraient d'ailleurs se réduire à deux : l'une au départ du
navire, l'autre au retoui*, et deux formalités administratives rendraient ces in-
spections très-aisées et rapides. Tout l'équipage de nos bâtiments de commerce
doit être présent, en eflct, à ces deux époques, devant le commissaire de l'in-
scription maiitime de chaque port. Les médecins, déjà chargés de visiter le^
coffres de médicaments de ces navires, pourraient procéder, alors, aux visiter
spéciales que nous faisons dans la marine militaire.
Je dois signïder à ce propos un fait assez extraordinaii*e, mais dont il faudrait
absolument tenir compte dans ces visites, pour les rendre véritablement efli-
caces. On pourrait, en effet, rencontrer, dans la pratique, plus de résistance à
cette inspection de la part des capitaines ou ai'mateurs que de celle des marin«
du commerce eux-mêmes. A priori, le contraire devrait pourtant paraître logi-
que, puisque les matelots atteints de syphilis peuvent devenir, pour de lon^""
jours, pour une traversée ou un voyage entier, une inutilité et, par conséquent,
une gène à bord. Le règlement dégage même l'armateur (contrairement à mie
opinion émise devant vous), de toute responsabilité pécuniaire de tous les frai^
de traitement ou de rapatriement des hommes de leurs équipages qui contractent
la syphilis. Mais il arriverait souvent, surtout au moment de la composition pre
mièrc de l'équipage en France, principalement à certaines époques trop fré-
quentes de disette de matelots, que le capitaine ou l'armateur s'efTorceniit
d'éluder la visite ou de la rendre illusoire dans son résultat final et prophylac-
tique, pour conserver tel ou tel homme robuste ou de confiance qui, présentant
des symptômes plus ou moins graves de syphilis, devrait, par ordre médical.
n'être pas compris sur le rôle du navire et traité à terre. Je n'hésite pas à dé-
clarer qu'il y a dans ce fait de détail une raison puissante pour justifier la rt>-
daction d'un règlement précis et géuéral devant lequel force serait bien d'obéir,
comme aux autres prescriptions de la loi. Les médecins chargés des visites au-
raient du reste pom* mission de bien établir les conditions ou l'état actuel de la
maladie qu'ils constateraient, de façon à ne s'opposer à l'embarquement de>
marins qu'autant que leurs accidents syphilitiques seraient assez graves pi>ur
exiger de longs soins, autres que ceux que l'on peut prendre à bord.
Telles sont, messieurs, les considérations que j'ai pensé devoir vous présenter.
Comme vous le voyez, la prophylaxie de la syphilis, ou du moins la pensée de
s'opposer à sa propagation a, dans le scnicc de santé de la marine, des promo-
teurs résolus. Les règlements sont nets, précis, spéciaux, et ne soulèvent, de la
part de nos hommes, aucune difficulté d'application. Les visites personnelle*^
sont d'ailleurs, je n'ai pas besoin de l'ajouter, entourées de toutes les précaution^
et ménagements qui peuvent rendre ces perquisitions acceptables par tout k \
monde. Le caractère médical est encore assez respecté pour qu'il ne rencontre ,
PROPHTtAXTE INTEBN\TfONALE DES MALADIES YÊNÊRIENNES. ft37
qu'un très-petit nombre de résistances dans des inyestigations dont il serait aisé
de justifier l'intention et le but si important à réaliser au point de vue de la
lamille, de la société et même de l'humanité.
Que faadrait-il pour que ce but lui-même fût rapproché, sinon atteint ? la
généralisation des mesures que j'ai énumérées et leur extension à toutes les
classes sur lesquelles la société peut avoir de l'action. Il suffirait, à notre avis,
que les règlements de la marine fussent rendus obligatoires à toutes les agglo-
mérations ou catégories d'hommes qui se pressent en masses de plus en plus
compactes dans les grands ateliers de l'industrie. C'est bien évidemment, en
effet, panni les soldats, les matelots et les ouvriers, c'est-à-dire dans la popula-
tion jeune, active, remuante de tous les pays, que la syphilis règne et se propage,
il faudrait donc que chaque administration d'État, chaque direction industrielle
eût des règles identiques ou, si vous me permettez une comparaison militaire,
eût des moyens de défense exactement semblables contre l'invasion d'une ma-
ladie qui est une cause puissante et incontestée de dégénérescence pour l'espèce
humaine tout entière.
Déjà, presque partout, soit dans les villes industrielles, soit dans les grandes
exploitations agricoles, les directeurs d'usines ou de fermes se sont libéralement
imposé les frais de traitement des maladies qui surviennent chez leurs em-
ployés. Quelle raison ces employés auraient-ils de se refuser à des visites dont
les conséquences directes seraient d'une nature tout aussi bienfaisante pour eux
que celles qu'ils sont les premiers à réclamer quand il s'agit des maladies ordi-
naires?
La plus grande partie des causes de la propagation de la syphilis serait ainsi
presque complètement écartée. Il resterait ceilainement à tenter d'agir dans
une direction analogue pour le personnel féminin de la prostitution et du liber-
tinage, et, sous ce point de vue, bien d'autres obstacles surgiraient, mais ils ne
sont pas insurmontables. Plusieurs des orateurs qui m'ont précédé ont essayé
d'ailleurs de résoudre cette autre face du problème, et je me bornerai à dire
qu'un des moyens les plus efficaces à employer serait l'organisation sérieuse et
entièrement médicale de tous les services hospitaliers consacrés aux vénériens des
deux sexes. La syphilis est une plaie sociale, tout le monde le reconnaît. Eh
hicn, loin de chasser ou de poui^suivre d'anathèmes les lépreux de noti'e âge,
il faut leur ouvrir largement les portes de nos asiles, préférables certainement
^iix léproseries du moyen âge, et ne les remettre à la société, qu'ils souillaient,
qu'après les avoir mis en position de ne plus être nuisibles.
l'ai cité un exemple des difficultés qui peuvent s'ofirir dans la poursuite et le
renTersement des préjugés qui sont tout-puissants encore en bien des pays de
l'Europe ; mais je crois qu'une entente de tous les médecins parviendrait à les
^urnaonter, et l'opinion publique, ce pouvoir qui n'était rien il y a peu d'années
encore et qui veut être tout, ferait triompher les idées qui n'ont pas eu de con-
^dicteurs devant le Congrès.
Pour la marine, elle n'aurait pas à s'occuper de' garanties, en compensation
des subventions qu'elle donne ou qu'elle offre, si le personnel médical avait,
P^^rtout en France, l'initiative et la prépondérance qu'il devrait avoir dans la
direction suprême des hôpitaux. Elle se contenterait de compter sur le zèle, le
dévouement et l'intelligence éclairée des membres d'une profession qui fait
chaque jour ses preuves et qui n'a le plus souvent, cependant, d'autre récom-
pense qu'une iUuston : ceUe de croire ^}àe wê wrnees sont reeonswi éam le
§0T intérieur de ses obliges.
Je termine ici, messieurs, en remerciant le CkNifrèB de l'attention qa'il «
prêtée à la comnmnication que je lui ai faite, en essayant de conserver aux
idées que j'exposads un caractère tout spécial à la question posée, i'ai le ferme
espoir qu'il sortira quelque chose de la discussion qui s'est ouverte devant vous,
et je ne crains pas d'avancer que ce sera Tun des principaux titres de gloire du
Congrès d'avoir tenté de faire rentrer la syphilis dans les ombres qui obscur-
cissent, pour beaucoup de nous, son origine.
M. DelaalaiiTe demande que les mesures de prophylaxie personnelle soient
au moins mentionnées au cours de cette discussion. 11 désire qu'une instructien,
imprimée à ce sujet, soit distribuée aux marins et aux soldats.
M. to préaMent promet à M. Delasiauve que son observatioii sera insérée au
procès-verbal.
M. le président demande au Congrès de vouloir bien (ttialgré les statut^
donner la parole à un étudiant en médecine. Cette autorisation ayant été ac-
cordée, M. J«le«Cai>ret communique un travail dont les conclusions sont textuel-
lement reproduites ici.
Article 1". Le dommage causé par la communication d'uile maladie vëné
rienne est un dommage.
Art. 2. Le dommage causé en mettant un citoyen ou une citoyenne dans la
nécessité de déclarer publiquement sa maladie, est un dommage
Art. 3. Ces deux dommages, déférés à des tribunaux compétents, donnent
lieu à une indemnisation par des donuuages-intérêts.
C'est toul, — et c'est asset. — Quand un homme ou une femme atteints d'une
maladie vénérienne sauront qu'en la communiquant à une autre personne il>
s'exposent à une condamnation à iO ou 15000 fï*ancs de dommages-lnlér?t«.
ils s'abstiendront de tout rapport sexuel. Les propriétaires de maisons de pn)>t»-
tution, sachant que, dans ce cas, ils seront condamnés solidairement avec le"
femmes qu'ils emploient, mettront leurs soins à veiller à la santé de ces femme?.
Comme vous tous, messieurs, je demande que les malades atteints d'affection*
vénériennes soient largement admis dans les hôpitaux, — ce sont des malades,
— et, plus que pour les autres maladies peut-être, la société a intérêt à ce qu'il*
soient guéris. Je demanderai, en outre, qu'il n'y ait pas d'hôpitaux spéciaux poui
les maladies vénériennes, parce que les malades ont répugnance à y entrer.
Je demande aussi, et comme mesure générale pour toutes les maladies, qu on
ne considère pas si un malade indigent demeure depuis six mois à Paris, — ou
dans une commune quelconque, — pour qu'on l'admette à l'hôpital. A-t-il
moins, pour cela, le droit que la société le guérisse?
Encore un mot et je termine.
On m'objectera peut-être que nombre de gens infectes ne voudront pas recourir
aux tribunaux pom* se faire rendre justice.
Je sais que, pai'mi les gens qui diront, — par parade de générosité : ^ « Moi*
je n'irais pas devant un tribunal », la plupart, dans l'occasion, voyant qu'ib
n'ont plus qu'à gagner, changeront d'avis et déposeront leur plainte.
Et si 60 pour 100 seulement, — et je suis bien au-dessous de la vraisemUanee,
PKOPHILAIIE IHTEilNATIONALB DtS M ALADIfiS YÊNÊttlBRIIES. 089
— des gens infecté» recourent aux tribunaux^ le^ maladies yénériennes seront
bientôt éteintes.
Cette méthode est la seule conciliable avec les principes de progrès^ de liberté
et d'égalité; — e'est la seule Juste, et, par cela seul, elle derrait être mise en
pratique, même en dehors de l'idée de Textinction des maladies ténériennes.
liMstt^niÉ. — Plnsiem^ de nos confrères tiennent de s'élever contre
les meaiires prophylactiques en général et contre la surveiBanee exercée sur les
prosthuëes en particulier. Ces mesures et cette snrveiUanee seraient inntSes et
attentatoires à la liberté individuelle.
Je sois, autant qne quiconque, partisan de toutes les libertés, mais je crois
qu'il est nécessaire 4e surveiller ces femmes, qui^ par la promiscuité dans les
rapports sexuels^ deviennent les principaux agents de la propagation des mala-
dies vénériennes, et compromettent ainsi la santé générale.
Au point de vue sanitaire, la liberté individuelle doit avoir pour limite l'iiitérét
général. L'individu ne peut avoir la liberté d'être nuisible à autrui. Les mesures
dirigées contre les maladies épidémiques, la réclusion des aliénés, reposent sur
ce principe fohdamental dd toute sécurité sociale. Même dans la république des
Etats-Unis d'Amérique, MM. Bames et Woodward signalent les bons résultats
obtenus pour les garnisons de Nashville et de Memphis, de la réglementation des
prostituées (1).
D'ailleurs, potlr apprécier l'importance des mesures prophylactiques sur la
fréquence des mïdadies vénériennes, ainsi que l'a fait M. Jeannel (de Bordeaux)
pour les différentes villes de France, il sufQt de comparer la proporti<m des véné-
riens dans les armée des Iles-Britanniques, de France et de Belgique.
Tandis que dans les Iles-Britanniques, par suite de l'absence presque com-
plète des mesures prophylactiques, en 1862 et 1863 (2), Tamiée présentait une
moyenne annuelle de 318 maladies vénériennes pour 1000 hommes d'effectif,
proportion considérable, puisque, en moins de trois ans et trois mois, le nombre
de ces alTections dépassait celui de l' effectif ; en France, où l'on a recours à cer-
taines mesures prophylactiques et curatives, l'armée présenta, en 1864^ moins
de 113 maladies vénériennes sur 1000 hommes d'effectif (3).
Enfin, en Belgique, où sont en usage des mesm*es prophylactiques plus uni-
formément appliquées, de 1858 à 1860 inclusivement, la proportion des mala-
dies vénériennes, dans l'armée, est progressivement descendue de 98 à 72 sur
1000 honmies d'effectif, proportion environ quatre fois moindre que dans les
lle:»-Britanniques (4).
lo (de Naples) déclare que la syphilisation, d'abord favorable-
ruent accueillie en ItaUè, est aujourd'hui presque complètement abandonnée.
(1) Reports on ihe Extent and Nature of the Material AvailaUe for the Préparation of a
Médical andSurgical Uistory of the Rébellion. Philadelphia, 1865, circular n» 6. War De-
partment.
(2) Statistical Sanitary and Médical Reports for the Year 1862 and 1863 ; Army Médical
Department : by Gibson.
(3) Statistique médicale de l'armée pendant l'année 186d ; appendice au Compte rendu sur
le lerviee dtl recrutement de l'année. Paris, 1866.
(4) Du mal vénérien en Belgique^ par TleminclLX (Aead, de méd, de Bruxelles^ 20 avril
1862; eUraU dam tfot. méd. de Paris, 19 Juillet, 1862; p. dd5).
^^0 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. ^ CINQIIIËME SÉANCE DE JOUR.
M. Spérino lui-même ne l'emploie plus que dans le traitement de la syphilis
tertiaire.
M. Rfeord déclare qu'il n'avait pas, au début, l'intention de prendre la parole
sur la question spéciale de la prophylaxie de la syphilis ; il s'associe complète-
ment, à cet égard, aux idées émises pax MM. Rollet, Jeannel et Galligo. Mais il a
pris la parole d'une manière peut-être intempestive lorsqu'il a été question de la
syphilisation, procédé qui lui inspire la plus vive répugnance. Il a demandé à
M. Auzias-Turenne de s'inoculer lui-même, afin de prouver la sincérité de ses
convictions; car on avait proposé à l' Académie de médecine d'étendre cette me-
sure aux pensions et aux collèges : on n'a point le droit de syphiliser les enfants
lorsqu'on ne l'a point fait sur sa propre personne. Au reste, M. Ricord aurait
volontiers signé l'argumentation de M. Jaccoud, et M. Rollet pense absolument de
même. On ne saurait, d'ailleui's, assimiler les essais tentés par Percy et Fricke :de
Hambourg), qui ne faisaient que cinq ou six inoculations sur le même individu,
aux procédés des syphilisateurs modernes, qui en font plusieurs centaines.
M. Ricord a relevé un point qui est resté sans réponse, pour le malade de
M. Bazin : c'est que, chez cet homme, on a inoculé la vraie vérole pour guérir
un accident de syphilisation.
M. Aiulas-Tareniic. — Oui, on a inoculé la matière de plaques muqueu^^'i^
pour guérir une ulcération phagédéniquc, une ulcération syphilitique des plu>
rebelles et des plus graves.
M. Rleord. — Alors il n'y a aucun dissentiment entre nous sur ce point. Au
reste, il y a une syphilisation que j'admets, c'est celle qui produit la syphilis
constitutionnelle. La diathèse syphilitique obéit à la loi des maladies virulentes,
loi que j'ai non pas établie, mais reconnue : comme la rougeole, la scarlatine,
la morve, le farcin, elle n'atteint qu'une seule fois le môme sujet, sauf les cas
exceptionnels.
D'autre part, il y a un malade qui a succombé à la syphilisation : c'est M. Jarry,
dont il a été question à l'Académie de médecine.
En somme, on guérit la vérole par la syphilisation comme pai* une foule d'au-
tres moyens, la vaccine, entre autres : ce qui prouve que cette maladie peut
guérir spontanément. Est-ce une raison pour abandonner le mercure? En fait
d'accidents mercuriels, dans une pratique de quarante ans, je n'ai point tu
d'autres accidents que ceux qu'on a bien voulu produire. D'ailleurs, qui n'aime-
rait mieux se soumetti'e à six semaines, ou trois mois, un an même, d'un trai-
tement régulier, que de s'exposer à tous les inconvénients de la syphilisation?
m. Aoslas-Tareune reprend de nouveau la discussion des faits qui lui sont
opposés. Relativement au malade de M. Bazin, il produit un certificat de ce mé-
decin, en date de 1862, qui établit que le sujet dont il a été question avait quitté
l'hôpital Saint-Louis amélioré, et sur le point d'être guéri. — Il cite l'opinion
de M. Hebra (de Vienne) en faveur de l'unicité du virus : il dit que si le mercure
n'est pas nuisible dans la syphilis, il peut offrir des inconvénients au point de
vue des autres maladies dont le sujet peut être atteint et de celles qu'il peut
produire. Enfin, relativement au fait de M. Jarry, il invoque le témoignage d'uii
ami de ce jeune homme, d'après lequel la syphilisation aurait été inno-
cente de sa fin prématurée. M. J... était guéri depuis trois mois, lorsqu'à h
PROPHYLAXIE IMTERNATIONALB DES MALADIES VÉNÉRIENNES. &(il
suite d'excès et de veilles opiniâtres et sous une influence ëpidémique^ il fut
atteint d'un érysipèle graye» lequel rencontra dans sa marche envahissante des
cicatrices de chancres et les convertit en phlyctènes.
— J'atteste que j'ai vu M. Jarry, et que les ulcérations qu'il por-
tait étaient ouvertes et non cicatrisées.
WL Aawta»-T»reane. — M. Ricord n'a jamais vu le sujet et n'a pu avoir de
renseignements sur son compte qu'auprès de personnes plus ou moins passion-
nées, plus ou moins intéressées. On peut s'en convaincre en consultant le
compte rendu des discussions qui ont eu lieu à l'Académie de médecine sur la
syphilisation.
i (du Canada) rapporte un fait de syphilisation dans lequel le
malade a succombé.
lû donne lecture de la lettre suivante, de M. Grocq :
« Monsieur et honoré confrère ,
» A mon grand regret^ il me sera impossible d'assister à la séance du 26^ dans
laquelle doit se terminer la discussion relative à la prophylaxie des maladies
vënériennes.
» Je ne voudrais pas que le Congrès se séparât sans avoir pris à cet égard une
résolution qui fût l'expression bien explicite de sa manière de voir.
» Sans doute la Commission, dont nous avons adopté la formation, discutera à
fond tout ce qui se rapporte à la question, et votera des mesures sur lesquelles
elle appellera l'attention des gouvernements. Mais il me semble que nous ferions
bien d'adopter tout d'abord un principe général qui pût servir de base aux tra-
vaux de cette Commission, et qui fût en même temps l'expression des idées du
Congrès, clairement et spontanément manifestée.
» En conséquence, je crois devoir formuler la proposition suivante, que je vous
prie de soumettre à l'assemblée :
» La propagation des maladies vénériennes constitue un mal social, que la
» société tout entière a le plus grand intérêt à réprimer.
» Ces maladies ont leur point de départ dans la prostitution.
» En conséquence, le Congrès engage les gouvernements à prendre des
» mesures pour que partout la prostitution soit soumise à une réglementation,
* (le manière à anéantir ses effets fâcheux sur la santé publique.
o il leur recommande aussi tout particulièrement de soumettre à des visites
9 régulières les soldats et les marins, ces grandes agglomérations d'honmies
V constituant des foyers de contagion, dont la puissance exceptionnelle est depuis
» longtemps connue. »
» Je pense, monsieur et honoré conù'ère, que ces propositions découlent plei-
nement de tout ce qui a été dit sur cette question, et que tous nous pouvons les
accepter, laissant à la Commission le soin de formuler les mesures par lesquelles
leur but pouiTait être réalisé.
» J. Crocq. d
H. 1« président fait observer que cette proposition se confond avec celle de
kh2 CONGRÈS MÊblQAL IfVTBRNATION/lL. ^ CltVQVIËMII SËâdCfi Dfe lOUft.
M. Bëhier, qui va être mainlenant mise aux Yoit. Il aundt désiré que la Gommi»-
sion qu'il s'agit de nommer fût élue par le Gongrèe tout entier ; mais en raison des
difficultés de tout genre que soulèverait cette manière de procéderi il engage
l'assemblée à vouloir bien accepter la liste formée d'avance par le bureau. Si
cependant le Congrès préfère adopter tin syMèkne diffëréht, sa dëdslmi Sera
respectée.
ML AiulMHnbreiiiie insiste sur la nécessite de recourir à Téleetlon directe,
dont il critique vivembnt le projet qu'il considère comme un tiioyen d'enfieveli)-
la question i 11 comprend que des hommes dispersés nommetlt des délégués qui
s'assemblent; mais il ne comprend pas des délégués qui se dispersent pour s'en-
tendre et se concerter. Il déclai'e d'ailleurs manquer d'expression pariementaire
pour qualifier la formation par le bureau d'une liste unique qui sera nécessai-
rement choisie.
désire avant tout communiquer la liste proposée par le bureau.
Quel que soit le soH ^Ue lut ié^ct've la débisiOn db l'a^sernblée^ U Hi tltile de
faire connaître les noms dont cette liste se compose.
Elle comprend :
i® Comme membres étrangers ,
Mm. de Méric (Londres), Hébra (Vienne), Seitz (Munich), Crocq (Bruxelles), Seco-
Baldor (Madrid), Galligo (t'iorence), Palasciano (Naples), Ovn-e (Christiania), Bai-
bosa (Lisbonne), Frerichs (Berlin), Hûbbenet (Kiew), Fordyce Barker (New-York ,
\Vilson Jewell (Philadelphie), Uphanl (Boston), Hingston (Montréal), Mac Ihaine
(Cincinnati).
2° Comme membres français :
Mm. Béhier, Bouillaud, Dechambre, Gosselîn, Jaccoud, hicord, tardieu, Ver-
neuil (de Paris); MM. Jeannel (de bordeaux), Mougeot (de Bar-su r-Aube), et Rollel
(de Lyon).
Une discussion à laquelle prentient pari MM. Mougeot, Detnaria^ Bourgade.
Zaleskj, Marcotitz; Ricoi*d; s'élève à ce sUjet. Enfin M. le président met aux
voix la motion de M. de Valcourt, qui propose d'accolrder un vote de confiance
ad bureau, et d'accepter la liste qu'il A rédigée.
Cette proposition est adoptée à une grande majorité.
La séance est levée à six heures trois quarts.
Après la lecture du procès-verbal de cette séance^ lecture qui a eu lieu le jour
de la clôture du Congrès, M. Auzias-Turehrie a demandé la parole. Il désire
qu'on mentionue au procès-verbal sa protestation, en ce qui le concerne, conln'
la proposition qui aurait été faite autrefois, d'appliquer aUX personnes vivant en
commun, dans les pensionnats, dans les collèges, la pratique de la syphillsatlon
préventive. Il demande également qu'on veuille bien se reporter à la discussion
de l'Académie de médecine, pour s'assurer que M. Hicord n'a pas vu le jeune
hofaime qu'on dit avoir succombé aux conséquences de la syphilisation.
SÉANCES SUI^PLÉMËNTAltlËS btJ SOIR
t>REMlÈt\Ë StîANCE
Samedi 17 août, à 8 heures.
Lectubes :
MM. Ramiaez (Mexico). — Sur un nouveau procédé opérato pour le traitement
des abcès du ft^ie.
Gâlezowski (Parte). — Sur les aHërations de la rétine^ du nerf optique et de
la choroïde dans la diathèse tuberculeuse.
BoucHUT (Paris). — Sur les lésions de l'œil produites par la méningite tuber-
culeuse et par toutes les maladies organiques du système nerveux.
Discussion : MM. Gourdin. — Gâlezowski. — Bouchut.
Lectubes :
GouaDiN (Paris). ^^ Traitement de la tuberculose pulmonaire.
Marcral de GALVi (Paris). — Note sommaire sur les médications ofi^nsivfts
dans le traitement de là phthisie pulmonaire.
Discussion*: M. Auzias - Turenne. — Linas. — O'Leary. — Marcovitz. —
Lombard. — Halla.
Proposition du docteur van Lohe.
Discussion. — MM. Bouillaud. — Palasciano. — ftEviLLour. — Crocq.
Procès-verbal de la séance par M. le docteur BricheteaUf secrétaire du Con-
grès.
liUU œNGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREHIÈBB SÉANCE DU SOIR.
PREMIÈRE SÉANCE DU SOIR.
Président. M. Bouillaud.
Vice-présidents. . . . MM. Palasciano et Teissier.
Secrétaire de la séance. M. Bricheteau.
SVR VW MOUVEAV PROCÉDÉ OPÉRATOIRJB
POVR liB TRAITEMENT DES ABCÈS DV FOIE
PAR LE DOCTEUR RAMIREZ (DE MEXICO).
(Trtrnl lu tu nom éê rantaur pv le McréUira géoénL)
Messieurs et confrères^
J'avais conçu l'idée de vous faire une communication aussi complète que les
circonstances de mon voyage le permettaient, et je l'avais même rédigée dans ce
sens; mais un oubli, malheureusement irréparable à l'heure qu'il est, m'em-
pêche d'exécuter mon projet, le suis donc obligé, désirant profiter de cette
occasion, de m'en tenir à un simple abrégé de ladite conomunication ; il ne me
sera pas possible d'entrer dans certains détails, car je ne me fie pas à ma
mémoii'e ; j'ajournerai donc la communication des observations consignées dans
mon travail, et ces observations feront le sujet d'un mémoire spécial sur la ques-
tion que je veux simplement effleurer aujourd'hui.
Il s'agit d'un point de pratiqué médico-chirurgicale, d'une méthode opéra-
toire pour le traitement des abcès du foie. Mais, avant d'aller plus loin, je tiens
à faire constater que cette méthode, née à Mexico, doit son origine à l'intelli-
gence et à l'observation de mon maître et ami, le docteur Ximenès (Michel), pro-
fesseur de clinique, méthode qu'il a conçue et pratiquée depuis bientôt quinze
ans. L'année dernière encore, nous avons eu l'occasion d'élucider quelques points
de la question qui n'étaient pas assez clairs auparavant.
La question des abcès du foie n'est pas si simple, à mon avis, qu'on pourrait
le croire. Je pense que, s'il y a un organe dont les fonctions et les maladies
soient, plus que tout autre, soumises à l'influence si complexe du climat, c'est le
foie.
Je crois aussi que, dans l'hépatite, la nature de la maladie n'est pa.s toujours
la même. D'après mes observations à Mexico, dans des conditions difficiles à
RAMIRBZ. — TRATTEIIBIIT DES ABCkS DU FOIE. ft&5
déterminer, et sous l'influence de certaines causes, on remarque rhë{>atite com-
mune et ordinaire, puis une autre forme, dont la marche conduit presque fatale-
ment à la suppuration. Parmi ces causes, il faut signaler l'abus des alcooliques;
non l'abus journalier, mais l'abus accidentel des boissons alcooliques absorbées
en grande quantité pendant trois ou quatre jours de suite. Ordinairement, un
désordre semblable est suivi d'une attaque de choléra sporadique ou de miserere,
puis paraissent les premiers symptômes de lanudadie.
Je ne veux point faire une description détaillée de chacun de ces symptômes,
et de la marche de la maladie, je dois pourtant m'arrêter un instant sur un phé-
nomène qui touche de près au diagnostic, et conséquemment au traitement dont
je vais tracer l'aperçu.
Le gonflement du foie, l'augmentation de son volume, plus marqués d'ordi-
naire dans les abcès développés dans son parenchyme que dans d'autres mala-
dies, entraînent dans la région hépatique des changements signalés par tous les
praticiens. D'abord, le diaphragme est repoussé en haut, et la cavité thoracique
diminuée en proportion du volume acquis par l'organe nudade ; la région épi-
gastrique, et surtout le côté droit de la poitrine, sont plus ou moins bombés, et,
dans ce dernier cas, les côtes sont repoussées en dehors; il s'ensuit que les
espaces intercostaux sont bien plus larges qu'à l'état normal, en raison de l'écar-
tement qu'ils éprouvent.
Lorsque, par le fait de la marche de la maladie, le pus, plus ou moins parfai-
tement élaboré, est renfermé à l'intérieur de l'organe, commence à se manifes-
ter an phénomène qui deviendra un peu plus tard le signe pathognomonique de
l'existence de l'abcès : je veux parler de la fluctuation. On a parlé de la fluctuation
dans ces cas-là, c'est vrai, mais c'était de la fluctuaction reconnue à la région
épigastrique, lorsque la tumeur s'était assez développée pour soulever les. parois
du ventre, ou bien quand le foie avait contracté des adhérences, et que l'abcès
était sur le point de s'ouvrir spontanément.
Mais, pour ne pas trop m'écarter de mon siget, je veux me reporter seulement
à l'excellent ouvrage de M. Rouis {Reciterches sur ks suppurations endémiques du
f(Àe, 1860). Dans le courant du chapitre, on peut voir que si l'on parle de la
fluctuation, si on la signale comme signe différentiel, c'est toujours en se repor-
tant à la fluctuation épigastrique; et même, dans le tableau du diagnostic
différentiel des abcès, avec la distension de la vésicule pai* un liquide, on lit que
« la fluctuation n'y est évidente que fort tard ; limitée d'abord au centre de la
tumeur, elle ne devient sensible, dans une plus grande étendue, que par suite
des progrès de la suppuration. Les tégumeats perdent leur mobilité avant que la
fiuctuatiofi soit devenue perceptible ». Il est donc bien évident que la fluctuation n'a
pas été jusqu'ici d'un grand secours pour le diagnostic des abcès du foie, et d'une
utilité presque nulle pour le traitement opératoire, toijgours, bien entendu, au
point de vue de la fluctuation épigastrique.
Revenons maintenant au fait signalé de l'écartement qu'éprouvent les espaces
intercostaux. C'est sur ce point que nous appellerons l'attention, car c'est là qu'il
faut chercher la fluctuation, pour s'assurer de l'existence d'un abcès du foie ;
cette fluctuation intercostale une fois reconnue, on a le signe pathognomonique
d'un abcès dans cet organe, en admettant, bien entendu, que les symptômes et
la marche de la maladie fassent supposer qu'il s'agit d'une maladie inflamma-
toire. Dans l'hypothèse contraire, le même signe, en révélant l'existence d'un
446 CONGRÈS MimCAi mt KiNATIONA^* -r- PftlMIÊRE 9iMKM DU SOIR.
liquide daos Vintérieur du foie, mettrait quand même en voie de poMr le diar
gnostie.
La fluctuatioya interoo^tale est on mo^en de diagnostic bien impoirtant; U suffit
d'appuyer le bout de l'index ou du pouce dans l'un des eapace^ de dépriiu«A'
lentement les lissus^ puis de retirer petit à petit le doigt* toigour« en coniact
avec ces mêmes tissus. Cette petite manœuvre se répète plusieurs fois sur le
même points et l'on parcourt, dans toute sa kwAgueur, Vespac^ intercostal eu
divers endroits. Par ce procédé, on arrive k distinguer la vraie de la fausse fluc-
tuation, pi'odnite quelquefois par les parties mollis. 11 y a cependant des cas plu»
dilBciles, parce qu'il arrive s^^uveut qu'uu pe^ de liquide épanclié dans la plèvre
ou dans le péritoine détermine la fluctuation; mais, en changeant la pof^ition tiu
malade, on peut écai'tor cette difficulté, et la pratique apprend à distinguer s'il
s'agit d'une fluctuation superficielle ou plus profonde. Malgré cela, il aitive, et
c'est un fait commun daps la pratique, que, dans eertains cas^ on bésite à se
prononcer sur l'existence ou la non-existence du phénomène ; mais^ dans des cas
semblables, on est déjà bien près de la certitude, et nous verrons tout à l'heure
qu'ici une méprise n'a rien de grave.
Tous les auteurs se sont préoccupés de la manière de donner un passage au
pus renfeimé à l'intérieur du foie; et, à l'axemple de la nature, ils ont fait choix
de la région épigastrique. 11 suffit de signaler le procédé de M. Bégin avec k
modification de Récamier, Vidal, Graves, Cambay, etc. ; mais, au Mew de me
faire leur juge, je laisserai la parole à M. Houis :
« Le procédé (de Bégin), ainsi conçu, est applicable à la généraiilé des abce:»
qui ont déterminé le soulèvement de la paroi abdominale. M&h, avec M. Haspel,
nous croyons qu'on ne saurait l'employei* quand la poche puralente ne forme
aucun relief sensible au dehors; car, dans ks condâÉions de cette espèee> il pour-
rait arriver que la poche ne vint point s'engager entre les lèvres de la pbûe exié-
rieure, et, par conséquent, ne possédât point l'immobilité nécessaive à l'organi-
sation des adhérences. »
M. Rouis dit que le procédé des caustiques, employé le plus souvent, e>t
malheureusement inapplicable lorsque Tabeès tend à se &dre jour entre le>
cétes.
M. Cambay, tont en pratiquant le procédé de Bégin, au heu d'atl^Mlre \e>
effets d'une inflammation adhésive, plongeait* immédiatement un poinçon revélu
d'une canule de caoutchouc. Le poinçon, une fois relh'é^ on laissait la canule.
Je crois, eiMnme M. Rouis, que cette manière de procéder n'est pas très-ihclle, et
pourrait être dangereuse.
Nous touchons ici à une question très-importante, qui a éié le sujet de no.<
études l'année denuere^ et qui exige quelques développenàonts préalables, le
demande donc la permission de m' arrêter avant d'aller phis loin.
Lorsqu'un abcès du foie se développe et que le pus teiMl à se flrayer un pas*
sage à l'extérieur, la nature coumience presque toujours par déterminer le:*
adhétences du foyer av^ le diaphragme et h^ bvuncbes ou une partie de l'io-
testin, ou bien encore avec la paroi du ventre | sans cela, l'épanchement du
liquide serait très-dangereux. Les praticiens, en imitant la nature, ont choisi la
dernière voie, et alors, ou ils attendaient que la tumeur du foie adhérât à la
paroi du ventre pour évacuer le pus, ou ils mettaient en pratique un des procé-
dés que nous avons signalés, liais l'observation des fiûts a soulevé dans notre
esprit cette idée que les adhérences, an moins dans certaines circonstaBees, sodI
RAMUeZ. -^ TRAITEMENT DBS ABCËS DU VOIS. kh^
loin d'être aTaiitag«mc8, et même, pourrait-on dire, tout à ftilt contraires à la
KuériMm. £n eSat» nous avons vu, l'année dernière, des malades entrer à l'hô-
pital avec un abcès du foie, dont les adhérences avec la paroi abdominale eiis-
Uieot déjà» et sur le point de perforer les téguments. La ponction faite avec le
bistouri et le foyer vidé, le pus a continué de couler, et les malades ont suc-
combé.
Daoi un autre cas, que j'ai soigné pendant l'absence de M. Ximenès, le résul-
tat a été le même, et l'autopsie a conRrmé que la surftice de la tumeur adhérait,
dans toute son étendue, à la paroi thoraco-«bdominale, et que le foyer compre-
sait presque depuis la clavicule jusqu'à l'ombilic. Cbex un jeune homme de la
clientèle de M. Ximenès, j'ai vu un abcès qu'on avait été obligé d'opérer par la
pâte de Vienne ; et, cinq ou six mois après, la fistule donnait passage au pus
d un foyer réduit, mais non cicatrisé.
11 y a donc lieu de penser que l'adhérence de la poche des abcès du foie, avec
iaptroidu ventre, est une condition désavantageuse pour obtenir la guérisou.
Oue cette adhérence soit spontanée ou provoquée pai* l'art, il est toujours vrai
qu'elle se fait sur la région épigastrique, près du rebord costal. Et comme le foie
Ne développe toujours à un degré tel que son bord inférieur touche presque l'om-
bilicy il s'ensuit qu'il reste une portion de la poche purulente au bas du point où
se trouve la fistule ; il en résulte alors que la poche étant fixée contre la paroi
liMlominale, la partie qui déborde au bas de la fistule ne peut pas se contracter^
el la suppuration continue à se produire indéfiniment. D'un autre côté^ comme
la cavité du ventre manque d'un point d'appui solide dans cette région^ elle ne
peut pas pontribuer à la rétraction et à l'oblitération du foyer, ainsi que cela
anive avec la paroi thoracique, dans le cas d'empyème, et même dans ceriains
cas d'abcès du foie.
il > a donc, dans les adhérences étendues, surtout à la région épigastrique, un
inconvénient pour obtenir la guérison, et cet inconvénient augmente encore de
Rinvilépour les cas que nous avons signalés tout à l'heure.
Après ces quelques mots sur la question des adhérences, reprenons notre
examen des divers procédés employés jusqu'ici.
l** La ponction simple, dit M. Rouis, est praticable lorsque le liquide a dépassé
le feuillet superficiel de l'aponévrose abdominale ou les muscles intercostaux ;
hors de là, il y a plus que de l'imprudence à la mettre en usage. Ce procédé
rentre dans le cas des adhérences préalables. 11 en est de même de celui de
Homer, qui excisait le tissu jusqu'au foie, et réunissait cet organe aux bords de
la plaie, ouvrant immédiatement après la collection. Décrire ce procédé, dit
Dotre auteur, c'est en révéler tout le danger. C'est aussi l'opinion de M. Haspel,
et M. Guérin nous signale un cas dans lequel on a plongé le bistouri sans que
l'abcès existât.
2* Si, pourtant, ou a donné la préférence au procédé de Bégin, on se rappel-
lera que II. Rouis lui reproche d'ôti^e inapplicable, lorsque l'abcès tend à se faire
jour entre le» côtes. Dans ce cas, l'auteur propose une modification ainsi conçue :
« On n'hésitera pas toutefois à l'utiliser, lorsque l'abcès ayant envahi l'extré-
niitê droite du viscère, celui-ci s'est épanoui largement contre la paroi costo-
diaphragmatlque ; seulement, le procédé opératoire devra subir certaines mo-
•hticalions. Ainsi, on conmiencera par inciser la peau, le tissu adipeux, les
crnu hes musculaires et la plèvre, dans l'étendue de 4 à 5 oentimètres entre les
côtes, gi, de la sorte, on tombe sur un épanchement circonscrit par le sac pieu-
kUS CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DU SOIR.
rai, on ne poussera pas plus loin l'opération. Mais si, adossés aux côtes, les plans
du diaphragme se présentent sous rinstniment, on pansera la plaie de manière
à leur permettre de contracter adhérence avec les lèvres de l'incision ; puis on
les divisera à leur tour aussitôt qu'ils se seront réunis à ces dernières. Par me-
sure de précaution, on agira de même dans le cas où, pour atteindre ces plans
musculaires, il aura fallu se faire jour à travers les pseudo-membranes. Ce
second temps ayant été terminé pai* l'incision du péritoine, on continuera
comme dans le procédé exposé d'abord.
» L'opération à laquelle ces détails sont relatifs ne comporte aucune difîâcultc ;
elle est surtout rendue aisée par l'adhérence presque constante du diaphragme à
la paroi costale, et, quoique nous n'ayons encore eu occasion de la pratiquer que
sur le cadavre, elle nous semble appelée à prendre rang au nombre des voies
thérapeutiques définies. »
Je me suis permis cette longue citation, parce que, comme on Ta le voir
tout à l'heure, M. Rouis marchait dans la bonne voie ; et peut-être^ s'il avait
mis en pratique son procédé, serait-il arrivé, en abandonnant cette idée qui a
fait de l'adhérence une condition sine qm non pom' évacuer les foyers puruleiib
du foie, à la méthode conçue par M. Ximenès.
Le foie se gonfle toujours d'une façon remarquable lorsqu'il est le siège d'une
inflammation qui mai'che vera la suppui-ation ; et lorsque le pus est formée la limiti*
de l'augmentation de volume est très-variable; en repoussant les côtes, les
espaces intercostaux s'élargissent, et alors rien de plus facile que de plonger un
trocart pour évacuer le pus du foyer. En effet, l'opération conçue par M. Ximenè.«>
n'est pas autre chose qu'une espèce de thoracocentèse, et je dis une espèce parce
qu'on peut pénétrer dans un viscère abdominal à travers les espaces intercostam.
11 n'y a donc rien à dire sur l'opération même, et les détails dans lesquels
je veux entrer, pom* montrer les avantages de cette manière de procéder,
suffiront.
J'ai assez insisté sur l'importance que les auteurs ont attachée aux adhérences,
et même dans le procédé que propose M. Rouis, je suis d'accord avec lui, tant
qu'on veut ouvrir le foyer sur la région épigastrique, ou faire une incision de
^ à 6 centimètres sur un espace intercostal. Mais du moment qu'il s'agit de
plonger un trocart dans le foie, augmenté de volume, c'est tout à fait différent.
La pratique journalière depuis quinze ans a démontré l'innocuité de cette
opération.
Je sais qu'au premier abord on reculera devant cette idée de la ponction du
foie lorsqu'on n'est pas sûr de l'existence des adhérences; mais, je le répète
encore, depuis quinze ans, il n'est pas arrivé une seule fois que l'introduction
du trocart (depuis 1 jusqu'à 12 et 15 fois), ait été suivie d'un accident quel-
conque. C'est im fait tellement avéré chez nous que, si le trocart ordinaire
ne touche pas la poche purulente, ou bien si le pus n'est pas encore formée ce
mécompte ne trouble en rien l'opérateur ni ceux qui l'observent ; car on sait
qu'il suffit d'appliquer un morceau de diachylon, et que le malade n'aura rien
à craindre. En ellet, le point ponctionné se referme sans la moindre souf-
france, et la santé du malade continue à être la même.
Ce fait de l'innocuité de la ponction du foie étant acquis, on comprend toute
sa portée. Nous avons parlé de la fluctuation intercostale : c'est l'occasion de
dire qu'on peut reconnaître ce signe de bonne heure, avant que le foyer soit trop
grand; et comme la condition des adhérences n'est pas du tout nécessaire, on
RAMIREZ. — TRAITEMBNT DES ABCÈS DU FOIE. &&9
peut éTacuer le pus avant que la destruction de la glande soit trop avancée.
On comprendra même qu'ayant la possibilité d'opérer à temps, l'état général du
malade ne puisse que contribuer au succès.
lia suppuration une fois accumulée et formant l'abcès, presque constamment
le point où la fluctuation est le plus évidente est aussi celui où la pression
exercée détermine une douleur, parfois extrêmement vive ; par contre, s'il y a
quelque hésitation sur l'existence de la fluctuation, on la chercbera au point
où la âottleur se sera manifestée vivement à là pression.
Ce phénomène reconnu, c'est à ce point qu'il faudra plonger le trocart, et
alors la ponction se fera ou dans le septième, ou dan^ le huitième, ou dans le
neuTième espace intercostal.
D'après l'idée que l'examen a donnée sur la situation de l'abcès, il faut incliner
le trocart, dans un sens ou dans un autre, pour pénétrer dans le foyer.
Jusqu'en 1865, je crois, la ponction simple avait été employée, en la répétant
le nomhre de fois nécessaire. Mais à partir de cette époque, M. Vertiz introduit
une modification très-importante. On ne fait qu'une ponction, mais le foyer une
fois ndé, on introduit par la canule un tube à drainage qu'on fixe à l'extérieur
sur la paroi tboracique. On obtient alors un écoulement continu, et l'avantage
de pratiquer des injections simples, émoUientes, iodées. En cherchant môme à
établir un courant continu dans le foyer, on a voulu mettre le tube conune un
séton. Dans cette pensée, j'avais apporté à M. Ximenès un trocart long, dans le
genre de ceux de M. Chassaignac. L'année dernière, je l'ai vu s'en servir, mais
l'opération est plus difficile, plus douloureuse, et peut-être n'obtient-on pas un
meilleur résultat. 11 n'est pas nécessaire de s'arrêter ici pour faire remarquer
combien cette méthode est avantageuse sous tous les rapports ; l'opération faite,
le foie reste libre pour se rétracter au fur et à mesure de l'oblitération du foyer;
la paroi costale peut y contribuer pom* sa part par son retrait sur elle-même^
ainsi que cela anive dans l'empyème ; et l'on y aide encore au moyen d'un
Undage de corps bien serré sur la base de la poitrine et de la région épigas-
trique.
J'ai conçu la pensée que peut-être les conditions si différentes de climat, de
topographie, produisent aussi une différence entre l'inflammation suppurative du
foie à Mexico et ici; je crois donc que la méthode signalée serait bien plus favo-
nible dans ses résultats en Europe que chez nous. L'innocuité de la ponction
du foie démontrée, je me demande si, dans l'hépatite ou dans d'autres maladies
de cet organe, il ne serait pas avantageux de pratiquer une saignée directe du
foie. Je me demande aussi, si dans certaines maladies, conune les tumeurs
kystiques, hydatiques du foie, ou lorsqu'il y a une collection liquide quelconque
dajis cet organe, il ne serait pas mieux d'employer le même procédé opératoire?
D'après la lecture que j'ai faite dans les Archives de médecine de 1866, d'une
partie des observations de M. Friedreich, sur les tumeurs kystiques du foie, je
crois que si l'on avait cherché la fluctuation intercostale, on l'aurait trouvée; et
oatre le moyen de diagnostic, pour moi, cette circonstance plaide en faveur de
la même pratique.
Telle est donc en abrégé l'exposition d'une méthode qui promet beaucoup, tant
parles résultats déjà obtenus que par ceux que l'avenir lui réserve; méthode
qui a été observée dans ses applications par des médecins fhinçais très-distingués,
parmi lesquels je peux citer notre confrère de Strasbourg, M. Ehrmann. le serai
très-heureux si, avant de terminer le travail que je prépare sur cette question
2»
4S0 CONGRÈS Mf;iUUi* UiTfigNAXXOfilAL. — PUilUËBIS »£A9iCE OO SOIR.
des abcès du foie, je vois se répandre ea Europe b méthode de «ion maUre et
1^ M. XizueAès.
SCB Mjim AliTÉRATiOmS HE EiA RÉTUVE^
BV fHKHW OPTIHIIB BT HE I^A CMaBOIBB BANS
liA BIATBi»B VVBBBCUIjBIHSB
PJLR M. LE DOCTEUR XAVIER GALEZOWSKI (D£ PARIS).
Les amblyopies et les amauroscs sont le plus souvent liëes à des altérations
gënéi^ales de l'organisme, et les désordres que l'on trouve dans le fond de l'œil
se ; rattachent le plus souvent à un vice de nutrition ou d'inneiTation générale.
ainsi qu'à une composition morbide et dyscrasique du sang. L'observation jour-
nalière démontre que le viinis syphilitique, inti'oduit dans le sang, se tradiiil
bientôt par des lésions successives des divers organes et atteint sans exception
toutes les membranes de l'œil. Dans un autre travail (IJ, nous avons démonlrè
qu'il y a des rétinites, des névrites et des clioroïdites syphilitiques. L'albuminurie
retentit très-souvent sur la membrane nerveuse de l'œil. La leucocythémie.
rhémorrhaphilie et la glycosurie ne restent pas non plus dans l'organisme san?
amener des troubles visuels. Il n'y a qu'un seul état morbide de rorganismc
et que l'on appelle diathése tuberculeuse^ dont on n'a pas jusqu'à présent décrit
suffisamment l'influence sur Tœil et sur la vision. Cependant, à priori, on pouvait
admetti'e la possibilité de développement du tubercule dans les membranes di
Tosil depuis que M. Andral a formulé, avec son esprit sagace, cet axiome : que là
matière dite tuberculeuse peut se produire aussi bien dans le tissu cellulaire de>
lobules du poumon que dans les autres pariies de l'organisme qui contienneût
ce tissu. « €ar c'est une loi bien démontiée », dit Tillustrc professeur, «que le?
» maladies d'un tissu doivent être les mômes dans les diverses parties de ce
» tissu (2). » Cet illustre pathologiste a vu cette production dans le tissu ccllulain-
des muscles, de la pie-mère et ailleurs.
L'œil contient aussi beaucoup de tissu cellulo-vasculaire, et pouvait pai
conséquent devenir le siège de la dégénéi'escence tuberculeuse. Cependant
les études à ce sujet n'ont été faites que d'une manière très-incomplète; à
peine a-t-on signalé quelques faits rares et isolés qui sont restés stériles jK«ur
la pathologie oculaire feute des recherches ophthalmoscopiques. M. Stellwaj:
von Carion (3) paiie des choroïdes avec exsudations purulente, croupeuse on
tuberculeuse; mais pour lui ces exsudations diverses constituent la seule e:
même maladie, ce qui nous pai'ait très-diflicile à admettre. M. Portlaud a su
un œil rempli de masses tuberculeuses s'atrophier sans que la santé du maladi'
(i) Sw l'amanrose syphMique^ méinoire présenté à l'AcadémiiL des sdeneet en <M7,
|wr ie docteur («aiesiowftJû.
(2) Clinique tnàdicale, U IV, p. i^
[Z) Die 0^lUluilmologi&. ErlaageA,, 1856, Bd. 11» AbUi» 1, p. 146.
GAUZOWSKL — ALTÉRATIONS DE LA RÉTINE, DU NfiRF OPTIQUE. ftSl
H)H altérée (1). Ce n'est que M. Noël Gueneau de Mussy en France^ et
M. Manz en Suisse, qui ont les premiers observé des faits positifs et non dou-
teiu des tubercules déTeloppés dans la choroïde. Ensuite il faut ajouter les tra*
Taux tout récents de M. Conheiui (de Berlin) sur ce siyet.
M. Noël Guenau de Mussy (2) a eu roccasion d'obsei*vcr une jeune fille, qui
succomba en 1837^ à la Salpêtrière^ à une phthisie généralisée, et qui pendant sa
TJe avait présenté de Tamblyopie avec dilatation excessive des pupilles ; à l'autopsie
il a constaté des granulations dans la membrane vasculaire de l'œil faisant saillie
à la siu'face intenie de la rétine, et qui lui parurent de nature tuberculeuse.
M. Manz (3) a décrit l'autopsie d'un œil, dont la choroïde renfermait trois petites
tumeurs blanchâtres, ayant la structui'c caractéristique des tubercules. Le sujet
était une jeune fiUe de quinze ans, morte à la suite d'une tuberculisation aiguë et
généralisée dans les poumons, les plèvres, le péritoine, la rate, le foie et les reins.
Les recherches ophthalmoscopiques que nous avons pu instituer sur un grand
nombre de phthisiques nous ont pciinis de constater, dans la tuberculisation,
certaines altérations de la rétine et de la choroïde appréciables pendant la vie,
et qui occasionnent certains troubles visuels.
Nous croyons utile de diviser toutes les altérations de la vue chez les phthisiques
en trois formes : 1° troubles nutritifs de la rétine ; 2° névrites et périnévrites con-
sécutives aux méningites tuberculeuses ; et 3° choi'oïdites tuberculeu.ses. Exami-
nons successivement chacune de ces formes.
I.— TROIJBLIS DK NCTHinoN DANS LA AÉTINE OGCASIOHNÉS PAft LA DIATBÊSE TUBEtlCULEUSE.
Parmi les désordres sympathiques que l'on constate chez les phthisiques,
celui de la circulation est le plus constant. Le mouvement fébrile qui accompa-
gne presque toutes les périodes de la maladie en est le meilleur exemple ; à ces
troubles circulatoires se rattachent l'augmentation du volume du cœur avec
dilatation du ventricule droit qui a été remarquée par MM. Andral (/i), Hérard (5)
et Comil, et l'œdème fréquent des membres inférieurs avec ou sans coagulum
fibrineux dans les veines crurales et la phlegmatia alba dolens. Toutes ces altéra-
tions ne peuvent-elles pas être favorisées par l'obstacle que le sang éprouve à
circuler librement à tmvers le poumon dont le système vasculaire est tout dés-
organisé et en grande partie détniit?
Or, si la circulation des organes aussi éloignés que les membres inférieurs peut
être influencée par la tuberculisation du poumon, il est naturel de supposer que
l'œil, dont la circulation est en rapport aussi direct avec le cœur et le poumon,
devrait aussi présenter des troubles circulatoires. Et en elTet, l'examen
"phlhalmoscopique, ainsi que les symptômes physiologiques, visuels, éprouvés
parles malades, nous démontrent l'existence de ces rapports morbides.
Quelques phthisiques accusaient des phénomènes très-curieux de cfirupsie ou
^isi(m irisée, colorée. Il y a deux ans, nous avons été appelé à examiner les yeux
de deux phthisiques, l'un du service de M. Grisolle et l'autre de M. Vigla, à
(1) Annales docuUttique, U XLl, p. 57.
(2) Note qui m'a été comimuiiquée par M. Noël Gueneau de Mussy.
(3; Archiv fur Ophthatnu von Gracfe, Bd. IV, Abth, 2, p. 120.
{^) Ciinique médicale, t. IV, p. 262.
(5; De la phthisie pulmonaire, Paris, 1867, p. 168.
^52 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. —PREMIÈRE SÉANCE DU SOIR.
VHôtel-Dieu. L'un et l'autre de ces malades présentaient des troubles visuels
particuliers, consistant à ne voir que tout en jaune ou en bleu. Ce phénomène
était passager^ mais il revenait chez le malade de M. Grisolle^ surtout au moment
de ses crises violentes de toux.
J'ai observé avec M. Guenau de Mussy des faits nouveaux et très-intéressants
qui semblent confirmer notre supposition que l'altération de la circulation pul-
monaire influe d'une manière sensible sur la nutrition, et par conséquent sur les
fonctions de la rétine et du nerf optique.
Grâce à Tobligeance de cet éminent clinicien, nous avons été à même de sou-
mettre à l'examen ophthalmoscopique tous les malades tuberculeux qui entraient
dans son service, et voici quels sont les résultats. Plusieurs des malades ne pré-
sentaient aucun phénomène mobide; chez quelques-uns^ au contraire^ dou>
avons pu constater des troubles fonctionnels de la vision^ ainsi que des altérations
des membranes internes de l'œil. Voici quelques détails sur un de ces malades:
Observation. — Madame X..., âgée de trente-huit ans, couchée au n" ik de la
salle Saint-Bernai'd, est atteinte d'une phthisie tuberculeuse depuis plusieurs
années, avec des cavernes dans le pomnon droit. En examinant la vue de cette
malade, le 14 juin 1867, nous avons constaté ce qui suit : elle est sujette à de
fréquents éblouissements qui durent quelquefois pendant une heure ; tantôt ce
sont des bluettes et des éclairs de toutes les couleurs qu'elle voit et qui l'empê-
chent de voir clair; tantôt c'est un brouillard épais qu'elle a devani les yeux, et
elle est alors forcée de quitter son travail pour une ou plusieurs joumée:^.
L'examen ophthalmoscopique nous permet de constater un engorgement cousi-
dérable des veines rétiniennes, surtout dans l'œil droit; la rétine est légèrement
voilée, comme opaline, et blanchâtre au voisinage de la papille et le long de
quelques vaisseaux. — Cet engorgement veineux, je l'ai rencontré ti'ès-souveut
dans la phthisie pulmonaû^e^ et ce qui est remarquable, c'est qu'il parait être
plus développé dans l'œil correspondant au poumon qui est plus gravement
affecté.
II. — NÉVRITE ET PÉRINÉVRrTE OPTIQUES, SYBlPTOMATIQUES d'UiNE MÉNINGITE
TUBERCULEUSE.
t^armi les séreuses qui ont une prédisposition à la luberculisatipn, l'arachnoïde
cérébrale occupe, selon MM. Hérard et Cornil, la ti'oisième place par ordre de
fréquence. On ne rencontre sur cette membrane d'auti*e forme de tubercule
que des granulations miliaires ; elles se développent principalement, comme la
très-justement démontre M. le professeur Cruveilhier (1), autour des vaisseaux de
la base du cen-eau, dans la scissure de Sylvius, suivant la division des artères
sylviennes. De là l'afTcction gagne la région de la selle turcique et du chiasrua
des nerfs optiques, et y occasionne des désordres analogues. Tantôt la granula-
tion tuberculeuse commence à se former d'emblée au voisinage des nerfs opti-
ques, et il s'ensuit un trouble visuel et des désordres pai^ticuliers dans la papiU*^*
du nerf optique que Ton rcconnait à l'aide de l'ophthalmoscope.
Les altérations de la papUle qui accompagnent la méningite tuberculeuse sont
aujourd'hui bien connues. 11 n'y a que les méningites basilaires qui peuvejii
donner lieu aux désordres papillaii'es reconnaissables à Tophibalmoscopc.
(1) Atku^ GMivr., pi. II, fi|^. 3 et à.
GALEZOWSKI. — ALTÉRATIONS DE LA RÉTINE, DU NERF OPTIQUE. 453
Pour nous^ il y a deux sortes d'altérations du nerf optique dans une méningite
tuberculeuse : la périnévrite^ où il n'y a que l'enveloppe externe du nerf optique,
ou périnerf d'après M. Robin, qui soit enflammée; et la névrite essentielle, qui
consiste dans une inflammation de la substance propre du nerf optique. L'une et
l'autre forme peuvent se rencontrer ensemble ou séparément ; tantôt le disque
optique est tuméfié, ses bords sont très-irréguliers, déchiquetés, les vaisseaux
centraux deviennent tortueux et masqués au voisinage de la papille ; les vais-
seaux capillaires semblent s'injecter aussi au centre de la papille, ce sont les
vaisseaux cérébraux ou méningés du nerf optique, dont nous avons démontré
l'existence. Tantôt le disque optique ne paraît pas subir des changements nota-
bles, et il n'y a que ses bords qui paraissent un peu voilés par une exsudation se
prolongeant le long des vaisseaux. Ces derniers sont en outre rompus par places.
L'existence simultanée de l'afTcction dans les deux yeux et l'apparition brusque
du trouble de la vue, ainsi que la mydriase, sont autant de signes caractéristiques
de cette affection. Un cas trè»-intéressant de ce genre, que nous avons recueilli à
l'Hôtel-Dieu avec M. Peter, se trouve rapporté dans notre travail Sur les altérations
du nerf optique; il peut servir d'exemple d'une périnévrite optique. Nous avons
observé depuis plusieurs faits de ce genre, ainsi que de la névrite optique, dans
les services de MM. Moutard-Martin, Laâègue, Vigla, et autres chefs des hôpi-
taux.
Nonobstant ces faits, il est aujourd'hui pour moi hors de doute que bon
nombre de méningites tuberculeuses ne sont pas accompagnées d'altérations du
nerf optique : cela a lieu lorsque le chiasma n'est pas atteint et que les granula-
tions tuberculeuses occupent d'autres régions de la base crânienne.
Quelle est la nature des altérations que nous constatons dans la papille et
quelle est leur signification pathologique ? Telle est la question qui se pose au-
jourd'hui aux pathologistes.
11 y a plusieurs manières d'envisager la maladie du nerf optique :
1" I^ névrite peut dépendre de la compression intra-crânienne et de l'inter-
ruption de circulation par thrombose des vaisseaux du nerf optique, comme le
l>ense M. de Graefe (1). Cette sorte d'altération ne me parait pas être fï'équente
dans la méningite tuberculeuse.
2' Si l'inflammation de la substance du nerf optique envahit de proche en
proche la gaine interne du nerf optique et gagne' le tissu interstitiel de ce nerf,
le gonflement du tissu interstitiel, ainsi que l'œdème séreux qui en est la consé-
quence, font que le nerf optique devient comme étranglé à son passage à travers
la sclérotique, d'où l'état variqueux des veines, la saOlie et le gonflement mar-
qué de la papille. La névrite serait alors d'une nature purement inflammatoire,
et pourrait s'améliorer si l'état de méningite pouvait s'amender. C'est à cette
forme de processus morbide que nous rappoi*tons les cas de névrite optique que
nous avons pu guérir chez quelques sujets par un traitement antiphlogistique et
dérivatif énergique.
3*" La tuberculisation miliaire, après avoir envahi la surface du chiamsa, peut,
dans quelques cas, se transporter le long de la gaine interne du nerf optique
jusqu'au trou sclérotical. Ici la granulation miliaire suit les cloisons internes du
nerf optique, 'se dépose le long des vaisseaux et arrive à la surface de la papille,
ihi aperçoit alors, outre les signes de né>Tite ou de périnévrite, des taches
(i) Archiv von Graefe, Bd. XII, Abth. II, p. 118 et suiv.
45(l CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DtJ SOIR.
blanchâtres, arrondies au milieu de la partie œdëmatiëe de la papille ou à son
Yoisinafïe. Des taches analop^ucs ont été vues par nous dans la macula ; elles ont
persisté malgré un état régressif de la névrite et V amélioration notable de la
vision. C'est aussi à cette forme de névrite qu'on peut rapporter Thistoire d'un
malade dont l'observation f\it communiquée par moi à la Société universelle
d'ophthalmologie à Paris, en 1 862 fi). Les exsudations qui se voient dans la ri^gion
de la macula sont probablement dues aux granulations tuberculeuses de la ré-
tine, qui se sont arrêtées dans leur évolution.
III. — CHORO'ÎDZTB TUBERGULSUâE.
La diathèsc tuberculeuse peut affecter la membrane v&scolaire de Toeil en
y produisant des dépôts morbides analogues à ceux que l'on rencontre dans
d'autres organes. Ce sont des petits nodules d'une coloration vert grisâtre oq
gris blanchâtre, situés dans la couche moyenne de la choroïde et sur les pamb
mêmes des vaisseaux. Les tubercules de la choroïde présentent au microscope
la même stinicture et la même composition que les tubercules miliaires des
autres organes, comme cela a été démontré par M. Manz, de Fribourg (2). Cet
auteur a publié quatre cas de tuberculose de la choroïde, qu'il a pu obserrei
après la mort des malades, et les recherches microscopiques lui ont permis de
constater l'identité complète de ce néoplasme. M. Conheim, de Berlin, fait une
analyse anatomo-pathologique de sept cas de tubercules de la choroïde, accom-
pagnant la tuberculisation miliaire générale aïguë, et il conclut que c'est dao^
cette forme qu'on doit trouver des tubercules de la choroïde.
Jusqu'à présent, les signes ophthalmoscopiques n'ont pas été suffisamment
précisés pour qu'on puisse diagnostiquer cette altération pendant la vie. No>
propres recherches nous permettent d'indiquer quelques points plus ou moin>
importants à ce siget.
Un des phénomènes les plus constants que nous ayons pu observer ches ce^
malades est l'apparition spontanée des photopsies et des chrupsies accompagnant
l'affaiblissement de la vision centrale. L'examen ophtbalmoscopique est quel-
quefois très-peu concluant; tantôt les altérations sont tellement peu marquée?
qu'il faut les chercher attentivement sur toute la choroïde et à un fort grosa»*
sèment pour les apercevoir; tantôt au contraire ces altérations peuvent être con-
fondues avec l'atrophie choroïdicnne. Mais la couleur des granulations est plu$
grisâtre, ses bords sont mal circonscrits, et elles couvrent les vaisseaux choroî*
diens, tandis que ceux dé la rétine ne sont nullement marqués.
Ces faits concordent parfaitement avec des observations rapportées par Manz.
et nous ne doutons pas qu'en multipliant ces investigations on arrivera à tromer
des signes nouveaux pour la défmition de la nature de certaines altérations dt'
la choroïde, rebelles jusqu'à présent à tout traitement, et dont la pathogénie
n'était jusqu'à présent expliquée par pei'sonne*
(1) Annales cfocuitstique,
(2) Archiv fur Ophth. v, Groefe, Bd, IV, Ablh. Il, p. 120.
BOtJCHOT. — LÉSIONS DE LA RÉTINE ET DU NEBF OPTIQUE. Û55
§ni LES liÉSIOWS BE LA BÉTKVE ET BIJ IVEBF OPTIQrE
PBOBVITES
PAB liA MÉMIMOITE TVBEBCIJIiECftB
EV PAB TOUTES LES MALABIES OB&AIVIQIJES
BC SYSTÈHE IVEBTEIJX
PAa H. LE DOCTECE EOUCEUff <DB FAEIS),
Uiàedn U rbépM àm Bifeali ndaltt.
ie nos trèt-heureux d« voir paraître, denmt le Congrès assemblé, la question
ai QOUTeile et si intéressante des aitérations de la rétin», du nerf opHqve etde kt
ckmide dans les maladies cérébro-spinales ; seulement, j'ai été bien surpris de
oe pas entendre prononcer mon nom par l'auteur de la communication qui tient
d'être faite.
Je suis le premier qui ait montré le parti que l'on pouvait tirer de l'ophthal-
moscope dans le diagnostic des maladies du système nerveux, et qui ait parlé
des faits sur lesquels repose la loi de coïncidence de certaines maladies de l'œU avec
la maladies aiffuêsde Vencéphale, de la moelle et des méninges. En effet, il y a cinq
ans, ie 15 mars 1862, j'ai publié, dans la Gazette des hôpitaux, un article sur
le diagnostic de la méningite au moyen de Fophthalmoscope, puis un autre le
19 octobre de la même année. Depuis lors, je n'ai cessé de m'occuper de la
question, et dans mes leçons publiques de l'hôpital des Enfants malades, oii se
troQTent constamment des méningites en observation, dans les Comptes rendus
de la Société de biologie pour le mois de mars 1865 ; dans le Traité de diagnostic de
M. Racle, publié en 186i!i; dans mon Dictionnaire de thérapeutique^ à l'article
C£a£BRoscopiE, publié en 1865; enfin, dans un volume intitulé : Diagnostic
des maladies du système nerveux par rophthalmoscopey avec atlas, publié le 16 no-
vembre 1865, et couronné depuis par l'Institut, j'ai fait connaître toutes les
altérations de la névrite optique, de la névro-rétinitc et de la choroïdite, qu'on
observe non-seulement dans la méningite, mais encore dans toutes les maladies
da cerveau et de la moelle. — Gela méritait d'être reconnu.
Quoi qu'il en soit, il y a, dans mes travaux, la preuve qu'il existe une séniio-
tique nouvelle de l'encéphale, et que cette sémiotique repose sur l'emploi de
rophthalmoscope .
En vous parlant des altérations de la rétine dans la diathèse tuberculeuse,
c'est-à-dire dans la méningite, M. Galezowski vous a cité quelques faits anciens
de dégénérescence oculaire par la matière tuberculeuse ; mais il n'a pas dit que
le diagnostic ait été confirmé à l'aide du microscope. C'eût été très-important.
De même, il a déclaré avoir vu deux fois des tubercules de la choroïde dans le
COUTS de la méningite tuberculeuse ; mais sou diagnostic a été fait avec l'oph-
thalmoscope, et il n'y a pas eu d'autopsie. Il a dit : J'ai vu, à l'ophlbalmoscope,
des granulations blanchâtres de la choroïde qui n'étaient pas de l'atrophie cho-
roïdienne ; et, en raison de l'état général tuberculeux des malades, j'en ai con-
clu que c'était des tubercules. Cela ne saurait être admis. Comment, alors que
la recherche anatomique du tubercule est si difficile pour les histologistes, et
lorsque, avec le microscope, on hésite quelquefois sur la nature d'un produit
dont les éléments n'ont rien de spécifique, un médecin croulait pouvoir faire le
456 CONGRÈS MÉDICAL INTKRNATIONA&. — PREMIÈRE SÉANCE DU SOIE.
diagnostic des tubercules de la choroïde à l'œil nu, avec le réflecteur d'un
ophthalmoscope ! Je crois que ce sont là des hypothèses.
Ensuite, sur combien de malades ont été observés ces deux cas de tubercules
de la choroïde? Il faudrait le dire, car moi, qui ai observé plus que personne des
maladies de ce genre, sur 86 cas de méningite, je n'en ai observé que quatre
exemples; mais les malades étant morts, le diagnostic a pu être vérifié à l'&u-
topsie et par l'examen histologique de M. Ordonez.
C'est une altération rare que les tubercules de la choroïde dans la méningite
tuberculeuse, et c'est sur d'autres altérations, notamment sur celles de la névrite
optique et de la névro-rétinite, qu'il faut faire reposer le diagnostic de la ménin-
gite à l'ophthalmoscope. — A.u reste, ces altérations ne sont pas spéciales à h
méningite, et on les retrouve atténuées ou modifiées dans toutes les autres ma-
ladies du cerveau et de la moelle. C'est ce qui résulte des recherches consignées
dans mon livre et des nombreuses figures coloriées que je mets sous vos yeux.
Depuis cinq ans que je poursuis ma découverte, j'ai observé, non-seulemenl
dans mon service de l'hôpital des Enfants malades, mais encore dans la vieil-
lesse si éprouvée par les maladies cérébrales, et je suis allé passer deux mois
à l'hospice de Bicétre, dans le service de mon collègue Léger. De plus, j'ai fait de
nombreuses expériences sur les chiens et sur les Iqpins, dans le laboratoire du pix)-
fesseur Robin, où j'ai produit des méningites et des encéphalites chez ces ani-
maux. De la sorte, j'ai rassemblé 332 observations écrites, dont la plupart, 220,
ont été imprimées dans mon TraUé de diagnostic des maladies du système nerveui.
De ces observations, le plus grand nombre a été suivi d'autopsie; et, ne pouvant
me fier à ma faible expérience d'histologiste, j'ai fait constater et analyser toutes
les altérations de la rétine et du nerf optique, soit par M. le professeur Robin,
soit par M. Ordonez, soit par M. Comil. De cette manière, les faits acquièrent une
importance considérable, et, pour les hommes de science, ils offrent ces garan-
ties qui sont le gage du progrès. Mes observations se répartissent comme il suit:
Méningite 86
Hémorrhagie cérébrale récente ou ancienne 32
Encéphalite à2
Ramolliftsement cérébral aigu et chronique ; . . . . 6
Phlébite des ainua de la dure-mère 2
Hémorrhagie méningée 1
Hydrocéphalie chronique 11
Rachitisme avec tête simulant l'hydrocéphalie 22
Tumeurs du cerveau 12
Contusion du cerveau • 3
Paralysie générale • à.
Microcéphalie 3
Myélite chronique 8
Ataxie locomotrice 3
Paralysie diphthéritique 6
Paralysie typhoïde 2
Tétanos «... 1
Ëpilepsie. ^ 5a
Êclampsie •• 1
Délire typhoïde 6
Délire d'érysipèle de la tête 1
Folie 2
Encéphalite albuminurique 2
Paralyaie des muscles de l'œil ».... 7
Contracture • à
Méningo-enoéphalite des chiens et liqiins 11
382
BOUCHirr. — LÉSIONS DE LA RÉTINE ET DU NEBF OPTIQUE. &57
Dans ces observations^ je n'ai pas* constaté qu'il y eût toigours^ ches tous les
malades^ une altération du nerf optique, de la rétine ou de la choroïde» en
même temps que l'affection cérébro-spinale indiquée dans le tableau qui
précède. Ces altérations n'ont été observées que sur les trois quarts des
sujets, et j'ajouterai que cette proportion ne doit pas être considérée comme
inyariable, car elle pourra être modifiée par le nombre des faits observés. Je ne
doute pas que, en augmentant encore le nombre des observations, on ne puisse
trouver une différence en plus ou en moins dans le nombre des exceptions,
ce qui changerait un peu la moyenne que je viens d'établir.
Je ne crois pas, cependant, comme vient de le dire M. Galezowski, que ces
lésions soient le résultat des maladies organiques de la base du cerveau plutôt
que de celles de la convexité, et ce qu'il a dit de l'infiltration séreuse de la pa-
pille « n'exiskmt jamais que dans les cas de méningite basilaire », est absolument
contraire à l'observation. En effet, sur les 86 cas de méningite que j'ai observés
à l'hôpital des Enfants malades ou en ville, et lorsqu'il m'a été permis de faire
l'autopsie, j'ai constaté que, chez beaucoup d'enfants, il n'y avait aucune suppu-
ration de la base du cerveau, et qu'au contraire, la lésion était tout entière à la
convexité de l'organe. — Au reste, quand j'aurai expliqué les lois qui président
i la formation de la névro-rétinite tuberculeuse, on comprendra bien pourquoi
le siège de la méningite ne modifie pas sensiblement le mode et la fréquence
des altérations de la rétine (1).
A part ces restrictions sur la fréquence relative des lésions de la papille ou de
la rétine, on peut dire que dans les maladies organiques du système nerveux
cérébro-spinal, il se produit, dans la minorité des cas, une lésion intra-oculaire
plus ou moins bien caractérisée, souvent une névrite ou une névro-rétinite, et que
la découverte de ces lésions peut donner une précision plus grande au diagnostic.
Quelles sont ces lésions? Ont-elles quelque chose de particulier dans chacune
des maladies organiques du système nerveux?
Quelle en est la physiologie pathologique, ou, si l'on veut, quel en est le méca-
nisme de production et la loi? C'est ce que je vais essayer de dire en quelques mots.
Les lésions de la choroïde, de la rétine et du nerf optique, produites par les
maladies cérébro-spinales, sont un peu différentes dans les maladies aiguës et
dans les maladies chroniques des méninges, de la moelle et du cerveau.
Dans les maladies récentes et dans les maladies aiguës de l'i^pareil cérébro-
spinal, il se forme, au fond de l'œil, des lésions plus ou moins nombreuses,
quelquefois uniques, beaucoup plus souvent multiples, et combinées les unes
avec les autres. — Elles peuvent exister dans les deux yeux ou n'en occuper
qu'un seul, et alors on les trouve habituellement dans Tceil qui correspond à
l'hémisphère cérébral qui est le plus gravement affecté. Plus l'inflammation est
intense, plus la lésion est étendue et rapprochée des sinus, dont elle interrompt
la circulation, ou de la base du cerveau, qu'elle comprime violemment, et plus
elles sont caractérisées. Ce sont :
i* L'œdème ou infiltration séreuse et gélatineuse de la papille sur la totalité
ou sur une partie de cet organe ;
2* L'hypérémie totale ou partielle de la papille;
3* La dilatation exagérée des veines de la rétine;
(1) ToyeaBouclnit, Gazette midicaie^ 1868, vingi-diiq observatians deméniiigilaélndiéei
à rophthaliDOicopa.
/i58 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PBEMIÊRB SÉANCE BD SOIR.
&* La thrombose et la stase des veiiies rétiniennes ;
5" Les flexuosités des reines;
6* Les hémorrhagies de la rétine ;
7' Les anéwysmes des veines rétiniennes.
Dans les maladies chroniques, il y a, en outre des lésions que je viens d'in-
diquer, des altérations de nutrition qui ne peuvent se produire qu'avec le temps.
Ce sont :
l** Les vésicules closes de la rétine, ce qui est très-rare ;
2® L'atrophie de la papille;
3* L'inûltration granuleuse ou piqueté blanc de la rétine;
4° Les granulations tuberculeuses et graisseuses de la rétine ;
5® Les plaques blanches de la rétine ;
6® Les tubercules de la choroïde;
V L'atrophie choroïdienne.
Peut-être trouvera-t*on encore, dans les membranes de l'oeil, d'autres lésions
en rapport avec les maladies cérébro-spinales, car on est loin d'avoir épnisé toat
ce qui est relatif à ce sujets mais Ténumëration que je viens de faire représente
complètement ce qui a été observé jusqu'à ce jour.
Voici, d'ailleurs, quel est l'aspect de ces lésions, dont on pourra apprécier
l'étendue en jetant les yeux sur les dessins colorés et sur les gravures que je
présente.
i* Congestion papilMre, — I^a congestion sanguine générale ou partielle de la
papille est caractérisée par une coloration rougeâtre diffuse, occupant toute U
surface ou une partie de la circonférence de cet organe qui se trouve voilé. (Voyei
les figures de l'atlas.) Souvent de petits vaisseaux capillaires anormaux se 0100-
irent à sa surface^ et chez quelques malades, il s'y trouve un grand nombre de
capillaires rayonnes assez volumineux qu'on n'y voit pas d'habitude.
C'est un état qu'il est parfois difficile d'apprécier, tant les différences de la
vascularité papillaire sont nombreuses, et l'on ne le peut bien connaître que «i
Ton a fait une grande étude de l'état normal. Toutefois, quand rhypérëmie eM
très-considérable, et lorsqu'il existe en même temps quelques troubles nerreiix
fonctionnels, il n'y a pas lieu d'hésiter, et l'on peut y reconnaître l'indice d'une
congestion cérébrale simple ou occasionnée par une lésion grave des méninges»
du cerveau ou de la moelle.
2* €Edéme papilinire. — L'œdème de la papille se rapproche beaucoup de la
congestion papillaire par l'aspect voilé^ général ou partiel, qu'elle communique
au fond de l'œil ; mais, au lieu d'être rougeâtre, l'infiltration est pAle, plutôt
séreuse que sanguine.
C'est une lésion également difficile à apprécier à son début, et au sujet de
laquelle on peut se tromper quand on se sert mal de l'ophibalmoscope, et qu'on
ne sait pas mettre l'image au foyer de la lentille. Cependant, quand on s'ye^t
repris k plusieurs fois, et qu'en éloignant plus ou moins la lentOle de façon j
avoir des images différentes de la papille, on retrouve toujours la même appa-
rence dans le même point, il y a tout lieu de croire à l'existence d'une infiltration
séreuse. Si la lésion existe encore les jours suivants^ toute incertitude M^
cesser.
L'œdème de la papille s'observe dam la méningite, dans certains cas d'hé-
morrhagie cérébrale, dans la contusion et la compression du cerveau> dam le^
BODCHOT. — LÉSIONS DE LA HÊTINE ET DU NERF OPTIQUE. 459
abcès du cerveau, dans rhydrocéphalie chronique^ dans les tumeurs de l'encé-
phale, dans la myélite aiguë.
5* Dilatation, flexuosité et varices des veines rétiniennes. — Dès que le sang vei-
neux de l'œil cesse d'entrer librement dans le sinus caverneux, il dilate les veines
rétiniennes, et les rend flexueuses ou variqueuses si le barrage est considérable,
et cela peut amener leur rupture en donnant lieu à des hémorrhagies réti-
nienne». (Voyez les figures de l'atlas.)
Ces lésions sont souvent réunies, et leur présence indique une gêne de la cir-
culation cérébrale produisant une gêne semblable dans la circulation de l'œil.
— Elles s'observent à la fois dans quelques maladies du cerveau et dans certaines
maladies du cœur. — Cependant, lorsqu'il s'agit d'un enfant qui a des sym-
plùmes douteux de méningite, ces signes ont toute leur valeur, et ils s'ajoutent
auï autres pour rendre le diagnostic plus prompt et plus certain.
h" Stases et thromboses rétitiiennes. — Qu'il y ait phlegmasie des veines réti-
niennes ou seulement obstacle mécanique à la circulation veineuse et coagula-
tion consécutive, il n'en est pas moins certain que, dans certaines maladies céré-
bro-spinales, et notamment dans la méningite, Thémorrhagie cérébrale et
l'encéphalite, les veines de la rétine offrent des stases sanguines évidentes ou
des caillots que découvre l'autopsie.
La présence de cette lésion s'explique par le fait d'une maladie cérébrale fai-
sant obstacle à la rentrée du sang veineux de l'œil dans les sinus de la dure-
mère. Ici, les veines centrales de la rétine sont distenducR par du sang noirâtre
qui ne bouge pas, et forme, en dehors de la papille, une dilatation plus ou
moins accusée. — On dirait que le gonflement œdémateux du nerf optique fait
obstacle à la circulation, car le vaisseau noir et dilaté au niveau de la choroïde
devient pâle et plus étroit dès qu'il arrive sur la papille; mais, je me hâte de le
dire, ce n'est peut-être qu'une illusion d'optique duc au passage de la veine sur
la papille œdématiée, ou, comme le croient plusieurs oculistes, sur la papille
pins pâle que le fond de l'œil tapissé de sa couche pigmentaire.
Toutefois, si cette apparence n'est pas toujours reffet d'une stase veineuse, il
n'en est plus de même de cet autre aspect de la veine rétinienne, lorsqu'on y
voit la colonne sanguine interrompue dans l'intérieur du vaisseau (voye« l'atlas).
Cette apparence, dont j'ai reproduit le type par mes dessins, dans mon grand
ouvrage, répond à de véritables thromboses démontrées par l'autopsie. — M. le
professeur Robin et M. Ordonet, qui ont bien voulu m'aider dans ces recher-
ches, ont constaté le fait que je signale, et leurs notes écrites ont été publiées
dans mes observations.
5* Hémorrhagies de (a rétine et anévrysmes faux primitifs des veines rétiniennes.
— Les hémon*hagies du fond de l'œil dans la rétine sont la plus haute expression
de l'obstacle à la circulation oculo-cérébrale, et c'est à ce titre qu'elles se ren-
contrent dans la méningite (11 fois sur 86 malades) ; dans l'hémorrbagie céré-
brale (h fois sur 31 malades); dans l'encéphalite simple (1 fois sur ft2 malades);
et peut-être dans l'encéphalopathie diabétique ou albuminurique. Toutefois,
dans cet deux derniers cas, la friabilité des capillaires due à l'altération granu-
leuse de leurs parois rend peut-être mieux compte de la production des hémor-
rhagies rétiniennes qu'un obstacle à la circulation oculaire, dont l'existence
reste à démontrer (voyez l'atlas).
Ces hémorrhagies se présentent sous forme de taches rouges, miliaires, arron -
dies, OQ de taches irrëgulières placées sur la rétine ou le long des veines. Quand
i!i60 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE OU SOIB.
ces hécQorrhagies sont linéaires et situées le long d'un vaisseau ou à sa bifurca-
tion^ elles résultent, comme Ta établi le professeur Robin en 1862, sur une
pièce que je lui ai montrée, d'un anévrysme faux "primUif dans lequel le sang
veineux disséquant la tunique externe du vaisseau se trouve renfermé au-des-
sous d'elle dans le sens de sa longueur. — C'est là une lésion rare, qui n'a
encore jamais été signalée^ et dont on retrouvera sans doute plus d'un exemple
quand on voudra, au microscope, étudier l'œil des sigets morts de maladies
cérébro-spinales.
Une fois produites, ces hémorrhagies s'étendent quelquefois ou restent sta-
tionnaires; mais si la maladie se prolonge, elles peuvent se résorber. Ainsi, j'ai
vu une fille de quatorze ans, ayant une encéphalite du côté gauche de la protu-
bérance caractérisée pai* une hémiplégie alterne droite, par la paralysie de la
sixième paire à gauche, par la paralysie de la branche ophthalmique de la cin-
quième à gauche, par une hydrophthalmie à gauche, et chez laquelle existait une
assez large hémorrhagie irrégulière de la rétine. — Quinze jours après, cette
hémorrhagie avait disparu, et se trouvait remplacée par une petite hémorrhji^ê
linéaire située le long d'une veine voisine.
Quelques médecins pensent que ces hémoiThagies sont^ par suite de la résorp-
tion de leur matière colorante, l'origine des granulations blanchâtres de la
rétine. C'est possible, mais cela n'est pas démontré, et ces granulations blan-
châtres rétiniennes peuvent se manifester d'emblée sans hémorrhagie préalable.
6® Granulaiions et "plaques bUmches grantUeuies ou graisseuses de la rétine. —
Des granulations miliaires blanchâtres très-fines, des granulations plus volumi-
neuses et des plaques blanches assez larges s'observent dans la rétine et sur la
choroïde de certains sujets atteints de maladies cérébro-spinales. Dans certains
cas même, l'intérieur de l'œil ressemble tout à fait à ce que Desmaires et Lie-
breich ont figuré sous le nom de rétinUe albummurique, et cependant ces ma-
lades n'ont pas d'albuminurie (voyez dans l'atlas).
Quoi qu'il en soit, en dehors de la néphrite albumineuse, on rencontre, dans
l'œil de quelques sujets atteints de méningite aiguë ou chronique (7 fois sur
86 malades), ou de quelques individus atteints d'encéphalite chronique (2 fois
sur (i2 cas)^ des granulations et des plaques blanches de la rétine, que j'ai étu-
diées au microscope, et dont la nature a été bien établie par le professeur
Robin et par M. Ordonez, sur les pièces que je leur ai fait adresser. Toutes les
fois que l'analyse a pu en être faite, ces observateurs ont constaté qu'elles étaient
formées de granulations moléculaires extrêmement nombreuses, de noyaux fibro-
plastiques et de graisse. Pour M. Ordonez, elles sont plus souvent la conséquence
d'une régression des éléments normaux de la rétine que le résultat d'une exsu-
dation pathologique. — C'est une altération profonde de la nutrition de la
rétine à la suite de la congestion ou des hémorrhagies miliaires dont elle a pu
être le siège sous l'influence de la lésion cérébrale.
7* Tiû>erculesde la choroïde. — Cette lésion est très-rare, et je ne l'ai observée
que U fois sur 86 enfants morts de méningite tuberculeuse. Dans deux de ces
cas, la lésion n'a pas été signalée pendant la vie, avec rophthalmoscope, et ce
n'est qu'à l'autopsie et après avoir enlevé la rétine, que je vis sur la choroïde uoe •
granulation saillante, dm*e, jaune verdâtre, dans laquelle le microscope révéla
la présence de corpuscules granuleux de volume variable, entourés de granu-
lations moléculaires et de gouttelettes de graisse.
8* Vésieide dose de la rétine. — Voici encore une lésion de l'osil très-rare daos
BOOCBOT. — LÉSIONS DE LA RÉTINE ET DU NERF OPTIQUE. 461
les maladies cérébrales^ et que je n'ai observée qu'une fois. C'était dans un cas
de méningite. J'avais cru découvrir une bémorrhagie rétinienne avec l'ophtbal-
oioscope. L'enfant succomba^ et, à l'autopsie, M. Ordonez ne trouva pas trace
d'hémoirbagie ; mais^ au lieu indiqué, il vit quelque chose d'anormal, dont il
lit une préparation que je conserve avec soin et dont voici la ligure. C'était une
résicule close comme celle que l'on rencontre ailleurs sur certaines parties du
corps, et cependant on sait qu'il n'en existe pas à l'état normal dans la rétine.
Est-ce là une lésion pathologique ou plutôt une disposition naturelle, mais
anormale, c'est ce que je ne saurais dire ; mais qu'il me suffise de faire cette
réserve, afin de ne pas donner à ce cas plus d'importance qu'il ne le mérite.
9* Atrophie choroidienne. — Chez certains sujets affectés de méningite tuber-
culeuse aiguë ou chronique, ou ayant d'autres lésions de l'encéphale et de la
moelle, le fond de l'œil est pâle, parsemé d'une immense quantité de granula-
tions miliaires grisâtres très-minces qui semblent occuper la rétine. C'est une
illusion, car l'autopsie a montré, par le microscope, que la rétine ne renfermait
aucune des granulations que j'avais cru y voii*. Dans ce cas était une atrophie
choroidienne caractérisée par la disparition de la plus grande quantité de la
couche pigmcntaire, ce qui laissait apercevoir, sous la rétine, le tissu fibreux
de la choroïde à travers le réseau choroîdien, sous forme de points blanchâtres
mal déterminés.
10' Atrophie de la papille. — L'atrophie de la papille du nerf optique n'est pas
le fait des maladies aiguës du cerveau ou de la moelle ; mais dans la méningite
chronique, dans les anciennes encéphalites, dans l'hydrocéphalie congénitale,
dans certaines tumeurs du cerveau, dans la myélite chronique et l'ataxie loco-
motrice, c'est une lésion assez ordinaire. Quand elle existe en même temps
qu'une maladie aiguë, on peut être sûr qu'elle existait antérieurement à l'inva-
sion de la phlegmasie cérébro-spinale.
L'atrd^hie papillaire commençante est difficile à distinguer; mais> à un cer-
tam degré d'évolution, elle est aisément reconnaissable. Tantôt complète et oc-
cupant les deux yeux, elle est quelquefois bornée à une moitié de la papille, et
parait plus prononcée dans un œil que dans l'autre. Chez quelques malades, elle
^raccompagne d'une zone d'infiltration blanchâtre, granuleuse, péripapillaire, et
de plaques blanches de la rétine. Elle est cai*actérisée par une décoloration
presque complète de la papille, qui paraît plate, blanche, crayeuse ou grise, sans
aucun de ces petits vaisseaux intrinsèques qui lui donnent sa teinte rosée habi-
tuelle. L'artère et les veines centrales de la rétine sont un peu diminuées,
et à l'autopsie, le nerf optique et le chiasma sont amincis et atrophiés. Sous le
microscope, les tubes nerveux paraissent minces, granuleux ou infiltrés de
.frraisse, et séparés par une plus grande quantité de tissu conjonctif.
Les lésions optiques et rétiniennes qui accompagnent les maladies cérébro-
spinales ne sont pas toujours assez profondes pour être visibles sur le cadavre. —
n y en a qui disparaissent au moment de la mort, ce sont celles des maladies
aiguës; et de même qu'on voit l'exanthème de la rougeole et l'hypérémie de
l'érysipèle s'éteindre par la mort, les congestions de la choroïde ou de la papille,
les distensions veineuses rétiniennes, l'œdème ou infiltration séreuse papillaire
s'affaiblissent ou disparaissent avec la vie. — J'ai même, d'après le fait de la
ddplction subite des capillaires à ce moment, découvert, dans la décoloration
de la choroïde, un excellent signe immédiat de la mort.
Ainsi, de tous les symptômes de la méningite constatés dans l'œil avec l'oph-
462 GONGaËS MÉplCAt lNT£&NATXO£^At. ^ PUËM1ÈR£ SÉANCE OU SOIR.,
thalmoscope, ceux qui résultent de l'hypérémie et de Tcedème disparaissent sur
le cadavre. — De plus, parmi les autres, il en. est que Ton Yoit bien pendant la
vie, parce que l'oplithalmoscope les grossit (les hémorrfuigies réHniames pointiUù^i,
ou les fait apercevoir sur le fond rouge choroïdien [granulatùms graiattt,^»,
mUiairesi, blanchâtres), et, après la mort, on ne les voit pas à l'œil nu. — 11 faut
se sei*vir du microscope pour les découvrir. C'est ainsi que M. Ch. Robin a pu
voii' Tanévrysme des veines rétiniennes, et que j'ai fait connaître la struclure
de ces granulations rétiniennes invisibles à Tœil nu, et dont roghthaluiav
cope m'avait révélé l'existence. — 11 n'y a que les grosses granulations réti-
niennes, que les tubercules de la choroïde, que les plaques graisseuses blanche:^
de la rétine et que les foi*tes bémorrhagies de cette membrane et l'atrophie papil-
laire, qu'on puisse retrouver à l'œil nu sm* le cadavre. — Ainsi, j'ai montré, eu
1865 [Comptes rendus de la Société de biologie, p. 31), une hémorrhagie énorme di
la rétine occasionnée parla méningite, et je conserve chez moi une hémonhagic
rétinienne trouvée dans l'œil d'un homme mort d'hémorhagie cérébrale. — Uuf>
de ces grosses altérations, les autres sont peu appréciables ou ne peuvent èm;
étudiées qu'avec le microscope, et c'est particulièrement dans les uialadii.^
cérébro-spinales chroniques qu'elles peuvent être observées.
On pourrait, à la ligueur, se dispenser de rechercher la nature des lésion^
que le nerf optique, la rétine et la choroïde présentent dans le cours de certaine>
maladies du système neiTeux, mais il faudrait se borner alors à la constatation
des lésions d'hypérémie, d' œdème, d'exsudation granuleuse ou graisseuse,
d'hémorrhagie et d'atrophie papillaire ou rétinieime. Mais, si ce procédé est
utile au début des recherches, alors que tout est à découvi'ir, et que l'obsena-
tion doit se faire sans idée préconçue et sans théorie prématurée, il n'en est plus
de môme lorsque, mise en possession d'un nombre de faits considérable, k
science cherche à en établir la classification. — Jusqu'ici je me suis borué à
constater les lésions de ch'culation, de sécrétion et de nutrition produites dan^ le
fond de l'œil sous l'influence des maladies cérébro-spinales, mais aujourd'hui
il serait fâcheux de ne pas chercher à se rendre compte de la nature des phé-
nomènes observés pour en donner la théorie, en écartant avec soin toute hypo-
thèse qui serait démentie par l'observation exacte et rigoureuse des faits.
Si l'on coinpai'e les lésions intra^oculaires des maladies cérébrales aux phéno-
mènes locaux de l'inflammation, on voit qu'il existe entie les unes et les auti't'>
une analogie très-grande. En eli'et, dans^le fond de l'œil, il se fait unehypércmii'
du nerf optique ou de la rétine accompagnée d' œdème partiel ou d'héuiorrli^
gies. Bientôt se forme une exsudation rétinienne péripapillaire, puis des granu-
lations ou des plaques ^graisseuses de la rétine dues à la régression des élémenb
pathologiques de la rétine. EuOn, arrivent l'ati'ophie choroîdieuue et jjapillairi
comme dernier terme du processus morbide. — Ce sont là des preuves évidente-'
d'inflammation, et tant que ce mot aui'a cour.; dans la science, il ne pourra être
mieux appliqué qu'à ces lésions. Qu'elles soient la conséquence méc^iique d'uii
barrage circulatoii'e cérébral ou d'un processus actif descendant du ceneau daus
les membranes de l'œil par le nerf optique, peu importe à la théorie. — Daïi*
l'un comme dans l'autre cas, bien que la cause soit un peu diU'érente, rinflaw-
mation peut se produire, et il n'est pas déi'aisonnable d'appeler né>iite opliqu<:<
névro-rétinite, et quelquefois choroïdite, les lésions que je viens d'indiquer. Pour
moi, ce sont des conséquences d'inflammation.
Il ne faudrait pas croii-e que les lésions de l'oail observées coacurremmcot a^ec
aoBGBin:. — LÊfiioMs de la viÈnau ht ou mm optique. k%ii
lis mahdies du cerveau aient qoelfue chose de paikogiMHnomque par elle»*
DièmeSi et qu'à la simple inspection de la piaille on pût dire> chez un malade :
ainmifUe^ ou ches un autre : hémcrrhagie cérébrale. — U n'en est pas ainsi. —
Xon-seulement la névro-rétinite^ à ses différents degrés, s'observe dans toutes
les maladies cérébro-spinales, mais elle s'observe aussi d'une façon primitive
comme inaladie locale n'allant pas au delà de l'œil, et comme maladie diathé-
ùque, dans certains cas de diabètes, de syphilis ou d'albuminurie, faits indiqués
par MM. Desmarres^ Sichel, Liebrcich, etc.
Cependant, malgré ces restrictions, les phénomènes que je viens de déciire
ont encore une grande importance sémiotique. — En effet, quand ils existent
en même temps que des troubles du mouvement ou de la sensibilité, ils révèlent
TexisUsnee d'une lésion cérébro-spinale, ce qui est quelque chose pour le
diagnostic ; car, dans beaucoup de cas, on peut ainsi arracher au groupe des
maladies essentielles des maladies ayant pour cause une lésion organique. De
plus, comme ces modifications de l'intérieur de l'œil viennent s'ajouter ici à des
vomissements, de la constipation et des irrégularités du pouls chez un enfant;
ùlleun, à une somnolence produite par une chute sur la tête ; plus loin, à une
bémipiégie subite chez un adulte; chez d'antres, à des convulsions epilepti-
lonnes; ailleurs, à une paralysie lente et' progressive ; chez d'autres, à une aug-
mentation anormale du volume de la téte^ etc., il devient évident qu'en asso-
ciant, comme on doit le faire, l'existence de ces lésions aux autres symptômes
de la maladie, le diagnostic devient plus précis, et l'on arrive plus facilement à
le prononcer sm* la nature du mal.
Il en est de ces symptômes comme de tous ceux que l'on connaît, et qui ne de-
Tiennent des signes que par leur association avec les autres phénomènes produits
par l'état morbide. Est-ce que le gargouillement entendu dans les poumons a une
signification indépendante, absolue, en dehors des autres phénomènes d'auscul-
tation, de percussion, d'expectoration observés chez le malade? Est-il un méde-
cin qui ose se prononcer sur la valeur sémiotique du râle crépitant, sans tenir
compte de l'état fébrile, du point de côté, de l'expectoiation et de la marche des
accidents morlndes? J 'en dirai autant de l'hëmoptysie, de l'hématémèse, de la
diarrhée, du gargouillement iliaque, des épistaxis, des souffles cardiaques et de
tous les phénomènes fournis par l'observation des maladies les plus différentes.
— Il n'y a pas de symptômes pathognomoniques. Tous ont besoin d'être gronpés
d'une faigon particulière pour avoir leur véritable signification, et c'est de leur
a&jQciation que ressort le diagnostic différentiel.
Il en est de même des signes fouiTiis parles modifications de l'intérieur de l'œil
produitspar les maladies cérébrales. Aucun d'eux n'ade valeur sénûotique absolue,
l'infiltration séreuse ou sanguine de la papille, les thromboses et les flexuosités
rétinienues, les hémorrhagies, les gi'anulations et les plaques graisseuses de la
nftiœ, l'atrophie de la choroïde et de la papille n'appartiennent pas plus à une
maladie du* cerveau qu'à une autre. — Elles n'ont d'importance que par les
«Tmptômes qm les accompagnent, et c'est ainsi qu'elles peuvent être utiles au
diagnostic de la méningite, del'hémoiThagie cérébi*ale, de l'hydrocéphalie, des
tumeurs du cerveau, de la myélite, de l'ataxie, etc. Quand un enfant présente
des phénomènes douteux de méningite, et qu'il offre un commencement de
ttévro-rétinite, il n'y a plus de doute à avoir sur l'existence de la phlegmasie mé-
ningée. 11 en est de même dans l'hémorrhagie cérébrale, dans les tumeurs du
cerveau, dans l'encéphalite, dans les maladies aiguës ou chroniques de la moelle.
Mtl GONGBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE WJ SOIR.
Dans bien des cas, on peut hésiter pour établir le diagnostic; mais s'il existe
une des lésions intra-oculaires précédemment indiquées, le diagnostic prend
aussitôt une certitude absolue. — C'est là un résultat précieux pour la patholo-
gie, et je crois qu'on peut dire sans témérité que chez beaucoup de malades, on
voit dans leur œil ce qui se passe dans leur cerveau.
Maintenant, quel est le mode de production des lésions intra-oculalres dans
les maladies cérébrales ou physiologie pathologique, ou^ si Ton veut, quelle en
est la loi?
Quand on réfléchit avec attention sur ce qui se passe dans l'œU des individus
chez lesquels il y a une maladie des méninges, de la moelle et du cerveau, on
comprend bien vite, par suite du rapport anatomo-physiologique de ces organes,
comment l'intégrité de l'un peut être compromise par la maladie de Tautre.
De plus, l'intérieur de l'œil est la seule partie du corps où l'on puisse voir direc-
tement, presque à nu, la circulation artérielle ou veineuse avec leurs capil-
laires. Là, au moyen de Tophthalmoscope, se voient les artères et les veines de
la rétine, les capillaires choroîdiens, plus ou moins apparents selon l'épaisseur
de la couche pigmentaire, formant un réseau rougeâtre à mailles très-étroites,
analogue au réseau verdâtre des feuilles d'arbres observées par transparence. —
Toute cette circulation capillaire indique la vie^ car elle disparait au moment de
la mort en donnant au fond de l'œil une couleur gris de plomb, et ses modifica-
tions sont le signe d'un état pathologique local ou cérébral et cardiaque.
Par cela même que tout le sang veineux du réseau capillaire rétinien revient
au cœur par le crâne, en passant par le sinus caverneux et par les sinus de la
dure-mère, tout obstacle à la circulation de ces sinus, tout barrage au cours du
sang cérébral retient le sang veineux dans l'œil, et y produit la congestion,
l'œdème, les stases sanguines, l'hémorrhagie, et, à la longue, différentes lésions
de nutrition. C'est ce qui arrive dans certaines congestions cérébrales, dans l'hy-
drocéphalie, dans la méningite, dans les abcès du cerveau^ les hémorrbagies
cérébrales étendues, etc.
Sous ce rapport, et en veriu de ce fait que les sinus sont le chemin de retour
du sang veineuxMe l'œil au cœur, si une maladie du cerveau fait obstacle an
passage du sang, il y aura entre cet obstacle et les capillaires une hypérémie plus
ou moins considérable. Tel est le lien anatomique qui rattache certains troubles
de la circulation intra-oculaire aux lésions cérébrales.
Maintenant, ai-je dit, une notion physiologique fait comprendre pourquoi ce^
taines maladies cérébro-spinales ne gênant pas la circulation des sinus agissent
néanmoins sur la circulation de l'œil pour produire l'hypérémie et ses consé-
quences de névrite.
D'abord^ il y a l'inflammation du tissu de l'encéphale, qui peut descendre et
gagner le nerf optique, ce qui amène l'hypérémie phlegmasique de la papille;
mais, en outre, il y a une action pathogénique des cordons antérieurs de la
moelle sui* le fond de l'œil, par l'intermédiaire du grand sympathique anasto-
mosé avec les racines antérieures des deux premières paires dorsales. — Voilà la
notion physiologique qui explique pourquoi certaines maladies de la protubé-
rance, la myélite aiguë et l'ataxie locomotrice sont quelquefois accompagnées de
lésions intra-oculaires si considérables.
C'est à Claude Bernard et à ses travaux sur le grand sympathique que nous
devons cette notion si intéressante. — Ne sait-on pas^ en effet, que la section et
l'irritation de ce nerf au cou produisent des phénomènes oculo-papillaires et
fiOUGBUT. — LÉSIONS DE LA BÊTINE ET DU NERF OPTIQUE. /i65
faciaux très-caractëristiques? Ne saii-on pas qu'il en résulte une hypérémie pas-
sive et une caloriûcation plus grande dans le côté correspondant de la face?
Eh bien^ avec ces phénomènes^ il s'en produit d'autres semblables dans le fond
de l'œil : c'est l'hypérémie du réseau capillaire à laquelle peuvent succéder de
{.Taves lésions de nutrition de la papille et de la rétine.
Cela étant établi, qui ne comprend le mécanisme des lésions intra-oculaires
rommandées par les maladies organiques de l'appareil cérébro-spinal? Qui ne
prévoit l'existence d'une loi anatomique et physiologique reposant sur la con-
nexité des fonctions de l'œil et du cerveau autant que sur l'intégrité de la circula-
tion veineuse oculo-cérébrale, et créant la coïncidence des lésions simultanées
dans les deux appareils^ loi féconde d'où sort la nouvelle sémiotique du cerveau
que j'ai l'honneur de vous présenter.
Comme vous le voyez^ messieurs, l'ophthalmoscope permet souvent de décou-
vrir, à l'intérieur de l'œil, des lésions de cû'culation, de sécrétion et de nutrition
qui annoncent une maladie organique du système cérébro-spinal.
La congestion et l'œdème papillaire, les hémorrhagies rétiniennes, la névrite
optique, la rétino-choroldite et l'atrophie papillaire accompagnent la plupart des
Qialadies aiguës et chroniques des méninges du cerveau et de la moelle.
C'est par les rapports anatomiqucs et physiologiques de l'œil avec la moelle
et le cerveau qu'il faut expliquer la coïncidence des névrites optiques avec les
lésions organiques du système nerveux, et trois lois pathologiques rendent
compte de ces lésions.
Ces lois sont les suivantes :
!• Toutes les fois qu'un violent obstacle à la circulation cérébrale se produit par
le fait d'une lésiori de l'encéphale ou de la moelle, il y a, sous l'influence de
ce barrage, une hypérémie papillaire et rétinienne.
2" Quand une phlegmasie aiguë ou chronique occupe l'encéphale, l'inflamma-
tion peut se propager dans l'œil, en suivant le trajet du nerf optique, qui sert
de conducteur.
3** Les maladies des cordons antérieurs de la moelle peuvent, en raison de leur
anastomose avec le grand sympathique au niveau des deux premières paires dor-
sales, produire dans l'œil des phénomènes d'hypérémie papillaire qui engendrent
plus tard l'atrophie du nerf optique.
Ainsi basée sur l'anatomie, sur la physiologie et sur la clinique, la sémiotique
(les maladies du système cérébro-spinal mérite de prendre une place importante
dans la science, et je ne crois pas exagérer en disant qu'au fond de l'œil on peut
voir une partie des lésions qui se forment dans le cerveau.
n. CSonrdin fait remarquer que la sensation de couleur jaune signalée par
M. Gâlezowski dans la méningite tuberculeuse existe dans la bronchite aiguë, et
n'est due qu'à une simple congestion du cerveau se produisant dans les quintes
de toux.
91. fialesowskt. — Je n'ai pas prétendu que la photopsie était due au tuber-
cule. Elle est observée dans une foule de maladies où l'on rencontre des lésions
diverses : congestion rétinienne, névrite optique, lésions de la choroïde.
30
466 CONGBte HÊDIGàL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DO 80IR.
Je crois que les lésions de la rétine sont rares dans les maladies du cerveau,
puisque les troubles de la vue sont peu fréquents ; du reste, les lésions des cou-
ches optiques ne produisent même pas de lésions de la rétine.
m. Booehut. —De faibles altérations cérébrales peuvent produire des lésions
rétiniennes ou papillaires sans amener de troubles visuels. Ainsi je soigne un
homme diabétique, à la suite d'une contusion occipitale ; il a eu récemment
les signes d'une hémorrhagie céi*ébrale bien faible, avec perte de la parole et
de connaissance, hémiplégie faciale, etc. Tous ces symptômes ont disparu rapi-
dement, et cependant, dès le début, j'ai constaté de la congestion péripapillaire
sans amaurose.
DV TRArrfiMENIT DE liA TlJBBlICITMKiB PIJUIONAISfi
PAR K. LE DOCTEUR GOURDIN (DE PARIS).
Si le Congrès s'est déjà occupé de la tuberculose au point de vue purement
scientifique, je crois qu'il n'est pas déplacé d'en parler un instant au point de
vue pratique. Tous les jours nous sommes aux prises avec la terrible maladie
qui, pour les uns, n'est que le résultat d'inflammations et le produit de ces
inflammations; qui, pour les autres, est une alTection virulente, semblable seule-
ment à elle-même, et dont le produit est identique dans tous les organes où il
se développe. Or, devant les ravages de la tuberculose, nous sommes encore
désarmés ; certains symptômes cèdent, pour plus ou moins longtemps^ à divers
moyens thérapeutiques, mais nous ne pouvons pas nous flatter de pouvoir assu-
rément éteindre le mal dans sa source, même lorsque nous avons de ces cas
heureux, où tout rentre dans l'ordre naturel, après avoir présenté pendant un
certain temps les signes non équivoques du développement de la tuberculisalioo.
Pourquoi, suivant toujours la même ornière, ordonner sans cesse des médica-
ments dont nous connaissons d'avance le peu de valeur curative? Telle est la
question que je me suis posée, et c'est pour chercher du mieux, s'il est possible,
que je me suis permis de quitter le sentier battu.
Il y a huit ou dix ans, nous avons eu connaissance en France des travaux de
M. le docteur Green, de New-York. D'après lui, les injections de nitrate d'anroiit
dans les bronches s'attaquaient avec succès au symptôme caverne de la tubtT-
culose pulmonaire. En 1863, j'ai entretenu les honorables membres du Congre-
médicd de Rouen de la première tentative de ce genre que j'avais faite le
8 septembre précédent sur un sujet porteur de cavernes : Topération avait été
répétée le 17 du même mois, et je n'avais pu donner l'observation que jusqti'i
ce moment. PermetteE-moi aujourd'hui de compléter Thistoire de ce malaJc,
d'y ajouter (et tout cela très-succinctement) les quelques autres faits que je p<>*-
sède, et de demander à nos collègues d'A.méiique qui peuvent avoir vu les cas
de M. Green^ ce qu'ils en pensent comme résultats : j'adresserai la même
GOURDIN. — TBAmMENT DE LA TUBEBCULOSE PUUIÔNAIBE. /i67
demande aux honorables confrères qui auraient pu apprécier les faits du même
genre chez les malades de M. le docteur Bcnnct^ d'Edimbourg.
Mon premier siyet, injecté les 8 et 17 septembre 1863, le fut encore les 10,
13, 22 octobre; 3, 11, 19, 27 novembre; 5, 15, 21 décembre delà même
aunée. La sécrétion mucoso-purulente qui avait lieu par les bronches, et qui
atteignait la valeur d'un litre en vingt-quatre heures, diminua, et arriva au
Tolume que représentent 60 à 80 grammes d'eau. Fin décembre 1863, le malade
parla la campagne jusqu'au 25 mars 186&, époque à laquelle il rentre à Paris,
où il reprend son métier de lithographe. Le 9 avril suivant, il est pris d'un
jKiiot pneumonique, la sécrétion bronchique augmente ; il va à l'hôpital, et meurt
à la fin du mois.
Le deuxième sujet, madame H..., avait une caverne au sommet droit et de
letat aigu dans les deux poumons; elle fut injectée les 17, 23 octobre et 9 no-
\embre 1863. L'état aigu ne cédant pas à la médication antimoniée, les injec-
tiuns furent suspendues, et la malade mourait le 25 novembre.
Le troisième sujet, madame D..., portait au sommet droit une Taste caverne
et quelques tubercules crus disséminés.
Du 30 janvier au 18 avril 186/i, je fis dispardtre l'état inflammatoire ; puis les
injections eurent lieu les 18 avril, 2U mai, U juin, 2 juillet, 13 juillet et 25 juil-
let. In laps de temps assez long avait été laissé entre les quatre premières
iiijectioos, parce qu'après chacune d'elles nous avions toujours eu un peu d'état
tébrile, état qui cédait auix antimoniaux et qui, disparu, laissait un mieux no-
table en tant que sécrétions des bronches. Le 15 août, la malade part à la cam-
I«i;:ne jusqu'au U octobre ; le mieux augmente, engraissement. Le 8 novembre,
file part pour le Midi et y reste jusqu'au 20 avril 1865. A ce moment, l'embon-
(Ntint est revenu, les couleurs sont fraîches. Un peu de laryngite survient, et le
IJ mai, la malade part pour Enghien, aûn de se gargariser à l'eau sulfureuse ;
inm elle ne se gargarise pas seulement, elle boit l'eau sulfureuse, et, trois
>enialnes après, une hémoptysie terrible survenait. A partii- dô cette époquCj
tout alla en s'affaiblissant, et la malade succombait à la un de décembre.
Le quatrième sujet était un ivrogne de profession largement bâti et porteur de
cavernes au sommet droit, avec tubercules disséminés dans le poumon du même
cùié et dans le sommet gauche.
Ce malade fut injecté les 5, 12, 19, 26 juin, 3, 10 juillet 186&; et le soir du
10 juillet il était pris de suffocation et expirait dans la nuit.
Je me suis demandé, messieurs, si je n'avais pas là quelque chose à me re-
procher : tout bien pesé, je ne le pense pas. Ce malade avait supporté très-bien
les injections des 5, 12, 19, 26 juin et 3 juillet, et ces dates rapprochées vous
montJ*eat combien la réaction était peu vive ; il y a loin de là à notre troisième
^ujet, chez lequel je restais parfois un mois sans pratiquer d'injections. Le
10 juillet, le jour fatal, le malade était venu chez moi comme de coutume; son
injection faite, il était retourné chez lui, où, comme de coutume aussi, il avait
<!<'Jcuné ; mais il parait que son après-midi fut passée au cabaret, et qu'il rentra
chez lui ivre le soir avant sa crise de suffocation. Je pense que l'excitation
alcoolique a dû entrer pour beaucoup dans la congestion pulmonaire, qui, je sup-
{H)>e, aura enlevé ce malade.
En résumé : 1** Je n'ai trouvé aucune difficulté bien réelle dans la pratique
<li.' l'injection des bronches avec la solution de nitrate à 2 pour 100.
2^ L'opération a toujours été bien supportée.
A68 GONGBËS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREIOÈftE SÉANCE DU SOIE.
3** Mais, comme résultats curatifs, je n'en ai retiré aucun. Seule la sécrétion
bronchique a été diminuée.
Les injections de nitrate d'argent ne menant pas à bien, j'ai cherché, d'un
autre côté, du côté des carbures.
J'ai donné l'huile de pétrole rectifiée à la dose de i à 2 gnunmes par jour
en pilules. C'est une préparation pharmaceutique difficile, mais que l'on peut
remplacer ai^ourd'hui par les perles d'huile de pétrole semblables aux perles
d'éther comme grosseur. Ce médicament entre mes mains n'a donné qu'un
résultat marqué sur la sécrétion bronchique. J'ai tu des catan*heux s'en trouver
très-bien ; mais quant à son action sur l'élément tuberculeux, je n'ai pu la con-
stater et je la crois nulle.
L'huile de pétrole n'attaquant pas la tuberculose, j'ai essayé depuis deux an>
le composé qui a nom acide phénique, sous forme de ce qu'on appelle le phénate
de soude. Je dis le composé qui a nom acide phénique, parce que tous les chi-
mistes ne le reconnaissent pas comme acide ; un bon nombre le classent dans le>
alcools, et c'est surtout à ce titre que j'avais jeté les yeux sur lui. Le phénale
de soude ne serait que de l'acide phénique débarrassé par la soude d'un peu
d'acide sulfurique qui lui serait mélangé.
Je suis arrivé, après des tâtonnements, à donner aux tuberculeux pulmonaires
porteurs de cavernes et sans état aigu, la dose de i gramme de phénate de soude
par jour, pris 1/2 gramme par verre d'eau, matin et soir. Un seul de mes ma-
lades est arrivé à en prendre 2 grammes 1/2 par jom*. Aiyourd'hui j'ai adopté k
formule suivante :
^ Phénate de soude d gram.
Eau distillée de menthe 150
Aqua 800
H. a.
On obtient aii)si un liquide qui laisse à la bouche un goût se rapprochant da
whisky écossais, c'est-à-dire un léger goût de fumée avec la fraîcheur causée
par l'eau de menthe.
Immédiatement après l'ingestion d'un demi-verre de ce liquide, il y a une
lourdeur de tête non douloureuse, une espèce d'ivresse qui dure de dix à vingt
minutes.
Les malades soumis à ce ti'aitement, aidé de bonne nourriture, m'ont jusqu'à
présent offert un mieux notable : diminution de sécrétion, décoloration de cette
sécrétion, qui de verdàtre revient vers le jaune ; désinfection des crachats.
Quant à l'action sur l'élément tubercule, je n'ai pu encore la noter.
Tels sont, messieurs, les quelques moyens dont je voulais vous entretenir,
désireux de voir ces recherches contrôlées par celles que vous pouvez avoir
faites.
MABGHAL (DE CALYl). — TRAITEMENT DE LA PHTHISIE PULMONAIRE. b6d
NOTB SOmiAIRB
SUR UBS SIÉDICATIOIVS OFFKIVSIVC»
MAWS liE TRAITEMEIVT DS MJk PHTHUIE PIJI4IIOIVAIBE
PAR M. LE DOCTEUR MARGHAL (DE GALVI).
Dans le traitement de la phthisie pulmonaire, on a plus à craindre de cer-
taines médications qu'à espérer de toutes les autres (y compris^ d'après ce que
je Tiens d'entendre^ les injections avec le nitrate d'argent).
Trois médicaments, en particulier, le fer, le soufre, Tiode, sont funestes aux
phtbisiques, sans préjudice du quinquina, souvent.
Quant au fer, les auteurs sont unanimes pour le répudier, et néanmoins, dans
la pratique, on ne voit encore que trop de cas où il est prescrit, en raison de
l'anémie concomitante. La toux, la ûèvre, augmentent, les hémoptysies redou-
blent, et le reconstituant, ici destructeur, n'est point discontinué, parce qu'il
n'est point suspecté. Un autre médecin est consulté, et n'a qu'à supprimer le fer
pour obtenir presque sûrement une sédation, à laquelle concourent quelques
adoucissants. Il existe, en Corse, une eau ferrugineuse admiraJble, bien connue
aujourd'hui sur le continent, à Paris surtout : c'est l'eau d'Orezza. Or, de temps
immémorial, une opinion proverbiale dans le pays veut que tout phthisique qui
va à Orezza soit perdu; par contre, que quiconque en revient sain et sauf, doive
être considéré comme n'ayant pas le moindre germe de phthisie.
Le soufre est au moins aussi nuisible que le fer.
C'est pourtant une règle, et il va comme de soi, quand un individu tousse opi-
niâtrement, qu'on lui prescrive une eau sulfureuse, quelle que soit l'affection qui
motive la toux, catarrhe ou tubercule. Or, autant la médication sulfureuse est
favorable dans le catarrhe, autant elle est généralement désastreuse dans la
toberculisation pulmonaire.
On cite, à la vérité, des cures miraculeuses de phtbisiques par les eaux sulfu-
reuses, et il sera bruit, pendant longtemps encore, de la guérison ancienne
d'un financier célèbre de nos jours, par les eaux de Bonnes.
Je ne prétends pas que la médication sulfureuse ne puisse être employée effi-
racement dans quelques cas exceptionnels de tuberculisation pulmonaire étroite-
ment circonscrite; j'accorde également que cette médication puisse avoir une
iangereuse utilité contre l'élément catarrhal joint à la phymie, quoiqu'il soit
bien difficile de calculer assez exactement l'action thérapeutique pour être assuré
qu'elle ne dépassera pas la muqueuse bronchique. Mais j'ose affirmer que, d'une
manière générale, la médication sulfureuse, même atténuée, précipite la marche
le la maladie, et que, pour un cas où elle est salutaire, il y en a cent, sinon
f>lus, où elle est pernicieuse.
Ce n'est pas pour rien, apparemment, qu'un hydrologue renommé, qui a
longtemps exercé une sorte d'autocratie médicale dans une station pyrénéenne
très-fréquentée^ réduisait souvent la dose de l'eau sulfureuse à une simple cuil*
&70 CONGRÈS MÉDICAL nrr£RNATIONAL.~PtlE|llÈRE SÉANCE DU SOIB.
lerée dans une tasse de lait. Soit dit en passant, on se demande comment de
pauvres malades, et parfois des malades pauvres, sont condamnés à un voyage
fatigant et dispendieux pour une pareille médication.
Il y a longues années que, pour la première fois, je fus frappé des effets nui-
sibles de la cure sulfureuse dans la phthisie pulmonaire.
Un homme d'une soixantaine d'années, habitant Montfermeil, oîi je fu? le
voir en consultation, toussait depuis quelque temps, maigrissait, et refusait de
prendre l'avis de son médecin. Il céda enfin aux instances de sa femme, et fut
mis à l'usage de l'eau d'Enghien. Trois joui-s après, en jardinant, penché sur
une plante qu'il émondait, il l'arrosa tout à coup d'un Ilot de sang. C'était une
hémoptysie, qui fut suivie de plusieurs autres à bref délai. La maladie martlid
rapidement, et eut la fin qu'il n'était que trop facile de prévoir.
J'ai vu, pour ma seule part, plus de vingt cas du môme genre, qu*il me serait
impossible de rapporter, même succinctement, dans le court espace de tenip^
qui nous est accordé.
L'un des derniers, que je ne saurais omettre, s'est présenté dans la familk
d'un de mes amis, un de nos plus savants et plus habiles confrères. Sa fille étjil
phthiiique; mais la maladie marchait lentement, contenue parles soins les plu>
vigilants et les plus tendres, et Ton pouvait espérer la prolongation de la >ie
peut-être encore pendant quelques années. Malheureusement, l'hydn^ln^in'
renommé dont je parlais tout à l'heure vint visiter notre confrère, et le prc>^a
si vivement, que la jeune malade fut envoyée à Bonnes. A peine eut-elle pri'
quelques cuillerées d'eau sulfureuse dans du lait, que des hémoptysics sunin-
rent, et que la fièvre s'alluma. On se hâta de la faire partir; elle était mefcn-
naissable, et s'épuisa rapidement sous les yeux d'un père inconsolable encre
aujourd'hui d'avoir prêté les mains à un traitement si évidemment ftmeste.
Mais c'est surtout de l'iode que je veux parler.
C'est le pire, je veux dire le plus dangereux des moyens dans la phymic ti'
général, dans la pneumophymie en particulier. Je parle de l'iode ingéré, ce q li
ne veut pas dire que j'aie grande confiance dans les inhalations iodiques.
J'ai Introduit dax^s la thérapeutique l'usage de l'huile iodée, qui est devonu^
une spécialité pharmaceutique entre les mains d'un autre. J'administrais rbul
iodée dans du lait d'amandes : c'est ce que j'appelais l'émulsion iodée, àvt\
j'obtenais d'excellents efl*ets dans le traitement des manifestations scrofulenn-.
Sans parler autrement des feits qui me sont propres, je demande la pormi5>i n
d'en citer un du service de M. Champouillon, alors mon collègue au Yal-dc-
Grâce. Un malade de son service, à la suite d'une flè\Te typhoïde, avait un en-
gorgement des ganglions mésentériques, qui formaient une tumeur dure, ^oî;l-
mineuse, dont la main suivait facUement le contour. Plus rien ne passait i
travers ces ganglions obstrués, et le sujet avait beau prendre des aliment?, il
s'afi'aiblissait de jour en jour. Je parlai de l'émulsion iodée à mon collègue: il
la prescrivit à son malade, dont la tumeur se dissipa graduellement, et qui
échappa ainsi à l'inanition.
Encouragé par ces résultats, je fus conduit à essayer le môme médicaniint
contre les manifestations de la diathèse tuberculeuse.
Un premier échec ne suffit pas à me détourner, -parce que le cas, t^e^-
avancé, avait été jugé et était véritablement au-dessus de toutes les rcssourccN
Je ne fus que trop éclairé par un second fait.
Je donnais des soins à une femme de quarante ans, qui crachait le sang j^r
MARCHAI (DE CALTl). — THAITEMBIVT DE LA PBTHISIE PtJUHONAIBB. &71
intervalles et toussait depuis plus de quinze ans. Le souffle respiratoire était dur^
râpeux, ayec prolongation de l'expiration. De temps à autre^ un peu de fièvre.
Mais la malade vaquait à ses occupations, sortait, et rien ne menaçait prochaine*
ment. Du reste, chez les phthisiques, la vie se maintient par l'action extérieure ;
quand ils prennent le lit, ils commencent à mourir. Bientôt, chez la personne
dont il s'agit, des ganglions s'engorgèrent d'un côté du cou, assez durs, de mé-
diocre volume, pourtant visibles à distance, par conséquent très-impatiemment
supportés. 11 fallut songer à les résoudre. Je les attaquai par l'émulsion iodée.
Dans l'espace de quinze jours, ils s'abcédèrent, et il en sortit du pus mal lié,
grumeleux, évidemment mêlé de matière tuberculeuse. Ce n'était rien encore.
Simultanément, la toux augmenta, les hémoptysies se succédèrent, et la fièvre
hectique s'alluma pour ne s'éteindre qu'à la mort, qui Ait prompte. Cest de
cette malade que je parle dans mes Lettres et propositions sur le choléra, comme
ayant été prise, sous mes yeux, en 18/i9, d'une violente attaque cholérique, peu
de jours avant sa mort par phthisie, attaque enrayée immédiatement au moyen
de l'eau de laurier-cerise, du laudanum et du sirop d'éther, que j'avais sous la
main. Au demeurant, et pour en revenir à l'iode, j'avais, à ma grande con-
«lemation, précipité de la manière la plus évidente l'évolution de la tuberculi-
sation.
A partir de ce cas malheureux, je cessai, on le comprend, de donner l'iode
sciemment dans la phthisie pulmonaire, le dis sciemment, parce qu'il m'était
réservé de l'administrer pour une tout autre affection que la phthisie, mais,
malheureusement, chez un tuberculeux en puissance, que je ne savais pas
être tel.
Tous les jours on prescrit l'iodure de mercure dans la syphilis, à première
Tue, sans se douter que Ton peut favoriser l'évolution d'une phthisie pulmonaire,
dont on ne soupçonne pas l'existence.
Voici donc ce qui m'arriva : Un jeune homme au teint mat, lymphatique,
mais d'une bonne complexion moyenne, et surtout n'accusant aucun symptôme
qui pût appeler l'attention sur l'état des poumons, me consulta pour un chancre
induré. Je lui prescrivis deux pilules, chacune d'un demi-grain de proto-iodure
de mercure par jour. Une semaine s'était passée quand il vint, tout eflhiyé, me
dire que le matin même, à son réveil, à la suite d'une petite quinte de toux, il
avait craché le sang assez abondamment. Je le rassurai, comme de raison, et
j'attendis quelques jours, puis je lui donnai le bichlorure. Le murmure vésicu-
laire était obscur aux deux sommets, avec submatité correspondante. C'était bn
automne. Je fis partir mon malade pour l'Algérie, où il séjourna jusqu'au prin-
temps, et, l'hiver suivant, je l'envoyai à Ajaccio, en Corse. Il jouit aujourd'hui
d'une bonne santé apparente, ce que mon savant ami, M. Pleury, appelle si
justement la santé fonctionnelle. Sans doute la diathèse persiste, mais latente,
muette, en puissance, comme avant l'administration de l'iodure, et il est à
espérer qu'elle se maintiendra telle indéfiniment, quitte peut-être à se montrer
en acte dans la descendance.
Je passe à un fait plus frappant encore.
J'étais en consultation, rue Yivienne, auprès d'une phthisique, avec un con-
frère distingué, le docteur Léger, qui continue l'œuvre artistique et scientifique
de Thibert. On nous montra, suivant l'usage, les nombreuses ordonnances faites
à la malade depuis plusieurs années, une entre autres où était formulée une
potion à l'iodure de potassium. Cette potion avait été prise et reprise, toujours
1x12 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. *- PREMIÈRE SÉANCE DU SOUL
avec aggravation des syniptôiiies. Dans la délibération qui suivit, j'appelai l'at-
tention de mon confrère sur ce dernier point, et je lui fis part de mon opiniuii
sur rextrème nocuité de Tiode dans laphthisie. 11 se rappela aussitôt un fait à
l'appui de cette opinion, très-démonstratif, et dont il a bien voulu eu>iiitc
m' adresser la relation.
Avant de consigner cette observation, il ne sera peut-être pas sans intérêt do
dire quelques mots du cas que nous avions sous les yeux, M. Léger et moi, lequel
cas avait paru obscur et l'était en eiïet. Avec toutes les apparences de la luu-
somption phymique, il n'existait aucun des signes stéthoscopiqucs qui dénoncent
si ouvertement la tuberculisation pulmonaire à une époque avancée. Quelques
râles insignifiants, et voilà tout. L'expectoration était abondante, à la vérité plu*
tôt muqueuse que purulente, et il n'y avait pas apparence d'excavations. U
région sternale était mate dans une assez grande étendue transversale, et, en
hauteur, jusque vers le milieu du sternum, je fus amené à supposer que nous
étions en présence d'une tuberculisation ganglio-broncbiquc, affection rare chei
l'adulte, mais non pas pourtant propre exclusivement à l'enfance, comme je l'ai
prouvé dans une note sur ce sujet. Toutefois, l'autopsie n'ayant pas été faite, oo
ne peut rien affirmer.
Cela dit, voici textuellement J' observation très-importante de M. Léger :
a Le nommé T..., demeurant rue de Paradis, âgé de vingt-sept ans, grand,
pâle, la poitrine plate, ayant fait sans accident la dernière campagne d'Italie,
disant n'avoir jamais été malade et ne toussant pas, porte, au pli du bras droit,
une plaque de syphilide papuleuse très-étendue, par suite d'un chancre coq-
tracté il y a deux ans.
» Sa feomie ayant, de son côté, un chancre sur le clitoris, j'examine le mari
à nouveau, et je trouve, sur la ligne blanche, au-dessus du pubis, une ulcération
profonde, mal caractérisée, et qui, de prime abord, me parut une pustule d'ec-
thyma plutôt qu'un chancre nouveau.
» Comme il est très-dangereux, dans la pratique privée, de préciser certains
faits à cause de l'éveil que les investigations du médecin peuvent donner aux
intéressés, je m'occupai de traiter les deux malades sans chercher davantage
lequel avait infecté l'autre.
» Je ne dirai rien de la femme. Quant à l'homme, je lui donnai le pMo-
iodure de mercure, à la dose de 0,0& par jour. Au bout de dix jours, il vint me
voir, très-alarmé, parce qu'il avait craché le sang toute la nuit, et qu'un point
douloureux du côté gauche de la poitrine l'empêchait de respirer.
» J'examinai aussitôt, et je constatai des craquements humides dans toute la
fosse sous-épineuse gauche et sous la clavicule du même côté. Au niveau de la
tiH)isième côte, existait un point mat à la percussion correspondant à une légère
crépitation, avec des râles humides à grosses bulles dans le lointain.
» Je supprimai le protoiodiu'e, et j'administrai le sirop de perchlorure de fer
opiacé. Huit jours après, les accidents étaient calmés.
» Mais, des ulcérations s' étant produites dans l'arrière-gorge, je prescrivis 1^
liqueur de van Sv^ieten, à la dose de 15 gi*ammes dans une tasse de lait, matin
et soir.
)> Quinze jours de ce traitement n'ayant amené aucune amélioration, et le
malade ayant observé que le protoiodure agissait mieux, je le lui redonnai à la
môme dose que précédemment, 0,Oft par jour.
IIARCHAL (DE CALYl). — TBAITEUEMT DE LA PHTHISIE PULMONAIRE. &7S
9 Au cinquième jour^ il fuL repris d'hémoptysie.
» Je dus donc cesser à nouveau Tusage du protoiodure. Mais dès lors les
accidents de la tuberculisation pulmonaire marchèrent rapidement^ et aujour-
d'hui tout le poumon gauche est en pleine fonte pm'ulente^ en même temps
que déjà des craquements humides distincts se font entendre dans le droit.
» Je suis convaincu que le protoiodure hydrargyrique a agi sur mon client
d'une manière fâcheuse^ en tant qu'iodure, en activant la tuberculisation, qui
fjouvait rester longtemps encore stationnaire, et ce qui le prouve surtout, c'est
la parfaite innocuité du bichlorure dans l'intervalle des deux hémoptysies.
» Je ne puis donner que ce fait unique conti*e l'administration de l'iodure mer-
curiel, quand le sujet est tuberculeux ou disposé à le devenir^ parce que c'est le
a'ul que j'aie recueilli; mais j'ai eu plus d'une occasion de regretter de l'avoir
prescrit dans ces circonstances. »
Ce fait n'a pas besoin de commentaires, et la conséquence qui en découle,
»Toir, la nécessité de songer à la possibilité de la phymie avant de prescrire les
iodures, entre autres aux syphilitiques, se formule d'elle-même.
Maintenant, est-il possible de pénétrer le mécanisme de l'action nuisible de
l'iode dans la tuberculose? Un fait répondra à cette question. Un scrofuleux
syphilitique entra dans mon service au Val-de-Grâce, avec un ulcère inguinal,
du centre duquel émergeait un ganglion du volume d'une noix, fortement pédi-
cule, à surface grisâtre et atone. Le cas était des plus favorables pour étudier
l'action de l'iode. L'ulcère fut recouvert d'un verre concave, afin de ne compli-
quer l'action du médicament général d'aucune action locale, et je prescrivis
l'émulsion iodée (0,05 d'iode). Au bout de quelques jours, la surface du ganglion
montra des points rouges isolés, puis ces points se multiplièrent et se rapprochè-
rent, puis tout le ganglion devint rouge comme une cerise mûre, et en même
temps il se réduisit graduellement par résorption, jusqu'à ce qu'il eût disparu
en entier.
L'iode agirait donc en développant le réseau des vaisseaux capillaires sanguins.
Si le produit morbide est susceptible de rentrer dans la circulation, il est résorbé ;
s'il est réfractaire pour cause d'hétéromorphie ou autrement, il subit hâtivement
une évolution éliminatrice. Ce dernier cas serait celui du tubercule.
En résumé, U importe de prémunir avec insistance les praticiens contre
l'usage du fer, du soufre et de l'iode, même du quinquina, dans la phthisie ;
car ce n'est pas assez de dire que le premier devoir du médecin est de ne pas
nuire, son premier devoir est de ne jamais s'exposer à nuire.
Certes, on ne négligera pas les quelques ressources fournies pai* la thérapeu-
tique, particulièrement l'huile de foie de morue, qui contient de l'iode cepen-
dant, mais dans une proportion infinitésimale et dans un état de mélange intime
avec des substances organiques que nous ne pouvons imiter qu'imparfaitement,
ie ne me le suis point dissimulé en faisant préparer l'huile iodée, si efficace
àam la scrofule.
Mais c'est surtout à l'hygiène, au changement de milieu, qu'il faut se confier,
sans préjudice d'une bonne et généreuse réparation alimentaire, condition indis-
pensable dans le traitement de la phthisie.
Quelle étude ce serait que celle des migrations reconstituantes des lignées mor-
bides, et quel service à rendre à l'humanité ! C'est toute une grande médecine
qu'on ne fait qu'entrevoir, la médecine de l'espèce, quand jusqu'à présent on
474 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DU SOIR.
s'est renfermé étroitement dans la médecine de Tindividu. S'il existait des con-
trées où le cancer et la scrofule, par exemple', fussent inconnus ou seulement
très-rares, n'est-ce point là qu'il faudrait pouToir transporter les variétés can-
céreuse et scrofuleuse de l'espèce ? Car l'espèce se compose en grande partie de
variétés morbides, et l'on pourrait presque se demander s'il existe bien positive-
ment une variété saine au milieu de ces populations dolentes et tarées. Mai>,
pour qu'un pareil objet, la transfonuation de la race, notamment par le change-
ment de milieu, aujourd'hui presque chimérique, prenne apparence de réalité,
il faut s'appliquer sans relâche à la constitution de la géographie des maladies :
vaste information inaugurée en France par un homme dont le nom rappelle une
des criantes injustices de notre temps, Fillustre docteur Boudin. Ce sera par
excellence la tâche des congrès médicaux. Saluons donc avec enthousiasme et
avec reconnaissance l'ère naissante de la grande fraternité médicale et de la
médecine universelle.
WL Amclas-Tareniie. — Je ne me serais pas permis de prendre à Timproviste
la parole sur ce sujet, si je ne voulais saisir l'occasfon de vous faire part d'une mé-
thode de traitement de la phthisie pulmonaire que le hasard m'a fait découvrir.
Toutes les maladies ont leur antidote, et peut-être suis-je sur la voie d'en
trouver un.
Il y a plusieurs années, je soignais un homme atteint d'une phthisie pulmonaire
avancée, et je lui prescrivais de l'huile de foie de morue à haute dose (3 verres
par jour); il me dit qu'en mangeant le soir une gousse d'ail, il faisait cesser ses
quintes de toux pendant la nuit : je lui prescrivis alors trois gousses d'ail par j(»ur
(une le matin, à midi et le soh*), et dès lors les quintes de toux disparurent tout
à fait.
Depuis, j'ai tenté cet essai sur plusieurs autres malades, et toujours l'ail a fait
disparaître les quintes de toux. C'est donc un bon médicament propre à com-
battre ce symptôme et qui peut-ctre même a de l'action contre la maladie.
En faisant prendre du cachou aux malades, l'élimination de l'odeur ne se
fait plus par la bouche, mais seulement par la région axillaire, où je conseille
de pratiquer des ablutions d'eau de Cologne.
M. liinwi (Paris) conteste à H. Auzias-Torenne la priorité de cette décou? erte^
qu'il fait remonter d'abord à Cœlius Aurelianus, puis à Mead et à Rosen; et il
assimile l'action de l'ail sur l'élément catarrhal de la phthisie à celle des bal-
samiques (4).
M. le professeur O'i^eary (d'Irlande) a expérhnenté pendant huit ans les inha-
lations d'iode suivant la méthode du professeur Pion7, et il dit s'en être bien
trouvé.
Depuis, il a essayé avec succès l'essence de santal, 8 à 10 gouttes par jour.
M. le profes*seur HarcoTliz (de Buchai*est) se rallie à l'opinion de M. Mar-
chai (de Calvi), et dit que l'iode donné dans la phthisie peut avoir des consé-
quences funestes.
Il cite le fait d'un malade chez lequel l'eau de Bade (Autriche), légèrement
(1) C'est dans la séance de jour du landi 19 août que M. Unas a pris la parole ; loah ifln
de ne pas diviser le sujet, nous avons rapproché son observation de celle qui l'a mottr^
DISCUSSION. — TRAITEMENT DE LA PHTBISIB PULMONAIRE. &75
i(îdec, provoquait des hémoptysie». Les inhalations d'iode comme topique sont
très-efflcaces, mais Fiode pris à l'intérieur, ce médicament altérant par excel-
lence, est nuisible; et quand ce sont des syphilitiques qui sont menacés de tuber-
culisation, il ne faut jamais prescrire les médications iodées, telles que le proto-
iodure de mercure.
Il ne partage pas l'opinion de M. Marchai (de Calvi) sur le danger des prépara-
tions sulfureuses. Les Eaux-Bonnes, entre autres, ont leur efficacité ; mais leur
indication doit ôtre posée, et il faut bien se garder d'envoyer à cette station les
malades qui ont une grande susceptibilité cardiaque, autrement il sunicnt des
hémorrhagies terribles.
M. LomlMurd (de Genève). — La première règle du médecin, celle que l'on
m'a apprise dans cette enceinte, est la suivante : Primùm non Jiocere, Dans le
cours de ma longue pratique, j'ai vu bien des phthisiques, j'ai tenté bien des
médications, et j'en suis arrivé à croire que la guérison de la phthisie réside
surtout dans une hygiène appropriée. Les riches meurent moins que les pauvres,
ils vivent plus longtemps; aussi conseillerai -je à mes jeunes confrères de s'abs-
tenir de tout traitement actif, de toute médication offensive.
Il y a des lieux où il n'y a pas de phthisie, ce sont des localités élevées, le
mont Saint-Bernard, ceriaines vallées de la Suisse, les plateaux du Mexique, et
M. Jourdanet explique cette influence parla diète respiratoire. Je laisse de côté
cette assertion qui a été discutée, mais je me résume en affirmant de nouveau
le traitement hygiénique de la phthisie, et suriout l'hygiène respiratoire.
H. Malla (de Prague) s'élève contre l'administration de médicaments qui
trop souvent favorisent le développement de la phthisie : tels sont ceux qui fati-
guent les voies digcstives, diminuent l'appétit et produisent l'anémie.
M. le docteur ¥aii liohe propose au Congrès de mettre en discussion les
questions d'institution et d'enseignement de la médecine, sans quoi, dit-il, le
Congi'ès ne mérite pas son titre d'international. Notre profession est entourée
d'entraves, c'est à nous, médecins étrangers, qu'il appartient de les signaler; en
réunissant nos efforts, nous arriverons au but désiré.
H. Bonilland répond que le Congrès a son programme tracé et fixé d'avance,
répandu depuis longtemps par toutes les voies de la presse ; qu'en y adhérant,
chaque médecin savait ce qu'il faisait, et qu'il sera forcé de le faire respecter.
H. Palasclano pense qu'il y aurait utilité à connaître les institutions médicales
des divers pays, afin que l'on pût les rendre semblables dans tous les pays. En
Italie, on a fait un grand pas. La révision du code va sortir les médecins de la
position inégale où Us étaient.
Ainsi ils auront le droit d'hériter de leurs malades. Le privilège du médecin
sera porté pour ses honoraires à six mois.
Le parlement italien vient de voter des pensions aux veuves et aux enfants des
médecins morts dans les épidémies.
Enfin, en Italie, la loi n'oblige pas le médecin à violer le secret médical dans
certaines circonstances judiciaires et politiques.
M. RevUloat s'élève contre la dernière assertion de M. Palasciano, qui pour-
rait faii'e croire aux médecins étrangers que la législation française est si arriérée.
En France, nulle loi n'impose aux médecins de dénoncer leurs clients. Divers
arrêts de la Cour de cassation ont fixé ce point de jurisprudence médicale.
676 G0N6EË8 MÉDICAL UfTBRNATIONAL. — PREMIÈRE SÉANCE DU SOIB.
M. BoBlllavd. ~ Aucune loi vraiment digne de ce nom ne peut forcer un
médecin à dénoncer un malade^ car au-dessus de la loi politique et sociale, il
y a la grande loi morale. Je tiens à établir qu'aucune loi en France n'a jamais
été instituée dans ce but, et vous savez que les principes libéraux, qui sont
maintenant répandus en Europe, émanent de la Révolution française, celte
glorieuse mèi*e des inuuortels principes de 89.
Cette discussion ne peut continuer, et j'use de mon droit en l'airêtant; elle
compromet l'existence du Congrès.
La séance est levée à onze heures.
SÉANCES SUPPLÉMENTAIRES DU SOIR
DEUXIÈME SÉANCE
Mardi 20 août^ i 8 heures.
Obserration sur le procès-verbal : M. Auzias-Turenne.
Lectures :
MM. BoLE (Castel-Sarrazîn). — Sur la fièvre rémittente, improprement appelée
fièvre typhoïde.
Discussion. — M. Pantaleoni (Rome).
Lecture :
M. G. Po^j (Milan). — Du traitement des maladies dues à un ferment morbide
par les sulfites et les hyposulfites de magnésie et de soude.
Discussion : BfH. Crocq. — Polu.
Lectures :
MM. MiLuoT (Kiew). — De l'investigation par transparence des cavités splan-
chniques (démonstration).
Crogq (Bruxelles). — Sur le traitement de la néphrite parenchymateuse.
Lallemànt (Charleville). — Sur le traitement de la fièvre typhoïde.
Procès-verbal de la séance par M. le docteur Comil^ secrétaire du Congrès.
klS CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DU SOIB.
DEUXIÈME SÉANCE DU SOIR
Président M. Bouillaiid.
Vice-présidents MM. de Méric et Teissicr.
Secrétaire de la séance. . . M. Cornil.
Après la lecture du procès-verbal, M. le docteur Auzias-Turenne demande à
faire une rectification. M. Auzias^Turenne a dit dans sa communication que
Todcur de l'ail qu'il donnait dans la phthisie était éliminée à la fois par les
bronches et les aisselles. Le cachou masque l'odeur de Thaleine (particularité
qu'a oubliée son honorable contradicteur, M. Linas), et Teau de Cologne celle
des aisselles.
Le procès-verbal est adopté.
La parole est à M. le docteur Boky de Castel-Sarrazin.
9IJI&I19IJGS COMSIDÉRATIOMS SUR 1.A FIÈVRE
RÉIHITTKIITE, IMPROPREIIKIIT APPELÉE TYPHOÏDE
PAR M. LE DOCTEUR BOLE (DE CASTEL-SARHAZIN).
Messieurs,
Entre le Tarn et la Garonne, à 12 kilomètres de leur jonction, est située la
petite ville de Castel-Sarrazin ; le plateau sur lequel elle repose est à la hauteur
de 81 mètres au-dessus du nWeau de la mer, tandis que la plaine de la Garonne
ne s'élève qu'à la hauteur de 65 à 66 mètres.
Élève de l'école de Montpellier, docteur de l'école de Paris, j'observe depuis
plus de vingt ans la fièvre rémittente à Castel-Sarrazin et dans son arrondisse-
ment.
C'est le résultat de mes obseiTations que je viens vous soumettre, convaincu
que les idées médicales n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont discutées et
jugées par une réunion de confrères compétents.
La fièvre rémittente s'obsei^ve à Castel-Sarrazin pendant tout le cours de l'an-
née, quelle que soit la saison ; elle est plus fréquente pendant les mois d'août^ de
septembre, d'octobre, de novembre et de décembre. Elle a apparu sous foraie
épidémique en 18/i7, après les travaux du canal, consistant en vastes remue-
ments de terrains, en 1855, 1856, 1857, 1866, après les inondations de la
Garonne. Les causes en sont locales, et voici comment je les signalais déjà on
1855 au comité d'hygiène : a Les causes d'insalubiité sont nombreuses et de
nature diverse ; celles dont il faut s'occuper d'abord, conmie les plus funestes, sont
BOLE. —QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUB LA FlÈHlE BÊMITTENTE. &79
celles qui agissent en viciant l'air atmosphérique. L'air^ en efTet, est le milieu
dans lequel nous vivons^ notre corps entier en est constamment baigné ; une des
fonctions les plus essentielles à notre économie, la respiration, met en contact
permanent avec nos poumons une quantité considérable de ce fluide, et l'on
comprendra toute l'importance de la pureté de l'air en se rappelant que, d'après
Milne Edwards, l'homme adulte de stature moyenne en consomme, par jour,
tms mille cinq cents litres»
Une grande cause d'insalubrité, et celle qui nous paraît le mieux démontrée,
c'est, pendant les chaleurs de l'été et de l'automne, le mélange à l'air atmosphé-
rique de miasmes provenant du dessèchement des mares d'eau stagnante. Plu-
sieurs villages de l'arrondissement sont encore entourés d'anciens fossés de for-
tifications, d'autres ont pour abreuver leurs bestiaux des flaques d'eau peu
profondes et alimentées seulement par les eaux pluviales. L'hiver, l'eau recou-
^Tc la vase, l'évaporation n'a pas lieu, et ces mares n'ont pas d'inconvénient; mais
lorsque les chaleurs arrivent, l'eau tarit, et les vases boueuses qui restent de-
viennent alors de véritables foyei*s d'infection.
L'arrondissement est sillonné de petits cours d'eau, tels que la Gimonne, la
Sère : en hiver, l'eau s'écoule et se renouvelle avec assez de rapidité, sans dan-
ger pour la salubrité publique ; mais, pendant la saison chaude, ces eaux taris-
sent et ces ruisseaux acquièrent alors des propriétés malfaisantes.
La Garonne^ elle aussi, par ses débordements, par les mares d'eau stagnante
qu'elle forme sur ses bords, dans les endroits déprimés, devient en été, lorsque
ces mares tarissent, un vaste foyer d'exhalations miasmatiques. C'est à cette
époque de l'année surtout et dans le cours de l'automne, qu'apparaissent les
épidémies de fièvres graves, rémittentes, pernicieuses, typhoïdes.
Le Comité croit devoir insister spécialement sur cette grande cause d'insalu-
brité, les eaux stagnantes ; c'est elle qui donne, pour ainsi dire, à l'arrondisse-
ment, le cachet de sa constitution médicale. Dans beaucoup de localités (Castel-
Sarnuin entre autres), la fièvre intermittente est endémique, et pendant les
chaleurs, nos populations sont affligées de maladies analogues à celles qui
régnent dans les pays marécageux ; presque toutes nos maladies revêtent la forme
rémittente, souvent peiiiicieuse, quelquefois typhoïde, mais la plupart de ces
maladies sont sous l'influence d'une cause unique : le miasme exhalé de ces
marcs fétides, miasme analogue au miasme paludéen. Cela est si vrai, que, dans
la plupart des cas, un seul traitement réussit, celui par le sulfate de quinine.
L'inondation récente de la Garonne est une nouvelle preuve de notre opinion,
car dans le moment actuel il s'exhale des terrains inondés des odeurs fétides,
provenant des vases que le fleuve a déposées hors de son lit, et de la putréfac-
tion de nombreuses plantes que l'inondation a détruites. L'atmosphère est telle-
ment viciée, infectée de ces miasmes, que déjà les fièvres graves de nature ma-
ligne ont reparu dans la contrée.
Us moyens de remédier à ces causes d'insalubrité étaient indiqués en 1855,
cl ils me paraissent encore pleins d' à-propos :
1** Exiger que toutes les mares d'eau stagnante avoisinant les villages soient
comblées ; 2^ que les petits ruisseaux soient agrandis dans les points étroits
redressés dans les endroits sinueux, afin de faciliter l'écoulement de Icui^ eaux*
3* pour la Garonne, il serait à désûer que son lit fût bordé de digues parallèles,
de manière à rendre ses débordements moins fréquents, et pour combler les
mares d'eau stagnante qui existent le long du fleuve, il faudrait prescrire aux
680 GONGBÈS HÉDIGA.L INTERNATIONAL. — DEUXIÈIfB SÉANCE DU SOIB.
propriétaires riverains des plantations d'arbres. Alors^ dans l'espace de quelques
années^ les inondations elles-mêmes combleraient ces mares^ en apportant dans
les bas-fonds un limon fécondant, que les arbres y retiendraient. Les arVres,
d'ailleurs, sont un moyen naturel de purification de l'air atmosphérique, puis-
qu'ils prennent à ce fluide l'acide carbonique qui le vicie, et lui rendent l'oxy-
gène que la respiration des animaux lui enlève.
Un moyen d'assainissement spécial à la ville de Castel-Sarrazin serait une pris^
d'eau courante fournie par le canal.
La fièvre rémittente frappe tous les âges, toutes les classes de la société ; mais*
il faut le reconnaître, comme toutes les maladies épidémiques, elle atteint spé-
cialement la classe pauvre, qui peut difficilement suivre les prescriptions de
l'hygiène. Elle est sujette à récidive : j'ai vu, dans les vingt années, les mème$
sujets avoir jusqu'à deux et trois fois la même fièvre.
La fièvre rémittente est une maladie grave, elle dure de vingt-cinq à quarante
jours. Sous la forme que j'appellerai simple, il est difficile d'assigner une lésion
spéciale d'organes. Le plus souvent elle est compliquée, et alors elle peut être
entée sur toutes les maladies du cadre nosologique.
En 1855, pendant les mois d'août, de septembre, d'octobre, les congestions
afTectaient les organes abdominaux, se traduisant par du ballonnement du
ventre, des vomissements, de la diarrhée, et ce sont des accidents qui ont fait
confondre la maladie avec la fièvre typhoïde entéro-mésentérique continue de
Paris. Pendant les (mois de novembre, décembre 1855, les congestions pulmo-
naires ont été plus fréquentes : c'étaient des catarrhes, des bronchites, des
pneumonies, mais toujours avec le type rémittent, et en effet, messieurs, le
caractère distinctif et important à noter de la maladie dont je vous entretiens est
la rémittence. C'est-à-dire que, dans les vingt-quatre heures, quelquefois plus tôt,
quelquefois plus tard, la maladie, quelle que soit la lésion d'organes, offre une
rémismn évidente. Les phénomènes morbides sont amoindris, le malade est plu5
calme, la chaleur de la peau moins forte, le pouls moins fréquent; cette rémis-
sion est quelquefois difficile à saisir, surtout quand elle coïncide avec la nuit. Le
médecin faisant ses visites le jour, si son attention n'est pas éveillée de ce côté,
il peut croire à une fièvre continue, sans rémittence ; mais en questionnant le
malade ou ceux qui l'ont veillé, il apprend que, dans la nuit, une légère moiteur
s'est déclarée, que le malade s'est trouvé mieux ; son diagnostic devient aUn^
précis, et il se hâte d'administrer le sulfate de quinine.
On a confondu la fièvre rémittente avec la fièvre typhoïde de Paris, et, en
efTet,la durée de la fièvre rémittente, le délire, le coma, la stupeur, la diarrhée
qui la compliquent souvent, lui donnent une certaine analogie avec la fièvre
entéro-mésentérique, si bien décrite par les auteurs de l'école de Paris ; mais la
fièvre typhoïde est continue, sans redoublement, sans accès. Ses lésions anato-
miques sont constantes, l'ulcération des glandes de Peyer et de Bi-unner. Le
traitement de la fièvre typhoïde que j'ai vu réussir à Paris en 1843, Uk et 45, c>l
le traitement antiphlogistique, formulé par M. Bouillaud. La fièvre de nos pa;^
est caractérisée par ses rémissions ; son remède spécifique est le sulfate de qui-
nine. La confusion de la fièvi'e rémittente grave de Castel-San-azin avec la fièvre
typhoïde de Paris est d'autant plus singulière, que, pendant vingt ans, je n'ai
jamais rencontré un seul cas de fièvre typhoïde, ni à Castel-Sarrazin, ni dan.«
ran*ondissement. Il y a, au reste, une autre maladie que je n'ai jamais vue à
Castel*Sarrazin, c'est le choléra épidémique. Toulouse et Bordeaux ont eu le
BOLE. — QtJELQtJES CONSIDÉRATIONS SUR LA FIÈVRE RÉMITTENTE. Mi
choléra; eh bien, malgré les communications incessantes entre ces deux villes
par Castel-Sarrazin, à l'aide des routes impériales, du canal latéral, du chemin
de fer du Midi, notre ville n'a jamais été atteinte par le redoutable fléau.
Une des formes de la fièvre rémittente, que je n'ai vue signalée nulle part, c'est
la forme convulsive ches les jeunes enfants d'un an à cinq ans. Le petit malade
est ordinairement pris subitement de convulsions intenses, affectant le plus sou-
vent un seul côté du corps. Quelques sangsues derrière les oreilles dégagent le
cerveau, et en visitant l'enfant plusieurs fois par jour, on s'aperçoit que les con-
vulsions reviennent par accès, quelquefois cinq Ou six dans les vingt-quatre heures.
Avec les convulsions coïncide la fièvre, caractérisée par la chaleur de la peau, la
fréquence du pouls; les rémissions sont tellement manifestes, que je n'hésite plus
aujourd'hui à donner à ces petits êtres du sulfate de quinine, malgi*é les convul-
sions, et cela avec le plus grand succès.
Le diagnostic de la fièvre rémittente est quelquefois difficile : en 1852, je fus
appelé à Montauban à voir un enfant de quatorze ans, malade depuis vingt jours;
les deux confrères avec lesquels je me rencontrai en consultation avaient dia-
gnostiqué une fièvre typhoïde ; le ventre était ballonné, la diaiThée intense, le
malade avait le délire. Je passai auprès de lui une partie de la nuit; sur le ma-
tin, le délire cessa ; je fus reconnu, le malade me demanda des nouvelles de
Castel-Sarrazin. La rémission caractéristique me parut évidente ; je proposai le
sulfate de quinine, on m'objecta surtout qu'il aggraverait la diarrhée ; il ne fut
point donné, le malade mourut.
En i861, le k décembre, à Castel-Sarrazin, un enfant de treize ans était au
onzième jour de sa maladie, dans un délire comateux; le médecin de Toulouse,
d'où l'enfant nous avait été envoyé, avait reconnu [les premiers jours une fièvre
muqueuse. Nous étions trois docteurs, le premier diagnostiquait une méningite,
le second une fièvre typhoïde, le troisième une fièvre rémittente ; après une
longue et vive discussion, le sulfate de quinine à haute dose fut adopté, et le
malade guérit.
Pendant les vingt années de mon service médical, j'ai fait, en ma qualité de
chirurgien d'hospice, cinq amputations de jambe, une de cuisse et quelques extir-
pations de tumeurs cancéreuses au sein. Mes opérations, au point de vue de la
cicatrisation, ont toutes réussi : le mérite du succès doit être attribué au climat;
nous n'avons guère, dans nos petites villes, l'habileté chirurgicale de nos maîtres
de Paris. Néanmoins la fièvre rémittente a compliqué presque toutes mes opéra-
tions ; je craignais l'infection purulente, que j'avais souvent observée dans le
service de Blandin ; mais la rémittence apparaissant franchement, le sulfate de
quinine triomphait de tous les accidents, et la cicatrisation des plaies se faisait
heureusement. L'infection purulente, si commune et si terrible à la suite des
grandes opérations chirurgicales de Paris, serait-elle une fièvre rémittente? et
le spécifique en serait-il le sulfate de quinine ?
Comme vous l'avez pressenti, messieurs, le remède de la fièvre rémittente est
le sulfate de quinine à haute dose. Je le donne habituellement en potion, lorsque
la rémission apparaît. Il faut, dans les cas graves, le continuer longtemps,
trente, quarante jours de suite ; les redoublements ne sont pas coupés, ils sont
atténués ; si le malade interrompt l'usage du sulfate de quinine, les exacerba-
tions reparaissent plus intenses, la maladie empire. Les doses du médica-
ment doivent être assez élevées ; néanmoins je n'ai jamais dépassé 3^,50 en
vingt-quatre heures.
Si
hS'2 CONGBÈS MÉDICAL INTEBNATIOHAL. — DEUXIÈME SÊAlîCB DU SOIE.
Il est souvent nécessaire de purger le malade au début de la maladie ; l'actùm
du sulfate de quinine se trouve ainsi facilitée ; d'autres fois, suivant l'organe con-
gestionné, il faut mettre des sangsues, employer les rëvulsife. Mais il laut user
des antiphlogistiques avec modération.
Le régime doit être sévère, la diète absolue pendant la période d'activité; tous
les toniques doivent être proscrits : le vin, les alcooliques, le café ont toujours été
nuisibles, tout essai d'alimentation a toujours été funeste.
Avec CCS précautions, le sulfate de quinine est vraiment un remède béroîque,
je dirai qu'il m'a presque toujours réussi ; et pour vous donner des cbiffres : en
4855, 56 et 57, d'après le relevé fourni à l'administration, j'ai soigné 117 mi*
lades. J'ai eu 8 morts, 1 mort par 17 malades gravement atteints.
Il me semble que, d'après ces faits précis et toujours Ifis mêmes depuis vingt
ans, la fièvre grave qui afflige nos contrées ne saurait être désignée sous le nom
de fièvre muqueuse ou typhoïde ; sa guérison par le sulfate de quinine hii assigne
sa place, elle doit être classée parmi les rémittentes. Naturam morbonm cura-
tianes ostendurU,
Pour rendre ma démonstraticm plus complète, j'aurais désiré vous apporter le
résultat de nombreuses autopaies ; je ne possède qu'une ouverture de corpc. U
maladie avait duré quarante jours. L'estomac et les petits intestins, eiaminés
avec soin, ne présentaient aucune trace d'ulcérations ni de cicatrice d'ulcération;
la muqueuse des gros intestins offrait, dans quelques endroits, de légères arbori-
sations vasculaires, indiquant une légère irritation de ces organes (le malade
avait eu de la diarrhée). Mais le foie était augmenté de volume, la rate surtout
était engorgée, ramollie, friable ; elle se déchirait facilement sous la pression de»
doigts. Le sang de l'engorgement était noirâtre, épaissi et formait une ma^se
analogue à la gelée de groseille. La lésion anatomique de la fièvre rémittente
résiderait donc dans le foie et principalement dans la rate. Je regrette de n'avoir
personnellement qu'une autopsie à l'appui de cette opinion ; mais le docteur
Stewardson a publié en 1841 et h2 des observations analogues; on en trouve de
pareilles dans Bonnet, Mongellax et Maillot. 11 est acquis, depuis longtemps
dans la science, que chaque accès de fièvre intermittente congestionne le foie
et surtout la rate. C'est là une nouvelle preuve de la communauté d'origine
entre la fièvre rémittente et la fièvre intermittente ; la même cause dans les deux
maladies, le miasme paludéen, produit les mêmes effets.
Ce miasme est-il un champignon, un animal microscopique? Je l'ignore. Son
mélange à l'air atmosphérique, sous une forme invisible^ me parait seul clini*
quement démontré.
La fièvre rémittente est-elle contagieuse, c'est-à-dire facilement transmis-
sible? Peut-on l'emporter dans la poche de son paletot, l'envoyer à quelqu'un
dans une lettre à la poste, dans un paquet de cigares ? Malgré l'opinion favora-
ble de quelques confrères, je n'ai jamais observé cette transmission lantastique.
Je reconnais volontiers, messieurs, que les questions de contagion sont des ques-
tions ardues ; de longues études, des discussions approfondies permettront seules
de les décider.
Quoi qu'il en soit, la constitution rémittente me paraît avoir envahi nos con-
trées depuis une douzaine d'années ; il me semble même que l'indication du
sulfate de quinine dans les maladies apparaît plus fréquemment aux obsena-
teurs des divers pays. Le champ des fièvres à quinquina s'étend tous les joun.
PANTALEOIIL — QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LA nÈTRE RÊHriTENTE. &83
Ainsi nous avons vu rapporter h la fièvre rémittente méconnue la maladie de
M. de Gavour^ la fièvre jaune^ certaines grippes de Paris.
Le docteur Fantaleonl (de Rome), résidant à présent à Nice, prend la parole
pour féliciter le docteur Bole d'avoir introduit devant l'assemblée un thème
si grave et si intéressant. Le docteur Pantaleoni avait désiré le faire lui-
même, et il en avait parlé au docteur Jaccoud, le digne secrétaire, qui l'avait
engagé à faire une lecture ; mais voyageant depuis trois mois, sevré de ses livres
et de ses notes, le temps et les moyens lui ont manqué pour faire une com-
munication écrite au Congrès. 11 saisit pourtant avec empressement l'occa-
sion de dire quelques mots à présent au sujet des fièvres rémittentes, et surtout
de celles qui dominent en Italie et à Rome, où il a exercé pendant vingt-huit
ans la médecine, jusqu'à ce que l'eiil de Rome l'ait obligé à transporter ses
pénates à Nice.
Élève des écoles italiennes, il avait dû prêter la plus grande attention aux
fièvres, car dans les pays méridionaux, les maladies aiguës sont très-fréquentesj
95 cas sur 100 à peu près/ l'inverse .de ce que Ton observe parmi les Anglais
et dans le Nord, où l'on peut compter 90 cas chroniques contre 10 aigus; et
en Italie, parmi les cas aigus, les fièvres sont les plus importantes. Mais avant
d'entrer dans l'exercice de la pratique, le docteur Pantaleoni avait voulu ache-
ver son éducation, en étudiant pendant trois ans en France et en Allemagne.
C'était vers 1833, 3& et 35, quand les grands travaux de l'école pathologique
vinrent répandre un si grand jour sur les fièvres dites graves. 11 suivit avec zèle
les cours et les services du docteur Andral, docteur Louis, docteiu* Chomel, de
l'excellent président, le docteur Bouillaud, et nanti des notes et de nombreuses
observations, il pensait pouvoir apporter en Italie un nouveau jour siu* la
théorie et la pratique des fièvres. Dans ce temps-là, on ne venait pas facilement
s'instruire en France. La France ne jouissait pas des sympathies, des goûts ita-
liens, et l'on pouvait compter d'être mal signalé, et marqué comme brebis noire
auprès des polices italiennes, si l'on venait étudier en France ; et, en consé-
quence, le docteur Pantaleoni l'a été toute sa vie. Mais rentré à Rome^ et lancé
dans la pratique, ses notes, ses autopsies, ses observations faites en France^ ne
lui valurent plus rien; elles ne répondaient nullement aux cas, elles ne ca*
draient nullement avec les formes, avec les caractères des fièvres qu'il voyait en
Italie : il se vit obligé de reprendre ses vieux cahiers et les observations qu'il
avait recueillies jadis dans les hôpitaux italiens.
C'est qu'en efi'et, les fièvres rémittentes d'Italie ne coirespondent nullement
à la fièvre typhoïde que l'on voit si fréquemment en France. Et d'abord, la
fièvre rémittente y prend deux formes : l'une, plus légère, d'une fièvre qui dure
immanquablement deux septénaires, avec les signes d'un désordre des voies di-
gestives, ce qui l'a fait nommer, en Italie, fièvre gastrique^ fièvre bilieuse. Elle
parait constituée par une irritation de la muqueuse gastro-entérique, et c'est la
même forme que Bichat appelle fièvre entéro-catarrhale. Cette fièvre, pas plus
que la fièvre catarrhale, n'est jamais dangereuse, sauf qu'une épidémie ou le
mauvais traitement du médecin la rende teUe. Il ne faut donc pas s'en occuper
davantage.
Uih CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DU SOIB.
Mais il y a une autre forme de fièvre rémittente qui est trè^-graye^ qui res-
semble dans les périodes avancées de la maladie à la typhoïde, et qui pourtant
en diffère essentiellement, et que j'appellerai comme on le fait généralement
en Italie, fièvre nerveuse, fièvre des nerfs. Elle en diffère d'abord par les sym-
ptômes. Tout le monde sait que dans la typhoïde, un des premiers et plus con-
stants symptômes, c'est la diarrhée. Dans la nerveuse, c'est au contraire la con-
stipation qui domine. Le météorisme, la tympanite^ c'est un symptôme qui
rarement manque dans la typhoïde ; il n'existe jamais, ou presque jamais dans la
nerveuse, sauf à une période très-avancée de la maladie, et alors c'est un signe
grave et presque toujours fatal d'un affaissement complet des forces vitales.
Les taches semi-lunaires, qui existent treize fois sur quinze dans la typhoïde,
n'existent jamais dans la nei'veuse^ dans laquelle on ne rencontre que rarement
des sudaminaj quand on a trop couvert le malade, ou qu'il transpire beaucoup.
Ce n'est que dans la seconde période de la flèvre nerveuse que le système ner-
veux se prend le plus fréquemment avec délire ou vaniloquie, et des sym-
ptômes de désordre cérébral : d'autres fois, par les soubresauts de tendons, et des
symptômes qui se rapportent à la moelle épinière, ou par les deux séries de
symptômes à la fois. La langue devient acide, et c'est un signe toujours sérieux si
elle se couvre de cet indûment noir delà typhoïde. C'est alors que se déclarent
tous les symptômes de l'altération du sang comme dans la typhoïde. Cette 6èvn'
dure de trois à cinq, six septénaires, ou même plus ; mais à tout prendre, elle
est moins meurtrière que la typhoïde.
Je crois exprimer une opinion générale des médecins, quand je dis que la
typhoïde et le typhus sont plus ou moins contagieux. Eh bien! la fièvre des nerfs,
elle, ne l'est jamais. Jamais ni moi, ni autre bon observateur n'a soupçonné la
nature contagieuse de cette fièvre.
J'ai fait au moins douze ou quinze nécroscopies de cas de ma pratique en
ville. Je n'ai jamais trouvé un seul cas d'affection ou lésion des plaques de Peyer
ou des follicules de Brunner. Rien de marquant du côté du ventre. Quelque
congestion ou injection parfois dans les vaisseaux, mais voilà tout. Du côté de la
tête, on trouvait presque toujours quelque injection sanguine des membranes,
et parfois le cerveau m'a paru un peu plus dur, parfois un peu plus mou, mab
jamais d'affection locale ou véritable raniollissemcnt. Ainsi, bien peu de chose
à tout prendre ; seulement on trouve fréquemment les tissus ramollis par la
dégénération du sang et la lésion de l'action des nerfs pendant la fièvre (ainsi.
j'ai pu plusieui*s fois percer le cœur de mon doigt). Quant à la faiblesse et fré-
quence du pouls^ je l'ai vue continuer pendant dix ou douze mois après la gué-
rison. Je puis citer un cas où, appelé en consultation, j'avais diagnostiqué le
ramollissement du cœur et recommandé le repos à la malade. On lui permit de
sortir, on lui permit de monter les escaliers, et en rentrant, elle tomba morte
sur une des marches de l'escalier, par rupture spontanée du cœur.
Ainsi jamais de perforation des intestins, qui pourtant n'est pas rare dans la
typhoïde, jamais de péritonite successive. Et pourtant, Yentéro-hémaiorrhagù a
été observée par moi, dans plusieurs cas, comme suite du ramollissement de^
tissus et de la dégénération du sang. C'est à peu près alors ce que Ton obseni?
dans le morbus maculosus Werlofii, et il y a des cas de la plus triste nature, chez
lesquels, la maladie avancée, l'hémoiThagie se présente par le nez, et souf: le>
tissus, par des taches et des ecchymoses, comme dans la maladie citée.
iUnsi, voilà bien évidemment une fièvre rémittente qui, des trois cléments
PANTALEONI. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LA FIÈVRE RÉMITTENTE. A85
que Ton observe dans la typhoïde, n'en montre que deux, Taltëration de Taction
nenreuse, et la dégénëration successive du sang ; mais jamais la lésion locale des
plaques de Peyer et des follicules de Brunner de la typhoïde et du typhus abdomi-
nal des Allemands. Les symptômes de la première période de cette fièvre res-
semblent tellement à la rémittente simple, dont j'ai parlé au début, et qu'en
Italie on appelle fièvre gastrique^ que c'est très-ordinaire d'entendre les médecins
italiens parler d'une fièvre gastrique qui a tourné à lu nerveuse ou qui a dégénéré
en nerveuse. Je maintiens que de tout temps, et même au début, un bon ob-
servateur peut les distinguer ; et c'est surtout par des rémittences beaucoup plus
larges dans la nerveuse, et quelque chose d'indéfini et de grave du côté des
nerfs
Je tâcherai de conclure en peu de mots. Que cette fièvre difl*cre de la ty-
phoïde, on peut le voii* parce qu'on observe aussi à Rome cette dernière, mais
très-rarement. Je l'ai vue moi-même deux fois en vingt-cinq ans ; dans les hôpi-
taux, on a parfois des exemples assez fréquents.
Les médecins anglais qui pratiquent en Italie ont tous reconnu la nature
diiïérente de la maladie et ils Tont appelée fièvre romaine.
Vous avez eu pendant plusieurs années votre garnison à Rome, et un excellent
médecin en chef, le docteur Mayer, que je crois à présent à l'hôpital militaire
Saint-Martin. Eh bien! il s'est aperçu tout de suite de la nature différente de
cette fièvre : nous en avons soigné un grand nombre de cas ensemble, et il avait
fait même cette curieuse observation, que les nouveaux soldats venus de France,
s'ils prenaient une fièvre pendant les premiei*s six mois, c'était une typhoïde,
mais après les onze mois de leur séjour à Rome, ils ne gagnaient jamais que la
fièvre des nerfs. Ainsi, ce temps paraissait la période nécessaire pour l'acclima-
tation et pour éprouver les effets du climat.
Cette fièvre nerveuse existe à Rome, mais elle est devenue très-fréquente
à Naples, depuis que le mauvais drainage a empoisonné la belle rivière de
Chiaja, et c'est sur les étrangers qui vivent dans ce quartier que la fièvre sur-
tout se déclare. Mais on l'observe à Floi*énce, aussi dans les autres provinces; et
je l'ai trouvée aussi à Nice, surtout depuis l'endiguement commencé du Var,
mais en même temps que j'y observe aussi la véritable typhoïde.
Quelle est la cause véritable de cette fièvre?... J'ai cru la reconnaître, comme
l'honorable docteur Bole, dans le miasme palustre, dans l'action du miasme vé-
gétal, à peu près comme le développement des typhus et des typhoïdes pourrait
être rapporté à l'action des miasmes exhalés des corps animaux, et surtout de la
réunion d'hommes sans aération suffisante. On aurait obsei'vé le même phé-
nomène en Amérique, dans la longue et terrible campagne entre le nord et le
sud des États-Unis.
Cette hypothèse sur la cause prochaine de la maladie nous porte naturelle-
ment à la question du traitement par la quinine et son sulfate. Je dirai, en termes
généraux, que les médecins romains l'ont presque tous condamné. Cependant
les dernières années de ma pratique à Rome m'ont amené à d'autres con-
clusions, et c'est sous deux manières que j'ai pu administrer la quinine. Je
cherchais en général à combattre fortement et énergiquement toute compli-
cation au début de la fièvre, et alon, parfois, j'ai obtenu au quatrième, au
septième jour, de larges rémittences, presque semblables à une intermittence.
Malheur alors si l'on n'administre tout de suite à large dose 3 ou & grammes de sul-
fate de quinine dans les vingt-quatre heures. Il agit plusieurs fois comme un spé-
i86 CONGRES MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈMS 8ÉANGR DU SOU.
ciûque, et il coupait la fièvre entièrement Mais dans d'autres cas on est moins
heureux. U faut alors Vadmlnistrer tous les jours, pendant vingt ou trente joors
de suite, et à la dose de 1 gramme, 1 granmie et demi, jusqu'à 2 par jour.
J'ai consommé, dans quelques cas, jusqu'à 40 grammes de sulfate pendant la
maladie, non-«eulement sans inconvénient, maia toits les malades ont guéri. Je
dois pourtant ajouter que, comme ce ne fut que les dernières amiées de mon
séjour à Rome que j'adoptai cette méthode, je ne prétends pas prononcer là-
dessus un jugement définitif. Une remarque seulement à ce fl^jet : une fois com-
mencée l'administration de la quinine, il ne faut jamais la suspendre : il faut la
continuer jusqu'à guérison ; et c'est peut-être pour n'avoir pas suivi cette règle,
que les médecins romains de la vieille école n'administraient pas la quinine.
Mais je ne dois pas davantage abuser de votre tolérance. PeimettesHoioi seu-
lement de vous exprimer un souhait :
Nous tous, ici réunis, espérons que cette réunion ne sera qua la première
d'une longue suite d'autres, qui auront lieu aux périodes et lieux qu'il vous
plaira de fixer. Eh bien ! messieurs, j'espère que pour la prochaine réunion, vous
voudrez bien donner la préférence à l'Italie. Là vous n'aves pas à vous in-
quiéter d'aucune permission. Le drcnt de réunion et d'association, ches nous, est
sacré ^ et malheur à qui y toucherait. Quant à l'accueil, je croîs me foire
l'interprète de laes compatriotes, pour vous dire qu'à Bologne, à Florence, à
Naples, partout où vous voudrex résider, on s'en]|»resserait de vous offirir l'hos-
pitalité que des confrères sont toi^ours heureux d'accorder à d'autres con-
frères.
Merci, messieurs, de votre bienveillant accueil. J'ai fini.
POLU. -^ SULPITËS ET HYPOSULFITES. &87
DU TRAITEMENT DES MAIiABIES
BUES A HIV EERMEIVT MORBIDE PAR UËH SVIiFITES
ET MM» MYPDSVIiFlTES DE MAdlVÊSIE
ET DE SOUDE '
PAB M. LB PROFESSEUR GIOVANIVI POUI (dB MILAN).
Depuis quelques années^ les médecins inclinent à admettre des maladies dues
à une eaase spécifique très-analogue à un ferment. Ces maladies^ qu'on s^pelle
maiadim zymoiiques, ont pour caractère d'être inoculables par les matières que
les malades sécrètent, ou par les produits de la décomposition de leurs humeurs
00 de leurs tissus (virus, contagions, infections). Les phénomènes morbides^ ou la
maladie, ne sont que T ensemble des efforts de l'économie pour éliminer les
produits de la décomposition des humeurs ou des tissus, conséquents à leur
fennentation.
Le malade, dans ce combat, ne survit ou guérit que lorsque le processus de
fermentation morbide finit ou s'arrête avant qu'il ait perdu les forces néces-
saires pour expulser ou pour assimiler les produits étrangers de la fermentation.
Que les fenneniations soient possibles dans le sang d'un animal vivant, le
gnmd physiologiste de notre époque, Claude Bernard, l'a démontré (fermenta-
tions alcooliques et amygdaliques) ; que des ferments aptes à décomposer le
SDcre, l'amygdaline et l'urée, se produisent dans le sang de certains malades,
Schmidt, de Dorpat, l'a prouvé; que le sang, enfin, dans certaines maladies con-
tagieuses (le charbon, la petite vérole et le choléra), contienne des organismes,
f€rments aptes à reproduire la maladie par inoculation ou par injection, cela
a été démontré par les observations de Davaine, de Ch. de Vauréal et par les
expériences des professeurs Coze etFeltz, de Strasbourg. J'ai confirmé, à mon tour,
la plupart de ces expériences, et surtout celles qui regardent la reproduction artifi-
cielîe des maladies à forme typhoïde, par l'injection dans les veines des animaux
des matières organiques putrides contenant des bactéries et des vibrions vivants.
(Les détails de ces expériences sont consignés dans la brochure que je dépose sur
le bureau de la présidence.)
Les progrès de la physiologie microscopique, qui doit à M. Pasteur le jour
nouveau qu'elle a jeté sur tant de questions, les progrès de la chimie organique
et la découverte de nouveaux agents antiseptiques, ont appelé mon attention
depuis 1857 et dirigé mes études pour constater si réellement il y a des mala-
dies qui n'ont pour cause que des fermentations plus ou moins évidentes dans
quelques-uns des principes du sang, et à rechercher les moyens compatibles avec
te ttequi seraient capables d'arrêter ou d'empêcher ces fermentations dans l'éco-
nomie vivante.
Or, l'action comburante ou destructive de certains agents antiseptiques, comme
&88 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. *- DEUXIÈME SÉANCE OU SOIR.
le chlore, les hypochlorites, Tacide nitrique, les permanganates, aussi bien que
Faction toxique de certains autres composés très-aptes à protéger les matières ou
les tissus organiques de. toute corruption, comme Tacide arsénieux, l'acide
prussique, le bichlorure de mercure et certains sels métalliques, ne pouvaient
faire partie de la thérapie antihygiénique que j'étudiais. L'animal vivant ne s'em-
baume pas : ce qui est poison pour un organisme microscopique fonctionnant
comme un ferment Test toujours plus ou moins aussi pour T économie des ani-
maux supérieurs.
Passant en revue les divers antiseipt!îques plus ou moins célèbres, j'ai pu con-
stater que l'acide sulfureux empêchait ou arrêtait toutes les fermentations
connues, sans exception, c'est-à-dire même celle que (comme les fermentationi
saligéniques et sinaptasiques) l'acide arsénieux (Piiia), l'acide cyanhydriquc et
les cyanures (Bouchardat) n'empêchent pas; ou celles que (comme les fermen-
tations diastasiques, pepsiniques, ptyaliniques) l'acide phénique (Lemaire) n'ar-
rête pas.
Mais, quoique l'acide sulfureux soit un des plus anciens et des plus actiis
agents de désinfection, et que sa présence empêche ou arrête toute fermentatioD
connue, je ne pouvais pas en faire un agent thérapeutique, car il n'est sup-
porté par les poumons à l'état gazeux que très-dilué dans l'air, et sa dissolution
aquejLise irnte et attaque les muqueuses, si elle n'est pas très-étendue, et dans
un état d'activité minime.
C'est alors (1860) que j'ai essayé l'efîTet de la combinaison de l'acide sulfureux
avec les bases alcalines et terreuses, c'est-à-dire les suifUes de magnésie, de
chaux et de soude, et leurs hyposulfUes, qui, passés dans la circulation du sang,
se transforment d'abord eux-mêmes en sulfites et en bisulfites, et passent finale-
ment, comme les premiers, à l'état de sulfates, dans les sécrétions. Et j'ai pa
acquérir la conviction, d'après nombre de faits et d'expériences^ que les sulfaits
conservaient l'activité que Yadde sulfureux libre manifeste sur les matières orea-
niques colorées qu'il blanchit, pas moins que sur les matières fermeniescibles,
dont il empêche ou arrête la fermentation ; et que cette manière d'action
exercée par les sulfates est plus régulière, plus dumble et même plus intense
que celle de l'acide sulfureux. Au fait, 5 grammes de sulfite de magnésie con-
tiennent, condensé ou solidifié, 1100 mètres cubes, c'est-à-dire un litre de gaz
acide sulfureux pur.
Dans les sulfites alcalins et terreux, il faut pourtant distinguer l'intéressante
propriété de blanchir les matières organiques, et d* empêcher ou arrêter les
procédés de fermentation, activité que j'appelle catalytique^ de leur activité chi-
mique réduisante ou désoxydante, qui résulte de ce que l'adde sulfureux ou
l'acide hyposulfureux qui entre dans leur composition tend à se transfiNfiner
en acide sulfurique.
Est-il possible d'utiliser pour la thérapie l'action antifermentative des sulfites,
dans les maladies septiques et dans les autres affections symotiques.
Les expériences que j'ai entreprises d'abord sur les animaux (les chiens), pour
établir la dose tolérable par leur organisme et les modifications portées à leurs
sécrétions ; celles dirigées pour étudier l'effet pathologique des injections et des
inoculations infectieuses, faites avec le pus fhds et le pus putréfié, le sang
putride, etc., et l'action prophylactique ou curative que, dans ces maladies arti-
ficielles, poun'aicnt exercer les sulfites et les hyposulfites médicinaux, m'ont
donné des résultats si favorables, que je n'ai plus hésité à inviter mes oHif^ires
POLLI. — SULHTES ET HYPOSULPITES. /i89
à entreprendre des expériences cliniques sur Thomme. La description de ces
diTerses séries d'expériences qui s'élèye à quatre-ringt-dîx, est publiée dans
une des brochures que je dépose sur le bureau : Delk malatHe da fermenta é
del loro trattamento, 1861^ Mikmo, Et pour en rendre l'essai plus facile et plus
sur, je préludai par des expériences sur moi-même^ sur mon aide de chimie
et sur quelques-uns de mes collègues qui Youlurent bien s'y prêter^ dans le
but de déterminer la dose tolérable et active desdits sulfites.
De cette manière^ j'ai pu établir que la dose de 10 à 15 grammes de sulfite
de magnésie par jour^ à 3 grammes par prise^ avec la précaution de boire
beaucoup d'eau pure ou sucrée, mais exempte de tout acide^ et la dose de 15 à
20 ou 25 grammes de sulfite de soude en solution aqueuse plus ou moins édul-
corée, et qui serait à prendre en quatre ou cinq fois dans les vingt-quatre heures^
!»ont des doses supportées sans inconvénient pendant plusieurs jours de suite par
un homme adulte.
L'hyposulfite de soude et celui de magnésie sont aussi bien supportés à la dose
de 15 à 20 grammes dans les vingt-quatre heures^ en solution ou en prises;
mais ils ont un effet purgatif plus ou moins prononcé, qui cependant peut être
utilisé à son tour.
Dans ces expériences préliminaires pour préparer la voie aux essais cliniques,
j*ai été 'frappé par le fait de la résistance à la putréfaction que présentaient les
cadavres des chiens sulfites et abattus, ainsi que leur urine et leur sang, en
comparaison de ceux qui avaient été également nourris, sacrifiés à la même
époque et exposés aux mêmes influences atmosphériques; et par le fait de
la résistance à la corruption, c'est-à-dire à la fermentation ammoniacale
que présentaient pendant plusieurs jours, même à la température de l'été
d'Italie, mes urines et celles de mes compagnons d'expérience, ensuite pen-
dant la prise des sulfites, en comparaison de celles évacuées avant ou après
l'expérience.
Cela posé, j'ai fait appel aux médecins pratiques, aux médecins des hôpitaux,
aux professeurs dans les cliniques, les invitant à essayer les sulfites dans les
maladies dans lesquelles on pouvait, par analogie, supposer que le processus
morbide consistait dans une espèce de fermentation du sang ou de quelques-
uns de ses principes, et j'ai proposé de les essayer :
1* Dans les févres érupHves (rougeole, scarlatine, petite vérole, miliaire, et
même l'érysipèle);
2* Dans les fièvres intermittentes miasmatiqiies^ c'est-à-dire produites pai* les
miasmes paludéens (malaria) ;
3* Dans le typhus et les fièvres typhoïdes de toute nature ;
h* Dans les fièvres par résorption purulente (pyohémie), ou putrides fseptico-
hémie, fièvres chirurgicales, etc.), dans les fièvres puerpérales, et surtout dans
les affections consécutives aux piqûres anatomiques ;
5* Enfin, àMis le pansement des plaies de mauvais caractère, gangréneiêses,
phagédèniqueSy et dans les plaies sinueuses^ ichoreuses, avec nécrose des os.
Or, à cet appel, ont répondu mes confrères d'Italie, et quelques-uns aussi
de l'étranger, d'une manière très-satisfaisante. Parmi ces derniers, je me plais
à nommer M. Poggialc, qui a bien voulu appuyer mon invitation à expérimenter
par des extraits succincts de mes recherches, qu'il a publiés dans des journaux
scientifiques de France. M. le docteur Constantin Paul, qui en fit l'argument de
plusieurs articles dans le Bulletin général de thérapeutique, et qui les a enrichis
A90 CONGRÈS MÊDIGàL INTSKNATIOlfAL. — DIUXIËMB SfiANGE DU SOIB.
des résultats de sa propre expérience; M. le docteur Janssens, de Bruxelles, qui
a donné à ses confrères de la Belgique un résumé complet de mes études prélimi-
naires^ et l'exemple de son initiative clinique; le professeur Burggraeve^ de Gand,
qui a adopté les sulfites pour tout pansement des plaies dans la clinique ; le doc-
teur Dei Ricci, de Dublin, qui invita les médecins de l'Irlande à faire des essais
cliniques pour déterminer la valeur de la thérapie sulfitique, ayant déjà recueilli
des nombreuses observations qui en prouvaient Timportance, et qui fut bientôt
confirmée par les expériences de Z. Hayden dans la diphtheriay et de Jackin
Cummins dans la scarlatine -^ le docteur Nachtîgal, de Tunis.
Depuis 1861, époque de la publication de mon premier mémcire (partie théo-
rique sur les fermentations morbides), à ce jour, cent quarante-huit mémoires,
notes ou relations, ont déjà paru sur cette question, et si l'on en excepte cinq oa
six, plus ou moins ciitiques et contenant des observations contraires, toutes les
autres forment un ensemble de plus d'un millier de faits cliniques détaillés et
bien observés qui sont favorables à la thérapie sulfUique (1).
C'est ainsi que les médecins qui ont essayé les sulfites dans les f/tcm
éruptwes, ont pu constater que leur effet pour msûiriser le cours de la maladie,
pour en empêcher la malignité, et obvier aux successions morbides, aux méta-
stases, aux résorptions purulentes, etc., est des plus prononcés.
C'est ainsi que dans les fièvres intermittentes paludéennes, les sui/U» ont été
reconnus posséder une activité eurative eipr&phy lactique égale et même supérieure
au quinquina; je dis supériewrey puisque bien des fièvres intermittentes rebelUs a
la quinine ont cédé aux sulfites, ainsi que le professeur Galtigo (de Florence),
pour taire les autres, a pu remarquer (2), et les réddines, les reliquats morbides,
et les engorgem^Qtts cachectiques sont bien moins fréquents après le traitement
sulfitique qu'après celui fait avec les préparations de quinquina.
Les tableaux statistiques recueillis dans le Mémoire de ISM mettent ce résultai
hors de doute (3).
C'est ainsi que dans les fièvres iyphoUks exafUhématiques^ ou œntoffieuses, et
même dans le stade de rdoc^a typhoïde du choléra, les sulfites ont été con-
statés être des remèdes i»'écieux, avec lesquels, seuls, on peut presque entière-
ment faire toute la cure de ces maladies (docteurs Vill, Joussdin, Primenens,
Pensinali). '
Et dans les fièvres pyohémiques, dans les résorptions putrides, dans les fièvres
d'hôpital etc., l'administration, soit curative, soit dans un but expérimental des
tuiptes, a été reconnue, par plusieurs médecins et chirurgiens des différentes
contrées d'Italie, des plus utiles, et quelquefois d'ua effet merveilleux. La
fièvre puerpérale, en tant que produite par un traumatisme des parties génitales,
qui favorise la résorption de matières putrides, a été traitée par les sulfites à
(i) J'en présente le Catalogue,
(2) Viglezzi, hôpitfil de Milan ; Cercsaai,à Bareggio ; Parigini, Grosseto Gapparelli, i Napies.
(3) Yu le nombre des faits qui appuient toujours plus cette efficacité fébnfuge des sulfites
et l'importance d'avoir Un remède d'une action plus durable^ de possible application prophy-
lactique, et surtout moins coûteux que la quinine, dans un pays comme l'Italie^ où les fièvres
paludéennes et exantbématiques sont endémiques en plusieurs contrées, le Royal Inslitst
des sciences de Lombardie, dans sa séance du 15 juillet dernier, a ouvert le concours î m
prix de S5eo fi*., pour un Mémoire dans lequel les vertus fébrifitges des sullltes
déaumliéec, en cooiparation des autres remèdes jusqu'ici employés.
POIXL -* SDLFITES ET HYPOSULFITES. ft9i
rintérieuT et en injections^ avec succès, à Milan (Lappat^, à Turin (Ferrini),
à Londres (Snow-Beck), pour en citer quelques-uns.
L'afiection grave et très-dangereuse que les auteurs de ranatomie et les dissec-
teurs connaissent sous le nom de piqûr$ anatomique, a aussi été guérie avec un
traitement sulûtique courageux, par le docteur Baslieri, chirurgien en chef de
l'hôpital de Milan^ qui avait peu de temps auparavant vu périr deux de ses col-
lègues de la même maladie, malgré la thérapie la plus active. (Ces ohserva-
tiens cliniques ont été publiées.)
Je passerai sous silence les nombreuses et utiles applications de ces nouveaux
remèdes dans la médecine vétérinaire, dans la morve et le larcin des chevaux,
dans la fièvre carbonculaire (anthrax) et dans la fièvre typhoïde des bêtes à
cornes, pour ne rappeler que l'usage des sulfites dans la médecine extérieure, c'est-
à-Hiire dans le pansement des plaies et des blessures.
La solution du sulfite de soude dans 5 à 10 parties d'eau, seules ou en
mélange avec la glycérine, ou avec le glycérolé d'amidon, introduite d'abord
dans les infirmeries chirurgicales de la clinique de Gand par le professeur
Burggraeve, puis dans les salles chiiiirgicales du grand hdpit«J de Milan par le
docteur Swith, chirurgien en chef, a fini par être substituée à toute autre médi-
cation : onguents. Uniment, eaux phagédéniques, coaltar, permanganates, etc.,
tous ont été remplacés par le sulfite ou mieux par le bisulfite de soude en
solution. Cette application a été constatée d'une incomparable activité désinfec-
tante, cicatrisante, et même anesthésique sur les plaies des brûlures, des écra-
sements, dans les gangrènes, etc. L'absence de toute odeur, de toute couleur,
l'absence de tache sur le linge, et le bas prix du sulfite de soude, ne sont pas
les dernières prérogatives de ces remèdes.
Après le récit de toutes ces propriétés thérapeutiques des sulfites, permettez-
moi, honorables confrères, que je vous déclare que ces remèdes ne sont pas une
ptmoùie. Je tiens à repousser cette qualification de la thérapie solfitique ; j'invite
an ccmtraire tous mes cdlègnes à me fUre des objections, à me communiquer
des faits cliniques contraires, niai» bien observés, et je les accneUlerai avec
pins d'empressement qae les ftdts favorables, bien sûr d'en recevoir une plus
^rrande instruction.
Mais d'après mes observations répétées, et celles d'un grand nombre de méde*
cins de l'itdie, nous pouvons dès à présent vo«s recommander les siuiftes :
1* Connue le premier remède dont on connaisse la manière ^offir. On a des
idées iMen définies sur la manière par laquelle les sulfites empêchent ou arrêtent
les fermentations; mais on ne connaît pas la raison par laquelle le <fatnqnina
est fébrifi»ge, le mercure est mHsyphOitêqmy l'opium est séékUif, le tartre stibië
romitif, etc. Ce sera donc le premier rewiéde rationnel, parmi les empîriqnes qui
forment presque tout le patrimoine de notre matière médicale.
2^ Le premier remède qui, étant d'une action connue^ a pu être préconisé
d'avance dans certaines maladies, et son efficacité y a été confirmée par Tobser-
vation clinique, c'est-à-dire le premier remède qui n'ait pas été indiqué par le
hasard.
Les sulfites sont un remède, peut-être le seul, qui unit à une efficacité bien
prononcée, dans plusieurs maladies des plus graves, la phis grande innocuité. Ils
ne peuvent jamais devenir toxiques, même lorsqu'ils sont erronénient administrés
k dose excessive. Ils remplissent complètement le vœu si fréquemment formulé
în vain : primûm non nocere.
&92 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DU 80IR.
Un remède qui, étant d'une manière d'agir connue^ et d'une parfaUe tnnocttitéj
peut être employé en médecine aussi :
1* Comme réacHf nosologique ou moyen explorateur de la condition d'une mala-
die» ou comme un moyen gimpHficatevur de sa condition compliquée.
2* Comme moyen d'étude de l'action d'autres remèdes» déjà aTantageusement
employés en médecine» comme c'est par exemple le cas de la quinine dont l'ac-
tion thérapeutique a été fort élucidée par les essais cliniques comparatifs avec les
sulfites.
Un remède enfin qui est de tous le plus économique» qui» tu son efficacité^
est certainement celui qui revient à plus bas prix de tous les remèdes de la
matière médicale» ce qui n'est pas de peu d'importance pour les hôpitaux et pour
le service des pauvres de la campagne (1).
Je répète» les sul/Ues ne sont pas une panacée ; mais comme leur action ne n
pas directement contre la cause morbifique» ou le ferment spécifique des diverses
maladies» ce qui exigerait un moyen différent selon la variété des ferments
mais qu'elle s'exerce sur la matière organique fermentescible qui fait partie de
notre économie» et à laquelle ils donnent une résistance et une réfractivité parti-
culière à l'action des ferments morbifiques» comme ils en causent la destruc-
tion ou la mort par inanition ou par assimilation» il est clair que ces agents thé-
rapeutiques pourront être employés contre toule une grande famiUe demaladie^,
celles qui tiennent à une dyêcrasie zymotique, et qui est peut-être la plus nom-
breuse, la plus obscure et la plus rebelle aux traitements.
M. le professeur Ci^e^ met en doute l'utilité des sulfites et hyposulfites dans
les cas indiqués par l'honorable préopinant. M. Crocq a employé les hyposulfites
dans une épidémie de variole très-grave» sanà obtenir le moindre résultat po-
sitif. Quelques malades ont guéri avec leur emploi» mais d'autres» dans le»
mêmes conditions» guérissaient aussi sans en prendre. Pour ce qui concerne B
piqûres anatomiques» je me suis fait pour ma part» dit M. Crocq» une diiaine
de piqûres» je n'en ai traité aucune» et n'ai jamais éprouvé d'accidents graves,
en sorte qu'on ne peut tenir compte de quelques faits isolés de guérison. Tù
employé aussi ces médicaments dans la phthisie pulmonaire qui» d'après Ville-
min» serait une des maladies infectieuses rentrant dans celles que guérissent
les hyposulfites, et je n'ai jamais rien obtenu. Relativement à l'action intime de
ces médicadients sur les tissus, je crois qu'ils sont simplement des réduisante.
M. le docteur Polll. — Que M. Crocq me permette de lui poser une question :
Quel est l'hyposulfite dont il s'est servi?
M. Crmeq, — L'hyposulfite de soude.
H. 9Mê, — C'est avec le sulfite de soude et le sulfite de magnésie que me<
expériences ont été faites» et les résultats contradictoires n'ont rien de sor-
(1) Le sulfite de magnésie très-pur est livré par les fabriques ilaliennet à 4 fr« le kilo.
Le sulfite de soude, qui se contomme en grand dans les fabriques de papier^ ravieat i
1 fr. 20» et Vhyposulfite de soude ne coûte guère que 80 centimes.
MILLIOT. — DE LA St^LÀRGHNOSCOPIE PAR TRANSPARENCE. &03
prenant. Pour ce qui est de leur action dans les maladies par fermentation mor-
bide^ j'ai invoqué plusieurs milliers de faits, et en particulier dans une ë[^dé-
mie de variole obsenrée à l'hôpital de Milan : sur 22 cas des plus graves traités
par ma méthode^ 18 ont guéri. Je renvoie^ du reste^ à mes tableaux de sta-
tistique.
« liA SPIiANCHNOSCOPIB 9AWL TRAltfSPABBMCfi
PAR M. LB DOCTEUR MILUOT (DE KIBW)
Messieurs,
En soumettant à votre bienveillante appréciation ces quelques notions som-
maires sur la splancbnoscopie par transparence, ou, ce qui serait peut-être plus
exacl, par translucidité, j'ai eu le désir plutôt d'attirer votre attention sur une
méthode d'exploration médicale peu usitée jusqu'ici, que de vous présenter une
idée nouvelle.
Si nous entrons dans le domaine du diagnostic médical, nous trouvons que,
dans les maladies dites internes, les médecins n'ont point fait de cas de l'inves-
tigation par transparence; quant aux chirurgiens, c'est à peine s'ils l'ont ap-
pliquée et continuent à l'appliquer, comme vous le savez, dans le diagnostic de
l'hydrocèle et de quelques tumeurs cystiques situées à la superficie du corps.
J'ai cru, pour ma part, que nous devions faire un plus grand usage de ce
moyen d'exploration, et depuis plusieurs années je poursuis le problème, un peu
hardi, sans doute, de somatoscopie générale par transparence, c'est-à-dire de
rendre tout le corps humain aussi translucide que le sont nos doigts mis au de-
vant d'une bougie.
il m'a été impossible jusqu'à ces derniers temps, et par des circonstances in-
dépendantes de ma volonté, de faire les expériences nécessaires sur l'homme ;
et ce n'est seulement que peu avant le Congrès que j'ai pu, grâce aux appareils
de l'un des fabricants les plus distingués de Paris, M. Lûer, introduire dans la
bouche de l'homme, et les cavités splanchniques des animaux, une lumière asseï
intense pour rendre transparentes leurs parois, et dont le calorique ne gênât pas
en même temps l'emploi. C'étaient deux conditions d'une très-grande impor-
tance, et dont avait tenu compte M. Fonssagiîves, dans la communication si
intéressante sur l'éclairage artificiel des cavités du corps à l'aide des tubes
lumineux, que firent en son nom, dans la séance du 23 janvier 1860, à l'Aca-
démie des sciences, MM. Despretz et Cl. Bernard.
Les tubes lumineux de Geissler, qu'employa l'auteur mentionné, et que lui
construisit M. Ruhmkorff, ne répondirent pas à son attente, et c'est ce qui pro-
bablement le détermina à abandonner son idée et ses expériences.
M. J. Bruck, dentiste de Breslau, s'inspirant de la remarque qu'avait laite dans
la même ville le créateur de la galvanocaustique^ M. Middeldorpf, de la vive clarté
&M CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — DEUXIÈME SÉANCE DU SOIE.
»
jetée sar les dents et les parties adjacentes par la lumière galvanique, construisit
en 1865 son stomatoscope^ dans lequel il substitua, au tube de Geisder, U la-
mière d'un fil de platine.
Aidé par la coopération intelligente de M. Lûer, je substituai moi aussi, au
tube de Geissler, la lumière d'un fil de platine tordu en spirale, et dont les deiu
extrémités sont soudées dans deux ûls de cuivre. Nous arrivâmes par là à des
résultats suffisants, à savoir : nous obtînmes un éclairage assez intense pour ré-
pondre au but que nous nous proposions, et un calorique dont nous pouvions
nous rendre maîtres à tout moment, et qui au fond, comme vous le verrez, n'est
pas trop gênant. Une fois la chose constatée, M. Lûer se mit à construire des ap-
pareils, qu'il est en trdn de perfectionner en ce moment, et au moyen desquels
il est facile de démontrer sinon la facilité, du moins la possibilité d'employer la
méthode d'exploration que j'ai l'honneur de vous soumettre.
Ces appareils sont simplement des tubes de verre fusible simples ou doubles,
dans l'intérieur desquels se trouvent les fils de platine et de cuivre sus-men-
tionnés. Les fils de cuivre sont joints, à l'aide d'un manche d'ivoire, aux élec-
trodes d'un appareil de Middeldorpf. Au moyen d'un bouton du manche, on peut
développer dans les tubes un jet de lumière qu'on peut aussi arrêter à volonté.
Nous introduisons donc un de ces tubes d'une certaine dimension, par exemple
d'un quart de centimètre de diamètre aur 20 centimètres de longueur, dans le
rectum d'un chat ou chien, je suppose, et voyons par transparence leurs parois
abdominales. La même chose a lieu avec un tube introduit dans l'estomac de ces
animaux.
N'ayant pu pour le moment faire mes expériences sur des malades^ j'ai essayé
du moms de voir sur des cadavres humains jusqu'où je pouvais aller avec m»
tubes. Avec un tube de 2 centimètres et demi de diamètre sur 20 centimètres de
longueur, j'ai pu arriver dans le rectum jusqu'au commencement de l'S da
côlon. 11 faut, en introduisant l'instrument, et immédiatement après avoir passé
le sphincter externe, le Ikire basculer en arrière, à cause de l'infundibulum du
rectum, de manière à le diriger vers le sacrum, puis relever son bout, et le
pousser vers le côlon iliaque; j'ai attehit ainsi, sur le cadavre d'un homme d'ane
trentaine d'années, la paroi abdominale, au point correspondant à peu près au
milieu de la ligne allant de l'ombilic à l'épine iliaque antérieure supérieure.
Avec un tube de caoutchouc, au bout duquel serait adaptée une olive de verre,
on pourrait, je crois, aller plus loin ; ceci, du reste, est une question de perfec-
tionnement de l'instrument, et M. Lûer, j'espère, la résoudra.
J'ai essayé aussi d'atteindre l'estomac, et j'ai pu le faire en renversant la tête du
cadavre en arrière, et en introduisant par la bouche, dans l'œsophage, un tube
de 12 millimètres de diamètre sur 65 centimètres de longueur. J'aurais pu in*
troduhre un tube plus gros, si ce n'étaient les cartilages du larynx ; cependant
j'ai observé qu'en faisant dans l'œsophage l'introduction, pour ainsi dire forcée^
le larynx se déplace un peu du côté droit, et par conséquent oppose aux tobes
moins d'obstacle qu'on ne serait porté à le croire de prime abord. Cest ce qui
nous explique comment les jongleurs, qui, eux aussi, renversent la tête en ar-
rière, peuvent si facilement introduire des épées dans leur estomac.
Je passe, messieurs, sur les cavités buccales et nasales, sur la trompe d'Eus-
tache, le vagin, etc. J'arrive à l'application pratique de notre méthode.
M. Fonssagrives, dont je me plais à rappeler ici le nom, avait indiqué d'une
manière générale Tapplioation de l'édainige artificiel : 1* comme moyen d'ex-
MILLIOT. — DE LA SPLANGHlfOSGOnE PAE TRANSPABENCB. 695
lilontkni diagnostique des voies organiques aceessiUes; 2* pour seconder Taclion
expérimentale, et 2^* dans certaines opérations : staphylonrhiqiiiie, fistules vésico-
raginales, etc.
Je serai plus précis, et indiquerai les maladies dans lesquelles nous pouvons
tirer parti de T exploration par transparence :
1* Certaines maladies des parois de la cavité buccale, par exemple les mala-
dies des dents, si bien indiquées par M. Bruck, dans sa brochure sur « le stomato-
scope, D les tumeurs c^stiques des mâchoires, et ainsi de suite.
2* Les tumeurs de la cavité abdomi|ial£« avec ou saos ascite : ici, je veux in-
sister sur les kystes de l'ovaire surtout. Qui de vous, messieurs, ne connaît pas la
difficulté qu'il y a à bien diagnostiquer ces tumeurs, difficulté d'autant plus
grave, qu'il s'agit pour nous de poser les indications de l'ovariotomie. Je crois,
qu'au moyen de l'éclairage intra-abdominal (par le vagin et l'anus simultané-
ment), et extra-abdominal, nous arriverions, tout en tenant compte des autres
signes diagnostiques, à mieux distinguer les tumeurs cystiques, qu'on ne l'a
fait jusqu'ici, peut-être aussi leur quantité, et même leurs adhérences à la
paroi abdominale. Nous serions donc à l'abri des erreurs, que nous ne pouvons
aujourd'hui bien souvent éviter.
3* Les calculs et tumeurs de la vessie.
Je ne veux pas aller plus loin, et citer, par exemple, certaines maladies des
parois nasales et du larynx, de l'oreille ; certaines affections utérines, les dystocies,
par exemple ; la grossesse elle-même, l'iléus, etc. Je ne signalerai aussi qu'en
passant l'exploration par éclairage extra-splanchnique et extra-somatlque : il
est de toute évidence qu'en appliquant un tube lumineux contre un côté, par
exemple, de l'hydrocèle, des kystes, et ce qui n'a pas été fait encore, de l'ascite,
je pense même de l'hydrocéphalie, et en examinant dans l'obscurité le côté op-
p<)sé, nous aurons une transparence bien plus grande que celle que produit une
bougie ou un rat de cave, dont nous nous servons généralement.
Je m'arrête, messieurs, et préfère attendre les faits. Je ne me fais pas d'illu-
sions : j'ai fait devant vous des expériences, je dirais presque grosso modo,
sans déterger, par exemple, le rectum, comme on peut le faire si facilement,
et avec des appareils encore imparfaits. Je me suis servi d'une source lumi-
neuse, l'appareil de Middeldorpf, qui présente quelques difficultés dans son
emploi journalier ; mais j'ai voulu, avant tout, exposer la nouvelle méthode. Et
puisqu'on n'oublie point, si nous ne trouvons pas une autre lumière, que l'élec-
tricité, comme la vapeur, est au seuil de notre vie privée, et qu'elle frappe déjà,
je puis le dire à la lettre, à nos portes.
Puissent ceux d'entre vous, messieurs et honorables confrères, que ma commu-
nication aura convaincus et qui disposent en ce moment de plus de moyens que
moi, et ici je fais appel surtout aux ovariotomistes, entrer le plus vite possible
dans la voie que j'ai eu l'honneur de vous indiquer, et réaliser les premiers nos
espérances, au grand bénéfice de leurs malades.
Le temps jugera notre méthode, et je serai le premier à l'abandonner si, de
hardie qu'elle est, elle devenait téméraire.
n me reste encore à remercier M. Lûer pour sa coopération à mes expé-
riences,— coopération d'autant plus empressée, que lui aussi, depuis bon nombre
d'années, caressait l'idée de rendre l'homme transparent; tant 0 est vrai, mes-
sieurs, que lorsqu'une idée germe dans l'atmosphère du progi'ès, tout le monde
la respire.
496 CONGRÈS MÉDICAL lEiTERNATIONAt. — DEUXIÈME SÉANCE DU 8011.
Après la lecture de ce mémoire, la séance est interrompue un instant pour
que les membres du Congrès puissent assister à la démonstration qui est laite
par M. Milliot, dans la salle des délibérations de la Faculté.
TBArriMBlVT BB LA RrÉPHBITB PABBNCHYMATBTOE
PAR M. LE PROFESSEUR CROGQ (DE BRUXELLES).
Les travaux accomplis dans ces dernières années ont démontré que l'albumi-
nurie, ou maladie de Bright, ne constituait pas un état pathologique unique,
mais que sous cette dénomination on confond plusiem*s maladies diCférentes. Je
ne m'occuperai pas ici de l'albuminurie passagère qui survient accidentellement
dans certaines circonstances^ ni de celle qui accompagne certains cas de mala-
dies organiques du cœur; je m'occuperai uniquement de celle qui a pour point
de dépai*t une lésion propre des reins. Pour que cette lésion produise le sym-
ptôme albuminurie, il faut qu'elle intéresse l'appareil uropoiétique^ c'est4-<iire
les canalicules urinifères et les corpuscules de Malpighi. Les alTections qui sont
dans ce cas sont au nombre de trois : la néphrite catarrhale^ qui s'obsene
généralement dans la scarlatine et pendant la grossesse; la dégénérescence amy-
loïde des reins, et la néphrite parenchymateuse, ou néphrite albumineuse pro-
prement dite. Si je ne mentionne pas ici deux autres états qu'on a quelquefob
associés aux précédents, la néphrite interstitielle et la dégénérescence graisseuse
des reins, ce n'est pas par oubli, c'est parce que, pour moi, leur place n'est pas
ici. La dégénérescence graisseuse du rein est de deux espèces : ou bien elle est
idiopathique, ou bien elle constitue la période ultime de la néphrite parenchyma-
teuse. Cette deiiiière ne doit évidemment pas ôtre mentionnée à part; ce n'e>t
pas une maladie distincte, mais une période d'une autre affection. Au contraire
de la première, elle ne donne pas lieu à l'albuminurie.
La néphrite interstitielle, qui amène généralement l'hyperplasie du tissu coo-
nectif des reins, et quelquefois des abcès, ne compte pas non plus ralbumi-
nurie parmi ses symptômes. Je sais bien que quelques auteurs ont prétendu le
contraire ; mais évidemment il n'y a pas excrétion d'albumine tant que réptlbif-
lium des éléments uropoiétiques reste intact. Dès qu'il y a albuminurie, il y &
altération de ces éléments, et par conséquent à la néphrite interstitielle vient $e
joindre, à titre de complication, la néphrite parenchymateuse ou albumineuse.
J'ai voulu avant d'aborder directement mon sujet, établir ces principes, qui le
circonscrivent en quelque sorie. Lorsque nous préconisons une méthode de trai-
tement contre une maladie quelconque, il impolie avant tout de bien circon-
scrire les états pathologiques dont on traite, de bien asseoir le diagnostic.
Cela fait, je vous dirai, messieurs, que mon intention n'est pas de vous entre-
CBOGQ, — TRAITEMENT DB LA NËPHRITB PARBNCHTMATEUSE. &97
tenir du traitement de la néphrite catarrbale^ affection simple, cédant souvent
iTexpectation ou à mi régime léger, auquel on peut associer, dans les cas les
plus graves^ le nitre ou de légers purgatifs.
Je ne vous parlerai pas davantage de la dégénérescence amyloîde> mais pour
des raisons opposées : si la néphrite catarrhale guérit trop facilement, la dégéné*
rescence amyloîde ne guérit pas du tout ; au moins jusqu'à présent^ sauf bien
entendu le cas où la syphilis la tient sous sa dépendance, je ne connais en
réalité aucun traitement qui lui soit applicable avec succès.
L'affection du traitement de laquelle je me propose de vous entretenir, c'est
donc la néphrite parenchymateuse ou néphrite albumineuse proprement dite.
Je ne vous parlerai pas de TalTection aiguë 3 le traitement des pblegmasies
aiguës lui est de tout point applicable, et en général, à moins de circonstances
spéciales, il y réussit parfaitement.
La forme chronique au contraire^ qu'elle soit primitive ou consécutive à la
forme aiguë, constitue l'une des aflections les plus graves que le médecin puisse
être appelé à traiter, à tel point que les praticiens les plus expérimentés la
considèrent conmie généralement rebelle à tous les efforts de l'art. Je suis
heureux de pouvoir vous dire, messieurs, qu'à mes yeux, elle a beaucoup perdu
de sa gravité, et que dans beaucoup de cas je puis porter à son égard un pnn
nostic moins f&cheux qu'on ne le fait d'habitude.
J'éprouve d'autant plus de satisfaction à vous communiquer les résultats aux*
quels je suis parvenu, que la méthode employée par moi n'est nullement le
résultat du hasard^ ni d'un empirisme aveugle, mais d'une application ration-
nelle de nos connaissances anatomo-pathologiques. C'est à l'amphithéâtre que
j'en ai conçu l'idée^ et l'événement a réalisé mes prévisions.
Comme vous le savez, messieurs, innombrables sont les moyens de traitement
que l'ona reconunandés contre cette grave maladie, comme du reste contre toutes
celles réputées incurables ou à peu près.
Beaucoup d'entre eux ont eu un instant de vogue, pour bientôt après venir
échouer contre la triste réalité.
A l'exemple de Frerichs, je distingue dans la néphrite albumineuse trois
périodes distinctes par leurs lésions anatomiques : ce sont les périodes de conges-
tion, d'exsudation et de transformation.
Dans la première, les reins sont gorgés de sang et augmentés de volume; la
substance corticale est plus rouge qu'à l'état normal, et la réplétion des vaisseaux
est la cause de ces apparences. Des douleurs lombaires, qui toutefois manquent
assez souvent, et une augmentation parfois considérable de la quantité d'urine,
moins dense qu'à l'état normal, tels sont les phénomènes qui la caracté-
risent surtout aux yeux du clinicien. Les applications de ventouses scarifiées
dur les régions lombaires, les purgatifs salins, le calomel, les révulsifs cutanés,
et surtout les cautères, puis enfin certains moyens thérapeutiques internes qui
paraissent agir en diminuant la capacité des vaisseaux, tels que le tannin, le per-
chlonire de fer, sont parfaitement indiqués pendant cette période, et leur
emploi, parfaitement rationnel du reste, y est assez fréquemment couronné de
succès.
Malheureusement il n'en est plus de même dans la deuxième période : là, ces
ttioyens n'ont plus qu'ime action nulle ou insuffisante ; les cas dans lesquels ils
ont réussi sont tellement peu nombreux, qu'en vérité je ne sais pas si Ton peut
bien leur en faire honneur. Il y a plus, c'est que ces agents ne peuvent être
32
MS CONGRÈS MÊDICAl. INTERNATIONAL.— DEUXIÈME SÉANCE DU SOIR.
appliqués qu'avec une grande rëserve, ou sont môme absolument contrc-indi-
qués. Pour en comprendre les raisons^ rappelons-nous les lésions et quelque-
UDS des phénomènes de cette phase de la maladie.
La seconde période de la néphrite albumineuse est caractérisée anatoniiquo-
ment par l'augmentation de volume, tout aussi considérable que dans la prc-
mière, et môme encore plus ; mais la vascularité^ au lieu d'être augmentée, est
diminuée^ et la substance corticale offire une teinte Jaunâtre; souvent runiformttc
de la teinte est interrompue par des granulations^ qui pourtant sont loin d'être
constantes^ comme on Ta longtemps pensé. En même temps^ le sang est appauvri
par l'excrétion^ déjà longtemps continuée^ de l'albumine ; les infiltrations sont
souvent considérables, et elles tendent à augmenter; la quantité d'urine est
moindre qu'à Tétat normal, et ce dernier signe constitue pour moi un caractère
distinctif de premier ordre entre cette période et la précédente.
Ici, les émissions sanguines sont généralement contre-indiquées ; je dirai
même qu'on ne doit jamais en pratiquer, à moins d'une recrudescence inflam-
matoire, ou d'une oomplication qui les motiverait, l'appauvrissement progressif
du sang doit autant que possible les ftdre éviter. Un i^égime réparateur, analep-
tique, ipais non excitant, afin de ne pas augmenter le travail dont le tissu rénal
est le siège, doit être recommandé, f-- Les révulsif^ cutanés ont en grande partie
aussi perdu leur efficacité ; ils ne sont pourtant pas directement eontre-indiqués
par l'état du malade, oomme les soustractions de sang. Hais une autre raison doit
mettre en garde contre eux ; riuflliration, souvent conaldërable à cette période,
est souvent très^prononcëe à la région lombaire, lieu d'élection d'application des
oai^tères ou des vésicatoires. Ils* deviennent alora IkcUement le point de départ
d'érysipcles ou d'eschares qui ne tardent pas à amener la perte du malade.
Les purgatifs, et surtout les drastiques, ont rencontré de nombreux partisans;
de prime abord on se sent bien disposé àJeur égard, parée que, oomme rëvulsifc
et oomme spoliateurs de cotte sérosité qui encombre toutes les parties de Torga-
nisme, ils paraissent pai'faitement appropriés à la nature des phénomènes que
l'ou observe. Dans certains cas sans doute leur administration a produit une cer-
taine amélioration ; mais je n'ai jamais vu la guérison amenée par leur usage, et
je les ai vus déterminer des accidents qui doivent noua mettre fortement en garde
contre leui* emploi. Paiw les accidents graves de cette période et aussi de la
troisième^ viennent se ranger les phénomènes gastro-intettinaux, et surtout la
diarrhée. CoUo-ci épuise les malades; elle ne diminue généralement pas leur
inOltration, et parfois elle pai'ait l'augmenter ; elle n'est pas seulement oonsti*
tuée pa}* de l'eau, mais elle entraîne aussi de l'albumine, et vient ainsi joindre
son elTet appauvrissant à celui des pertes alhumineuses produites par la miction,
elle épuise les malades et les jette dans le collapsus^ elle doit donc être éTitée.
Orj cette diarrhée, due à un catairhe de l'intestin, succède souvent à l'emploi
de purgatifs trop répétés, et j'ai vu dos malades emportés de cette manière^ alors
que la lésion rénale ne semblait pas encore suffisamment avancée pour motiver
l'issue funeste. Ou peut bien de temps en temps administrer un purgatif, mais
leur usage fréquemment répété ne peut être que nuisible.
Le pevchlorure de fer n'est pas toléré par la plupart des patients; pas plus que
le tannin, il n'a légitimé dans le traitement de cette période la réputation qu'où a
cherché à lui faire.
CKOCQ. — TRAITEMENT DE LA WÉPHftlTE PARENCHYMATEU8E. 499
A qnel agent thérapeutique peut-on donc s'adresser arec quelque espoir de
succès. Pour y arriver, Jetons sur les lésions anatomiques un coup d'œil un peu
plus détaillé que celui dont je me suis contenté tantôt. L'examen microscopique
démontre l'existence d'altérations qui portent à la fois sur les canalicules^ sur le
tissu connectif interstitiel, et sur les corpuscules de Malpighi. Les canalicules
sont plus larges, plus volumineux ; leur épithélium est farci de granules^ la plu-
part albuminoîdeS) quelques-uns graisseux ; par places ils paraissent remplis,
soit par des amas de cellules, soit par des matières albuminoïdes coagulées sem^
blables à ces cylindres caractéristiques qu'on rencontre dans l'urine. Le tissu
connectif interstitiel présente une infiltration analogue et une augmentation de
Tolume; ses cellules sont plus distinctes, plus volumineuses, et il y en a sans
doute aussi de nouvelle formation. On y ttxsuve en quantité plus ou moins grande
de ces corpuscules granuleux que Gluge a découverts et désignés sous le nom de
globules inflammatoires. Toutefois, de toutes les altérations, la plus remarquable
est celle qui frappe les corpuscules de Malpighi, et elle ne me parait pas avoii*
suffisamment appelé l'attention des observateurs, ni avoir été appréciée à sa Juste
valeur. Ces corpuscules sont augmentés de volume^ leur épithélium est altéré
comme celui des canalicules; mais la lésion la plus remarquable, c'est la forma-
tion d'une capsule ou enveloppe formée de cellules fosiformes (cellules fibro-
plastiques de Lebert) en grande quantité, qui les enveloppe de toutes parts. Dans
un rein que J'ai sous les yeux, les glomérules ont 0,028 à 0,39 de millimétré
de diamètre, et oette sone de tissu néoplastique a atteint 0,06 à 0,07 dd milli«
mètre.
Évidemment une pareille altération frappant l'élément le plus important an
rein doit avoir les conséquences les plus graves pour ses fonctions et son avenir.
Les lésions auxquelles nous devons tâcher de remédier ont doue pour point de
départ une augmentation de l'activité nutritive et génésique des éléments épi-
thcllaujc et oonnectifs du rein. Celle des éléments connectife, de laquelle résulte
la formation de ces éléments fibro-plastiques qui enveloppent les glomérules^
est dans d'autres circonstances combattue avec succès par l'iodure de potassium,
dont tous nous connaissons les propriétés résolutives. Aussi les considérations qui
précèdent m'ont-elles conduit à mettre en usage ce médicament. 11 m'a semblé
devoir agir ici avec d'autant plus d'efficacité, que le rein constitue sa grande voie
d'élimination. Ceci est à tel point vrai, qu'on peut à volonté transformer l'urine
en une solution concentrée de ce sel, à tel point que l'addition de l'acide nitrique
la colore en Jaune foncé, et y développe à un haut degré l'odeur spéciale de ce
métalloïde, et que l'addition de l'amidon produit une coloration violacée telle-
ment intense, qu'elle paraît noire. Et le résultat n'a pas trompé mon attente :
depuis sept ans que, guidé par les considérations qui précèdent, j'ai employé le
sel iodique, Je lui dois non pas quelques succès, mais des çuccès nombreux; il
n'est pas un élève ayant suivi ma clinique qui n'ait été témoin de guérlsons ou
d'améliorations notables obtenues dans ces conditions.
En entendant ceci, messieurs, d'aucuns d'entre vous auront peut-être éprouvé
une sorte de désappointement ; ils se sont dit : mais l'iodure de potassium a déjà
été essayé dans la néphrite albumineuse, et il parait n'avoir pas fourni de résul-
tats bien avantageux, le le sais aussi bien que vous, messieurs, et si Je ne vous
en disais rien de plus, tous ne réussiriei pas non plus, et vous croiriez que Je
me suis laissé aller à des illusions. D ne suffit pas de connaître le médicament,
il faut connaître aussi la méthode d'après laquelle il doit être employé, la for-
500 CONGRÈS UÉDIG4L INTERNATIONAL. — DEUXIÈMB SËANGB DU SOIS.
mille de son administration. La condition de son succès, je l'ai indiquée tantôt:
c'est que la transformation des urines en solution iodique concentrée témoigne
de son élimination abondante par l'appareil uropoiétique ; c'est par conséquent
son ingestion à doses suffisamment élevées pour atteindre ce résultat, et pltu
elle sera élevée, plus on a de chance de succès. Je commence généralement
par 2 ou 3« grammes dans les vingt-quatre heures ; puis, augmentant de
1 gramme tous les deux ou trois jours, j'arrive à 5, 6, 8, 10 grammes et même
au delà; j'ai déjà atteint les chiffres de 15 et 20 grammes chez des malades qui
le toléraient bien. La limite est indiquée par la tolérance ; toutefois il n'est pas
toujours nécessaii'e d'aller aussi loin. Si, avec une dose de 5, 6 ou 8 gramme»
en vingt-quatre heures, l'amélioration commence, je ne vais pas au delà; si elle
ne se prononce pas, je vais plus loin. Ces doses vous paraitront sans doute
énormes ; mais mes expériences m'ont appris que ce médicament est sentent
toléré en quantité bien supérieure à celle qu'on administre habituellement, et
que cette tolérance est encore accrue dans la néphrite albumineuse, où elle
atteint peut-être son maximum. Si, dans cette affection, vous vous bornez à en
donner 50 centigrammes, ou bien 1, 2 ou 3 grammes, vous n'arriverez à aucun
résultat, et c'est sans doute pour cette raison que les médecins qui l'ont essayé
avant moi n'ont pas reconnu sa puissante efficacité. Il ne faut pas oublier non plus
qu'il s'agit d'une maladie chronique, à marche lente, dans laquelle les tissus ne
se modifient que lentement, n'importe dans quelle direction ; il importe en
conséquence de ne pas se décourager trop vite, et de le faire prendre pendant
un temps assez long pour que ses effets puissent se manifester. Bien entendu
que de temps en temps, surtout si l'état des voies digestives l'indique, on peut
diminuer les doses, ou même les suspendre tout à fait, pour recommencer au
bout de quelques jours. Cependant cette précaution n'est pas to\\jours néces-
saire.
Son action favorable se manifeste par un amendement des symptômes en
général, et surtout par la diminution dans la quantité d'albumine rejetée ava*
l'urine et par celle des infiltrations. Cependant cette dernière action peut tarder
plus ou moins à s'opérer, et il m'est arrivé d'être obligé d'évacuer la sérosité
par des scarifications, chez des malades qui pourtant guéiissaient. J'ai pu, dan»
ces cas, constater que la sérosité contenue dans le tissu cellulaire possédait une
densité supérieure à celle du plasma du sang, ce qui rendait impossible ^a
pénétration endosmotiquc dans les vaisseaux; car une goutte de sang sortie
d'une piqûre, mélangée à cette sérosité et^soumise tout de suite au microscope*
montrait ses globules rouges rapetisses et déformés, conmie si l'on y avait ajouté
une solution saline.
A aucun moyen thérapeutique il ne faut demander l'impossible. J'ai limité
l'action curative de l'iodure de potassium à la seconde période de la néphrite
parenchymateuse ; on comprend, à plus forie raison, qu'il soit donné aussi a^ec
succès dans la première et qu'on puisse l'administrer avantageusement dans h
néphrite catarrhale; mais on aboutirait à de fréquentes déceptions si l'on
voulait exiger de lui la guérison de la troisième période. Celle-ci peut >(^
présenter sous deux formes différentes : la dégénérescence graisseuse et la dé-
générescence ûbreuse. Dans la première, le rein garde un volume considérablei
souvent encore supérieur à son volume normal; ses éléments cellulaires de nou-
velle formation sont infiltrés d'abondantes quantités de graisse, conmie permet de
le constater l'examen microscopique des cellules épithéliales et des cylindres
CROGQ. — TRAITEMENT DE LA NÉPHRITE PÂRENGHYllATEUSIi*. 501
eipulsésavec Turine. Celle-ci peut revenir à sa quantité normale ou môme la
dépasser. Cette transformation est tout à fait au-dessus des ressources de la théra-
peutique et nécessairement mortelle.
La dégénérescence fibreuse est caractérisée par l'organisation et la rétraction
d'un tissu connectîf de nouvelle formation autour des canalicules, et surtout
autour des corpuscules de Malpighi. Le rein ainsi transformé est diminué de
Tolume, bosselé^ induré ; le calibre de ses canalicules est diminué ou anéanti, les
gloméniles sont rapetisses et enveloppés de coques fibreuses qui les étreignent.
La sécrétion urinaire diminue de plus en plus ; les éléments épithéliaux et les
cylindres albuminoïdes diminuent aussi et peuvent finir par disparaître ; et il en
est de même de l'albumine, que Tonne rencontre quelquefois plus du tout, bien
qu'on examine l'urine plusieurs jours pendant plusieurs semaines. On comprend
tout de suite par quel mécanisme cette forme procède de la période précédente,
surtout relativement à l'altération des coi*puscules de Malpighi. On comprend
donc comment l'iodure de potassium, convenablement administré, en empêche
le développement. Lorsqu'elle existe déjà, cet agent thérapeutique n'a plus la
même efficacité, car il peut sans doute empêcher le développement du tissu
connectif néoplastique, mais il est impuissant à faire disparaître ce tissu une
^ois qu'il est formé. Le pronostic est donc défavorable ; cependant il l'est un peu
moins que pour la forme précédente, la métamorphose fibreuse pouvant être
borade à un certain nombre d'éléments rénaux et rester stationnaire, de ma-
nière à permettre au malade de récupérer un équilibre convenable dans la sé-
crétion urinaire.
Les deux formes graisseuse et fibreuse peuvent se remontrer simultanément,
et l'on comprend que le pronostic est alors tout aussi grave que dans la forme
graisseuse pure.
Ces explications étaient nécessaires pour faire comprendre qu'il serait injuste
d'exiger de l'ioilure de potassium une action curative dans la troisième période
de la néphrite parenchymateuse. Cependant il peut encore y rendre des services,
car on n'est dans la plupart des cas pas tout à fait certain de l'étendue de la
lésion ; on n'est pas sûr si la dégénérescence incurable a envahi au même degré
toutes les parties des deux reins, et si certaines d'entre elles, en nombre suffi-
sant, ne sont pas susceptibles d'y échapper et de revenir à l'état normal. Ceci
eM surtout exact à l'égard de la dégénérescence fibreuse; je l'ai vue ayant atro-
phié un rein tout entier, tandis que l'autre ne l'était nullement. Cependant ces
cas sont exceptionnels.
La véritable sphère d'action de l'iodure de potassium, employé comme je l'ai
dit, c'est le second et le premier degré de la néphrite parenchymateuse. Il n'es
en général pas nécessaire de lui adjoindre d'autres moyens thérapeutiques, sinon
le régine analeptique non excitant. On peut y ajouter le sirop d'iodure de fer
dans les cas où l'anémie prédomine ; on pourrait aussi employer concurrem-
ment le tannin et le perchlorure de fer, si l'on voulait à l'action résolutive du
sel iodique joindre celle de ces substances sur le système vasculaire ; cependant
je n'ai, pour ma part, presque jamais eu recours à ces dernières associations.
La seule contre-indication que j'ai rencontrée est fournie par l'intolérance des
organes digestifs, se traduisant par des troubles de l'estomac ou par de la diar-
rhée. On parvient souvent à la faire disparaître en ajoutant à l'iodure du sous-
nitrate de bismuth ou une préparation opiacée. S'il y a une diarrhée antécé-
dente, il faut tâcher de la conjurer d'abord avant de commencer à administrer
503 CONGRte MEDICAL UrrBBNATIOMAt. -^ DKUUfcllS SfiANCB DU MIB.
riodure. L'apparition fréquente de celle-ci à la suite de l'emploi des purgatifs,
et surtout des drastiques, doit engager d'autant plus à les repousser^ qu'ils peu-
vent mettre le malade hors d'état de suppoiler l'agent sur lequel il peut le plus
compter pour son rétablissement. Je n'ai jamais observé aucun accident d'in-
toxication produit par l'iode, ni le marasme, ni l'iodisme constitutionnel, malgré
les doses élevées que j'ai données, et la longue durée de temps pendant laquelle
j'ai prolongé leur administration.
M. le docteur iMUmmammt (de Charleville) lit un mémoire sur le traiteinent
de la ûèvre typhoïde. 11 préconise les émissions sanguines^ et rend hommage
aux préceptes formulés par M. le professeur Bouillaud.
La séance est levée à onse heures.
SÉANCES SUPPLËMEiNtAlRES OU SOIR
TROISIEME SEANCE
Jeudi 22 août, à 8 heures.
Lectures:
Mï. BauNETn (Padoue). — Nouvelle mdthode de conservation des pièces anato-
miques.
Lambl. — Laskouski; même sujet.
Ellexburg (Berlin). — Sur l'empoisonnement phosphorique aigu.
Rauchfuss (Saint-Pétersbourg}. — Sur la construction des hôpitaux d'enfants.
Alyarenga (Lisbonne). — Statistique hospitalière.
DuVàL (Brest). -— Relation d'expériences faites sur les suppliciés.
0iBCU86lOlf :
MM. fiouiLLAOD. — Saccelu (tlome)*
Lectures :
IM. DocHuiNB (de Boulogne). — Étude sur les fonctions des muscles intercostaux
à l'aide de faits cliniques représentés par la photographie.
Drtsdale (Londres). — Sur le traitement de la syphilis sans mereure.
DnotJBBioN :
MM. Galligo (Florence). — Auzias-Turenne.
Procè»-verbai de la séance par M. le docteur Bncheteau^ secrétaire du Congrès.
•*«*M»*i^
Ô0& CONGRÈS MÉDICAL INTBKNATIONAL. — TROISIÈME SÉANCE DU 80IB.
TROISIÈME SËANGE DU SOIR.
Président M. BouUlaud.
Vice-présidents. , , . MM. Lambl et Teissier.
Secrétaire de la séance, M. Bricheteau.
MCWEIiliE MÉTHOBi: BK CONTSERVATIONT
BES PIÈCKS AMATOmgiJKS
PAR M. LE DOCTEUR BRUNETTI (DB PADOUE).
La solennité de ces séances scientifiques^ l'importance des questions qui doi-
vent être discutées par cette assemblée savante^ m'ont fait pour un moment
hésiter si je devais y prendre part. Mon hésitation était plus grande encore en
réfléchissant que je devais m' entretenir avec vous dans une langue étrangère.
Mais l'accueil que m'ont fait tous mes confrères étrangers et les marques de
haute distinction par lesquelles la munificence française a voulu m'honorer,
m'encouragent à me présenter à vous et à vous exposer en peu de mots les résul-
tats de mes études sur la conservation des parties animales.
Je serai très-court. Il s'agit d'une question de fait, et les démonstrations pra-
tiques vaudront beaucoup plus que les raisonnements. Je ne parlerai pas do cété
historique qui a rapport à la conservation des parties animales; le temps me man-
querait pour en faire l'exposition exacte et fidèle. Permettes-moi donc, messieurs,
de vous parler simplement des résultats que j'ai obtenus moi-même.
Attaché à l'enseignement public, et directeur du musée d'anatomie patholo-
gique de l'université de Padoue, j'ai pu aisément connaître^ messieurs, pe^
mettez-moi de le dire, l'insuffisance de toutes les méthodes employées jusqu'à ce
jour pour la conservation des tissus animaux.
J'ai consacré toutes mes études à chercher une méthode nouvelle qui pût ré-
pondre le mieux à la nécessité de la science et au but de l'enseignement.
Une idée très-simple, messieurs, est venue heureusement à mon sepours. Cette
idée, en me faisant connaître la bonne voie, m'a permis d'obtenir d'une manière
certaine, je dirai même mathématique, des préparations anatomiques qui puis*
sent répondre au but que je me suis proposé.
Le but de ma nouvelle méthode est de conserver les viscères, soient-ils nor-
maux, soient-Qs pathologiques, dans toutes leurs apparences anatomiques externes
et internes.
Dès le commencement, je déclare que ma méthode a simplement pour but la
BRUNETTL — CONSERVATION DES PIËCBS ANATOMIQUES. 505
conservation des tissus solides, dans la plus commune acception du mot. Toutes
les parties fluides sont éloignées^ ce qui explique la légèreté de mes préparations
et leur couleur grisâtre.
Mais je crois qu'il est utile d'observer que si les parties fluides physiologiques
ou pathologiques sont éliminées, restent toujours les cavités et les interstices où
se trouvaient ces fluides. Toutes ces cavités^ tous ces interstices conservent leur
forme absolument comme si les fluides s'y trouvaient encore. C'est pourquoi je
dis dans ma brochure : « Je conserve les parties solides dans leurs rapports de
position avec les liquides qui n'existent plus, i»
Une propriété très-remarquable, messieurs, de ma méthode est que l'on con-
serve aux tissus non-seulement leurs apparences anatomo-macroscopiques^ mais
encore l'intégrité microscopique de tous leurs éléments primitifs.
Or, si par ma méthode je parviens à conserver les viscères avec toutes leurs
apparences anatomiques, si je conserve l'intégrité des éléments et des tissus pri-*
mitifs, si je peux conserver les cavités où étaient les fluides que j'élimine de mes
préparations, quelles conséquences en obtiendron&>nous?
Évidemment, messieurs, nous obtiendrons la conservation de la forme et
du volume des viscères ; la conservation anatomo-topographique des différents
tissus qui forment la surface des coupes obtenues au moyen du couteau dans
toutes les directions possibles; la conservation, enfin, de la structure microsco-
pique.
Pennette^moi, messieurs, une observation. La méthode que je suis est non»
seulement différente, mais opposée, en quelque sorte, à celles jusqu'ici suivies
par les anatomistes qui m'ont devancé.
Les anat^Djistes jusqu'à ce jour, en suivant l'une des méthodes que l'on con-
nut, devaient avant tout étudier et connaître la forme intérieure du viscère sur
lequel ils devaient opérer pour pouvoir, selon le but qu'ils se proposaient, choisir
la méthode de préparation la plus convenable.
Toutes ces connaissances, pour ainsi dire préliminaires, suivant ma méthode
sont inutfles ; car la méthode que je viens de découvrir est unique, immuable pour
tous les viscères, sans qu'il soit besoin d'en considérer la forme soit extérieure,
soit intérieure, et de connutre la disposition anatomique des éléments et des
tissus primitifs.
Lorsque j'ai achevé une préparation, le viscère se présente à vos yeux dans sa
forme naturelle en conservant son volume, et mon couteau ouvre les pages de la
plus exacte, de la plus minutieuse description anatomique. Cette description,
messieurs, j'ose l'affirmer, est vraiment surprenante lorsqu'on fait usage de la
loupe et mieux encore du microscope.
Messieurs, permettez que je vous expose ma pensée. Ce n'est pas ambition ni non
plus vanité, c'est le résultat que je viens d'obtenir qui me pousse à cette conclu-
sion. C'est vrai, je travaille sur des objets que tout le monde anatomique connaît,
et je comprends trè»-bien que l'on peut aisément se laisser entraîner par l'ima-
gination ; mais je suis pourtant convaincu que si ma méthode avait été trouvée
auparavant, elle aurait épargné des pertes considérables de temps précieux à tant
d'illustres anatomistes, et que ceux de nos jours pourront peut-être, et je l'espère,
en profiter.
A mon avis, c'est l'anatomie comparée, cette science des sciences, qui obtiendra
par ma méthode les plus splendides résultats. Ses déductions scientifiques doivent
partir de la comparaison simultanée des organes, et à cela ne peuvent certaine-
506 GONGBfcS MÉDICAL INTKBNATION At« ^ TAOI3I&ilB SÊANGB DU SOIR.
ment suffire ni les préparations rëlrécies et Gonscrvëei dans l'alcool^ ni les pré-
parations rabougries par les procédés de dessiccation. A tous ces besmns réclamés
de la science^ c'est ma méthode seulement^ messieui's^ qui peut y répondre en
offrant les préparations des différents organes obtenues d'une manière vraiment
scientifique.
le n'emploie pas un fiuide nouveau^ ni non plus une composition mystérieusei
non, messieurs. Les substances dont je me sers sont tout à fait simples* aucune-
ment nuisibles au préparateur^ et tous> messieurs, les connaisses toutes. Met
ustensiles, de même, sont familière à tous les anatomistes.
La découverte que je viens de faire, consiste simplement^ meflaleurs, dans la
manière de conduire l'action des substances qu'on trouve préparées partout, el
qui ne sont pas trop coûteuses, d'autant plus, qu'après les avoir employées dans
une préparation quelconque, on peut très-aisément les recouvrer, pour les em-
ployer dans des préparations nouvelles.
Le temps nécessaire pour achever une préparation est en général très-court :
de quinze à trente heures suffisent.
Pouvei-vous disposer d'une quantité de moyenst de temps, et la partie que
vous devea préparer est-elle d'une composition anatomique simple, comme
seraient tous les viscères ; alors, messieurs, on peut aehever toutes cas prépara-
tions avec une célérité surprenante.
Désirez-vous, au contraire, procéder bien économiquement ; n'avez-vous pas
de temps en surplus ) la pai'tie que vous devez préparer est-elle composée d'une
quantité de tissus, comme un bras> une jambe, ou la tête : dans ee cas, certai-
nement, votre préparation demande un temps bien plus long.
. A mon avis, une chose d'une impoiHance encore plus grande est, comme nous
allons voir^ qu'il n'est pas nécessaire d'achever sans interruption toutes les opé-
rations. Vous pouvez vous arrêter quand bon vùus semblera, et vous n'aurez au-
cun dommage si vous laissez votre préparation inachevée^ pour des semaines,
des mois, et je dirai même des années*
Il ne faut pas croire, messieurs, que ma méthode demande une grande ap-
titude anatomique. Tous ceux qui possèdent les ustensiles nécessaires pour ma
méthode, et les aptitudes mécaniques pour exécuter des préparations ordinaires
d'anatomie, peuvent facilement accomplir des préparations semblables.
C'est bien vrai, je ne parviens pas à obtenir mes préparations par une simple
immersion du viscère dans un fluide, et non plus, comme quelqu'un voudrait la
soutenir, parla simple dessiccation des tissus eux-mêmes ; mais, cependant, toutes
les opérations qui forment ma méthode sont très-faciles.
Messieure, quoique les résultats que j'ai obtenus soient satisfaisants, je ne peux
pas pourtant toujours répondre aux questions que je me pose à moi-même. Cest
à vouSf messieurs, de conduire à la perfection mon procédé, et je vous prie bien
de vouloir me permettre que je vous l'expose.
Je vous le disais tout à l'heure : une idée très-simple est venue heureusement
à mon secours.
Voici quelle est cette idée :
Afin que les préparations anatomiques puissent correspondre aux nécessité de
la science, il faut, messieurs, que l'exécution de ces préparations soit, accomplie
rapidement, complètement, économiquement.
Pour obtenir ces résultats, les anatomistes doivent faire parvenir les substances
conservatrices tout de suite jusqu'aux éléments^ jusqu'aux tissus primitifs, en
BBITNSTTI* — GONMRVATIOV DU PrtGBB ANiTOMlQUM* 507
conserrant à ceux-ci les caractèrei imoroscopiques^ et les rapports aaak>mo-topo«
graphiques réciproques.
Tel est^ messieurs, le grand problème qu'il fallait résoudre.
Et qui est-ce qui doit vous indiquer, messieurs, la voie véritable pour arriver
aux éléments, aux tissus primitifs? C'est naturel, le sang. Le sang, en parcou-
rant la vole des vaisseaux, apporte certainement aux éléments, aux tissus pri-
mitifs tous les matériaux, qui, dans Tétai de vie, doivent servir à leur nutrition.
Or, c'eat cette grande vole, messieurs, qu'il faut parcouHr pour parvenir aux
éléments, aux tissus primitifs, et apporter à ceux-ci les modifications nécessaires
afin qu'on puisse les conserver après la mort. Voilà, messieurs, tout le problème
résolu : tout le reste n*est qu'une conséquence de rapplicatton de ce grand
principe.
Je me borne donc, messieurs, à vous résumer ma méthode. Je vous soumet-
trai plus tard la description détaillée.
Si les substances conservatrices doivent parcourir la voie des vaisseaux, cette
voie doit être tout à fait libre du sang, ce qu'on obtient avec la première opé-
ration, que j'appelle le lavage.
La pièce à conserver, après avoir été nettoyée extérieurement et intérieure-
ment par l'eau, est délivrée du sang par les injections d'eau pure dans les
vaisacaux et dans les canaux excrétoires, s'il y en a. On doit naturellement laisser
toujours à Teau une issue, selon qu'on fait l'injection dans Tarière, dans la veinq
ou dans les canaux excrétoires.
S'il s'agit d'un animal, pour faciliter cette opération, je le tue par une injec-
tion d'une solution de phosphate de soude dans la carotide, pour empêcher que
le sang ne se coagule. Cette opération d'ôter le sang demande de deux k
quinsa heures.
Apràs ce lavage, je fiiis une injection d'alcool qui demande à peu près un
quart d'heure. Je me sers de l'alcool, messieurs, pour délivrer la pièce de Tcau,
pour eoxpôcher par conséquent la putréfaction, si je ne veux pas continuer la
préparation, pour préparer les tissus à Taction des autres substances.
Ordinairement, après l'injection de Talcool, je m'arrête pour reprendre à mon
gré l'opération. Jusqu'à présent nous avons arrêté la putréfaction, et en même
temps nous avons préparé la voie des vaisseaux.
Tout cela n'est qu'une opération préliminaire. Je vous parlerai à présentj
messieurs, des substances et du procédé de la vraie conservation.
Tout le monde sait, messieurs, que le tannin {acidum itmnUwn) est la sub-
stance la plus paissante, la plus sûre, et aucunement nuisible, pour la con-
servation du tissu connectif, lequel forme la base principale de la peau. Il me
semUe pourtant que Taction du tannin devait agir aussi sur les autres tissus
sans exception. On devait seulement éliminer d'eux la graisse. Messieurs, la
substance la plus puissante, la plus sûre, et aucunement nuisible pour le dé-
graissage de tous les tissus, sans exception, est Téther sulfurique.
Vous avez, messieurs, déjà compris les premières opérations de mon procédé;
ajotttea-y la dessiccation, et vous aurez trois opérations distinctes : dégraissage,
tanaisation, dessiccation.
Dtt dégraissage^ — J'obtiens le dégraissage par les injections de Téther sulfu-
rique, que toujours, par la voie des vaisseaux, j'introduis jusqu'aux élémentSji
508 CONGRÈS MÉDIGàL INTERNATIONAL. — TROISIÈME SËAN€E DU SOUL
Jusqu'aux tissus primitifs. On emploie de deux à dix heures pour accomplir cette
opération.
Lorsqu'on fait ce dégraissage, on peut aiTêter la préparation à sa Tobnté,
en laissant la pièce immergée dans l'éther.
De la tarmisatim, — Avant de tanner les tissus^ il faut les délivrer complè-
tement de rétlier, au moyen d'un lavage répété. La tannisation est une opé-
ration d'une grande simplicité. Je fais pai*venir le tannin jusqu'aux éléments et
aux tissus primitifs, en le dissolvant en quantité suffisante dans l'eau distillée
et bouillante, et en l'injectant tiède ou dans l'artère ou dans les veines, ou dans
les canaux excrétoires. Pour achever cette opération, de deux à cinq heures
suffisent.
De la dessiccation, — Voilà, messieurs^ un moment de mon procédé très-impor-
tant. Pour parvenir à mon but, je dois faire agir la dessiccation^ principalement
sur les éléments et tissus primitifs^ de manière à pouvoir conserver, et aux élé-
ments^ et aux tissus primitifs^ les caractères microscopiques et les rapports ré«
ciproques anatomo-topographiques.
J'opère la dessiccation par la chaleur externe et par la chaleur interne.
Je fais agir la chaleur externe en plaçant la pièce dans un four de fer^blanc à
doubles parois, entre lesquelles il doit y avoir de l'eau conservée en ébullition
continuelle.
Je fais agir la chaleur interne de la manière suivante. Je comprime avec une
pompe aspirante et foulante l'air dans un récipient de métal, jusqu'à la pression,
à peu près, d'une atmosphère. Par des tubes de caoutchouc, je laisse sortir du
récipient un courant continuel d'air comprimé qui, par les vaisseaux et quel-
quefois aussi par les canaux excrétoires, s'il y en a, pénètre jusqu'aux éléments,
jusqu'aux tissus primitifs de la préparation. Cet air doit être sec et chaud, ce
qu'on obtient en plaçant entre le récipient et le four une bouteiUe remplie
d'une substance desséchante, par exemple du chlorure de calcium desséché, et
une boite de cuivre réchauffée. L'air, qui traverse la bouteille et la boite, de-
vient sec et chaud.
Le courant d'air agit du centre vers la périphérie de la pièce, et sa force, ré-
glée par un robinet, doit être telle, que la pièce arrive à acquéiir le volume na-
turel et la forme naturelle.
La dessiccation s'accomplit bien rapidement, c'est-à-dire dans l'espace d'une
heure et demie à cinq heures à peu près, par la chaleur externe qui entoure
la préparation, et par le courant d'air continuel sec et réchau£fé qui arrive jus-
qu'aux éléments et tissus primitifs.
Messieurs, je vous Tassure, l'action du courant d*air sur tout ce qui est li-
quide est surprenante.
Le viscère, naturellement lourd, en conséquence des liquides contenus dans
toutes les cavités des vaisseaux et dans les interstices des tissus, devient d'une
légèreté vraiment admirable, du moment que l'insufQation est commencée.
L'air, qui parcourt tous les vaisseaux, arrive jusqu'aux capillaires, traverse les
parois de ces derniers, et il entre dans toutes les cavités des canaux excrétoire^
dans tous les interstices physiologiques ou pathologiques; en un mot, partout où
il y a des liquides, en les ^minant et en même temps en les remplaçant. C'est
donc un fait constaté, que je conserve les parties solides dans leurs rapports de
position avec les liquides qui n'existent plus.
LAMBt. ^ CONSKRTATION DES PIÈCES AJNATOiaQUES« 509
Messieurs, tous m'avez compris. C'est à l'action de ce courant d'air que je
dois le résultat admirable et presque prodigieux de conserver tous les vaisseaux
dans leur état normal de dilatation ; de conserver, comme je viens de dire^
toutes les cavités, tous les interstices quiels qu'ils soient, comme si dans les vais*
seaux, dans les cavités, et dans les interstices, eux-mêmes, existaient encore lee
liquides; de conserver nécessairement tous les éléments, tous les tissus primi-*
tifs avec leurs caractères histologiques, avec les rapports anatomo-topographiques
entre eux; de conserver la topographie interne de toutes les parties du viscère,
quelque petites qu elles soient; de conserver euûn et nécessairement la topo-
graphie extérieure, la forme, le volume du viscère.
Messieurs, d'où viennent donc ces résultats? Ces résultats, messieurs, je les
dois à un éclair très-heureux que j'ai eu d'agir directement sur les éléments,
sur les tissus primitifs, afin d'obtenir, comme je les ai vraiment obtenues, les
préparations anatomiques, rapidement, complètement, économiquement.
SVB Uk NOVVEIXE inÊTHOBB Bfi WL BRIJIVEm
PAR M. LB DOCTEUR LÀMBL (DB XHARKOFF).
Après avoir examiné avec attention les préparations de M. Brunetti, je suis
arrivé à la conviction que sa modeste vitrine à l'Exposition universelle contient
non-seulement ce qu'il y a pour nous de plus important au Champ de Mars, mais
je crois même que c'est là un événement des plus graves de nos jours, un point
de départ pour une réformalion fondamentale de notre technique en matière d'a-
natomie. Cest de celle-ci que nous parlons, non pas de thèmes scientifiques.
Des richesses scientifiques, nous en avons reçu de l'université de Padouc au
siècle passé par le génie de Morgagni. De nos jours, c'est encore Padoue qui
nous fait cadeau de la magnifique invention de M. Brunetti. Certes, ce ne sont
pas encore des richesses, de nouveaux faits d'anatomie, mais c'est un excellent
moyen pour les obtenir, pour en conserver les pièces rares, pour en faciliter la
transportation et pour en communiquer quelques échantillons de la plus simple
manière du monde, c'est-à-dire dans l'enveloppe d'une lettre de poste.
Cela va sans dire, qu'à mesure que les méthodes augmentent et s'améliorent,
nos connaissances de la nature se complètent. Or, si j'ose adresser au Congrès
quelques paroles sur ce sujet, c'est parce que j'espère ti'ouver parmi les hono-
rables confrères beaucoup de spécialistes qui seront d'accord avec moi, si
j'adopte poiu* notre sdeiice les mémorables paroles prononcées par Michel-Ange :
« Dt tutti gîi studi quando hasta, deU'anatomia mai abbastanza! » Ce qui veut
dire à peu près ;
Sltf C0NGRÈ9 MfiDIGAt IKTËHNATIONÀL. «- YKOfSlÈlIfi SÊAMCE 0U SOIB.
Faites autant d' études nécessaires qu'il vous suffit, mais de l'anatomie, tous
n'en ferez jamais assez.
Pour donner une appréciation juste, que mérite la nouvelle méthode de
M. Brunctti, il faudrait mettre en comparaison ses préparations avec les résultats
obtenus par toutes les autres méthodes ; il suffira, cependant, de mentionner les
méthodes le plus généralement employées, savoir : a. les méthodes ayant pour
objet Vétude, et b. celles qui servent à Vemeignement de l'anatomie.
Quant à l'anatomie tùpographiquê, l'étude des rapports et des régvms vient
d'être simplifiée et en même temps généralisée d'une manière ravissante. Les
coupes transversales des organes thoraciques rappellent en quelque sorte lef
tableaux de PirogofT, exécutés d'après nature, sous l'influence de la congélation.
Mais la congélation des cadavres ne peut pas s'efiectuer partout avec la même
facilité qu'en Russie, où le célèbre chirurgien l'avait exploitée, et aussi les
pièces congelées ne sont-elles pas fUtes pour être conservées, maniëet et trans-
portées comme celles de la méthode Brunetti.
Les objets anatomiques durcis par l'acide chromique diffèrent en beaucoup de
rapports des pièces obtenues pai* la nouvelle méthode. Lorsqu'il s'agit de la pré-
paration d'une pièce tant soit peu considérable, volumineuse, les liquides em-
ployées pour durcir les tissus n'agissent pas d'une manière uniforme sur la
surface et sur les parties profondes de la masse ; et encore l'action des li-
quides est-elle inégalement prononcée dans les différents tissus et parenchymes
dont la pièea «st eompoiéê; tandis que les préparations de M. Brunetti pré-
sentent une égalité parfaite de l'action de son principe dans toutes les couches
et toutes les épaisseun des organes.
Quant à l'étude de Varchitectonique des organes, la nouvelle méthode donne
des objets incomparables.
Vous savez bien, messieurs, que les magnifiques préparations du célèbre pro-
fesseur Hyrtl n'offrent qu'un réseau vasculaire opaque, un seul plan superficiel,
qui ne permet que Védairage direct, et par conséquent de faibles groMsisiemaUs au
microscope.
Sous ce rapport, les prépai*ations transparentes à la manière de Gerlach et
Thiersch sont beaucoup plus préférables^ puisqu'elles présentent toutes les
couches d'une section transvei*sale, que l'on peut examiner à l'éclairage péniirosii
(par en bas) et à l'aide de grossissements considérables.
Or, les préparations de M. Brunetti réunissent non-seulement les avantages de
ces deux modes d'observation ; mais ce qu'il y a de mieux, sa méthode est per-
fectible d'une manière particulière, c'est-à-dire elle permettra des procédés
combinés, l'emploi des réactifs, Fimbibition et probablement aussi rii^ection des
vaisseaux par des matières colorantes, transparentes, bleues ou rouges.
Je dois ajouter, du reste, que les préparations de M. Brunetti ne aont pas du
tout aussi fragiles que les préparations dont nous venons de parler, et qui sont de
véritables noli me tangere. Celles de M. Brunetti ne portent pas l'inscription
mille fois répétée dans toutes les expositions : « Ne touchez pas !» — Au contraire,
touchez-y toujours, s'il vous plait, parce que, grâce à un degré de rigidité et
en même temps de parfaite élasticité de ses pièces, M. Brunetti les présente
volontairement à votre toucher pour vous donner une idée exacte de leur sou-
plesse et de ce fkit merveilleux que la préparation n'a subi aucun changement
sous l'influence des pressions répétées.
M. Brunetti a réussi à conserver, avec sa méthode, les détails Mstologiqueê d'une
LAMBL. — CONSERVATION DES WÈCES AN ATOMIQUES; 544
délicatesse extrême, comme par exemple les cellules épithéliales des alvéoles pul-
monaires. Bd effet, j'ai eu Toccasion d'observer, sur un petit morceau d'une
telle préparation, que les coupes les plus fines du tissu pulmonaire en laissent
remarquer les rapports naturels.
Cependant je dirai que peut-être, dans un autre poumon, la méthode de
M. Brunctti ne fera point voir la couche ëpifhéliale de vésicules pulmonaii'es. Mais
alors, messieurs, ce n*est pas l'effet de la méthode de préparation qui cause
l'absence de ces éléments, c'est plutôt la particularité du tissu même, c'est l'état
séniie plus ou moins pathologiquement altéré du poummi qui se présente à nos
yeux dépourtm de la couche épithéllale.
Dans de pareilles questions douteuses, où les résultats de différentes méthodes
ne sont pas d'accord entre eux, voilà la nouvelle méthode de M. Brunetti, qui, à
mon opinion, pourra servir de moyen de contrôle, parce que cette méthode est de
celles qui ne causent pas de déplacement des éléments histoîogiques, qui n'ajou-
tent rien à la préparation, qui n'en enlèvent rien que les liquides.
D'après cela, je crois que ce n'est pas aller trop loin que dire que la méthode
de M. Brunetti pouiTait ôtroj dans certains cas, d'une grande importance pour
les autopsies médicO'légale$, Supposé qu'il s'agisse d'attester une recherche quel-,
conque par des pièces anatomiques; ce serait, je croisj u^e préparation à 1^
Brunetti qui répondrait le mieux aux exigences de la scieace) ne li^asimt 9^Kc^n
doute sur les quantités et la qualité des lésions anatomiques.
Si, dans certains cas, nous arrivons à préférer une méthode à l'autre, ce
n'est pas pour désapprécier celle que nous avons quittée pour un moment.
Du tout ! chaque méthode de 'préparation a pour son but une valeur incon-
testable, et il n'y a aucune méthode qui pourrait servir exclusivement à la
résolution de toutes les questions de la science et à tous les besoins de l'ensei-
gnement. — Ainsi , Yanatomie artificielle, les imitations en cire, l'anatomie élas-
tique de M. Auxouz, seront toujours indispensables pour la démonstration des
résumés scientifiques. — En examinant, par exemple le cerveau de la collection
de M. Auzoux, représentant le trajet des fibres nerveuses d'après les études de
Vicq d'Azyr, on est convaincu que jamais préparation d'un seul objet naturel ne
peut remplacer ses tableaux synthétiqtie&, résumant dans une pièce palpable les
travaux complexes de plusieurs années. On ne saurait imaginer rien de mieux
qui puisse remplir le but didactique d'une façon plus satisfaisante. Cependant
l'anatomie artificieUe ne donne que des imitaHons, mais cellesH^i ne suffiront pas
complètement à V enseignement, qui demande des objets naturels. Aussi est-ll inoon^
testahle que l'imitation n'arrive jamais aux détails surprenants des objets naturels,
A cet égard, la brillanle invention de M. Brunetti ouvre une immense
carrière pour les communications littéraires. — Des coupes de préparations
nuDces, des tranches plus fines que les dentelles belges, qui par leur soupieue
jouissent d'une réputation extraordinaire, sont de véritables illustrations de
l'anatomie microscopique. Rien de plus facile à démontrer sur une tranche mi-
croscopique du poumon, par exemple, que, dans un cas de pneumonie, la ma-
tière morbide, constituant VezsudoHon plus ou moins mobile, occupe les espaces
(les alvéoles, tandis que la gramdaHon tuberculeuse, une masse néoplastique, siège
constamment dans le tissu copjonctif de l'organe... Et ainsi de suite. — Oi*, nous
avons d'excellents traités d'anatomie, ornés de gravures, de planches, de photo-
graphies; eq>éroiis que déaonnais, grâce à la nouvelle métbode, nous aurons
512 CONGRÈS MËIHGAL INTERNATIONAL. -^ TR0I8IÈ1IE SÉANCE DC SOUL
aussi peut-être des travatàx ornés de pièces anatomiques intercalées dans le texte
du livre. <
Il n'y avait qu'une chose, — sinon à reprocher, du moins à regretter, conce^
nant la méthode en question, — c'est qu'elle était voilée jusqu'à présent par le
secret de l'auteur.
Puisque notre honorable confrère a bien voulu faire tomber sa précieuse io"
vention dans le domaine du monde savant et déposer un renseignement précis
sur son procédé, j'ose m' adresser à M. le Président, et le prier de proposer aa
Congrès médical international d'accorder à M. Brunetli l'expression de notre
profonde reconnaissance et de nos sincères remerciments par acclamation.
Cette proposition est acceptée, et une triple salve d'applaudissements témoigne
de l'admiration et de la reconnaissance du Congrès pour la précieuse communi'
cation de M. Brunetti.
M. LaftkMHikl, qui a également de très-belles préparations à l'Exposition uni-
verselle, présente des pièces anatomiques très-bien conservées, avec leur souplesse
et leur flexibilité normales, par l'injection dans les vaisseaux d'un liquide dont il
ne donne pas exactement la composition, mais dans lequel entre l'adde phé-
nique.
RECHERCHES EULPÉRIMENTAIifiSt
SUR li'ElIPOISOIVIVEMElVT PHIMiPHORI^IJE AlCSU
PAR M. LE DOGTfiDR ALBERT GULBNBUR6 (DE BËRUN).
Nous devons à la fréquence toujours croissante des empoisonnements phospho*
riques aigus, constatée surtout pendant ces derniers dix ans, une série d'études
et d'expériences relatives à la pathologie du phosphore, et qui ont éclairé beau*
coup la connaissance des lésions organiques et des effets toxiques de ce poû^n
délétère. Dans ces recherches, quelques questions cependant ont échappé jus-
qu'ici à un an'êt définitif : questions d'autant plus importantes que l'incertitude où
elles se trouvent entre pour beaucoup dans l'étlologie des insuccès thérapeuti-
ques l Le phosphore, introduit en substance dcoftë l'organisme^ et surtout dans Vestomof,
quelles métamorphoses subit-il dans les premières voies ? Sous quelle forme agii-M
dans le sang, et exerce-t-il cette influence contraire à la ntUritionquise manifeste par
la dégénérescence graisseuse rapide de la plupart des organes? Est-ce encore en sub-
stance et en forme de vapeur? Est-ce en état oxydé, comme acide phosphoreux ou
phosphorique? est-ce enfin, selon quelques auteui*s, en hydrogène phosphore?--
Cette dernière hypothèse, fondée sur de faibles analogies, est justement repoussëe
par la grande majorité des auteurs, tandis que les deux autres sont encore l'ol^et
EULENBURG. *- EMPOISONNEMfiNT raO&PHORIQUB AIGtT. 513
d'une y\ve polémique. Bien loin d'entrer dans les détails historiques de cette
discussion, je me bornerai à résumer les résultats de mes propres expériences
faites en commun avec le docteur Landois^ qui s'accordent entièrement avec les
opinions soutenues en France par M. Tardieu^ en Allemagne par Vohl^ Bamber-
ger, Husemann et d'autres : c'est-à-dire que le phosphore, diffusant en forme de
vnpewr à travers les parois des vaisseaux, est dissous dans le sang et porté ainsi aux
organes, où il donne origine à des altérations particulières.
Un fait incontestable, dont nous devons la connaissance à Vohl et à Bamberger^
c'est que le phosphore ordinaire possède une grande faculté de diffusion, et
qu'il pénètre facilement les membranes organiques. Or, en introduisant dans
l'estomac d'un lapin une portion d'huile ou de pilules phosphorées, on peut
démontrer, même au bout de deux à quatre heures, la présence de vapeurs
phosphoriques dans le sang de la veine porte et du cœur ôroii par un procédé
direct. En recevant le sang sous du sulfate de sodium ou de magnésie avec
certaines précautions (surtout en se prémunissant contre l'hydrogène sulfuré),
on réussit à faire noircir un papier humecté de nitrate d'argent et suspendu au-
dessus du liquide. Nous avons examiné également et au bout de différents temps
le sang contenu dans le cœur gauche et dans les carotides : il n'offrait jamais la
réaction dont nous parlons. Cela indique que le phosphore introduit dans l'esto-
mac se mêle., du moins partiellement, en forme de vapeur au sang du foie et du
cœur droit, et qu'il manque ou qu'il est réduit à une quantité minimum dans
celui du cœur gauche : il faut donc que la plus grande partie du phosphore
décelable encore dans le cœur droit soit oxydée en parcourant les poumons à
l'aide de l'oxygène atmosphérique, et transformée là enfin en acide phosphoreux
ou phosphorique.
La vapeur phosphorique, dissoute dans le sang veineux et pulmonaire, est-elle
donc l'agent des lésions qui s'attachent à son passage jusqu'aux poumons? Ce
soupçon, naturellement assez vraisemblable, est confirmé par les observations
suivantes. Après l'administration interne d'une dose moyenne de phosphore chez
des lapins, la lésion qu'on observe toujours la première, c'est la dégénérescence
graisseuse du foie. Or cette dégénérescence prend son origine constamment dans
les parties qui touchent de plus près aux parois stomacales, ordinairement très-
étendues chez ces animaux, c'est-à-dire dans un segment du bord inférieur tran-
chant et de la face concave postérieure du foie. C'est régulièrement dans ces
endroits qu'on observe au bout de douze à vingt-quatre heures un aspect jau-
nâtre et qu'on trouve sous le microscope une transformation graisseuse des cel-
lules hépatiques déjà bien développée, tandis que le reste de l'organe n'en offre
encore aucun vestige. En ouvrant simultanément l'estomac, on le trouve toujours
rempli de fumée et exhalant une forte odeur de phosphore. Quand on substitue
à l'administration interne l'injection hypodermique d'une dose égale d'huile
phosphorée^onpeut constater aussi au bout d'un certain temps la dégénérescence
du foie, mais on n'y rencontre jamais ces différences locales que je viens d'ex-
poser. Il faut donc conclure que dans l'empoisonnement interne le phosphore,
traversant aussi comme vapeur les parois stomacales, pénètre aux parties limitrophes
du foie et en occasionne ainsi les transformations initiales.
Une différence analogue et aussi caractéristique se fait distinguer au commen-
cement de l'empoisonnement entre les lésions des deux ventricules cardiaques, La
dégénérescence du cœur droit précède constamment celle du cœur gauche; elle
^t toujours plus avancée et toute à proportion des lésions qui s'observent simula
33
S14 GONGRllft MÉDICAL INT^RNATIONàL. -^ TAOI&iÊilË S£aj!ICS O^ SOLR.
tanémeût dans le foic^ les plèvres ot les poumons. Nous avons cté frappé siouvcnt
en trouvant les trabéculos et les muscles papillaires du ventricule droit pâle^,
jaunes, dépoui'vusde stries transversales et remplis plus ou moins de petits gims
et globules graisseux, tandis que les fibres musculaires du ventncule gauche
étaient en apparence intactes. 11 faut i^outer que les reins et les muscles, cxanliuê^
simultanément^ étaient exempts de toute lésion, bien que le foie fût déjà livré à
une transformation graisseuse avancée^ et que les plèvres et les poumons fussent
r^emplis de taches bémorrbagiques et quelquefois de grands foyei^ cunéifonue>.
Ces résultats s'accordent facilement avec la présence des vapeurs phospborique:»
dans le sang du foie et du cœur droit, et avec leur absence dans celui du cœur
gauche et des artères caiotides. En supposant que ce n'était pas le phosphore,
mais l'un ou Vautre de ses oxydes qui fût l'agent de ces effets toxiques, il faudrait
^'attendre à l'ordre totalement opposé, puisque ces oxydes naissent pour la plupart
dans le» poumons et gagnent donc d'abord le cœur gauche et la circulation arté-
rielle,— Que faut-il conclure de ces expériences sous le rappoi-t de la thérapeutique^^
-r« elles indiquent sans doute l'emploi des remèdes antidotes disf$OÊé$ à prévenu
m du moims à bonier la vaporisiUioA, et par amséfiueiU la diffusion du phosphore.
Tels remèdes sont les sels d'argent et de ouivi-e, surtout le carbonate et k sul-
fate de cuivi'eâ proposés pai* Bannherger. Nous avons examiné principalement
le carbonate, qui est le plus efficace, et qui fait naître très-prompteuent
du phosphure de cuivre noir, insoluble et presque incapable de vapoii<«-
tion et de diffusion. Apiès l'ingestion de 2 ou 3 centigrammes d'huile ou de
pilulea pbosphorées, on trouve ordinairement, même au bout d'une joumée«
Vestomao rempli de vapem* et produisant des exhalaisons de phosphore. En
joignant ou en faisant suivre immédiatement à cette administration celle de S à 5
eentiginiLmmes de carbonate de cuivre (fraîchement préparé et suspendu dans un
peu d'eau), on ne trouve plus de fumée et k peine une légère odeur phosphuri-
que au bout d'une i^ deux heures; aussi réussit^n quelquefois à Taide de cette
mëdioaiiiKa à sauver ou du moins à prolonger la vie des animaux^ nudgré Vappli-
eation d'une dose absolument délétère*
Puiaque le phosphore pur est beaucoup plus nuisible que ses produits d'oocydatioa
(à cause de la grande faciUté avec laquelle il se transfonne en vapeurjt on peut aussi
espérer quelque profit des remèdes favorisant dans les premières voùss Voj^dation
Oh pAosp/iore* U («ut employer pour ce but de& substances richef d'oxygène et
qui le cèdent facUement, par exemple les suroxydca. Nous avons fait quelques
épreuves relatives au perma^ganale de potasse ; mais ce sel, bien qu'il soit ca-
pable d'oxyder le phosphoi*e, agit beaucoup trop lentement, s'il y a une quantité
notable de ce poison. Nous mettrons encore en usage le suroj^de d'hyidro^j^Me, qui
exerce sur le phosphore en dehors de l'organisme une action énergique^ et qu'on
peut introduire dans l'eatomac sans désavantage même« à haute dose> sekui les
recherches intéressantes de A. Schmidt et Assmuth (de Dorpat)*
Dès que le phosphore a quitté l'estonuic et que, dissous dans le sang> il arrive
aux organes pai* la circulation, il ne nous reste qu'une seule ressource : c'est la
transfusion du swiig. Nous avons fait sur des lapins de très-nombreuses eipé-
rienccs pour établir la valeur de cette dernière mesm^c dans les cajs désespérés
d'empoisonnement phosphorique. U faut, pour en tirer un profit suffisant, que la
transfusion soit pratiquée sous forme de « substUution »,— c'est-à-dire qu'elle soit
jointe à une déplétion copieuse du sang empoisonné, et qu'elle soit répétée de
temps en temps selon la recrudescence des symptômes toxiques. La quantité du
. BACGHPOSS. — COrtSTlrtJCtlO» ft'HÔfrîTAtX dWI'ANTI^ 515
«tng évacué et injecté à la fois doit être au moins de 15 à 30 gt*ammcs sur des
lapins^ c'est-à-dire de la soixantième jusqu'à la trentième de leur poids entier.
Empoisonnés par une dose amenant généralement la mort au bout de moins
d'une journée (2 ou 3 centigrammes), les animaux n'étaient .jamais sauvés à
l'aide de la transfusion ; la mort était cependant retardée dans ces cas d'un jus-
qu'à trois jours. En substituant à ces doses trop riolentes VappHcntion répétée
chaque jour dune done moyenne ^ de 5 à 10 milligrammes, nous avons obtenu de
plus éclatants succès. Cette méthode d'empoisonnement amène généralement la
mort des animaux, restée êaxis traitement^ après deux ou trois doses, à la fin de la
deuxième ou troisième journée ; elle fait distinguer dans les autopsies les lésions
caractéristiques et bien prononcées de tous les organes. Or, les lapins soumis aua:
transfusions répétées survivaient non-seulement aux autres^ mais étaient quelquefois
sauvés ; — tués spontanément au bout de deux ou trois jours^ ils offtaient constamment
des lésions moins avancées dans le foie et le cœiir droite et presque nulles dans les
reins, les muscles et le cœur gauche. — Il en résulte donc que la transfusion, em-
ployée de ladite manière, peut encore rendre dans les cas graves des services
importants. 11 ne faut pas oublier pourtant que ce procédé n'empécbe pas non plus
les lésions occasionnées par les vapeurs phospboriques pendant leur premier pas-
sage jusqu'aux poumons; il ne prévient donc pas les dangers d'une dégénéres-
cence graisseuse du foie et du cœur droit, ni des lésions pultnonàlres dues à
l'action immédiate du phosphore^ et il devient insuffisant dès qu'il s'agit d'une
quantité notable de ce poison redoutable.
SUR liA CONSTRIJCTIOIIÎ DEH HOPIVAUIL D'HVPJJliVft
PAR M. LE DOCTEUR RAUCIIFUSS (UB SAINT-PÉTEBSBOURO).
Messieurs,
Si je prends la parole dans cette honorable assemblée sur un sujet tel que la
construction des hôpitaux d'enfants, je suis obligé, vu le peu de temps que j'ai à
ma disposition, de ne donner que quelques points de vue généraux qui domi-*
nent celte question, et qui seuls peuvent servir de base à une discussion dans
une si nombreuse assemblée. Les principes dont je veux parler ont trouvé leur
application dans la construction de l'hôpital d'Enfants maladesà Saint-Pétersbourg,
dont la fondation a été déterminée par un ordre suprême du 30 septembre
1867, et qui portera le nom de S. A. I. le prince Pierre d'Oldenbourg (1). La con-
struction de cet hôpital vient d'être commencée cet été, et le programme, ainsi
que les autres travaux préliminaires à la constructioui ont été élaborés par itioi
et soumis à la critique d'une conmiission spéciale. Ceux de mes très-honorés
confrères qui, s'intéressant plus spécialement à cette question^ voudraient bien
(1) CeUe création devait éU-e un souvenir du 25* anniversaire de la direction des établlne*
menta de bienraisance de l'impératrice Uarie par S. A. I. Mgr le prince Pierre d'Oldenbonrf*
516 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAt. *— TROISIËIIK SÉANCE DU SOU.
prendre connaissance des plans et me communicpier leurs obseiratioiis, les
trouveront exposes dans la salle des thèses.
L'élaboration du programme d'un hôpital^ quelle que soit sa destination, est
la question capitale, et^ en la négligeant, jamais l'architecte le plus habile et
l'administration la plus ardemment dévouée au bien-être des malades ne pour-
ront balancer les défauts établis par un programme de construction défectueux.
Il faut, en un mot, que le médecin ou la commission sanitaire qui s'occupe du
programme sache, avant tout, ce qu'elle veut, se rende compte de ce qu'il faut
et de ce qu'on peut exiger de l'organisation de l'hôpital. Le programme de
construction, pour que je me résume en deux mots, doit être établi d'une ma-
nière tellement précise, que les plans de l'architecte ne constituent que le pro-
gramme converti en dessin architectonique.
Après cela, entrons en matière et demandons-nous ce qu'il y a à faire, la
moyens et l'emplacement (le terrain de construction) donnés, ces deux points de
départ auxquels il faut rendre conforme le programme.
D'abord on a le choix entre deux modes d'installation. On peut réunir dans un
seul hôpital un grand nombre de lits avec une dépense relativement petite, en
établissant des grandes salles de 30 à UO et d'autres de 15 à 6 lits, et en occupant
les lits d'après le besoin, sans destiner plusieurs sections différentes à de»
maladies spéciales contagieuses. C'est plus ou moins le type des hôpitaux d'en-
fants qui sont bâtis depuis quelque temps déjà. En choisissant le mode d'instal-
lation opposé à celui-ci, on établirait par préférence de petites salles, pour
obtenir la possibilité de séparer les cas de maladie d'après les différents noodes
de contagion et les différentes conditions de soins. Ayant le champ libre dans une
construction nouvelle, on a choisi le dernier mode pour l'hôpital d'Enfants
malades à Saint-Pétersbourg.
On a dû restreindre le nombre de lits à la moitié peut-être de celui qui
aurait pu être obtenu en imitant strictement les établissements existants.
Pour un hôpital d'enfants à construire, on doit exiger des bâtiments spéciale-
ment destinés aux malades :
1** Le bâtiment principal, comprenant le service externe, le service de chiru^
gie et celui de médecine ;
2^ Le bâtiment d'isolement pour les maladies contagieuses (les fièvres érup*
tives, etc.).
3^ Le bâtiment d'été, destiné à recevoir pendant l'été les malades, pour pouvoir
nettoyer et arranger à fond les deux autres bâtiments. C'est en deux fois qu'on
doit vider les bâtiments d'hiver pendant les trois ou quatre mois d'été ; les salles
étant dans le bâtiment d'été en même temps plus grandes, ses dimensions pen«
vent èti'e relativement restreintes.
Dans l'hôpital d'enfants de Saint-Pétei*sbourg, on a établi pour les deux bâti-
ments, le principal et celui d'isolement, 150 lits; pour le bâtiment d'été, 50 Iit<-
On pourra installer sans encombrement 25 lits supplémentaires.
La moyenne de lits placés dans une salle sera de 3, le maximum 8, le mini'
mum i. 11 y aura dans les trois bâtiments seulement ti salles à 8 lits, 9 salles >
6 lits, les autres sont de k, de 2 lits, et 10 chambres d'un seul lit.
II n'est pas difficile de comprendre les motifs qui ont déterminé une installa-
tion si complètement opposée à celle que nous trouvons dans les anciens hôpitaux
d'enfants. C'est surtout l'urgence de séparer les cas différents par le mode de
contagion et par les conditions de soins qu'ils exigent, l'avantage de pouToir
RAUGBFUSS. — CONSTRUCTION D'h6PITAUX D*ENPANTS. 517
receToir Tenfant avec sa mère dans une chambre à part^ et maints autres faciles
à saisir, quand on connaît le manque de repos pour l'enfant gravement malade
dans une salle de 20 lits et au delà.
J'ai dit pour l'enfant gravement malade, car c'est à ceux-là qu'il faut borner
l'admission à l'hôpital. Le séjour de l'enfant moins malade à l'hôpital est con-
traire aux intérêts de l'enfant autant qu'à ceux de l'hôpital.
Ordinairement ce séjour est d'autant plus prolongé que l'enfant en a moins be-
soin. Tous ces scrofuleux^ teigneux, anémiques, rachitiques, encombrent l'hôpital,
et si l'on voulait ne pas les admettre, le nombre de malades serait bien moindre,
étant réduit à celui des enfants à qui le séjour à l'hôpital est indispensable. Avec
ces considérations, le programme de construction d'un hôpital d'enfants devra
être conçu de préférence pour les maladies graves et aiguës, et établir dans
chaque salle le plus petit nombre de lits possibles. Reste à savoir ce qu'il y a à
faire avec les malades chroniques et peu sérieux, qui ne font que l'encombre-
ment de l'hôpital au détriment des enfants gravement atteints. Il faut avouer
que le séjour à l'hôpital d'une grande ville leur sera plutôt nuisible qu'utile. Les
hôpitaux de Forges et de Berg-sur-mer ont créé pour Paris un refuge pour les
scrofuleux, qui outre cela trouvent, dans la fondation Bilgrain, près de l'hôpital
des Enfants malades, des pavillons spéciaux.
Mais, à part l'impossibilité de créer, en même temps qu'un hôpital d'enfants>
un séjour aussi favorable que les succursales des hôpitaux d'enfants de Paris, on
serait tout de même obligé de refuser à la plupart de ces cas chroniques, scro-
fuleux, rachitiques, etc., l'admission à l'hôpital. Il faudrait leur fournir les
moyens de guérison par un service de traitement externe, largement organisé.
Le traitement externe, ce mode de traitement hospitalier si répandu dans les
hôpitaux de Paris, est encore trop peu connu dans les hôpitaux en Europe. En
ce qui concerne l'hôpital d'enfants de Saint-Pétersbourg, ce mode de traitement
y jouera un grand rôle. Dans ce but, une série de salles du rez-de-chaussée a
été consacrée au traitement externe, — outre les consultations, la délivrance de
médicaments, l'accès aux deux salles de bains, au gymnase, au trailement
orthopédique, — un certain nombre d'enfants trouvent un lit frais pour se reposer
et un bon repas. Il est évident qu'une grande partie des enfants qui séjournent
des paois entiers dans les hôpitaux n'ont au fond besoin que de cela, et restent
dans l'hôpital au détriment de leur santé. Il faut en convenir, le séjour prolongé
dans l'hôpital d'un enfant relativement bien portant (scrafùleux, rachitique, etc.),
qui a besoin d'éducation, de la vie en famille, et qui est pour des mois privé
de tout cela, a des désavantages qui ne peuvent être balancés par l'insti-
tution des classes que l'on a établies dans les hôpitaux d'enfants. D'ailleurs,
ces maladies chroniques, résultant d'une mauvaise hygiène, ce n'est pas de
l'hôpital qu'elles ont besoin. Chez quelques enfants, il est vrai, l'état s'améliore
pendant ce traitement à l'hôpital; mais une grande partie est victime de ce séjour
et de la contagion.
Je soutiens donc, en résumé, qu'il faut consacrer le séjour à l'hôpital aux
enfants sérieusement malades, et diriger la construction et l'organisation
dans ce sens. Pour les cas moins graves, les chroniques, les défauts de nutri-
tion, de soin, 'etc., il faut perfectionner le traitement externe, et, si les
moyens le permettent^ fonder des maisons de convalescence, et des asiles consa-
crés à l'éducation physique des enfants mal soignés.
Noos arrivons à la question capitale^ c'est le service des maladies conta*
54B CONGRÈS aifiDICAL lNT£aMALTiONAl. — XaOiSIÈME S&AHQI6 W SOIIU
gieuses. Je dois me borner ici à quelques remarques, c'est uoe question dont oa
pourrait parler des heures entières. Je veux rappeler que, dans les bopHaiu
d'enfants, dans lesquels on est obligé de confondre dans les mêmes salles ou
de placer dans des salles voisines les cas de maladies contagieuses, il est tou-
jours un certain nombre d'enfants qui, entrés à l'hôpital pour une maladie par-
faitement bénigne, succombent à la suite do la contagion acquise dans les saliei.
C'est le plus grand défaut qu'on puisse reprocher à un hôpital que de melti'ti
parfois le malade dans des conditions infiniment plus dangereuses que celles qu il
trouvait dans son pauvre domicile. On a beaucoup discuté sous ce rapport la
question des maisons d'accouchées, et il serait opportun d'en faire autant [)our
les enfants. On trouve des données intéressantes et des faits bien authentique»
sur cette question dans l'ouvrage classique de M. Husson, et je voudrais hm
donner lecture des faits intéressants de ce travail capitalx mais le temps nous
presscj et je me hâte de donner un aperçu des mesures prises contre hi conta^iua
dans le nouvel hôpital de Saint-Pétersbourg.
D' abords pour ne pas pousser à l'excès la division de l'hôpital en sections, il
faut distinguer entre les maladies moins transmissibles par l'air et les gardeiw
malades, et celles qui le sont éminemment. Dans l'hôpital dont je parle, on a
ménagé des salles spéciales aux deux extrémités du bâtiment principal, é^i^T-
vies par des issues spéciales sur les escaliei's latéraux et séparées du giund
groupe de salles par des doubles portes. Ces salles sont destinées à recevoir les
maladies suivantes : syphilis, blépharoblennorrhée, les cas opiniâtres de gale
et de teigne (exceptionnellement)^ les opérés du croup (service de cbirurgicj; en-
suite coqueluche, typhus (service de médecine). 11 y a outre ces salles-là dan»lfi
service de médecine deux salles pour les cas de maladie aiguë fébrile, indétiT-
minée au début, destinées à un séjour passager, expectatif des malades. Ces deui
salles ont une issue communiquant facilement avec le bâtiment d'iaolement.
Dans le bâtiment d'isolement, il y a quatre sections exactement isolées, de
telle sorte que chacune a son escalier à part, son issue à part sur le corrida* du
rez-de-chaussée. Le service de gardes-malades et de surveillantes est isolé du se^
vice des autres sections, tout aussi strictement que les malades eux-mêmes. Cei
quatre sections sont destinées à la dipfathérite, la petite vérole. Ut acarlatine et
la rougeole. Une section ne peut être occupée que par la maladie spéciale à
laquelle elle est destinée, et les gens de service qui lui sont attachf^s ne peuvent
être employés dans d'autres services. Le médecin adjoint demeure dam la com-
dor du rez-de-chaussée de ce bâtiment, dans lequel il n'y a jamais grande cir-
culation de gens de service. Tout le service de la buanderie affecté au bâtiment
d'isolement est séparé du service général ; le transport du linge et des portioni
se fait sans que les gens de service se voient. Les gardea-maladet de différentes
sections ne peuvent jamais venir en contact. C'est difQcile de donner pif s qu'une
idée générale de cette organisation du bâtiment d'isolement dans un si court
abrégé ; mes honorés confrères qui voudraient prendre connaissance des plans es
verraient facilement la mise en pratique,
Du reste, ce n'est pas le mode d'installation, c'est plutôt le principe, la ques-
tions de l'urgence d'une séparation tellement sévère des maladies éinineaim«ot
contagieuses dans un hôpital d'enfants, qui peut intéresser une discussion. Sous
ce rapport-là, une question bien importante à soumettre aux sociétés de m^^
cins, c'est la distinction des maladies qui doivent être séparées le plus stricte-
ment possiblQ et de celles qui n'ont besoin que d'une sép^^ation moins n^-
!IA0CHn»S, — CONSTRUCTION D'ttô!»lTA0X t)'ÉNrANtê. Mft
rense. La séparation dans le bâtiment d'isolement est bas^e sur les prinetpeé
suivants. Je considère parmi les maladies contagieuses de Tenfancie la petite
Térole, la scarlatine, la rougeole et ladiphthëritei comme les plus éminemment
contagieuses. Or, les malades et les gaixles-malades et surveillantes de ces
sections ne doivent jamais venir en contact avec les malades ou garde»-malades
d'une autre section de Thôpital. C'est le seul moyen pour éviter la propagation.
Les médecins, qui restent relativement un plus court laps de temps auprès de»
malades, sont moins aptes à transmettre la contagion et ont à prendre cer-
taines précautions pour éviter la transmission. Par la construction et la ventilalloti
du corridor du ree-de-chaussée, dans lequel aboutissent les quatre escaliehl âé&
sections séparées, on peut arriver à ramener les risques de éontagion à un ml^
nimun.
Pour le bâtiment d'été, il faut une section séparée ou plutôt un étage spécial
destiné à recevoir, pour les quelques mois d'été, les malades des deut sections
principales du bâtiment d'isolement, les scarlatines et leë rougeoles. Chacune
de ces sections ayant Une terrasse couverte, très-spacieuse, garnie de verdure et
tout à fait Isolée, les convalescents pouiront Jouir de Tair sans danger pour lés
autres enfants.
J'arrive à présent à quelques questions de construction. En présence d'un
nombre restreint de lits et de T impossibilité d'admettre les grandes salles à
30 et âO malades, de la nécessité enfin de séparer plusieurs petits groupes de
maladies contagieuses, le système de pavillons dans sa forme classique est inad-
missible. Ce système demande toujours de grandes sections, que Ton peut alors
psirfaltement bien isoler ; il ne s'adopte qu'aux grands hôpitaux et seulement
lorsqu'on peut accorder le nombre de pavillons avec le nombre de sections sépa-
rées. Dans le cas présent, et pour tout hôpital d'enfants à construire, vu qu'on
ne devrait jamais dépasser un certain nombre de lits, je considère le système de
constructions continues, avec corridors latéraux, comme bien préférable à tout
autre. On a beaucoup méconnu ce système en France, dans Tidée que le corri-
dor latéral devient une chambre de mélange pour les émanations contagieuses
qui sortent des salles, et qu'il leur ôte trop de lumière. Ces detut objections sont
bien illusoires. Le Corridor latéi*al, avec une bonne installation de ventilation
artificielle, même sans celle-là, avec les moyens seuls qu'il prête à la ventilation
naturelle, est une source d'air neuf pour les salles, un couloir pour les mala-
des, une succursale en cas d'épidémie ; il garantit ei^ même temps les salles
contre l'action directe des vents et du froid. Le corridor latéral permet de
circuler librement dans l'hôpital sans passer dans les salles des malades et sans
déranger inutilement ces derniers ; il permet d'isoler facilement chaque salle ;
combiné avec des escaliers spéciaux, il se prête à des séparations complètes et
rapides en cas de besoin*
Parmi les conditions que réclame un hôpital d'enfants, je vais insister encore
sur les suivantes : une salle de récréation doit être alfectée à chaque service
spécial ; une de ces salles est consacrée aux exercices gyranastiquos. Chaque
section possédera son semce de bains, ses water-closets, lavabo, office pour
chauflcr les cataplasa;ies, les tisanes, le linge, des robinets d'eau chaude et
froide. 11 y a dans le nouvel hôpital do Saint-Pétersbourg, dans le bâtiment
principal, 7 stations complètes de ce genre, dans le bûtimcnt d'isolement .6|
dans le bâtiment d'été 3. En outre» on trouve dans chaque étage, près de chaque
escalier, un robinet à incendie ; il y en a 9 dans le bâtiment principal. Un
520 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. -*- TROISIÈME SÉANCE hO SOIR.
bâtiment spécial, isolé des bâtiments hospitaliers^ est consacré au dép6t des
cadavres el aux études anatomiques et chimiques.
Pour le chauffage et la ventilation des bâtiments hospitaliers, on a adopte le
système de la ventilation par appel, qui convient à tous égards au climat de
Saint-Pétersbourg. L'air neuf est chauffé dans les chambres à air par des
tuyaux à circulation d'eau chaude; en outre, chaque chambre est chauffée légè-
rement par des tuyaux à eau chaude, placés le long des murs extérieurs. Le
système adopté est bien connu, ainsi que les avantages qu'il présente. Son appli-
cation a reçu les perfectionnements suivants. On pourra modifier rapidement la
ventilation, sans altérer la température, et réciproquement, et surtout indépen-
damment des chambres voisines. L'état hygrométrique est constant à tout degré
de ventilation et à toute température extérieure, grâce à un mécanisme qui
permet de proportionner la surface d'évaporation dans les chambres à air aoi
températures extérieures. L'extraction de l'air vicié se fait d'après le système
d'appel a par en bas )». On est arrivé à pouvoir exactement nettoyer toute
l'étendue des canaux à air neuf. C'est un grand progrès ; en effet, la poussière et
d'autres matières suspendues dans l'air et entrsdnées dans les prises d'air ne
manqueront pas de s'amasser dans ces canaux en quelques dizaines d'années ; il
est bien probable que la pureté de l'air neuf en souffrirait, s'il était imposable
de les ramoner et même de les laver. Le déplacement de .l'air doit se faire de
haut en bas et autant que possible également dans toutes les parties des salles.
Les bouches d'appel (pour l'extraction de l'air vicié) seront relativement plus
nombreuses dans -les salles des malades, les cabinets de bains et leurs annexes
que dans les corridors. De cette manière, le corridor latéral, loin d'être une
chambre de mélange pour les atmosphères des salles de malades, devient une
source d'air neuf; le corridor du rez-de-chaussée, dans le bâtiment d'isolement,
ne sera pas infecté par l'air des quatre sections, qui, d'aucune façon^ ne poum
y arriver; il sera au contraire un grand réservoir d'air neuf pour les différentes
sections. Dans ce corridor-ci, il n'y a pas d'orifices d'évacuation de l'air vicié,
qui sont tous placés dans les sections mêmes (escaliers) ; mais la quantité d'ani-
vée d'air neuf dans ce corridor est relativement très-considérable.
On voit donc que les salles de malades, déjà isolées les unes des autres par la
construction, le sont encore dans le système de chauffage et de ventilation (i).
Au nom de M. le professeur Alvareaga (de Lisbonne), le secrétaire général pré-
sente un extrait du grand ouvrage sur la statistique hospitalière que l'auteur a
bien voulu offrir au Congrès. Cet extrait, traduit en français par M. le docteur
Canile», renferme l'exposé des principes qui ont guidé M. Alvarenga dans la con-
stitution des bulletins cliniques et statistiques; puis, dans une seconde partie, il
donne le résumé des observations météorologiques faites à l'observatoire de Tln-
fant don Luiz pendant l'année 1865, et il ét^Ut l'utilité de ces recherches pour
une bonne statistique médicale; enfin, dans la troisième et dernière partie, le
savant profcsbeur démontre l'importance des renseignements statistiques pour
toutes les branches de la science médicale.
(1) Le projet de coDstructîon de Tbâpital des Enfants nialades du prince Pierre d^Oldenboor^,
â Saint-Pétersbourg, a été dut par M. César Gavos ; le projet pour la ventilation ot locliavftee
parH.'F. San«G«Ui.
OUTAl. — EXPÉRIENCES SUR LES SUPPUaiS. 531
RBIiATIOlV SVCCIMCTE H'BUPJÊRIBWCBS
FAITKS A l^'ÉCOJLE DE MÉDECINE NAVAIiE DE BBEST,
SUR DES SUPPIilClÉS
PAR M. LE PROFESSEUR MARCELUN DUYAL
Direeteiir de racole.
Je publierai prochainement une relation dëtaillëe dans laquelle je décrirai la
manière dont nous avons procédé, et m'occuperai de l'historique des principales
expériences faites sur Thomme à différentes époques.
Je me borne aujourd'hui à exposer quelques faits, aussi brièvement que pos-
sible, sans aucune discussion, sans recherches historiques.
Nos expériences ont eu pour sijget six suppliciés : le premier en 1850; le
deuxième en 1851, les quatre autres en 1866. La plupart des expériences
de 1850 et 1851 sont relatées dans la Gazette médicale de 1851 (pages &3& et
suivantes).
Je me plais à déclarer que j'ai eu pour collaborateurs :
1* En 1850 et 1851, M. le docteur Jules Rochard, aijgourd'hui chirurgien en
chef de la marine à Lorient ; M. le docteur Lepetit, alors chef des travaux ana*
tomiques.
2* En 1866, M. le docteur GaUerand, alors professeur d'anatomie et de pbysio-
siologie ; M. le docteur Barthélémy, qui lui a succédé dans la même chaire ;
M. le docteur Fournier, chef, des travaux anatomiques, et M. Cras, professeur
agrégé.
Plusieurs médecins de première et de deuxième classe nous ont prêté leur utile
concours ; ce sont : MM. Allanic, Auffk'et, Brion, FabrOt Le ^Barsic, Vaillant»
Richaud, etc.
Voici l'ordre que je suivrai dans cette narration :
1* Système nerveux;
2* Appareil digestif;
3* Appareil circulatoire ;
&* Appareil respiratoire;
5* Appareil génito-urinaire.
52} CONGRES HtPlQAi^ MTBKNATlONâL* -^tllOKIÈIIE StAVGE DU SOIR.
I. — Système nerveux.
Je dois être trës^-bref à cet égards sous paiiio de dëpastur les limites d'une lec-
ture.
Je m'an'cterai quelques instants aux mouvements réflexes et au nerf moteur
oculaire commun.
Si le temps me le permet, je citerai, chemin faisant^ quelques-unes des expé-
riences relatives au système nerveux et à son action sur divers organes.
Mouvements réflexes de la vie animale.
m
Les physiologistes disent avec raison, sans doute, que les phénomènes de l'ac-
tion réflexe peuvent être étudiés avec beaucoup d'avantage sur les animaui
à sang froid, décapités ou fragmentés ; tandis que^ sur les animau^t à §ang chaud,
le pouvoir réflexe disparait très-promptement, et qu'il est difficile de constater
ses phénomènes.
Quoi qu'il en soit, nous avons obsené sur deux sujets, en 1866, des mouvements
Téflexcs de la plus grande évidence.
En pinçant la peau, et surtout en lui donnant avec la main un petit coup
iirusque, on voyait presque immédiatement les muscles sous-jacents se con-
tracter^ contraction assez lento h s'éteindre. Cette expérience a été répétée ud
grand nombre de fois, spécialement sur les membres. Entre autres muscler, la
contraction du deltoïde, du biceps brachial, des muscles antérieurs de la cuisse
et des gastrocnémiens se traduisait par un relief des plus manifestes. Chez le
premier sujet, celui qui a servi-à mes expériences sur les intercostaux, le pouvoir
réflexe existait encore une heure trois quarts après la décapitation : j*ai pu pn>-
voquer quelques mouvements toutefois plus lents à se produii*e, ils étaient aussi
moins prononcés que dans la première heure ; et, pour atteindre le but, la pe^
cuBsion devait être plus énergique ou le pincemunt plus fort*
Sur le second sujet, l'action réflexe était encore très-appréciable une heure
un quart après la mort. Chez lui, en outre, les muscles du cou sectionnés parle
fatal instrument ont été, pendant p/iw de trois quarts d* heure, le siège de contrac-
tions fibriilatres très-visibles; et cela, sans aucune excitation préalable, soil méca-
nique, soit électrique.
Nerf motear oculaire commun. — Électrtsation (1).
(Supplicié de mars 1851.) — La boîte crânienne est rapidement ouverte, et
l'encéphale enlevé. Les rhéophores sont placés sur lo nerf moteur oculaire
commun, mis à découvert à son entrée dans le sinus caverneux.
Douze ou treize minutes seulement se sont écoulées depuis la mort. Les effeU
sont immédiats. La pupille, largement dilatée, se rétrécit de moitié sur-le-champ.
A ce mouvement, au moins aussi rapide que celui qui s'effectue sous l'influence
de la lumière, succède une dilatation presque aussi prompte lorsqu'on suspend
l'action de l'électricité. De nouvelles applications des rhéophores repix^luisent le
même phénomène, mais d'une manière moins prononcée. On a pu obtenir six
fois ces contractions et ces dilatations successives.
(1) Gaxeite médicale, 1831, p. 437.
ODVAL. — EXPÉRIENCES BUR LES SOPPLIGltS. 52S
il. *^ AWARSIt MOBSTIP.
Entomae. -* Nous ne croyons pas devoir nous airèter ici à la nairation des
mouTements péristaltiques et antipëristaltiques^ ni aux effets de Télectrisalion
du nerf pneumogastrique. Airivons à l'obseiTation suivante.
L'estomac rempli d'aliments est en pleine chymification,
Après l'avoir détaché à l'aide de deux incisions pratiquées un peu au delà du
pylore et du cardia^ on le dépose sur un plan horizontal. Aucune ligature n'est
appliquée sur ses oriOces; et, bien que l'organe réagisse fortement sur son cou- '
tenu, rien ne s'en échappe, tant est puissante, énûrgique, la contraction du
pylore et du cardia. Mais à peine a-t-on fait une petite incision au niAcau de
la petite courbure, que la masse alimentaire sort lentement par une sorte
de pression continue.
L'estomac est alors divisé de l'un de ses orifices à l'autre. Il revient aussitôt '
sur lui-même avec ibrce, semble se rétrécir entre nos mains, et l'on voit se
dessiner peu à peu, sur la plus grande partie de sa surface interne, des plis tros^
nombreux, très-ile^ueux, préominents, qui se rapprochent les uns des autres, et
dont l'aspect offre une grande analogie avec celui des circonvolutions cérébrales,
en tenant compte toutefois de la différence des dimensions.
Nous avons observé des résultais analogues sur la plupart des suppliciés.
Couleur de la tunique muqueuse, — Lorsque la chymification s'accomplissait, la
muqueuse était turgescente, et sa couleur ordinairement rosée.
Dans l'état de vacuité de l'estonjac, elle est, comme le dit fort bien M. Sappey,
d'un blanc légèrement cendré.
La vésicule elles canaux biliaires se sont toujours montrés insensibles à l'action
de l'électricité, de même que la veine porte et la rate, qui est ordinairement
ridée, comme exsangue. Sur un supplicié, ce dernier organe a été divisé en
petits fragments, afin d'examiner les corpuscules de Malpighi; ils étaient visibles
à l'aide d'un faible giossissement, et même à l'œil nu, surtout après una immer-
sion de quelques minutes dan» la glycérine. Leur présence était d'ailleurs décelée
par ces espaces plus clairs, arrondis, parfaiteo^ent signalés par M. Sappey.
Intestin grêle, — Je dois ni'occuper surtout des mouvements réflexes qui ont
été très-appréciables dans deux cas.
Premier cas : On aperçoit, dès que l'abdomen est ouvert, un mouvement ondu-
latoire dans lequel un examen attentif permet de reconnaître des contractions
péristaltiques et antipéristaltiques s'cffectuant sans ordre, avec des alternatives
de repos, tantôt dans un point, tantôt dans un autre. La masse dans son en-
semble paraît grouiller sous nos yeux. Des incisions pratiquées en divere sens
sur l'intestin grêle soiit suivies du renversement de la muqueuse, comme dans
les plaies intestinales.
Sur un autre supplicié (1866), l'intestin est modérément distendu par des gaz.
En pressant entre deux doigts un point quelconque de sa surface, on observe
une contraction de la tunique musculaire, très-lente à se manifester, progi'essive,
très-lente à s'éteindre. Au bout de deux à trois minutes, l'intestin offre un aspect
bosselé, comme tourmenté, assez remarquable.
Mous avons observé^ deux fois un relief notable des glandes vésiculeuses sa-
laires de l'intestin grêle, relief qui simulait une psorenterie. ^ ^
52& GONGRbS MÉDICAL UTERNATIONAI,. ~ TROISIÈMB SÊAnCS DU SOtt.
III. — Appareil orcctlatoirb.
Artères carotides. —Sur les deux premiers suppliciés (1850, lB5i)j dont l'un est
apporté à Tamphithéàtre cinq minutes, et l'autre six minutes après la mort, les
extrémités coupées des artères carotides primitives se soulèvent par saccades ré-
gulières, s'allongent et dépassent alors le niveau du plan de section du cou, pour
revenir ensuite sur elles-mêmes. Ce mouvement est comparable à celui que pré-
sente, après une amputation, une artère un peu volumineuse dont la ligature &
été récemment pratiquée.
A chaque impulsion, une petite quantité de sang écumeux, vermeil, s'échappe
par l'ouverture béante des carotides. Du sang s'écoule aussi par les veines jugu-
laires internes : il est également spumeux^ mais sa couleur est plus foncée.
Les saccades artérielles sont faibles, U est vrai, mais parfaitement appréciables
à la vue.
Cœur, — C'est aussi sur les deux premiers suppliciés qu'il nous a été donné
d'observer quelques-uns des mouvements du cœur, et spécialement ceux des par-
ties de l'organe accessibles à la vue : de l'oreillette droite, de l'auricule par con-
séquent, des ventricules, du droit surtout. Je me bornerai à relater ce qui a trait
au supplicié de mars 1851.
Sept minutes environ après la mort, la poitrine est rapidement ouverte. Les
six premiera cartilages costaux sont divisés avec un fort scalpel, et la section da
sternum est pratiquée au niveau de la partie inférieure du sixième espace inter-
costal. Le plastron renversé sur le cou, nous distinguons les battements du
cœur à travers le péricarde qui parait contenir de la sérosité ; on incise cette
membrane ; le cœur est à découvert, et l'on constate que le péricarde contient
un liquide très-limpide, de couleur légèrement citrine, et dont la quantité est
évaluée à kO grammes. Le cœur est alors étudié, sans exercer sur lui aucan
contact direct ou indirect, et sans modifier ses rapports.
M<moemenÉs de l'oreillette droite et de l'auricule.
Si l'on suppose Yauricule à l'état de repos sur l'aorte qu'elle embrasse, voici ce
qui s'est passé à chaque mouvement.
Après un temps d'immobUUé très-court, mais appréciable, cet appendice se
redresse brusquement et s'écarte de l'aorte qu'il laisse à découvert ; puis l'auri-
cule retombe rapidement et reprend sa position primitive. Il y a expansion de ^
VoreUktte (comme si elle était distendue par l'afflux d'un liquide) pendant ce re-
dressement de l'auricule, qui s'allonge et dont les Ihmges ou dentelures du pour-
tour s'écartent à la manière de doigts palmés, pour se rapprocher ensuite lorsque
l'appendice retombe.
Le double mouvement parfaitement rhythmique s'est reproduit quarante-huit
fois pendant la première minute, mais il s'est bientôt ralenti, et, dans le cours de
la cinquième minute, il n'avait lieu que sept fois. Disons en passant que sur le
premier supplicié (1850), l'auricule droite a présenté, pendant une heure et quart,
des mouvements ou battements énergiques, réguliers, qui, dans le principe,
étaient au nombre de &3 ou kU par minute, et qui ont persisté malgré Tablation
du foie, de l'estomac, de l'intestin, du diaphragme, et même des poumons.
ùmiraetkm d^ venêrkuki* — On a obsené très-nettement la contraction des
•ventricules.
DCTÂL. ~ fiXPÊRIBNCSS SdR LES SUPPUCltS. 525
Os se resserraient dans tous leurs diamètres, et leur surface se plissait et
devenait comme rugueuse. Ils se contractaient ensemble, et avec un synchro-
nisme parfait.
Les contractions spontanées des ventricules ont cessé beaucoup plus prompte*
ment que celles de l'oreillette et surtout de l'auricule droite.
On a eu recours alors au galvanisme, et au bout d'une trentaine de secondes,
on a vu reparaître les mêmes phénomènes avec quelques différences qui trouveront
place dans la relation détaillée. Lorsque l'application directe du galvanisme à la
substance charnue du cœur est restée sans effet, nous avons dirigé son action sur
l'extrémité divisée de la moelle épinière. L'électricité a surexcité les mouve-
ments de l'auricule droite, et fait renaître, dans les ventricules, de faibles ondu-
lations.
« Lorsqu'on examine le coeur de l'animal vivant, il semble, dit avec raison
M. Bédard, que la contraction des ventricules suit immédiatement la contraction
des oreillettes. On constate sur le cheval, à l'aide du cardiographe, qu'il s'écoule
environ 2 dixièmes de seconde entre ces mouvements. Chez l'homme, dont le
cœur bat plus vite que chez le cheval, il est probable que cet intervalle est plus
petit encore, v Toiyours est-il que, sur le supplicié dont il est question, le mou-
vement, partant de l'oreillette, se propageait instantanément au ventricule ou de
la base du cœur à sa pointe.
III bis» — Appareil aacuLATOiRE.
Eoepériences sur f aorte. — Les physiologistes admettent, à juste titre, que les
petites artères sont plus contractiles que les grosses, par suite de la prédomi-
nance, dans les premières, des fibres musculaires sur les fibres élastiques. Il est
incontestable, par conséquent, que l'expérimentation doit surtout s'adresser aux
petites artères, quand on veut constater la contractilité de cet ordre de vais-
seaux.
J'avais vainement essayé, à diverses reprises, de faire contracter les grosses
artères, l'aorte entre autres, à l'aide de l'électricité, lorsque je réussis, une fois,
dans des expériences antérieures à celles que je rapporte, en employant un
moyen des plus sunples et qui n'est pas nouveau : c'est l'introduction d'un doigt
(de l'index par exemple], dans l'orifice du vaisseau coupé transversalement.
J'avais expérimenté sur une aorte de supplicié, divisée près de la fin de sa
crosse, et près de la terminaison de sa portion abdominale : j'avais éprouvé une
sensation de constriction assez faible, il est vrai.
En 1866, lerésultat fut plus complet sur quatre suppliciés, deux surtout. Les
ccBurs, ayant été détachés après la section de l'aorte à 5 centimètres, en
moyenne, au-dessus de son origine, sont déposés sur une table.
L'index ou 1' auriculaire introduit dans l'orifice béant du vaisseau est pressé,
serré circulairement. Sur deux sujets, la constriction est assez forie pour per-
mettre de soulever le cœur et de le maintenir un instant suspendu au doigt.
Cette expérience, répétée par plusieurs assistants, réussit encore une heure
un quart après la mort.
Est-il nécessaire d'affirmer que le doigt était seulement en contact avec la
surfiice interne de l'aorte, avec le tissu artériel, et nullement avec les fibres
du cœur? Il restait d'ailleurs^ au-dessous du doigt, une portion d'ailère de
526 CONGRÈS ]|lâDICAL INTfift NATION AL. *- TBOIltËlf E SÊÂfICE DU SOIB.
3 centime 1res enTÎron, complétemenl itn mobile» Quand on retimit le doigt^ Tar-
.tère reprenait assez rapidement son calibre primitif.
Comme Rcinarz etBurdach, qui ont fait à ce sujet des cxpërienceâ intéressanl^^:
sur les animaux^ je n'ai jamais vu la contraction ou la constriction de l'aorte
alterner avec la dilatation.
Les veines caves se sont montrées rëfractairet à racticm de rëlectricitë, et
l'introduction du doifi^ n'a rien produit sur elles.
IV. — Appareil respiratoire.
J'arrive tout de suite aux expériences sur les intercostaux.
Vingt minutes après la mort« on met à découvert, du côté droit de la poitrioe,
les intercostaux externe$ dans la plus grande partie de leur étendue, et les ia-
temcs dans les espaces intercartilagineux où, comme on le sait^ les interoostaui
externes ne les recouvrent pas.
Je procède dans Tordre suivant :
1° Électrisation des intercostaux internes dans leur poilion intercartilagineuse.
Les rhëophores sont placés, sans touclier aux côtes, dans un des eqmcea inter-
cartilagineux et appliqués sur l'intercostal interne.
On voit alors, de la manière la plus évidente, la côte inférieure s'élever, >e
rapprocher par conséquent de la Côte supérieure, qn! reste fixe ou immobile ; elle
exécute en même temps une sorte de mouvement de rotation, et se porte eo
dehors. Ces expériences sont reproduites sur la plupart des espaces intercarlila-
gincux du coté droit : les résultats sont identiques.
2** iillectrisation des intercostaux exteme$» Les rhéophores sont placés dans ks
espaces intercostaux proprement dits, et au niveau des intercostaux e&ternes. U
côte inférieure s'élève et se meut comme précédemment.
3" Électrisation des intercostaux internes dans toute leur étendue. L'inter*
costal externe du cinquième espace est enlevé pour mettre à nu^ dans toute sa
longueur, l'intercostal interne. Il est facile de s'assurer que la dénudation de ce
muscle est complète, puisqu'il est parfaitement reconnaissable à la direction 6i
ses fibres, qui croisent en X celles de l'intercostal externe qu'on vient d'enlever.
Les rhéophores sont portés successivement sur tous les points de la surface de
l'intercostal interne, d'abord dans les espaces intercostaux proprement dits, puis
dans les espaces intercartilagineux, comme on l'avait fait dès le principe.
On voit encore la côte inférieure s'élever en même temps qu'elle se porte en
dehors. Toutes ces expériences, répétées sur le côté gauche du thorax^ donoent
les mêmes résultats.
Nous tirons de nos expériences actuelles les conclusions suivantes, qui viennent
confirmer celles de notre savant confrère le docteur Duchenne (de Boulogne).
V L'intercostal ùitertie est inspirateur, puisqu'il élève, vers la côie supérieure^
qui reste fixe, la côte inférieure, à laquelle il imprime un mouvement excen*
trique par une sorte de rotation sur ses extrémités.
2^ L'intercostal intei'tie est inspirateur dans les espaces intercostaux, oomme
dans les espaces intercariilagineux.
3^ Les fonctions de l'intercostal externe sont identiques. Toutefois je ferû à ce
sujet quelques remarques dans ma relation détaillée, remarquée ajant trait sa
JSOVÀC W BXPSRiENClê ÈHh LttÈ StiPPtlCtfiS. til
mode d'oxpërimentation; et ja m'occuperai du rôle du diaphragme dans Tactc
de la respiration. Mais^ maintenant, les intercostaux externes et internes ne
peuvent-ils pas, dans certaines circonstances, et lorsque les côtes inférieures sont
fixées, devenir expirateurs?
C'est ce que j'étudierai, en continuant à faire des expériences sur des ani^
maux.
V. •*• ApPARUL GÉNrrO-URINAIRE.
Appareil tirtnatre. — Ches cinq si^jets sur ùx, la contractiiitë de Turetère a
été démontrée, soit par des irritations mécaniques (la piqûre avec la pointe d'un
scalpel), soitr par l'électrisation^ quelquefois même par la seule exposition à
l'air.
U première expérience date de 1850 (1). De large, d'aplati, d'afTalssé qu'il
était avant l'application des rhéophores, il s'est rétréci, peu d'instants après, au
point de devenir presque méconnaissable. Son calibre avait diminué de plus de
moitié : dur au toucher, cylindrique, il offrait avec le canal déférent une res-
semblance qui a frappé tous les assistants, et qui contrastait avec l'aspect de l'u-
retère du côté opposé, sur lequel on n'avait point fait agir Télectricitë.
Quand on suspend l'action du galvanisme ou de la faraditation, l'uretère re-
prend sa flaccidité et ses dimensions premières.
Sur un des sujets de 1866, les uretères se contractaient sous la seule influence
de l'exposition à l'air : il suffisait, pour obtenir ce résultat, de les recouvrir avec
le paquet intestinal, puis de les découvrir brusquement.
Nous avons observé, sur deux sujets, les contractions rhythmiques, vues sur*
divei*s animaux, par Dunders, Goubeaux, Vulpian, etc., ainsi que la direction
des mouvements qui ont lieu du bassinet vers la vessie.
D après ses bdles expériences, M. Yulplan a parfaitement raison de dire que
Id préaepce de l'urine n'est pas nécessaire pour provoquer lee e<»itraetlons de
J'uretère; car chez un seul sujet sur cinq, il y avait encore, bien exceptionnel-
lement, comme il est facile de le comprendre, passage de l'nrine à travers ce
ronduit.
Vessie. — Sur un des quatre derniers suppliciés, l'application des rhéophores
sur la vessie (un de chaque côté de l'organe) a provoqué l'émission, par le canal
de l'urèthre, d'une quantité notable d'urine. (Eaepérienees faites par M. !e pro-
fesseur BarthêUmy.)
V W». — Appareil oÊNn-AL.
Catial déférent. — Sur deux suppliciés de 1866, ce canal s'est visiblement
contracté sous l'influence de l'électricité, en devenant tortueux.
yési€ul€$ séminaks. — Sur un des suppliciés, elles se contractent sous la môme
influence. La contraction est assez puissante, pour déterminer, à trois reprises
Jiilerentes, l'éjaculation d'un liquide, épais, visqueux, analogue au sperme que
nous avions extrait des vésicules séminales des deux premiers suppliciés (1850,
[S5i): Ua une odeur bien différente de celle qu'il exhale pendant la vie.
Recueilli sur un verre de montre, il est soumis aussitôt à l'examen micros^
(Ij Gazede médicale, 1851, p. 437,
528 GONOAÈS MÉDICAL INTERIf ATIONU. -- TftOISlÈllB 9ftAllGE IMJ SOIS.
copique. J*y kl constaté la présence de quelques spermatoioldes priva de mou^
▼ements.
L'expérience a été faite par M. le professeur Gallerand.
Dans une expérience datant de 1851, nous avions déjà remarqué quelques
contractions des vésicules séminales, mais elles avaient été peu prononcées.
En faisant ces expériences qui ont un côté très-pénible, puisqu'il s'agit, pour
ainsi dire, de vivisections sur Thonmie, nous avons été mû par le désir bien na-
turel de nous instruire, et non par la prétention d'instruire les autres.
Loin de moi, messieurs, la vanité de croire que nous avons résolu des ques-
tions controversées depuis longtemps. Mais nos efforts seront largement récom-
pensés, si en apportant à la physiologie expérimentale notre tribut* et celui de
l'École de Brest, nous parvenons à soulever un coin du voile qui cache la vérité,
à mes yeux du moins.
— J'ai fait dans ces dernières années des expériences sur des
cœurs de grenouilles, et j'ai été frappé des mouvements alternatifs de dilatation
et de contraction qui se produisent dans la veine cave inférieure, même après
l'arrachement du cœur. Or, M. Duval n'a pas observé ces mouvements chez les
suppliciés, et ils manquent également chez les grands animaux. C'est là un fait
bien remarquable qui, du reste, avait été déjà signalé par M. Flourens.
SVR liA I«ai PHYSICO-MATHÉMATI^IIB
BJB9 MOIJVBIIBIVTS MJ €«JR EV BBS ART&liBi
PAE M. LB PROFXSSBDR BAGCSLU (D£ ROMB).
Je demande la permission au Congrès de mettre sous ses yeux la démonstratioa
mathématique qui donne l'idée la plus exacte et la plus complète du mécanisme
à l'aide duquel le sang passe du cœur dans l'aorie, et circule dans les artères.
Le sang renfermé dans le ventricule va être chassé dans l'artère au momen
de la contraction ventriculairc. Mais quelle est la disposition des forces qui chas-
sent le sang d'un point à l'autre?
Si, du centre de l'aorte, vous faites descendre une ligne jusqu'à la pointe da
cœur, cette ligne représente incontestablement Yaxe hydrauUque de l'ondée
liquide qui du ventricule doit entrer dans l'artère. L'axe hydraulique sera le
point où viennent converger nécessairement les forces progressives agissantes.
Traçons un schéma linéaire du ventricule, et nous aurons deux lignes conver-
gentes à angle aigu à la pointe du cœur (ab et bc) : l'une des deux lignes sera
parallèle à l'axe de la cloison, l'autre sera parallèle à l'axe de la paroi. Or, une
pareille configuration, jointe à la disposition des fibres musculaires cardiaques, et
notamment de celles en huit de chi(Iï*e, nous explique la manière dont les côtés
DucHiiniB. ~ ËTUDE SUE US POHCTioRS DBS iiQ$GUss nmneôBTAra. S29
Tont être contractes pendant la systole, et par suite de cela, le raccourcissement
de l'axe hydraulique ; ce dernier est donc la résultante des deux forces compo-
santes.
Mais la contraction yentriculaire force le sang à pénétrer du yentricule, qui est
ample, dans l'aorte, dont la lumière est beaucoup moins considérable. L'analyse
mécanique du phénomène n'est pas difficile» Rappelons-nous d'abord les rap-
ports de sifuation de deux orifices : aortique et atirtcujo-venfrictitoire, et il est aisé
de reconnaître que le sang, avant d'entrer dans l'aorte, doit sur un cAté du yen*
tricule glisser sous la valvule mitrale, qui va s'appliquer alors sur son orifice
correspondant. La valvule auriculo-ventriculaire dans son fonctionnement
régulier a cette double importance de fermer l'orifice, et de diriger le sang vers
l'aorte, en constituant une sorte de voûte. De l'autre côté du ventricule, se trouve
une sillon délimité par la paroi et par la cloison, le long duquel une partie de
l'ondée sanguine doit glisser. Il s'ensuit donc que l'artère reçoit un choc bila*
têrai, représentant les points terminaux de deux côtés d'un parrallélogramme.
Mais l'élasticité propre aux artères provoque une réaction proportionnelle à l'ac-*
Uon, et amène la répétition de ce même phénomène, c'est-à-dire la progression
du sang suivant le mécanisme du parallélogramnie des forces.
Une preuve graphique, quoique incomplète, est fournie par les tracés obtenus
k l'aide des instruments d'Hérisson, Ludwig, Vierordt et Marey. J'ai dit incom-
plète, car ils ne nous ont révélé que la moitié du phénomène. Mais qu'un
instrument en rapport soit placé de chaque côté d'une artère, et l'on aura en
effet un double tracé qui n'est autre que les éléments constituants du paralfélo^
gramme.
M. ■MdDand. — Je ne saurais trop remercier M. Baccelli de sa communica-
tion ; elle montre l'heureuse application qui peut être faite à la médecine, non-
seulement des sciences physiques et chimiques, mais encore des sciences exactes
telles que les mathématiques.
ÉTUDE
AVB liUI FONCTIONS DES MCSCIiES INTEBCMISTAUX
JL li^AIBE BE FAITS ClilMIflIJES
REPRteEMTÉS PAR IiA PHOTOQBAPHIE
PAR M. LE DOCTBUK DUCHENNE (OE BOULOGNE).
Messieurs,
Les belles expériences de M. le professeur Duval sur l'action des intercostaux,
ces espèces de vivisections humaines sont décisives ; elles réhabilitent un fait de
physiologie qui a régné sans conteste dans la science pendant plus d'un siècle,
depuis Fabrice d'Acquapendente qui, le premier, a enseigné (en 1640) que tous
les intercostaux sont élévateurs des côtes, et conséquemment inspirateurs, jus*
34
5S0 MMMftê HÊOtCAt mTÈ'lt!tAf iMAt. «^ TROiStÈlIfi SftâNCÉ M SOU.
qu'à HamlMrger^ qui, B*àppuyant sûr des tllëortM et des expériences séduisantes,
soutenait (en 1790) que les intercostaux internes ne peuvent pas ttre âétateurs
des côtes, comme les externes; qu'ils les abaissent nécessairement au contraire.
NôuB venons d'apprendre> mes^eurs, que pour faire tomber Targumentation
si ingénieusement écliatkudée par Hamberger^ il a sttfS au «avant directeur de
Fâoole de médecine de Brest de faradiser dâ«ctement les intercostaux internes
d'un supplicié^ immédiatement après son exécution. Il a démontré, dansTam-
phithéâtre de TÉcoie de Brest^ en présence de nombreux témoins, giie îe maide
MurùOêtal^ttrne 4léf»è la oéfe infériewre vers la mpériewre, qui reste tmmoMfe.
Depuis plus de douse années, cette question de physiologie était jugée par
moi; mes expériences électro-physiologiques, répétées tant de fois sur l'homme
vivant, m'avaient appris que les intercostaux, les internes aussi bien que les ei-
ternes, sont élévateurs des côtes. L'tine de ces expériences a été tàite ici même,
dans cet amphithéâtre, pendant une leçon de physiologie du professeur Bérard,
sur un sujet dont les intercostaux étaient devenus sous-cutanés, consécutivemenl
à l'atrophie des muscles qui les recouvrent. Lorsqu'il vit la cAte inférieure élevfe
vers la supérieure immobile, sous l'influence de la faradisation d'un intercostal au
niveau de l'un des espaces intércartilagineux, il exprima sa surprise en disant :
« Que n'eût pas donné Haller, pour être témoin d'une pareille expérience, qui
(pour cette région de la poitrine au moins) lui eût donné gain de cause sur son
tenace adversaire Hamberger. »
Et cependant l'opinion d'Hamberger a triomphé et règne encore dans ren-
seignement. On va même Jusqu'à soutenir aujourd'hui, d'après deux habiles ex-
périmentateurs, MM. Beau et Maissiat, que les intercostaux, les internes comme
les externes, sont expirateurs !
. Pour moi, je le répète, cette opinion est depou longtemps une erreur; et ce-
pendant je me suis tu jusqu'en ces derniers temps. C'est qu'avant d'attaquer
oe que je considérais comme une hérésie physiologique, il me fallait «ne arme
plus puissante : l'observation clinique, confirmant ou complétant l'expériaieti-
tation électiY>-physiologique.
Avant d'arriver à ce résultat, messieurs, il m'a fallu faire de longues re-
cherches cliniques; je les ai exposées récemment ailleurs (1). Peut-être serait-il
opportun de les résumer ici, afin de venir appuyer les importantes expériences
de M. Duval. Mais je craindrais, messieiu^, d'abuser de votre temps précieux, et
surtout de votre attention bienveillante.
Permettez-moi seulement de faire patser mm» voa feux les photographies de
deux sujets, ches lesquaU l'atrophie ninsculaire prt^grasatve a détruit différents
ordres de muscles inspirateurs. Elles m'aideront, j'espère, à porter la comlclion
dans vos esprits.
L'un de ces sujets, âgé de quarante ans, imprimeur sur étoffes, atteint par
cette maladie depuis neuf ans, se trouve actuellement à l'Hôtel-Dieu, salle
Sainte-Jeanne, n" 18, dans le service clinique de M. le professeur Grisolle.
L'autre, âgé de vingt-cinq ans, clerc d'huissier, atrophiquc depuis cinq ans,
est à la Charité, salle Sainl-Jean-de-Dieu, n*" 1, dans le service clinique de notre
honorable président, M. Bouillaud.
Les chefs de clinique de ces services publieront, je Tespèrc, dans tous leurs
(1) Physîohffic des rnowernenh, dimmtrie à ttxiàe ite tttpénmMnHim ^eHq^ ef *
i'ùbiervaHm cHnique. PnH, iM?«
DCCHElflfC. — ÉTODE SUft VS& TOftCTlOnS DëIs tftJSCLXS tNTBBGOSTAVX; ^Sl
détails, ces observations intéressantes au point de vue patliologique. Ici je veux
seulement les faire contribuer à la solution du problème physiologique en question.
r
Le n^et atrophique de THâtel-Diett va nous offrir une noavelle preuve dt la
fonction inspiratrice des mosdes intercostaux. Chez lui, les muscles moteurs de(
membres supérieurs, de la tête et du tronc, sont atrophiés pour la plupart ; je
me bornerai à analyser les troubles fonctionnels que Voêï observe dans ses mou*'
vements respiratoires.
Pendant Tinspiration, qu'il soit couché, assis, ou debout, son abdomeû est
déprimé, et son épigastre refoulé dans la poitrine, tandis que ses côtes s'ëiàvent
et que son thorax s'agrandit en tous sens. Ainsi, le périmètre de son thorax
qui, au niveau de l'appendice xiphoïde, mesure 76 centimètres pendant l'ex-
piration, atteint 81 centimètres pendant l'inspiration. (Les figures 1 et 6, dans
lesquelles on voit ce malade photographié pendant une grande inspiration,
donnent une idée exacte des mouvements inspiratoires c>-dessus décrits.) (1)
Tout le monde sait que ces mouvements inspiratoires en sens inverse de l'état
normal sont dans ce cas un indice certain de l'atrophie ou de l'inertie du diir
phragme. Ce diagnostic, s'il pouvait être douteux, serait confirmé d'ailleurs par
l'exploration électrique. En effet, le plus puissant courant d'induction localisé
dans les nerfis phréniques ne produit plus La moindre contraction apparente de
^n diaphragme.
A voir la respiration haute de cet individu, on le croirait atteint d'une af-
fection du poumon, d'un emphysème pulmonaire par exemple. Mais en l'aus*
cultant^ on entend l'air pénétrer librement dans ses voies aériennes ; et puis il
n'éprouve point d'orihopnée.
Les physiologistes, qui considèrent certains muscles dits inspirateurs auxi-
liaires (les trapèzes, les pectoraux, les grands dentelés, les grands dorsaux, les
rhomboïdes, les sterno-mastoïdiens, les scalènes) comme les seuls agents ée la
respiration costo-supérieure, ne manqueraient pas de leur attribuer les grands
mouvements d'expansion du thorax observés chez ce sujet. Mais quel serait leur
embarras, en découvrant qu'il est privé presque entièrement de l'action de ces
muscles. Us n'existent plus, en effet, pour la plupart, et ceux d'entre eux qui ne
sont pas entièrement atrophiés (à savoir, les petits pectoraux et les grands den-
telés) sont réduits à l'impuissance, comme élévateurs des côtes, par le fait de
la destruction de ses trapèzes, de ses rhomboïdes. J'ajouterai enfin qu'il a perdu
^es stemo^cléido-mastoîdiens, e\ que ses scalènes sont également en voie d'a^
trophie. En somme, les seuls muscles moteurs des côtes qui lui restent, sont les
intercostaux. Or, si ces muscles avaient été réellement expirateurs, comme
quelques physiologistes le prétendent, notre malheureux atrophique aurait été
rapidement asphyxié. On vient de voir qu'il donne à leur opinion un éclatant
iémenti, en élevant fortement ses côtes et en grandissant largement son thorax,
seulement à l'aide de ses intercostaux.
Je compléterai enfin k démonstration de ce fait physiologique, en ajoutant que
es doigts enfoncés dans les espaces intercostaux font sentir distinctement les
uuscles intercostaux se gonflant et durcissant pendant l'inspiration.
(1) Les figures dont il est ici question étalent photographiées} elles paraîtront gravées dans
a troisième édition (sous presse) de YÉiectrùeition locaiùée.
5S2 GONGRfcS MÉDICAL INTBBNATIONAL. — TBOISIÈMB SÉANCE DU SOIR.
II
Un autre fait physiologique nouveau, et d'une portée non moins grande, est
mis en lumière par les sujets atrophiques dont il vient d'être question. Q tous
^ffira, messieurs, pour en avoir la démonstration, de comparer le thorax dé-
formé, aplati, du malade de la Charité , consécutivement à Tatrophie de ses
intercostaux (voy. fig. 2 et 6), au thorax bombé de celui de THÔtel-Dieu, dont
les intercostaux fonctionnent d'une manière exagérée (voy. fig. i et 5).
Toutes les fois qu'il m'a été donné de suivre la marche progressive de l'a-
trophie musculaire, se localisant dans les intercostaux, j'ai vu constamment le
diamètre antéro-postérieur du thorax diminuer, et son diamètre transver»!
augmenter graduellement, et en raison directe du degré de l'atrophie. 11 en
était résulté que le thorax s'était aplati d'avant en arrière, et avait pris la forme
d'une ellipse.
Lorsqu'au contraire, consécutivement à l'atrophie du diaphragme et d'autres
muscles inspirateurs auxiliaires (les grands dentelés, les trapèzes, etc.), l'inspi-
ration costale a dû suppléer la respiration diaphragmatique, qui agrandit, on le
sait, le diamètre vertical de la poitiine, le diamètre antéro-postérieur du thorax
a augmenté, et son périmètre est devenu plus circulaire ; ce qui augmentait
conséquemment la capacité horizontale du thorax.
Ces faits, que j'ai signalés dans un travail antérieur (1), sont conârmésde
nouveau chez nos deux atrophiques.
Celui de la Charité, ai-je dit, a perdu en partie ses intercostaux et toute l'é-
corce musculaire du tronc (les grands dentelés, les trapèzes, les pectoraux, etc./;
de tous ses muscles inspirateurs, son diaphragme est seul resté intact. Aussi
voyez (fig. 2) combien sa respiration abdominale et l'aplatissement antéro-poi^-
térieur de son thorax contrastent avec la voussure considérable du thorax du
sujet de l'Hôtel-Dieu, qui ne respire plus qu'à l'aide de ses intercostaux (to).
fig. 1).
Pendant l'expiration, vous remarquez les mêmes différences entre les thoiu
de ces individus. (Je les ai photographiés pendant l'expiration.) Chez celui de la
Charité (fig. 6), le diamètre stemo-veriébral externe est de 12 centimètres au
niveau de la partie supérieure du sternum, et de 16 centimètres au niveau de
l'articulation stcmo-xiphoîdienne ; le périmètre de son thorax présente, à ce
dernier niveau, une forme elliptique (voy. A, fig. 6). Enfin, il déclare que la
déformation de sa poitiine ne date que de son atrophie. — Vous observes le con-
traire chez le malade de l'Hôtel-Dieu (voy. fig. 5); son diamètre stemo-veité-
bral externe est de 16 centimètres au niveau de la partie supérieure du ste^
num, et de 20 centimètres au niveau de l'articulation stenko-xiphoîdienne; le
périmètre de son thorax a une forme presque circulaire (voy. A, fig. 5).
Ces faits démontrent donc, messieurs, que l'inspiration costale n'est pas la
fonction principale des muscles intercostaux.; que leur puissance tonique, êé-
vatrice des côtes, préside au développement et à la conservation de la capacité
thoracique, en neutralisant ou en équilibrant l'action des forces expiratrioesqui
tendent à la diminuer.
(i) Loc, ciL
*-♦•
DRTSDALfi. — TRAITEBiEMT DE LA SYPHILIS SANS MEBGURE. 533
TRJlITEMEIVT BE liJL SYPHlIilS SANS HBmClJBE
PAA M. CHABLES DRTSDALE (DE LONDRES)^
Membre du Coll^ des médeciu et dee chirurgiens de Londres,
Secrétaire honoraire de la Société médiode Harvéenne de Londres, et Médedn
du Metropolitan Free Hoapital de Londres.
Il arrÎTe, ce me semble, im moment dans la discussion de toute question, o&
tout ce qu'il y avait à dire sur la matière a été avancé par les avocats des deux
panies adverses, et où il ne reste plus qu'à confronter les témoignages et à pro*
noncer la sentence. A-t-on atteint cette période dans l'histoire de la discussicm
de la valeur du mercure comme traitement de la syphilis et d'autres maladies ?
Je le crois. Nous levons à présent dans bon nombre de nos écoles médicales des
professeurs d'une capacité incontestée, qui émettent des idées tout à fait contra*
dictoires à cet égard ; et, comme conséquence de leurs théories, ils font usage
de traitements d'une nature complètement différente dans la syphilis, l'iritis, et
dans les maladies inflammatoires. Combien de temps cet état d'incertitude doit<*
il durer ? Devons-nous attendre une autre génération d'observateurs avant de
décider la question, ou n'avons-nous pas déjà les matériaux suffisants pour con-
clure et donner notre verdict? C'est sous ce dernier point de ^iie que j'ai envisagé
l'état de la question dans cet essai ; et j'espère que quelques-uns de mes audi-*
teurs arriveront à la conclusion à laquelle j'ai abouti, en compagnie de quel-
|ues-uns des plus iUustres professeur du jour, à savoir : que le mercure fût,
lès l'abord, introduit inutilement dans la pratique de la médecine, comme
-emède interne, spécialement en la syphilis; et qu'il occupe maintenant sa place
lans la liste des remèdes, uniquement pour avoir été employé par les praticiens
lu passé, sans une attestation suffisante du moindre bienfait qu'il ait jamais
endu.
La question du mercure contre la syphilis est de la plus grande importance*
^e sa solution, ce me semble, dépend l'avenir du mercure comme agent théra-
eutique interne. Le docteur Habershon, de Londres, vient de rendre un si grand
?rvice, en démontrant les suites funestes de ce remède dans diverses maladies,
ue je n'ai pas besoin de m' étendre ici davantage sur ce chapitre ; mais je me
>ntenterai de dire que j'adhère à sa sentence contre Tadministration du mercure
ins toutes les maladies du poumon, du cœur, de l'abdomen et du cerveau.
. Zacharie Laurence, M. Boek, M. Hughes Bennett, ont aussi abandonné l'u-
^e du mercure dans le traitement de l'iritis. — Ils emploient seulement la
flladone. Mais la citadelle des partisans du mercure est la syphilis ; et ils se
amponnent à lui dans cette maladie avec une ténacité digue d'une meiUeare
5t& COJfQnfeft MÉDIGU INTBBIlàTIONAfr «^ TROISIËAIE SÉANCE OU 80IB.
cause. Il est vrai qu'un jour leurs rangs s'cclaircirent par la défection, lorsque
Fergusjwn, Gulhrie, Rose Hennen, etc., à leur retour de la Péninsule, montrèrent
que les ti'oupes pouvaient très-bien se passer de son secours ; et le traitement de
plus d'un millier de malades par Fricke, et celui d'un nombre tout aussi grand
par DQ^ruelles, dont M. le professeur Paulet est un digne successeur à rbôpital
du Val-de-Gràce, sans un atome de mercure, mirent presque la déroute parmi
les adhérents d'Astruc et de Hunter. — Une réaction, néanmoins, se fit bientôt
sentir, ayant à sa tète l'Illustre M. Rlcord, et ses partisans de Paris et de Londres
ont été longtemps au pouvoir. — J'ai toutefois remarqué dans les écrits de ces
disciples anglais un refroidissement sensible de leur sèle pour le « ma€stroy>; car,
tandis que M. Ricord conseille un semestre avec une dose journalière de mercure,
suivi d'un trimestre d'iodurc de potassium, je trouve nos auteurs les plus dis*
tingués de Londres très-ambigus relativement à la durée de l'application du
minéral.
John Thompson (d'Edinburgh), Liston, Syme, Hughes Bennett,Weeden-Cooke, et
une foule d'autres célébrités de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne, ont
à plusieurs reprises prouvé, non-seulement par des assertions, mais par de vastes
expériences comparées, que la syphilis, soumise à la médication d'une diète tnen
entendue, du repos, de l'hygiène, et des applications externes^ telles que les
cautérisations, est généralement une maladie d'un caractère très-anodin. M. D^-
ruelles, dans le Compte rendu de son traitement des soldats de l'hôpital du Val-
de-^iràce, dit : «Il est aisé de voir que le traitement interne est réduit à la «im-
plicite la plus grande; le traitement externe n'est pas plus compliquéj et, pour
l'un comme pour l'autre, le secours du mercui*e est presque nul. »
Premièrement, je nie formellement que le mercure n'est pas un remède trè»-
dangeroux en certains cas. Ainsi, entre beaucoup d'autres, Sltey {Maladm véné-
riennes, p. 88) dit : « Les avocats du mercure ne cessent d'objecter que des
maladies similaires à celle-ci ne suivent pas la prodigue administration du re-
mède, quand on l'emploie à la cure d'autres maladies; j'admets qu'elles n'en
soient pas toujours le résultat, mais j'affîrme, d'une manière très^positive, qu'elles
en sont la suite occasionnellement, et fût-il administré sous les mêmes formes et en
les mêmes circonstances, on en aurait plus souvent à déplorer les conséquences. »
Le docteur Chdstison dit que deux drachme's d'onguent mercuriel appliqués
extérieurement causèrent un violent ptyalisme et la mort en quatre jours.
• Théophraste Paracelse, vers l'an 1570> introduisit, dit-on, par son enseigne-
ment, l'usage du mercure et de l'antimoine dans la profession. L'astronomie et
l'astrologie, la chimie, la thérapeutique et la métaphysique se succèdent Tune à
l'autre dans ses ouvrages diffus, et je ne puis que dire s'il nous faut attrihuer
notre première découverte des vertus internes du mercure à ParaeeLse« que le
présent me parait digne du donateur.
Après le célèbre Astruc et van Svrieten, j'arrive aux idées de Hunter, qui sont
encore, je crois, partagées par le célèbre médecin de Saint-Louis, M. Cazenave.
Hunter donnait le mercure même dans la gonorrhée, c pax'ce qu'il est toujours
nécessaire de songer à la possibilité de voir la matière absorbée, et de la voir
paraître ensuite sous une forme vénérienne. » Selon Benjamin Bell, le traite-
ment de ce temps était si sévère en fait de mercure, « qu'un bon nombre de
personnes délicates y succombaient » •
Le docteur Pei^gusBOn, qui résidait en Portugal, écrivit une lettre en Angleterre,
datée d'fivnra, ao atril 1S12« A la page il, il dit : k Jusqu'à ce que nous en
paTSOUIt -^ TaHIIMBlIX m U 9XPHIU4 8A!ia lUBfiimK* U5
liflsioDft rexpërienca pendant les guorr^s 4q l^ Pdnmiulei 0 n*y avait qu'uqe
ûfûnloD commune parmi nous sur Tuicurabilité complète de la syphflia sans mep-
cure. » n iqjoute : « L'armée anglaise^ en ce moment (1846), contient des milliers
d'hommes en santé parfaite^ qui ont été parfaitement guéris de tout degré ou état
de l'affection syphilitique, sans aToir pris un seul atome de mercure. » M. Rose^
dans une communication lue devant la Société médico - chirurgicale de
Londresj 1817, dit p, Ui2 ; « Sans comprendre plusieurs ulcérations légères et
celles que j'avais perdues de vue immédiatement cy[>rès leur cure, j'al^ dans Te»-
jMice des deux dernières annéesj traité sans mercure plus de 120 cas où j'ai été
capable de m'assurer que mes malades ont été en parfaite santé pluaieun mois
après. En moyennej 1 sur 3 des acddents ainsi traités était suivi d'une forme
vaiiable de symptômes constitutionnels. C'était, dans la plupart des oas, peu de
choscj et cela aurait p^sé inaperçu si nos investigations eussent été moins mtr
nutieuses. La carie des os, et quelque&*uns des symptômes lea meîni équivoques»
ne se présentèrent pas. »
Guthrie, en 1817, dans une communication k la même Société dit : « X^a valeur
de cette prescience sera plus justement appréciée, maintenant que l'on a déter-
miné que tout symptôme vénérien, de quelque nature qu'il soit, guérira sans
l'emploi du métal, pourvu que le temps suffisant soit accordé, que la constitution
soit bonne, que le malade mène une vie régulière, etc. »
En 1818, le docteur John Thompson, d'Edimbourg, traitait tous ses malades
sans mercure. 11 dit : « Jusqu'ici je n'ai pas eu l'ocqaaion d'observer, parmi les ma-
lades (soldats) traités pour les symptômes primaires sans mercure, aueun de ces
ulcères profonds et repoussants de la peau, de la gorge, du nés, de la bouche, ou
quelqu'une des afTections douloureuses des os, qui sont indiqués par tous les syphl-
iiographes comme le véritable produit de la maladie. »
Le docteur Hennen, en 1818, écrit (p» 331 de son ouvrage) : « Les éruptions
n'ont pas tourné en ulcérations ni en larges croûtes ou grosses pustules. Les os du
nez ou d'autres parties n'ont été, en aucun cas, affectés de carie. Je n'oserai afilr*
mer que ces accidents n'auront pas lieu (quand le mercure n'est pas administré),
mais sur 100 cas que j'ai observés avec une attention extrôme, je dois dire qu'ils
ne sont pas arrivés. )>
M. Desruellcs {Jauriml des progm) dit : « Les résultats obtenus jusqu'ici four-
nissent la preuve que les récidives sont infiniment moins nombreuses et moins
graves que celles qu'on observe après le traitement mercuriol au Yal-de^irâoe;
lorsqu'on employait cette substance, la durée moyenne du traitement était de
deux mois, elle est maintenant de vingt-sii jours, n
Le docteur Broussais, dans son Cours de pathologie, dit (p. 2&8) : it L'av»ntage
reste donc pour le traitement sans mercure. »
M* De^ruelles rapporte que M. Fricke,de Hambourg, avait traité 15 000 cas sans
mercore. Friche faisait une longue expérience sur les deux méthodes de traite*
ment^ de 1824 jusqu'à 1838, et en 1838 il écrit au docteur Graves, de publin.
« Le docteur Fricl^e n'a pas lieu d'abandonner sa nouvelle méthode de traite-
nent. Au contraire, une expérience ultérieure a n^A^ulement eoqûrmé ses
antécédentes dans chai|ue cas; mais aussi une série d'exemples, ne
pas k moins d'un millier, lui a imprima la conviction de l'efficaeité
upérieure de ce qui a été appelé le traitemept antiphlegistique. »
De rannée 1823 jusqu'en 1^3Q, de grande» expériences sAtionales ferent
iite3 en Suède par ordre d^igouv^^ipuen^nti^dHn^tquiiMe atuiées, pesdantles*
536 coneaËs mêoicu international. — troisième séance du son.
quelles 47 687 cas furent observés. « Aux avantages que je viens de vous signaler
(dit le rapport)^ vous devez joindre l'adoucissement que Ton a remarqué dans
l'aspect des récidives^ dont le caractère a été moins intense et les dangers presque
nuls, y
Le traitement des enfants syphilitiques sans mercure est encore plus satisfai-
sant que l'autre. Ainsi, en 185&, selon Acton^ sur 85 enfants qui sont nés à
rhdpital de Lourcine^ ou qui, à Fâgo de deux ans> y sont entrés avec leurs
mères, je trouve que 28 pour 100 périssent de la maladie (probablement tou-
jours traités avec mercure). Dans un article dans le Médical Times and Gazette,
octobre 1863, par le docteur Allingham, de Londres^ on trouve le récit détaillé
de 15 cas de syphilis infantile^ traités par lui sans mercure. Sa propre
expérience du traitement mercuriel avait été très-peu satisfeisante, et ceci
l'amena à Caire quelques recherches statistiques d'où résulte que 19 pour lOO
de morts étaient trouvés dans le traitement mercuriel, considéré cependant
comme infaillible par sir Benjamin Brodie. Le résultat des cas traités par
M. Allingham par le chlorate de potasse et l'hygiène fût, que l'un des malades
mourut, l'autre resta dans le même état, et 13 furent guéris. H nous laut donc
conclure de ces observations qu'une proportion beaucoup plus élevée de cas de
syphilis infantile guérira quand le traitement se fera par le chlorate de potasse,
les applications topiques et les remèdes hygiéniques, sans intervention de mer-
cure.
Le professeur Syme, d'Edimbourg, traite le phagédénisme par l'application de
potasse caustique ; si des symptômes secondaires apparaissent, ils devront, selon
lui, être traités simplement par les principes ordinaires qui dirigent à leur égard,
quand ils proviennent d'autres causes. Dans les alTections du périoste et des os
qui, comme il l'a noté, n'affectent jamais une forme grave, si ce n'est dans
les cas où le malade a souffert de l'influence mercurielle, l'iodure se trouve
généralement de quelque utilité; un traitement local approprié, et surtout
l'application méthodique de vésicatoires, étant en même temps mis en usairc.
M. Critchett, de Londres, dans ses « Leçons sur les ulcères des extrémités inrê-
rieures, 18i!i8 », conseille de recourir, pour tels ulcères syphilitiques, à une
pâte de chlorure de zinc insérée sous les bords de l'ulcère à l'aide de bouts de
charpie. Les docteurs Hughes Bennett, Jonathan Hutchinson et l'auteur de
cet essai, considèrent la syphilis comme étant de la nature d'un poison animal
exanthématique, semblable à la petite vérole ou à la scarlatine, et, comme dan«
ces maladies on attend jusqu'à ce que les phases de la maladie soient panrou-
rues, sans rien faire en fait de médication : ainsi la première chose, selon l'au-
teur, pour le traitement de la syphilis, est la patience pendant peut-être quatre
ou cinq mois, et même souvent plus, et après cela l'hygiène, et en quelques cas
mal déterminés l'iodure de potassium. Le magnifique ouvrage du professeur
Boeck, de Christiania, Becherches sur la sf/phUis, prouve encore une fois rinutiiite
et, plus que cela, les torts faits par le mercure dans le traitement de la syphilis :
par exemple, il mentionne que, sur 1008 cas primitifs tous traités parle mer-
cure, 2k pour 100 devinrent affectés de symptômes secondaires; et sur 52}
traités sans mercure, 1& pour 100 devinrent affectés. 11 faut déduire de cette
statistique (dit Boeck) que le mercure, loin de (bire du bien dans la s)'^^
primaire, est positivement nuisible.
L'auteur de cet essai a depuis longtemps entièrement abandonné le mercore
en traitant les syphilitiques, et avec quelques rares exceptions il a trouté la
DBT8DALE. — TBAITBMBIIT DE LA STPBIUS SANS MERCURE. 537
maladie ainsi traitée très-anodine. La patience^ les caustiques, comme l'acide
nitrique et l'hygiène, selon lui, sont les agents le^ plus puissants dans la cure de
cette maladie, et il est bien rare que le malade succombe quand ces moyens
sont usités et le mercure abandonné. Ainsi il est parfaitement en accord avec
MM. Després etDolbeau, et Paulet, etc., dans leurs opinions récemment tiouvées
dans la Gazette des Jiôpitatue, et il conclut presque dans les termes de M. Dol-
beau : « Le traitement mercuriel, administré préventivement, n'empêche pas
le développement des accidents constitutionnels; il n'est pas démontré qu'il
atténue l'évolution de la diathèse. »
Lorsque les manifestations secondaires de la vérole ne laissent plus de doute sur
l'existence d'une syphilis constitutionnelle, il n'est pas nécessaire d'administrer
les mercuriaux, et enfin il ne croit plus guère à la nécessité de faire usage du
mercure dans le traitement de la syphilis, soit pour les adultes, soit pour les
enfants ou les fenmnes enceintes.
■ itelUco. — Je ne peux pas aborder ce sujet qui vient d'être traité si lon-
guement par la Société de chirurgie.
Mais je tiens à rappeler que certaines lésions syphilitiques intérieures se
voient surtout chez les fumeurs. Faites cesser l'usage du tabac, et les plaques
muqueuses de la gorge guériront promptement.
■. Aaslas-Tarcané. — Je suis opposé au mercure, et dans une autre
séance je lui ai fait son procès. Ce n'est pas que je nie ses effets; mieux
qu'aucun autre médicament il peut faire disparaître certaines manifestations
syphilitiques, mais je lui reproche ses dangei*s et je signale son impuissance
définitive.
La statistique de M. Boeck (de Christiania) a montré que les syphilitiques trai-
tes par le mercure vivaient en moyenne moins de temps que les autres.
C'est à l'intervention du mercure, que j'attribue en partie la fréquence des
affections syphilitiques viscérales (gommes pulmonaires, lésions céi*ébrales, etc.).
Je me rappelle un malade que M. Mounié m'avait prié d'aller voir, il avait
un onyxis qu'aucun traitement mercuriel ne pouvait guérir. A première vue,
je déclarai que le malade n'était pas syphilitique, et l'enquête faite le prouva :
c'était un onyxis mercuriel.
Un autre malade, un capitaine de la garde, m'avait prié de lui faire des ino-
culations curatives ; mais je reconnus bientôt, au caractère des chancres inocu-
lés, qu'il avait pris du mercure. 11 me dit qu'il l'ignorait; mais, qu'ayant été à
l'hôpital de Bi*est, il écrirait au chirurgien. Celui-ci répondit que le malade
avait été soumis pendant dix-huit mois à un traitement mercuriel sous sa di-
rection.
La séance est levée à onze heures.
SÉANCES SUPPLÉMENTAIRES DU SOIR
QUATRIÈME SÉANCE
Samedi 24 août, I à lieures.
Lettre de M. le professeur Duval (de Brest).
Lectures :
MM. Laurence (Londres). — Observation d'un cas d'anëvrysme traumatique de
l'orbite ; ligature de la carotide primitive. Succès.
Van de Loo (Venlo). — Bandage plâtré amovo-inamovible d'emblée et
tricot plâtré.
Shrucpton (Pails). — Choléra, son siégOj sa aature. Contagion.
BomvxT (Bordeaux). «^ Sur la prophylaxie du choléra.
Dfscussioif :
MM. MARQOYim (Bukarest). — Caooo (Bruxallet). — - Heviuout (Paris). — Shbiiip-
TON (Paris). — Henri Favre (Paris). — PozifAnsxT (SainV
. Pétcrsbourg).
Procès-verbal de la séance par M. le docteur Phousî, secrétaire du Congrès.
UTTU OS M, MTAL. 5S9
QUATRIEME S$ANÇÇ DU SOIR.
Président If. Bouillaud.
Vice-présidents MM. Haixa et Teissier.
Secrétaxre^de la sécmce, . . M. Proust.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.
V. le Fr««lde«t communique la lettre suivante de M. le professeur Duval.
Monsieur le Président,
Des raisons de service me forçant à rallier immédiatement le port de Brest,
il me sera impossible d'assister à la prochaine séance du soir, et par conséquent
d'entendre le procès-verbal.
Je me permets donc de vous éciire ces quelques lignes^ en vous priant d'avoir
l'extrême bonté d'en faire donner lecture.
1* J'admets cdtnme vous, et depuis longtemps, la contractilité des veines,
remarquable sur certains points ; et c'est ce que je dirai dans ma relation dé-
iaillée. Toutefois je ne suis point encore parvenu k la démontrer sur des sup-
pliciés, et Je ne dois dire que ce que J'ai vu.
Vous savez mieux que moi, vous qui connaisses si bien l'état normal et l'état
pathologique du cœur et des gros vaisseaux, combien il est difficile de démontrer
la contractilité, universellement admise at^ourd'hui, des grosses artères, de
Taorte, par exemple.
2* Je désirerais vivement qu'il fût bien spécifié dans le procès-verbal de la
séance, que la communication de l'honorable M. Baccelli, relative à une théorie
mathématique de la circulation, n'a nullement trait à des assertions émises dans le
cours de ma relation succincte.
Je n'ai parié étaueune théorie; et, comme Je Pavais annoncé dès le principe,
je me suis borné à exposer les résultats des expériences, et les fiiits observés*
Je saisis avec empressement cette occasion, pour vous remercier sincèrement,
ainsi que messieurs les membres du Comité, d'avoir bien voulu m'admettre à
rhonneur de faire une lecture devant le Congrès, quoique ma demande fût
tardive.
Je suis avec un profond respect, etc»
Après cette lecture, M. ••ttillii«4 montre qu'U n'y a aucuii» opposition antre
les faits exposés par M. Duval et la communication de M» Baccelli.
5&0 CONGRES MÉDICAL INTEBMATIOMAL.— QUATIIËME SÊAMGE DU S(HB.
aBSBavATianr
im CAS B'AivÉvairsiiH traviiati«vb be i^'orbre.
lilOATUBE BB li'ABTiSBB CABOTIBB PBDUTIVE:
svcci»
PAR M. LE DOCTEUR J. Z. LAURENCE
• • *
Chirurgien ï l*liôpiUl de Saint - Bwtbâemy de Gbatham»
Chirurgien de l*hdpiUl ophthalmelogique de Souttiwark.
James G..., quarante et un ans^ se présenta à l'hôpital ophthalmologique de
Southwark le lundi 21 janvier 1867. C'était un ivrogne de profession. Le di-
manche 13j il avait absorbé une forte quantité do gin et d'eau mélangés, et en-
viron une pinte d'eau-de-vie pure, buvant sans discontinuer depuis une heure de
Taprès-midi, dans la journée du 13, jusqu'au lendemain lundi 14, vers trois
heures du matin. Il fut reconduit chez lui le lundi, à quatre heures moins un
quart, dans un état d'intoxication sans ressources; et dans le cours de son voyage,
chancelant, il tomba plusieurs fois sur le pavé, heurtant le derrière de la tête où
fut trouvée une petite blessure. En arrivant chez lui, il tomba tout de son long
dans l'allée, où sa femme jugea à propos de le laisser reposer. A ce moment, il
vomit considérablement, et sa femme remarqua qu'il avait quelque chose
d'extraordinaire dans l'œil gauche.
Les vomissements continuèrent deci, delà, pendant une semaine environ,
circonstance qui n'avait jamais été' notée auparavant.
Après être resté étendu dans l'allée environ trois heures, il était assez revenu
de sa stupeur pour se plaindre d'une violente douleur au côté gauche du front.
Sa femme remarqua alors que l'œil gauche était légèrement projeté en avant,
mais à huit heures il l'était beaucoup plus; l'œil d'ailleurs n'était point rouge. Ce
même jour lundi, dans l'après-midi, il éprouva une attaque épileptiforme qui
dura environ dix minutes.
II était insensible, convulsé, avait la respiration stertoreuse, et était d'un rouge
cramoisi. Par là-dessus il s'endormit pendant deux heures; nulle faiblesse dans
les jambes ne fut observée.
Le lundi 21 janvier, il fut vu pour la première fois à l'hôpital par mon chirur-
gien interne, M. Moon^ qui prit note des circonstances suivantes : Saillie consi-
dérable et complète inoimobilité du globe oculaire gauche; ptosis complet; nulle
douleur éprouvée quand on cherche à refouler le globe oculaire en arrière; pu-
pille fixe, de deux lignes de diamètre^ sensibilité à la lumière; cbémosis considé-
rable de la conjonctive.
Le vendredi suivant, 25 janvier, je vis le malade pour la pi*emière fois,
le cas m' étant représenté par M, Moon comme une inflammation du tissu cel-
lulaire de l'orbite. U présentait assurément les apparences de cette maladie;
mais après avoir entendu l'historique de l'accident^ il me vint tout d'un coup à
l'esprit que ce pouvait bien être un cas d'anévrysme traumatique de l'oibitc.
LAURBRCB. ^ ANtTRTSMB TSAUMATIQUE DE L'OBBITB. 5&1
Je ne saurais Traiment dire d'oà me vint cette idée ; c'était un de ces pressenti-
ments que chacun de nous a éprouvés plus ou moins> mais dont nous ne saurions
rendre compte ni aux autres ni à nous-même*
Poussé par cette pensée, je recherchai la pulsation du globe ; assurément
elle existait. Naturellement, je précédai à un examen très-attentif de toutes les
circonstances^ et voici ce que je recueillis : Le globe est poussé en avant en
synchronisme avec le pouls radial; la pulsation est complètement anrètée par une
pression ferme exercée sur Tartère carotide ; un bruit de souffle distinct s'entend
au-dessus de l'œil à chaque pulsation. A une époque plus avancée de la maladie^
l'étendue du siège de ce souffle fut plus exactement délimitée. Elle s'étendait
depuis le globe jusque sur le temporal et le pariétal gauches, les régions fipontale
et pariétale droites. Son point le plus fort était à deux pouces environ en arrière
du canthus externe gauche. Le si^get se plaignait d'un bruit de souffle compa-
rable à celui d'un soufflet, à la tempe gauche, où il disparaissait tout d'un coup
quand on comprimait la carotide gauche. En même temps, nous trouvions que
le bruit cessait dans toutes les parties où il avait été noté auparavant. Le globe
tout entier était poussé en avant, et en apparence augmenté de volume. Pour le
soumettre à l'examen, il était nécessaire de soulever la paupière supérieure qui
s'étendait sur lui ; il était livide, congestionné et plus ou moins œdématié ; il y
avait une coigonctivite et un chémosis considérables ; la pupille était dilatée; les
détails du fond de l'œil ne présentaient point de caractère particulier. 11 avait
à peine la perception de La lumière. Pendant la marche de la maladie, quelques
autres symptômes encore furent observés : des pulsations violentes que n'accom-
pagnait cependant aucun bruit de l'artère carotide elle-même; il avait perdu le
sentiment de l'odorat des deux côtés, et presque chaque jour il éprouvait une
petite blennorrhagie nasale. ,
Eu égard à l'effet produit sur la pulsation et le bruit de la tumeur par la pres-
sion du doigt sur la carotide, nous nous déterminâmes à un essai complet de la
méthode de traitement des anévrysmes par la compression. En conséquence,
l'artère carotide primitive fut comprimée par le tourniquet figuré dans la
planche 1, fig. 6, du catalogue de MM. Weis, et connu sous le nom de tourniquet
de Skey. La compression fut maintenue ainsi d'une façon presque constante pen-
dant douze jours. Ces effets, pendant l'application exacte du tourniquet, furent :
la cessation presque complète de la pulsation et du bruit, la pâleur, la flaccidité
et le refroidissement des paupières. Mais, comme on peut aisément le com-
prendre d'après la considération des rapports anatomiques de l'artère carotide, on
rencontra une grande difficulté à maintenir une compression continue et efficace
sans intéresser les facultés respiratoires du malade. Néanmoins, grâce à la docilité
exemplaire de ce dernier, la méthode fut en somme trè»-efficacement essayée.
Son action fut, il est vrai, assistée par l'application de la glace sur la tumeur et
l'administration interne d'une dose de dix gouttes de teinture de digitale ou de
liqueur sédative d'opium administrée toutes les trois heures pendant deux jours,
cette dernière quand il fut reconnu nécessaire de suspendre la digitale. Nul effîet
avantageux et permanent n'étant amené par la compression, la tumeur augmeiH
tant de volume, les épistaxis se reproduisant, et surtout l'affaiblissement graduel
du aialade sous l'action d'une irritation continue, furent autant de circonstances
qui, appuyées de l'a? is de mes amis le professeur Quain, et M. T. Carr Jackson,
me déterminèrent à la ligature de la carotide.
Le 9 février, je liai l'artère carotide primitive en vingt ^linutes environ, en
Sii3 coNGBl» màmcAL niTBiiiATimiAi.^QtrAtittift s*amc M soûl
présence de MM. Qiudn^ O'DonneD^ T. Cair Jackson^ Sleeman^ et plusieurs
autres membres de la profession. ImmëdlAtement aptes la ligatitre de Tarière^ la
pulsation s'arrêta dans l'orbite et TexorUtlsme dimitma lég^tioent*
Le 11 février, le second Jour après l'opération, un bruit de tie-'fae fût en-
tendu sur le pariétal gaucbe, et un bruit de souffle sur le globe ; la plaie
marchait favorablement; le cours des intestins n'avait point repris; la perspira-
tion s'exerçait bien, sauf une odeur plutôt forte. Chaque soif, depuis l'opération,
le malade prenait une dose de liqueur sédative d'opium.
Le 19, la ligature n'était pas tombée; la plaie était réunie à sa partie su-
périeure, mais offhiit un peu de suppuration dans le bas. H avait encore une
perspiration profuse; le 48, on avait obtenu une selle au moyen des pilules
composées d'hydrargyre et de coloquinte.
Le 20, on reconnut une pulsation visible et palpable dans là partie inférieure
de la carotide jusqu'à la hauteur de la ligature, mais non au-dessus. La langue
était couverte d'un enduit brun épais; les intestins inactifs, à moins que Ton
n'employât les pilules et les poudres de Sedlits. La pulsation dans la partie infé-
rieure de la carotide avait entièrement cessé le 21 et le 22, mais elle repanit
légèrement le 26. La langue était épaisse, le ventre était paresseux depuis trois
jours. On donna, dès le matin, une poudre de Sedlits; mais n'ayant point obtenu
d'effet au bout de six heures, on la répéta. Le malade se plaignait de douleur
de tête dans la région frontale; il exhalait une odeur très-désagréable et avait
des sueurs acides profnses pendant toute la journée et toute la nuit.
Le 5 mars, vingt-quatre jours après l'opération, la ligature tomba avec les pièces
de pansement; nulle hémorrhagie ne s'ensuivit; la plaie était entièrement guérie,
excepté sur le lieu de la ligature. La langue était toujours sale. Prescriptions :
pilules de coloquinte et de calomel. 11 continua ainçi sans aucun fleheux sym-
ptôme jusqu'au 28 mars, où U eut son exeat.
La plaie du cou était complètement guérie; elle était représentée par une
longue cicatrice Unéaire, d'apparence tout k fkit saine. La pulsation dans la caro-
tide était visible et palpable depuis la clavicule jusqu'à un pouce de Texifémité
inférieure de la cicatrice. 11 existait un ptosis complet de la paupière supérieure
gauche, dont la peau était légèrement congestionnée ; la cornée était claire ; la
pupille, irrégulière, adhérait en arrière à la capsule du cristallin. Le globe sem-
blait évidemment augmenté de volume et présentait une congestion veineuse
considérable de ses tuniques. Nul détail du fond de l'œil ne pouvait être vu par
l'ophthalmoscope, mais par l'éclairage latéral les parties antérieures furent re-
connues suffisamment transparentes. La lentille cependant était légèrement
nuageuse; le globe avait perdu tous ses mouvements.
Le 23 avril 1867, les notes suivantes furent recueillies : La paupière n'est plus
tendue, mais présente simplement l'apparence d'un œil affecté de ptosis. Le
globe n'est plus congestionné et tous ses mouvements s'exécutent à un degré
modéré. On observe seulement une simple ligne de chémoeis en dessous de la
cornée. Quelques petits vaisseaux laissent reconnaître des pulsations sur la ligne
cicatricielle, mais qui diffèrent cependant beaucoup de la pulsation énergique de
la carotide droite. La voix du malade, qui était fort tombée depuis l'opération, a
repris de la force. L'iris droit est d'une couleur brun noisetie, le gauche d'un giîs
sombre; de ce même côté, la pupille est irrégulière et fixe; au fond, l'œtt pré*
sente toutes les apparences d'une iritis subaiguê, mais sans aucune dotdeur dans
rœil« La cemlè est trouble; le fond de l'œil peut s'éclairer, mais he laisse voir
UtUmôÊ. -^ AHiVIlYSin tKAtrilÂTlQtlË Dk L'OMltfi. 5&S
ftneont dëtâU. On n'obserte ni ]^ul«itlon ni hrutt dant l'orbite^ ni dans aucun
aiiM point 4e la tète.
Lorsque le patient fàt tu pour la dernière ^oid, 26 juin 1M7 y le globe était com-^
plétement rentré dans Torbite, mais le ptosis n'avait rien moins que disparu ; les
mouvements du globe étaient pour ainsi dire parfaits ; l'œil en lui-même pré-
sentait tout à fait la même apparence que dans le dernier examen ; toute vision
était perdue ; aucune pulsation n'était sentie dans la carotide au-dessus du lien
de la ligature, ni dans les artères temporale^ faciale^ ou labiale inférieure du
côté gauche ; une artère fut reconnue à sa pulsation en avant du cartilage thy-
roïde et une autre au^^sous.
Le diagnostic que j'ai établi du cai qui (précède est celui d'une rupture de
l'artère ophthalmique à son origine à la carotide interne ou près de ce point;
rupture conduisant à un épanchement sanguin dans l'orbite. Cette rupture doit^
selon moi, avoir été causée par quelque fracture de la base du crâne dans le voi-
sinage du trou optique, l'artère ayant été perforée par une esquille osseuse. L'at-
taque d'épilepsie, peu de temps après l'accident^ me semble conduire^ en une
certaine mesure^ à cette même conclusion.
Le traitement par compression adopté d'abord dans ce cas ne pouvait évidem-
ment pas être conduit avec la même efficacité que pour un anévrysme poplité^
mais fut, en somme^ assez bien dirigé pour avoir amené quelques résultats. Le
seul que je mentionnerai ici^ indirect à la vérité^ mais à mon sens doué d'ime
certaine valeur^ fut, j'en suis convaincu» d'avoir aidé naatériellement à pré-
parer la circulation collatérale; et c'est à cette circonstance que j'attribue la
complète absence de tout symptôme cérébral après la ligature de l'artère^ sym-
ptômea qui, dans plusieurs des cas classiques» ont été la cause immédiate de
l'issue Xatale de l'opération. Ma conviction est si forte à cet égard^ que si je devais
avoir une seconde fois l'occasion de lier la carotide, je considérerais la compres-
sion préalable de l'artère comme un préliminaire essentiel de l'opération,
quoique entièrement indépendant de tout effet curatif direct que je pusse
avoir l'espoir d'obtenir. J'appellerai une attention particulière sur une cir-
constance que je considère comme d'un haut intérêt pratique dans cette ob-
servation^ à savoir que jusqu'à un certain jour, le 20 février, le onzième après
l'opération, une pulsation fut vue et sentie au-dessous du siège de la ligature,
D^ais que cette pulsation cessa le jour suivant soudainement et pour ne plus
reparaître.
Ce dernier fait marque, selon moi, La formation des caillots au-dessus et au-
dessous de la ligature. Il offrit à un haut degré la certitude qu'au moment de la
séparation de la ligature, nulle hémorrhagie secondaire» l'un des plus grands
dangers à la suite de l'opération, ne pouvait survenir.
Je formai ce pronostic favorable bien des jouns avant la chute de la ligature, et
le résultat confirma ma prévision. Je regarde ce lait comme très-impoilant à
noter dans tous les cas de ligatures de grosses artères, et suffisante attention n'y
1 pas, selon moi, été donnée par les écrivains spéciaux.
Pour autant que je sache, l'artère carotide a été liée pour anévrysmes intra-
orbitaires, d'abord par Travers en 180/i« 0 y a 63 ans; depuis ce temps cette môme
opération pour la même nudadie a été pratiquée 21 fois, le cas que je >1ens de
relater formant le dernier de la série. Sur ces 21 cas, 15 ont été suivis de succès,
2 ont réussi iacompléteaient» un autre n'a point eu de résultats, et 2 sont morts;
la mortalité a été ainsi de 10 et demi pour 100.
S&& CONGRÈS HfiDICAIi Iimnif ATIOTIAL. *-*QUATB]ÈlIB SftAHGS IKJ 8(HB.
Depuis que ces lignes sont écrites, je viens de rencontrer un autre cas d'ané-
vrysme de Torbite dans mes salles à Saint-Barthelemy ho(^ital Ghatham;j'ai
Tespoir» d'ici à quelque temps^ de pouToir en rendre compte*
B'JBIIBIJÈB BV liB TRI€#V PAATMÊ
PAR M. LE DOCTEUR YAN DE LOO (DB VÈNLO)
Monsieur le Président, Messieurs,
J'aurai l'honneur de vous donner un exposé succinct du bandage plâtré et do
tricot plâtré.
Déjà, en avril 1850, j'adressais à la Société des sciences médicales et naturelles
de Bruxelles une réfutation d'un rapport défavorable que cette Société a^t
fait en décembre 1852, sur un mémoire de M. Mathysen, intitulé : Nieuwe myj
rxm aanwending van het gepsverband by beenbreuken ( Nouveau mode de déligation
du bandage au plâtre pour fractures).
Je vins démontrer à Bruxelles, par l'application de différents procédés, que la
Société avait été en erreur. — Aussi elle voulut bien rétracter son rapport défa-
vorable, en attribuant des avantages aux procédés que j'avais eu Thonneur d'ap-
pliquer en sa présence.
Cette manière d'agir était digne de tout éloge, car ordinairement on a le
triste courage de faire le contraire. — La Société agissait d'après les nobles pa-
roles de l'immortel Broussais, lorsqu'il dit dans son examen de doctrines médi-
cales : « Mon premier soin a été de me réfuter moi-même. Loin d'en rougir, je «'«
fais gloire, FallnU-il donc, par un coupable amour-propre, soutenir les erreurs detM$
premiers écrits ? Malheur à l'homme qui se fait un point d'honneur de ne jamais ftw-
fesser les fautes qu'il a commises ! La fausseté ne se soutient que par la fausseté; H
rien nest plus méprisable, à mes yeux, que celui qui entasse subtilités sur suUiHtès
pour se soustraire à la vue d!un tort ou d!um erreur, )>
Au surplus, messieurs, l'appréciation et la description des procédés étaient tout
autres dans ma réfutation que dans le mémoire de M. Mathysen.
En ce môme mois d'avril, je vins à Paris, où les confrères avaient la bienveil-
lance de me laisser appliquer différents procédés dans les hôpitaux. Aussi j'aral^
le bonheur d'y obtenir bien des succès. Puis j'allai dans qudques villes de l'Al-
lemagne, et après j'adressai des manuscrits aux Académies et Sociétés savantes de
l'Europe, qui, se mettant avec zèle et enthousiasme à l'œuvre, firent des rap-
ports on ne peut plus favorables ;| on discuta, on combattit, et le résultat fut
qu'en moins d'une année, le bandage plâtré fut généralisé dans le monde mé-
dical entier.
VAN DB LOO. — BAHDAGBS PLATRES. 5&5
Mais, messieurs, j'aTais décrit dans mes manuscrits des procédés inamovibles
et amoTO-inamoT^bles^ et, quoique j'eusse démontré la supériorité de ces derniers,
on adopta généralement les inamovibles.
ProbaUement parce que jusqu'alors on n'avait fait usage que des procédés
inamovibles de l'appareil amidonné.
Peut-être aussi on ne m'avait pas bien compris par rapport à l'application du
bandage plâtré. — Vous vous rappelez que M. Matbysen et moi, nous faisions
primitiTement usage d'une étoffe trop serrée, ce qui me porta à recommander
dans mes manuscrits une étoffe plus claire : eb bien, messieurs, savez-vous ce
que l'on fit? on la prit cette fois-ci trop claire.
C'est ainsi, par exemple, que M. de Langenbeck (de Berlin) fit usage de gaze,
qui, à cause de ses mailles trop larges, ne pouvait contenir assez de plâtre; d'où
il résulta que, étant appliquée en bandes plâtrées, on eut un appareil trop peu
solide, qu'il fallait renforcer par une masse de bouillie de plâtre pour obtenirim
appareil forcément inamovible.
En Russie, en Autricbe, dans toute l'Allemagne et surtout en Prusse, on adopta
donc généralement les procédés inamovibles ; vous comprenez qu'à la suite de
l'application de ces procédés, il fallait qu'il y eût bien souvent des accidents et
des accidents graves.
Vous entretenir de ceux-ci, serait superflu; je n'ai qu'à vous dire que ce sont
les mêmes cas malheureux qui suivirent jadis les appareils du célèbre feu
baron Larrey et du baron Sentin.
Pourtant, messieurs, j'ai eu bien de la peine à faire adopter les procédés
amoTO-inamovibles. Heureusement il se présentait d'excellentes occasions en
Allemagne dans ces grandes assemblées de médecins et naturalistes, où j'allais
annuellement afin de combattre pour l'amovo-inamovibilité, et j'ai eu le bonheur
de convertir bien des praticiens et des célébrités.
Pénétré du principe que^ quoique le bandage plâtré s'adapte le plus réguliéremeni
pogsible, e*est néanmoins un fait capUaiy pow avoir une garantie contre tout a/ccident^
qu'on Vapplique de manière que les parties lésées puissent en tout temps être inspectées
arec fadUté, en ctautres termes^ qu'il soit amovo4namoûible, je conseillais déjà
dans ma réfutation de 1853, et surtout dans mes manuscrits, que j'adressais
aux Académies et Sociétés savantes, de ne couvrir les bandes ou bandelettes
plâtrées que sur la moitié de leur largeur, et de fortifier cet appareil à coque
mince postérieurement et latéralement par des bandelettes plâtrées longitudi-
naleSy en laissant des intervalles, de sorte qu'il se laissât couper facilement
dans ces endroits minces. — Certes cette simple modification était riche en
cronséquences; néanmoins l'appareil laissait encore à désirer, parce qu'il peut -
survenir des circonstances, comme par exemple dans des,cas de gonflement du
membre, où il ne se laisse couper qu'avec dififlculté et en causant des douleurs
aux ftucturés.
Eh bien, messieurs, je vais vous décrire un mode d'appareil, que j'aurai l'hon-
neur d'appliquer ici dans les hôpitaux, que l'on peut ouvrir facilement sans que
Ton soit obligé de le couper*
Voici ce procédé : On arrange un bandage de Scultet, sur un coussin revêtu
d'une alèse, 12 ou 13 bandelettes plâtrées ; sur celles^^i, au milieu, 3 ou ^ ban-
delettes plâtrées longitudinales pour fortifier l'appareil à sa partie postérieure.
Sur ceci, une couche de 12 ou 13 bandelettes non plâtrées^ qui doivent dépasser
de 2 ou 3 travers de doigt les plâtrées d'un côté et tant soit peu du côté opposé.
85
^60 CONGRÈS IIÊDigAli l|iWRilAflMAI*«-QIIàT|tllHiB rtANCE DU SOIl.
On 9\u» l'apparai} ainsi prépiii' j loui le mw^ïm A«otafë« Puis on aïooilk, et
l'on Applique premièr^mept 1§4 bmidelettai non plttréM el pIAtrëat du edté on
les non plâtrées dépassent le moins le» pUir^M, Appèf iat avoir appliquiM, on
mottilUi et l'on «ipplique ppUe« 4u PÔté appoii« «t^ quand aallat-ei tant toutes
appliquées, on place encore des bandelettes plAtrdaa longitudiiuiiM antéiiaors-
menXf et ri Voq veut, latéralementj pour fortifier l'apparail.
De QeUe manière I9» bwdelettes non pUUi^es et lei plâtrées d*iia oMé sont
toute» pigées sur eeUes 4vi côté oppoMj au lieu qa'eOaa sa eriuieel ebaqae fou
en le» appliquant i et çopime |ep ppu pUtréai pquI plua loaguats ob peut (kci*
lement ouvrir l'appai-eil en deux valvai fin COPUliaiiCAilt à aa partia inférlaare.
Ce n^ême procédé peut ^tro auiii trèK-«bian appliqué avaa deux piècai de fla-
gelle impré^u^es de pMtre 4'ua fAM et plM^ei pitr lauii oètdi pIAtréa ruae w
l'Autre î entre elles on a nus m^ troisième pliee moliie lavga, imprégnée di
plâtre de» deui^ cûtâii afiu de Mi4ef l'ipperiU pailériaureoieiit un y bit quaU
ques incisions, pour pouvoir l'appliquer convenahleoiailtf
On place le maudire «ur eet AppAT^iU on li mouille et on l'aiipUqma pnmiire-
went d'un eûté, pui« du çût^ oppo»^,
Ce» proci^dé»! mesdeur^i répondent 4 toutti lei indleittioqs» Je ma aiiii peitois
de les nommer le nec-plus-ultra.
le bmdagfi fn'cof $/4^r^, me^sieurii 4m\ j'fti TboBpew da viua ptéeenter un
modèlej s'applique d'u^e niapière pn ue Mut plu» aisipJet
Cette coque est faite de trois bas, dont l'un eçt tapréfud da plâlrp ailériflOM*
meut; le aeoond plâtré dei deui^ cAt^n et iq dernier iot^rieuMwaal. m Ces (rois
bes» on peut le» mettre l'uu aprè» l'Autrei ou« ee qui vaut miauii loui lai trabà
la fois ; il e»t bon Au^i de »e «ervir de bn trà»^iMtiqtte»> iflu dâ pouwér 1»
âAr^ et mettre facilement . Après le» ay^ ffiifi «B r'a ti^'àlM Mh» da haut m
bas pendant qu'on les mouille^ pou? le» lÏM)PWqr «t Id» Q^QUle? f^rfUtameatu
membre. -<- Si l'o» veut eu ^9i^ de» appâta iji trà»^pqUde»« U fuit ke fcrtfier
pm* de» bAudelette» plâtrée» leniiitudiAalest
On peut Au»si fAire ee bandAge ATee dqux et ip^me A^ee un liul biA inipi^
4e plâtre extérieurement } dAU» pe» paa pn doit uAtur^ll^mASt APpUqiMr ph» ^
liandelettes plâtrée» Ipn^itudiuele»,
Ce» appArplls tricpt pifttré, qu'on peut varier k nnQfiij topt luvfaHità ncooi-
mAnder den» le» pas d'entwse»! de iumeur* IdAiiciimi ip pi^ Mij de vi*
ripefij Ptp.
Rien de plus facile que de x^j^^t^^ qo he^diupi AmmhinmnaviUa 1 aomiaejfl
vQus l'Ai déjà dit^ pn u'a pour l'Appliquer qu'à mettre uu bia iniptémé de piâtN
extérieurementi le mouilieri le fAçouner au m^mbrf ^ «t 1# fertiier p«v da» tae*
delettes plâtrées lPU|{itudinAle» eu laûi»Ant de» intervaUeii
Pe cette manière on peut le pouper dÀu& un da pp» «idroit» plua mlaae» M
l'ouvrir facilement ; on pourrait même le couper avant la solidiQaatÎM* pvoi
qu'alor» on peut tràs-bieUi k cause de rélA»tipit4 du tewu f^ms w» dei tanches
de» ciseaux entre le membre et l'appAreil*
En mettant un bas comme ci-dessus, mais plus lATgPj PU paut aWirii en ^
(açonnanti y faire un pU longitudinali appliquer le loug do ea pU dei ^^^
lettes plâtrées, couper ce pli avant la aplidificatioii dau^ t(Hite w IpMneVj ^
appliquer alors un côté de ses bords sur celui du pAté ppppiéi
On pounait encore laisser le pli inlact et le cpupar AU inooMat oii Voiilr»ut«
utile d'ouYiii* l'APpAicii, ep prenaut ce pli ej^tr^ Iai 4$vi )mâ(hiA dflA «nm^
miiap k pUt nv VappiMrtl, ce fui ta ftitt ftu^flément et «ins canier la moindre
douleur, parce qu'on n'a pas besoin de passer les ciseaux entre le membre frac-
turé $\ VippartU.
Un autra praoMé amemUnamovIbla eensisteralt à couper un^ deux eu trois
de ••• bai (teai leuv laniuaur, les imprégner de plâtre^ les placer convenable-
ment sous le membre, les mouiller, et les appliquer de manière que les bords
d'tto aAté aoovvattt cmx du eAtë apposé. ^ Or n'a qu*à les détacher pour ouvrir
l'apparall.
Vailà daiM d^là fdustann procédéi amoTa-inamoTibles du bandage tricot
pUiré t ah faiaa^ masvftaïui, Ja irait vous en démontrer encore d'autres ; Je tâcb^
ni da vaudra amom^inanaiftblaa taue lat bandages plâtrés connus aujourd'hui^
antaie aaui da Langa^haak {àê Bfrllii), é% Piragaff (de Saint-Pétersbourg) et da
Cloquet (de Paris)^ qui date de vingt ans, avant que Mathysea eût inventé d'im-
prégnat da plâtra una élaffc qaeleonqua.
U^ dalAAgaiibaeh, Ja vous l'ai déjà dit, applique une bande de gaze Impré^é^
da idâtra apièa avoir interpaeë uua banda miléa de flanelle et fortifié o^t appareO
au maya» d'u«a mama da bouillia da plâtre.
ùt, fiiand au liau da aaa bandes da flanaOa at de gaie imprégnée de plâtre^
on mat laai rimplamMit un bu an y fciunt à la partie antérieure un pli longi-
tudinal et qu'on applique à la partie postérieure quelques bandelettes plâtrées
laagiliiiimlei pour himw da la flaxtbilité à rappareil en oet endroit^ alors on
paut appll^er autant da bouilUa da plâtre siur les eôtés et antérieurement, en
raapaatant la pli, qu'on le trouva nécesiaira pour la solidité de l'apparefl^ et
rapparoil seia rendu anoviybsamovMa dàaque Ton aura coupé le pli.
Si M. UPf enbeoli na veut paa da cas bandelettes plâtrées postérieurement^
qu'il j appU^ua alari» an lian àê bandalattaa^ autant de bouillie de plâtre qae bon
lui saifcW» paurw qu'avant la salldlfleatlon 11 y Ihssa^ au moyen d*une spatule,
imt vaiMUra qui daH aarvtr da ebamlèra, at l^apparafl sera encore amovo-ina-
movible.
M, Maaiall tiampa ka bandas dans una bouUlle da plâtra. Eh blen^ qu'on
praiMia dif tas taupes koigitndliialansant à leur partie antérieure, qu'on I^s
tf#9ipa daM da k banUUa da plâtra at fu^on lea applique au membre en appit- •
quant ka liart» d^ a6lé lur aaus du aétd opposé, at l'on aura encore un appareQ
amovo-inamovible .
VoMO savaa fua M» k haws Claquât mettait du plâtra en poudre dans un sacj
qu'il appHqnatb après favoit mouillé, autouv du membre. Pour rendre ce procéda
amov»d<¥noviMai on n'a qn'à prendw dawi bat, las coudre Fun k f autre pos-
t»toivraiant, mattra dana oea haa «na qua^Ulédaplâtro en rapport avec la solf-
diâé qual'w vaut donnar à l'appirallf lea férmar an las cousant supérieurement^
et Oiaânknav unifafindasaot k pktrt, aa qui se Mt très-nettement au moyen
do ciUndra dant sa satvaot k» pMksiars, puis placm^ cet appareil sous la
maink^ k mauUkr at VappUquar en k aousant antèieurament.
Osa a'a qu'k aaupar k tt paur avair nn appareil amovo^amovible parM,
Après tous ces paaaéddl Maat pUlié amova^nasnavtbles, au pktdt après avofr
m oeil anaaviHnaroavttka tout ka paoaédés plâtrée tuMgkiablee, n^avai»je pas
nOs^ii da dira fua l'an paut fwrt daapvaaédds du triaot plâtré k Mnfinttpds,
mesaieurs, ceci ne prouve-t-il pas qu'on est haUtué k ekarehar le» choses de trop
loiia et dans ce qui est trop compliqué? çar^ qu'çst-ce qu'il y a de plus près de la
5&8 GONGBËS HÈDIGAL IRTBBlf ATIORAL. — QDÂTEiklII fttARCB M SOU.
jambe que le bas, et qu'y a-t-Q de plus simple que de mettre un bas, et poutuit
on n'y avait pas pense.
Vous voyez donc que l'on peut faire du bas ce que l'on veut, et ce que Toa bit
au moyen du basa la jambe et au pied, on peut le fkire au moyen d'un caleçon
de tricot à la hanche, d'un gant à la main et aux doigts, et d'une manche de
camisole au bras, etc.
Messieurs, j'ai une dernière observation à vous présenter concernant le ban-
dage tricot plâtré : c'est qu'il est remarquable de voir comment, en l'appliquant,
le gonflement disparait sous la main pendant l'extension et la contre-extension
du membre, ainsi que du bas ou de la manche plâtrés, qui, étant humectés, font
l'effet d'un cataplasme compressif d'une manière douce, uniforme et circulaire.
Cest vraiment ainsi que l'on peut constater qu'une compression douce et drcu-
laire est l'antiphlogistique par excellence.
Tous ces procédés plâtrés amovo-inamovibles d'emblée, soit à bandelettes de
Scultet, soit & pièces de flanelle, soit à tricot, que je viens de démontrer, sont
bien simples et très-faciles à appliquer; cependant il pourrait arriver qu'en
essayant l'un ou l'autre de ces procédés, vous ne réussissies pas du premier abord;
n'allez pas pour cela vous décourager, car la non-réussite dépend souvent d'une
circonstance minime, laquelle, en y réfléchissant de près, est facilement sin^
montée.
Sachez en outre que, quelque facUe, quelque simple et quelque bon que loit
un procédé, il faut toujours, pour pouvohr bien l'appliquer, en avoir un pen
l'habitude ; cela est aussi nécessaire pour pouvoir l'apprécier convenablement,
afin d'abandonner les procédés moins bons, plus difflcfles et plus compliqnéi
auxquels on est habitué, car l'esprit humain oppose toujours de la résistance à
toute idée nouvelle, qui tend à changer ses habitudes, sa routine bonne ou man^
vaise. Pour que nous consentions à accepter une nouveauté, il faut qu'une pio-
gression logique nous y amène et nous fasse saisir sans efforts les améliorations
que l'on nous propose.
Or, messieurs, je vous en fais juges, n'ai^je pas démontré logiquement les
améliorations du bandage plâtré amovo-inamovible, et n'ai-je pas fait le possible,
afin de les faire saisir sans effort, en rendant amovo-inamovibles tous les pn>-
cédës plâtrés connus, pour satisfaire tout caprice, par des modifications simpto
et insensibles?
Cependant, messieurs, il y am« encore des inamovibles qui diront, je n'ap-
plique qu'un appareil sans l'ouvrir pendant toute la durée du traitement d'une
fracture, et je guéris. Je leur répondrai, que de cette manière on ne peut être
certain d'une guérison parfaite, et que s'ils veulent continuer à soutenir le con-
traire, ils me forcent à dire que je ne les crois pas : « Evta^ le» kommês qwi di«al
telle cime ea^etla raiscm qui dit telle chose n'est pas, il daut en croire la raison,
quelque respectables que soient ces hommes. » Je me suis permis de me sernr
de cette expression, parce que bien jouvent j'ai rencontré des médecins de re-
nom qui prétendaient n'avoir jamais eu d'accidents, tandis que je les surprenais
en flagrant délit, en ouvrant sous leurs yeux un appareil inamovible, qu'ils
avaient appliqué et que nous constations une énorme difformité.
A ceux qui veulent bien se laisser convaincre, je demanderai leur bienveillant
concours, afin de combattre pour la méthode amovo-inamovible dans l'intérêt de
la science et de l'humanité souffhinte.
«afMfioik— cmxÉkkf 9m siteE, sa ratubk. — coNTAeioii. M9
mma snteB, sa ivjltijiib. — c*nnrAcaoN
. ?AB V. LE DOGTBUa SHKIMPTOR (DE PARIS}.
Messieurs»
Depuis trente-cinq ans» les plus savants médecins de l'Europe se sont appli*
qnës à l'étude du choléra avec tant de sèle» que nous leur devons avant tout
Texpresiion de notre admiration et de notre reconnaissance. Leurs travaux sont
innombrables; cependant les opinions restent tellement contradictoires sur toutes
les questions relatives à cette terrible maladie» que Ton n'a pu jusqu'ici arriver à
une solution satisfaisante.
Cette contradiction» pour en dire tout de suite mon avis» je crois qu'on doit
l'attribuer à deux causes : d'abord à l'habitude de n'étudier le choléra qu'avec
ses complications» comme maladie épidémique; et ensuite» au désir inquiet
de déterminer le mode de propagation de la maladie avant même d'en connaître
la nature.
Je serai aussi concis que possible dans les courtes observations que j'aurai
l'honneur de présenter à cette savante assemblée. Je ne viens pas» messieurs»
ajouter une théorie plus ou moins hasardée à tant d'autres dont la science est
déjà encombrée, je réclame seulement de votre indulgence que vous vouliez bien
me permettre d'examiner avec vous les phénomènes principaux du choléra, afin
d'en saisir le siège et d'en connaître la nature.
Ce serait abuser de votre attention que de vous parler des symptômes et
d'entrer dans les détails de la pathologie. Les phénomènes constants» caracté-
ristiques du choléra sont : le froid pathologique» l'altération de la respiration et
la suspension de l'hématose, le flux intestinal.
Ces phénomènes» à peine perceptibles dans les cas légers» deviennent de plus
en plus marqués dans les cas de choléra confirmé.
Le ffM pathologique. — Ce froid n'est pas seulement l'efTet de la disparition
de la chaleur animale» c'est un froid actif envahissant tout l'organisme» à & ou
5 degrés au-dessous de la température de l'atmosphère ambiante» qui empoche de
récbauffer le corps tant que l'influence cholérique persiste. Il y a suppression
de toutes les sécrétions et suspension de la vie organique dans la profondeur
la plus intime de toute l'économie. Aussitôt que l'influence cholérique cesse» la
réaction se fait» même après le décès ; or, cette réaction ne peut avoir son siège
que dans les cellules élémentaires qui» seules jouissant de leur vie propre» peu-
vent ainsi réagir après la cessation de la vie générale du cerveau» du cœur et
de tous les autres organes.
Les cellules élémentaires paraissent donc être le siège du choléra.
L'aHUraJtkm de la respiration et la suspension de Vhématose. — La vitalité orga^
nique se trouve suspendue» et la fonction de la respiration ne se fait plus que
^p coMAks i|ftpicA(» nrrmNATioiiA&é ^ quayumi iiâiKm du mml
mécaniquement ; les poumons sont réduits à l'état passif comme daps un cadft*
TTC. L'haleine est refroidie ; Tair expiré n'a pas été attiré par la respiratioD^ et a
la même composition chimique que l'atmosphère^ mais à 5 ou 6 degrés au-
dessous de la température ambiante. L'hématose ne se fait plus; le sang, devenu
noir et poisseux, asphyxié, passe avec grand' p«ine dans les vaisseaux, et privé
de ses qualités vivifiantes, chargé de gas acide carboniquA, il j^orU la stupeur
dans tous loi drganéit.
Les cellules élémentaires sont ainsi frappées d'asphyxie, elles ne s'assimilent
plus les matières qui lotir sont apportées, ei la circulaiion capillaire s'arrête
dans toute l'économie. Le sang s'accumule graduellement dans les gros troncs
veineux et s' extravase facilement & travers les tissus, surtout à travers les mem-
branes séreuses et muqueuses, formant ainsi de nombreuses ecchymoses. Ces
faits, qui sont incontestables, ne doivent-ils pas nous faire COfidlM que l'as-
phyxie de ces cellules oonstilue la nature du oholéraî
L$ fim inUiHntU. -^ Ce flux» sans odeur, est composé pm^ua unlqtiemaitdt
sérosité dans laquelle flottent des eellules épithéUalea en plttf m tiMÀaâfsnBÀA
quantité ; on n'y trouve jamais de matière fécale*
i*ai cherché dans toutes les oecasloi» à démontrer qu'il n'y A nueuft vwt
entre la diarrhée et le flux intestinal qui, sous le nom da ehddrtBej a péndiiii
lw:igtemps cadié sa nature dangereusement ineîdieusat La diarrhë» cet le rM*
tat d'une surexcitation du canal intestinal, tandis que# chea 1m choUriq««t
l'intestin est dans un éUt passif, la fionotion de l'absorption est imt ft fiât sus-
pendue. « Dans les cas graves^ dit M. le proCesceur BealAi pfesqu» tentes lei vii*
losités, à partir du pylore jusqu'à la valvule iléo-cœcale, ont dû être dépeymiei
de leur couche épithéliale pendant la viei » Peorenterie.
Les villositéa sont fïrappées d'asphyxie, et les gaines épithdliaka qui s'en éiU-
Qbent sont entrainées par la sérosité qui baigne toute la mea^mae nuiqasms
du canal intestinal. Ce détachement des gaines épttbélialei ee fait pendant la ilii
et noua expose ainsi l'état des viOoaitds sous l'influenoe cheiériitte. U ne fÊtA
évident que l'asphyxie cholérique saisit en mAme tempe toutes le» eeUttlei âé>
mentaires de l'organiime; maïs comme elles ne se trouvent pas toutes éani la
Hitme condition de macération et de détachement que lea eeUule» épithéliaki
4a cenal inteitinal« et «ue d'ailleurs nous ne pontons le» examiner fn'»F«it ^
réaction, quand l'mfluence cholérique n'Miste plus, U noua sera tei^M»» *w^
difftcile de découvrir l'étal pathologique de» cellules âémentake» ches lei«l^
lériques. Les cellules qui sont frappées par l'inflnenfie. chdériqtm sent daei «
état d'asphyxie qui ressemble k V eSet du froid j Aussi ^e malade ne peniril soitir
de cet état que par la réaction*
Celte réaction, douce et facile dans les cas légers^ est difficile ei dangsTCOM
dans les cas grave». En efTet, il s'agit de ranimer et de mettre en mouveaisnth
masse du sang devenue inerict et de faire supporter l'action du sang artérisi ptf
lei organes qui en ont été plus ou moins complètement privés* Aussi oftte réic-
tien est souvent accompagnée de fiètre, le malade tombe fàcUemenl dans oo M
typhoïde, et dans les cas les plus graves, il succombe avant que la réscto
puisse se faire.
Quand la réaction est établie, la maladie change de caractère, le m'éWg»««»»
donc de mon si;get si je parlais de k fièvre typhoïde, des congestions, etc., i^^
qpï sont les résultats de la réaction.
J'avate éti 4:QnduU depuis longtemps à cendltfe qioa les cellules éUneotaii^
I» ^ onoiiiiiAi Bon siMi, sa NâïtfiiÉ. ^ eONtA^tôM. ââl
doiYèiit Atni le siège du eholët^^ el que Tàsphnie ddit être là nature de ta itia-
ladie, quand Tannée deniière, après la publication de ma brochure sur le dho-
lére# ma eralvielieii e ëlë cdnfifmée paf lé^ héûén Téih&tthei tnietoficoptques de
Mé le profitoseiir Biale» l'ateii lâètnë ftfltimieé dan» ma bi^)chure (page 51) què
cette déemiTerté wndt fUle» 9atl» ailculi d(mf6, di^i^e, les Vifchoi;^, les
Gb. Rolim, lei Baale troûtenmf têê ceDtdës altëfëe^i cotnme oti a déjà trouvé
les globuki du img ratAtltiAii
M. le ^nfeneur Beidë tii'atfoHite tiiréc bédtieout) de Meiivelllance à publiét,
dans la seconde édition de ma brochure, son travail suivi d'une planché repré-
sentent lee eellQlée éfUthUllélei eft ë^onttes déiaehéèi^ des viaorités. Quoique
dene ce travail U ne «lit questloii qtie dé là fflèmbrdfié fâttquèu^e du batial f nteâ-
tinal^ les résultats qnè M « Beale dôfl«(*té ioftt tëlléifteirt pôsitlft, qtl'il§ efilëvetif
tout dkmte vér le UégB et la iMtttfe dé là ittàlftiiié.
Permettez-moi, messieurs, de vous entretëtth* iil^^ pëildafit quelques
ioatente de la question de lA contait du èlMAéf a^ très«4mt)()Hfttite f>ar èllé-fnêffle,
el d'nne glande aetttaliléi Cette qtieétioti ëè t>oëë etl deè tefnieiS Meti âlfbples : Ld
cheldm eilrili oUi oa UeH^ atte rnsdadië ë(mtttglen$<e? Bt ëependdtit, thàlgré tant
d'ëeiite neottitiuMe fioii^ eisaf er de la résoudre, elle dèfnble rester plus obscure
que jamais. Tous les efforts des contàgiotit}fëté9 n'ont pu parvenir à ta ftdre avan-
cer d'uA eedl pee; ea contraifët n'dtii Abouti qu'à la retidre de plus en plus con-
fueei ItaMi son idtant rapport ftdt àtl ttdtn de là omntttièiotl eholsie par l'Acadé-
mie de médeeltie pettr analyser léë itinothbtableë traVàut tmr le thôlém con-
centra dans ses arehiveSiM» Mq^eti qui psniH d'àboTd àdâiettre le^ observations
des oontegionnifetes et letw dentier gftitt dé tauèé, est lui^méhie conduit par
l'infleaible lût^v^e à oonolnre indlreetéMétit qu'ils dut iurt et qu'Us Ue prouvent
rien. Ba effets après avoir dit : s QUitit âtt mode de propagation de la maladie,
les eneeignenients sont itttrêitiefttëtit eentntdietoire» ,' éepefidéUt 11 résulte de
l'analyse des faits les plus nombreux que la maladie détend de proche en
piO€lie# de maison à mdiseni de cottifilllilé à cOtnfliUfie, etc. Des exemple» non
meina imposant* par le nembre et pÉT l'AUfliétttieité sëitiblàiefit même établir
que le choléra est transIbisÉUMe â'iudividtt à individu» s 11 est obligé d'ajouter
immédiatement i « Tontofbis la cOmtniëMoA fié veut pal ié prononcer sur ce
si^t dilficile et obsear> eUe se b^rne à exposer lés fliits eh laissant à chacun lé
soin de les interpréter. » Qu'on pèse bien cette demiëtë phTase. M. firiqUet
cootiliiife : eDes tenlettfee d'itlOélilfttiens ont été Mtéë pdr lé» divers ObServà-
teten «f ce des mdtièfces {MVMaiil dêi eholérique» ; on n'a pà^ obtenu de résul-
tats positifs, d'où il faut conclure que le choléra h'éSt pohlt une malâdté viru-
lente. » Pour moi, ce n'est pas d'aujourd'hui que mes convictions sont arrêtées
5nr téi important N^et 6t fUé J'appàTtleU^ au camp deâ non-COntaglonniètes;
dene tu» stttiple ebsérvttiotli je résume leë graves HiiSoUs qui ont déterminé
cea eontviettotis qn'attcme élection sérieuse n'est venue Jamais ébranler un
se«l instant»
D'abord le ritoléni tte p6iH èiré une tnàlàdfe contagieuse, parce que les cho-
lëriqiies lie peuvent pefter en eut les gertné^ de la Contagion. Porter en sol les
germ^ de la contê||ion supposé ttn travail d'élaborfttlofi, une période d'inocula-
tion, comme cela a lieu pour toutes lès maladteil contagieuses, la peste, le
t^pbus, là iàvre jeune^ les fièvres érupttves, etc. Or, cé travail ne peut
avoir hitn ehee ks éholéfiques $ car aussitdt tf^jHA les malades sont atteints de
rittfl«eiiee thoMHqvtei teel travail or^nlqué céWaht, HnftUence cholérique
552 €ON€BfeS MÉDICAL INTERNATIONAL — QUATftttiUS SiANCE DV 8011.
doit nécesBairement s'éteindre dans chacun des malades, quel qu'en soit leur
nombre.
D'après ce qui précède, je crois inutile de discuter les opinions des honunfô
éminents qui se sont déclarés contagionnistes ou non-contagionnistes. Je respecte
leurs convictions; mais je ne puis me défendre contre la pensée qu'ils se sont
trompés peut-être, parce qu'ils ont voulu absolument trouver, dans les modes
d'invasion, et de propagation du choléra, des preuves à l'appui de leurs coQTic-
tions, avant de s'informer si les malades pouvaient se l'être communiqué les uns
aux autres.
C'est ainsi que, n'ayant pas notre opinion parfaitement arrêtée, nous n'avons
pu éclairer les gouvernements, et que nous avons à subir les conséquences de la
peur des populations, en nous laissant infliger des quarantaines.
Je crois devoir donner place ici à un fait remarquable qui vient de se passer
dernièrement au Corps législatif.
M. Berryer, le célèbre avocat, dans la séance du 19 de ce mois, demandait
que des précautions soient prises, afin que ce qui s'est produit, au sajet du
choléra, il y a deux ans, ne se renouvelle pas. II prétendait que le choléra anit
été introduit à Marseille en 1865 par les pèlerins de la Mecque. Fait qui, pour
en dire le moins, a été fortement controversé.
Son Excellence le ministre de l'agriculture et du commerce accédait à cette
demande, et, dans son discours, après avoir attribué, comme chose démontrée,
l'invasion de l'épidémie de 1865 à l'arrivée des pèlerins à Marseille, il ajoutait:
« Il (le choléra) a éclaté en Sicile et par un phénomène singulier, ce ne sont pas
les villes qu'il a frappées, ce sont les campagnes, et notamment les provinces de
Girgenti et de la Calatanisetta. La population des campagnes a reflué vers les
villes, il y a à Païenne (lO 000 individus venus du dehors. Cette population, qui
a fui la contagion, ne l'a pas emportée avec elle. Le choléra n'est ni à Païenne,
ni à Messine, ni à Syracuse. »
Mais le fait même cité par M. le ministre ne combat-il pas sa concession de>
quarantaines à M. Berryer? Ne prouve-t-il pas aussi de la manière la plus évi-
dente que le choléra n'est pas une maladie contagieuse?
Je termine, messiem-s ; je serais heureux si les courtes observations que j'ai
l'honneur de vous présenter pouvaient jeter de la lumière sur des questions
importantes restées jusqu'ici trop obscures.
En reconnaissant l'asphyxie comme le caractère pathologique du choléit,
nous pouvons nous rendre compte des phénomènes de la maladie, et, plus tard,
être conduits à en trouver la cause.
<
Depuis que j'ai eu l'honneur de déposer ce travail au bureau, le duoién a
continué à faire d'affreux ravages en Italie. Il se peut que les détails que noas
recevons par les journaux soient exagérés, mais, dans tous les cas, ils ne laissent
pas d'être très-graves. La peur est un sentiment essentiellement égoïste, et il e$t
facile de concevoir qu'une population eflarée abandonne ses malades et ses
morts. La superstition et l'ignorance sont toujours les compagnes de la peur;
aussi comprenons-nous comment, dans les moments de panique, le peuple est
porté à commettre toute sorte de violences et d'excès.
Eh bien, messieurs, il nous appartient, à nous médecins, de mettre fin à cet
état de choses, en éclairant l'autorité sur la véritable nature du mal, et en U
portant à supprimer tout ce qui est capable d'entretenir la peur, — les quann-
gHBmPTOM. — GBOLfiBA, SON SiftGB, SA NATURE. -^ CONTAGION. SSS
taines, les dësmfectants, etc.^ qui ne sont propres qu'à légitimer la peur aux
yeux de la multitude, et à déterminer précisément les effets désastreux que nous
voulons combattre.
Si, au lieu de recourir à tous ces moyens plus qu'illusoires^ on forçait les
populations à s'occuper actiTement de tous les travaux de propreté et d'hygiène^
elles seraient utilement employées et avantageusement distraites de leur préoc-
cupation du mal.
Je combats l'idée de la contagion de toutes mes forces, messieurs, parce que Je
la crois erronée, et ensuite parce que si le choléra n'est pas une maladie conta-
gieuse, la peur l'est, et d'une façon effrayante. Je suis persuadé que si, dans
cette grande assemblée de savants et d'honmies exerçant la plus grande influence
dans tous les pays de l'Europe, nous pouvions, d'une voix unanime, déclarer
notre conviction que le choléra n'est pas une maladie contagieuse, notre voix
porterait la confiance et la force au sein des populations craintives, et nous ren*
drions ainsi à l'humanité un service qui resterait à jamais mémorable dans les
annales de la médecine.
Encore un mot, messieurs : votre présence ici est une preuve évidente de la
non-contagion du choléra, car tous, vous vous êtes précipités auprès des malades
pendant les épidémies du choléra. Vous avez manié les malades, vous avez res-
piré l'haleine de leur bouche, vous avez trempé vos mains dans leur sang et
dans les matières contenues dans les intestins, etc. n est probable même que
vous vous êtes accidentellement inoculé en faisant les autopsies, tout cela sans
en avoir éprouvé le moindre déi*angement de votre santé. Quant à moi, mes-
sieurs, je suis si fort de mes convictions, que je n'hésiterais pas à demander à
notre illustre président, M. le professeur Bouillaud, et à notre savant vice-prési-
dent, M. Ricord, conjointement avec mon honorable collègue de l'hôpital, Gali-
gnani, qu'ils veuillent bien former une commission à laquelle ils adjoindraient,
autant que faire se pourrait, un médecin de chaque pays étranger représenté à
Paris, pour me soumettre à toutes les épreuves qu'ils voudront indiquer. Je me
coucherai nu dans le même lit avec un cholérique algide, je respirerai son ha-
leine aussi longtemps qu'on le jugera nécessaire, je m'inoculerai toutes les ma-
tières provenant du corps des cholériques ; en un mot, je me soumettrai, sous
leurs yeux, à tout ce qu'ils pourront demander de moi pour porter la conviction
de la non-contagion du choléra dans l'univers entier.
•M Q0IIOBI» IIÉM6A& unmmà-nmuaà «< ^tuniÉHi wumm m mb.
PAR M. LE DOCTEUR BONNET
iîketa&tr àê ia Ufloo (i*boaii6of ,
Àiiclaa protetiaiir éê ptUMlogte interae 4 VàetÀè êè mnlMihe ^ BoniMui, Me., «ie.
Quoique le chotëra n'exkte plus en France^ nous ne sommes pas ieUement
sûrs d'en avoir uni définitivement avec lui» qu'il ne soit utile et eonvmiable d'ap-
peler l'attention sm* les mofens àx^ai l'hygiène dispose pour prévenir le retour ie
cette cruelle maladie*
Je dis dont ï* hygiène (Uspow^ paixe que nous ne possédons auoune tnéthede,
aucun remède^ aucune substance qui puisse guérir constamment ou à peu près
constamment le choléra» et qui, par conséquent» en soit le spécifique.
Une chose également dont on ne saurait trop se pénétrer, c'est que le choiera
ne se communique que par rintermédiaire de l'air ambiant. Cette opinion, que
j'ai démontrée aiUtiurs de la manière la plus péremptoire, est celle de la plupart
des médecins européens; oUe est celle aussi des hommes de l'art que le gouver-
nement a Thabitude de consulter : ce qui le proUve, c'est le rapport que M. le
professeur tardieu fit au comité consultatif d'hygiène publique^ lé 18 Juin 1S66,
et que ce comité a adopta.
j^ai cru devoir, dès l'abordj insister sur ces deux points poilr aller au-devant de
quelques objections qu'on pourrait faire, et parce que le cboUra n'ayant ni spé-
cifique, ni la faculté de se transmettre par le contact^ il en découle naturellement
cette conséquence, que ce n'est ni à une médiôation spéciale, ni à notre ancien
régime sanitaire, mais atix règles ordinaires de l'hygiène, qu'il faut recourit' poor
s'en préserver. ,
Cependant, comme les idées de contagion prédominent aujoUhl'hui dans nos
départements méridionaux, et que le gouvernement lui-même semble chanceler,
depuis que les notables de Marseille lui ont adressé une pétition dans laquelle
ils le prient de leur accorder une administration sanitaire locale, ayant l'indé-
pendance suffisante pour se défendre contre la maladie, ce qui signifie, pour
quiconque connaît les Marseillais, que dans certaines circonstances, les cordons
et les quarantaines pourront être rétablis, je crois devoir rappeler, avant d'aller
plus loin, que les cordons sanitaires, au point de vue de l'isolement, sont à peu
près illusoires, puisqu'il est avéré que des milliers de maraudeurs et de contre-
bandiers les violent continuellement, quelles que soient la surveillance qu'on y
apporte et la rigueur des lois. Presque toujours, en outre, ils ont eu les plus
déplorables résultats? Que de fois n'ont-ils pas été une cause de ruine et d'ef-
frayante mortalité I Qui ne se souvient de ces villes malheureuses qui, cernées de
toutes parts et livrées aux angoisses de la peur et du désespoir, ont vu périr suc-
cessivement la presque totalité de leurs habitants : — A Marseille, en 1720, il
BÔttkMt. «^ noratLâXlI DU CMIUA44I01BOIi 5W
diôitrat, «ftindt l«8 unit pltii àê um Mm pènotiiiM» wilViM 1m auMi , pltii d»
tfordofi de tn)a{M« dmii mi l'atait entonrée. 81 oe «mM D'anUt pai été établi^
d ««t plilft 4ué probMd qtte lo «liUII« éa k momUté &• ëe M«lt ^ ékté au*
dêffitti de ddttJL ou tMl mllM, (|tti> on k lait, ait cilui éa l'épMémié da 1863 1 -«
à BareeltMia^ éh 1812^ là fllvra jauna oatsa d'axei^ar M» nita|a« amBitôl qu'ott
eut ôttvaH IM ponai d« la Yillè, et qua lel teaUiaiito purent aller an dahan rvM
pirar un ait pur a( Tlvlflaftt (1). fin prélética da fiaralls faiti, an a tndoaani palna
à eoneatnir qu'on Maga, lolt osieniiUèi0ént> soil iiiit)Uollaitiant^ à ravitilr à daa
maatmM firdYan^ei il dëiaitraiiëai.
On a axègéré l'fttnpartâ&ëa at laa airanlagaa daa quarantakiai) niak dlas ant» à
VtffpOÊé daa oOldoti»i una Intaiitaatabia uliUté» et ja aom|ii«ad8 fuë dans laa
cotiMrénoêi tatamattoiialèBi qui am au Ubh aft IBM et 1868| on ait été tmanima
à les mainteDir. Seulement, si du temps de notre ancien régime lAtillaira aUel
ëtiiattt tmp langnaii a^Jevrd'kni allOf lont \i9p etrartea t a'étatt preiqu^nna dëH-
itou dé laa atalr rendues fiundtatitel et réduites à ainq jouifa, y compHa la temps
de 1a tratnsée; mainteliftal qit'00 a déaidé (déarat du 38 juitt 1866) qde TobséN
Tation serait obligatoire et de trois à sept joursi à parti# du détefqileAatlty oeU
ne ttia parait paé snfBsattt 1 lel quaraot^as^ salon moii denaiaAt être da dix
joam t non compria la tavqil de la trayerséai
Une medifléldion égalaoïent qu'il serait sage d'y app^ari a'est d'aiiger que
lea indMdns Tenant d'un pays suspect fissent leur quarantaine dans Un kaarat»
au Uan de las laissnr sur las navires qui las ent pertes. Oahs les laaaretsi en eieti
il y a de Tair, de l'espace, des appartements, sinon des jardins vastes et oalubras*
Mas im Aatira^ au aontraire^ rien de tout oala n'âtista# et poar peu qu'il y ait de
malartrs à bordf les aooidants et les dangaffs dus k rencombremenl ne tardemnt
pae à i^y mattlfester. L'épidémie peut alofs prendre une intensité tallei que ee
sariH presque vouer à une mort aertaine caua qu'une réolusien de ce genre
expoeandt à sas atteintes.
On s'étonnera peut-4tra qua# repoussant les aordons^ j'approuve les quaran^*
taliiee« lUs la eontradiction ici n'est qu'iq»parente 1 les cordons at le» quaran^
talnea aont des moyens préventifs différents at qu'cm aurait tort de aonfondroi Lea
cordons ne s'entendent et ne doivent s'entendre que des mesures de séquestra*
tîoo qti'on prend pour isoler une ville, une oontrée, c'est^Mire des populations
(1) riflskis sar se fliiij pmê ^m ptaiisoN fsemauSi oetaMaaiit la Mm mi âmi
tmnéêêf praiansaai qae tf ssi grlaa sa aotdoo éfsiNi psr i» goavarasaieiit iheesls d^tmié,
i|aa aew avsns éU présatvés ds ki flèvrs Jtiuféi ak fa*it n'en asi riso. O'absrd !• sfrcM imik
û s'agU, bien <|m portant Is titra de cordon saoiUirSt n'était so f telUé qu'un faissmbiomset
da troapss ayant pour objet» et qui eut pour résultat la rétablissement ds Ferdinaud VU sur son
trdoa. Pour oe qui est d'interrompre las communications entre les deux pays« on ne s'en oc-
sopa par le moins dit monde i les contrebandiers, les Toyageurs allaient, Tenaient comme par
la passé, tl n'} eut réelteiAéAt dé léquéSiréé, oéil psi" lios soldats, liiSb ^af leé fcspagiiois, ^u6
Birealeaé, (tal dut i eetté masuf s uaiéneontrdttse ds psf df s uns benne partie ds ss popttte-
don, et qaf autaft floi par la fwt péffr Justfo^sa darntef hcmme, si, ann par la pitié, efflpsyés
pour eux-mêmes, et protiablement aussi par des menaces de révolte, les magistrats n'avaient
yeisswouft d'ouvrir las portas de la villa at daparanftlra aux babilaais d'aller dans les envi-
ssoa re^ar «a air plus pur et plus sslokws. Ga qu'il y a da ramarqaablai ^est qu^une fisis sa
pWa alMp, les oydkourewx aUslats de l'épidéaia sa tétsMirant pour la plupart at aa seniiaa»
niquèrent leur malsdie à personne.
SSe GOKGEtB MfiOUSAL IllXIMATKHfAL.!^Q0ATUfellS S&ARGE.DU SGO.
en matte ; les quanmiaines ne B'iq[>pliquent qu'aux naTirea ou kde petites agglo-
mérations d'indiyidus. Les cordons, indépendamment de la difficulté qu'il y a de
les organiser convenahlement, n'ont jamais et ne sauraient.avoir que les plus
déplonbles résultats; les quarantaines, au contraire, peuyent être d'une grande
utilité. La règle, sans doute, pour les maladies infectieuses, est la diss^^minstimi
des sujets; mais on conçoit que, lorsqu'un naTire arrive d'un pays suspect, il soit
d'une sage prévoyance de constater tout d'abord ^ les colis que la cale renferme
ne portent pas avec eux le germe de l'épidémie, afin de le purifier s'il y a liea;
on conçût également que, lorsqu'un équipage a eu des morts pendant la tra-
versée, il soit bien de s'assurer de l'état de santé des gens qui le composent, en les
plaçant momentanément, non pas dans un local étroit et mal espacé, mab dans
un lieu qui, par sa situation et son étendue, soit dans des conditions telles qu'on
n'ait pas à redouter les inconvénients et les dangers de l'enconkbrement ou de h
violation de l'air.
Le gouvernement convia, vers l'année 1865, quelques cours étrangères à fo^
mer avec lui une conférence, ayant pour objet de trouTor les moyens d'empêcher
à l'avenir les pèlerins de la Mecque de propager le choléFa dans les pays qu'ils
sont obligés de traverser à leur retour.
Cette conférence s'est réunie à Constantinq>le, mais les résultats qu'elle a
obtenus sont loin de répondre aux espérances qu'on en avait conçues, car la seule
mesure qu'elle recommande de prendre en cas d'irruption nouvelle du cbolén,
consiste à interrompre momentanément, c'est-à-dire pendant la durée de l'épi-
démie, toute communication maritime avec les ports arabiques et le littoral
égyptien.
Cela évidemment ne saurait paraître suffisant à personne, surtout si l'on ré-
fléchit : d'abord, que le choléra ne nous est pas venu de la Mecque en 1831,
18&0, 1853-54, et que, s'il a pénétré en Emx)pe par une voie différente dans
ces trois circonstances, U n'y a pas de raison pour qu'il ne puisse en être ainsi
dans une autre; puis, qu'il n'est pas probable que, dans des contrées où le bna-
tisme a poussé de si profondes racines, où les lois sont si mal obéies et ob la
civilisation est encore si peu avancée, on réussisse à obtenir Texécution pleine et
entière des prescriptions, quelles qu'elles soient, qu'on jugera à pn^ios de
faire (1). #
La conférence, il fkut le reconnaître, n'a pas atteint le but pour lequel elle
avait été organisée ; mais si elle n'est pas parvenue à découvrir un moyen sûr de
nous garantir du choléra, il est résulté du moins de ses déUbérations la confir-
mation d'un fait que j'ai signalé ailleurs : je veux parler de l'impossibilité où
sont les miasmes des marais du Gange d'arriver jusqu'à nous par les courants
atmosphériques. Voici conunent son rapporteur s'exprime à ce sujet :
« Quant à l'importation par les pèlerins venant par terre, elle est peu à crain-
dre, car l'expérience a prouvé qu'une longue marche par étapes dans le désert
avait contre le choléra le même effet que les quarantaines. L'an passé, les cara-
vanes parties de la Mecque, en proie au choléra, sont arrivées à Damas et à Sues
complètement purgées de la maladie* Depuis dix-huit ans que je m'occiçe de
(1) Ces prévisions, du reste, se sont pleinement réalisées : la Carrière mermnftXf de€èMS
publiait, II y a «pielqiie tempe, qne rien n'avait été changé sons le rapport sanitaire à Ojeddak
et à ikowndrie, et qve les masures préventives dont on a ftit tant de brait n'ont jamais élé
mises an pratique pour ces deux villes.
Wmrt. ^ fBOMTCAXIS DV CHOtiRA-llOBIKJS. S51
cette (piestloQ^ aucun fait, à ma connaissance, n'est tenu démentii* cette inno^
cuite. »
n serait donc bien temps qu'on cessât de nous entretenir de la migration des
miasmes cholériques et de la nécessité qu'il y a de s'y opposer. Ces miasmes
perdent constanmient leurs propriétés morbifiques à une très^courte distance de
leur point de départ. Tout ce qu'on ferait pour eux, on a beau dire, ne nous
procurerait pas plus que les cordons une bonne prophylaxie du choléra ; et si l'on
en excepte les quarantaines, il n'y a en définitive que les moyens dont l'hygiène
dispo6e qui, je le répète, puissent utilement servir à nous en préserver.
Voici quels sont, à mon avis, les principaux préceptes qui se rattachent à la
prophylactique du choléra.
On devra tout d'abord s'occuper de l'assainissement des localités infectées ou
menacées de l'être.
Ainsi, pour ce qui concerne les vUles, les bourgs et les villages, il sera du
devoir d'une sage administration de faire disparaître les causes qui peuvent
y favoriser le développement de répidémie. On nettoiera les égouts, on enlèvera
les aimas de matières putrescibles, on fera enterrer soigneusement et profondé-
ment les cadavres. S'il y a des marais dans les environs, on y pratiquera des
saignées ou des dessèchements.
Les habitations particulières, les établissements publics, seront maintenus ou
établis dans un état de salubrité convenable, en lavant à grande eau, en multi-
pliant les courants d'air, en pratiquant des fumigations, en ne laissant pas
séjourner dans les cours et dans les rez-de-chaussée les eaux de vaisselle ou
toute autre chose susceptible de donner une mauvaise odeur, etc.
n sera essentiel également de chercher à relever le courage des populations : — *
de la part des magistrats, par des consolations, une grande vigilance, des distri-
butions bien entendues de secours et de travail ; — de la part des médecins, par
beaucoup de zèle, un dévouement à toute épreuve, et de ces expériences hardies
qui, en même temps qu'elles rehaussent la dignité de Tari, exercent sur le vul-
gaire ime puissante influence. Mais on se gardera de publier chaque jour le
relevé des morts et des nouveaux cas; personne ne croit à l'exactitude du
chiffre donné, et en définitive ces sortes de publications n'ont d'autre effet que
d'augmenter l'épouvante et d'activer les progrès du mal. On s'est plaint amère-
ment, je le sais, du silence forcé que les journaux ont gardé au sujet du choléra
qui vient de régner à Paris ; mais pour quelques impatients, parmi lesquels
n'étaient peut-être pas les moins effrayés, la plupart des familles se sont estimées
heureuses de ne pas recevoir chaque matin un de ces bulletins qui portent d'or-
dinaire le trouble, la crainte dans les esprits, et finissent souvent par amener,
ches ceux qui les lisent, une prédisposition marquée aux atteintes de l'épidémie.
Q est bien rare aujourd'hui qu'on ne prenne pas dans la marine marchande les
mesures sanitaires pour maintenir les bâtiments dans des conditions de salu-
brité satisfaisantes. Toutefois il sera bon de veiller à ce que les armateurs et les
capitaines entretiennent la plus grande propreté dans les navires, y établissent
toute la ventilation possible et les munissent de boissons et d'aliments de bonne
qualité. ïl faudra aussi qu'ils les assainissent dans le cas de maladie, en les
déchargeant, en changeant le lest, en lavant le bordage ou se logent les insec-
tes (1), en grattant tout l'intérieur, et en le lessivant après avec une solution de
(I) On a observa depuis longtemps qoa toi nvelt ou cnclers (Blatta ameHcana)^ qui se
,118 GONGBfes MÉNlAli iffVMiV4|iQIH*<^0VAT»MsM8 HUtlOS, du son.
itbianm in fili««Xj qui k iét^^i 4a ci^t agent ay^q uiio qm de c^d^î y^e bien
saturée.
Ui (KMPMPiwi^Atimig dfi riutdrteur à l'^ipt^rieur ont tr^peq edotrib^é l
rtf|4Uldre U cl^d4m hon d# spn f^yer 4'«cUvité, n y n ^u contraire un danger
ipoontostabu à rsit^ dAin ce foyer. Qu ne doit donc pm (trç étonné «{ue ceax
qil4 ri^A u'y viUept cb^rchoQt i n'en éloignert Toptefoin m W peut que voir
Av^ç p«in« Î9i 4irii9ratûui9 considérables quîi en déb^t en ^elque sorte de Tépi-
déwe« sWectUâDt dajM çert^es eoutrjleii ; eUe» ont pour résultat constant
d'augmenter U ^yeuT de eeux qui restent ; eUes privent aussi lea indigents des
lecovni qu'une cbmitd effleaoe aurait pu lenr donner; ça^ il ne |kut pas le le
dissimuler, les personnes qui s'en Yont sont celles qq{^ par leur position de foi^
tune, savaient plu« 1^ natoe de nuittre en pratique ç« précepte dç r^yangUei qni
nous recommande de nous aimer les uns les autres et de nom al^Qr n^utueUe-
ment* Us dmigrautii d'&iUeunj n'ont pas tonjpun à f^ féliciter d'avoir quitté
laurs domiciles; ce n'est pas aller trop loin que de dire que plusieurs d'entre eyx
succombante alors que par des mepnrei hy{i4;iique8 bien entendue^^ ils eussent
piobablenient continué h jouir d'une bonne santé çhes eux.
Quoi qu'il en foiti au 9urplU9i des émigrations et de leurs suiteS| les personnes
qui, par devoir, par respect bumain ou tout autre motif| ne peuvent s'éloigner
d'une localité conte^éoi feront page^ont de sa conformer aux TifU% hi^i^
qne« que j'ai posées plua haut, c'ast4-dire faciliter les courants d'alr^ Uvei' à
grande eau» blancbir les muraUlei, etc^ etc. n sera bleui en outre^ qu'ellei
aient le nioini do relation» possibles avec les lleui^ qui sont les principaux fbjen
de l'épidémie. U est très-di^^çile d'appliquer aux maisons des mesures de séquea^
tration ; mai» les établissements publics qui y ont été souniis s'en sont parf^te-
ment trouvés* Loi iBÛtl de ce genre sont pour quelques médecins une preuve sao»
réplique de la contatfion du choléra; mais outre que j'ai démontré^ et qu'il eat
démontré pour h grande majorité des médecins de nos jours, «jue cette maladie
ne se communique pas par la contactj il est bon que Von sache que les mesures
préventives dont U s'agit exercent pour l'ordinaire une heureuse influence sur
le moral des personnes qui les prennent; il est bon que l'on eache également
que la séquestration partielle ou individuelle, si j'ose m'ei^primer ainsi^ n'est pis
applicable seulement au^ états morbides que le contact détermbiQ : il n'est pi^
une des affections qui se propagent par le moyen de l'air, dont on nç réuarisse
quelquefois h préieryer lei établissements publics par l'isolement} Il n'en est
pas une non plus dont on ne modifie avantageusement U marche et Ténergiei
en éloignant dei Ueu^ où elle r^e tout ce qui peut multiplier les foyers d'in-
fection i
Les bons eiTets de la séquestration, en tant qu'ion n'y a recours que peur !ei
établissements publics et les maisons dans les xilles atteintes du choléra, n'im-
pliquent pas qu'il soit utile et nécessaire de rappliquer à ces mêmes villes, c'est-
Mire aux populations en masse. Dans le premier cas, en eQfet, elle ne peut que
diminuer les chances d'infection, puisque^ d^une part, les individus qui s'y son-
mettent ont peu ou point de rapports avec tes principaux foyers de l'épidéonie, et
que, de l'autre, ils ne négligent aucun des moyens propres à entretenir autour
d'eux la salubrité de l'air et des lieu^. Dans le second^ au contrairei^ il est presque
Uenuent dans les bordages, oecasionnent uoe odeur très-désagréable, ee qui ne psul çi^feiiler
lax causes d^i existantes d*infecUon,
MNnilV. «aw fwnviiASfi W MOCÉiAilfOiMil*
impÉHiftlt 9t*mi ne daniia IMS au mtl «nt inteiifiU plui grandti (W , iH M9kkt
mérant des populafioi^ entières daai una onoainta plua pn moim airca»aarita»
FatiPiMplièra doit aan» cana ta viaiar davantafa» fi oomma la d^haaiMir et It paur
qui a'atafMraiii la plus louvaiit alo» des maaaes amimant iaéritablaniaiil aprèa
mu. rinaqbardination, la désordua, VinabsarvatkHi daa aivètéi da l'autorUd adnfe
piatimliva^ fl l'anautt qua las lumTaaux cas daviamient abaque jaup idn» «vavaa
et phia iu»iiihpaut«
Aillai doiw, la sappwaaiaii da la adqueatfatfan poof laa villat^ on, ai Tan aboa
■liMU, poor las gvaiidas agglmaéimlioiis d'iadlfldua, o'antvahM pas ealla daa
qnamntalnaa partiauliàref» et l'on ne aauiftit trop lea nMoniNiaiidar aux paiw
aonnea fbméai da aaatar dans nna vrilla aontagida. Il demeura bien aptandu,
tentefaia, que caa savtaa da qoaiqutaiaat ne daivent étpa api^Uqudes qu'aux éta»
Uiaeements poUiea et aux inaisena aainea, et dont les haMtanta jeuiiaent d'une
eertaine aiianaes aari pour lea domleilea insalubres ou eeeupda par des pauires^
l'autorité ferait très«a^aniept de ne paa y laisser sèyeunier les lôaladea et de lea
mettre dans des hôpitaux ?aitas» conveaiJilamaufc ventilés» atfl.« etc.
Bi| 48A9j M. le deeteur Buiq» aa fondant sur des reaberabea auxqueUea il
i'dtnit livré oooeamant l'action daa métavx en général» adressa à l'Anadéipie des
sciences plusieurs netea ayant pour ol^et de démontrer lea bona aflbts du cuivre eq
applieatipn exiérieure dana laa erampea et auttrea phénomènes nerveux du abo-
Ura. «r- En iêSl^ik» par suite d'une enquâte des plus vaates et des plua minuv
timiaea sur les diversaa induatriea qui s'exercent aur laa métanx, eo médeeiii se
erut mi droit d'attrmer que les ouvriers que leur prailmion met en eonteol
balûtunl avec des poussières de cuivre n'ont jamais le obûUrat el il en tira cette
eoneéquenoa que le meilleur moyen de préserver im individu de f ette erueUe
maladie» était da }ui couvrir le corps da lamcUes de cuivre ou de laitoii décau<i
pdea est plaquettes de S à • ddeimètres» sans bavures ni aapéritda (1)< ^ En t MU»
M. Bnrq reprit le cours de ses inveatigationai aMJourd'bm mime il les eontinue
encnro i mais s'il est Juste de loi tenir compte de wn aèla et de ses efforts» on
doit anaai k la vérité de reconnaître que le» réaultats qu'il a obtenue ne sont pei
aonfliinatift de son opinion. J'ai lu attentivement les divers relevé» atatiatiquea
qu'il a publiée» notamment œia qni ont paru cette année dana la Oositto lias
kô^iêanmi je ne crains pa» d'aMrmer qu'on n'y tronve nulle péri la preuve que
le ouiwf»* appliqué à l'extérieur» préserve du oboléra,
U eat généralement reconnu maintenant que le» émanation» qui »e dégagent
dee foams d'aisanees contribuent beaucoup à augmenter la nofnbra et }a gmvilé
des cas. Une des premières choses à faire» par conséquent» sera de vider eéUea
qm aoBt pleines» et de pesaer dana toutea indistinctement, eheqne deux ou teois
jeuin, une quentité plqs on moins grande d'un liquide ddainCBatant» pour en
eomger ot détruire la mquvaiae odeur.
Personne n'ignore qu'on a allumé de gmnda faux à Marseille» l'ansiée dernière»
dans le but de pur^ter l'eir. Cette pratique n'eat pas nouvelle» car Hippoerate la
eonaeiUa aux Aibéniena» à roeeeaion de la peste qui mvageait leur viUe$ maie ai
ellea été trop vantée par les uns» elle a été trop dépréciée per les autre». Le feu»
quoiqu'on en di»e» eat un excellent agent de piwiflcalion ; le tout est de remployer
(t) le l'ahscoM d'ipr»r»il spéslsl ocd'—qidnstfUsf pser adm yeseére dselpméaindoccs
de enivre, il voulait qu*oo remplaçât ces dernières par des otteosilet de ménage, tels que Xam-
beaux, bougeoirs» em9¥^j II»*
560 G0NGRË8 VlMGAL IirrBlllAT10RAt.*«QCAnibllE StAHCB DC SOtt«
arec méthode^ et de telle sorte qne les foyers allumés soient saffisammeot mol*
tipliés et entretenus, pour amener un résultat. '
n lût constaté, lors de la première épidémie (18S2), qu'à Paris, ainsi qu'à
Montsouris et à Passy, dans les usines de M. Benjamin Delessert, aucun des
employés à la préparation du charbon animal n'eut le choléra. Il fut constaté
également que, dans les contrées de TAngleterre, où l'on exploite le charbon,
on ne compta qu'un très-petit nombre de malades. La connaissance de ce fait
détermina Biet à administrer le charbon, d'abord à titre de prophylactique, puis
de moyen curatif du choléra. Dans le premier cas, il en faisait prendre 1 gramme
ou 2 par jour. Biet est le seul, si je ne me trompe, qui ait préconisé et mis
en usage cette méthode. Cependant, comme c'était un homme d'un grand sens,
de beaucoup d'expérience, et sous tous les rapports digne de foi, il me semble
convenable de mentionner les vertus préservatrices qu'il attribuait au charbcm.
Quelques faits tendraient à démontrer que le voisinage des tanneries est plutôt
avantageux que nuisible dans le choléra. Ce qu'il y a de certain, c'est que les
tanneurs semblent avoir été épargnés à peu près partout. 11 serait difficile de
donner une raison satisfaisante de cette immunité; mais je la signale parce
qu'on pourrait, le cas échéant, s'assurer si elle existe réellement, et s'il ne serait
pas possible d'en tirer parti pour la prophylactique du fléau indien.
Les médecins ne sont pas d'accord sur le régime à suivre en temps d'épidémie;
moi, je pense que les personnes habituellement sobres, et qui mènent une m
régulière, n'ont rien à changer au leur. En thèse générale, la diète n'est pu
nécessaire; seulement il convient de donner la préférence aux aliments doux et
de facile digestion; les mets très-épicéa, le porc, les viandes noires, etc., sont
presque toujours nuisibles; ce qui surtout est à redouter, c'est l'usage immodéré
ou simplement habituel du vin pur, des liqueurs fortes et généralement d»
boissons échauffantes. Ces boissons, je ne crains pas de l'avancer, ont pour effet
ordinaire de rendre plus apte à contracter l'épidémie; heureux encore quand
elles ne lui impriment pas un caractère de gravité plus prononcé. A Marseille, en
1865, les habitants avaient pour la plupart renoncé aux fruits, aux légumes, aux
boissons fraîches ; ils se nourrissaient exclusivement de viandes substantielles, ne
buvaient que des alcooliques, des infusions excitantes, du thé, de la verveine, de
la sauge, de la chartreuse verte, de l'essence de menthe, de l'alcool camphré [!}.
Qu' est-il arrivé? Us ont par là irrité, surexcité outre mesure les voies (ligestites;
Us se sont mis dans la situation la plus favorable pour recevoir les atteintes da
choléra; je dirai plus, pour le rendre plus intense. Et c'est en réalité ce quia
eu lieu*
Si le régime qu'avaient adopté les Marseillais mérite d'être blâmé, il doit assoh
rément en être de même de celui qu'un médecin de... prescrivait à ses clients,
qui consistait, dans certaines occurrences, à leur faire prendre, de quart d'heure
en quart heure, un petit verre de rhum ou de vieux cognac.
Les ihiits verts ou avariés doivent sévèrement être défendus; il sera aussi d'une
sage prévoyance de s'abstenir ou du moins de n'user qu'avec beaucoup de râerre
des fhtits qui, comme les melons, les pastèques, etc., disposent à la dianiiée;
quant à ceux qu'on appelle vulgairement sucrés, leur innocuité est parfaite, quand
ils sont arrivés à une entière maturité, et Ton aurait tort de s'en priver.
Ce n'est pas ici le lieu de parler de la conduite à tenir dans la diarrhée pré-
(i) Manria (de MarseiUe), Gasette dss Mpitaux^ année 1865, n* 116.
BONNET. — PROPHYLAXIE DU GHOLËRÂ-liORBUS. . 56t
monitoire : lorsqu'elle existe^ le fait est d^ assez grave pour que le malade ne
se soigne pas lui-même et fasse appeler un médecin. Mais il est d'une nécessité
absolue pour tout le monde de surveiller avec attention les dérangements intesti-
naux qui surviennent pendant le cours d'une épidémie^ afin qu'on puisse sur-le*
champ, en quelque sorte^ leur appliquer les secours de l'art.
L'expérience et l'observation ont démontré depuis longtemps que l'absorption
est infiniment plus active avant qu'après le repas : il conviendra donc que les
personnes qui demeurent dans une localité contagiéê aient soin de ne pas sortir
le malin sans avoir au préalable pris quelque chose. A plus forte raison, les
médecins et les élèves qui font le service des hôpitaux ne doivent-ils pas être à
jeun au moment de la visite ; il sera prudent également de leur part d'avaler le
moins possible leur salive^ c'est-à-dire de cracher souvent : la salive est un moyen
puissant de transmissibilité^ et l'on ne saurait trop se pénétrer de l'utilité de la
précaution que je recommande.
Il sera bien de maintenir la peau dans un état parfait de propreté par des bains
généraux^ le changement fréquent de linge^ etc. ; on devra aussi tâcher d'en
activer les fonctions par des vêtements chauds, des bas de laine, et l'application
d'une ceinture de flaneUe sur le ventre.
Quant aux boissons froides qu'on remplace assez généralement aujourd'hui par
des boissons chaudes, je pense qu'on n'a aucune raison plausible pour cela. Les
boissons froides sont utiles et indiquées en cas d'épidémie; mais il faut s'en
abstenir lorsqu'on a trop chaud et que le corps est baigùé de sueur. Le premier
cas de choléra sporadique que j'ai eu occasion d'observer dans ma carrière médi-
cale civile (1817) est relatif à un homme qui, après avoir passé toute une journée
du mois d'août à bêcher un champ, but à son retour, et pendant qu'il était en-
core tout en nage, deux bouteilles d'eau très-froide : la mort eut lieu en trente
ou trente-six heures.
Une chose enfin qu'O importe de consigner ici, c'est qu'un exercice modéré,
le calme de l'esprit, des distractions agréables, seront particulièrement avanta-
geux aux personnes qui mènent une vie sédentaire, se livrent habituellement aux
travaux de l'intelligence, et vivent, comme on dit, plus par le cerveau que par
le corps. Il serait à désirer, sous ce rapport, que chacun pût, dans sa plus ou
moins petite sphère, imiter un grand diplomate qui, en 1832, mit de côté les
livres, les affaires, la politique, pour s'entourer de gens aimables, et oublier dans
leur société le danger dont il se croyait menacé.
M. Marcovlts (de Buch^rest). — Je n'aurais pas osé prendre la parole sur une
question aussi importante, si je n'avais été chargé par le gouvernement de mon
pays d'étudier le choléra dans la Moldavie et la Yalachie. Je n'insisterai pas
sur la question de contagion : ce point est très-bien traité dans un article de
M. Gamier. Toutefois je ferai observer qu'il y a trente-cinq ans, l'illustre Graves
avait déjà remarqué que le choléra suivait toujours les grandes voies de com-
munication, soit par terre, soit par mer.
En Moldo-Yalachie, il a toujours suivi la même route, toujours il a pénétré du
sud au nord.
M. Sbnmpton a proposé de foire des expériences sur lui-même> — mais cela ne
prouve pas la non-contagion. — Toutes les maladies ne sont pas transmissibles
de la même façon. — La syphilis se donne par inoculation, il n'en est pas de
36
SOS CONGRÈS llÊDlCAL INTËtlNJkTtON AL. —QUATRIÈME S^ARCE DU SOIR.
même da choléra et du typhus^ Gomme le typhus, le choléra est une maladie
lilf^ctieuse<
Je terminerai par quelques mots stir le traitement. — Voici ce que j'ai M t
Bueharest. J'ai séquestré. J'ai empêché lés inhumations autour des églises pa-
roissiales, comme cela se fait encore dans mon pays ; j'ai fait placer sous des han-
gars éloignés de la Tille la population pauvre. Je suis arrivé à récueillir ainsi plus
de ^000 juirs qui, chez nous, forment la pailie la plus misérable du peuplé. —J'ai
pu ainsi diminuer très- vite la mortalité. —Je fterài encore iihé obsertatiôti, c'est
qtt'à Bucharest, le choléra n'a frappé que la classe pauvre^ il A été tout à tait une
maladie de inisère.
M. Croeq (de Bruxelles). — Je n'ai pas l'intention de faire la théorie du cho-
léra ; je dirai» toutefois, que la théorie de l'asphyxie, proposée par M. ShrimptoD,
lie m'a nullement séduit : ce n'est pas le phénomène primordial; je ne veui
parler que sur la contagion, qui pour moi n'est pas douteuse.
Peut-être, messieurs, quelques personnes trouvent-elles qu'il est plus huma-
nitaire de nier la contagion; en acceptant la contagion, on peut craindre que les
malades soient abandonnés.
Je ne le pense pas. La doctrine de la non -contagion est sans doute plus con-
solante, mais il vaut mieux dire la vérité; et l'on combat avec plus d'avantage
l'ennemi que l'on connaît.
Moi aussi, messieurs^ je me laisserais^ inoculer du sang, et je ne courrais
aucun danger. Toutes les maladies, en effet, ne sont pas contagieuses de la
même manière. Ainsi, vous pouvez inoculer le pus de la gonmrhëe et de
rophthalmie purulente sans rien produire, quoique ces maladies soient virulentes.
Mais portez ce pus sur une membrane muqueuse, et alors vous verrez. Eh bien!
il y a un piincipe contagieux particulier pour le choléra; ce principe se trouve
dans les déjections^ et j'accepte en partie les résultats des remarquables travaux
de l'école dé Munich, de Pettenkofer.
Je citerai quelques faits :
Il n'y avait pas encore de cholériques à mon hôpital. Un homme fort, vigou'
reuxj atteint d'eczéma, passe la nuit près d'un cholérique. Le cholérique
guérit ; et celui qui avait passé la nuit près de lui est pris au bout de vingt-
quaiire heures, et quarante-huit heures après il était mort.
bans un village aux environs de Bruxelles, un médecin myope, ayant oublié
son binocle,' prit le choléra en inspectant de près les matières des déjections.
On a pu suivre le transport du choléra dé hameau en hameau.
Les expériences sur les animaux prouvent aussi la doctrine de la contagion :
m«ds tous les animaux ne sont pas égalenieht susceptibles. Chei lé chiéh, l'ei-
périence réussit très-bien : en lui laissant avaler des déjections cholériques, îe
chien succombe très-vite (en vingt-deux heures), en offrant tous les symptômes
du choléra.
Quant à la prophylaxie, je nie range encore à l'opinion de l'école de Munich :
c'est par la désinfection que l'on peut prévenir le choléra. Pour les quaran-
taines, je les repousse comme contrah*es à la liberté individuelle.
M. BevlUotii dit que le mot contagieux est mal choisi, en ce qu'il rapp^e 1^
mot contact* Pour qu'une maladie sott contagieuse par le ooRlnct, U fout que les
sécrétions cutanées soient imprégnées d'un germe morbide, ce qui n'a pas lieu
dans le eholét««
BBVILLODT* — COITTAGION DO C&OlËRà» 563
M. Hevitlout s'est enTeloppë pendant plu^eurs nuits de couvertures impté-
§:nées de sueur de cholériques, et il n'a pas eu le choléra.
Mais une maladie peut être trànsmissible auti-ement que par le contact»
On a dit que ie chc^ëra ne pouvait pas être contagieux^ ti'a^nt pas dé période
d'incubation.
Mais au contraire, lorsque des navires foi^t escale dans Xm pays oil règne le
choléra et y prennent des passagers, il arrive souvent que le troisième, qua-
trième ou cinquième jour, quelqu'un de ces passagers est pris du choléra^ dont
il portait le germe en lui depuis rembarquements
Sur le navire qui conduisit M. Hevillout en Egypte, un Maltais est mort ainsi
trois jours après avoir été pris à Malte où le choléra régnait ; et, dès le len-
demain, il se trouvait sept cholériques à bord.
M. Revillout croit donc que le choléi*a peut se transmettre d'homme à homme,
être transporté par les caravanes et par ks navires ; tous les ftdts qu'il a ohseN
vés pendant sa mission en Egypte confirment cette idée.
M. Revillout demande que cette question soit conservée à l'ordre du Jour du
Congrès, Jusqu'à ce que le^ membres étrangers aient pu contribuer à la rë*-
soudre par leurs observations personnelles.
H. BhHaii^téM. — On voit que le choléra se déclare che£ des iniiyhridufi Éé^
questrés ; il n'est donc pas contagieux.
On a dit qu'il allait d'étape en étape, mais souvent il enjambe.
M. Casalas a fut remarquer, contre la doctrine de la contagion, que le choient
se montrait en même temps dans beaucoup de points éloignés les uns des
autres.
J'ai interrogé beaucoup de médecins de l'Inde, et aucun d'eux ne croit à la
contagion. ^ Enfin> à Calcutta, depuis plus de vingt ans, les employés de l'hô-
pital n'ont jamais pris le choléra.
M. SenH F^vre. -^ Discuter entre la contagion et l'infection, à propos du
choléra, demanderait toute une longue discussion. Non partisan de la contagion
en principe, je viens présenter au Congrès ce qui se rapporie à un point des plus
importants de cette épidémie, à savoir : sa marche pai* foyers et sa naissance au
milieu des agglomérations d'hommes. En Egypte, où j'ai pu étudier l'épidémie
de 1865, cette vérité m'est devenue évidente. Le choléra commence toujours
dans une masse. La caravane qui l'apporie de la Mecque marche m troupe^ et
elle séjourne près du pori, au milieu d'une population pauvre et partant concen-
trée. Effrayée par le mal, la population riche se réfugie en ses maisons de plai-
sance à Ramlé, et aussitôt un foyer s'y déclare. Du Caire, des voyageurs nombreux
s'enfuient à Alexandrie, et le choléra augmente dans cette ville au fur et à me-
sure de l'agglomération.
Au Caire, ie choléra sévit dans les couvents catholiques qui servent en même
temps d'école; la mort fait le vide. On dissémine une partie du personnel, et
les personnes qui restent aux lieux d'infection demeurent indemnes, bien que
quelques-unes viennent faire le service en nos ambulances de cholériques.
Dans l'isthme de Suez, mêmes effets* Ici les centres sont distincts, et l'ob-
servation y était facile. Dès le début, des milliers de Grecs s'enfuient, et c'est
autant de prise de moins qu'aura le mal. De Suez on ne vient guère, de Port-
Saïd ou ne vient pas. A Zagazig, grande ville de commerce près du ^û, le mal
56& CONGRÈS MEDICAL IMTERNATiONAL. — QUATRIÈME SÉANCE DU SOIB.
sévit avec force. Eh bien! à Ismaïlia^ capitale de Fisthme^ sur 15Q0 habitants
300 meurent en trois, jours. Tout Tétat-major de Tisthme^ M. |de Lesseps en
tête^ était là. Eh bien ! après huit jours le mal cesse^ et c'est la masse des tra-
vailleurs qui est frappée; pas un chef n'est atteint. Supposons que le mouvemeDt
de population existe^ et l'épidémie continuant par reconstitution de foyer^ l'état-
major lui-même eût fini par être atteint. Car ainsi va le mal, de la base au
sommet, du peuple à l'aristocratie. La même chose a eu lieu en Crimée pour lo
typhus. Pas un général, pas un colonel n'en est mort ; 30 000 soldats ont suc-
combé, et dans les ambulances 90 médecins sur 300 ont péri, quand dans les
régiments aucun n'était atteint.
Pour le choléra, la loi du foyer m'est appainie jusque dans le lazaret d'ÂDcôue.
Il m'a été démonti*é, par statistiques fournies par le médecin, qui était coûta-
gionniste, que c'est du lazai*et qu'était partie l'infection, d'où elle s'est propa^'éo
dans la ville^ barrée à son arrivée par les hautes coUines qui empêchent la veuli-
lation de s'opérer d'orient en occident.
La conséquence, c'est qu'en présence du choléra, le système d'hôpitaux fiies,
et dans lesquels la masse se renouvelle sans cesse, est contraire et funeste, il faut
des ambulances mobiles, des hôpitaux volants, et loin des centres pour la seconde
période et la convalescence. 11 faut des médecins extra, prenant en main la dic-
tature pour combattre le mal ; il faut renvoyer les pauvres en les installant au loni,
ou renvoyer les riches en exigeant d'eux qu'ils laissent la somme nécessaire p<>iu
pratiquer la meilleure hygiène des pauvres. Une fois cela admis, qu'on preniu'
les mesures sanitaires prescrites relativement aux déjections à détruire, en le>
enfouissant dans la chaux, en enterrant les cadavres en des lieux particu-
liers, etc., rien de mieux. Mais qu'on n'oublie pas que la mori marche ys^
masse, et que les foyers s'éclaiixissent par la mort, ce qui fait cesser le mal v*
sUiif et sans contagion ultérieure ; ce qui montre qu'il convient de vider les
foyers au plus vite, et d'éteindre la mort par des soins rapides et entendu^
donnés à ceux qui sont frappés.
]II.p4WMUiftkl dit quelques mots contre les prétendus elTets de la désinfecti(»n,
et appuie ses affirmations de quelques faits observés sur des individus evposts
sans cesse aux émanations des immondices.
La séance est lovée à six heures quarante minutes.
SÉANCES SUPPLÉMENTAIRES DU SOIR
CINQUIÈME ET DERNIÈRE SÉANCE
• • • '
Mardi 27 août, à 8 heures.
Lectures :
MM. Gahrigou-Desarênes; (Pai'Ls). — De l'otu^copie. Application de l'otoscope à
r étude des lésions du tympan.
MouRA (Paris). — L'acte de la déglutition devant la physiologie.
Uavreux (Liège). — Note sur un moyen préservatir de la coqueluche.
Dbsprez (Saint-Quentin). — Traitement rationnel de la période aiguë du
choléra asiatique.
Fhemaux (Paris). — Du choléra-morbus asiatique.
PozNANSKi (Saint-Pétei'sbourg). — Traitement du choléra.
Mattei (Paiis). — De la souffrance de l'utérus pendant la grossesse chez la
femme.
Kristeller (Berlin). — Expressio fœtus. Nouveau procédé opératoire au
moyen des manœuvres externes.
DisrrssioN : MM. Mattei. — Lazarévitch (Kharkoiï). — Kristeller. — Avrard
(la Rochelle). — Zaleski (Kazan).
Slitk des lectures :
MM. Baccelli (Rome). — Sur le véritable enipyème.
Mazzoni (Rome). — Des calculs de la partie profonde de Turèthre.
Wredex (Saint-Pétersbourg). — Sur une nouvelle opération contre la surdité
et les bourdonnements» la sphyrotomie (résection du manche du mar-
teau).
Lazaréwitcii (Kharkod). — Instruments pour les opérations obstétricales.
l>rocès-verbal de la séance par M. le docteur Ball, secrétaire du Congrès.
566 GONGBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — CINQUIÈME SÉANCE DU SOUL
CINQUIEME SEANCE DU SOIR.
Président M. Bouillaud.
Vice-prési(knis • « » . • MM. PalascUno et Teissiar.
Secrétaire de la séance , • M. Bail.
BE l/OTOSCOPIE.
APPIilCATIOMS DE li'OTOSCOPfi PABABOIilQVR
A li'ÉTCBE DBS liÉSIOUS BV TYMPAM
PAR H. I,E POCTEUR A. GARRIGOU-DESARÈNES.
Lorsque nous jetons un regard sur les travaux accomplis dans ces dernières
années pour faciliter le diagnostic des maladies des yeux et du larynx^ nous
voyons quelle large part est faite aux moyens d'examen direct.
Eh biçn, dans les maladies de l'oreille^ la nécessité de bien voir le tympan a
peut-être encore plus d'importance. En effet, le diagnostic d'une maladie de
l'oreille ne peut être bien assis et sérieux qu'après un examen minutieux du
kmi du conduit nuditif, et si un bon éclairage est alors indispensable, quels ser-'
vices ne rend-il pas encore dans le traitement du plus grand nombre des mala-
dies curables de l'appareil de l'ouïe.
De tous les moyens employés pour éclairer Toreille, c'est à la lumière artifi*
cielle que je donne la préférence.
De plus, désirant me servir des lampes les plus simples et que l'on trouve par-
tOut| c'est dans la puissance du réflecteur que j'ai voulu trouver le moyen de
bien éclairer le tympan. Dirigé par cette idée, j'ai eu recours à un réflecteur de
forme parabolique, car nous savons tous qu'un point lumineux placé au foyer
d'un tabç bien po}i de forme parabolique envoie tous ses rayons parallèlement.
Maintenant, afln de réunir le faisceau lumineux sur le tympan, j'ai placé à
rouvftrture de la parabole un verre plan-convejike ayant un foyer de 18 centi-
mètres.
Ce verre est doublé d'un autre verre teinté en bleu ; cette couleur, formant le
complément de la teinte jaunâtre de la lumière de la lampe, donne une clarté
très-blanche.
Tels sont les principes d'après lesquels j'ai fait constmire l'instrument dont je
me sers, et qui, grâce à sa légèreté et à sa construction, qui lui permet de se
monter sur toutes les lampes, peut être employé à tous les instants chez le ma-
lade aussi bien que chez soi.
Avec cet otoscope, je me sers, pour redresser le conduit auditif et abaisser les
poils qui empêchent k lumière ^e pénétrert d'un petit «peculutn ori$ bivalyet
très-léger, qui se mancpuyre d'une seule main e( reste ouvert au point d'éparte-f
ment voulu^àTaide d'une petite crém^llère mpe ayec le bout du doigt. Le petit
écran qui se monte à volonté sur ce spéculum e^t destiné à protéger 1/9 pavillon
de l'oreille de la chaleur asse^ v^ve donnée en même temps qu'une forte
lumière.
T^l est l'instrument qui complète mon otoscope parabolique pour Totoscopie,
ou examen du conduit auditif externe ^t du tympaq. L'otoscopie de U caisse n
lieu à Taide du catbétérisme de la trompe d'Eustache.
Ici Qfi se propose souvent deu^ buts :
i* Dilater la trompe rétrécie, ou bien 2^ pousser de Tair dans la caisse.
Si l'on a affaire à un malade dont la trompe est dans l'état normal, et que
l'on veuille simplement pousser de l'aii? soit pour juger de l'état du if mpan et
voir si ses mouvements sont libres, s'il n'y a pas (l'adhérence, etc., la méthode
de Polit^er est très-simple et je la recommande. Mais si je veux dilatev la
trompe à l'aide d'une bougie et pratiquer le catbétérisme, je procède d'apr^
une méthode qui m'est propre et à l'aide de sondes ayant une courbure moulée
sur la forme et la direction du cinquième inteiiie de la trompe, et alors évitant
le reproche ^dressé par Malgaigne ^ux sondqs d'Itard, je puis faire pénétrer de9
petites bougies de baleine jusque dans les caisses.
Voici ma méthode de catbétérisme, savoir deux points de repère :
1^ Le plancher de la fosse nasale où Ton opère;
2^ La cloison des fosses nasales jusqu'à sa partie postérieure.
Ainsi la sonde étant engagée sous le cofnet inférieur, le bec directement en
bas, je suis le plancher en touchant de temps en temps la cloison. Dès que le bec
arrive à la partie postérieure de la cloison, je fais faire à la sonde un demi-tour
en dehors, et je toipbe alors inévitablement dans l'oriôcc de la trompe. Dans ce
dernier temps il faut avoir soip, tout eu tournant, de sentir avec le bout de la
sonde le plancher de la fosse nasale.
On peut voir assez facilement le tympan ^ans des oreilles saines, quand le
conduii auditif est large et présente une faible courbure ; c'est ainsi que s'expli-
que l'exploration à l'aide de la cuiller reprise par Triquet. Mais nous savons tous
que de difQcuItés on rencontre quand la peau du conduit auditif est gonflée et
enflammée à la suite des maladies du tympan, de la caisse et du conduit auditif.
Dans le tympan sain, présentant sa coloration d'un gris clair, on voit le plus
facilement du monde avec mon otoscope le triangle lumineux signalé par Wilde,
le manche du marieau^ la concavité de la membrane, que fait encore ressortir la
saillie produite par la petite apophyse du marteau.
Cette concavité et cette saillie semblent et sont en effet très-exagérées l'une
et l'autre à la suite d'aflections chroniques de la caisse, par exemple dans le
cataiThe rhumatismal cl^ronique ; dans cette lésion, la membrane a perdu son
brillant, elle est blanchâtre, le triangle de Wilde ne se voit presque plus, et l'au-
dition est très-faible.
Le tympan, comme je viens de le dire, apparaît h l'otoscope comme translucide
et avec un certain éclat à la surface. Cet éclat disparait même à la suite des
injections d'eau ou d'huile. En ce moment, je rencontre journellement un
accident des plus simples et qui effraye les malades.
Nous sommes dans la saison des bains froids : je vois des personnes, qui la
566 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — CINQUIÈMB SÉANCE DU SOIR. '
veille ou l'avant-veille, sont devenues subitement soui'des d'une ou des deux
oreilles à la suite de Timmersion de la tête. A l'examen, je rencontre une masse
cënimineuse, qui se trouvait là depuis longtemps, et qui, ne bouchant pas com-
plètement le conduit auditif, laissait Foule intacte.
Sous l'influence de l'eau, cette masse s'est gonflée et le conduit se trouve com-
plètement bouché.
Après avoir enlevé ce corps étranger, il s'écoule souvent quelques gouttes
d'eau, retenues entre le tympan et le bouchon.
La membrane présente alors cet aspect terne et dépoli dont je parlais. Malgré
cela, l'audition se rétablit^ et en examinant le tympan cinq ou six jours après, tout
est rentré dans l'ordre.
Je vais parler d'un accident malheureusement trop commun à la suite des
otites et des myringites : ce sont les perforations tympaniques. Il est très-impor-
tant de bien voir le siège de ces perforations.
La membrane tympanique détruite dans ses deux tiers inférieurs laisse assez
souvent, une fois l'écoulement tari, une bonne audition (50 à 60 centimètres à
ma montre).
Aussi je ne crains pas, quand un écoulement venant de la caisse traîne en lon-
gueur, d'élargir la perforation vers la partie inférieure de la membrane pour
faire pénétrer les médicaments sur la muqueuse de la caisse. Une perforation
souvent très-petite, siégeant vers la partie supérieure de la membrane^ entraine
la plupart du temps une surdité très-forte et incurable, quand on n'a pas fait
cesser promptement l'écoulement.
On confond quelquefois une petite tache sanguine sur le tympan avec ane
perforation; mon otoscope m'a permis souvent de constater cette erreur.
Les polypes, soit qu'ils prennent naissance sur le tympan ou dans la caisse,
d'oîi leur développement les amène à déchirer la membrane si celle-ci existe
encore, ce qui est très-rare, et à se monti*er dans le conduit auditif, demandent
à être éclairés parfaitement pour bien les opérer et achever de les détruire com-
plètement en ménageant le plus possible la membrane tympanique.
Je les opère à l'aide d'un petit écraseur linéaire avec lequel j'exerce le
moins de tractions possibles, puis je cautérise le pédicule avec du nitrate d'ar-
gent que je porte, en m' éclairant bien, directement sur la partie à détruire.
Combien par cette méthode ai-je fkit cesser d'écoulements, qui dataient de plu-
sieurs années, et qui avaient résisté à toutes les formes d'injections.
Je ne ferai que citer pour mémoire les corps étrangers introduits dans le con-
duit auditif extenie, et quelquefois, après un séjour assez prolongé, tombés dans
la caisse ; les fongosités du tympan ; les divers aspects de cette membrane pen-
dant l'insufflation de la caisse dans le catarrhe chronique de cette partie, suin de
présence de muco-pus avec ou sans adhérences.
Dans toutes ces circonstances, un bon otoscope est le premier moyen de dia-
gnostic et de guèiison place enti*c les mains du médecin.
MOUIIA. — L'AGTB de la DÊGLUTlTiOIf MVANT LA PHYSIOLOGIE. 56ft
li'ACTE
liA DÉGIiVTlTION DEVANT liA PHYSIOIiOGIE
fAE M. LB DOCT£Ua MOUBA.
La découTerte de toute yérité dans les sciences est une conquête de l'esprit
sur la matière. Elle est toigours un progrès, une révolution quelquefois. Exem*
pie : vapeur j électricité.
Celle que j'ai l'honneur de soumettre au Congrès appartient à la série médico-
physiologique ; elle concerne l'acte de la déglutition.
Au premier abord, il paraît fort étrange qu'un acte accompli par l'homme, en
mangeant, en buvant, en avalant surtout sa salive, c'est-à-dire d'une manière
incessante, ait, jusqu'en ces derniers temps, délié les investigations de toute
sorte, les expériences les plus variées.
Pourtant il ne s'agissait pas de mettre son intelligence et sa raison à la torture.
la métaphysique et la philosophie n'avaient rien à y voir.
Pourquoi donc l'esprit est-il ici resté au-dessous de sa tâche ? Pourquoi les
physiologistes ont-ils établi une théorie erronée, un mécanisme fictif et non réel
de cet acte?
C'est que pour aniver à la découverte d'une vérité dans les sciences positives,
il y a deux voies : l'une directe, c'est la voie des faits, de l'observation; l'autre
indirecte, c'est la voie de l'hypothèse, de l'imagination. Autant celle-ci est incer-
taine et sujette à l'erreur, autant celle-là est sûre et vraie.
L'étude de l'acte de la déglutition a été faite par la méthode indirecte jusqu'à
présent.
L'impossibilité de soumettre les organes du fond de la gorge à l'observation
immédiate de nos sens, la part inégale que chacun d'eyx prend à l'acte de la
déglutition, la rapidité avec laquelle cette fonction s'accomplit, les difficultés de
r expérimentation sur le vivant, tout s'opposait à laisser pénétrer la lumière dans
ce coin obscur et mystérieux du corps humain.
Quand on veut, eu effet, se rendre compte de quelle manière les traités de
physiologie expliquent le mécanisme de l'acte de la déglutition, on y trouve ce
qui suit :
1" Au moment où la déglutition va s'accomplir, les aliments sont réunis sous
forme de bol sur la base de la langue, immédiatement en avatit de l'isthme du gosier.
2® Pour passer de la bouche dans l'arrière-gorge, ils traversent l'isthme et sont
romprimés réciproquement par la base de la langue et le voile du paiais,
3** Pour arriver ensuite dans la partie inférieure du pharynx, ils sont poussés
en bas par les piliei*s du voile du palais,
&• Pendant ce passage, l'épiglotte est abaissée et ferme le larynx à la manière
d'tm opercule.
S7Cr G6li6BÈ9 yfiaiGAL |{|TBftN47iaBiàL.'^CIIiQUikllS SÉANCE DU SpII.
5<* Les boissons descendent dans le pharynx en passant sur les côtés de Vèfà-
glotte.
ô*" Enfin l'acte de la déglutition s'accomplit en trois temps.
Telles sont les erreurs que la physiologie enseigne partout; elle ne doit pas
les laisser plus longtemps subsister et encore moins propager.
Dès 1861^ l'ob^eryation directe ou laryngoscopiquc m'avait démontré sur moi-
même ce qui suit :
1° Au moment où la déglutition va s'accomplir^ les aliments n'affectent guV^-
ceptiormellement la forme de bol. Ils sont étalés sur une surface qm s'étend de la base
de la langue au bord libre de l'épiglottef c'est-à-dire bien au delà de l'isthme.
2** Leur passage de la bouche dans l'arrière-gorge à travers cet isthme est le
phénomène ultime de la mastication, et n'appartient pas à l'acte de la déglutition.
Leur compressioîi par le voUe du palais sur la base de la langue est purement
iliK^oigi^ire,
5** Poi^r fH'river fje l'^rrière-bpuche dans la partie inférieure du pharynx, Qs
sont poussés par la base de la langue et non par les piliers du voUe.
^^ Penfja^it ce pa^^gc^ fe tiers inférieur seulement de l'épiglotte est abaissé et
ferme le larynx ; ses deux tiers supérieur^ restent f élevés et copcourent à former
^Ypc le plf^fynx un orifice irrégulier et un coiiduit dans lesquels ils s'engagent.
^° f^qs {)oissoi)S suivent ordinairement la même voie que les aliments; elles ne
pa^seï)^ sqr les côtés de l'épiglptle qu'exceptionnellement ou artificiellement.
6° Enfin l'acte de la déglutition s'accomplit en deux temps et non en trois [ij.
La vérification des faits que j'avance n'exige pas de vivisections.
Les phiçns peuvent trapquillcment s'approcher des physiologistes ; ils n'ont
p}^9 k l6^^ inpntrer les dents^ les Magendie sont passés.
Cette vérification ne peut être faite que sur des personnes habituées au contact
d^ filirpir laryngien. Elle ne saurait donc présenter de grandes difficultés.
Si l'on poiîe^ en efi'ct^ le laryngoscope au fond de la bouche ëclaii^ëe^ au
inof^^ot oi\ le besoin d'avaler devient pressant^ on voit immédiatement que les
, aliments sont disséminés sur la face externe de l'épiglotte^ dans les fossettes
Iflos^o-réplglottiques çt suf la base de la langue. Ils sont réduits en une pulpe
dont la consistance et la quantité varient suivant que leur mastication a été plus
pu fQoins cQn)p)ète et la dépression glossp-épiglottiquc plus ou moins profonde,
plus ou nioin^ étendue. Cette pulpe débordé souvent l'épiglotte en aiTÎère et
fori^e tantôt une sorte de bourrelet^ tantôt des filaments semblables aux glaçons
suspendus au bord du toit des maisons.
11 est dès lors bien évident que les aliments ont franchi l'isthme du ^ier
pendant que s'opérait la mastication. Ils sont déjà en grande partie dans l'arrière-
bouch{! ^u pomenf où l'acte de la déglutition va commencer.
Leur situation au delà de l'isthme ne permet pas au voile d'agir sur eux pour
leç copnprimer. Il faudrait pour cela qu'ils fussent refoulés en avant^ c'est-à-dire
en contre-seus 4e l'acte même de la déglutition.
Le voile du palais d'ailleurs est déjà soulevé et appliqué contre la paroi pha-
ryngienne postéiieure quand le bol s'engage dans le pharynx; et il ne peut
exercer à la fois^ daps le môme instant^ deux actions en sens contraire.
(1) l'acfe de la déglutition, son mécq^èisme^ «vec gr^yyces, grand iii-8, cbei Pelaliaye,
place de r£cole-de-Médecine, 23..
OATRin. ^ MGTBIf PBÉSElYATIf BB LA GOQOBLVCHB. 571
Puîs^pie le vaile et ses piliers n-a^ent pas diraéteiBent sur le bol, la descente
des aliments doit être forcément déterminée par la base de la langue, senl
organe capable de les expulser.
Chei rhomme, l'épiglotte ne ferme pas le larynx à la manière d'un opercule,
coaune ehez les animaux, pendant que s'opère le passage des aliments.
Ainsi que le fait constater le miroir, Tappareil de la voix, en s' élevant, fait
lubir à ce cartilage une flexion qui exagère ses couiiiures, sa convexité inférieure
3st rapprochée des cartilages aryténoides, tandis que la glotte de son c^Ôlé se
ferme progressivement. Gomme l'ascension du larynx continue, il arrive bientôt
un moment où le contact s'établit entre la convexité inférieure de l'épiglotte et
les deux sommets aryténoîdieps. L'oedusion de l'organe de la voix se trouve
doi|c doublement réalisée.
11 suit de là que les deux tiers supérieurs envii^n de l'épiglotte ne participent
en rien à cette occlusion ; ses parties lalérales sont comprimées par les parois
correspondantes du pharynx ; son bord libre est converti en un démi-orifice que
complète en arrière la paroi postérieure. C'est dans cet orifice pharyngo-épiglot*
tique que Ton vdt s'engager le bol.
Le nEÛroir laryngien démontre aussi que les liquides suivent la même voie que
les solides pour aller de la btuche à l'oBsophage. La déglutition de l'encre m'a
permis de contrôler ce fait sur moi-même.
Toutefois, pendant l'instant qui précède le besoin d'avaler, les premières par--
ties des boissons passent sur les cêtés de l'épiglotte, descendent dans les gout-
tières pharyngiennes, et arrivent à l'œsophage. Elles ne peuvent pénétrer dans le
larynx qu'artificiellement, c'est<4-dire en se gargarisant.
Enfin, il résulte de la disposition des aliments dans le fond de la bouche après
la mastication, que le premier des trois temps de la déglutition des physiolo-
gistes n'a pas de raison d'être. L'acte de la déglutition 8*aecomplit donc en deux
temps, et non en trois, conmie on renseigne encore.
1V«TB
rAR V. LE DOCTEUR DAVREUX (dE UÉGB).
M^d^io de la crèche Seint-Ghristopbep médecin des SofanU |n>uy^ et abandoaoé».
Les Annales de la Société médico^chirurgicale de Uége (octobre 1866) conte*
naient i^i^e Nùtq sw vn fmyen pr^^ervaUf (k la po^uelusASi éprouvé par moi dans
des ciJTpn»t^cei} asses pei^ai'qHfi))les.
L'importance de cette question et l'accueil bienv^iUant fait i mon travail,
ipalgré son insufâsance, par dfflérents organes de h^ science médicale, m'en-
gagent aujourd'hui à revenir sur un sujet que je 9^}^ sai^s doute loin d'ayi^ir
épuisé, et sur lequel je me permets d'attirer l'attention de l'imposante assem-
blée qui me fait l'honneur 4ç iq' écouter en ce mop)ep|.
\
572 CONGRES MÉMGAL INTERNATIONAL. — -GINOmÈMB SÉANCE DU SO».
Comme vous le sayez^ messieurs^ plusieurs autorités en matière de pathologie
de l'enfance (Billard, Yalleix, Trousseau) attribuent au catarrhe bronchique
initial de la coqueluche des caractères particuliers.
Ce faitj que d'autres n'admettent pas, est aujourd'hui pour moi hors de doate,
au moins dans la plupart des cas; je l'ai vérifié très-souvent, et c'est par Inique
j'ai, en 1865 et sans le savoir, mis la main sur un moyen prophylactique delà
coqueluche. Voici comment (1) :
Dans plusieurs cas de bronchite que je croyais simple, où la toux était in-
tense, sèche, rapprochée, opiniâtre, où le mouvement fébrile concomitant était
assez prononcé et surtout prolongé, j'avais eu beaucoup à me louer de l'aconit
associé à l'ipécacuanha. A la crèche Saint-Christophe notamment, où cinquante
enfants habitent la même salle, quelques petits malades présentant la toux que
je viens de décrire, avaient été guéris en très-peu de temps par ce moyen. I^
mères de ces enfants n'avaient donné que des renseignements insuffisants, on
n'avait pas parlé de coqueluche, et moi-même je ne pensais guère à cette affec-
tion; lorsque, après une absence d'un mois, je trouvai à la crèche deux entants
admis quelques jours avant mon retour, et chez lesquels il était imposiihle de
méconnaître la coqueluche. Le frère aîné de l'un d'eux était du reste atteint de
cette affection. Ces deux enfants toussaient comAe les autres depuis huit à
dix jours, on n'avait fait aucun traitement ni avant, ni depuis leur entrée à la
crèche, et le règlement de l'établissement étant formel à l'égard des affections
contagieuses, il fallut renvoyer les deux petits malades à leurs parents.
Ce fait devait singulièrement m'instruire.
En effet, à quelque temps de là, un, deux, six, neuf enfants présentèrent la
toux décrite plus haut ; je pris des informations, je fis interroger les mères :
celles-ci apprirent que leurs enfants avaient été exposés à la contagion, et quel-
ques-unes avouèrent même qu'un ou plusieurs membres de leur famille avaient
la coqueluche.
Me rappelant les bons effets obtenus par l'aconit et l'ipécacuanha dans les cas
antérieurs dont je ne me rendais pas alors un compte exact, j'employai le mémo
moyen, et, comme précédemment, la toux cessa après quelques jours de traite-
ment, sans rien changer au régime, ni aux habitudes ordinaires. La coqueluche
ne se déclara chez aucun des neuf enfants.
Enhardi par ces résultats, j'allai plus loin. Malgré le règlement^ j'admis à la
crèche trois enfants atteints de coqueluche, dont l'un se trouvait mcme dan^ un
état très-grave. C'était à la fin de mars 1865. Du 28 mars au 12 avril, quatone
enfants sur vingt-cinq (2) offrirent la toux caractéristique accompagnée d'abatte-
ment et de fièvre ; tous prirent l'aconit et l'ipécacuanha associes à l'eau de lau-
rier-cerise (voy. la formule plus loin), et tous furent guéris pour la fin d'a^iil,
alors que la coqueluche existait encore chez leurs trois compagnons de salle (un
de ceux-ci mourut de pneumonie lobulaire, les deux autres guérirent lente-
ment).
Messieurs, en 1865 cette expérience me paraissait concluante. Je l'avais rêp^
tée, en ville, un nombre considérable de fois, plusieurs confrères en avaient fait
de même, et toujûun l'aconit et l'ipécacuanha, associés à l'eau de laurier-ceri>e,
avaient prévenu la coqueluche, lorsqu'on les administrait dans les conditions el
suivant les règles que j'indiquerai plus loin.
(i) Voyez ma première note.
(2) Des ii autres, 6 avaient eu antérieurement la coqueluche.
OAVBECÏ. — MOYBR PBÉSBRTATIP DB LA GOQUELOGBE. 573
Cette expérience me paraissait concluante. Cependant en présence des deux
opinions sur les phénomènes du début de la coqueluche, il y ayait matière à un
doute assez fondé. Je pouvais, malgré cette circonstance capitale que les enfants
avaient été continuellement exposés à la contagion, je pouvais m' être trompé, et
avoir pris de simples bronchites pour des cas de coqueluche commençante. Dès
lors je n'avais ni prévenu, ni fait avorter la coqueluche' les enfknts dont j'ai
parlé n'étant ni menacés ni atteints en aucune façon de la maladie.
Messieurs, je vous présente cette observation à laquelle je me suis arrêté dans
le principe, pour trouver, si possible, une explication à la conduite de quelques
confirères qiii avaient refusé d'expérimenter dans le sens indiqué par moi. U
existait, en définitive, du doute ; et quelque faible qu'il me parût, je devais, en
attendant mieux, le respecter chez les autres.
Une épidémie de coqueluche qui sévit à Liège et dans quelques localités envi-
i*onnantes, depuis la fin de 1866, a dissipé ce doute de la manière la plus
complète.
Oui, dans la plupart des cas, — au moins dix-neuf fois sur vingt, — les phé-
nomènes du début de la coqueluche présentent quelque chose de spécial : la
toux est intense, sèche, rapprochée, avec intervalles de repos bien tranôhés; le
mouvement fébrile se prolonge six à dix jours ; l'enfant est triste |et assoupi, en
même temps que très-irritable.
C'est par exception, — 3 fois sur 100, — que le début ne diffère pas sensible-
ment d'un catarrhe bronchique ordinaire. Enfm jamais — un cas sur ^rès de 300
— la coqueluche ne débute d'emblée par ses quintes caractéristiques.
En temps d'épidémie, disais-je, obtiendrait-on au point de vue de la prophy-
laxie des résultats semblables à ceux fournis par des cas isolés, mais bien posi-
tifs?
Ici encore les résultats obtenus n'ont pas varié ; je n'ai rien à retrancher de
ma première note, si ce n'est cette phrase : qu'en temps d'épidémie, il serait
nécessaire de devancer les prodromes certains de la coqueluche, c'est-à-dire de
ne pas attendre le catarrhe bronchique initial.
En effet, pendant l'épidémie en question, les doses et le mode d'administra-
tion des médicaments n'ont pas été modifiés : j'ai attendu, pour intervenir, que
les enfants présentassent les phénomènes que j'ai décrits plus haut ; aucun d'eux
n'a eu la coqueluche^ et si, malgré ces résultats, |e pose encore la question de
savoir s'il ne serait pas prudent, dans quelques cas exceptionnels, de devancei*
les prodromes de la maladie, c'est que nous professons un ail dans l'exercice
duquel il (aut se prémunir contre toute surprise.
Les conséquences de la coqueluche chez les enfonts faibles ou à poitrine déli-
cate me paraissant valoir la peine que l'on transige avec des préceptes encore
mal définis, j'ai donné l'aconit, etc.... à plusieurs enfants chétifs, mais ne tous-
sant pas, absolument comme nous donnons la belladone dans les épidémies de
scarlatine.
Ces enfants, au nombre de dix-sept, éparpillés dans tous les quartiers d'une
ville étendue, exposés continuellement à la contagion, vivant à côté de siyets
malades, ces enfants ont tous joui d'une complète immunité. Je crois pouvoir
dire en passant que la puissance de la belladone à l'égard de la scarlatine épi-
«lémique est loin d'être toiyours aussi indéniable.
De ce qui précède, et pour me résumer, je pense être autorisé à conclure
que l'aconit associé à l'ipécacuanha et à l'eau de laurier-cerise, jouit, par i-ap-
Sift CONGRÈS MÉKOAL INTBBNATlOlfAL. «-^ QIMQlIIÈIfB StANCB DU SOIR.
porià k coqueluche, de propriétés présenrativee véritables; celles-ci amit ou
préventives dans le 86ns propre du mot^ ou simplement abortives^ ce qui revient
au même point de vue pratique ; et enfin ces propriétés se manifestent toujours,
SKalgré le caractère épidémique de la maladie^
La tomule qui m'a servi dès le princit>e^ et dont je ne me suis pas encore
départi^ est k suivante (1) :
Ban aonameute* i«».4..» ; «..«.*»» 200 gram.
Extrait d'aconit * 5 ceniieram.
Eau de laurier-cerise. . » • k gram.
Sirop d'ipécacuanha • 30 gram.
J'administre cette potion dès qu'un ènfaht présente la loux qiiè j'ai décrite
t)lus haut, surtout s'il a éii étposë à la contagion. La dose est d'une cuillerée à
café d'heure en heure pôut* un enfant du pl*6it)lér âge; passé trois ans, on don-
nera deux cuillerées à la fois, et chez Tadulte on peut donner une cuillerée à
bouche. Le traitement doit, en thoyënne, être continué huit à dix jours, alors
même que le malade ne tousserait plus ; il réussira d'autant mieux que là toux
sera plus récente. Je l'ai vu échouer chez un enfant de six ans qui toussait depuis
neuf jours : lô onzième jour on constatait la coqueluche, dont sa sœur était do
reste atteinte.
tRAÎTElHElVT IIA'flOIVIVEIi
BB liA IPÉRIOBE ilIGIJfi BV CHOBiÉRA Afi(IATI#iJB
PAR H. LE DOGTEtm H. bESPREZ (OB SAINT-QUENTIN)
Vica-pNtldMt à» U SociëU médicde da rAkue.
Messieurs,
Le titre du travail que je vais ^Umettre à l'appféciation du jury le i^us com*
pètent qui se puisse rencontrer paraîtra sans doute un peu prétentieux; la gra-
vité de l'affection dont il s'agit iei| la variété des traitements dont elle e«t l'objet,
la mortalité effrayante qui l'accompagne^ peuvent bien fliire souHré en enten-
dant parler de traitement rationnel* Mafis, dans le eadre nosologique, se tnKi?e-
t-il beaucoup d'affections dont le traitement ne soit basé sur te raisonnement
déduit de la marche naturelle de la maladie^ de ses symptômes les plus saillants,
de ses complications les plus fréquentes et les plus sérieuses?
Pour arriver à justifier le titre de ce travail, qui du reste ne fatiguera p«^
longtemps votre attention, messieurs. J'aurai à exposer les symptômes ^ U
iliarche> les accidents proprement dits, la manière dont elle se termine sponta-
nément, bien ou mal ; enfin la manière qui me parait la plus rationnelle de
oombattre ces divers accidents. -^ Dans cette dernière partie de mon travaâ;
j'aurai à dire quels sont les moyens de tndtement qui sont, par leur manière
(i) Yoyec ma première nele«
iTétre habifuellt* dans d'autre^ affbetiond, ou tout «implemetit à Tëtat |>hfsiritif
gique, t^articulièrblUent indiquée dans cette graTé maladie.
Tou^ les mëd6cin« ottt eu la triste occasion d'étudier d'après nature toud lés
^mptômels dii choléra asiatique : TomissetnentSy diarrhées incoerciMes^ érampes
violentes, douloureuses ; stase de sang épaissi dans les capillaires pal* suite de
déperditions séreuëes abondantes; congestion des principaux organes; puis enfin
la mort. — Il n'y a donc pas lieu d'insister et de détailler une description bien
connue de tout le monde ; mais s'il est indispensable, id comme ailleurs, de
bien ai^pi^bler les Symptômes ordinaires et la terminaison habituelle, il est aussi
important de savoir comment se fait la guérisoii spontanée^ quel est le procédé
que la nature emploie pour enrayer les accidents.
Il arrive quelquefois, et même assez souvent vers la fin des épidémies, qu'un
certain nombre de cholériques, sans traitement aucune rien qu'à l'aide de la
plus simple hygiène, échappent à la teraiinaison habituelle du choléra : c'est à
l'aide de ce qu'on appelle la réaction.
Alors, au refroidissement général succède le retour de la chaleur; il s'établit
une transpiration abondante et prolongée pendant laquelle cessent les accidents
intestinaux ; les vomissements et la diarrhée caractéristiques disparaissent, et le
malade guérit, Si toutefois il iie succombe paS à la congestion du cerveau ou de
la poitrine r ce dernier aceideiit enlève beaucoup de malades en voie de guérison.
— Ndus feriDiis tout à l'heure quelles conséquences il nous parait indiqué de
tirer de cette marche spontanée.
On peut déjà affirmer en principe que toute médication principale ott accès-,
soire doit a^lr pour but î
1* De calmer les spasmes si douloureux de l'estomac, qui retidënt cet organe
réfractaire aux médicaments ou boissons ingérés.
2* De stimuler activement les fonctions de la peau^ qui sont si ëtroiteitieiit
liées à celles du tube digestif.
3* D'introduire dans l'économie, dès que l'absorption est rendue possible, des
principes capables de refaire, autant qu'il se peut, la composition normale du
sang, des médicaments destinés à le fluidifier, à le rendre accessible i la circu-
lation capillaire et à l'hématose. Cette indication est prescrite d'une manière
absolue f 8Lr l'état poisseux, comme gélatineux du sang, amplement démontré
par les saigtiées, les autopsiesj etc.
Dans tout choléra qui se confirme, vous trouvet des symptômes constants t Vo<-
missements; diarrhée riziforme, crampes, refh)idissement ; pas un ne manque à
l'appcL 11 y ft dans cette affection Une entité morbide que tout le monde recon-
nait, même le vulgaire; pas un médecin ne s'y trompe. Seulement les acd^
dents sont plus ou moins rapides, plus ou moins violents. Qu'on ait devant soi un
homme robuste ou un être chétif, l'état maladif est à peu près le même : même
affaissement, même inertie ; mais les suites varient.
Les signes précurseurs ont pu être bien différents : l'un a traîné une diarrhée
dont il n'a pas su se défaire; l'autre est pris, rarement il est vrai, au milieu de
la santé la plus florissante ; un troisième, débilité par une longue maladie an-
térieure, se voit atteint de la plus terrible complication, celle qui vient en temps
d'épidémie. Mais 0 reste constant qu'à un momeht donnée un traitement à peu
près identique, variable seulement pour la dose, selon l'intensité des accidents
la tolérance, l'âge, les habitudes, ëtc.^ etc., est formellement indiqué dans cette
période presque décisive du choierai Je ne parle pas de cette époque prodro-
576 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.— CINQUIÈME SÉANCE DU SOU,
mique où l'ipéca, où un purgatif salin, où la diète même, peuvent suffire pour
faire disparaître rapidement tout symptôme de la maladie : je parle de cette pé-
riode confirmée où le doute n'est plus possible, où il faut agir vigoureusement,
sous peine de courir le danger de voir bien vite disparaître le malade. — Vous
voyez le froid qui envahit toute la surface du corps; vous voyez des vomisse-
ments accompagnés d'horribles douleurs; il y a là des malaises graves à cai-
mer : attendra-t-on que la réaction arrive ou n'arrive pas?...
Ce n'est pas mon avis.
Dans quelques cas très^graves arrivés à la période algide et cyanique que j'ai
eu l'occasion de traiter, voici quelle est la formule à laquelle je me suis arrêté :
Chloroforme i gram.
Alcool 8
Acétate d'ammoniaque (esprit de Mindererus) 10
Eau 140
Sirop de chlorhydrate de morphine • AO
Mêlez. — A prendre une cuillerée ordinaire toutes les demi-heures.
Assurément, messieurs, tous les éléments de cette formule sont parfaitement
connus ; mais je les ai vus, ainsi combinés, donner des résultats tellement satis-
faisants, que je n'ai pu résister au désir de vous raconter leurs succès, à me>
yeux parfaitement légitimes.
Le chloroforme, réparti d'une façon égale au moyen de l'alcool dans la masse
de liquide, est un agent véritablement tout spécial; il fait classe à part. Disséminé
dans le liquide ingéré dans l'estomac, et donné à une dose modérée (1 gramote
pour 150 de véhicule), il produit une sensation de fraîcheur et en même temp»
de force incomparables; les spasmes, les contractions de restomac, cèdeul
comme par enchantement; les liquides, introduits prudemment et en très-petitf
quantité, ne sont plus ou ne sont que très-rarement rendus; il prépare, sans
aucun doute pour moi, l'estomac au retour de ses fonctions d'absorption sospeu-
•dues par l'invasion de la maladie cholérique. A dose très-modérée, il agit én-
demment d'aliord sur toute la surface de la muqueuse stomacale. En effet, ce
médicament, ingéré à l'état liquide, ne tarde pas à se vaporiser ; il rencontre.,
à son arrivée dans l'estomac, une température (celle du corps) plus élevée que
«elle où il se ti'ouvait dans la potion ; il se volatilise, et ses vapeurs gazeuses soot
certainement absorbées. Je pense que c'est surtout à cette propriété qu'est due
l'action si remarquable du chloroforme dans le choléra. 11 me parait presque
impossible de constater le fait en analysant l'air expiré par les cholériques; c«
problème serait fort difficile à résoudre; mais le résultat est là. La diminulioo
rapide des spasmes et la cessation des vomissements indiquent que les vapeurs
ont été absorbées et ont déteraûné une modification excellente de l'appareil
digestif. L'état gazeux du chloroforme jngéré fait qu'après avoir déterminé des
changements favorables dans l'organisme, le médicament ne risque pas de
s'accumuler en trop grande quantité et de devenir un moyen dangereia.
11 est démontré que l'hydrogène sulfuré, poison violent quand il existe en
certaine quantité dans l'atmosphère, peut jusqu'à un certain point être impu-
nément introduit dans les veines, parce qu'il s'échappe presque tout entier par
l'exhalation pulmonaire (Cl. Bcmaid). L'acide carbonique se trouve dan:: le
même cas, et le chloroforme est évidemment souiuLs à la même loi.
DESPBE2. — TBAITBMENT ÙÈ Lk PÉRIODE AIGUE DU CHOLÉRA ASIATIQUE. 5?t
Cest ainsi qu'après avoir produit une action véritablenient anesthësique sur
restomac au moyen du chloroforme ^ on peut maintenir ce résultat en donnant
une dose modérée de médicament à des intervalles réguliei^ et suffisamment
espacés, jusqu'à ce qu'il soit indiqué d'en cesser l'usage, puisqu'il est démontré
qu'il peut s'éliminer rapidement par l'exhalation pulmonaire.
Je suis convaincu, messieurs, que la plupart d'entre vous ont déjà dans leur
pensée laissé surgir cette objection : dans ]a période aiguc du choléra, au milieu
de ces déjections dans toutes les directions, est-il possible d'admettre l'absorp-
tion des médicaments même les mieux choisis? — Oui, messieurs; il faut bien
admettre qu'au milieu de ces troubles gi*aves, il peut, sous telle ou telle influence,
s'établir une modification rapide et radicale. A l'état ordinaire, si vous prenez
un verre d'eau et qu'il ne soit pas rendu, vous admettrez bien qu'il est absorbé ;
s'il arrive le même phénomène au milieu des accidents graves du choléra, si
les liquides ingérés ne sont pas rendus, si les crampes, si les douleurs intesti-
nales s'apaisent, il faut bien de toute nécessité admettre aussi un retour d'ab-
sorption; et si cet état d'amélioration se continue, il n'est plus même possible
d'en douter.
Quelque vigoureuse et bienfaisante que soit l'action du chloroforme et de
l'alcool employé pour le dissoudre, le chloroforme ne suffit pas, à beaucoup
près, à remplir toutes les indications thérapeutiques. Il faut donc lui adjoindre
un ou plusieurs médicaments agissant dans la même direction ; ceux-ci doivent
en plus satisfaire à toutes les indications suivantes :
Activer la circulation capillaire ;
Diminuer la plasticité du sang ;
Rétablir les fonctions de la peau et en même temps calmer les douleurs qui,
sous différentes formes, tourmentent les malades.
Les meilleurs stimulants diffusibles et diaphorétiques sont, sans contredit, les
ammoniacaux et les opiacés ; combinés ensemble, ils constituent des agents su-
dorifiques d'une puissQjice incontestable, que je n'ai presque jamais invoqués
en vain.
Parmi les préparations ammoniacales, j'ai choisi l'acétate (esprit de Mindere-
nis). Ce sel agit comme l'ammoniaque, mais à dose beaucoup plus considérable.
C'est un des agents diaphorétiques les plus employés ; il produit une excitation
générale très-rapide sur la peau ; ajouté à l'opium, il augmente puissanunent
Faction sudorifique de ce dernier : je l'ai toujours vu neutraliser le narcotisme
produit pai' les opiacés.
En général, il est bien supporté par la muqueuse digestive; c'est un des
motifs qui m'ont déterminé à le préférer au chlorhydrate ou au carbonate. Passé
dans le torrent de la circulation, il diminue la plasticité du sang sans dissoudre
les globules.
On pourrait certainement employer, mais à plus faible dose, le chlorhydrate
d'ammoniaque, dont l'action dissolvante est parfaitement établie par les belles
expériences de Mitscherlich sur les lapins.
Diaphorétique puissant, antinarcotique efficace, dissolvant de la plasticité du
sang, ce médicament est certainement un des mieux indiqués dans le traite-
ment du choléra.
Une des propriétés les moins douteuses de l'opium est ceriainement celle de
provoquer d'une façon fréquente et presque certaine la transpiration cutanée;
parallèlement à cette faculté marche une autre propriété presque ceilaine aussi,
37
578 CONGBÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — aNQUIÈME SÉANCE DU SOOU
c'est celle de diminuer l'abondance des sécrétions intestinales : il n'entrera dans
la pensée de qui que ce soit de dénier à Topium la puissance de calmer les dou-
leurs.
Les propriétés de ce médicament sont certainement très-remarquables et pré-
cieuses; mais à côté d'elles se trouve un défaut très-sérieux : l'opium, à une
dose un peu élevée^ engourdit^ hébète les facultés intellectuelles; il prédisposé
donc aux congestions cérébrales. Or^ messieurs, nous savons tous que, dans la
période de réaction, un des grands dangers de la maladie cholérique se trouve
dans la congestion cérébrale qui survient si facilement, sans l'intervention même
du traitement. On comprend donc que si l'opium ou l'un de ses principaux élé-
ments doit êti'e administré à dose suffisante pour aider au rétablissement des
fonctions de la peau, il doit être donné aussi avec la plus grande réserve. C'est
en prévision d'accidents possibles qu'il est important de doubler la puissance
sudorifique de l'opium, de celle des préparations ammoniacales, qui n'ont pas
rinconvénient de stupéfier, tout en exagérant d'une manière particulière l'exer-
cice des fonctions de la peau.
Cette association des deux médicaments n'est pas nouveUe; elle a été établie
par des hommes fort distingués dans les épidémies cholériques antérieures, eo
1832, 18/i9, 1854.
C'est en vue de toutes ces considérations que, dans la formule que j'ai luise à
exécution dans difîérents cas de choléra soumis à mon observation^ vous voyei
paraître, à côté du chloroforme et du sirop de morphine, l'acétate d'ammo-
niaque comme correctif et comme très-utile auxiliaire.
J'ai, dans cette formule, adopté comme préparation opiacée le sirop de chlor-
hydrate de morphine; c'est elle qui m'a paru convenir le mieux, à tous les
points de vue, comme étant la plus efficace et la mieux supporiée.
Je n'ai certainement pas besoin de faire remarquer combien je m'éloigne de
divers autres traitements employés : il me semble que les données sur lesquelles
je me suis appuyé sont très-positives et qu'elles doivent forcément conduh'e à un
traitement de ce genre.
Je n'ai pas l'intention d'aborder aujourd'hui la suite du traitement de la pé-
riode aiguë ; une fois la période de réaction arrivée, il est bien entendu que les
médicaments stimulants, et surtout les narcotiques, doivent être employés alurs
avec la plus grande réserve, et que le traitement doit se modifier suivant la
marche des accidents. Les émissions sanguines, les révulsifs cutanés, prendront
souvent, avec le plus grand avantage, la place du traitement de la période anté-
rieure. Mais ces accidents sont tellement variés de forme, qu'il faudrait de lon-
gues pages pour traiter convenablement ce sujet, qui, du reste, rentre dan> le
domaine de la pathologie ordinaire.
Beaucoup de moyens externes ont été proposés pour amener le retour de la
chaleur dans la période algide : les bains chauds simples, les bains additionnel
de farine de moutarde ou d'autres excitants, les frictions vigoureuses, les brique»
chaudes, les afTusions froides, etc. Ce qui m'a paru le plus simple et ce que je
préfère, c'est l'emploi de cruchons ou de bouteilles remplis d'eau bouillante,
qu'on garnit de linge pour modérer la température : on en entoure le malade
depuis les pieds jusqu'à la ceinture ; on obtient ainsi une température modérée
assez constante, qui aide beaucoup au retour de la chaleur. On a de la peine à
faire supporter cet excellent moyen d'action : les malheureux malades, tour-
DESPBBS. -^TBATrBMBlIT M LA PÉRIODE AIOTB DU CBOLÉRA àMÎAXSQOtL 579
mentes par des crampes^ se tordent^ se ratatinent | il est indispensable pourtant
que cette partie du traitement soit rigoureusement exécutée.
M. R..., négociant à Saint-Quentin> après avoir été pendant plusieurs se-
maines souffrant d'une diarrhée pernstante, est pris tout à coup^ le 1& novem^
bre 1865, vers deux heures de Taprès-midi^ de vomissement persistant^ de
diarrhée extrêmement abondante^ de crampes^ de refroidissement. A neuf heures
du soir^ où je le vois pour la première fois^ le malade^ quoiqu'il ait pris une
potion au bismuth fortement opiacée» est arrivé à un refroidissement complet ;
toute la surface du corps est glacée; une teinte bleuâtre cyanique indique un
état fort avancé des accidents. Je propose à mon excellent confrère M. Demon-
chaux, qui accepte^ de donner au malade une potion avec :
Chloroforme .....•..« 1 gram.
Alcool 8
Acétate d*ammoniaqueI 10
Kau . 140
Sirop de chlorhydrate de morphine * . . 40
Une cuillerée ordinaire est prise de demi-heure en demi-heure ) une infusion
légère de tilleul est prise ccmmie boisson. A partir de l'ingestion de la première
cuillerée» le malade, qui était fortement déprimé, se sent plus à Taise | les vo-
missements et les crampes diminuent très*rapidement. Le lendemain matin» il
y a une amélioration des plus accentuées ; la chaleur est revenue^ il y a de la
moiteur. La teinte cyanique est loin d'avoir disparu» mais l'état général est bon :
il y a lieu d'espérer une guérison. Le malade passe les jours suivants dans des
conditions assea satisfaisantes» tout en laissant craindre parfois des complications
de réaction. La dose de la potion stimulante a été diminuée en proportion de la
diminution des accidents : bref, le malade a guéri.
Un seul vomissement a eu lieu après la prise de la première cuillerée, et la
glace» qui avait été administrée auparavant assez largement» n'a été donnée
qu'à dose assez insignifiante ; ce n'est pas à elle qu'U faut attribuer la cessation
des accidents.
Je dois dire que le malade a été véritablement entouré de bouteilles d'eau
chaude jusqu'à la base de la poitrine.
Un mois après le début des accidents du choléra» le malade était sur pied.
Quoiqu'il n'y ait pas eu de véritable épidémie à Saint-Quentin» je dois dire
que» huit jours avant le début du cas de choléra que je viens de rapporter, trois
personnes avaient succombé à cette affection en moins de vingt-quatre heures»
entre autres une femme jeune encore et dans une position très-aisée : les ren-
seignements que j'ai recueillis ne me permettent pas le moindre doute à cet
égard.
Le 6 octobre 1866» il arrive à Saint-Quentin une femme de quarante ans en*
viron» venue de Valenciennes avec les prodromes du choléra : les vomissements,
la diarrhée caractéristique» les crampes, tous les symptômes du choléra confirmé
se présentent; et le lendemain^ quand je la vois dans le cours de la journée»
elle se trouve dans un état de refroidissement complet. La teinte cyanique fon-
cée se remarque pariout, et l'anéantissement ne cesse par intervalles que pour
faire place à des crampes honibles.
La potion au chloroforme» indiquée dans l'observation précédente» est pres-
crite. Pendant quelques heiu'es» la malade en prend une cuillerée toutes les
580 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL ^ CINQUIËMB SÉANCE DU SOIE.
demi-heures ; les crampes, les nausées., les Tomissements, la diarrhée, dimi-
Duent progressivement Dans la nuit, la malade, fatiguée du médicament, qui
lui rappelle Todeur et le goût de l'éther sulfurique, se refuse à continuer le trai-
tement ; peu de temps après, les accidents cholériques reprennent leur cours.
Le lendemain matin, j'insiste pour faire continuer le médicament ; l'amélicH
ration apparaît de nouveau pour se continuer. La glace par petits fragments a été
aussi utile, comme elle l'est souvent, pour calmer la soif et faire tolérer la
potion. — Les bouteilles d'eau chaude entourant la malade sont restées jusqu'à
l'apparition d'une réaction bien franche. — Dans cette période de la maladie.,
où l'on pouvait à peine arracher quelques mots à la patiente, quarante sangsues
appliquées en deux fois à la nuque, un immense vésicatoirc entre les épauler,
ont rendu d'excellents services. — Un peu plus tard, j'ai eu recours avec grand
avantage à l'ipéca donné à dose vomitive. — Au bout d'un mois environ, la ma-
lade a pu quitter son hôtel pour regagner Paris.
Dans ces deux observations de choléra arrivé à la période algide et cvanique,
il me parait impossible de ne pas voir l'heureuse intervention de la médication
instituée d'après les vues que j'ai exposées plus haut. Je pourrais rappeler au^^i
l'application- heureuse de ce traitement dans des cas moins graves et arrivés à
une période moins avancée que les deux premiers. M. Demonchaux a vu ce
traitement calmer les vomissements d'une façon instantanée chez une jeune
fille traitée par une potion au bismuth opiacé qui n'avait pu faire cesser les to-
missements pendant vingt-quatre heures.
Messieurs, si je suis parvenu à démontrer ce que j'ai entrepris, je ne regret*
terai pas d'avoir distrait votre attention pendant quelques instants. Que cbacun
apporte sa pierre à l'édifice, et la médecine, ici comme ailleurs, aura bien mérité
de l'humanité.
BV CHOIilÊRA-llOnBVS A8IATlf|IJlB
PAR M. LE DOCTEUR FRÉMAUX (DE PARIS).
Nous avons présenté au Congrès médical international deux brochures qui
résument toute une conduite ayant pour but, dans l'état actuel, de ramener le
choléra à sa juste valeur, à, ce qu'il était probablement avant 1832. Or, toulk*
monde sait que le choléra asiatique s'était autrefois déjà montré en France a
l'état épidémique, mais alors désigné sous le nom de peste mire, de trous^
gala$ii, etc.; celte maladie, sous la forme et sous le nom de choléra amtiq^-
y a reparu de nouveau en 1832 et en 1849 et depuis cette époque, rxw>
avec d'autant moins d'étendue et souvent même de violence à mesure qu'on
s'éloigne de la première invasion.
Surpris en 1832 par son Invasion en France, pour ainsi dire préparée et
annoncée d'avance, ce qui n'a pas peu, selon nous, contribué à l'étendre
épidémiquement pailout où il a trouvé sa raison d'être, on -s'est inl< >
l'œuvre de toutes paris dans des conditions diverses, pour atteindre au même
but, c'est-4i-dire pour se rendre maître du fléau. Mais alors n'a-t-on ^ ^^^
FRÊMAUX. — DU CHOLÉRA-MORBUS ASIATIQUE. 581
confondu? et n'ayant pas pu s'entendre, on a dû faire de cette question vérita-
blement complexe la tour de Babel, la bouteille à l'encre qu'il fallait avant tout
débrouiller.
Quoi qu'il en soit, le choléra asiatique, considéré sous ce nom et sous cette
forme, dépouillé d'ailleurs de ses complications, est-il ou n'est-U pas contagieux?
S'il est véritablement contagieux, de quelle manière l'est-il alors? Les faits ne
prouvent-ils pas qu'il doit avoir un mode de contagion qui lui est particulier,
spécial? En effet, peut-on contester aujourd'hui que son principal moyen de
reproduction épidémique ait lieu par la voie de certains sens, tels que la vue,
l'ouïe, par la mémoire, par l'intelligence, par l'instinct et par le sens interne, à
l'aide de l'effroi qu'il cause par sa présence constatée et même par son nom seul,
dès qu'on a la conviction qu'il existe, se fût-on trompé même primitivement sur
la nature du mal.
I>e plus, des faits très-nombreux ne constatent-ils pas que l'effroi, qui est le
plus souvent la cause déterminante la plus puissante, devient aussi une cause
prédisposante et une cause aggravante de son état épidén^ique dans une foule de
circonstances, en France conune ailleurs. Ce qui se passe actuellement à Rome
et en Italie n'en donne-t-il pas encore une nouvelle preuve? En constatant
officiellement, peut-être trop légèrement, sans un examen suffisant, la mori
par le choléra de quelques personnages importants et en répandant cette convic-
tion, qu'en est-il résulté?
11 faut donc faire le contraire de ce que produit si évidemment l'effroi, et
surtout lui ôter ce qui peut en multiplier, en décupler les effets, tout ce qui peut
plus ou moins donner lieu à ce qu'il peut y avoir de factice et d'exagéré. SubkUâ
causa, tollitw effectua.
Mais, en admettant ce mode spécial de propagation épidémique du choléra
par l'effroi suriout qu'il produit, car l'effroi suffit souvent seul pour le préparer,
pour le déterminer, l'étendre épidémiquement et l'aggraver, la production
de cette cause n'échappe-t-elle pas à l'action, à la puissance de la médecine?
En effet, que peut la puissance médicale, je vous le demande, contre le char^
latanisme débouté qui se met à sa place, contre la spéculation sans limite et
sans frein, qui ne respecte rien, contre les mauvaises passions, quelles qu'elles
soient, qui spéculent sur cette calamité publique et privée pour faire le mal ou
arriver à leurs fins? La médecine, qu'on accuse trop souvent jusqu'à certain point
d'impuissance à l'égard de ce fléau, doit-elle être responsable de ce qu'elle ne
peut pas atteindre ni empêcher? et alors, dans cet état de choses, le choléra
suit son cours et enlève ses victimes, malgré les efforts de la médedne.
Voilà donc, selon nous, pourquoi jusqu'ici la question du choléra n'a pu se
résoudre, c'est parce qu'elle a fait fausse route, et cela au gi*and préjudice de
l'humanité souffrante. Ces recherches avaient donc une raison d'être.
Comme notre travaO, le plus complet qu'il nous a été possible, imprimé en
2 volumes en 1866, et les brochures imprimées depuis, sont encore très-peu
connus, si l'honorable assemblée veut bien me le permettre, je vais passer
en revue, à vol d'oiseau, les principaux points qu'il y avait à résoudre dans
Tinextricable question dite du choléra asiatique, par l'expérience pratique, le
scalpel, et les preuves en main, ne cherchant que la vérité.
Quant aux expériences résumées dans le chapitre XIII, page 273 dudit ouvrage,
nous devons dire qu'à défaut d'autres personnes qui y consentirent volontaire-
ment, c'est sur nous qu'elles ont été fiiites et souvent sous les yeux de M. Des-'
582 CONGRÈS MÊmGAL INTBBNATIOIIAI.. •— GINQUIËMB ^ANCE DU SOIB.
genettes, notre chef. Ces mêmes expériences (de 1832)» dont la plupart allient
déjà été faites pour prouver la non-contagion» oie., ont été répétées bien des
fois depuis et ailleurs avec le même succès. D'ailleurs est-^e qu'on nous a jamais
vu reculer devant le danger^ quand il s'est agi du salut de nos semblables! c'était
notre devoir, et nous avons su le faire. Le médecin, comme le prêtre et la sœur
de Gharilé« préoccupés de sauver leurs semblables, pensent^ls encore à leur
propre salut? Malheureusement, il n'est que trop vrai qu'à ce métier-là, on ne
devient ordinairement pas riche, on ne recueille le plus souvent que l'inquiétude,
mais on reste avec l'intime conviction, la conscience d'avoir fait son devoir.
Quoi qu'il en soit, ces expériences. Dûtes pour appuyer une doctrine, une con-
viction, ne sauraient avoir toi^ours la même innocuité, une parfaite innocuité dam
toutes les circonstances, si elles étaient faites par ou chea des personnes non
convaincues comme nous de la non-contagion par ces moyens, ou même chez
ceux qui, quoique bien convaincus, se trouveraient néanmoins prédisposés à
contracter le choléra, comme nous l'avons dû remarquer.
BIAGMOSTIC ET TRAITEMEMT BU CHOIiÉBA
PAB M. LE DOCTEUR F. X. POZNANSKI.
H y a dix ans, j'ai présenté à FAcadémie des sciences de Paris mes observa-
tions faites durant l'épidémie cholérique, relatives au ralentissement du pouI>
et aux propriétés du sang chez des individus qui semblent bien portants, oitb
qui se trouvent dans la période de prédisposition. Un extrait de ces observa(ion>
a été publié dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences. Les phénomène»
que je signalais alors, ayant été confirmés depuis par plusieurs observateurs, ne
paraissent plus ni éti*anges ni nouveaux.
Aujourd'hui, je me propose de vous présenter quelques-uns des résultats df»
expériences que j'ai faites au lit du malade pendant plusieurs épidémies cholé-
riques qui ont sévi en Russie depuis I8/18.
Je veux parler spécialement de l'acide cyanhydrique, dimt l'emploi, secondt*
par d'autres procédés thérapeutiques, m'a donné des résultats satisOiisants ^'^
cela sur une échelle très-considérable. Le nombre de malades soumis à (f
genre de traitement dépasse 1200, et la mortalité n'a jamais été de plus ai
12 pour 100. Ce traitement, je l'ai appliqué dans ma pratique pmée et
officielle, et aussi en présence d'une commission de médecins, charges par te
gouvernement russe de suivre la médication et d'en constater les résultats, tn
présence de la commission, j'ai traité exclusivement les cas algides. ^éanmoin»
la mortalité était encore au-dessous de celle indiquée plus haut. Quant anx do-
cuments qui viennent à l'appui de mes affirmations, ils sont entre les mains dii
autorités du pays.
Qu'il me soit permis d'indiquer par quelles circonstances j'ai été amené aui
résultats que je vais exposer.
FOZNANSKl. — DIAGNOSTIC ET TRAITEMENF DU CHOLÉRA. 583
A l'ëpoque de Tépldémle qui sévit en i8^'i8, je n'avais une juste idée ni de la
maladie qui nous occupe^ ni de l'action de l'acide cyanhydrique^ et je pensais
alors, comme tant d'autres, que le choléra est une névrose du grand sympathi-
que. J'ai eu recours à ce médicament, qui, diaprés les idées généralement
reçues, devait avoir la vertu de déprimer la surexcitation nerveuse. J'ai com-
mencé, d'ailleurs, par le cyanure de fer, à cause de ses propriétés antidiarrhéi-
ques; et puis, la réputation d'ôtre vénéneux, qui s'attache à l'acide cyanhy-
drique, m'dtalt le courage d'en faire Fessai. Le cyanure de fer me donnait des
résultats meilleurs en général que ceux obtenus par d'autres médicaments;
mais, ayant aussi des insuccès, je me suis hasardé, même pendant l'épidémie
de i8&8, à administrer de l'acide cyanhydrique à des doses minimes, c'est-à-dire
conformes aux prescriptions ordinaires.
Encouragé par de bons résultats, j'augmentai la dose par degrés, et enfin,
pendant les dernières épidémies, je suis arrivé à administrer, dans les cas
algides, de 15 à 25 gouttes d'acide cyanhydrique médicinal (contenant 2 pour
100), tontes les dix et même toutes les cinq minutes. Pour les enfants, le nom-
bre des gouttes doit être restreint et mesuré suivant l'âge ; car une dose tant
soit peu forte produit chez eux une véritable éclampsie suivie d'un sommeil
comateux. Les convulsions causées par l'acide cyanhydrique chez les enfants
prouvent assez combien peu est fondée l'opinion générale d'après laquelle cet
agent déprimerait toutes les fonctions. Bien au contraire, il n'y a peut-être pas
de médicament qui exciterait d'une manière plus expéditive et plus instantanée
la respiration, la circulation et l'activité du système nerveux ; toutefois cette
excitation n'étant que passagère, pour entretenir son action, il est nécessaire
d'administrer le médicament h doses souvent répétées.
Une dose convenable d'acide cyanhydrique produit généralement une petite
tonx, active la respiration, augmente la force et la fréquence du pouls, diminue,
fait passer l'anxiété épigastrique, et limite en même temps la transsudation.
Quant aux vomissements, ils se changent bientôt en simples vomituritions ; en
même temps, la diarrhée devient moins copieuse et perd sa forme caractéris-
tique. Quant aux urines, leur sécrétion ne manque pas d'être rétablie sitôt que la
respiration et la circulation ont repris leur cours naturel.
J'administre l'acide cyanhydrique médicinal sans mélange, ou bien tantôt
délayé dans de l'alcool et tantôt avec du sirop simple, mais pas autrement que
par gouttes. De cette façon, l'acide cyanhydrique, étant absorbé dans la cavité
buccale eUe-même, n'est plus rejeté par les vomissements.
Pendant les épidémies cholériques, je me sers également de l'acide cyanhy-
drique contre les diarrhées et les constipations, ces deux symptômes ayant pour
cause un défaut de circulation et une stagnation dans les organes abdominaux,
comme je l'expliquerai plus bas.
Comme prophylactique, pendant l'épidémie, j'ai mis en usage avec succès
les amandes amères, à cause de l'acide cyanhydrique qu'elles contiennent.
I^ dose de l'acide cyanhydrique varie selon l'intensité des cas, et, chose
remarquable, les malades supportent, sans inconvénient, de fories doses tant
qu'ils se trouvent dans un état de prostration ; mais sitôt que leur état s'amé-
Uore, les mêmes doses ne sont plus que difGcilement supportées. Cela est
d'ailleurs conforme à la loi, qu'on ne doit jamais perdre de vue, en vertu de
laquelle l'action de tout agent naturel ou médicamenteux dépend, non-seulement
de sa nature, mais aussi de l'état dans lequel se trouve l'individu soumis à son
584 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — CINQUIÈME SÉANCE DU SOIR.
action. Aussi la maladie une fois arrivëe à la période typhoïde^ l'acide cyanhy-
drique doit être abandonné pour la plupart du temps ; mais^ d'un autre côté,
l'usage convenable de ce médicament exclut presque le développement de Tétai
typhoïde ; et depuis que j'administre de l'acide cyanhydrique à fortes doses, il
m'est rarement arrivé de voir le choléra passer à l'état typhoïde. En tout cas, ce
dernier était moins grave.
Voilà les avantages que j'ai tirés de l'emploi de l'acide cyanhydrique dans le
traitement du choléra ; mais je suis loin d'afQrmer que ce remède sufOse pour
tous les cas ; aussi j'ai recours^ et même très-souvent, à la saignée générale, non-
seulement chez les adultes, mais même chez les petits enfants. Dans le traite-
ment du choléra, tant qu'il présente encore des signes de pléthore veineuse, je
ne connais pas d'expédient plus prompt et plus énergique pour activer la circu-
lation et la respiration, comme aussi pom* diminuer et même faire disparaita*
les caractères du sang propres au choléra. Or, la saignée est profitable à la pé-
riode de prédisposition cholérique et à la période algide, tant qu'il n'y a pas
d'indices du passage à l'état typhoïde, c'est-à-dire tant qu'il ne se manifeste
aucun signe de réaction. Celle-ci s'opère dans l'organisme au moment où le
cœur, débarrassé de l'excès de sang dont il regorgeait et aidé pai* la résorption,
commence son travail réparateur, pour rendre au sang ses qualités normales et
rétablir la circulation ainsi que les diverses fonctions qui en dépendent.
Jusqu'à ce moment, la saignée est profitable; mais, une fois que les pertes
liquides et l'entassement des corpuscules dans les capillaires transforment la
pléthore veineuse en vraie anémie , alors enlever le peu de sang qui circule,
ce serait ôter la vie. Et c'est ce qu'on a fait quand, sans connaître la ligne de
démarcation qui sépare la période algide de la période typhoïde, on opérait U
saignée indistinctement.
Les suites étaient déplorables, et l'on ne peut s'étonner du discrédit dans
lequel est maintenant tombé ce moyen thérapeutique, si bien qu'il est aujour-
d'hui presque impossible de le remetti*e en honneur. Pourtant il y a un mo-
ment, difûcile à saisir il est vrai, où il est utile de recourir à la saignée. C'est
un instrument à deux tranchants; mais on peut dire sans exagératipn que, dans
une épidémie cholérique, oh ne saurait jamais saigner trop tôL
Toutefois le moment de pratiquer la saignée n'est pas encore passé tant que
le malade se trouve dans l'état algide, sans indice de l'éaction; tandis que, celle-
ci une fois survenue et la circulation commençant à se rétablir, on doit bien se
garder de contrarier cet acte réparateur.
Quant à la quantité du sang à évacuer, elle doit être mesurée d'après le degré
de la pléthore et de la veinosité. Dans certains cas, il m'est arrivé, en opérant la
saignée à deux reprises, de tirer avec succès au delà de 25 onces. Ajoutons que
les bons résultats de la saignée dépendent beaucoup de la manière dont on la
pratique; car on peut dire, à juste titre, que c'est la rapidité de l'évacuation qui*
pour la plupart du temps, décide de son efficacité*
On m'objectera que, dans la période algide, il est souvent impossible de tirer
quelques gouttes de sang des veines du bras. Je répondrai qu'on a encore la
jugulaire, et que, dans un état qui est plus que dangereux, une incisioD de U
veine ne peut pas nuire, si l'on ne parvient pas à en tirer du sang. U faut avouer
d'ailleurs que très-souvent on n'est ni assez habile, ni assez assidu, pour mener
à bonne fin cette opération. Et pourtant il y a iies moyens qui fadlilcnt l'écoule-
ment du sang de la veine incisée, des moyens qui renforcent la respiration et U
POZNANSKL — DIAGNOSTIC ET .TRAITEMENT DU GHOLËBA« 585
circulation^ entre autres remploi de Tacide c^anhydrique^ des stemutatoires,
par exemple l'ammoniaque insufQëe dans les cavités nasale et buccale au moyen
d'un vaporisateur, une prise de veratrum album, la vératrine et autres.
Les stemutatoires sont utiles^ en ce qu'ils renforcent la respiration et la circu-
lation, qu'ils expulsent l'acide carbonique de l'atmosphère pulmonaire, décar-
bonisent le sang, réchauffent le malade, amènent de la transpiration^ et font
disparaître les veiliges^ le mal de tôte et les crampes.
Il y a encore un procédé dont je me suis servi avec succès^ tant dans la période
algide que dans la période typhoïde : c'est l'emploi de l'ammoniaque tantôt sous
forme de vapeur (pulvérisée), en l' insufflant dans la cavité buccale, ce qui
désaltère les malades, et tantôt en entourant le patient d'une atmosphère ammo-
niacale. Pour cela, on l'enveloppe dans un drap de lit mouillé avec de l'eau for-
tement salée et modérément aspergée avec l'alcali volatil. Les malades, entourés
de couvertures légères, restent dans cette position sans inconvénients pendant
plusieurs heures. Dans cette situation, ils se réchauffent; une transpiration géné-
rale se produit; Tangoisse épigastrique et les crampes disparaissent presque
immédiatement.
Selon toute probabilité, l'efficacité de l'ammoniaque est due à son affinité
chimique pour l'acide carbonique, surchargeant alors l'atmosphère pulmonaire
et la masse du sang.
L'acide carbonique de l'atmosphère pulmonaire une fois absorbé, l'angoisse
et le sentiment de chaleur, qui suit la direction des bronches, diminuent sensi-
blement. L'atmosphère pulmonaire, par rapport à la quantité de l'acide carbo-
nique, une fois rendue normale, la décarbonisation du sang reprend son cours
naturel. Ajoutons que l'application extérieure de l'.ammoniaque influe nécessai-
rement sur l'état de la peau ; et ce procédé, aussi simple qu'énergique, ne saurait
être assez recommandé, non-seulement dans le traitement du choléra, mais
aussi dans des cas analogues. En outi'e, l'ammoniaque, par suite de la propriété
qu'elle possède d'absorber l'acide carbonique, est à recommander pour désinfec-
ter l'air. On y parvient facilement en imbibant de cette substance des éponges ou
d'autres corps poreux.
Les Persans connaissent, à ce qu'il parait, cette propriété désinfectante de
l'ammoniaque. M. le docteur Kade, de Saint-Pétersbourg, qui a longtemps résidé
en Perse en qualité de médecin de l'ambassade russe, m'a conununiqué à ce
sujet un détail curieux : Dans ce pays, on traite les cholériques en les plaçant
dans les latrines.
L'influence salutaire de l'ammoniaque par rapport au choléra se coiTobore
encore par cette circonstance, que les ouvriers qui sont en contact avec des
matières animales en putréfaction produisant l'ammoniaque : les vidangeurs, les
tamieurs, leséquarrisseurs, les gens occupés dans les abattoirs, ne gagnent jamais
le choléra, ce qui embarrasse M. PeltenkofTer, et se trouve en complet désaccord
avec sa théorie d'infection par les immondices, comme U l'avoue lui-mêmet dans
la Gazette d'Âugsbourg de 1865. Pourtant, l'explication eût été facile, si cet
éminent savant eût porté son attention sur l'action chimique de l'ammoniaque
par rapport à l'acide carbonique.
L'usage de l'ammoniaque ne saurait donc être que pi*oûtable dans le choléra,
où rëlimination de l'acide carbonique fait défaut, comme l'ont prouvé les belles
expériences de M. Doyère.
586 CONGBfeS MÉDICAL INTElIlVATlONât. — CINQDIÈlfB S£AKCB DU SOIR.
n nous reste à parler d'un procédé physique pour réchauffer les malades. Nous
aYons dit plus haut que le meilleur moyen de réchauffer le malade était de
l'envelopper dans un drap imhihé d'eau ammoniacale ; néanmoins on peut en
même temps faire usage du procédé suiyant, aussi simple que pratique : appli-
quer des pierres ou même des hriques chauffées au four et enveloppées dans
de la toile fortement mouillée d'eau. 11 se produit une vapeur chaude qui se
condense sous les couvertures. Disons^ entre parenthèses^ que cette manière de
réchauffer et de faire transpirer le malade est à remarquer non-seulement dans
le choléra^ mais aussi dans heaucoup d'autres maladies, entre autres dans le
rhumatisme aigu et chronique, la laryngite couenneuse, la pneumonie, etc.
Voilà les moyens que j'ai trouvés utiles dans le choléra; mais, pour le traite-
ment, la grande question est de savoir les appliquer à temps. Or, cela dépend
d'un diagnostic précis : avant tout, il faut savoir quel est le degré de la maladie
et à quelle période la maladie est arrivée.
Voilà pourquoi, malgré les bornes restreintes de cette étude, je me troure
obligé d'entrer dans quelques considérations nosologiques. Pour expliquer les
phénomènes pathologiques du choléra, je suis obligé de remonter au phénomène
du ralentissement de la circulation, qui devance tous les autres, et qui, en se
produisant alors que la maladie ne s'est pas du tout déclarée, sert de base à
tous les changements morbides. Or, pendant l'épidémie cholérique, chez les
individus qui, en raison de leur constitution, ne jouissent pas d'une circulation
très-énergique, le pouls offre parfois à peine ft5 pulsations par minute. Il e?l
naturel que le nombre des mouvements respiratoires baisse également. La ^^-
sorption, confoimément aux lois biologiques, est alors notablement renfbrcée et
produit une quantité excessive de lymphe, qui, entrant dans les voies circulatoires,
y prépare, sous l'influence du ralentissement de la respiration, une pléthore
veineuse. Le sang, dont regorgent le cœur et les vaisseaux voisins, excite une
réaction, et les ralentissctnenis de la circulation sont compensés, pour la plupart
du temps, par des accélérations.
Tant qu'il y a de ces compensations régulières, l'état morbide ne se développe
pas. Mais une fois que, par une cause quelconque, cette compen«»tîon n'arrive
plus, et que la résorption toujours excessive produit la lymphe dans une quantité
qui surpasse la capacité des voies circulatoires, U y a nécessairement accumula-
tion de sérosité dans les vaisseaux et tissus lymphatiques, et partant dans les
intestins. H en résulte des ramollissements, des exfoliations des intestins et
ensuite transsudation par leurs parois. Jusqu'ici il n'y avait que prédisposition
cholérique ; mais, aussitôt que la transsudation excessive est survenue, le cœnr
étant privé des nouvelles colonnes sanguines qui auraient activé son action, la
circulation cessera d'être générale ; alors elle s'accroîtra dans les organes qui
offrent le plus de résistance, c'est-à-dire dans les organes jouissant de vaisseaux
capillaires très-compactes, voire dans les organes du système de la veine porte.
Ainsi surviennent les stases capillaires, qui empêchent le passage du sang des
artères dans les veines, et qui envahissent successivement aussi les organes
jouissant d'une circulation plus énergique. Il y a de ces cas oh les stases sanguines
envahissent la plupart des organes, ce qui amène une mort presque instantanée ;
ces cas sont exceptionnels : mais, en général, pendant que se produisent ies
stases dont nous venons de parler, les organes qui jouissent d'une circulation
énergique et d'une ailériosité prononcée reçoivent tout le sang circulant, et par
conséquent se trouvent dans un état de congestion. Tout cela constitue Iti période
POtNANSEL — - DUfilfOSTIG ET TRAITfiyiNT OU CHOLÉRA. 587
alçide. D'ailleurs les stases augmentent la transsudation des pallies séreuses du
sang^ et amènent une anémie mi generis; ainsi la période algide^ en commen-
çant par la pléthore, approche vers sa fin de Tanémie, et la circulation redevient
générale.
Si les stases ont été de courte durée, le moment du retour de la circulation
générale constitue la convalescence immédiate; mais si les stases ont duré
longtemps, et que, par conséquent, le peu de sang qui reste offre déjà des alté-
rations considérables, alors le retour de la circulation générale ne sera qu'une
nouvelle phase morbide dans laquelle le sang qui manque se reconstitue avec le
concours de la résorption. Le retour de la circulation générale, après des stases
de courte durée, s'appelle la réaction salutaire, tandis que l'état qui succède aux
stases de longue durée constitue la période typhoïde.
La période de prédisposition cholérique, étant un état intermédiaire entre la
santé et la maladie, n'occasionne pas de souffrances déterminées, et par consé-
quent passe pour la plupart du temps inaperçue, d'autant plus que le système
nerveux se trouve alors sous l'influence anesthésique du gaz acide carbonique qui
surabonde dans le sang. Aussi la période alglde est quelquefois d'une durée
tellement courte^ et l'état typhoïde se produit parfois si soudaineoient, qu'on
pourrait croire que la période algide n'a pas du tout existé, et que le choléra a
conunencé d'emblée avec l'état typhoïde ; mais celui-ci ne pouvant arriver qu'à
la suite de stases d'une durée assea prolongée pour qu'il y ait appauvrissement
et altération du sang, tout cas de choléra, en tant que le mal n'est pas intercepté
dans son cours naturel, parcourt, selon notre opinion, les trois périodes ci-dessus
indiquées. Sonune toute, la période typhoïde ne peut survenir qu'après les
périodes précédentes, qui lui servent de base. Seulement, quand la période de
prédisposition a duré longtemps, c'est-à-dire quand la période de fomiatioiyies
stases est tellement prolongée que cette période même produit le manque et
l'altération du sang, alors l'état algide sera de courie durée et peu distinct, l'état
typhoïde apparaissant tout de suite. Néanmoins, chaque fois qu'on croit que le
choléra a débuté par un état typhoïde, il y a plutôt observation défectueuse que
défaut de développement pathologique.
Les limites restreintes de ce travail ne me permettent pas d'entrer dans l'ex-
plication de fous les phénomènes propres aux trois périodes ; je me bornerai donc
à noter seulement que la pléthore veineuse, les stases capillaires et la transsuda-
tion avec leurs suites, voire les congestions, le défaut et l'altération ultérieure
du sang, donnent une explication positive de la maladie, sans y rien laisser
d'énigmatique.
Le choix de la thérapeutique devant être confoime aux différents degrés de la
maladie, qui dépend de l'étendue qu'auront gagnée les stases, il nous reste
encore à définir ces degrés.
Or, nous savons que l'afiaiblissement de la circulation a pour efPet immédiat
les stases sanguines qui se produisent successivement, en commençant par les
organes qui, à cause de leur disposition anatomique, ont une circulation plus
lente, et s' étendant aux organes qui, en raison de leur structure, jouissent d'une
circulation plus active. Cest ainsi que les stases se forment en premier lieu dans
les organes abdominaux, du ressort de la veine porte. Si elles n'envahissent pas
d'autres organes, alors il n'y a que le premier degré du choléra, il y a de la cho-
lérine. Si elles envahissent les reins, les muscles et d'autres organes, à l'exception
588 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — aNQUlfeME ftlANCE DO SOIR.
du cœur et du cerveau, il y aura second degré, c'est le choléra ; la sécrétion des
urines sera donc suspendue, et la circulation se bornera aux organes qui, par
leur nature, sont disposés aux congestions. Néanmoins l'activité du coeur conti-
nuant et ses pulsations étant distinctes, ce degré pourrait être nommé choléra
sphygmodes, pour le distinguer du troisième degré qui est nommé choléra asphyc-
tique, les pulsations du cœur étant alors imperceptibles et la circulation anéantie
presque dans tout l'organisme, à cause des stases qui auront envahi la substance
même du cœur.
Il nous reste à ajouter à ce que nous venons de dire, que chaque degré de la
maladie parcourt lui-même les trois périodes que nous avons signalées, même
le degré le plus faible. Ces périodes sont souvent peu distinctes, mais réelles,
quand elles ne sont pas, bien entendu, interrompues par la mort ou la gué-
rison.
BB liA SOUFFRANCE BB li'VTÉBVS
PBNBAMT liA «BOSSESSB CUBE Ii.% FBHME
PAR M. LE DOCTEUR MATTEI (A PARIS)
ProfeiMiir libre d*aoc<NKliementt.
Dans le langage ordinaire, les dénominations de douleur et de souffrance sont
ordinairement synonfy mes ; mais en médecine, on a besoin d'établir entre elles
une différence maïquée qu'on n'a cependant pas encore faite.
On doit conserver le nom de douleur à l'impression pénible reçue par un point
du corps et perçue pai* le cei-veau. On doit donner le nom de souffrance, au con-
traire, à l'impression pénible reçue par les organes, et dont le cerveau n'a pas
conscience, au moins d'une manière directe; ce qui veut dire qu'il y a des souf-
frances sans douleur, mais qu'il n'y a pas de douleur sans souffrance.
On ne peut pas dire, en effet, que nos organes ne souiTrent pas, quoique le
cerveau n'en ait pas conscience, lorsque )eur texture anatomique est altérée, que
leurs fonctions sont troublées, et que ce trouble peut se propager à l'économie
tout entière.
Le sujet dont je m'occupe en ce moment est précisément de ce nombre; c'est-
à-dire que l'utérus peut souffrir assez fortement pour produire des accidents
graves, sans que le cen'cau en reçoive de la douleur, ou tout au moins sans que
les douleurs causées par cette souffrance correspondent à l'utérus lui-même.
Dans la division de la vie organique, régie par le grand sympathique, et les
fonctions de la vie animale, régie par l'axe cérébro-spinal, dans cette difision,
Bichat a pu donner implicitement l'explication du fait dont je viens de parler;
mais il est reconnu aujourd'hui que la séparation dont il a été question n'existe
pas plus dans les fonctions que dans le système nerveux, surtout si on les consi-
dère d'une manière absolue. En effet, tous les nerfs se tiennent entre eux, et un
organe qui agit à l'insu du cerveau pendant l'état de santé peut lui faire sentir
de la douleur quand il est malade.
MATTÊI. — 0B LA SOUFTHANCB DE L^OTÊRCS CHEZ LA FEMME. 589
La transmission de la soufflrance d'un organe au cerveau peut se faire directe-
ment, et alors nous rapportons la douleur à l'organe souffrant, ou cette transmis-
sion se fait d'une manière détournée, et alors la douleur, les malaises et les
troubles fonctionnels ne sont plus rapportés par le cerveau à l'organe souffrant,
mais bien au siège de ces symptômes pathologiques. C'est seulement par le rai-
sonnement scientifique que nous pouvons redresser celte erreur. Nous voyons
souvent en effet les malades croire au siège de la maladie là où ils sentent la
douleur pendant que le médecin trouve cette maladie ailleurs.
La belle découverte de Marshall-Hall sur les phénomènes réflexes de la moelle
épinière rend compte de quelques-uns des faits dont je parle : ainsi la souffrance
utérine se traduit souvent par des douleurs névralgiques correspondant aux points
d'émergence des nerfs intercostaux ou lombo-abdominaux, et, dans ce cas, la
moelle est le point de réflexion de la douleur; mais une foule d'autres faits
restent inexpliqués par la réflexion de l'axe spinal : telles sont les indispositions
de grossesse, dites sympathiques, et dont la manifestation se fait dans le tube
digestif, le système vasculaire, le système glandulaire, et dans bien d'autres
organes ou systèmes d'organes. Ces indispositions sont pourtant l'irradiation de la
souflrance de l'utérus, qui se fait sans doute par le système nerveux encore plus
que par toute autre voie; mais ces indispositions ne sont pas assurément toutes
des phénomènes réflexes ayant passé par la moelle épinière.
Ceci est vrai à l'état physiologique, lorsque pendant la puberté, l'ovulation, la
menstration, et le coït, on observe des phénomènes dits sympathiques chez la
femme, il est vrai surtout à Tétat pathologique, lorsque l'utérus et ses annexes
sont atteints de maladies organiques ou fonctionnelles. Ainsi, qu'on pousse une
simple injection dans l'intérieur de la cavité utérine pendant qu'elle est à l'état
de vacuité, et souvent la malade sera prise à l'instant même de malaises qui
pourront aller jusqu'à la syncope, de nausées qui pourront aller jusqu'aux vomis-
sements, ainsi que d'autres phénomènes sympathiques; c'est-à-dire qu'on pourra
occasionner en quelques minutes les plus forts malaises qu'on observe chez la
femme pendant la grossesse.
La souffrance utérine causée par l'injection doit être vive pour produire un
tel retentissement, car la texture anatomique et les fonctions n'ont pas éprouvé
de changement; tandis que durant la gestation, la texture anatomique et les fonc-
tions sont profondément modifiées dans l'utéiTis. Tous les tissus sont hypei*trophiés,
et les fonctions sont plus marquées; en particulier, la contractilité, la sensibilité,
la circulation, la sécrétion, etc. Une même souffrance utérine pourra alors pro-
duire un bien plus grand retentissement, et une souffrance faible, qui n'aurait
pas pixiduit de trouble éloigné ou général pendant l'état de vacuité, en produira de
bien sensibles pendant la grossesse.
Ces préliminaires m'étaient indispensables pour établir le point obstétrical que
je veux démontrer dans ce travail, et sans pouvoir le traiter à fond, en peu de
temps, je vais m'arrêter brièvement sur les effets de la souffrance utérine pen-
dant la grossesse, sur les symptômes et le diagnostic, sm* les causes et le traite-
ment de cet état morbide.
Effets. — La grossesse peut être rendue pathologique par plusieurs causes,
dont les unes font partie de la souffrance utérine que j'étudie ici, d'autres en sont
tout à fait distinctes.
Ainsi, je n'ai pas à m'occuper des maladies, fébriles ou non, qui agissent
590 CONGBËS liÊDIOO. INTElNATIOCIàL. — dHQDlfclll SÉANCE M 80it.
d'une manière générale avant de porter leur action sur l'utérus gtatide ; je éois
seulement me rappeler que Tétat de grossesse rend cet organe plus sensttile aux
causes morbides générales que quand il est en état de vacuité.
Je ne dois pas non plus m'occuper de ce qui agit mécaniquement pendant la
grossesse pathologique ; mais ici non plus je ne dois pas oublier que si la mt-
trice> par son volume, par exemple, gêne les fonctions de la vessie, du rectum,
du poumon et d'autres organes, cette matrice elle-même peut être sensible à U
résistance qu'opposeront à son expansion les organes que je viens d'indiquer et
autres, l'enceinte rigide du bassin surtout.
Les phénomènes qui entrent tout à fait dans mon sujet sont ceux surtout
qu'on appelle sympathiques. Ces phénomènes, comme on le sait, peuvent être
légers, mais aussi ils peuvent atteindre une gravité telle, qu'ils rendent la gros-
sesse pénible et compromettent même la santé et la vie de la femme; ils peuvent
fatiguer le produit jusqu'à enrayer son existence, ou ils peuvent le fkire expulser
avant terme. La gravité des effets de la souffrance utérine mérite par conséquent
la plus grande attention. J'arrive aux manifestations de cette souffrance.
Symptàmes et diagnostic, — La douleur siégeant dans l'utérus même est
assurément le signe le plus probant de la souffrance de cet organe, et cette dou-
leur peut, être spontanée ou occasionnée par les mouvements fœtaux et par
la pression de la main sur l'abdomen, ou par la pression des doigts explorateurs
sur le segment inférieur et le col de l'utérus. Il faut seulement prendre garde de
ne pas rapporter à l'utérus la douleur dépendant de l'hyperesthésie de la petu
de l'abdomen ou de la sensibilité d'un organe autre que l'utérus gravide.
Je l'ai déjà dit, l'utérus peut être bien souffrant sans offrir de douleur locale
spontanée, mais il y a peu de cas où. il soit souffrant sans qu'on réveille la dou-
lem* par la pression artificielle; cependant si cette douleur manquait, il ne fau-
drait pas nier la souffrance utérine, quand elle serait affirmée par les autres
signes dont je vais parler.
Les formes anormales de l'utérus gravide, le volume disproportionné de cet
organe avec l'âge de la grossesse, sa tension permanente et ses déplacements
insolites, peuvent indiquer la souffrance. Ces signes, qu'on peut appeler sensibles,
ont été, du reste, assex bien étudiés par les divers observateurs; ce qu'on n'a pas
rapporté à la souffrance utérine, ce sont les symptômes éloignés.
Les principaux de ces symptômes, dits sympathiques, ont pour siège les
organes animés par le système nerveux ganglionnaire ou par Taxe cérébro-
spinal lui-même. Tels sont les troubles des voies digestives qui peuvent aller de
l'anorexie aux vomissements les plus incoercibles; les troubles du système circu-
latoire, qui peuvent aller depuis les faibles variations du pouls jusqu'à l'anémie,!
la syncope ou aux accès fébriles; les troubles des voies respiratoires, qui peuvent
aller de l'oppression légère jusqu'à la toux la plus obstinée; les troubles de l'axe
cérébro-spinal, qui peuvent aller de l'hyperesthésie légère au prurit et aux
névralgies les plus intenses, de la crampe aux convulsions, des biiarreries de
caractère jusqu'à la plus grande exaltation cérébrale ou à la perversion des
sens.
C'est souvent sans aucun signe sensible spontané de l'utérus que la souffrance
de cet organe atteint ces hauts degrés, et ce qui prouve pourtant la réalité de
cette souffrance est que l'utérus entre souvent alors en contraction, expulse le
produiti et tout l'orage s'apaise aussitôt comme par enchantement. D'autres fois
lUTTEi. — MU sourpftAKCB w L*oTÉai» CMU LA mm. S0t
la mort Mille de l'embryon dans le sein maternel suf&t à calmer la violence des
phénomènes sympathiques; non parce que la vie du produit causait ces symptô*
mes, noais parce que cette mort^ ne faisant plus de Tutënis le point convergent
de liquides et de fluides de l'économie, soulage la soufii*ance de cet organe.
Le cadre même des symptômes que je viens de tracer met sur la voie du
diagnostic. Les phénomènes sympathiques conduisent à Texamen de rutérus,
dont la souffrance est ordinairement conflrméj par une altération dans la position,
la forme, le volume, la tension, et surtout la sensibilité de cet organe.
Le palper abdominal, qui m'a rendu de si grands services pour le diagnostic
obstétrical et les manœuvres opératoires ; le palper seul, ou combiné avec le
toucher vaginal, m'a aussi porté à reconnaître la souffrance utérine.
Un fait étrange en appai'euce, mais qui s'explique par tout ce que je viens de
dii-e, est qu'en pressant quelquefois sur l'utérus gravide soufi&ant, j'ai réveillé
à l'instant même des phénomènes sympathiques inconnus jusqu'à ce moment ou
endormis : tels seraient les nausées, la constriction de la gorge, les névralgies,
intercostales et autres symptômes de ce genre. Ce qui prouve que ces symptômes
étaient le résultat de la souffrance que j'occasionnais par la pression, c'est qu'ils
cessaient avec la pression même; comme il arrive quelquefois de voir ces mêmes
phénomènes sympathiques paraître et disparaître pendant le travaU avec chacune
des contractions douloureuses de l'utérus.
Causes, — Le simple état de grossesse a été considéré jusqu'ici comme une cause
de tous ces phénomènes sympathiques, mais c'est assurément là une erreur. La
grossesse est un état physiologique qui ne devrait pas plus apporter de troubles
pathologiques chez la femme qu'elle n'en apporte chez les animaux. Ces troubles
ne proviennent que de la souffrance utérine, dont nous devons rechercher les
causes et les coml^attre.
Ces causes, il est vrai, ne sont pas toujours faciles à discerner : telle serait, par
exemple, la disposition de certains sujets à avoir l'utérus souffrant à toutes les
grossesses et quoi qu'on fasse ; mais si chez ces femmes mêmes on ne peut pas
détruire complètement la souffrance utérine, on peut du moins l'alléger en com-
battant toutes les causes qui peuvent l'occasionner ou l'aggraver. Je vais indiquer
précisément celles de ces causes dont l'action est la plus manifeste, et par con-
séquent plus facile à attaquer.
Une des principales est la gêne qu'éprouve l'utérus dans son expansion : ainsi
chez les animaux la matrice gravide est affranchie de l'enceinte rigide du bassin,
elle flotte au milieu de tissus souples et facfles à déplacer; tandis que chez la
femme la position naturelle de l'utérus, et surtout la station veilicale, forcent la
matrice à se distendre dans le petit bassin avant de pouvoir gagner les fosses
iliaques. Cette élévation même ne se fait qu'en supportant le poids des viscères
abdominaux, et quelquefois en refoulant les côtes> rapprochées par l'usage des
corsets : aussi, qu'on le remarque bien, pendant les premiers mois de la grossesse,
les phénomènes sympathiques^ et par conséquent la souffrance utérine, sont plus
marqués que pendant les derniers mois. Ces phénomènes se montrent plus sou-
vent ou avec plus d'intensité chez les femmes de la ville que chez les feiûmes
de la campagne, et jusqu'à un certain point plus chei les femmes riches que
chez les pauvres.
Le hasard porta une fois le professeur Moreau à reconnaître que les vomisse-
502 G0N6BÈ8 MÊDlGàL UrrEBNATIOtiAL.— CINQUÎÈHE SÉANCE DU SOIR.
ments incoercibles chez une femme enceinte étaient dus à la rétroTenion
de l'utérus grayide, et, chose étrange, ce fait n'a pas porté à mieux étudier la
souffrance utérine pendant la grossesse. Il est démontré aujourd'hui pour moi
que ce n'est pas la rétroversion seule qui peut causer les symptômes graves dont
on trouve le cadre dans les auteurs. L'utérus peut- être en rétroversion sans être
souffrant^ ceci arrive souvent dans les deux premiers mois de la grossesse, tandis
qu'il peut ne pas y avoir de rétroversion, et l'utérus être serré dans le petit bas-
sin. V enclavement de Vutérus gravide, et je tiens au mot, est alors la cause de sa
souffrance, et cet enclavement peut exister sans rétroversion, comme la rétro-
version peut exister sans l'enclavemenl.
Une autre cause fréquente de souffrance pour l'utérus gravide chez la femme
est la congestion, déjà considérable par suite de l'augmentation de calibre dans
les vaisseaux utérins, et accrue par une foule d'autres causes dont on doit tenir
compte.
La première de ces causes est l'afflux cataménial, qui continue malgré la gro^
sesse, et si, comme je l'ai démontré dans ma clinique obstétricale, on y avait fait
attention, on se serait aperçu que les premiers phénomènes sympathiques de la
grossesse se prononcent ordinairement avec la congestion de la première mens-
truation qui manque ; les femmes grosses savent très-bien du reste qu'elles sont
souffhintes aux époques cataméniales bien plus que dans les autres temps de la
gestation.
A la congestion cataméniale naturelle peuvent s'ajouter d'autres causes nom-
breuses dont l'action est passagère, comme le coït, les émotions morales, la
diarrhée ou la constipation ; d'autres causes ont une action plus prolongée ou
permanente, comme l'usage du corset, les maladies de l'utérus et de ses anneies,
les maladies du produit de la conception, les grossesses multiples, les profession<
qui exigent de grands efforts, des marches prolongées et autres causes de ce genre.
Ces causes, à dire vrai, peuvent rendre l'utérus souffrant en dehors même de la
congestion ; mais ce qui prouve le rôle que joue ici la plénitude des vaisseaui
utérins, est qu'une légère déplétion, et le traitement qui consiste à détourner le
sang de l'organe gestateur, sont ordinairement suivis de soulagement.
TraitemefU. — Le traitement qu'on a opposé jusqu'ici aux maladies de la
grossesse a eu plutôt pour but les phénomènes sympathiques en particulier que
la souffrance utérine dont ces symptômes sont la manifestation. Les calmants, les
antispasmodiques, les révulsifs, les répercussifs, les empiriques de toute sorte
ont été employés tour à tour avec un succès plus ou moins incertain et souvent
nul. La raison en est bien sim[^e : c'est que ces moyens attaquaient rarement la
souffrance utérine et ses causes. Tandis que, quand on se dirige vers ce but, ce
traitement est à la fois plus simple, plus rationnel et plus efficace. Ce traitement
est naturellement prophylactique ou curatif.
Le traitement prophylactique a pour but principal d'éloigner tout ce qui con-
gestionne l'utérus ou le gène dans son expansion. Par conséquent, on doit éloigner
tous les excitants locaux ou généraux, dont je n'ai pas besoin de donner ici
les détails. On doit prescrire au contraire le repos modéré et quelques bains
génétaux. ,
On doit éloigner ce qui gêne l'expansion utérine, comme l'usage des corsets,
les efforts, les mai'cbes prolongées, et soutenir au contraire l'abdomen avec une
ceintura. Ces moyens^ qui sont du reste prescrits dans tous les traités de la gros-
ttUTTBf. — DE LA. SOUFFBANCE DB L'OTËBUS dOZ LA FEMME. 593
sesse^ ne suffisent pas toujours à préyenir et surtout à combattre la souffrance
utérine, il faut alors recourir aux moyens curatifs.
Le traitement curatif de la congestion Tarie suivant qu'elle est lëgj^re ou grave.
Ainsi la seule position horizontale pendant quelques jours suffit souvent à la faire
disparaître, surtout quand eUe est sous l'influence du nisus cataménial. Mais si
cela ne suffit pas, on a recours selon l'intensité aux sinapismes sur les bras ou
sur le dos. La saignée est rarement nécessaire. Mais si les anciens ont fait un
abus de ce moyen dans la grossesse, quelques auteurs modernes sont allés à
l'excès opposé. Les préparations opiacées, et en particulier les lavements lauda-
nisés qu'on a préconisés depuis longtemps pour combattre les menaces d'avor-
tement, n'agissaient autrement qu'en calmant la souffrance utérine. Lorsqu'il y a
des symptômes périodiques, fébriles ou non, l'usage du sulfate de quinine est fort
utile, et pour mon compte j'emploie souvent des pUules composées de 10 centi-
grammes de ce sel, avec 15 à 20 centigranmies de pâte de cynoglosse.
Lorsque la souffrance utérine tient à un enclavement, on ne peut guère
compter sur les moyens précédents, et il faut absolument détruire cet état en
refoulant avec les doigts l'utérus de bas en haut. Cette manœuvre n'est pas seu-
lement applicable à la rétroversion utérine, comme on l'a cru jusqu'ici, elle est
applicai>le à tout enclavement de l'utérus dans le petit bassin, et comme je l'ai
dit, ces enclavements, à divers degrés, bien entendu, sont assez fréquents pendant
les premiers mois de la grossesse.
Si au contraire la souffrance utérine tient à une maladie accidentelle arrivée
avant ou pendant la grossesse, c'est à traiter la maladie qu'il faut s'appliquer : tel
serait le rhumatisme utérin, la métrite, les maladies du col ou autre semblable.
Une cause de souffrance, dont on ne s'était pas douté, est la présentation du
fœtus par les pieds pendant la grossesse, et je remédie à cet accident en trans*
formant cette présentation en celle du sommet de la tête à l'aide de manœuvres
externes.
Un moyen empirique dont l'usage a fait connaître la valeur pour soulager
les vomissements des femmes grosses, ce moyen est l'iodure de potassium
ioduré.
Ce succès inexpliqué jusqu'ici rentre précisément dans ma manière de voir
sur la souffrance utérine. Ainsi l'iode, qui a une action tonique sur les nerU
vaso-moteurs, agit dans la grossesse comme dans les hypertrophies et dans les
tumeurs anormales. Il combat la congestion de l'utérus en faisant évidenunent
contracter les vaisseaux de cet organe ; aussi, pour mon compte, je ne le donne
pas seulement dans les cas de vomissements; je l'ordonne dans tous les cas de
souffrance de l'utérus gravide; aussi il m'est arrivé de soulager par ce moyen la
toux opiniâtre, les névralgies de toute sorte et bien d'autres phénomènes sym-
pathiques incommodes de la grossesse.
Ce mode d'action de l'iodure de potassium ioduré rend son administration
fort utile aussi pour les cas de rétrécissement du bassin où l'on a intérêt à avoir
des enfants moins volumineux qu'à l'état normal.
Je pourrais donner d'autres détails concernant le traitement de la souffrance
utérine, mais les généralités auxquelles je viens de m'arrêter suffiront, je l'es*
père, à faii'e comprendi*e comment la pathologie de la grossesse envisagée comme
je l'ai fait, cette pathologie soit plus facile à connaître et plus facile à traiter^
soit dans l'intérêt de la mère, soit dans l'intérêt de l'enfant.
Le peu de temps qui m'est accordé fait que je n'ai pas cité d'observations à
38
59/i CONGRES MÊDIGiL HfTBRIVATIOCf AL. — CmQmÈME BÊANGB DD SOIB.
Tappui de tout ce que je viens de dire^ mais on trouvera ces observations décrites
en dëlail dans ma Clinique obstétricale»
Voici en attendant les conclusions que je crois pouvoir tirer de ce qui précède,
comme de tout ce que j'ai observé jusqu'ici sur le sujet en question.
1** On doit établir en pathologie une diil'érence marquée entre la doiUew de
nos organes qui est perçue par le cerveau, et la souffrance de ces organes qui ne
va pas jusqu'à se faire sentir dii*ectement par le cerveau; c'est-à-dire qu'il peut
y avoir des souiTrances sans douleur, mais non des douleurs sans soufl'rancet et
enûn il peut y avoii* des douleurs dont le siège apparent n'est pas le même que
celui de l'organe souffrant*
2^ Les idées de Bichat sur la division des fonctions en celle de la vie orga-
nique et celle de la vie animale, comme les idées de Marshall-Hall sur les phé-
nomènes réflexes de la moelle épinière, ces idées expliquent un certain nombre
de faits correspondants à la distinction entre la douleur et la souffrance de<
organes» mais elles ne les expliquent pas tous.
3" L'utéruSj qui appartient à la vie organique, et qui à part sa région ceni-
cale ne reçoit que des nerfs du grand sympathique, l'utérus peut transmettre
directement la douleur de la soullrance au cerveau, ou souHtir sans que le cer-
veau en ait conscience, mais surtout il peut n'envoyer au cerveau que des dou-
leurs siégeant en apparence dans d'autres organes plus ou moins éloignés.
4" Bien des phénomènes pathologiques locaux et surtout les phénomènes
sympathiques de la grossesse sont l'irradiation de la souffrance utérine, et leur
degré varie comme la souffrance elle-même.
ô^ Ces phénomènes sympathiques suilQraient seuls à dénoncer la souffhtnre
de l'organe gestateur; mais l'examen local t]X)uve dans le volume, la forme, k
la position, la tension, et surtout dans la sensibilité de l'utérus sous la pression,
cet examen, dis-je, trouve la confirmation de la souflVance elle-même.
6" Les causes les plus fréquentes de cette- souffrance pendant la grossesse sont
la congestion de l'utérus et la gêne qu'éprouve cet organe dans son expansion'
Ainsi Venclaimmênt de l'utérus dans le petit bassin est plus fréquent qu'on ne le
pense pendant les premiers mois de la grossesse. Enûn bien des maladies locales
cm générales, arrivant pendant la gestation, peuvent être aussi cause de la souf-
france utérine.
1^ Cette souffrance peut non-seulement rendre la grossesse pénible. Elle peut
(compromettre la santé et la vie de la mère, la santé et la vie du fbetus, ou tout au
moins provoquer l'expulsion prématurée du produit.
8* Le traitement de la pathologie de la grossesse doit avoir pour but principal
le soulagement de la souffrance utérine, et non, comme on Ta fait trop souvent,
le traitement de tel ou tel phénomène sympathique qui est une pure manife^
tation de cette souffrance. De plus, ce traitement doit avofa* en vue la cau^eU
plus apparente de la souftVance utérine ; en particulier la congestion et la ^êne
dans l'expansion de l'organe gestateur. Ainsi on a besoin de refouler plus soutent
qu'on ne le croit l'utérus du petit bassin, en dehors même de la rétroversion
utérine; on a besoin de détourner plus souvent qu'on ne le croit le sang qui ^
porte ordinairement toujours trop ver» l'utérus che» la femme grosse <
9» Les préparations sédatives sont employées avec fhiit pom* calmer la souflhnf'
utérine, mais le moyen qui agit plus efficacement pour calmer les phénomène»
sympathiques de cette souffrance, quels qu'ils soient, ce moyen, c'est l'iodur^ de
potassium iod\u*é^ comme on peut en lire des observations asseï nombreuses dans
KBJ8TEUB1I. -— EZPRES810 KETUS. . 595.
une clinique obstétricale. L'iode me parait agir ici ea resserrant les vaisseaux
utérins, comme il le ferait dans toute autre hypertrophie ou dans une tumeur
quelconque.
Voilà, messieurs les membres du Congrès^ le fruit de mes observations sur ce
siyet; c'est à vous qu'il appartient maintenant de le juger^ soit ici^ soit au lit des
malades, ie m'estimerais heureux si j'avais pu vous intéresser pendant les quel"-
qoes instants d'attention que vous avez bien voulu m' accorder.
NOUVBAV PROCimi: OPi»ATOIIIE AU MOYKIV
DK MAIvœiJVllES EULTJBBIVJBS
É
fÀA M. LE DOCTEUR S. KRISTELLER (DE BERLIN)
AVANT-PROPOS
Au commencement de ce siècle^ Wigand^ médecin de Hambourg, fit Tobseiv
vation importante que les présentations anormales du fœtus peuvent être corri-
gées par la version au moyenne manœuvres externes.
Cette opération ayant été longtemps trop négligée, les accoucheurs de notre
temps ont de nouveau appelé l'attention sur elle^ A part les auteurs allemands,
MM. C. Braun, Hecker, Ë. Martin, N8Bgele*<jrenser, Scantoni et d'autres, qui ont
beaucoup pratiqué cette méthode, nous ne devons pas oublier que BIM. Gaseaux,
Dinyau, Herrgott, Mattei, Nievert, Stoltx, etc., ont beaucoup contribué à
propager remploi des manœuvres externes en France, et que ce fut, dans les
dernières années, M. Braxton Hicks (de Londres), qui mit en vogue les manœu-*
vres externes, en les combinant avec les manœuvres internes, et en assignant à
ces dernières le rôle le plus restreint.
On a reconnu combien il est avantageux d'introduire le plus rarement possible
les mains ou les instruments dans les parties génitales internes, et de ne pas
exposer les mères et les enfants à toutes les irritations qu'entraînent nécessaire*
ment les opérations internes.
Suivant les idées de Wigand, M. Crédé (de Leipsig) a donné le précepte d'opé-
rer ainsi la délivrance au moyen des manœuvres externes, et grâce aux obser-
vations de MM. Braun, Gaseaux, Crédé, Martin, et de quelques autres de nos
contemporains, nous sommes parvenus à profiter de cette méthode dans les
cas où la tête de l'enfant est encore retenue dans le vagin, le tronc étant d<yà
sorti.
La quesHon qtd se présente aujourd*hvi à la tcience, c'est donc de savoir s'U ne
tsraii pas possible d'employer les manœuiores eattemes pendant le travaU même, pour
wfdribuer par eUes à l'expulsion du fmtus, dans le but de les substituer dans les
506 CONGRÈS MÉDICAL INTfiBNATIONAL» — CINQUIÈME SÉANCE OU SOIB.
cas appropries au seigle ergoté, au forceps, et à l'extraction au moyen de k main.
J'ai tâché de résoudre cette question.
Après avoir réussi pendant environ deux années à terminer heureusement des
accouchements lahorieux par des manœuvres externes, j'ai fait des conununica-
tions sur ce si^^et, le 11 février de cette année, dans la Gazette médieak de Boin
{BerUner hlmùche Wochenschrift, 1867, n" 6), et au mois de mai, dans la Jiem
mensuelle d'obstétrique de Berlin {Monatsuekrift fur Geburtskunde , vol. Œ,
mai 1867).
Ce qui va suivre est un résumé de nos travaux et un choix d'observations des
cas où mon procédé opératoire, que j'appelle expressio fastus^ a été appliqué.
CHAPITRE PREMIER
PROCÉDA OPÉRÀTOIRB.
« La femme est couchée sur le dos ou un peu inclinée sur le côté, les cuises
fléchies de manière à mettre les muscles de l'abdomen dans le relâchement. Li
vessie et le rectum sont vidés. L'accoucheur, placé à côté du lit, explore par la
palpation et la percussion l'étendue de Tutérus, et circonscrit exactement cet
organe, en l'isolant des organes qui l'environnent, et surtout en refoulant d^
anses intestinales. Lorsque la matrice est trop inclinée en avant, ou de côté, on
la rapproche de l'axe du détroit supérieur du bassin en la saisissant avec les
mains. Cependant il est à, remarquer qu'il y a des cas oii le succès est plus com-
plet en donnant à l'utérus une légère inclinaison latérale.
V Ensuite on applique les mains à la même hauteur sur le fond ou sur les
côtés de la moitié supérieure de l'utérus de manière à tourner les petits doigts
des deux mains vers le bassin, à fixer le pouce sur la surface antérieure, et à
tâcher d'atteindre autant que* possible par les doigts peu écartés les uns des
autres à la surface postérieure de l'utérus. »
Cette manœuvre réussira très-facUement dans les cas où les parois abdomi*
nales minces, souples et relâchées, n'ofi&ent pas une grande résistance, comme
cela arrive chez les femmes qui ont eu plusieurs enfants, ou dans l'accouche-
ment de jumeaux après la naissance du premier enfant. Quand il y a grossesse
gémellaire, notre procédé ne se pratique qu'après l'expulsion du premier fœtus.
« Après avoir saisi l'utérus de la manière que nous venons de dire, on frotte
les parois abdominales contre l'utérus, puis on exerce une pression graduée,
c'est-à-dire on commence par une compression légère ; on l'augmente peu à pea,
après l'avoir portée à son plus haut degré ; on la continue quelque temps à ce
même degré, et enfin on la diminue. Tout cela doit se faire en cinq on huit
secondes. Les compressions pratiquées sur le fond de la matrice doivent se diri-
ger de haut en bas, mais celles exercées sur le corps doivent être concentrées
▼ers l'axe de l'organe. Une manœuvre de compression terminée, on fera une
pause d'une demi, d'une, de trois minutes, d'après la période du travail, la gra-
vité du cas et la sensibUité de la femme. En reprenant les compressions, ou le»
appliquera chaque fois sur des régions différentes de l'utérus, de sorte qu'on lee
dirigera alternativement sur le fond et sur le corps de l'organe. i>
Lorsque le col de l'utérus n'offre encore qu'une dilatation de 5 centimètres os
qu'il ne se dilate pas facilement, on exercera la compression moins sur le fooi
KRISniXBB. — EXPBE88IO PQRTUS. 597
que sur le corps de la matrice. Mais si le col de la matrice est complètement
ouvert, les compressions du fond se feront avec beaucoup de succès.
« De cette manière on répétera les compressions de dix^ vingt à quarante fois.
Itans les cas plus graves, on fera, après une série de dix à quinze pressions, un
intervalle plus long, c'est-à-dire d'environ dix à quinze minutes. Au début du
travail, on pratique les compressions à de plus longs intervalles, et s'il se mani-
feste quelques douleurs, on les favorise en les secondant. S'il n'existe point de
douleurs, ou qu'elles soient trop rares, on imite la nature en alternant les com-
pressions avec les intervalles, mais que ces deiiiiers ne surpassent pas la durée
de cinq minutes. — Vers la fin de l'accouchement, on abrégera les intervalles
entre les compressions. »
n est étonnant combien peu de compressions suffisent parfois à terminer heu-
reusement un accouchement après un travail aussi pénible qu'inefficace, sans
Touloir dire par cela qu'il n'y ait des cas qui réclament des compressions conti-
nuées avec plus de persévérance.
« Pour le cas où vingt à trente compressions n'auront fourni aucune chance
de succès, il faudra supposer que la méthode n'est pas applicable.
> Pour essayer d'étudier notre procédé, il convient de faire choix d'une
femme multipare dont les parois abdominales soient bien relAchées, chez
laquelle l'utérus soit déjà dilaté, et chez laquelle les douleiurs s'arrêtent, sans
qu'il existe d'obstacle mécanique d'importance. 11 est nécessaire que l'axe ver-
tical de l'enfant corresponde à celui de l'utérus, mais il est indifférent que l'en-
fant se présente par la tète ou par le siège, v
Si l'on renconti*e une présentation pelvienne, et surtout dorso-postérieure,
l'étude du procédé devient plus intéressante encore, car on est à même d'observer
la manière naturelle dont s'exécutent les mouvements de rotation du fœtus.
« Une bonne occasion de mettre la méthode à l'épreuve, c'est lorsque la tête
de l'enfant hésite à traverser le périnée, ou lorsque la tête de l'enfant déjà
expulsée, les épaules hésitent à sortir. »
Ce fut dans une circonstance semblable que j'essayai ma méthode pour la
première fois. En employant mon forceps dynamométrique (forceps muni d'un
appareil pour mesurer la force des tractions, voy. Manatssehrift fur Gebwishûlfej
1861, vol. XVII, p. 166), j'avais remarqué combien peu de force suffit quelque-
fois pour extraire à travers la vulve une tête qui se trouvait arrêtée depuis
plusieurs heures sur le plancher du bassin. Ces cas sont tout à fait familiers aux
praticiens expérimentés. Néanmoins je suis sûr qu'on partagera la surprise que
j'éprouvai en faisant paraître par la seule force de quatre ou trois, même de deux
Ulogrammes et demi, une tête immobile depuis plusieurs heures. -^ Appelé un
jour à l'improviste, dans un cas semblable, et n'étant pas muni de mes instru-
iQents, je tâchai d'éveiller des contractions utérines par des frictions externes.
lUis mes efforts restant sans succès, il me vint l'idée de débarrasser l'utérus par
la compression de cet organe, d'après la méthode recommandée pour la déli-
vrance par M. Crédé, à Leipzig, et, à ma grande joie, j'obtins un succès complet !
Avec peu d'efforts je fis sortir en quelques minutes le fœtus, et le travail eut une
terminaison normale.
*( Une autre occasion très-favorable d'essayer la méthode se présente dans les
Accouchements qui exigent l'extraction à l'aide du forceps ou de la main ; il faut
alors combiner l'extraction et l'expulsion, chose dont nous parlerons plus
tard. »
S98 CONGRÈS MÉDICAL HITEIIlf ATION AL. — dlIQUIÈllE SÉANCE DU SOIl.
Il faut (jouter encore que les manœuvres d'expulsion ne causent jamais antnit
de fatig^ues et de douleurs dans les bras qu'on en éprouve en appliquant le tôt-
ceps, mais qu'on ressent parfois dans le poignet une douleur qui disparaît faci-
lement, après un court repos, ou par l'emploi de reaprit*<le*vin ou de l'eau de
Cologne.
CHAPITRE II
•DK l'rDRKSSION dans SES lUFPORTS AVSC LES PAROIS ABDOMUfALKS ET AVIG l/uitXrS.
« Les parois abdominales jouent un râle assez important dana le travail de
l'accouchement. »
Elles ramènent et maintiennent l'utërus à la ligne médiane île l'abdomen;
eUes ajoutent leurs contractions à celles de la matrice, afin de produire une
résultante de puissances expultrices; elles excitent par leur contact avec la
surface externe de l'utérus une sorte de friction et de contractions de cet
organe.
« Nous possédons des moyens bien efficaces pour paralyser les muscles abdo*
minaux, mais nous n'en possédons pas dans la même proportion pour profo-
qucr leurs contractions. »
Les remèdes corroborants et stimulants aussi bien que les moyens d'agir sur
le moral de la femme, tantôt opèrent trop lentement, tantôt nous font complét^
ment défaut.
m Les manœuvres d'expression nous fournissent un excellent moyen de lup-
pléer à l'action des parois abdominales, t»
On sait que dans beaucoup de contrées de l'Europe et de l'Amérique, il eibte
une coutume populaire. Elle consiste à entourer l'abdomen d'un drap de lit plié
sur lui-même en forme de ceinture, que l'on serre pendant les douleurs. Voilî
un mode de compression aussi simple qu'efficace.
« Heureusement, les manœuvres d'expression sont d'autant plus hcûe^ï
pratiquer, que les cas réclament plus impérieusement notre intervention. >
Les parois abdominales inactives sont, dans la plupart des caa^ souples et dio$
un état de relâchement extrême, de sorte qu'on réussit, sans de grands efTorts.
à embrasser exactement l'utérus, et à arriver avec les doigts à la fiice postërieure
de cet organe.
« Quelquefois aussi des parois abdominales adipeuses, musculaires et teodu^
par l'accumulation de gaz dans les intestins, restent inactives, mais ces cas soot
plus rares. »
Dans de tels cas, on ne parvient à réussir qu'avec beaucoup de patience. U
ballonnement de l'abdomen est l'obstacle le plus fAcheux à l'emploi de la mi-
thode.
« En explorant la souplesse des parois abdominales, il ne faut pas eonfoodre U
rigidité de l'utérus avec la résistance des parois. »
Le meilleur moyen de s'éclairer ici, c'est de soulever en pli les parois» ou et
les explorer à la hauteur de l'épigastre. De ce point, il est on général fiicile d'ar-
river avec les mains à la face postérieure do l'utérus.
« Quant à l'utérus, l'effet de l'expression sur lui est en quelques cas pM«"
ment dynamique. Quand U y a ralentissement, ou faiblesse, ou suspensioa dtf
KRISTELtER. — EXPRE8SI0 FOBTUS. 599
donlenn^ et que nous frottons et que nous comprimons Tutërus^ cet organe se
durcit. Il survient des douleurs^ ou elles reviennent plus souvent^ ou elles durent
plus longtemps, d
C'est une vieille expérience, que nous pouvons provoquer ou augmenter les
contractions de l'uténu en irritant la surface externe de cet organe. Toutes les
sages-femmes en font usage. Des voyageurs nous racontent que, dans beaucoup
de pays, on a l'habitude de chatouiller, de masser et de comprimer le ventre
des femmes en couches. Quoique, chez les populations peu civilisées, de telles
manœuvres se pratiquent d'une façon qui n'est nullement méthodique, mais qui
est quelquefois même rude et grossière , cet usage a néanmoins pour résultat
d'exciter l'utérus et de provoquer des douleurs. Peut^tre il s'y associe aussi un
effet mécanique dont nous allons parler. Les bandages qu'aiment à appliquer les
Anglais et les Américains ont certainement un effet à la fois dynamique et mé-
canique.
«L'effet de l'expression est, dans d'autres cas, purement mécanique. En
embrassant et en comprimant l'utérus, nous poussons le fœtus en bas par l'ac-
tion de nos mains. Le succès est quelquefois lent, quelquefois rapide et frap-
pant ; cela dépend du degré de perméabilité du canal vulvo-utérin et de celle
dn bassin. y>
Un aide, explorant par le vagin, aperçoit comme chaque compression fait
descendre le fœtus. Quand une partie de l'enfont est mise au jour, l'opérateur
peut suivre des yeux l'effet de ses manœuvres. Ce résultat, étant tres-séduisant,
il est à reconunander d'en profiter arec modération, surtout dans les cas qui
n'exigent pas une prompte terminaison du travail. Dans le cas n" V^ il a été
possible de terminer un accouchement en quatre minutes.
« Quelquefois les effets dynamiques et mécaniques s'associent. Il survient
quelquefois, particulièrement vers la fin du travail, des douleurs efQcaces, et la
coopération de la femme commence aussi à s'établir, p
Par contre, j'ai observé des cas où sous l'influence du chloroforme, cette coo-
pération n'a eu lieu, ni de la part de la femme, ni de celle de l'utérus.
« L'effet mécanique est toujours accompagné d'un rétrécissement de l'utérus.
Cela ne veut pas dire qu'il y ait toujours des contractions utérines appréciables,
mais on observe pouilant que cet organe se rapetisse, et que son volume
diminue à mesure que le fœtus en sort. »
Cette action physiologique de la part de l'utérus est très-importante. Pen-
dant l'exécution de l'extraction, il peut arriver que l'utérus ne se rétrécisse pas
complètement et immédiatement derrière le fœtus, précipitamment sorti. Mais
alors aucun vide ne pouvant exister entre l'utérus et l'enfant, une hémorrhagie
en est la conséquence nécessaire. L'application exacte de l'utérus autour du
fœtus est une garantie favorable contre l'hémorrhagie. Voilà ce qui donne à
l'expression une grande supériorité sur l'extraction.
« S'il y a une dystocie produite par des vices de conformation de l'utérus, les
manœuvres d'expression peuvent y remédier, en dirigeant leur force résultante
selon l'axe du bassin. »
Naturellement, dans ces cas, il faut modifier le procédé paradigmatique que
nous avons indiqué plus haut. On de\Ta adapter les manœuvies à l'individualité
du cas. Dans la plupart des cas, on ne pourra pas appliquer les mains symétri-
quement à la môme hauteur de l'utéms.
« Daxis les cas de rigidité et de rétraction spasmodique du col utérin, l'exprès-
600 CONGRÈS MÉDICAL INTKBNATIONAL. — CINQUIÈME SÉANCE D0 SOU.
sion nous fournit un auxiliaire. Elle imprime une impulsion au foetus ; elle engige
la poche des eaux ou la partie du fœtus qui se présente, et surmonte aussi la
rétraction anormale. >»
Par l'expression j'ai réussi deux fois à mettre en contact la poche des eaux et
la tête de l'enfant avec le col utérin douloureusement contracté, et à yaincre de
cette manière la résistance de ce dernier. Inutile de dire qu'on ne doit pas, dans
de tels cas, négliger d'autres moyens efficaces, en particulier le chlorofonne.
C'est le grand avantage de notre méthode qu'elle n'empêche pas l'empLoi
simultané de tout autre secours, soit par les médicamenls, soit par les opé-
rations.
a Les manœuvres d'expression s'exécutent aussi avec beaucoup de succès dans
le9 accouchements prématurés et dans les avortements. »
Les cas n** IV, V, le prouvent. M. G. Martin fils a présenté à la Société obsté-
tricale de Berlin, dans la séance du 17 mai de cette année, l'observation d'un
accouchement de jumeaux, dans lequel il fit sortir, d'après ma méthode, le
second enfant. Pour ce qui regarde l'expression des môles, M. Kuneke (de Gdt-
tingen) a déjà présumé que l'on pouvait pratiquer avantageusement l'expression.
Véritablement, les accoucheurs ont fait usage de l'expression bien des fois, sans
fixer sur elle leur attention. Tous les accoucheurs ont l'habitude de pousser en
bas l'utérus au moyen de la main libre, pendant que l'autre main exécute les
mouvements internes. En arrêtant mon attention sur ce sijget, je me suis con-
vaincu du rôle important que remplit la main libre, en agissant sur les parois
abdominales, et dans un cas, en particulier, j'expulsai une môle hydalique
seulement au moyen d'expression, sans employer aucune manoeuvre interne.
«t Les manœuvres d'expression sont-^es aptes à provoquer l'accouchement
prématuré, artificiel? C'est encore une expérience à faire. »
Je n'en ai pas encore rencontré l'occasion, mais je n'hésiterais pas dans tons
les cas appropriés à employer l'expression, soit comme méthode principale, soit
comme moyen adjuvant. Naturellement, dans de tels cas, il faut, dans la pre-
mière série de compressions, procéder avec peu de force et n'employer une
force plus grande qu'à mesure que les douleurs s'éveillent et augmentent, en
mettant entre chaque série de compressions un intervalle de six à huit heures.
« Quant à la douleur occasionnée par les manœuvres de re]q>res8ion, elle n'est
pas en général trop intense, et, au bout du compte, d'une faible importance pn-
tique. »
Dans la majorité des cas, n'ayant point fait usage du chloroforme, l'obserration
m'a prouvé qu'ordinairement les femmes ne se plaignent pas quand on pntûpie
l'expression autrement qu'on a l'habitude de le faire dans les accouche-
ments ordinaires. J'ai même remarqué parfois une réaction très-ùûble contre la
manœuvres d'expression, et il m'est arrivé qu'une femme d'une consfitution
très-nerveuse a éprouvé pendant les compressions une espèce de sensation
agréable.
« Un grand avantage de notre méthode, c'est la confiance qu'elle in^ire aox
femmes dans la plupart des cas. Les femmes se soumettent à cette opération avec
beaucoup de calme, et elles la facilitent, si elles le peuvent, par leur coopéra-
tion. «
Cela se conçoit facilement, puisque nos mains, non munies d'instruments*
n'ont rien d'effrayant pour les femmes, et que les femmes conçoivent aisément
le rapport de causalité qui existe entre nos numœuvres et la descente du festns.
KRISTBLLEB. — BXPBESSIO FOETUS. 001
CHAPITRE m
DB L'OIFLUENCE DE l'eZPRESSION SUR LE MÉCANISME DE l'ACCOTTCHEMEIIT.
COMPARAISON DE L'eXPRESSION AVEC L'eXTRACTION.
« La force principale par laquelle la nature fait Texpulsion du fœtus se trouve
dans le muscle de Tutérus. Tous les autres muscles des parois abdominales, du
vagin et du périnée, ne fournissent que des forces auxiliaires. La nature fait sortir
reniant en contractant Tutérus autour de l'enfant et en le poussant en bas. Donc
la nature agit ici au moyen d'une vis a tergo.
» Contrairement au procédé naturel, nos opérations actuelles, pour obtenir la
sortie de l'enfant, se pratiquent au moyen de tractions. Mais le but de l'art étant
d'imiter la nature, il faut choisir des manœuvres qui poussent également l'en-
fiant en dehors par une vis a tergo. L'expression nous fournit cette force. »
Dans quelques nouvelles méthodes, pour faire sortir la tète de l'enfant, le tix)nc
étant déjà s(»1i (Braun, Cazeaux, Crédé, E. liartin), et pour dégager l'arrière-faix
(Crédé,Murphy), on a déjà adopté les manœuvres d'expression en appliquant un
bandage autour du ventre ou en exerçant, au moyen deq mains, une pression
inunédiate sur l'utérus.
« En exécutant les manœuvres d'expression, le mécanisme de l'accouchement
n'est pas seulement plus naturel, mais aussi plus avantageux pour la vie de l'en-
Iknt qu'il ne l'est quand on pratique l'extraction.
» Avant tout il faut, pour pratiquer l'extraction, que la poche des eaux soit
rompue, ou par la nature, ou par l'art. Cette condiHo sine qua non est un grand
inconvénient. Pour l'expression, il n'est nullement nécessaire que la rupture des
membranes précède, mais, au contraire, on met à profit aussi longtemps que
possible l'avantage que nous offrent les eaux amniotiques. »
La poche des eaux, en répartissant les forces expulsives sur toute la périphérie
du fœtus, en adoucissant l'irritation des nerfs de l'utérus, et en dilatant bien éga-
lement le col utérin, est un moyen d'une si haute valeur dynamique et méca-
nique, que sa rupture prématurée est toigours fori regrettable. C'est pourquoi les
indications de rompre la poche doivent être restreintes dans les limites les plus
étroites. C'est une faute grave, une impatience inexcusable, de rompre la poche
des eaux, organe si important, quand il n'y a pas nécessité absolue. Eh bien,
l'extraction nécessite cette rupture, mais cette nécessité n'en est pas moins un
inconvénient.
« La nature, en poussant le fœtus en dehors, le recourbe sur sa partie anté-
rieure, le pelotonne et en forme un tout à peu près ovoïde. Les manœuvres d'ex-
traction dérangent cette attitude favorable du fœtus et compromettent de plus en
plus le mécanisme naturel de l'accouchement. Les manœuvres d'expression favo-
risent l'attitude naturelle de l'enfant jusqu'à la fin du travail; on peut même dire,
avec raison, qu'elles ne contribuent à rien qui puisse amener un dérangement de
cette attitude. Dans la plupart des cas, en exécutant l'expression, les bras du
fœtus, pendant sa sortie, se trouvent en meilleure position devant la poitrine ;
nuds si quelques circonstances arrêtent les bras dans leur marche, on a beau-
coup moins de peine à les dégager que lorsqu'on pratique l'extraction. »
fl03 CONGRÈS UtmChL mTERlfATIOTIAL. — GnfQmÈIIB 8ËAJICE HU SOIR.
La conformation du foetus^ c'est-à-dire son articulation en six parties, tète^
tronc et extrémités^ le rend par cela très-inapte à traverser le canal utéix>-va-
ginal. La nature remédie à cet InoonTénient en pelotonnant le fœtus et le
ployant sur lui-même^ de sorte qu'un fœtus en attitude normale, et embrassé
par un utérus bien conformé, sa présente comme un ensemble ovoîdfi et élas-
tique dont les différentes parties ne peuvent pas s'écarter les unes di^s autres. La
bonne attitude de l'enfant est une condition essentielle pour l'accouchement
heureux. L'accouchement par le sommet ne s'opère avec tant de succès que
parce que les conditions de la bonne attitude de l'enfknt ne sont pas seulement
maintenues Jusqu'à la fin, mais qu'elles prennent, même dans le cours du tn*
vail, un caractère de plus en plus prononcé. Les présentations de l'extrémité
pelvienne ne sont pas si favorables. Les talons, les coudes, la mâchoire infé-
rieure peuvent s'arrêter, comme des crochets renversés, sur le col utérin, sur le
détroit supérieur et sur le plancher du bassin. Mais la nature obvie à cela en
recourbant le fœtus et en le poussant comme un tout ovoïde à travers le canal
vulvo-utérin. Les manœuvres d'extraction, qu'elles se fussent au moyen du for-
ceps ou au moyen de la main, font précisément l'opposé de ce que fiiit la nature.
Par la méthode actuelle d'appliquer le forceps, nous écartons du sternum le
menton du fœtus, ce qui engrave et arrête la tête dans son diamètre occipito-
frontal sur les parois du bassin.
Le mécanisme de l'extraction au moyen de la main s'éloigne encore davantage
du procédé naturel. Que nous saisissions les extrémités inférieures ou le bassin da
fœtus, n'importe, la résultante de nos tractions aboutit au rachis. Mais comme
les parois abdominales de l'enfant sont souples et élastiques, notre action ne se
transmet pas, dans la même mesure, à la partie antérieure et à la partie posté-
rieure de l'enfant. Donc, pendant que le dos descend, la partie antérieure reste
un peu en arrière. Les côtés et les bras éprouvent aussi un arrêt dans leur
marche; en même temps, le menton s'écarte de la poitrine. La tête une fois
séparée du sternum, le dérangement de l'attitude naturelle du fœtus devient
encore plus grand ; les coudes s'appuient bientôt sur un point quelconque du
bassin, et les bras finissent par se relever sur les côtés de la tête. On sait com-
bien tout cela rend l'opération pénible et lente, et compromet la vie de l'enfant,
parce que nous perdons du temps en dégageant les bras et parce que nous com-
primons la poitrine et les organes abdominaux du ibstus.
« Pour ce qui concerne les mouvements de rotation du fœtus sur son axe ver-
tical, l'expression les abandonne complètement aux conditions dont ils dépendent.
Les manœuvres d'expression ne modifient en aucune manière ni ces conditions ni
les mouvements naturels du fœtus. »
La théorie s'est beaucoup appliquée à constater les mouvements de rotation du
fœtus, et les traités d'accouchement donnent les règles les plus précises quand
11 s'agit d'imiter ces rotations par l'art. Mais on sait aussi comme la nature est
souvent capricieuse et dévie des mouvements constatés par notre théorie. Bien
des fois la nature opère tout autrement que nous ne nous y étions attendus. Dans
les présentations du siège, dorso-postérieures, par exemple, on observe que la
nature, pour tourner le dos en avant, ne choisit pas toujours la voie la plus
courte. Elle porte au contraire la hanche en arrière par un détour le long de la
paroi postérieure du bassin, et opère ainsi une rotation de deux à trois quarts de
cercle. Donc il peut arriver qu'en opérant selon les préceptes de la science, nous
agissons, dans un cas donné, précisément contre la nature.
KBISTBLIER. — BXPltESSIO VfBTnS. 603
« La force mécanique de l'extraction dëpasse de beaucoup ceUe de l'expres-
sion. Des manœuvres d'expression ne suffisent pas pour surmonter un gi*and
obstacle mécanique qui résulterait d'une disproportion entre le tetus et le bassin.
Cependant il ne faut pas oublier que l'expression, en conservant l'attitude natu-
relle de l'enfent, offhs l'avantage d'engager les diamètres les plus favorables du
fœtus dans le canal du bassin ; il en résulte une économie de forces, parce qu'on
ne produit aucune résistance accidentelle. i»
Par mes expérimentations dynamométriques pendant le travail (voy. Monats--
schrifi f&r Bebfirtshiaféy 1861, vol. XVÏl, 166), j'ai démontré que dans les accou-
ebements difficiles on met en jeu, au moyen du forceps, une force de 20 à 25 ki-
logrammes et qu'on peut obtenir par le forceps une traction beaucoup plus con-
sidérable encore. Des expériences deDélore {Qatette hebdomadaire, 4865, n*' 22
et 26) ont constaté ces observations.
Cet auteur va même encore plus loin, en fixant les limites du forceps à une
forée de 80 kilogrammes. Selon Délore, à partir de ce point, l'indication du (brceps
céphalotribe commence. Quoique ce ehiflVe de 80 kilogr. me semble trop élevé,
les expériences de Délore et les miennes démontrent quelle force énorme un opé-
rateur un peu hardi peut mettre en jeu au moyen du forceps. La manière dont
nous pratiquons les manœuvres d'expression fournissent une force beaucoup
moindre que celle que nous venons de mentionner. Je n'oserais pas encore préci-
ser la force que j'ai employée en pratiquant mon procédé. Les cas que je pourrais
citer, pour la solution de cette question, n'ont pas fourni un résultat assez évi-
dent. Peut-être on pourrait augmenter la force de nos manœuvres en combinant
avec elles l'application des bandages autour du ventre de la femme.
CHAPITRE IV
MB ovBonom oomnc t'wx^iaamon. — nss coKDrnoKs et dbs imvtcATioNS potrn
l'emploi i^b la mêthodk.
C'est chose difficile d'assigner pour un nouveau moyen les anomalies aux-
quelles il peut remédier, et de préciser les inconvénients de ce moyen tant que
Ton n'a pas acquis une série suffisante d'observations cliniques pour asseoir sur
elles un jugement. 11 y a peu à gagner ici et beaucoup à perdre en ne faisant que
de la théorie. Dans notre domaine, une erreur de la théorie serait une atteinte
grave portée non-seulement à la science, mais encore à l'humanité. Voilà pour-
quoi il faut bien être ici sur ses gardes, et voilà pourquoi, dans mes premières
communications, j'ai prié mes confrères de mettre à l'épreuve mon procédé avec
tout le soin possible, et de ne pas nuire à sa propagation, soit par des prétentions
non réalisables, soit par d^inopportunes applications.
Examinons d'abord les objections contre le procédé.
onjBonoife.
On pourrait objecter : La méthode étant si simple^ et quelquefois d'un succèi
fi fripant» il serait possible d'en abuser au détriment de la mare et de l'enliuit.
I
%
00& CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.— GINQUlblUB SÉANCE DC SOU.
Les accoucheuses de la campagne, par exemple^ pourraient faire beaucoup de
mal en employant la méthode^ dans leur impatience, pour hAter raccouchement.
On pourrait même encore abuser de la méthode, dans l'intention criminelle de
provoquer un arortement.
Je ne sais de réponse que celle-ci : On abuse des meilleures choses; il n'existe
pour la société, contre la négligence, l'ignorance ou le crime, d'autres garanties
que la conscience, la science et la loi.
On pourrait objecter encore : Les manœuvres d'expression, même quand on
les emploie avec prudence et selon les préceptes de l'art, pourraient occaBÎimner
l'inflammation des organes génitaux internes, si disposés déjà par le travail aux
maladies puerpérales. De plus, les compressions pourraient interrompre la cir-
culation fœtale, même amener un décollement du placenta.
Je réponds : La pression exercée par nos compressions n'a, comme uoos
l'avons déjà démontré, qu'un faible effet mécanique, et se répartit sur une
surface étendue. Depuis que Ton a mis en pratique les manœuvres externes, on
a reconnu que l'utérus possède en effet une plus grande tolérance pour de telles
manœuvres qu'on ne l'avait pensé d'abord. Quant à l'interruption de la circula-
tion placentaire, il est incontestable que l'utérus, en se contractant, comprime le
placenta entre lui et le fœtus avec une très-grande force sans que le lioetus en
souffre.
Du reste, je pense que toutes les objections disparaissent devant les expériences
acquises par d'autres et par moi.
Dans aucun des vingt-sept cas d'accouchements oùles manœuvres d'e^ressimi
ont été pratiquées, la vie des mères et des enfants n'a été compromise; même il
est arrivé que dans quelques-uns de ces cas, les suites des couches ont subi des
complications fâcheuses par des causes accidentelles et étrangères au procédé, et
néanmoins elles ont eu une terminaison heureuse.
Si nous comparons enfin les inconvénients possibles de l'expression avec toutes
les irritations mécaniques, chimiques et dynamiques que les manœuvres externes
produisent dans l'appareil génital, et avec le tiraillement et la pression que l'ex-
traction fait supporter à l'enfant, j'espère que même le critique le plus rigoureox
préférera les manœuvres externes dans le cas donné où par elles le même suaès
serait à obtenir que par les manœuvres internes.
CONDinONS.
« Avant tout il est nécessaire qu'aucune circonstance n'empêche d'embrasser
l'utérus. Par conséquent, une trop grande tension des parois abdominales, et
diverses maladies des parois et des organes abdominaux et génitaux, comme l'in-
flammation, l'hydropisie, etc., etc., rendront l'expression impossible.
» Une autre condition, c'est que Taxe vertical de l'enfant corresponde à. celai
de l'utérus. Toutes les déviations de la rectitude, même chaque position vicieuse
de la tête, doivent être préalablement corrigées.
» Des conditions ultérieures sont que l'orifice utérin, le vagin et les parties
génitales externes soient souples et dilatées jusqu'à un certain point, ou au moins
suffisamment dilatables, et qu'il existe une proportion favorable entre les diamè-
tres de l'enfiant et ceux du bassin. »
Ces conditions ne sont indispensables que dans les cas qui exigent une prompte
KRISTELLÉB. — EXPRES8I0 FOETUS. 605
expulsion de l'enfant^ mais elles ne le sont pas du tout quand il ne s'agit que
d'éveiller par les manœuvres d'expression les contractions utérines ou de vaincre
une contraction spasmodique.
De même^ Fétroitesse du bassin n'empêche pas l'application des manœuvres
d'expression quand on les combine avec celles de l'extraction. Dans ces cas-là on
n'aura pas à prendre en considération la perméabilité du bassin par rapport à
l'efficacité de l'expression, mais par rapport à l'efficacité de l'extraction.
INDICATIONS.
En général, on peut dire que les manœuvres de Yexpressio fœtus peuvent être
employées dans un certain nombre des cas dans lesquels nous avons recouru
jusqu'à présent au seigle ergoté, au forceps et à l'extraction au moyen de la
main. Mais quoique restreinte à de certaines limites, Yexpressio fœtus s'emploie
avec beaucoup de succès dans certains cas où les moyens que nous venons de
signaler font défaut.
Les manœuvres de Yexpressio sont à recommander en particulier :
Dans les cas où, par suite du relâchement ou de l'inaction des parois abdomi-
nales, l'utérus dévie de l'axe du bassin, où l'enfant ne s'engage pas dans le
bassin et que le travail est trop lent.
S'il y a faiblesse ou suspension des contractions utérines, soit que cette fai-
blesse et cessation des douleurs dépendent d'un état anormal de l'utérus, soit
qu'elles dépendent d'une maladie ou de l'état moral de la femme.
S'il existe des contractions irrégulières partielles de l'utérus, en particulier la
contraction spasmodique du col, et en outre s'il existe des douleurs irrëgulières à
cause d'un vice de structure et de conformation de l'utérus.
Si l'extrémité de l'enfant qui se présente ou si les épaules, après que la tête
est sortie, hésitent à franchir la vulve ; de même, dans la présentation pel-
vienne, si la tête est retenue dans l'utérus ou dans le vagin, le tronc étant à
l'extérieur.
S'il y a rétraction de la vulve, Yexpressio est à préférer à l'extraction, parce
qu'elle ne cause pas d'initation et n'occupe pas d'espace dans le vagin comme
la main et le forceps.
Dans les cas où le placenta est anormalement inséré sur le col ou sur le
segment inférieur de l'utérus, les manœuvres de Yexpressio sont praticables pour
engager dans le col utérin la partie de l'enfant qui se présente, et qui, faisant
alors l'office de tampon, arrête l'hémorrhagie.
Enfin, dans les accidents qui exigent une prompte teiminaison de l'accouche-
ment, l'expressio fœtus est praticable, supposé que le bassin soit convenable-
ment conformé.
CHAPITRE V
OE I.A œiIBlNAISON DE l'eXPRESSIO AVEC l'eXTOACTION.]
L'expressio offrant une foule d'avantages, mais d'un autre côté son action
étant restreinte à certaines limites, on demande si la combinaison de Yeàipressio
avec l'extraction ne serait pas réalisable.
606 CONGRÈS MÉDICAL INTEBNATIOlf Ai. — aUfOOiÈME B&ANCB DD SOIS*
« Théoriquement, il n'y aurait pas d'objections à faire. Les deux méthodes
d'opération ont pour but d'efl'ectuer la sortie du fœtus^ et emploieai à cet ellet
des forces qui n'agissent pas en sens contraire, mais qui donnent une résultante
composée de la isomme des deux, v
» Dans la pratique^ remploi de Tune n'empêche par celui de l'autre^ puiique
leurs champs d'opération sont bien distincts* »
J'ai déjà mentionné que la combinaison des deux méthodes a été employée
dans un certain cas. Celsus Pugh, et de notre temps plusieurs auteurs^ ont re-
commandé d'associer une pression sur les parois abdominales aux manœuvres
d'extraction^ quand il s'agit de dégager la tète^ le tronc étant déjà sorti. Mais je
ne vois point de raison pour restreindre l'application simultanée des deax
méthodes à ce seul cas.
(c 11 est évident que les deux personnes qui se secondent^ dans les opératiom
combinées^ doivent agir tout à fait de concert. »
» Il résulte de la combinaison plus de chances pour la vie Ae l'enfant et une
économie avantageuse des forces opératives nécessaires à l'expulsion du fœtus. »
La raison en est que l'expression maintient l'attitude normale de l'enfantj et
qu'elle engage les diamètres les plus favorables du fœtus dans le canal du bas-
sin. Outre cela> on est en droit d'espérer que l'expression excitera les contrat
lions utérines. Donc^ dans le cas le plus heureux^ aura lieu une véritable
répartition de besogne entre l'expression^ l'extraction et les contractions
utérines^ d'où résultera une économie ultérieure de forces pour l'ensemble du
travail.
a II est à recommander, toutes les fois qu'on emploie Textraction, d'y associer
des manœuvres d'expression, qu'il faille extraire tout le fœtus ou seulement une
de ses paities, que l'on opère à l'aide de la main ou à l'aide du forceps. »
J'ai la conviction que ceux qui auront fait l'expérience des bons résultats de
cette combinaison ne voudraient jamais la négUger, et j'ai la certitude que U
mortalité des enfants mis au jour par l'extraction diminuera à proportbn que
ma méthode se propagera.
REVUE DES OBSERVATIONS.
Jusqu*à ce jour quatre cas m'ont été communiqués par des confrères de Berlin
qui ont pratiqué ma méthode.
M. Schwabe a fait l'opération à la clinique d'accouchements de Thôpital de la
Charité. Le fœtus, mort déjà dans le sein de sa mère, se présenta par le siège.
L'opération s'exécuta très-facilement, et la mère resta bien portante. Les méde-
cins assistants de la clinique de M. le professeur E. Martin m'ont communiqué
les trois observations suivantes : M. C. Martin a fait sortir un jumeau, cas dont
nous avons parlé plus haut. M. Scharlau a pratiqué l'expression deux fois : une
fois c'était un cas de placenta prœvia, où la tête était arrêtée dans le grand bassin ;
l'autre cas offrait kyphosis et vetUer propmdetts de la mère et la présentation pel-
vienne de l'enfant. Dans ces deux cas l'accouchement fut terminé heureusement
pour les mères et pour les enfants.
M. le professeur Crédé, à Leipsig, m'a communiqué qu'il a expérimenté ma
méthode dans une série de cas avec succès, et qu'il en publiera plus tard las
observations.
DISGDSSIOll» — EXPBES8I0 FQVTOS. 607
M. C. Hensdiely à New^York^ m'écrit en date du 26 juin i667> que Tapplication
de ma méthode avait été ti*è6*avantageii8e ches une femme dont l'enfant ae
présentait par le siège avecprocidencede plusieurs anses ombilicales.
Quant à moi^ j'ai pratiqué l'expression 23 fois.
Dana 16 casj Je n'ai (ait usage que de l'expression ;
Dans 6 cas j'ai combiné l'expression avec d'autres méthodes.
Des femmes que j'ai accouchées, 5 étaient primipares, 17 avaient déjà eu des
enfants.
Les enfants se sont présentés 8 fois par le siège et 13 fois pal* le sommet ; une
fois il existait une môle hydatique.
Trois enfants sont venus quatre à six semaines avant terme, et étaient déjà
morts avant l'expression ; les autres enfants et toutes les mères vivent et sont
bien portants.
C'étaient donc en tout, 27 cas. Dans ces cas, on a évité au moins dix fois
l'emploi du forceps ou de l'extraction au moyen de la main. Dans les autres cas,
l'expression a incontestablement contribué beaucoup à accélérer le travail et à
sauver les mères et les enfants.
«•■•*«*«
Après avoir félicité M. Kristeller de la lecture et de la valeur qu^îl donne à
une nouvelle application des manœuvres externes, ■. Hat««l fait cependant
les remarques suivantes :
M. Kristeller, comme tous les auteurs allemands, rapporte à Wigand la
première idée et les premiers essais de manœuvres externes faites avant la rup-
ture des membranes, pour changer la présentation de l'enfant. ■. Mattel fait
remarquer cependant qu'à Paris, Goubelly publiait en 1785 un traité de la gros-
sesse où l'on trouve à la page 88 du deuxième volume l'indication et la pratique
de la version céphalique avant la rupture des membranes, faite même pour
changer la présentation des pieds en présentation de la tète. Or, Wigand n'a
fait connaître ses premières idées qu'en 1807 et n'a écrit son mémoire sur ce
sujet qu'en 1813.
Si, laissant de côté la rersion céphalique et les manœuvree externes en général^
on s'arrête aux compressions expultrices que M. Kristeller vient de développer,
■• Mattel fait remarquer que ces compressions sont vulgairement faites en
Russie, et qu'Ambroise Paré en France n'a pas craint de les conseiller sans
qu'eUes aient pris beaucoup de ûiveur.
Ainsi H. nattei lui-même dit qu'il a pratiqué plusieurs fois l'immobilisation
de l'utérus avec une certaine pression pendant le travail | il a pratiqué suriout
avec succès plusieurs fois une pression externe sur la tête pour en opérer l'enga^
gement dans le bassin ; maiis il n'y a pas insisté autant que M « Kristeller. Il
pense que les compressions méthodiques de ce dernier peuvent être de quelque
utilité comme auxiliaire des efibrts d'expulsion ; mais il craindrait qu'entre des
mains peu expéiimentées suriout, ces expressions de l'utérus ne fussent faites
avec trop de violence et qu'elles n'exposassent à des froissements ou à des rup-
tures pernicieux.
On pourrait les essayer lorsque la tête tarde à s'engager à travers le détroit
608 CONGnÈS MÉDICAL INTERKATIONAI.. — GINQUIËVE SÉANCE DU SOOL
supérieur et l'excayatioiii mais une fois engagée et surtout une fois arrivée der-
rière la vulve, ■. Mattel préférerait Ikire une application de forceps.
Quant au précepte de M. Kristeller» qui est aussi celui de Wigand et de l»en
d'autres^ quant au précepte de (aire sortir indistinctement le fœtus par la tète cm
par le siége^ ■. Mattel ne l'accepte pas. 11 préfère suivre le précepte h^pocn-
tique, de ramener toutes les présentations du fœtus à celle du sonmiet comme
étant la plus naturelle de toutes. Ce précepte est resté irréalisable pendant bien
des siècles; mais aujourd'hui^ en s'y prenant en temps opportun, on peut le mettre
aisément en pratique, et c'est surtout à l'aide du palper abdominal qu'on porte
un diagnostic certain^ c'est à l'aide du palper qu'on ramène toutes les présenta-
tions à celles du sommet de la tète.
H. Hattal termine en engageant M. Kristeller à poursuivre ses expé-
riences.
dit qu'il entend parler pour la première fois de la méthode
de l'expression, suivant l'ingénieuse dénomination de M. Kristeller. U approuve
cette méthode ; mais il croit qu'elle prête le flanc à quelques objections. Il font
que l'utérus prenne la foi*me du fœtus pour l'expulser. Pour la prendre, il doit
subir de certaines contractions ; ce sont d'autres contractions qui agissent pour
l'expulsion du fœtus. Or, on ne peut faire prendre à l'utérus la forme voulue
par expression. Les manœuvres ne peuvent donc agir que pour provoquer des
contractions.
m. Kristeller prend la parole pour répondre à ces objections. Il reconnût le
mérite de M. Mattei comme propagateur de l'emploi des manœuvres externes
en France, mais ne partage pas son avis quant à la question de priorité. H répond
par la lecture de diverses parties de son travail aux principales objections éleréo
contre son système.
(la Rochelle). — Vous avez entendu M. Mattei dire que les injectîoDS
intra-utérines peuvent déterminer des lipothymies et mime la syncope.
En pratiquant les ipjections intra-utérines par la méthode du double cooranti
j'ai rendu possible, facile et complètement inoffensif un moyen qui a été cona-
déré par tout le monde, et avec raison, comme douloureux, dangereux et même
souvent mortel. La méthode des injections intra-utérines directes a, elle aossii
son martyrologe, tandis que dans une pratique spéciale de plus de ringt-denx
ans, je n'ai pas eu un seul accident grave. — Par suite de mes observations sur
le traitement des maladies de la matrice à l'aide du double courant, je suis
arrivé à en simplifier la nosologie, ce que j'ai longuement indiqué dans ma
brochure sur les injecHonB tnira-titértnes. Je me contenterai de dire ici que, pour
moi, la métrite chronique parenchymateuse est très-conunune, soit qu'elle pré*
cède, soit qu'elle suive la métrite chronique muqueuse ; celle-ci s'accompagne
bientôt d'un écoulement ou catarrhe qui devient le point de départ et la cause
réelle des lésions les plus variées du col. U suffit de détruire par des iiyections
le catarrhe, spécifique ou non, pour voir disparaître toutes les lésions du col, et
cela sans s* en occuper directement.
Les hypertrophies partielles ou totales, appelées à tort engorgement, et qui
sont la conséquence de la métrite chronique, guérissent très-bien par l'emploi
des injections simples ou médicamenteuses; puis on voit disparaître suocessîTe*
ZALESKU — DU CHOLÉRA. 609
ment les déplaceinents et les flexions qui ne sont que la conséquence de Thy-
pertrophie^ pailielle ou totale.
Tout iciy messieurs, s' enchaîne de la manière la plus logique, et j'ai été con-
duit par l'observation (car il ne s'agissait ici que d'une théorie de cabinet], je suis
arriTé par la pratique et par l'observation de faits, aujourd'hui très-nombreux,
à reconnaître que les lésions du col, si variées de forme, de volume et d'aspect,
ne réclament pas de traitement spécial dans l'immense majorité des cas, ces
lésions étant rarement piimitives, même quand elles sont spécifiques.
Cette proposition, qui paraîtra tout d'abord peu conforme à l'observation, me
porte à vous dire quelques mots d'une hypothèse qui est probablement une
vérité. Je pense que la syphilis est constituée par un parasite animal, comme la
gale, de même que la plupart des dermatoses sont constituées par des parasites
végétaux : de là la grande efficacité des préparations mercuriellcs conti*e la syphilis
et la toute-puissance des prépai*ations sulfureuses contre les dermatoses. Dans
cette hypothèse, on comprend très-bien que la femme ne se donnant des soins
de propreté que plusieurs minutes, et môme quelques quaris d'heure après une
contamination, le lavage ne pouira entraîner que les animalcules qui seront
encore dans le vagin, et restera impuissant contre ceux qui ont franchi l'orifice
externe et sont déjà dans le col ou même dans l'utérus.
Comme moi, messieurs, vous avez tous vu des femmes ayant la vérole et ne la
communiquant pas, paixe que le coït avait été précédé d'un lavage intra-vaginal,
astringent et bien fait. — Vous avez vu aussi des hommes ne donnant pas la
véi*ole, malgi'é un rapprochement complet, lorsque la femme avait la précaution
de faire une injection vaginale immédiatemmt après le rapprochement sexuel.
Voilà conunent s'explique de la manière la plus simple, et je crois la plus
vraie, ce fait méconnu peut-être par tout le monde jusqu'à ce jour, de la vérole
prenant son point de départ dans l'utérus, alors que la vulve, le vagin, et même
la surface extérieure du col ne présentent rien d'anormal.
L'animalcule de la syphilis pénètre alors dans Tutérus comme le spermato-
zoïde. Tout le monde sait qu'une injection vaginale après le coït empêche la
fécondation par l'expulsion du spermatozoïde avant sa pénétration.
BC CHOIiÉRA
FAR M. LE DOCTEUR ZALESKI (DE KAZAN).
Messieurs ,
A l'occasion des communications qui ont été faites par nos honorables confrères,
je me crois en devoû* de faire les deux remarques suivantes.
Ma première remarque a rapport au traitement du choléra. En présence
de cette épidémie formidable qui ravage dans ce moment Titalie, et qui menace
d'envahh- les autres pays avant l'arrivée de l'hiver prochain, ma conscience
m'ordonne de vous prévenir, messieui*», des suites très-fàcheuses de vénésec-
39
610 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — CINQUIÈME SÉANCE DU SOllL
lions dans la période algide du choléra, vénésectîons sur lesquelles insistait
M. le docteur Poznanski. Ces vénésections ont été beaucoup Tantées aussi par
plusieurs médecins éminents de TAngleterre^ qui ont témoigné que ce moyen
fait disparaître d'une manière presque magique la dyspnée si formidable du
choléra^ et rétablit la circulation du sang^ qui est sur le point de s'arrêter
entièrement. Ces témoignages m'ont encouragé moi-même à tenter la Téné-
section pendant l'épidémie du choléra à Kazan, au mois d'août de Tannée passée.
La première Ténésection que j'ai faite dans la période algide [très-avancée
me parut extrêmement satisfaisante : la dyspnée diminua de beaucoup, et le
pouls radial devint perceptible. Encouragé par ce résultat^ je fis le même jour
encore deux yénésections à deux autres malades atteints de choléra algide,
et avec les mêmes résultats. Le sang coiilait avec grande difficulté^ maû
pom*tant il coulait. Tous les trois malades étaient jeunes et d'une assez bonne
constitution; tous les trois se sont rétablis de l'état algide comme beaucoup
d'autres de mes patients qui n'étaient pas saignés. Mais malheureusement^ la plaie
de la vénésection ne s'est pas fermée^ il y avait même une hémorrhagie consé-
cutive quelques heures après la vénésection ; au lieu d'être linéaire^ la plaie
de vénésection devint tout à fait ronde^ largement béante ; le diamètre de cette
ouverture circulaire de la peau devint beaucoup plus grand que la longueur de
la plaie primitive faite par la lancette : c'était l'effet de l'état particulier du tissu
de la peau> état qui s'est prolongé bien loin au delà de la période algide du cho-
léra? Était-ce l'état paralytique ou spasmodique des fibres musculaires de la peau!
je ne saurais le dire. Tous les trois malades saignés ont subi une phlébite
formidable^ et une réaction fébrile des plus intenses. J'avais eu toutes les peines du
monde à soigner ces pauvres malades^ dont l'un pourtant a succombé, malgré
tous mes efforts, à la suite d'un phlegmon diffus de l'extrémité supérieure entière.
Les autres sujets ont été gravement malades pendant plusieurs semaines.
Je dois ajouter que beaucoup de malades que j'ai traités dans ce temps-là ont
supporté heureusement l'état algide du choléra^ sans autre remède que l'applica-
tion de la glace à l'épine dorsale, suivant la méthode du docteur Chapman^ de
Southampton. J'ose recommander à MM. les membres du Congrès ce tnoycn Bsm
simple, qui soulage beaucoup la dyspnée du choléra, rend le pouls radiai
plus perceptible, et les malades ne se plaignent nullement de cette application
froide : au contraire, ils la supportent avec une sorte de plaisir même ; et après
que l'état algide est passé, il n'y a chez ces malades presque point de réaction
fébrile. Je ne dis pas que la méthode du docteur Chapman soit souveraine contre
le choléra; plusieurs malades meurent maigre l'application de cette méthode,
comme ils meurent malgié d'autres remèdes. Mais J6 crois que cette méthode ne
peut avoir aucune conséquence fâcheuse, et je la recommande comme con-
forme à la maxime du grand Sydenham : Primum non nocere.
Ma seconde remarque se rapporte aux opérations obstétricales par manc^uvres
externes. M. le professeur Mattel a fait mention des malaxatioM de l'abdomen
de la femme en couche, q]ui sont en usage en Russie* Je dois signaler ici un
autre moyen etlemc très-étrange, qui est quelquefois en usage chez le peuple
russe. Une fois, il y a trois ans déjà, je fus mandé à porter secours à une femme
en couche dans la ville. Après l'avoir examinée, j'ai trouvé la présentation de
l'enfant par la midn, qui était déjà dans le vagin. TbI dit aux parents de
la malade qu'il n'y avait d'autre moyen de la secourir que de faire une opératioo
de vcrsiou, t'e^-à<H)irc extraire l'enfknt par les pieds. Mais ni la maladc> ni se^
BACCBLLL — DU VÉJUTABLB BMFYÈMe. 611
parents n'ont eonsenti à l'opération. Donc, Je me suis retire; mais il y avait 4à
une sage-femme de ma connaissance, qui était restée auprès du lit de la malade.
Après quelques heures^ on envoie de nouveau me chercher de la part de la même
famOle^ et l'on vient me dire que la femme a fût ses couches heureusement, mais
qu elle est faible, et demande que Je la soigne non comme accoucheur, mais
comme médecin. J'arrive et je trouve la même sage-femme qui est toujours pré-
sente, et qui me raconte qu'elle a été une spectatrice passive de ce qui se passait.
On a fait venir une vieUle femme qui depuis longtemps exerçait non-seulement
Tart obstétrique, mais encore la médecine et même la chirurgie parmi le bas
peuple, et avait quelque réputation (de sorcière). Cette vieille a fait renverser la
femme en couches la tête en bas et les pieds en haut, presque verticalement, et
pendant que deux autres femmes la soutenaient par les pieds dans cette position,
la vieille secoua trè»-fortement tout le corps de la malade. Ces secousses furent
répétées trois ou quatre fois dans des intervalles de quelques minutes ; après
quoi on déposa la patiente dans son lit. A la suite de ces manipulations héroïques,
la main de l'enfant est rentré dans l'utérus, la tête se présenta à l'orifice, et
l'accouchement était achevé d'une manière normale : il s'était opéré la version
spontanée. L'enfant était vivant, et la mère aussi s'est bientôt rétablie.
BU VÉRITABUB BIHPWÈIIB
vàr k. lb PiorEsssim bagcelli (db romb).
Les études anatomo-pathologiques cliniques et thérapeutiques de rempykné
sont encore bien loin d'être accomplies, et led doctrines professées n'ont pas
abouti à un seul et même résultat.
Empyéme est un mot de l'âge hippocratique. D'api*ès sa valeur étymologique,
il signifierait et il signifia un Jour toute coUedion de pus dcau les caivUéB ou au
ndUeu des tissus. Toutefois Hippocrate lui-même avait assigné ce terme au pus
épanché isolément dans la poitrine, comme on peut Voir sur ses notes et sur
celles d'Aétius.
Mais, quoique réduit de sa première et large signification, le mot empyéme
éoH être restreint encore ; cette obligation s'est accrue eh présence des con-
quêtes anatomo-pathologiques.
En effet, les origines du pus intra-pleural sont bien différentes, et mal on
exprimerait avec la même parole, dans le dictionnaire de l'art, le pus qui pro-
vient en général d'une blessure ou d'un traumatisme quelconque, et celui qui
sort d'une vomique pulmonaire, et l'autre qui est l'effet d'une pleurésie hydro-
pseudoplastique avec beaucoup de leucocytes, et l'autre qui a Heu dans une
fièvre d'infection, telle que la variole, l'érysipèle, l'état puerpéral.
E^dT(ÀhoTax\ hydropyothorax, pyothorax, empyéme, pourraient avoir tous une
612 CONGRÈS HÊDIGAL INTERNATIONAL. — aNQUlfellE SÉANCE DU SOIR.
signification particulière, et devraient être conserrés dans le langage clinique avec
un sens particulier, établi par une convention médicale.
Pour nous, l'enipyème exprimera toujours une œUecHon pui*uknte dam k
cavité pleurale f engendrée par un processus irrUalif et chronique de lu séreuse pm-
lifératU à sa surface, et en mâne temps emhytnaieux ou interstitiel avec épaississû-
ment progressif.
Dans ce cas particulier, qui, comme on voit, peut être primitif ou consécutif
à une plem'ésie ordinaire, il y a toujours des caractères spéciaux, c'est-à-dire
que le pus se trouve véritablement enkysté, que l'état de la membrane séreuse est tel
quelle est cibsolument incapable d'être restituée in pristinum à sa fonction d'exhala-
tion et de résorption ; que le produit est pour toujours riche en parties solidei on
formes globulaires ; que les parois du kyste sont dépotêrvues des vaisseaux entoploi-
tiqueSf mais en revanche trés-riches en vaisseaux safiguités a tergo.
Celui qui a eu l'occasion d'étudier le kyste empyématique a bien vu à quel
excès de densité il peut arriver, à quel état pourront se trouver les parois io-
temes, tant pour la couleur tantôt blanche mate, tantôt grisâtre et pigmentée,
que pour la régularité ou l'irrégularité de la surface interne. Eh bien ! de cette
étude dérivent les conséquences pratiques qui nous ont amené à des résultai
presque incroyables. En effet, le pus ne pourra presque plus être résorbé comme
l'étude anatomique le démontre, la ponction sera un moyen nécessaire.
Toutefois l'ouveriure du thorax ne doit jamais être faite qu'avec le trocart.
Toute incision est défendue, vu l'infiltration purulente des lèvres de la plaie,
qui est très-dangereuse.
La ponction doit être pratiquée dans le point le plus déclive qu'il soit possible.
Un cul-de-sac qui reste, à moins d'une habile contre-ouverture, tuera le malade
dans un épuisement progressif. La canule métallique doit demeurer dans la
poitrine, tant que les bords de l'ouverture ne sont pas calleux. Alors on doit la
changer avec un tube de drainage.
On ne doit jamais rien craindre de l'entrée de l'air atmosphérique dan^ la
cavité du véritable empyème. L'ichorisation du liquide par cette cause est une
méprise de quelques médecins de l'école allemande. Le pus dans la cavité thora-
cique peut bien s'ichoriser sans contact de l'air ^ mais, quoique ichorisé,!! n'aura
aucun retentissement fâcheux dans l'organicmc, conmie l'expérience me l'a dé-
montré.
La cavité empyématique doit être vigoureusement cautérisée, en proportion,
bien entendu, de l'état de la membrane pyogénique. La teinture d'iode a com-
plètement échoué chez nos cinq premiers opérés. Le nitrate d'argent nous a serri
admirablement dans les quatorze autres que nous avons opérés, soit à la clinique
médicale de Rome, soit dans les salles du grand hôpital du Saint-Esprit, soit
dans la ville.
Les injections se font progressivement, en augmentant chaque fois la dose de
2& grains dans la même quantité de liquide.
Nous avons poussé le nitrate d'argent même à une once dans une livre de
décoction de camomille romaine.
Les injections doivent séjourner dans la cavité; on les change plus ou moim
fréquemment ; on les fait alterner avec des lavages de simple camomille. On
adjoint un régime diététique reconstituant, et la gymnastique pulmonaire.
MAZZONI. — CALCULS DE LA PABTIE FROPONOE DE L'OEfeTHRB. (SIS
H. le préaldtoat remercie M. Baccelli de son intéressante comniunication, et
rappelant celle qu'il a faite^ dans une séance précédente, sur la loi mathéma-
tique du mouvement circulatoire^ il le félicite de marcher si dignement sur les
traces de son compatriote Borelli.
BES CAIiCVIiS
BE liA PABTIE PROFOMBE BE Ii'CBÈTH]
. PAE M. LE DOCTEUR MAZZONI (DE ROMR). '
Messieurs,
J'espère que tous me pardonnerez la liberté que je prends de vous présenter
UD échantillon de quelques calculs uréthraux qui me semblent mériter votre
attention.
Voici Tordre de leur classification :
1* Calcul prébulbaire ;
2* Calcul uréthro-flcrotal;
3» Calcul uréthro^rostatique;
il* Calcul prostatique divisé en trois noyaux;
5» Calcul prostatique à un seul noyau ;
6* Calcul prostatique à deux noyaux;
7* Calcul prostatique vésical.
Vous voyez, messieurs, que si cette petite collection n'a rien de nouveau et de
particulier, néanmoins elle présente presque toutes les espèces de concrétions
calcaires qui peuvent s'offrir dans la pailie profonde de l'urèthre. Ainsi> dans le
calcul prébulbaire, vous rencontrez la forme de la partie libre de l'urèthre à
partir de la portion membraneuse.
Dans le calcul uréthro-scrotal, vous voyez des petites pierres qui s'articulent
l'une sur l'autre, suivant les mouvements normaux du scrotum sur le pénis.
Dans le calcul uréthro-prostatique, vous observez trois petites éminences qui
correspondent aux trois cavités des trois lobes prostatiques.
Dans le calcul prostatique, vous voyez le grossissement de ces éminences déve-
loppées dès son commencement dans les trois cavités des lobes prostatiques.
Dans les cinquième et sixième, vous apercevrez deux calculs très-volumineux
dont un commence par deux noyaux réunis et l'autre pai* un seul central. La
grandeur du sixième est telle qu'on le rencontre rarement.
Tous les deux montrent dans leur superficie des aspérités résultant des adhé-
rences qu'ils avaient avec les parois de la glande prostatique.
Enfin, dans la septième figure, se montre le calcul prostato>véaical,très-remar-
61& GONUiEt MÊOIGAL IUTBRNATIOEIAI.. -^ CINQUIËIIB SÉAN€E D0 WB.
quaUe par le rétrtfdMement en forme de ccdlet correspondant an eal de la
Teflile»
Au point de Tue de la médecine opératoire, tous w^et, messieurs, que l'ei-
traction des calculs de la partie profonde de l'urèthre rencontre quelquefois de«
difficultés sérieuses, surtout des calfculs prostatiques et prostato-vésical, s'ils sonl
volumineux, et vous savez encore que c'est contre cette espèce de calculs surtout
qu'on a imaginé et pratiqué la méthode mixte cystotomo-lithotripsie, et c'est pour
cette raison même que je m'arrêterai un instant sur la manière dont j'ai opéré
dans ces cas. En voici les relations :
Un confiseur, âgé de cinquante ans, ne pouvant plus urineri m'envoya cher-
cher; il me dit que, sans aucune raison particulière, depuis dix ans il aTait
quelque souffrance dans l'émission de l'urine. Après quelques recherches, je pus
constater qu'il avait un calcul très-volumineux de l'urèthre, qui, avec son extré-
mité postérieure, finissait près de l'anus et en avant suivait le canal de l'urèthre.
Le jour suivant, j'en fis l'extraction par la méthode prérectale, et je pus découvrir
aisément l'extrémité postérieure du calcul, que je ne pus saisir par les tenettes,
quoique je m'y fusse repris à plusieurs fois; alors mes efforts étant inutiles Je
conçus l'idée de passer demère l'extrémité du calcul un petit croohet (la branche
femelle d'un lithoclaste ordinaire) et de le déplacer de son siège; la partie posté-
iWBure du calcul se montra tout de suite au milieu de la plaie, alors U put être
saisi et extrait définitivement au moyen d'une tenette, en le tirant en arrière
vers le rectum. Le malade guérit sans aucun accident consécutif.
Le sujet de l'histoire du calcul prostatique à un noyau central est un certain
Gonstantini de Orte, de l'âge de cinquante ans, marié et père de plusieurs enliant:);
il venait d'une famille dans laquelle plusieurs personnes avaient ëtd goutteuses»
et son grand-père avait été opéré de la pierre il y a cinquante anS| ot mourut a^ec
elle, parce qu'elle n'avait pu être extraite par le chirurgien, quoique ropéraiion
eût duré une heure. Notre malade avait toij^ours bien uriné, et se plaignait seule*
ment d'un grand poids vers l'anus. Exploré par cette partie et par l'urèthre, je
pus diagnostiquer un calcul très-volumineux dont je fis l'extraction par h mé*
thode médiane, avec le débridement multiple de la prostate ; mais au moment
d'extraire la pierre, je ne pus la saisir avec les tenettes après bien des efforts que
je fis, de telle façon que je dus renoncer à la sortir par ce moyen. Je pris alors
la branche femelle d'un lithotriteur, avee, laquelle je pratiquai Textractlon très-
aisément. Le malade guérit en trente jours sans aucune suite à signaler.
L'histoire de l'autre calcul prostatique très-volumineux appartient à un jeune
homme de Fâge de trente-cinq ans, marié depuis dix ans, père de trois enfant*
et cocher de profession. U eut une rétention d'urine à l'âge de vingt-cmq ans, et
alla fc l'hôpital du Saint-Esprit, où on le guérit au moyen d'une petite sonde de
gomme qui passa dans le canal de l'urèthre avec beaucoup de difficulté. Apre?
dix ans, la m^me maladie s' étant reproduite, il vint me consulter. Je reconnus
une grande pierre prostatique, que j'ai .opérée par la méthode reclo-prostalique.
Le calcul fut aisément mis à découvert, mais les essais pour le saisir avec des
tenelles furent difficiles, douloureux et inutiles, et cette fois je dus encore recourir
à mon crochet dont je m'étais sei^vi dans les cas précédents, et avec lequel j'e»»
la satisfaction de le faire tomber promptement dans Tanus, où je pus le sortir
avec les tenettes, ayant d'abord dilaté l'anus par la méthode Récamier. Le malade
guérit, mais il lui resta une fistule recto-j)rostatique; il urine quatre fois par jour
UàXMni. «<-* CALCULS DB LA PARTIE PROFONDE DR L'URfeTRRE. 615
par l'anus sans que pour cela il soit gêné dans l'exercice de sa profession de
cocher.
Un jeune homme de vingt ans^ nommé Ângelo Raimondi^ de Montellanico, avait
un calcul prostato^vésical dont il ftit opéré par la taille médiane et retiré aveo
grande facilité au moyen du crochet de la branche femelle de mon lithotriteur,
11 guérit complètement.
Tous les opérés sont actuellement en bonne santés comme j'ai eu soin do m'en
assurer à mon départ de Rome.
A ces cas^ qui m'appartiennent, j'en ajouterai un autre que voici : Je me suis
trouvé il y a huit mois, avec le docteur Felitiani, très-habile chirurgien de Rome,
pour opérer l'extraction d'un calcul prostato-vésical très-volumineux que je regrette
de ne pouvoir vous présenter aujourd'hui. Le malade était un nommé Benedetti,
de Cometo. Le calcul fut attaqué par la méthode médiane avec débridement mul^
tiple de la prostate, et quand on essaya de l'extraire avec les tenettes, tous les
efforts furent inutiles ; alors le docteur Felitiani me pria d'appliquer mon crochet,
et le calcul fut retiré avec une facilité si grande, que mon honorable confrère me
remercia d'avoir si vite soulagé le malade des souffrances produites par les instini*
ments chirurgicaux.
Vous voyex donc, messieurs, que l'extraction des calculs volumineux qui sié*
gent dans la partie profonde de l'urèthre se trouve singulièrement simplifiée par
le moyen que je viens d'avoir l'honneur de vous indiquer, et que même le pro«
blême de savoir s'il fallait ou non recourir à la méthode mixte cystotomo^litho-
tripsie n'a plus raison d'être posé, puisqu'un simple] crochet, une branche
femelle d'un lithotriteur (grandeur ordinaire) sufBt pour les extraire^ quel que
soit leur volume.
La raison de ces succès me semble très-claire eu égard à la forme triangulaire
et conique des calculs. La partie du corps étranger qui se présente aux cuillers
des tenettes est toujours angulaire, ce qui fait que l'instrument n'a pas de prise
et au contraire tend à glisser toujours; et si l'on veut s'efforcer de la saisir plus
haut, on produira des lacérations aux parois de l'urèthre. Et je me rappelle
avoir assisté à une opération de cette sorte faite par un chirurgien étranger qui
pratiquait dans un grand hôpital, et lequel, voulant retirer, coûte que coûte, un
calcul prostatique très-volumineux, après avoir pendant une heure employé une
force extraordinaire, il emporta le calcul et même une grande portion de la
prostate.
Enfin, vouloir sortir les calculs prostatiques en les saisissant par devant serait la
même chose que vouloir retirer un cône en le prenant par sa pointe, tandis qu'il
suffit de le pousser de derrière en avant pour le faire sortir avec facilité et sans
employer tme grande force, le cône suivant son chemin naturel.
Je conclus donc que les calculs de la partie profonde de l'urèthre, et surtout
les calculs prostatiques et prostato-vésicaux de quelque volume, doivent être sortis
en employant une force qui les pousse d'arrière en avant, et que pour cela peut
suffire un crochet ou la branche femelle d'un lithotriteur d'attaque, quelle que
soit d'ailleurs la méthode qu'on pratique pour les mettre à découvert.
616 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. -* CINQUIÈME SÉANCE DU SOIB«
SUR CIVE IVOCVEI^IiE OPtfSRATIOM CONTRE ËJk SURBITÉ
ET liES BOCRDOIVIVEMEIVTS. ~ IaJL 9PHYROTOHIB
fRÉiSECTioiv nr mamche ne marteau)
PAR M. LE DOCTEUR WREDEN^
Directeur de réUbli^semeot otiatrique de Saiol-Pëtenbour;.
Il est universellement reconnu que la perforation artificielle de la manbrane
du tympan appoiHe une amélioration notable à Fétat de Touîe dans certains cas
de surdité ; mais on sait aussi que^ malgré les travaux des médecins et des chi-
rurgiens les plus célèbres de France, d' Angleten-e et d'Allemagne, qui s'oécupent
de cette question depuis près d'un siècle (1), on sait, dis-je^ qu'U est pres([ue
impossible de maintenir béante l'ouverture artificielle et de rendre par là Tamé-
lioration durable.
Depuis 1861, j'ai essayé à plusieurs reprises toutes les méthodes opératoires
connues, sur 37 malades. Je me suis même servi d'une méthode qui m'est
propre (modification de l'instrument de Fabrizi^Bonnafont) (2). Je ne suis cepen-
dant aiTivé que deux fois à pratiquer une perforation durable. Voyant que
l'ouverture de la membrane du tympan s'obstruait presque toujours^ je renonçai,
à partir d'aviil 1865, à pratiquer la perforation^ et je me donnai pour problème
de trouver une méthode opératoire présentant à prion des chances de s\xaé
dwable. J'eus bientôt un projet^ mais son exécution me présenta des difficultés
gi'andes et imprévues. Je dus consacrer deux années à des expériences sar le
cadavre. Après ce temps, je jugeai ma méthode assez sûre et perfectionnée pour
être suivie siu* le vivant. Peu de temps avant de quitter Saint-Pétersbourg, je
pratiquai ma nouvelle opération sur deux pei'sonnes attaquées de catarrhe de
l'oreille moyenne, entraînant une dureté notable de l'ouïe. Je fis ces opération^
en présence de MM. les professeurs Zdehaner, PeUcan, Dubowitzky^ Eichw<ûd,
Heppner, Bauchfuss, Ober^ Muller.
L'idée fondamentale était non-seulement d'exciser une portion de la mem-
brane, mais surtout de réséquer le manche du marteau. J'étais guidé par les
trois considérations suivantes :
(1) Cette opération fut pratiquée pour la première foifi sur l'homme par un charïaXtûyEh,
en 1760, à Paris. Elle fui pratiquée en 1788, à Edimbourg, par le professeur d'aiiatomie et
de physiologie Degravers, Elle ne prit pied dans la science qu'en 1801, par AsUey Coopcr,
à Londres, et en 1806 par Cari Himly, à Brunswick, qui furent bientôt imités par de nom-
breux adeptes. 11 y a deux siècles que Riolan conseillait déjà la perforation de la membrane du
tympan dans son Enchiridion anatomicum et pathologicum (Lugd. Batav., 1649, p. 290).
(2) J'ai inséré ces observations dans ma dissertation « sur l'inflammation catarrhale de l'o-
reille moyenne et la perforation artificielle de la membrane du tympan », 1863 (en russe). Cet
observations abrégées se trouvent aussi dans le Bericht ûber die Oh^enkrankenannakiM i«
der Maxmaianheiianstait fur die Jahre 1858-1863.
WBEDSN. — - NOUVELLE OPÊHATIOli CONTRE LA SURDITÉ. 617
1* Les vaisseaux, par lesquels la nutrition du centre de la membrane
s'efTectue principalement, suivant le manche du marteau ; en enlevant celui-ci,
je rends ti'ès-difficile la cicatrisation de l'excision.
2* La résection du manche du marteau permet de pratiquer une excision
plus étendue, ce qui donne un double avantage. D'abord, et c'est un fait d'expé-
rience, une perforation très-étendue se cicatrise rarement, et si elle occupe plus
des deux tiers de la membrane, elle ne s'obture jamais. Ensuite, une large
ouverture laisse passer les ondes sonores en plus grande quantité, et, par suite,
l'impression produite sur le labyrinthe est plus intense.
3* C'est un fait pathologique bien connu, qu'à la suite d'une otorrhée de
longue date, quand le manche du marteau s'est exfolié ou partiellement détruit,
la solution de continuité de la membrane ne se ferme jamais (au moins je ne
sache pas qu'il en ait été autrement).
La résection du manche du marteau, loin d'atténuer les bons effets de l'exci-
sion de la membrane (myringectùmié)^ les augmente au contraire. Des raisons
physiologiques et pathologiques veulent qu'il en soit ainsi. D'abord la sphyroto^
mie permet de pratiquer une excision plus grande que la myringectomie simple.
Ensuite la résection du manche du marteau permet à la chaîne des osselets de se
porter en dehors. Par là la pression exagérée que l'étrier exerce (dans les cas de
dureté de l'ouïe qui nécessitent l'opération en question) sur le contenu liquide
du labyrinthe se trouve diminuée. D'un auti*e côté, il est généralement reconnu
que le manche du marteau peut manquer sans que l'ouïe soit nécessairement
détruite. J'ai vu des malades qui, avec de pareilles défectuosités, entendaient
à une distance de six pieds le tic-tac de ma montre et percevaient parfaitement
la parole.
Dans le principe, je pensais avoir besoin de trois instruments pour effectuer
la sphyrotomie : un bistouri, une pince, des ciseaux. Je modifiai ces instruments
de diverses manières, et finalement des expériences sur le cadavre me prouvè-
rent que l'emploi d'une pince isolée était impossible : 1® l'introduction simul-
tanée de la pince et du bistouri dans l'oreille rétrécit tellement le champ de la
vision, que l'œil ne peut diriger la lame tranchante ; 2** les deux mains de l'opé-
rateur étant occupées par ces instruments, la fixation du spéculum à l'oreille
doit être confiée à un autre, ce qui constitue un grand inconvénient ; 3^ malgré
tous mes efforts, je ne pus obtenir une pince qui pût fixer la membrane du
tympan sans la déchirer. J'ai essayé des pinces à crochet, ii dents mousses ou
aiguës, des pinces construites à la manière d'un lithotriteur : le moindre
mouvement involontaire suffisait à déchirer le mince tissu de la membrane ! 11
en était de même avec les crochets simples ou doubles et les hameçons que je
fis faire. D'un auti*e côté, quand, après avoir incisé la membrane en arrière, en
bas et en avant du manche du marteau, on tente avec les ciseaux de réséquer
celui-ci dans l'angle supérieur de l'incision, l'os fuit sous l'instrument et tombe
sur la paroi inférieure de la caisse du tympan. Cette surface est très-rugueuse et
spongieuse. Elle ne peut être assez éclairée pour que l'on puisse saisir avec les
pinces le fragment osseux. On pourrait expulser cette partie réséquée au moyen
de puissantes injections d'eau, mais on doit éviter l'emploi de ce procédé :
1* qui détermine des douleurs violentes, vertiges, syncopes; 2® qui peut affaiblir
l'ouïe par suite de thrailiements ou de dislocation de la chaîne des osselets ;
3^ qui provoque toiyours une réaction inflammatoire suivie d'une suppuration
618 CONGRtft MtOIGAL INTB&NATIOllAt. — GDfQDIËIUS SÊAMCB DO SOIB.
profuse de la membrane de la caisse du tympan, affection dont les suites ne
peuTent être préyues.
Toutes CCS considérations me protivèrent qu'Q était nécessaire de posséder on
instrument qui pût servir en même temps de pince et de ciseaux. Après de
nombreux essais et des expériences sur le cadavre, j'arrivai à satisfaire à cette
condition. Voici la description de mes instruments ;
1. Le myringotome (destiné à la section de la membrane) présente un
manche A et une tige d'acier B, aplatie en lame à deux tranchants à son extré-
mité. Ces deux parties sont ûxécs l'une à l'autre par un cylindre de melchior
et par un levier ab, qu'on peut porter en haut ou en bas au moyen du bou-
ton a, qui fait ainsi tourner la lance 6. Quand le bouton a est tiré en bas,
la lame tranchante e est parallèle à la direction du manche du marteau
gauche. Quand au contraire il est poussé en hant, la direction de la lame est
parallèle à celle du manche du marteau droit. Quand le bouton egt à la moitié
de son trajet, la lame est horixontale. La lame tranchante est trèa-mince et
très-coupante sur ses bords et à son extrémité, de sorte qu'on peut perforer
aussi bien que couper la membrane du tympan. Grâce au mouvement de
rotation de la lance sur elle-même, on peut inciser avec le même instrument
les membranes de deux côtés. Ce mouvement permet en outre de pratiquer
une incision circulaire sans déplacer notablement la main, chose impossible
(vu l'angle de l'instrument), si ce mouvement n'eût pas été ménagé.
2. Le synechoiome se distingue du myringotome par sa lance courbée près-
que à angle droit à son extrémité. La lame est tranchante des deux côtés et
à la pointe. Elle sert à détruire les adhérences exceptionnelles de la mem*
brane du tympan ou du manche du marteau, avec le promontoire ou d'autres
parties de la caisse du' tympan. La lance tourne dans toutes les directions.
Elle peut être fixée par une vis de pression,
S. Le sphyrotome est. destiné à réséquer le manche du marteau et à retenir
le fragment osseux avec le lambeau de la membrane qui y adhère. Il se com-
pose de ciseaux et d'une pince placée immédiatement au-dessous et à extré-
mité mousse (a et 6 montrent les ciseaux de côté, B^ montre l'extrémité do
sphyrotome, vue par sa face supérieure et ouverte). On voit que les lames a'
des ciseaux sont concaves, ainsi que leur tranchant, pour que le manche du
marteau, une fois saisi, ne puisse fuir. Elles sont un peu dépassées par les
extrémités de la pince b'. Cette disposition a pour but de protéger les parois
du labyrinthe contre la pointe des ciseaux. Quand on ramène le levier e vers
le manche de l'instrument, il pousse la canule en avant et fiiit ainsi fermer
en même temps les ciseaux et la pince. Le manche du marteau et le lambeau
de la membrane, une fois coupés par les ciseaux, sont saisis infailliblement et
d'une manière irrévocable par les branches de la pince. Pour flaire sortir ces
parties de l'instrument, il faut tirer la canule en arrière, ce qui exige une cer-
taine force. — On voit que l'emploi du sphyrotome présente toutes les garanties
que l'on peut exiger d'un instiiiment destiné à de telles opérations : la partie
réséquée ne peut échapper aux pinces, ni demeurer dans la caisse du tympan.
C'est le mouvement de la canule qui ferme les ciseaux; ceux-ci restent immo-
biles. La chaîne des osselets ne peut donc en aucune manière être disloquée
WREDKH. ««-NOUTBtLI OP&RATIOll CONTRE LA SUBDITÈ. Si9
OU tiraillëe. Je me suis assuré de ce que j'avance par maintes expériences sur
les cadavres et par deux opérations sur le vivant.
Sur le vivant^ je procède de la manière suivante :
Je place le malade sur une table spéciale^ et je le plonge dans une anesthésie
très-'profonde^ parce que Torgane dâ Tonlo eotuerve le dernier la sensibilité
quand tous les autres sens sont endormis; en un mot, -— il résiste au chloro-
forme comme à Tagonie. Si l'on commence l'opération trop tôt^ lé malade se
réveille au premier contact de Tinstrument et se jette de côté. L'opérateur est
forcé d'ôter l'insti'ument de l'oreille et d'attendre une anesthésie complète.
Quelques gouttes de sang viennent alors rétrécir le ohamp de la vision^ déjà si
peu étendu. Gomme il faut éviter les injections d'eau^ on doit étancher ce sang
avec un pinceau à poils ou du coton. Quand l'anesthésie est complète, l'opéra-
teur enfonce le myringotome dans le segment postérieur de la membrane^ à
un millimètre au-dessous de la proéminence de l'apophyse courte du marteau.
Il a eu soin de donnei* à la lame de l'instrument une direction parallèle à celle
du manche du marteau. Il dirige une incision dans ce sens jusqu'à 2 millimètres
au-dessous de l'extrémité du manche du marteau. En amenant le curseur au
milieu du trajet qu'il peut parcourir^ l'opérateur donne à la lame une direction
horixontalCf et pratique dans ce sens une incision de 3 à /i millimètres. Ramenant
après cela le bouton à son point de dépari^ c'est-à-dire rétablissant le parallé-
lisme entre la lame et le manche du marteau, il incise le segment antérieur de
la membrane jusqu'au niveau du commencement de l'incision dans le segment
postérieur. L'opérateur retire|alors le myringotome et introduit les phyrotome, et
porte son extrémité ouverte. dans l'angle supérieur de la plaie, de manière à
embrasser le manche du marteau. Pour réséquer ce dernier, ainsi que le lam-
beau de la membrane, et saisir ces deux parties dans la pince, il suffit d'une
simple pression sur le levier de l'instrument.
Après l'opération^ l'hémorrhagie est relativement considérable. Cependant
elle ne réclame pas l'application des hémostatiques. Un fait asses remarquable,
c'est que malgré le sang qui remplit le conduit auditif et la plaie, l'ouïe est
immédiatement et notablement améliorée. Après l'opération^ il faut obseiirer
strictement certaines précautions pour prévenir l'apparition d'une périostite ou
d'un catarrhe purulent de l'oreille moyenne, qui pourraient détruire les bons
résultats de l'opération. Les détails sur le traitement post (yperatUmem ne pouvant
entrer dans les limites d'une communication préalable, je me réserve de les
exposer ultérieurement, quand j'aurai pu observer plus de cas concernant cette
opération.
Je veux seulement insister encore sur ce point, que les indications; ne sont
pas les mêmes pour la myringotomie et la sphyrotomic. Là où la première est
suffisante, l'autre est superflue. Je reconnais jusqu'à présent les trois indica-
tions suivantes pour la sphyrotomie :
V Epaississements considérables de la membrane du tympan (là plus fré-
quente).
2* Adhérences de la membrane avec la paroi interne de la caisse du tym-
pan, etc*
â<* Oblitération de la trompe d'Eustache (très-rare). Dans ces cas, par la my-
ringotomie on n'obtient pas de résultats ou un résultat très-peu durable, tandis
qu« la sphyiotomie y trouve sa meilleure application.
620 CONGRÈS MÉDICAL INTBRNATJONAL— ClUQUIÈMS SÉANCE DU SOIH.
IMSTRVIHBWTII
POVR liES OPÉRiàTlOlVS OBSTÉTRICAIiBi
PAR M. LE DOCTEUR J. DE LAZAREWITCH^
Profantnr à la Faeallé de mMedM ùê Kbarkoff.
Messieurs^
J'ai l'honneur de vous présenter quelques instruments que j'ai inventés et
perfectionnés pour les opérations obstétricales et gynécologiques.
La main est le meilleur de tous les instruments connus, mais malheureuse-
ment il y a beaucoup de cas dans lesquels la main seule est insuffisante. Alors
nous sommes forcés d'agir avec des instruments que nous pouvons et que nous
devons perfectionner infiniment en cherchant les nouveaux et les meilleurs
moyens. ,
Un bon instrument doit prolonger la main; celle-ci doit sentir chaque mouTe-
ment de l'instrument et toute son action. Un bon instrument doit accomplir sou
rôle en perfection; il doit atteindre le but de l'opération avec sûreté, sans être
offensif ni pour la malade ni pour l'opérateur. Il ne doit pas être lom*d ni trop
gi*and. Un instrument petit prend moins de place, ne fait pas une pression trop
forte, ofTense et blesse moins, ne pèse pas trop sur la main et ne la fatigue pas
autant qu'un instrument lourd et grand. Tous ces avantages sont trè»-importants
dans la pratique des accouchements et de ht gynécologie, où il faut agir dans un
espace étroit où sont placés des organes importants et disposés aux blessures.
Je m'eflbrcerai en quelques mots de décrire ceux de mes instruments qui sont
les plus importants.
I. — PELVIMtTRE COMPLET.
Il peut servir :
a. Pour la pelvimétiie exteriie, comme le compas d'épaisseur de Baudeloque;
b. Comme sonde xitérine^ pour mesurer la cavité de l'utérus et les tumeurs intn
et extra-utérines.
Voici un exemple des résultats qu'il peut donner :
A la clinique d'accouchements de l'université de Kharkoff, que je dirige^ était
une malade avec une tumeur fibreuse interstitielle de la matrice. Après avoir
dilaté le col de l'utérus au moyen de lammcaia digitaia, j'ai introduit une branche
de mon pelvimètre dans le vagin, et je l'appliquai à l'orifice de l'utérus; je mis
l'autre branche à l'extérieur, au fond de l'utérus, après quoi je poussai la branche
intérieure dans la cavité du col utérin jusqu'à la tumeur. De cette manière, je
pouvais mesurer non-seulement la grandeur de la matricei mais aussi celle de la
LAZABEWrrCH.— INSTRUMENTS POUR LES OPÉRATIONS OBSTÊTRICAIES. 621
tumeur elle-même, et juger des changements qu'elle subirait pendant un mois
sous l'influence du traitement employé.
c. Gomme pelvimétre ùiieme-ea^temey mon instrument peut servir parfaitement
bien, si au lieu d'une branche extérieure on met une autre branche courbée
en S. 11 peut être employé avec plus de facilité que le pelvimétre de M. Van
Huevel.
d. Comme pelvimétre irUeme, il me semble meilleur que tou&les autres, parce
qu'il ne dilate pas le vagin dans sa pai*tie inférieure, et ne fait pas de pression sur
le périnée.
e. Un doMe transporteur peut être ûxé sur le manche du pelvimétre; il donne
la possibilité de mesurer les différentes inclinaisons du bassin, et au moyen d'une
méthode particulière on peut, avec l'aide de ce transpoiieur, obtenir le contour
de la cavité du petit bassin.
II. — Le forceps.
Depuis Chamberlain, tous les forceps employés dans la pratique des accouche-
ments étaient faits avec croisement de leurs deux branches ou sans croisement.
Le premier forceps sans croisement était celui de Palfyn ; parmi ceux qui furent
imaginés plus tard, il faut noter ceux de Thénance et d'Âssalini. — D'après mon
avis, ces forceps ne peuvent être employés que sur un fantôme. Entre autres
inconvénients, leurs branches s'articulent très-diflicilemcnt.
Les avantages de mon forceps non croisé sont les suivants :
1. L'une ou l'autre branche peut être introduite la première; dans leur point
de jonction, toujours le pivot coirespond à la moiiaisc.
2. Quand une branche est introduite, son manche peut être placé de côté, et
il laisse libre le passage pour l'application de l'autre branche.
3. Le point de jonction est éloigné de la vulve, et pour cette raison la com-
missure postérieure ou les poils ne peuvent être pinces.
U. On évite la compression de la tête, qui avec le forceps croisé est en raison
directe des tractions.
m. — Céphalotribe.
Il est plus léger que tous les autres actuellement connus. 11 consiste en deux
branches non croisées qui s'articulent comme mon forceps; une vis est placée
entre les manches et les rapproche au moyen d'un mécanisme particulier. La
cavité des cuillers est munie de dents.
IV. — Embryotome.
C'est un instrument tout à fait neuf par sa construction et par son application.
11 a un grand avantage sur tous les autres instruments qui servent pour les diffé-
rentes opérations de l'embryotomie, parce que lui seul peut être employé pour
toutes ces opérations et parce qu'il ménage les parties molles plus sûrement que
les autres, n'étant ni tranchant ni aigu. Chaque médecin, alors même qu'il serait
très-peu expérimenté dans les opérations obstétricales, peut l'employer avec
sûreté.
Mon embryotome peut servir :
a. Pour la perforation du cràne^ je l'applique, et après avoir fait un pli sur la
tète> je tourne l'instrument et je déchire toutes les parties saisies.
622 raiIGlli» MÈDtCAL INTCRNATIONAL. ^ GIlfQtJifeltfe SÉANCE fiO ICOU
6. J'arrache ensuite arec les pinees de rinstrament les os de la Toftte du crâne
les uns après les autres, et je fais la cràmodamiie.
e» ÈQÛn, je saisis avec les mêmes pinces la base du crftne, et je peux faire
VextraotiM de la tète»
' - â. Dans les présentations de Tëpaule^ je fais la MraiatQJtxm (tellement, sans
que les organes de la mère puissent être lésés. Pour cette opération^ il faut saisir
le cou de l'enfant avec les pinces de Tinstrument et le tourner autour de son aie.
11 faut répéter deux ou trois fois cet acte opératoire.
e. On peut faire de la même manière toutes les auti*es opérations de Tembryo-
iomie avec un succès complet et une grande facilité.
V. — Crochet moûssb.
Cet instrument s* applique sur le pli de Taine^ quand les fesses s'engagent; —
il ne comprime jamais les organes génitaux du fœtus.
Le même crochet s'applique aussi sur le cou du fœtus^ dans la présentation
d'une épaule^ lorsqu'on est obligé de Tatth^r vers le plancher du bassin pour
opérer la décollation.
Enfin^ le crochet peut très-bien servir comme un '^r^''lax&^ comme un pv/lt"-
tmàon et comme un porte-fil; dans ce cas^ pour faii*e la décapitation par la mé-
thode de M. le professeur Pajot, ou pour tirer les fesses^ par la méthode de M. le
professeur Haecker^ de Munich.
VI.— Appareil pour les injections intra-utérines et pour l'accouchehent prématuré.
Mon appareil pour provoquer les contractions de la matrice consiste en une
seringue avec un tube ayant seulement une seule ouverture. J'introduis le tube
dans la cavité du col utérin, et j'injecte de 120 à 180 grammes d'eau de 36 degrés
centigrades. Tout le liquide se dirige vers le fond de l'utérus et produit une irri-
tation suffisante pour provoquer les contractions de l'utérus. Mon procédé se dis-
tingue de la méthode de M. Cohen par la direction de liquide injecté. î— Dans ma
méthode^ il faut que l'eau passe jusqu'au fond ée l'utérus; aussi, pour la distin-
guer des autres procédés de provocation de l'accouchement prématuré^ je lui ai
donné le hom d'injection au fond de l'tUértiê.
Dans douie cas, j'ai provoqué l'accouchement prématuré par cette méthode
toujours avec un succès complet^ sans aucuti incoiivënieot, et j'ai toujours réussi
avec une seule injectioti d'eau tiède.
VU. — i Appareil pour douciIes utérines méthodioues.
On peut juger de la température de l'eaU par Un thermomètre fhcé dans un
tube communiquant avec le réservoir du liquide»
Vin. — HYST£àOPQOR£*
11 est décrit dans ma brochure But le» changements de forme et de po^Hon è
ViUérus, oïl j'ai donné les résultats de mot) traitement, dont l'utilité est aujour-
d'hui démontrée polir moi.
lAZABSWICTH. «• niStRDIIEirtS POUB LES OPiRATKMIS OBSTÉTRICALES. 6iS
IX. -» SONDS UTÉRINE.
Cet instrument est aplati et porte sur sà concavité des marques^ pour juger jus-
qu'à quelle profondeur on le Mi pénétrer dans la cavité de l'utcrus. Le manche
est plat^ courbé^ il peut servir conune spéculum intra-utérin.
La sonde utérine est très-importante pour diagnostiquer et pour guéi-ir les ma-
ladies des organes génitaux de la femme.
Je tâcherai de résumer en quelques mots les résultats d'action de la sonde uté-
rine, et je profiterai de cette occasion pour décrire un symptôme que j'ai observé
chaque jour chez plusieurs malades, symptôme qui jusqu'à présent n'a pas attiré
asses l'attention des médecins. Ce symptôme, je l'appelle hyperesthésie locale limitée;
la douleur n'occupe jamais dans ce cas qu'une partie du vagin. Je l'ai observée
sur la paroi antérieure ou sur la paroi postérieure du vagin^ toujours sur la ligne
médiane^ en correspondance avec l'urèthre ou avec le sacrum, dans les parties les
plus riches en filets nerveux.
En produisant avec le doigt une légère pression, vous trouvez une place de 1 à
2 centimètres carrés, plus ou moins sensible ou douloureuse ; quelquefois la mu-
queuse est gonflée, et, dans des cas rares, rouge et même excoriée.
Je ne parle pas des complications; cependant il n'est pas rare d'obsen'cr une
irritation des nerfs de la vessie par action réflexe ; d'autres fois il existe une ano-
malie dans ses fonctions. Quant au rectum, il peut présenter aussi des anomalies
des fonctions qu'on ne peut guère expliquer que par une pression mécanique.
La cause de ï hyperesthésie locale limUée du vagin, ^ la plus fréquente, — est
la pression de la matrice qui est descendue, inclinée, fléchie et hypertrophiée.
C'est sur la paroi antérieure du vagin, derrière la symphyse du pubis, que
Thyperesthésie locale se produit par la pression occasionnée par le fond de l'utérus
incliné ou fléchi en avant. La même douleur est produite par le col de l'utérus
quand le fond de cet organe est renversé en arrière.
Dans des cas plus rares, on trouve T hyperesthésie locale correspondant à la
partie inférieure du pubis et produite par la pression du col, quand l'utérus est
descendu et renversé légèrement en airière
La paroi postérieure du vagin subit la pression de la part du fond de Tutérus
renversé ou fléchi, ou de la pari du col quand l'utérus est ti*op incliné en avant.
Alors le cul-de-sac postérieur du vagin et la partie supérieure de sa pai'oi posté-
rieure correspondant au pli de Douglas, sont les lieux de l'hyperesthésie
locale.
J'observai souvent l'hyperesthésie locale dans la paroi postérieure du vagin,
correspondant au corps, quand l'utérus est descendu et légèrement incliné.
Pour produire l'hyperesthésie locale, l'utérus doit être descendu^ ou incliné^
ou fléchi, plus ou moins induré et nécessairement augmenté de volume.
L'agrandissement chronique vient le plus souvent du défaut de diminution
de la matrice après les couches ou l'avortement.
Pour guérir l'hyperesthésie locale limitée du vagin, il faut agir sur la matrice
avec la sonde utérine. On peut faire avec cet instrument le redressement de la
matrice en le répétant souvent. Après les manœuvres particulières, la matrice
peu à peu prend la meilleure position, et elle se diminue par les contractions
excitées pai* la sonde.
Je redixsse l'utérus provisoirement avec le doigt, qui soulève le fond de cet
62U CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL.— -CINQUIÈME SÉANCE DU SOIB.
organe. Après, j'introduis la sonde avec sa concavité tournée en avant<» et enfin
je toui*ne la concavité de la sonde en opposition avec la convexité de la matrice
llcchic pour pouvoir la redresser plus complètement. On ne peut accomplir
toutes ces manœuvres que peu à peu, dans un temps assez prolongé.
Cette année, j'avais dans la clinique d'accouchements de KharkofT un cas
tout à fait exceptionnel : c'était une malade reçue dans la clinique avec un état
de prostration des forces et de l'anasarque; l'abdomen était très-grand ; la portion
vaginale du col de la matrice très-élevée et déplacée en avant; la voûte et la
paroi postérieure du vagin étaient poussées en avant par une tumeur un peu
aplatie. La partie inférieure de la paroi postérieure du vagin tombait en dehors
et foimait une rectocèle vaginale.
La malade dit que quatre mois après ses dernières règles elle était tombée
sur le dos ; après cet accident, elle sentit des douleurs avec pression au bas-
ventre ; la miction était difQcile et la défécation aussi. Deux mois après cet acci-
dent, la malade entra à la clinique.
Ce fut seulement avec la sonde utérine que je pus faire le diagnostic irrépro-
chable de ce cas et le guérir.
Je redressai l'utéiiis avec les deux doigts, qui poussaient la voûte postérieure
du vagin; après, j'introduisis la sonde : elle entrait de 16 centimètres dans
l'utérus. Le fœtus, âgé de quati*c mois, était sorii en état de ramollissement.
Après l'introduction de la sonde, répétée plusieui's fois, la matrice fut redressée
et diminuée de volume.
Dans ce cas, le fœtus succomba au moment où eut lieu la chute qui déter-
mina la rétroversion et après la rétroflexion; mais il put séjourner dans l'utérus
deux mois entiers après sa mort.
La séance est levée à onze heures et quart.
SÉANCE DE CLOTURE
Mercrodi 28 août, à 2 heures.
FIXATION DU LIEU ET DE L'ÉPOQUE DE LA REUNION DU PROCHAIN CONGRÈS
MÉDICAL INTERNATIONAL :
MM. BouiLLAUD, Vidal ^ Auzias-Tu renne , Lombard^ Zales&i, Pantaleoni, Pala-
SCIANO.
SIXIEME QUESTION DU PROGRAMME :
MM. SiMoNOT (de Pai'is). — De racclimatement des races d'Europe dans les
pays chauds.
Lombard (de Genève). — Des lois de la mortalité en Europe dans leurs rap-
ports avec les influences atmosphéri((Ues.
LECTURES ET DISCUSSION SUR LA QUATRIEME QUESTION DU PROGRAMME :
DE L*LNPLUENCË DE l' ALIMENTATION U8ITËË DANS LES DIFFÉRENTS PAYS SUR LA PRODUCTION
DE CERT/UNËS MALADIES.
MM. BiLLoD (de Sainte-Gemmes). — Étude sur l'action pathogénique respective
de l'alimentation exclusive et de Talimentation nuisible sur la pel-
lagre.
Bertet (de Cercoux). — De la pellagre sporadique.
Sorbets (d'Aire). — Etiologie de la pellagre.
Discussion :
MM. BoucHUT (Paris). — Demaria (Turin). — Hingston (Canada). — Marcovitz
(Bucharest).
Caron (Paris). — De Talimentation chez les enfants.
Dropsy (Cracovic). — De Télectrisation gënéralisée.
LECTURES SUR LA SEPTIÈME QUESTION DU PROGRAMME :
DES ENTOZOAIRES ET DES ENTOPinTES (JUI PEUVENT SE DÉVELOPPER CHEZ l' HOMME*
MM. Wreden (Saint-Pétersbourg). — Sur une nouvelle forme de maladie
d'oreilles {Mycomyringitis seu Myringomycosis ospetgHlina) produite par le
40
6à6 tON6tlÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JO01L
développement de deux Douvelles espèces de champignons parasites
(Aspergillus flavus et Aspergillus nigricans) dans le tissu de la membrane
du tympan.
Plassë (Niort). — De l'influence des cryptogames sur le développement des
épizooties.
Proposition de M. Henri PAvitt.
r 11 T "T r f**
Proclamation du pHx dëcettié à M. Id ^fessettf Bdcroaiie {ûo (3ermont-
Ferrand).
M. BouiLLAUD. — biscours de clôture.
Procès-verbal de la séance par M. le doctcm* Desnos^ secrétaire du Congrès.
^ÂMtALiDllL ^ HSCOMdll. ^7
SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
Président. » M. Bouillaud.
Vice-présidents BIM. Palasciano et Teissier.
SecrékUre de la séance, . M. Desnos.
Aprèâ la lecture et l'adoption du procès-verbal dé la cinquième sëance de
jour (séance du lundi 26 août)^M. le président rappelle à l'assemblée que le vœu
a été formulé qu avant sa séparation, elle fixe et Tannée et le pays où devra se
tenir le prochain Congrès médical international.
Dans une courte discussion où plusieurs nations, par la bouche de leurs repré-
sentants^ se disputent Thonneur d'offrir Thospitalité à leurs confrères des deux
hémisphères, IL ITldal propose la ville, quelle qu'elle soit, où aura lieu la pro-
chaine exposition universelle.
A Jtosla»-f areAue demande que le prochain Congrès se tienne en Belgique.
M, tiomliard, au nom de ses concitoyens, exprime combien la ville de Genève
ressentirait vivement l'honneur de voir se réunir dans son sein le Congrès mé^
dical international.
HM. PaataieoMl et P»l«aelaao proposent l'Italie. QueSe que soit la ville
où se f éanira le Congrès, dit M. V^ala«et«io, que ce soit à Rome ou à Florence^
ce dont la Providence et les événements décideront, tous les médecins qui nous
feront rhonneur d'y assister peuvent se tenir pour assurés que l'Italie les accueil-
lera coinme des frères.
L'Halle est désignée comme le pays où se tiendra le prochain Congrès médical
international, «la seconde olympiade médicale», suivant Texpression de MT. Bonll-
tmmé ; et les applaudissements de l'assemblée couvrent la voix du président,
lorsqu'il se lève en répétant : Italiam! Italiam ! ce cri des Troyens, qiii sera tou-
jours aussi le cri de la France.
L'année 1809 est adoptée à l'unanimité pour la réunion du seiiond Congrès.
L'ordre du jour appelle la discussion de la sixième question du programme
ainsi conçue :
Db l'aGCLUUXEMBMT DBS RACBS D'eUROPB IUM US PAtS ClUUDSi
628 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATION AL. — SIXIÈME SÉANCE DE iOCR.
BE L^4€€LIlI.4TKIleNT BEH BACEH KVMOPÉBIVIIBII
DANS LES PAYS CHAUDS
PAR M. LE DOCTEUR SIMONOT (DE PARIS).
Messieui'Sj
11 sufiit de jeter les yeux sur les travaux de Boudin^ Twilling, Mac-TuUoch,
Ramon de la Sagra> Thévenot, Dutroulau^ Michel Lévy^ Sigaud, Mai*tiii et Fole>,
Aubeii-Roche^ Perrier^ et tant d'autres dont les noms m'échappent en ce
moment, pour se convaincre que bien souvent déjà l'acclimatement des Eu^opéeD^
dans les pays chauds a été le sujet de sérieuses études ; mais, il faut le recon-
naître, jamais cette importante question n'a été offerte à un déhat scientifique
dans des termes aussi précis que ceux adoptés par notre questionnaire.
£n effet, messieurs, en mettant hors de cause tous les faits qui résultent du
croisement des races, la discussion se trouve assurée contre ce désastreax esprit
de confusion qui attribue à l'acclimatement les effets du croisement avec autant
de facilité et aussi peu de raison qu'il gratifie la consanguinité des méfaits de
l'atavisme. En outre, cette déclaration formelle que l'acclimatement dans les
pays chauds n'est acquis aux races européennes qu'à la condition de pouvoir s'y
maintenir d'une manière dm-able par leur propre sang et de subvenir à leur
subsistance pai* leurs propres forces, écarte encore de la discussion une foule
d'éléments de controvei*se.
Pour ma part, je sais d'autant plus gré à notre questiounah*e de cette précisioo
absolue, qu'elle vient à l'appui d'une opinion que j'émettais naguère à la Société
d'anthropologie et que je dois reproduire aujourd'hui pour me bien faire com-
prendre.
Lorsqu'une race peut afOrmer son acclimatement dans un lieu par l'énergie de
sa reproduction et de son travail, il est tout naturel d'admettre qu'au préalable
les individualités de cette même race ont pu assurer la validité de leur existence
dans ce même lieu ; on peut même dire que cela est une incontestable vérité.
Mais il n'en est pas de même de la réciproque, et de ce que les individualité^
d'une même l'ace ont pu se maintenir dans un Ueu, il n'en résulte pas nécessai-
rement que cette même race justifiera ultérieurement, par sa reproduction et
son travail, son acclimatement dans ce même lieu.
Il y a donc là deux faits bien distincts, qu'il serait parfaitement illogique de
confondre sous une même dénomination. Pour cette raison, j'appelle acclimata-
tion l'accommodation des êtres vivants, végétaux et animaux, à un lieu autre
que celui dévolu par la nature àleur naissance, et acclimatement les effets positifs
de cette accommodation, alors qu'elle est accomplie. On peut m'objecter, je le
sais, que je me mets en désaccord avec l'usage en appelant acclimatement ce
qui a déjà été appelé naturalisation; mais ce mot a une acception politique dont
il est plus qu'inutUe de le détourner. On peut aussi m'opposer le mot d'indicé-
nisation dont mon honorable collègue M. Leroy de Méricourt est le parrain. Ce
motj je l'accepterais volontiers, s'il n'exposait à croire qu'une race exotique et
SIMONOT. — AGCUIIATEMEIIT DES BACE8 EUHOPÂENNES. 629
une race indigène peuvent èti'c ramenées à une même unité par les influences
de milieux ; source d'erreur qu'il faut éviter avec soin, car si l'expérience nous
a démontré que ces influences pouvaient modifier la forme^ elle nous a aussi
démontré qu'elles ne pouvaient la modifier que dans le sens de son type fonda-
mental^ et nous n'avons encore aucune preuve scientifique qu'elles aient pu
opérer une transmutation réelle des races.
La nécessité de cette distinction va ressortii* d'une maniera évidente de l'étude
des pays chauds, qui, en môme temps^ nous apprendra que l'acclimatation peut
être spontanée en ce sens que les aptitudes organiques seront à elles seules suf-
fisantes à la produire^ mais que souTcnt aussi il faut suppléer à leur insuffisance
par une modification de l'état habituel des lieux^ et qu'alors l'acclimatation doit
ètie acquise.
Sous le titre de pays chauds^ on comprend généralement toutes les localités,
iles ou continents, situées entre le 30* degré de latitude nord et le 50* degré de
latitude sud. Cette dénomination, encore admissible conmie terme génériime
pour désigner les lieux où la température conserve en tout temps une moyenne
élevée, n'est plus acceptable lorsqu'il s'agit de l'acclimatation et de l'acclimate-
ment. A ce point de vue, toute désignation collective conduit à l'erreur : chaque
lieu doit être étudié dans son individualité, afin de bien spécifier l'état, la con-
stitution qui ressoii des détails et de l'ensemble des conditions telluro- atmos-
phériques, et qu'aujourd'hui la science appelle milieu. En réunissant alors par
un tracé linéaire les milieux similaires, il sera facile de se convaiçcre que les
lignes isomésotériques, bien plus encore que les lignes isoclimatériques et iso-
thermes, jadis établies, s'écartent du parallélisme des latitudes. On pourra en
outre constater qu'une même région, même dans un espace rcstreint,|^eut être
traversée par plusieurs lignes isomésotériques, en raison des difi'érences d'alti-
tude et des distances du*bord de la mer.
On a actuellement une connaissance assez exacte des milieux pour se per-
mettre de relier par une même ligne Java, Sumatra, les provinces de Bombay et
du Bengale, Mayotte, Nossi-Bé, Sainte-Marie, le littoral de Madagascar, la côte
occidentale d'Afrique, les Guyanes, le littoral des Antilles et les côtes est et ouest
du Mexique. On peut de même, par une autre ligne, réunir la majeure partie de
la supei'ficie des îles Seychelles, la Réunion et Maurice, les hauteurs de Mada-
gascar, les plaines de la Plata, les hauteurs du Brésil, du Mexique et des Antilles,
Taïti et la Nouvelle-Calédonie.
Voici deux groupes de milieux assurément bien imparfaits, bien incomplets ;
ils sont suffisants cependant pour enseigner, d'une pari, que des milieux
peuvent ne pas être semblables, alors même que leurs situations et leurs condi-
tions atmosphériques permettent de les inscrire au catalogue des pays chauds ;
et, d'autre pari, que s'il existe sous des latitudes différentes des milieux simi-
laires, on rencontre aussi des milieux difi'érents sous une même latitude. Si
maintenant on se demande à quoi tiennent ces similitudes et ces difi'érences, on
reconnaîtra qu'elles relèvent des influences telluriques, et qu'elles ont pour cri-
térium l'existence ou la non-existence du miasme paludéen.
Il serait donc d'une extrême imporiance que des obsenations sévèrement
recueillies permissent d'établir un tableau où, les cinq grandes divisions géogra-
phiques du globe étant indiquées par une courbe diversement teintée, les mi-
lieux paludéens appartenant à chacune d'elles seraient inscrits à l'intersection
de deux traits, indiquant : l'un, veriical, à son extrémité supérieure les latitude.
9Sa GONGllto MfeMCAL HrmnSATIOlfAL. — flOUlMie SfiARGI BB JOUB.
longitude^ altitude et distance de la mer ; à son extrdmltë inférieure, reniêmMe
des moyennes météorologiques; l'autre, horizontal , à droite, la nature des eaux et des
vents; à gauche, la proportion de la mortalité et les proyenances européennes,
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TBERMOMÉTRE.
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HYGBOHÉTRE.
UDOMBTRB.
OZONOMftTBB.
ÉLEOTROIléTRE.
^^p
^n«P
En permettant d'embrasser d'un seul coup d'œil la répartition du miasmt'
paludéen dans les cinq parties du monde, sa corrélation avec la position géogra-
phique et la météorologie des lieux, le chiffre de mortalité qu'il impose aui
diiïérentes races européennes, un pareil tableau deviendrait bien certainement
un des guides les plus sûrs de l'acclimatation.
II démontrerait, par exemple, que les terrains impaludds sont moins multi-
pliés pt moins étendus dans l'hémisphère sud et l'océan Pacifique que (ian«
l'hémisphère nord et l'Atlantique, et justifierait ainsi l'opinion déjà émise [>>ir
Boudin, que les chiffres de la statistique avaient amené à déclarer que les )vit<
chauds de l'hémisphère sud étaient moins meurlriera pour les Européens que
ceux (Je l'hémisphère nord.
Il démontrerait encore que la ligne que je viens d'abandonner sur les nn^^^*-^
mexicains peut repasser l'Océan, franchir les limites de la zone torride, Irau'i^T
les plaines de la Mitidja, le delta du Nil, pénétrer en Europe par la Dobroiiiit^h^
et les marais Pontins, et remonter en Sologne par le ft7* degré de latitude nonl,
d'où, il y a à peine un demi-siècle, elle aurait pu retourner à l'Océan p«r le^
nvur%i« dfli }'Auni« t^^ml qu'une inteUigenU imgiitiaii l0# ^\ M«ainis eq les
fmlUiaftAt, Sn r^pprocbAOt alors Im demièras stotions d0 cet itinéraire des pre-r
migras, si %n interrogeant les faits, on arrive tout naturellement k cette (M)nçluo
^m : les ra^es européennes sont d'autant plus compromises dans les pays
cbauds pii IVtivité du miaune paludéen est multipliée par rtntensité de la
ten)péi^|ure, que, d^n^ l§s liones ten^péré^s et même en Europe, elles ne jouis^
a^ni jamMs da l'immunité palustre dont les rac§s nègres do TA^nque ipnt si lar*
geoient dpuées en tous lieuf .
A défaut de rimmunitéf on a quelquefois essayé d'invoquer l'assuétude, que
le professeur Fonssagrivcs a si élégamment appelée le mitbridatisme paludéen,
Si optte opinion^ tlmldenifnt défendue par quelques rares partisans, peut gi^ouper
en sa faveur un petit nombre de faits exceptionnels, elle est largement dé^
mentio pi|r l'inutilité d^ pa« litapeu graduées et successives que le gouvernement
ftogUiis gyait tentées pour prémunir }e« troupeu qu'il envoyait dans l'Inde, et aux-*
quelles il a dd r^nonpor* £{!§ T^st plus encore par la coïncidence bien avérée
AHJPUrii'bui d§ r^ccfoi9§§)pen| de h mortalité des garnisons coloniales avec 1^
durée d^ leur séjouri
Il faqt dono accepter et proclamer ^ haute voii^ que partout ob le miasme
imludé^Q exist§, il crée un état §ndémiqne incompatible avec les aptitudes orga-
niques d^ raeps §umpéf Pn^s, qui se trouvent alors placées en présence de ce
dil^mmp •: wé^ntiF l'impf^udAUon, ou ôtre anéanties par elle. Triste dilemme
Quj, pn lour rpfuiwt m», acclimatation spontanéei ne leur laisse entrevoir
l'acclimatation fiequise qu'au travers d'immenses sacriûces de temps^ d'argent,
et d'ptistenppsj sans lesquels leur acclimatation ro&tera k tout jamais une illu'*
sloD cbimérigue,
Fort heureusement^ messieurs, tous les pays chauds ne sont pas infestés par le
mnismn paludéen* A §àté de ees cimetières ouj depuis plusieurs siècles, les na*
lionalités anglaisoj danoise, b^and^se^ française, espagnole et portugaise enfouisr
sent avec tant de persévérance des millions d'hommes sacrifiés à leurs intérêts
€<inipierpiau^ at politiques, il eiUste des nûlioux plus salubres, dont j'ai tout à
rbeure eité quelques ^i^emples, et pour lesquels je solliciterai un tableau ana*
logue h eelui que je viens de réclamer pour les milieux palustres, afin do bien
établir la v^eui* respective de pbaoun.
1(4 les r^cas eurQpéenn0s na vont plus se heurter k ces endémies brutales qui
iii?#Uent foutes les constitutions, tous les tempéraments et circonscrivent la
pathologie dans un cercle étroit, dont l'intermittence fébrile sous toptes sas
formas, simples ou pernicieuses, est le centre autour duquel rayonnent la dysen-
terie, l'hépatite et la colique sèche. On voit au contraire les constitutions, les
tempéraments reprendre leurs droits, la pathologie revenir à ce caractère d'in-
dividualité qu'elle possède en Europe ; et, si par hasard, une épidémie vient
grossir le chiffre de la mortalité, elle n'est akrs que le fait accidentel que nous
retrouvons en tous lieux, surtout aujourd'hui que la vapeur^ en multipliant la
rapidité des voyages et le nombre des voyageurs, tend à établir une sorie de
cosmopolitispie piitbologique. Aussij, au lieu de ces phiffl'es mortuaires dont la
désastreuse pf>oportia[i s'élève, par exemple, pour les Anglais à ft8,S pour 400^
à Sierra-Leone ; à 66,8 pour 100, au cap Coast, et oscille pour les Français,
entre 10 et 5Q pour tÛO dans leurs établissements du Sénégal, de bi Gôte-d'Or
et du Gabon, on ne constate plus qu'une mortalité analogue et parfois même
inférieure à celle des provenances eui'opéennes.
632 CONGHfeS MÉDICAL INTER NATION AL. — SIXifeyE SÉANCE DB lOUft:
H ne faudrait pas croire, cependant, que l'acclioiatation européenne dans ces
derniei*s milieux n'ait pas à tenir compte de l'ëlëvation de température et de
SCS coïncidences atmosphériques, qui dépendent au moins autant, si non plus,
de Tonentation des lieux que de leur latitude ; mais en l'absence du miasme
paludéen, ce n'est pas là un abslaclc insuimontable. 11 est aujourd'hui de noto-
riété publique qu'à la mer, l'état sanitaire des équipages, bien qu'ils soient
confinés dans un espace restreint, se maintient dans un état satisfaisant, même
sous les latitudes équatoriales, et qu'on ne voit surgir les maladies qu'à l'ap-
proche des teiTCs, alors que le navire pénètre dans le cercle de rayonnement
des endémies locales.
A cet égard, je puis signaler un fait très-caractéristique dont j'ai été le témoin
oculaire.
Au mois de décembre 18^2, le brick-canonnière la Malouhie, dont le com-
mandant, aujourd'hui l'amiral Fleuriot de Langle, avait, ce qu'il est important
de noter, une longue expérience de la côte d'Afrique, partait de Corée avec uo
équipage de 76 hommes qui, depuis deux ans déjà, faisaient partie de la station.
Les exigences du service obligent ce navire à séjourner dans le rio Nunez, et
quinze joui*s après son départ, infecté au point de ne pouvoir continuer sa route,
il rentrait en rade de Corée, ayant déjà jeté sept hommes à la mer et n'ayant
plus assez d'hommes valides pour effectuer la manœuvre du mouillage.
Au mois de février 18^3, dans la même saison par conséquent^ je partais
aussi de Corée pour faire le même voyage sur un brick-canonnière semblable, k
Vigie. De Callinacc, un peu au-dessous de Sierra-Leone, on suivit la côte, sans la
perdre de vue jusqu'au Gabon, sept cent lieues de parcours environ. Malgré de
fréquentes communications avec cette terre essentiellement palustre, l'interdic-
tion formelle aux hommes des embai*cations d'y séjourner et la possibilité d'évi-
ter un mouillage prolongé dans les fleuves devant rcmbouchure desquels nous
passions, me peimirent d'achever la campagne sans avoir un accès de fièvre à
traiter.
L'effet incontestable des températures élevées sur les races européennes est
tout d'abord une exaltation fonctionnelle que ne tai*dera pas à remplacer un étal
anémique dont la rapidité et l'intensité de développement varieront suivant la
race, et seront d'autant plus actives, qu'elle proviendra d'une région plus nord de
l'Eui'ope. Cette anémie est, il ne faut jamais l'oublier, une menace permanente
qui exige impérieusement l'usage journalier de certaines précautions prophylac-
tiques qu'on peut résumer comme il suit :
Maintenir l'énergie des forces digestives par une alimentation d'une tonicité
réparatrice, mais non irritante.
Prémunir les fonctions cutanées contre les effets alternatifs de l'iBsolatioD
diurne et de l'humidité nocturne.
Entretenir l'énergie de la contractilité organique par des soins hydrotbéra-
piques réguliers.
Malheureusement, il arrive bien souvent qu'au lieu de rencontrer rantagi>-
nismc salutaire de ces sages précautions, la caloricité atmosphérique trouve de
puissants auxiliaires pour produire l'anémie dans les écarts de régime, les abus
alcooliques et les excès génésiques.
11 y a bien longtemps déjà qu'Hippocrate a dit : « Animadvertendi sunt etiaiUt
v> quibus scmcl aut bis, et quibus copiosor aut paucior, aut per partes cil»u^
9 offerendus est. Aliquid autem tempori, œtati, regioni et consuetudini conce-
SIMONOT. — ACCLIMATEMENT DES BAGES EUROPÉENNES. 633
» dendum. » Maigre cette vieille vérité, qui dicte si clairement aux Européens
la conduite qu'ils doivent tcnii* dans les pays chauds, on les voit journellement,
les uns, par bravade ou insouciance, persister dans toutes leurs habitudes
d'Europe ; les autres, par peur ou conviction malheureuse, s'imposer un régime
débilitant dont les immenses insuccès de la doctrine de Broussais ont trop sou-
vent démontré l'excessif danger.
Quoi qu'il en soit^ en dépit des erreurs et des fautes commises, l'acclimatation
des Européens dans certains pays chauds est aujourd'hui un fait acquis. Les
Espagnols nous en fournissent la preuve aux Canaries, à Madère, au Pai*aguay,
dans la Plata, au Mexique et au Pérou ; les Poi*tugais au Brésil ; les Finançais à
rUc de la Réunion, à Taiti et dans la Nouvelle-Calédonie; les Anglais à l'Ile
Maurice et aux Seychelles ; enfin, les Espagnols, les Français, les Danois et les
Anglais aux Antilles.
De cette acclimatation faut-il conclure à un acclimatement définitif? C'est là,
messieurs, une grave question sur la solution de laquelle il est sage de ne se
prononcer qu'avec une extrême prudence.
Sans doute, lorsqu'il s'agira des îles Canaries et Madère, dont les relations avec
l'Europe sont presque journalières ; du Pai*aguay, que l'autocratie du dictateur
Francia a mis sous un séquestre tel que, de 1817 à la gueiTe actuelle, toute com-
munication avec le reste du monde a été interrompue ; de la colonie allemande de
San-Leopoido, dans la province brésilienne de Rio-Grande do Sul, où en quarante-
trois ans 120 familles ont créé une population essentiellement agricole de 120000
âmes, l'acclimatement européen sera accepté sans conteste. La statistique n'a
alors qu'à grouper des chiffres pour dire, avec une parfaite exactitude, quelles
ont été la rapidité de sa maixhe et les proportions de son développement.
Il y H tout lieu de croire qu'il en sera de même de l'acclimatement des
Français à Taïti et dans la Nouvelle-Calédonie, à en juger du moins par la
spontanéité de leur acclimatation dans ces localités, qui nous offrent un remar-
quable exemple de marécages sans production du miasme paludéen, alors même
que le sol est fouillé et remanié dans ses profondeurs. Ces colonies cependant
sont encore trop jeunes pour qu'on puisse rien affirmer, et il faut attendre que
les probabilités actuelles aient subi le contrôle du temps.
L'acceptation de l'acclimatement espagnol au Mexique, dans la Plata et au
Pérou, de l'acclimatepient portugais au Brésil, n'offre pas encore de sérieuses
difficultés. On peut même dire qu'on s'entendra facilement sur ce sujet le jour
où la statistique aura bien établi la part qui revient aux croisements des Espa-
gnols et des Portugais avec les populations autochthones.
L'acclimatement des races européennes est au contraire très-discuté, lors-
qu'il s'agit de ces Iles où là colonisation préleva sur les races nègres l'impôt
d'un travail forcé.
Les uns, considérant que les chiffres de la statistique constatent, depuis le
commencement du siècle, une décroissance constante des populations créoles,
affirment la nullité de l'acclimatement. Les autres, et je suis de ce nombre,
considérant les caractères physiques des créoles, dont l'habitude extérieure,
sans démentir leur origine européenne, indique une conciliation entre les
influences de milieux et les influences d'atavisme que viennent confirmer des
immunités pathologiques incontestables, admettent, sinon un acclimatement
parfait, au moins un acclimatement à son début.
Ces deux opinions, si contradictoires qu'elles soient, ont pour base des faits
6^4 CONGRES M$P7CÂ(< miEflNATIONAf^ -— $|IKM^ SÊANGP ÇB JOUB.
<$g^Icment vrais, et toute dissension eût cessé depuiii longtemps, si lu statistique
av^it eu la sagespe d'isoler dans ^s relevés numériques )e littoral et lei terrains
i|Iluvionnaire^ de ces îles de leurs parties élevées et volcaniques, et d'&ttacher
^Hi( conditiqns sociales qt politiques toute l'iniportance qu'elles mentaient»
Personne assurément ne ipet en doute la décroissance des pQpu}ations créoles,
mais quelle est la cause de cette décroissance? Est-ce un anëaiitiâç^m^pt 4^
forces reproduct}*ices? plvidemîpent non« et 41 suffit de jeter 1^3 yeu( 9ur les
familles créoles pour se convaincre que la moyennes des enfants y e^ plus cqpt
sidér^lp qu'eu f rançe, par e)^enip}e. Ce fait, Ramon de la ^rs^ l'a nettemeai
éta|)U par dçs cliilTree d^ns ses études statistiques de |a flavanç, et depuis il l'a
ppnflfmé par upe l^Ur^ adressée à M, d'^ve^aç^ f^u inomput ou je défendais
patte opinion ji }a Société d'anthr^P^^lûgiç. Esi-çt^ un affaiblissement intellectuel!
Non encore ; car les créoles ont prouvé qu'ils pouvaient oçpuper Içs carri^l^
libérales^ m^dpciuô ou b^rreauj 6t remplir les fonctions ju4içi^es, adwpi^ti^-
tives et militaires avec Je même succès que les Européens»
La véritable cause de cette décroissance, messieurs, p'est la ruinç qui débutt
par h lutte qu'imposa ji riu4ustriç agricole la CQneurrence éçia«mte, îpi des
pafés continentaux du Présil et de la côte d'Aftique, là des sucres n)étroppUtaif)8,
Pt que vint pompléter l'émancip^tiûn qui, en effaçant une des bontés de 1|
piviùs^tiûu moderup, supprii^a d'un seul coup toutes }çs forcer vives dit Un^^il*
{^es créoles se trouvèrent alors d^ns la position de notre £^neiemie fu4»lese,
}e jour où les bras qu'elle tenait sous sa dépendance lui ûrent défaut, ^Tec oette
dilTérence cependant que ces bras étaient alliés à une intelligence q^i comr
prenait la nécessité du travail et n'aspirât qu'au droit si légitime d'en bénéficier,
tandis que la nègre ne vit dans l'émancipation qu'une magnifique occasion de
servir son insatiable passion pour un quiétisme insouciant. Les conséquences
de cette position fnrent l'émigration progr^ssivOi et o'étiût là un résultat fi|tal,*
car l'intérêt privée vaincu par l'intérêt général^ne pouvait du snir aulfndemaia
improviser le travail j surtout m l«^e d'enpemis i^u&si puissants qu^ \^ mUsm
paludéen et la pauvreté.
)ci je m'ftrrête, mes^ieursj avec la conviction 4' en avoir asse^ dit pour prove'
quer dans un milieu scientifique anssi compétent une disQussien fruQtu^us^» ^
ja termine par ces conclusions ;
Pans tous les pays chauds où le nûasmo paludéen eitiste, l'aeelimatatinn d«
racps européennes, et à plus forte raison leur acclimatement, sont M weQt
nuls tant que ee miasme n'aura pas été anéanti d^une manière absolue.
Dans tous les pays chauds OÙ le miasme palu4éen n'einste past racplin^atatiep
des races européennes est possible^ et en raison di)*acti) do la similitude des
milieux de provenance et de colonisation. Quant à leur acclimatementj il peut
se réaliser à la condition d'obéir à cette hygiène des lieux et des personnes doit
nous devons partout et toujours publier les nécessités et les effets, w lisque
même d'être en désaccord avec l'ambition d'un ^uverain» U volonté d'up
ministre ou les exigences administratives,
Hic est lo(m, messieurs, car si jamais question a mérité le nom 4'intensatie-
nale, c'est assurément celle de la conseiTation 4e la rie humaine en tous lieui,
surtout aujourd'hui que l'intelligence des hommes court Bpràsnn cosnvifwUtisiDe
que démentent si souvent leura forces physiques.
fumAiD. ^ an um de ia imiTAUTt m simotB, M5
Awmo liHi imnLUisivcni ATMMratei^vni
■.I.»
Messieurs et très«bonorés confrères^
Je viepi récUmtr qu^}quâa instapU de votr^ biBovpiUanto ^ttantioa suf \^
sujet qui peut, ajuste titr^, êtro ié$igf}é cojbu^ internationala puisqu'il s'j^git ^
lois qui r^^gisseut (a ^épartitiou de ia u^ortalité d^us la plupart d3« pays ^uf^
féûns, surtout ei^ p^ qui regarda \fi rôle des Ju9uenc3« atutospl^ëriques,
C'est i^m ÇA but que j'ai réupi d# nonibrauf docuoieuts destiui^s à recooiiai^0
quelle est la part du climat et des modifications de l'atmosphère dans le maintien
de la santé ou le développeo^eut de la maladie, Q u^'a semblé que les variations
mensuelles et trimestrielles de la mortalité pouvaient élucider cette recherche
et lui donner une base vraimeut scientifique. Mais avai^t de passer en revue les
résultats auxquels je sijis arrivé après 4e longues années d'étudci je dois vous
faire conuait^e les faits qui opt serv} de base h pies rechQrches« les spqrcps
au:(queUe3 j'ai pu^sé u^es iu^onpatiQUS e| la ipéthOfle que j'ai çu^ployée.
^ |. -r- Base de p^s rspbercbes.
L'élément statistique qui est à la base de ce travail, c'est Tépoque des décès.
Or, comme dans tous les pays civilisés l'époque de la mort est un fait dMmportance
majeure qui entraîne des conséquences légales du premier ordre, il est évident
qu'en fondant mon travail sur la répartition des décès dans les difTérents mois
de l'année, il s'appuie sur une base assez solide pour être complètement à Tabri
des reproches d'inexactitude que l'on fait quelquefois aux doeuments statistiques.
J II. ~ Sources auxquelles j'ai puisé pour ce travail.
Trois sortes de documents ont été utOisés pour les recherches : 1» les statis-
tiques officielles; i'* les ouvrages gépéraus ^ur la statistique médioal0, et ceux
plus spéciaux sur la topographie de quelques villes ou régions ; 3* les corre^ioa-
danees particulières.
La plupart des gouverneuients européens ont publié de nombreux travaux sur
le mouvement de la population dans ses trois éléments, des mariages, des nais-
sances et des décès. Les uns, comme mon pays natal, la. petite ville de Genève
et le royaume de Suède, ont des registres mortuaires qui remontent à un, même
deux siècles en arrière. Chez d'autres, c'est le plus grand nombre, les docu-
ments statistiques n'ont pas plus de vingt-cinq à trente années d'existence.
Enfin, quelques autres États ne sont entrés que tout dernièrement dans cette
636 CONGRÈS MfiDlCAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DR lOUB.
voie ; aussi leurs traraux ne permettent pas de les comparer avec eux-mêmes et
leurs résultats sont-ils forcément incomplets.
La seconde source d'informations se trouve dans les ouvrages généraux sur la
géographie et la statistique médicales, tels que ceux de Boudin, de'Wappaûs (t)
et d'0esterlen(2); ou dans les travaux des Sociétés de statistique d'Allemagne,
d'Angleterre, de France et de Suisse, ou dans les recherches de quelques auteurs
bien connus du public médical, connue M. le docteur Bcrg, de Stockholm; le
docteur Farr, de Londres ; le professeur Quetclct, de Bruxelles, et l 'infatigable
M. A. Legoyt, de Paris, et tant d'autres que je ne puis nommer ici. Enfin, les
topographies médicales ont été pour moi une précieuse source d'informations,
soit qu'elles réunissent les documents relatifs à plusieurs villes, conune celles
du docteur Vacher, ou qu'elles se bornent à enregistrer les faits relatif à une
seule région ou à une seule ville, et qui sont si nombreuses, que je dois renoncer
à les désigner.
Le troisième ordre de faits m'a été communiqué par de nombreux correspon-
dants, qui ont bien voulu répondre à mes questions, et combler ainsi le déficit
des documents imprimés, en me communiquant, pour un grand nombre de
localités importantes, le résumé mensuel des décès pendant un certain nombrp
d'années. Je prie tous ces correspondants officiels ou officieux de recevoir le
témoignage bien sincère de ma reconnaissance pour leur bienveillant concours.
§ III. — Méthode que j'ai suivie pour ce travail.
Muni de tous ces documents, j'ai pu former des tableaux où les décès ont été
étudiés dans leur répartition mensuelle, et autant que possible en prenant la
moyenne d'un certain nombre d'années; ensuite, et afin d'obtenir des chiffres
comparables entre eux, les mois ont été rendus égaux et portés à trente et toi
jours. En outre, la mortalité de chaque période mensuelle a été ramenée à
mille décéi, ce qui forme douze mUle décès annuels, chifiVe adopté dans la plupart
des statistiques modernes.
Ces opérations préliminaires étant accomplies, j'ai obtenu des chiffres compa-
rables entre eux, et j'ai pu dès lors les étudier isolément, pour connaître la
nature et l'étendue des influences atmosphériques sur la moilalité, et les grouper
d'après les saisons astronomiques ou suivant leur analogie thermoniétrique.
formant ainsi les quatre saisons : l'hiver, avec décembre, janvier et février; le
printemps, avec mars, aviil et mai; l'été, avec juin, juillet et août^ et l'au-
tomne, avec septembre, octobre et novembre.
Cette combinaison m'a paru préférable à celle qu'ont adoptée l'Angleterre et
la Prusse, et qui consiste à compter les quatre trimestres rangés dans l'ordre
chronologique, conunençant avec janvier, février et mars, pour former le pre-
mier trimestre, les trois autres se suivant dans le même ordre.
Les mois ont aussi été groupés en deux périodes caractérisées par l'analogie
de lem* température ; les quatre mois froids, commençant avec décembre et finis-
sant avec mai*8, et les quatre mois chauds, commençant avec juin et finissant avec
septembre.
Mais, afin de rendi*e plus évidents les résultats généraux de ces longs et rainu-
(1) AUgetneine Bevùlkerungs Statistik, 2 vol. Leipiig, i859-lS6t.
(2) Handbiuch der medicinùihen StatUtik, Tubtufea, 1865,
LOMBARD. — DES LOIS DE LA BIORTAUTÊ EN EDBOPE. 537
tieux calculs^ j'ai construit deux cartes d'Europe d'après la méthode employée
par les savants : celle des teintes destinées à exprimer la diversité des résultats.
Celles que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux du Congrès ont été coloriées
en quatre teintes qui représentent l'époque de la plus forte et de la plus faible
mortalité pendant les quatre saisons astronomiques. La teinte bleue correspond
à l'hiver, la teinte verte au printemps, la teinte violette h l'été et la teinte bmne à
l'automne.
Ainsi donc, si nous consultons la carte de lu mortalité, nous y voyons les sai*
sons les plus meurtrières coloriées en bleu, suivant que le plus grand nombre
des décès tombe sur l'hiver, en veri sur le printemps, en violet sur l'été et en
brun sur l'automne.
Par contre, dans la carte de la scdubrité, les mêmes teintes sont celles de la
plus faible mortalité pour chaque saison et pour chaque pays.
£n outre, et afin de donner encore plus de précision à ces indications graphiques,
j'ai placé des chiffres romains qui représentent chaque mois par un numéro cor-
respondant à l'ordre chronologique, janvier étant représenté par I, juin par VI, et
ainsi de suite. Ces chiffres désignent les extrêmes de mortalité; le chiffre rouge, qui
correspond à la plus forte mortalité, est placé au-dessus dans la première carte, et
le chiffre noir au-dessous. Cet ordre est naturellement renversé pour l'autre carte.
J'ai aussi construit des diagrammes où le cycle annuel est représenté par un
cercle dont les quatre segments coiTcspondent à chacune des quatre saisons, et
dont les couleurs sont les mêmes que celles adoptées pour les grandes cartes.
La surface du segment et sa distance du centre à la circonférence correspondent
très-exactement à la propoi*tion mensuelle des décès, en sorte que la surface
occupée par chaque segment nous donne la mesure précise de la mortalité pom*
chaque mois et pour chaque saison.
Après ces explications préliminaires, qu'il était indispensable de donner, je
pourrais passer immédiatement à l'étude des lois qui régissent la distiibution de
la mortalité entre les différentes saisons. Mais il m'a paru nécessaire de recher-
cher si cette répartition présentait une certaine Qxité, ou si elle variait avec la
série des siècles et aussi avec les années qui succèdent les unes aux autres.
Étudions cette importante question, dont la solution nous sera donnée par des
documents anciens et modernes.
{ IV. — Fixité et variabilité dans la répartition aanuetle de la mortalité.
Les deux pays qui possèdent les plus anciens. registres mortuaires sont Genève
et la Suède. Pour la première, ils s'étendent à une période de deux cent vingt-
huit ans, et pour la seconde ils comprennent un espace de cent quinze ans. Or,
en comparant les deux tableaux ci-joints, on est frappé de la parfaite confor-
mité des résultats généraux. Dans les dix-huit périodes des tableaux suédois, le
printemps est toujoui*s l'époque du maximum des décès, tandis que le minimum
oscille, mais à de très-faibles variations, entre l'été et l'autoiune. L'hiver est
toujours au premier rang de la mortalité et l'été au dernier, les quatre mois
froids et chauds étant, dL\-scpt fois sur dix-huit, l'époque de la plus forte et de la
plus faible moilalité.
Pour la ville de Genève, les cinq périodes, qui comprennent 228 années,
présentent des résultats identiques. Le printemps et l'automne oscUlent enti'e la
seconde Ct la ti*oisième place. La même fixité s'observe quant aux quatre mois
6SS C0NGBÈ8 MtOIGAL limaiSIATI01IAL« *— BOIÈMÈ StAHCS M JOUA.
froids et chauds^ qui sont places dans le même oiiire pour chacune des fétMe$
contenues dans le taUeau synoptique. AuMi^ lorsqae j'ai représenté d^nfie mttRèra
gri^hiqae les Tariations annuelles et séculaires de k matÎMié àsM la répuMique
de Génère, les lignes qui emrespondetit aui différentes époques se sont si bisa
oonfondues^ qu'elles <mt eu la forme d'une eouronné entrelÂeée*
Les documents norwégiens nous permettent dé comparer trels péifodes esan
prises entre 1837 et 1855. Or^ dans ces deux séries^ le printemps occupe ks
premier rang et ThiTer vient en seconde Ugne, l'ét^ et l'automne étant l'époque
de la plus fiiible mortalité^ mais avec de très-mintmes yariatlons.
Les documents relatifs à la Hollande ne oompreftnent que ving^dem ans et
ne concernent que le xix* siècle. Dans ces deux périodes déclsaales et doodéci*
maks^ l'hiTer occupe le premier ratig^ et l'été le detster, quant à la âwrMIté,
les quatre mois froids l'emportant toujours sur les quatre mois chauds^
Quant à l'empire français^ si l'on groupe en quatre périodes les trente années
qui commencent à 1830 et finissent avec ISôt^ oti Ifoute que l'biTer est trois
fois sur quatre l'époque de la plus forte mortalitéi tandis que l'été est eonstam*
ment la saison du plus petit nombre des décès. On âoitre k la tnème fixité de
résultat en comparant les quatre mois froids^ qui sont toujoun les pitts nenr*
triers, aux quatre mois chauds^ qui ont toujours été les plus salubres.
Ainsi donc, on peut regarder la tépartMm des décéê dcÊU le wwnt ék tênuee
c&mfM HH faU permamtUy et si l'on obserre dans la série des années et ttêiae
des siècles quelques divergences dans la répartition de la mortalité entre les
difi'érents mois^ ces variations sont^ après tout^ de peu d'importance et peuteM
être considérées comme accidentelles et secondaires, tancfis que le tôle âa ef^
ûonstanteê atmosphénqueÈ pour augmenter (m dwànuer kk mnioHêé pent Un eon-
sidéré comme un fait permanent et primordial.
D'où il résulte évidemment que nous pouvons prtndfé les variatîotts Ufen'
Sttelles de la mortalité comme une tnesure exacte de la nature et de rintensHé
des influences atmosphériques sur la santé et la maladie*
En cst41 toujours ainsi^ et rencontre- t-on partout la même fixité de résultats t
Sans aucun doute^ lorsqu'il s'agit de pays étendus on même de localités rr^
treintes^ eomme le canton de Genève. Mais il n'en est pitts ainsi dans fes pays ou
règne la malaria, qui est^ avec les influences atmosphériques^ le {dus puissant
modificatem* de la mortalité. C'est ce que nous verrons plus tard^ eu étudiant la
répartition exceptionnelle des décès dans les localités ou dans les pays infestés par
les émanations paludéennes.
Ilais> en dehors de cette exception, nous sommes autorisé à (îonehtfe de a*
qui précède : que h. têpartUûm de la mortalité entré lei di0rents mois ei ietkom est
«H feM petmmmd pour chaque pa/ys, et qu^il est Mit» la dépendance immédiate de h
fMté du cUmat, et par eoméquent de l'uniformité des influences oltmospkMipm,
PREHIËtlE PARTIE.
nSTflfflUÎION OÉO&AATHIQUS DE LA MORTAUTâ ffîlTNB VBA mPPÉAENiS MOIS HT SàBÛHS.
Nous pouvons désormais commencer notre voyage au travers des
régions européennes^ et rechercher quellee sent^ pour chacune d'elles^ le» lob
qui président à la répartition de la mortalité.
ConaMftçint p«r l'extrême noid^ nous y trouvons YtiMma fMe des «MfWi
LOtiBARb. ^ DES LOIS DE LA MORTALITÉ EN EUROi^Ë. 63Ô
le K^ys des glaces et deâ volcans^ Xhhmàei qui nous présenie une répartition
très-spéciale de la mortalité, dont le maximum correspond au mois de Juillet et
à l'été, 6t le minimum au mois de inars et au printemps. Les quatre mois chauds
l'emportent très-notablement sur les quatre mois froids. Quelle est la cause de
cette tnoiialité estivale et de cette salubrité hivernale et prîntanière ? Comment
se fàlt-il qtié les froids rigoureux d'une région glaciale occasionnent ai peu de
décès, tandis que les chaleurs modérées d'un été presque polaire soient si
taeuftrières?
C^est ce qui est bien difficile à expliquer, maigre les travaux de Schlêisner^
ou la pathologie islandaise est décrite avec soin. Qu'il nous sufQse de signaler
deux faits principaux qui influent sur ce résultat : 1^ 11 règne tous les étés une
bronchite ou broncho-pneumonie, qui entraine beaucoup de décès parmi les
adultes ; 3^ les convulsions enfantines sont très-fréquentes en Islande, puisqu'un
^im de l'ensemble des décès reconnaît cette cause. C'est dans ces deux faits
que l'on doit chercher l'origine de cette mortalité estivale, et nullement dans la
maXaria et les fièvres intermittentes, qui n'existent pas en Islande.
Si nous passons à là Norvège^ nous trouverons une répartition toute diffé«
l'ente. En effet, c'est le printemps et surtout les mois de mars et avril qui
comptent la plus forte mortalité, tandis que l'été, et surtout le mois d'août>
sont l'époque la plus salubre, l'automne se rapprochant de l'été quant à la
salubrité, et l'hiver du printemps quant à la mortalité. Aussi les quatre mois
froids r emportent-ils de beaucoup sur les quatre mois chauds. En sorte que
nous pouvons dire qu'en Norvège, le froid exerce une influence délétère et la
chaleur une action bienfaisante.
La Suéde nous présente un résultat identique avec celui de la Norvège. C'est
aussi le froid de l'hiver et le retour du printemps qui occasionnent le plus gran^
nombre de décès, tandis que la chaleur de l'été est surtout favorable au main»-
tien de la vie. Les mois extrêmes sont : mars et février pour la plus forte> juillet
et août pour la plus faible mortalité. Aussi, comme en Norvège, les quatre mois
froids l'en^portent très-notablement sur les quatre mois chauds.
Si Ton étudie la répartition de la mortalité dans les trois principales régiomi
de la Suède, nous verrons que dans les deux provinces scptentrionides de
Wcrsterbotten et Norrbotten, l'excès de mortalité tombe sur les mois de janviei* et
de févrief, et par conséquent sur l'hiver, tandis que l'été et le mois de juillet sont
les plus favorables à la santé. La mortalité de la Suède propre, c'est-à-dire deê
provinces de Stockholm, Upsal et Sodermanlands, est aussi plutôt hivernale ;
tandis que dans treize provinces de la Suède méridionale, le printemps et les mois
de mars et d'avril sont les époques les plus meurtrières, le mois de juillet
ayant toujoui-s le privilège de la plus grande salubrité.
Mais il y a quelques exceptions à cette règle dans les provinces méridionales
et surtout dans la capitale de la Suède. La ville de Stockholm nous présente le
même phénomène déjà signalé en Islande, celui d'une forte mortalité estivale «t
automnale, et une salubrité très-prononcée de l'hiver et du printemps. Cette
singulière répaitition des décès a subi des variations considérables à différentes
époques ; en effet, sur deux séries, l'une comprise entre 1776 et 4780, et l'autre
entre 1851 et 1861, nous trouvons constanuuent que l'hiver est la saison la plus
salubre et le mois de janvier le moins chai-gé en décès. Mais l'époque k plus
meurtrière se ttt)uve transportée, du mois d'août et de l'été pour le siède der-
nier, au mois de septeml)re et à l'automne pour l'époque actuelle. En résumé^
6(l0 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE OC JOUR.
les quatre mois chauds sont toujours les plus chai*gés en décès dans la ville de
Stockholm, tandis que les mois froids y sont les plus salubres.
Quelle est la cause de cette exception à la mortalité générale du royaume ?
C'est ce que j'ai cherché à reconnaîti*e d'après le tableau des maladies qui
régnent dans la capitale, et aussi par des correspondances particulières, d*oîi il
résulte que l'élément paludéen joue un grand rôle dans ce résultat, qui tient à U
topogi'aphie de Stockholm, bâtie comme elle l'est entre le lac Mœlar et la mer Bal-
tique, et dont les quatorze ponts et les nombreuses maisons élevées sur des pilotis
témoignent assez de l'abondance des eaux. Il me pai^aît donc probable que cette
gi'ande moiialité estivale et automnale de Stockholm reconnaît pour cause l'élé-
ment paludéen, que nous verrons produire ailleurs les mêmes conséquences.
Je dois à l'obligeance de M. le professeur de Yillebrandt, d'Helsingfors, la com-
munication de précieux documents sur la Finlande. En étudiant la répartition de
la moilalité pendant les dix années comprises entre 1856 et 1865, on voit que
le printemps est l'époque de la plus forte mortalité, tandis que l'été est la saison
la plus salubrc, l'hiver se rapprochant du printemps et l'automne de l'été. Les
propoilions en centièmes sont 26,38 pour l'hiver, 28,01 pour le printemps, 22,39
pour l'été et 23,22 pour l'automne; les quatre mois froids comptant les 35,80 cen-
tièmes des décès annuels, et les quatre mois chauds les 30,09 centièmes.
Les mois les plus chargés en décès sont mars, février et avril, qui en comptent
à peu près le même nombre. Les mois dont la morialité est la plus faible sont
juillet, août, octobre et septembre. La différence entre les mois extrêmes mai^et
juillet est seulement de 288 décès sur 12 000, ce qui montre que les influences
atmosphériques ne s'exercent pas avec une gi*ande intensité, si on la compare
avec les pays voisins, tels que la Suède, où la différence entre les mois extrêmes^
oscille entre 363 et h5i décès sur 12 000, et surtout avec les pays du midi de
l'Europe, oîi l'on obseiTC également de grandes différences entre les saisons cl
les mois extrêmes.
Le Danemark, le Schlesmg et le Holstein nous présentent la même répartition
des décès, c'est-à-dire que la plus forte mortalité tombe sur février ou mars, et
par conséquent sur le printemps, l'époque la plus salubre étant l'automne ou
l'été, et les mois de juillet, août ou septembre. Les quatre mois froids l'empor-
tent décidément sur les quatre mois chauds.
Dans le duché d'Oldenbourg, la répartition est un peu différente, quoiqu'il y
ait une grande analogie dans les traits principaux. L'hiver remplace le prin-
temps pour l'époque du maximum, tandis que l'été se trouve être l'époque du
minimum. Les mois extrêmes sont février et juillet, et les mois froids ont une
grande prédominance sur les mois chauds. Les documents d'après lesquels j'ai
calculé la mortalité du duché d'Oldenbourg m'ont été communiques en manu-
scrit par l'obligeance d'un correspondant.
La Holhinde est un des pays les plus intéressants à étudier par la diversité des
résultats obtenus dans les diverses provinces. En effet, tandis que, pour le
royaume considéré dans son ensemble, la plus forte mortalité est surtout hiver-
nale, le maximum tombant sur janvier dans la période duodécimale de 181^0 à
1851, et sur féviier pour la période décimale de 1850 à 1859, l'été conslilue
l'époque la plus salubre, et le mois minimum oscille enti*e juillet et octobre.
mais les différences entre ces deux mois étant fort peu considérables dan? U
période ; en définitive, pour l'ensemble du royaume de Hollande, les quatre
mois froids l'emportent, mais faiblement, sur les quatre mois chauds.
LOMBARD. — DES LOIS DE LA MORTALITÉ EN EUROPE. 6^1
Si nous étudions sëpai'ément un certain nombre de provinces comme Gro-
ningue, la Frise^ la Gueldre, le Brabant septentrional et la Hollande méridio-
nale> elles^présentent la même répartition que l'ensemble du royaume, c'est-à-
dire une plus forte mortalité hivernale, et tandis que la plus faible mortalité
oscille entre Tété et l'automne, celle-ci est plus fréquemment que celui-là
l'époque du minimum.
Mais il n'en est pas de même de la province éminemment marécageuse de la
Zélande, où le maximum des décès s'observe en automne et au mois de septembre,
tandis que le minimum se maintient en été et tombe sur le mois de juillet.
Nous aurons l'occasion de revenir sur les causes de cette transposition de la plus
forte mortalité lorsque nous étudierons d'autres régions caractérisées, comme la
Zélande, par l'élément paludéen. Mais hâtons-nous d'ajouter que ce n'est pas
seulement un certain degré de malaria qui suffit à transposer la répartition des
décès, car, autrement, nous devrions.avoir pour toute la Hollande une mortalité
automnale ; mais c'est la prédominance de cet élément marécageux qui contri-
bue à modifier les chiffres mortuaires. Nous en avons un exemple frappant dans
plusieurs des provinces néerlandaises, dont la plus forte mortalité n'est point
transportée sur l'automne, quoiqu'elles soient jusqu'à un certain point sous
Tinfluence de la malaria. La ville d'Amsterdam peut être citée à ce point de
vue, puisque la mortalité y est hivernale et la salubrité estivale ou automnale,
le maximum tombant sur janvier et le minimum sur octobre, c'est-à-dire à peu
près exactement l'inverse de ce qu'on observe en Zélande.
Si nous quittons pour quelques instants le continent et que nous traversions
le détroit pour atteindre les îles Britanniques, nous aurons des résultats à peu
près identiques pour les trois royaumes.
En Ecosse, la plus forie mortalité a lieu en hiver dans les provinces septen-
trionales et centrales, et au printemps dans les provinces nord-ouest et méri-
dionales. Le maximum mensuel tombe presque toujours sur février, et ime
seule fois sur mars. Les quatre mois froids l' emportent toujours sur les quatre
mois chauds. Mais les difiërences entre les saisons et les mois extrêmes sont
moins considérables qu'en d'autres pays moins favorisés quant à l'étendue de
l'échelle thermométrique.
Si l'on réunit, comme l'a fait le docteur Stark, les huit principales villes de
l'Ecosse (1), on observe pour chacune d'elles comme pour le total, que la mor-
talité est surtout hivernale ; les deux premiei*s mois de Tannée, janvier et février
étant les plus chargés en décès, septembre et août étant les plus salubres.
Les tableaux mortuaires de l'Angleterre, qui sont rédigés avec une exactitude
rigoureuse pai' le docteur W. Farr, ne sont pas établis d'après la méthode
adoptée dans la plupart des Etats européens, c'est-à-dire par division mensuelle;
ils ne peuvent, par conséquent, être comparés avec les autres statistiques.
Néanmoins les trimestres rangés d'après l'ordre chronologique peuvent être sans
grande chance d'erreur assimilés : le premier, janvier jusqu'à fin mars, à l'hiver;
le deuxième, d'avril jusqu'à fin juin, au printemps ; le troisième, de juillet jus-
qu'à fin septembre, à l'été ; et le quatrième, d'octobre jusqu'à fin décembre, àl'au-
iothne. J'ai cru dès lors pouvoir adopter les couleurs caractéristiques des dlffé-
rcntes saisons pour représenter les quatre trimestres. Cela dit, voyons à quels
résultats nous arrivons par les publications du Registrar Office. En prenant l'en-
(1) Glaseow, Paisley, Greenock, Edimbourg, Dandee, Aberdeen, Leith et Perlh.
6A2 CONGRÈS MÉDICAL lOTERNÂTIONAL. — SIXifcME SÉAUGB M JOUB.
semble des quatorze divisions de rAngleterre, nous voyons que le 1*' trimestre
est toujours le plus meurtrier; c'est pourquoi nous avons considéré Thiver comme
répoque de la plus forte mortalité^ tandis que le 3* trimestre, qui correspond à
l'été, est toujours l'époque la plus salubre, c'est-à-dire celle qui compte le plus
petit nombre de décès.
Y a-t-il quelques exceptions à cette règle générale? Je n'en ai trouvé qu'un
très-petit nombre, et encore sont-elles temporaires. C'est ainsi que pom* la partie
du comté de Kent, qui comprend Greenwich, les quatre années comprises entre
1838 et 18/il nous donnent la répartition ordinaire de la mortalité; tandis que
les quatre années, de 1842 à 1845, ont eu une plus forte létbalité dans le h^ que
dans le !•' trimestre.
L'autre exception est celle du Rutlandsbirc où étaient situés les anciens marais
d'Ely, et où les quatre années, de 1838 à 1841, présentent une très-légère pré-
dominance du 4' trimestre sur le premier. Partout ailleurs, même dans 111c
d'Anglcsca, qui était autrefois très-marécageuse, la mortalité du 4* trimestre ne
l'emporte qu'une seule fois sur celle du 1*' trimestre, pendant les sept années
comprises entre 1843 et 1850.
Quant aux villes principales, et en particulier à Londres, la grande métropole
qui était autrefois décimée par les émanations marécageuses, et dont la morta-
lité était alors estivale et automnale, elle est actuellement hivernale, comme
dans le reste de l'Angleterre, et elle l'était déjà au milieu du siècle dernier, si
l'on en juge par le tableau mensuel de la mortalité public par Sûssmilch (l'i.
D'après ce résumé qui comprend quinze années, de 1732 à 1747, le maximum
des décès tombait sur janvier et février, et par conséquent sur l'hiver, et le mi-
nimum sur juillet et août, et par conséquent sur l'été. Il est infiniment probable
que cette répartition de la mortalité est la môme à présent, puisque dans les
quatre années comprises entre 1842 et 1845, les tiîmestres sont rangés dans
l'ordre suivant : le premier, le quatrième, le troisième et le second ; la diffé-
rence entre ces deux derniers étant assez minime pour qu'on puisse les mettre
siu* la même ligne. Les trimestres se sont rangés dans l'ordre suivant, quant à
la mortalité exprimée en centièmes: le premier, on a compté les 28^46; le se-
cond, les 23,16; le troisième, les 21,91, et le quatrième, les 24,05.
Les documents irlandais qui m'ont 'été communiqués par M. Dounelly ne
s'étendent malheureusement qu'à trois années, mais dont les résultats sont
identiques et peuvent être considérés comme l'expression d'un fait général :
c'est-à-dire que le premier trimestre est le plus charge en décès, et le troisième
le plus salubrc. Aussi ai-je pu considérer l'hiver comme étant l'époque delà plus
forte mortalité, et l'été comme étant la saison la plus salubre.
Si nous laissons les lies Britanniques, et que nous nous dirigions vers la Bel-
gique, nous entrons dans le pays le mieux doté en documenta statistiques par
l'initiative de mon respectable ami, le professeur Quetelet, et grâce à la protection
éclairée du gouvernement belge pom* favoriser ce genre de recherches.
Si l'on considère l'ensemble de la Belgique pendant la période de l84i à 1860,
nous y voyons que février et mars sont l'époque de la plus forte mortalité Juillet
et août celle de la plus grande salubrité. Les extrêmes des saisons étant l'hiver
cl l'été, mais le printemps se rapprochant beaucoup de l'hiver, et l'automne de
Tété, en sorte que le semestre de décembre à mai compte les 56,19 centièmes
(1) Sûssmilch, t. II, p. Hhà : Gôttliche Ordnung*
LOMBARD. — DES LOIS DE LA MORTALITÉ EN EUROPE. M3
des décès^ et le semestre de juin à novembre seulement les &3^81 centièmes.
Les quatre mois froids l'emportent décidément sur les quatre mois chauds:
38,38 centièmes au lieu de 29>21.
Les mêmes proportions s'observent pour les principales provinces, comme
celles d'Anvers, où la proportion des décès automnaux est plus forte que celle
des décès estivaux de l'ensemble de la Belgique; ce qui tient probablement aux
portions marécageuses de cette province. Dans la Flandre occidentale et dans le
Brabant méridional, la mortalité du printemps l'emporte très-faiblement sur
celle de l'hiver.
Quant à la ville de Bruxelles, les extrêmes mensuels et trimestriels sont beau-
coup moins considérables que pour l'ensemble de la Belgique : mars et l'hiver
sont l'époque la plus meurtrière; octobre et l'automne sont l'époque la plus
salubre.
Si de la Belgique nous passons à la Prusse, nous trouvons la même répartition
des trimestres qu'en Angleterre, c'est-à-dire l'ordre chronologique commençant
de janvier à mars pour le premier trimestre, et d'octobre à décembre pour le
quatrième et dernier trimestre.
Or, en étudiant la mortalité dans douze années, dont trois ont été caractéri-
sées par des épidémies de choléra (1831, 18i!i6 et 18/^9), les neuf autres nous
donnent la répartition suivante quant au nombre des décès : le premier tri-
mestre^ qui correspond à l'hiver, est le plus meurtrier ; le dernier trimestre, qui
correspond à la fin de l'automne et au commencement de l'hiver, vient en
seconde ligne ; le deuxième trimestre, qui correspond au printemps, vient au
troisième rang ; enfin le ti*oisième trimestre, qui coiTespond à l'été, occupe le
dernier rang de la mortalité ; ou, en d'auti^cs termes, les extrêmes sont l'hiver
et l'été potir l'ensemble du royaume de Prusse, calculés sur environ cinq mil-
lions de décès.
Si nous étudions séparément les différentes provinces, nous voyons que, pour
les sept années comprises entre 18i!i9 et 1852, ainsi que 1859 à 1861, la réparti-
tion des décès est la même que pour l'ensemble du royaume, sauf là où les
décès cholériques ont augmenté la mortalité estivale*
Après avoir fait la défalcation des décès occasionnés par le choléra pendant les
épidémies de 18ft9 et 1852, et celles de 1859 à 1860, on retrouve la réparti-
tion normale du plus grand nombre de décès pendant la saison froide, et du plus
petit nombre pendant la saison chaude i
Les deux villes de Berlin et de Dantzig, sur lesquelles je possède des docu-
nients mensuels, nous présentent : pour Berlin, la prédominance des décès dô
janvier et de l'hiver, et la plus faible mortalité pour juillet et pour l'été, ce qui
rentre dans la loi générale du royaimie. Quant à Dantzig, le maximum tombe
sur avril et le printemps^ et le minimum sur août et l'été.
En dehors de la Prusse, nous voyons que dans le Mechlembourg la mortalité hi-
vernale prédomine, le tnois de février étant le plus chargé en décès, tandis que
l'cté et juillet occupent le dernier rang dans l'ordre de la mortalité.
I^es villes de Hambourg et de Brème ont une répartition à peu près identique ;
seulement le printemps l'emporte sur l'hiver dans cette dernière ville, et quant
à la première, ces deux saisons sont à peu près identiques (27,H et 27,13
pour ieO).
La ville de Francfort a une mortalité printanièrc, et cette répartition se re-
trouve, avec quelques £eiibles variations, à environ cent ai^s de distance, de 1 760
6kU COKGUtS MÉDICAL INTEBNATlOiNAL. — SIXIÈME SÊAMCE DE JOUR.
à 1769^ et 1857 à 1860. Dans la première période, c'est aviîl qui est le plus
charge en dt^ccs, et dans la seconde, avril et février ne diffèrent que de 2/12000'*.
L'automne est, dans les deux périodes^ la saison la plus salubre ; les mois mi-
nima sont ceux d'octobre dans le siècle précédent, et décembre dans le présent
siècle.
La ville de Hanau se présente comme sa voisine ; le maximum des décès tom-
bant également sur le printemps et le minimum sur l'automne, fémcr et no-
vembre étant les mois extrêmes.
Le royaume de Saxe est un exemple de la mortalité printanicre pendant la
période quinquennale de 1832 à 1836, l'hiver venant au second rang, l'au-
tomne au troisième et l'été au quatrième ; les mois extrêmes sont avril et
juillet.
Pendant la période triennale de 18i!i7 à 18^9, les saisons extrêmes sont l'hiTer
et l'été ; mais il faut ajouter que dans cette dernière période l'hiver ne diflêrc
du printemps que de 3/1000^' (26,6 au lieu de 26,3), en sorte que nous avons
préféré prendre pour base de notre appréciation la plus longue période et celle
dont le choléra n'a pas modifié les résultats.
La ville de Dresde nous donne à peu près les mêmes répartitions, c'est-à-dire
une mortalité printanière et une salubrité automnale, les mois extrêmes étant
avril et octobre.
Les résultats relatifs à la Biiviére sont établis sur quatoi-zc ans, et ils nous
donnent une modalité printanière et une salubrité automnale, les mois extrêmes
étant mars et octobre.
Si l'on étudie séparément les huit provinces qui composent le i^yaumc de
Bavière, le printemps est, sept fois sur huit, l'époque de la plus forte mortalité,
et se trouve remplacé pai* l'hiver pour la haute Franconie, mais avec une dif-
férence si minime, que cette exception n'en est réellement pas une. L'été rem-
place l'automne quatre fois sur huit comme l'époque de la plus grande salubrité.
Les mois extrêmes se présentent également avec une ti*ès-grande uniformitc,
mara sept fois sur huit, et août remplaçant quelquefois juillet.
Pour Mmiich, les saisons extrêmes sont les mêmes que pour l'ensemble du
royaume, le printemps et l'été, mais le mois de mai remplace celui de niar$
comme le plus meurtrier, et octobre remplace juillet comme le plus salubre.
A Bjotisboïvie^ le printemps est aussi l'époque la plus meuriricre; vient ensuite
l'été ; mais l'hiver et l'automne sont à peu près sur le même rang de salubrité,
grâce à la faible mortalité du mois de décembre, qui occupe le dernier rang
à cet égard, le premier étant occupé par avril, qui est le plus meurtrier de
Tannée.
L'empire d*AutncIie ne peut être étudié dans son ensemble, vu la grande Ta-
riété de climats et l'immense étendue de tenîtoires qu'il réunit ; aussi passe-
rons-nous en revue chacune des provinces, en passant de l'ouest à l'est et du
nord au sud.
Les provinces du Tyi'ol et du Vorarlberg nous montrent une prédominance de
la mortalité en janvier et en hiver, les deux saisons de l'hiver et du printcini>s
étant beaucoup plus nieuririères que celles de l'été et surtout de rautonme, qui
est l'époque du minimum des décès, octobre étant le mois le plus salubre.
Pour la province de Sahbourg, c'est mars et le printemps qui sont l'époque
la plus insalubre, l'automne et le mois d'octobre étant au contraire la saison et
le mois les moins meurtriei*s.
LOMBARD. — DES LOIS DE LA MORTALITÉ EN EUROPE. 665
VareMducké d'Auifkhe nous montre exactement la même répartition que It
province de Salzbourg, le maximum des décès tombant sur mai's et le printemps,
le minimum sur octobre et l'automne.
11 en est de même de la Styrie, qui présente une ressemblance complète avec
les deux précédentes, les maxima et les minima se montrant aux mêmes époques.
En Carinihie^ on observe une très-faible prédominance des décès hivernaux
sur ceux du printemps (29,90 au lieu de 29,0^), le maximum tombant toujours
sur le mois de mars; mais le minimum se trouve ti*an8porté de l'automne sur
Tcté, et d'octobre sur juillet.
En Bohême^ c'est toujours mars et le printemps qui occupent le premier rang
quant aux décès; octobre et l'automne étant au dernier rang de la mortalité.
La Silésie nous donne à peu près la même répartition, c'est-à-dire mars et le
printemps au premier rang, juin et l'été étant l'époque du minimum ; mais les
différences entre juin et octobre n'étant que de 2/12000*', et celles de l'au-
toaine à l'été de 58/1000^' ^22,78 au lieu de 22,20). En sorte que l'on peut con-
sidérer ces divergences comme de peu d'importance.
En Moravie, mars et le printemps prédominent quant à la mortalité, juillet et
l'été constituant le mois et la saison la plus salubre.
Dans la province de Cracoiie, le maximum des décès correspond au mois d'a-
vril et à l'hiver, le minimum tombant sur le mois de juin et sur l'été.
I^ Hongrie aurait dû être étudiée dans ses diverses provinces, vu sa grande
superficie; mais, en prenant l'ensemble de ce royaume, nous avons une moiia-
lité hivernale dont le maximum tombe sur février, et une salubrité estivale dont
le minimum tombe sur le mois de juin.
En Transylvame, c'est mars et l'hiver qui sont l'époque la plus meurtrière ;
juillet et l'été sont au contraire le mois et la saison les plus salubres.
Pour la Bukovine, c'est février et l'hiver qui occupent le premier rang de la
mortalité, juillet et l'été se trouvant au dernier rang.
Quant aux frontières militaires, mars et l'hiver sont l'époque du. maximum,
juin et l'été l'époque du minimum des décès.
La Servie et le banat de Temeswar nous donnent une prédominance de mai^
et de l'hiver, tandis que la plus faible mortalité s'observe en juillet et en été.
Mais l'automne se rapproche beaucoup de l'hiver quant au nombre des décès,
qui diffèrent à peine de quelques, millièmes (27 pour 100, au lieu de 27,38) ; ce
qui tient sans doute à la fréquence des fièvi*es intermittentes dans cette région
paludéenne et riveraine du Danube.
La Croatie et YEsclavonie nous présentent la prédominance de la mortalité
printanière et hivernale sur celle de l'automne et surtout de l'été, qui occupe
le dernier rang quant au nombre des décès; les mois extrêmes sont mars
et juin.
VIstrie nous donne une prédominance de la mortalité automnale, mais avec
de faibles différences entre les quatre saisons, l'été comptant les 22,81 des
décès, le printemps les 2&,38, l'hiver les 25,89 et l'automne les 26,92, les mois
extrêmes étant août comme maximum et juin comme minimum.
En Carniole, c'est l'hiver qui est l'époque la plus chargée, et l'automne la
moins chargée en décès, les mois extrêmes étant, comme poiur l'Istrie, août et
juin.
La Dalmatie se rapproche beaucoup des deux provinces voisines par la forte
mortalité hivernale et surtout automnale, et la faible mortalité estivale et sur^
6/i6 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAU — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR,
tout printanière. Les mois extrêmes étant novembre pour maximum et juin pour
minimum.
En résumé, si Ton excepte les provinces de la rive dalmate de l'Adriatique et
celles du Banat de Temeswar, où la mortalité est estivale ou automnale, on ?oit
que dans toute cette vaste étendue du sol européen occupée par l'empire d'Au*
triche, Thiver et le printemps sont l'époque la plus meurtrière, tandis que l'au-
tomne et l'été sont presque paiiout les saisons les plus salubres*
Si nous étudions cinq des principales villes de l'Autriche, Pra^e, Inspruck,
Vienne, Pesth et Trieste, nous trouvons, sauf dans la capitale de la Hongrie, que
la mortalité est toujours hivernale ou printanière, l'autonme étant toujoun la
saison la plus salubre. L'hiver est l'époque du maximum des décès à Trieste, et
le printemps à Prague, à Inspruck et à Vienne, tandis qu'à Pesth l'été et le
printemps sont les saisons les plus chargées en décès. Les mois extrêmes sont
avril et mai à Prague, Inspruck et Vienne; juin à Pesth, et janvier à Trieste, pour
la plus forte mortalité; et, pour le plus petit nombre des décès, novembre à
Prague et à Inspruck, décembre à Vienne, octobre à Pesth, juin à Trieste,
Si nous revenons vers l'Europe centrale, nous aurons à signaler la réparlitioa
de la mortalité en Suisse, en Savoie et en France.
Les documents statistiques relatifs à la Suisse ne sont pas encore très^nom-
breux. Pour les cantons de Thurgovie, Bâle, Appenzell et Zurich, le printemps
est l'époque la plus meuilrière, tandis que pour les cantons d'Argovie, de Zurich,
de Neuchâtel, de Vaud et de Genève, c'est l'hiver qui est Tépoque du maximum
des décès. Mais, dans ces divers cantons, la différence entre l'hiver et le prin-
temps est peu considérable. Mars est presque toiyours le mois le plus chargé en
décès. L'automne est presque constamment l'époque de la plus Caible mortalité,
qui correspond le plus souvent au mois d'octobre et quelquefois au mois d'août ou
de septembre.
Les documents statistiques relatifs à la Savoie se trouvent très-compleii dans
les publications de l'ancien royaume de Sardaigne. On y voit, pour une période
décennale, que le maximum tombe sur le mois de février et sur l'hiver, le prio*
temps se rapprochant beaucoup de l'hiver quant à la mortalité. Le minimum
tombe sur juillet et sur l'été, l'automne différant fori peu de l'été. En résumé,
six mois chargés en décès, compris entre décembre et mai ; et six mois salubreSt
compris entre juin et novembre.
Quant aux différentes provinces savoisiennes, pous trouvons pour la Tarentaite
que le maximum tombe sur mars, et le printemps ; et le minimum sur août e|
l'été.
Pour la Maurienne, c'est février et l'hiver qui occupent le premiw rang,
juillet et l'été le dernier.
La Savoie propre a son maximum de mortalité en février et pendant l'hiver, al
son minimum en octobre et en automne.
Si nous réunissons huit villes de Savoie (1), nous trouvons que la mortalité de
dix ans est surtout hivernale, le maximum tombant sur février, tandis que le roi*
nimum des décès con-espond à mai et à l'été. Mais soit dans les villes, soit dans
l'ensemble du pays, les différences entre les saisons extrêmes sont peu coDsidé-
râbles.
(i) Chambéry, Albertville, ThoooD, Bonneville, Annecy, Rumilly, Saint-Jean de Ifaarieaae
etM«Ytftert,
LOHBÀID. «- DBS LOIS DE LA MORTALITÉ EN EUROPE. 6&7
J'ai eu beaucoup de difficultés à surmonter pour connaître la répartition men-
suelle de la mortalité dans l'empire français^ non pas pour ce qui tient à Teur
semble du pays, puisque nous avons trouvé dans la statistique officielle le résumé
de deux périodes comprises entrel831 et 1840, 1855 et 1861, où Ton voit que le
mois de mars est le plus chargé en décès et le mois de novembre le plus salubre,
le printemps étant l'époque- de la plus forte, et Tété de la plus faible mortalité.
Mais, à côté de ces résultats généraux déduits de l'ensemble du pays, lorsque j'ai
voulu étudier les diverses régions de l'empire, je me suis trouvé en présence de
grandes difficultés, qui résultent de l'absence de documents complets et détailles.
11 existe, il est vrai, deux publications du Ministère du commerce, où la mortalité
mensuelld est donnée pour les villes qui dépassent 10 000 habitants, et non pas
pour l'ensemble des départements.
En outre, des deux années 1853 et 1854, les seules qui aient été publiées, la
demià^e a été marquée par une forte épidémie de choléra, en sorte que les résul-
tats mortuaires de cette année ne peuvent être regardés comme l'expression nor-
male des faits. Aussi ai-je dû suppléer à l'insuffisance des documents officiels par
les lumières que m'ont fournies les topographies médicales publiées sur diverses
villes françaises. Mais la source la plus abondante d'informations m'a été procurée
par la complaisance de correspondants officiels ou .particuliers qui ont bien voulu
répondre aux questions que je leur adressais suivant un formulaire uniforme.
C'est ainsi que j'ai pu combler, en partie du moins, les lacunes des documents
officiels.
Il résulte de l'ensemble de mes recherches que l'on peut désormais étudier la
répartition mensuelle de la mortalité en France dans trois régions différentes : le
littoral de l'Océan, celui de la Méditerranée et l'intérieur du pays.
Si l'on parcourt le littoral de l'Océan depuis le Pas-de-Calais jusqu'aux Basses-
Pyrénées, on voit que, sauf en quelques points exceptionnels, la mortalité est
toujours printanière ou hivernale. Les exceptions sont peu nombreuses et se ren-
contrent près de l'embouchure de la Somme, où l'on observe la mortalité au-
tomnale dans quelques localités. A l'embouchure de la Seine, on ne trouve pas
de répartition automnale, mais seulement une légère prédominance estivale dans
les décès de la ville du Havre. L'embouchure de la Loire n'offre aucune localité
exceptionnelle, quant à la répartition de la mortalité, qui est printanière à Nantes
et à Paimbœuf.
U n'en est pas de même de la Charente, dont l'embouchure est camctérisée par
une mortalité automnale sur une grande étendue de terrain qui s'étend jusqu'à
Royan, sur la rive droite de la Gironde et même aux îles voisines de Ré et d'Ole-
ron, remontant assez loin dans les terres.
L'espace compris entre la Gironde et l'Adour est probablement aussi carac-
térisé par une mortalité autonmale, mais des renseignements statistiques précis
manquent encore pour décider cette question. En résumé : sur tout le littoral
français de l'Océan, la mortalité automnale est une faible exception, compai*ée à
la mortalité hivernale ou prmtanière.
Il n'en est pas de même du littoral méditerranéen. En effet, si l'on part de
Béliers, parcourant toutes les côtes jusqu'aux fh)ntières du royaume d'Italie, on
trouve partout une mortalité estivale ou plus rarement automnale, et cette répar-
tition ne se borne pas au littoral, comme nous l'avons vu pour l'Océan, mais elle
remonte dans les terres, suivant le cours du Rhône, de la Durance et du Yar,
pénétrant même jusqu'à Lyon d'un côté et jusqu'à Briançon de l'autre. Ainsi
648 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIËMB SÊANGB DE JOUE.
donc r influence du climat méditerranéen se manifeste pai* une pi'édominanee de
mortalité estivale et une salubrité comparative du printemps; les mois extrêmes
étant presque toujours : juillet^ août ou septembre^ qui sont les plus meurtriers,
janvier, avril ou mai étant presque toujoui*s les plus salubres.
Quant à l'intérieur de la France^ nous avons presque partout la mortalité
printanicre et la salubrité automnale^ comme on Tobserve à Paris^ où les mois
extrêmes sont mars et novembre.
Dans le nord^ c'est presque toujours le printemps et les mois de mars ou
d'avril qui comptent le plus gi*and nombre de décès^ et les mois de juillet» de
septembre ou d'octobre qui sont les moins meurtriers.
Dans l'est, l'ouest ou le centre de l'empire français, le mois de mars et le
printemps sont toujours au premier rang, tandis que juillet, août, et par consé-
quent l'été, sont les plus salubres.
Au nord-ouest, l'automne remplace l'été comme époque de la plus grande
salubrité.
Nous aurions h parler ici des localités marécageuses de la Bresse et de la
Sologne, mais les documents que j'ai réunis ne sont pas encore assez nombreux
pour donner une solution définitive à la question qui nous occupe maintenant,
c'est-à-dire la répartition de la mortalité dans les différentes saisons.
Il n'en est heureusement pas de même de ceux qui ont été publiés par l'an-
cien gouvernement de Sardaigne, et qui comprennent une période décennale.
C'est là que nous puiserons de précieuses informations sur la répartition de la
mortalité entre les différentes saisons.
Et d'abord, en ce qui rcgai*de l'ancien comté de Nice, maintenant réuni à
l'empire français, nous voyons que la plus forte mortalité s'observe en été et
pendant le mois d'août, et la plus faible au printemps et pendant les mois de
mars et d'avril.
Si nous suivons la côte depuis Nice jusqu'à Gènes, nous trouvons que dans les
provinces d'Alberga et de Savone ce n'est plus l'été, mais l'automne et surtout
le mois de septembre qui sont l'époque de la plus forte mortalité, le minimuiu
s'observant au printemps dans la province d'Albenga, et en été dans celle de
Savone.
La province et la ville de Gènes nous donnent également une prédominance
de mortalité automnale, tandis que les mois d'août et de septembre sont les plus
chargés en décès, le minimum s'observant au printemps et pendant le mois de
mai.
En suivant la cûte par Chiavari, nous voyons la plus forte mortalité être tou-
jours automnale et tomber sur les mois d'août et de septembre, la plus faible s'ob-
servant pendant le printemps et correspondant au mois de juin.
La Spezia et Sarzane ont une mortalité estivale et une salubrité printanière, les
mois extrêmes étant mai et août.
Si nous traversons les Apennins et que nous gagnions le Piémont, nous trou-
vons une répartition toute différente de la mortalité.
Les provinces montueuses de Susc et d'Aoste sont situées sur le versant méri-
dional des Alpes ou dans de profondes vallées qui s'étendent jusqu'aux cimes nei-
geuses du mont Cenis et des deux Saint-Bernard. Aussi trouvons-nous que la plus
forte mortalité a lieu pendant l'hiver dans ces deux provinces, et la plus faible
en été dans la vallée d'Aoste, et en automne dans la province de Suse, les mois
LOUBARD. — DES LOIS DE LA MORTALITÉ EN EUROPE. 6&9
extrêmes étant janvier et féTrier pour le plus grand nombre des décès^ juin et
juiUet étant les plus salubres.
Les provinces centrales du Piémont^ de Pignerole^ d'Asti^ de Turin, de Novare
et d'Alexandrie se présentent toujours avec une mortalité hivernale. C'est aussi
le résultat de l'ensemble du Piémont^ où l'hiver est la saison la plus meuririère
et l'été la plus salubre, les mois extrêmes étant janvier et mai.
Hais il n'y a plus la même uniformité pour les provinces isolées; les unes,
comme celles de Turin^ de Pignerole, d'Asti et d'Alexandrie^ sont caractérisées
par la plus gi'ande salubrité de l'automne^ tandis qu'une seule, celle de Novare,
compte l'été comme la saison la moins meurtrière. Les mois extrêmes sont ou
janvier ou février, quant à la plus forte mortalité ; juin, juillet ou quelquefois
octobre, quant au petit nombre de décès.
En résumé, nous voyons la mortalité hivernale et printanière l'emporter
presque partout en Piémont sur celle de l'été et de l'automne, du moins pour le
versant méridional des Alpes, dans les plaines et pour le versant septentrional des
Apennins; tandis qu'au bord de la Méditerranée et pour le versant méridional des
Apennins, la forte mortalité est estivale ou automnale, ainsi que nous l'avons vu
en France sur tout le littoral de la MéditeiTanée, et que nous lé verrons dans le
reste de l'Italie sm* le versant occidental des Apennins.
Ce contraste est surtout frappant pour les deux provinces voisines de Gênes et
d'Alexandrie : l'une regardant le midi et l'autre tournée vers le nord. A Gênes,
la mortalité est surtout estivale et automnale ; aussi les quatre mois chauds et
froids sont-ils dans la proportion de 39,15 à 32,85 centièmes. Tandis que, pour
Alexandiie, le froid occasionne la plus forte mortalité, puisque les quatre mois
froids comptent les &2 centièmes des décès et les quatre mois chauds seulement
les 27 centièmes. L'hiver est par conséquent plus meurtrier que le printemps ou
l'automne dans la proportion de 36 à 20 centièmes.
La Lombardie et la Vénétie ont une mortalité prédominante pendant l'hiver,
surtout pendant le mois de février, tandis que l'été et le mois de juin sont
l'époque de la plus faible mortalité. Au reste, les différences de saison à saison
sont peu considérables dans ces deux provinces.
Si de Venise nous suivons la rive orientale de l'Adriatique, toutes les provinces
situées à l'est des Apennins présentent une mortalité hivernale avec prédomi-
nance de janvier comme le plus meurtrier et une salubrité plus prononcée en
automne et en été. C'est le cas de Ferrare, Ravenne, Tivoli, Urbino et Pesaro et
Ancône ; le mois de juin étant presque toujours l'époque de la plus faible mor-
talité.
Les Abruzzes sont caractérisées par une léthalité plus prononcée en automne
ou en été. Les mois d'août et de septembre étant les plus chargés en décès,
tandis que le printemps et le mois de juin sont à l'autre extrême, c'est-à-dire
l'époque la plus salubre de l'année.
Au delà des Abruzzes, dans les provinces d'Otrante et de la Terre de Bari, la
mortalité est surtout hivernale, tandis que dans celles de Molise et de la Capita-
nate elle est estivale. L'époque la moins chargée en décès étant le printemps et
le mois de mai ou de juin.
Ainsi donc, depuis Venise jusqu'à l'extrémité de la terre d'Otrante, c'est-à-dire
sur le versant oriental des Apennins, la moilalité est surtout hivernale, et dans
quelques cas exceptionnels, estivale ou automnale ; tandis que l'été et l'au-
tomne sont les saisons les plus favorables sur la majeure partie du littoi*al depuis
650 CONGRÈS M&DIGAL INTERNATIONAL. -- SIXIÈME SÉAMB M JOUR.
Venise jusqu'à Molise; le printemps étant plus fa^rorable aux habitiiits de
rextrémlté méridionale du littoral de l'Adriatique.
Si nous reprenons le littoral de la Méditerranée là oii nous l'aYons laine, c'est-
à-dire au golfe de la Spezia, nous trouvons encore à Mawa et Canrtre ane morta-
lité hivernale. Pour Livourne et Pise, l'été est la saison la plus meartrière, tan-
dis que pour la province marécageuse de Grossetto, qui comprend la majeure
partie des marcmmcs de la Toscane, c'est sur l'automne que tombe la plus forte
mortalité, mais l'été s'en rapproche beaucoup et peut être considéré comme
étant presque aussi meurtrier que l'autonme.
La province voisine de Florence est aussi caractérisée par une mortalité esti-
vale, le mois de juin étant le moins salubre dans toutes ces régions.
Quant aux provinces centrales de Modène, Lucques, Bok>giie et Sienne, U
mortalité y est surtout hivernale ; le mois de janvier est l'époque la plus meur-
trière, tandis que les mois de mai et de juin, le printemps et l'été sont les sai-
sons lep plus favorables.
Au midi de la Toscane nous trouvons les États pontificaux, sur lesquels je ne
possède d'autre document que ce qui concerne la ville de Rome, où la plus forte
mortalité a lieu en hiver et la plus faible en été ; les mois extrêmes étant jan-
vier et mai.
La province de Naples est, conmae Home, caractéiisée par une mortalité hiver-
nale dont le mois de janvier est l'époque la plus chargée en décès, tandis que
novembre et l'automne sont les plus salubres.
Il n'en est pas de même|de la Principauté Gitérieure et des deux Calabres, où
l'automne est la saison la plus meurtrière et septembre le mois le plus chargé
en décès; le printemps et le mois de juin étant à l'autre extrême et consti-
tuant l'époque la plus salubre.
Quant aux îles qui sont dans le voisinage de l'Italie, nous trouvons dans U
Gorse et la Sardaigne deux régions éminemment favorables à la nudaiia ; aussi
la mortalité y est-elle plus souvent automnale et quelquefcMs estivale, les plus
mauvais mois étant août et septembre. Tandis que le printemps, et dans
quelques régions exceptionnelles l'été, est l'époque la plus favorable ; le
mois de janvier en Gorse, et de juin en. Sardaigne, sont les moins chargés
en décès.
La Sicile est caractérisée par une mortalité estivale où le mois d'août occupe
le premier rang, le printemps et le mois de mai étant au contraire l'époque la
plus salubre de l'année. Il est vrai que la ville de Palerme fait exception au reste
de la Sicile et même à la province qui l'entoure, car la mortalité y est hivernale,
le maximum tombant sur février ; tandis que le printemps et le mois de mai
sont les plus salubres, comme dans le reste de la Sicile.
Si nous gagnons la péninsule Ibérique, nous n'aurons que fort peu de doco-
mcnts pour établir des conséquences définitives. En efi'et, en ce qui regarde
l'Espagne, la première publication ofQcielle a pour objet l'année 1865, qui a été
une époque de choléra. Et encore ce document ne comprend que la répartitioo
mensuelle des décès dans les principales villes.
Or, en retranchant les faits relatifs aux localités atteintes par l'épidémie cho-
lérique, nous anivons à reconnaître que sur le littoral de l'Océan la répartition
des décès suit à peu près la même marche que sur les côtes françaises, c'est-
à-dire que la plus forte mortalité est hivernale ou printanière.
Le centre de l'Espagne se rapproche de ce qu'on observe sur les bords de
LOMBABD. — DES LOIS DE LA MORTALITE EN EUBOPE. 651
l'Océan, tandis que sur le littoral de la Méditerranée la plus forte mortalité est
surtout estivale.
Quant au Portugal, la ville de Lisbonne est la seule sur laquelle je possède des
documents qui nous montrent une mortalité hivernale, comme sur tout le litto-
ral océanique. Il en est du reste de même de la^ville de Cadix, qui présente les
mêmes caractères topographiques et mortuaires, la mortalité étant hivernale,
comme sur la presque totalité des rivages atlantiques.
Quant à la Russie, je n'ai pu jusqu'à présent me procurer que des documents
insuffisants pour en déduire quelque conséquence rigoureuse ; les seuls que j'ai
pu transcrire sur mes cartes concernent les villes de Saint-Pétersbourg, Dorpat
et Samara.
Enfin, à l'extrême orient de notre Europe se trouve Gonstantinople, sur
laquelle j'ai trouvé des documents moriuaires assez complets. Il en résulte que
sur les rives du Bosphore la mortalité est surtout hivernale, et la salubrité au-
tomnale, les mois extrêmes étant mars et octobre.
œNCLUSION.
Remontons maintenant du fait à la cause, et recherchons à quelles influences
sont dues les modifications que nous venons d'observer dans la répartition de la
mortalité. Il me semble qu'on peut les considérer à trois points de vue différents:
1** l'influence ethnique ; 2*^ l'influence purement atmosphérique ; 3® l'influence
teilurique.
I. — Influence ethnique.
Les travaux de notre regretté confrère M. Boudin, ceux plus récents de M. le
professeur Broca, ont servi à démontrer que les mœurs et la race influent sur la
répailition de la mortalité. Rappelons en quelques exemples, et signalons la
manière difljérente dont les Européens et les hommes de couleur résistent aux
influences palustres, ou encore la plus grande mortalité des nègres dans la saison
froide et des Européens pendant la saison chaude sous l'influence d'un même
climat, comme c'est le cas pour la Havane* d'après les travaux de Ramon de la
Sagra.
Les habitants de l'Algérie se comportent également d'une manière toute diffé-
rente sous l'influence du froid et de la chaleiu*, suivant qu'ils sont Européens ou
aborigènes.
L'influence ethnique se montre aussi dans une plus grande mortalité des
enfants pendant la saison rigoureuse, suivant qu'ils sont préservés du contact de
l'air ou exposés au froid.
Enfin une autre circonstance ethnique, l'habitation, joue le même rôle en
transposant l'époque de la mortalité. Les habitants des villes meurent en plus
grand nombre que ceux des campagnes pendant la saison chaude, et l'inverse
s'observant pendant la saison froide, qui est plus meurtrière pour les habitants
des campagnes.
632 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
II. — Influence atmosphérique.
Il n'est pas nécessaire de démontrer cette influence, puisque toutes iio$
recherches ont abouti à reconnaître que la mortalité augmente ou diminue en
raison directe des modiûcations de l'atmosphère.
Nous avons vu que dans les trois quarts au moins des pays de rEwx)pe, la
plus foile mortalité s'observait en hiver ou au printemps, ou plus exactement
dans les mois de février ou de mars, tandis que la plus faible mortalité coïncidait
presque partout avec la fln de l'été et le commencement de l'automne, ou plu$
exactement avec juillet, août et septembre. Ainsi donc il y a dans les froids de
l'hiver et du printemps une circonstance défavorable au maintien de la ^ie,
tandis que la chaleur prolongée de l'été et de l'automne constitue une circon-
stance favorable à la santé, et par conséquent à la conservation de la vie. En
soile que l'on peut conclure de tout ce qui précède, du moins pour la majeure
partie de l'Europe, que le froid augmente la mortalité, tatidis que la chaleur exeite
une influence favorable au maintien de la vie.
Mais il y a des exceptions à cette règle, et c'est à les rechercher que je consa-
crerai la deniière portion de ce travail.
III. — Influence tellurique.
Nous avons vu qu'il est cei'taines régions de l'Europe où la plus forte morta-
lité s'observe en été et en automne.
Parmi ces régions, à moi*talité exceptionnelle, il en est, et c'est le plus grand
nombre, oit l'époque la plus meurtrière coïncide avec la présence des émanations
paludéennes. Mais il en est d'autres où il n'existe pas de malaria, et où du moins
cette influence pathologique ne joue qu'un rôle très-secondaire : c'est le cas de
l'Islande et de quelques portions de la France et de l'Italie, où la mortalité est
estivale, quoique l'élément paludéen y soit peu prononce.
Quant à l'Islande, il résulte des travaux du docteur Schleissner que U mor-
talité estivale est due à une épidémie catarrhale ou à une bronchite capillaire
qui revient tous les étés, et occasionne alors un grand nombre de décès d'en-
fants et d'adultes. Les fièvres intermittentes ne jouent aucun rôle dans cette
grande mortalité estivale.
La ville de Stockholm n'est pas, comme l'Islande, à l'abri des émanations
marécageuses : bAtie sur pilotis et sur des îles nombreuses, il y a sans doute
développement de malaria pendant les mois d'été. Mais cette cause n'est point
la seule qui contribue à la mortalité estivale, d'autant plus que cette influence,
bien loin de diminuer, tend plutôt à augmenter, si l'on compare la mortalité du
xvin* avec celle du xix* siècle. Il faut donc rechercher s'il n'y a pas, en dehors
de l'élément palustre, une cause efficiente qui augmente la mortalité estivale
aux dépens de la mortalité hivernale qui règne partout ailleurs en Suède. Cette
question, qui m'a jusqu'à présent arrêté, sera peut-être résolue, grâce aux beaux
travaux statistiques du docteur Berg, et c'est de lui et de nos collègues suédois
que j'attends la solution de cette énigme mortuaire.
Nous avons vu que la plupart des pays soumis au climat méditeiranëen ont
une mortalité estivale ou automnale. Si dans la presque totalité de ces régions.
LOMBABD. — DES LOIS DE L\ MOBTAUTÊ EN EUBOPE. 653
l'ëlément palustre est prédominant^ enti*etenu par de nombreux marais natu-
rels et artificiels^ il en est cependant où Ton rencontre fort peu de fièvres
intermittentes^ et où pourtant la mortalité est estivale ou automnale. Quelle est
donc la cause de cette transposition? Je la trouve dans les chaleurs de Tété, qui
occasionnent un grand nombre de décès, surtout parmi les enfants. Or, j'ai
démontré dans un travail soumis récemment à l'Académie impériale de méde-
cine, que, après le troisième mois et jusqu'à l'âge de quatre ou cinq ans, les
chaleurs de l'été occasionnaient un gi'and nombre de décès, et l'on comprend
dès lors comment cette forte mortalité pendant la saison chaude infiue sur la
mortalité totale.
Mais si cette cnxonstance peut expliquer la répartition exceptionnelle des
décès dans quelques pays peu fébriles, elle contiibue à augmenter les résultats
de l'intoxication palustre qui affaiblit pailout la force de résistance au froid,
chez les très-jeunes enfants, les adultes et les vieillards ; et à la chaleur, pendant
la première enfance.
Cet abaissement des forces vitales dans les pays marécageux se manifeste de
deux manières : ou en augmentant la moilalité absolue, ainsi que Ta démontré
le docteur Villermé et comme nous le verrons plus bas par l'exemple de Roche-
fort; ou en augmentant la proportion des décès de l'été ou de l'automne aux
dépens de ceux de l'hiver et du printemps, comme on peut le voir dans les pays
marécageux comparés à ceux qui sont à l'abri de la malaria. C'est ainsi que la
mortalité du mois d'avril est trois fois plus considérable que celle du mois de
novembre (1807 au lieu de 633), et que le printemps est deux fois plus meur-
trier que l'été (UhM au lieu de 22/iO) dans cinq des comtés les plus marécageux
de la Hongrie. Partout ailleiurs les dilTérences sont moins grandes, et n'atteignent
pas le tiers ou le quart du nombre total des décès.
Ainsi donc, en faisant la paît des exceptions ci-dessus mentionnées, je puis con«
clure hardiment de ce qui précède, que partout où la mortalité est estivale ou
autonmale, il existe une influence tellurique ou paludéenne qui résulte de la
décomposition des matières végétales et animales amenées, ou par le mélange
des eaux douces et salines, ou par le dessèchement des marais salants , ou même
sans qu'il soit possible de reconnaître une influence vraiment palustre, mais qui •
coïncide presque toujours avec des conditions spéciales du sol. Ce dont on peut
avoir la démonstration en voyant cette influence augmenter là où le sol reste
inculte et où les conditions hygiéniques d'assainissement sont négligées, comme
c'est le cas pour la campagne de Rome; ou bien, ce qui est heureusement le
cas le plus ordinaire, on voit cette influence diminuer là où les marais ont été
desséchés et où des mesures hygiéniques sont mises en pratique, comme lorsque
les écluses des maremmes de la Toscane ont été maintenues en bon état.
C'est ce que nous avons constaté pour la ville de Londres, dont le sol était com-
plètement marécageux dans les siècles précédents et qui maintenant ne présente
plus d'effluves paludéens. Aussi la mortalité, qui était estivale, est-elle dès lors
devenue hivernale, rentrant dans la règle des influences purement atmosphé-
riques.
C'est ainsi que la ville de Rochefort qui, au siècle dernier, présentait une grande '
mortalité automnale, a vu celte insalubrité dispai-aître en majeure paiiie à la
suite du dessèchement d'un mai-ais de 50 000 hectares, maintenant transformé
en terre arable... Aussi la mortalité automnale, qui atteignait dans le siècle der-
nier les UO centièmes (39,93), est-elle réduite actuellement aux 28 centièmes,
654 CONGRÈS M&OIGAI HfTEtNATIONAL. — SIIIÈMB SÉANCfi Di iOUB.
chiffire qui est presque dépassé par la mortalité hivernale. Au reste, ce n'est
pas seulement la répartition anormale des décès qui a été modifiée par le des-
sèchement du marais, c est encore la mortalité absolue, qui était au siècle dernier
de un décès sur seize habitants, et qui est actuellement de im sur quarante et m
habitants, c'est-àniire qu'elle ne fait plus exception ni pour l'époque, ni pour
la quotité, à celle des principales villes de France.
Ce qui a pu être accompli pour Rochefort l'a été dans trois localités maréca-
geuses de l'Angleterre : Londres, dont nous avons déjà parlé, le pays voisin de
l'embouchure de la rivière Cham et Tile d'Anglesea. Or, dans ces trois localité^^
grâce au dessèchement des marais, la mortalité exceptionnelle de l'été et de
l'automne a été remplacée par celle de Thiver. Des foits semblables pourraient
être déduits d'observations faites dans le nord et le centre de l'Europe. Aussi le
docteur Wleminx, médecin en chef des armées belges, a-t-il pu dire avec con-
viction : « Qu^U était au potuvoir de l'homme de faire disparaitre complètement k
» malaria du sol de notre Europe, » Nous soomies, hélas ! bien loin d'avoir obtenu
un ausfd heureux résultat des travaux d'assainissement entrepris dans beaucoup
de contrées marécageuses. Mais il est bon d'avoir un idéal très-élevc, afin de ne
s'arrêter que lorsqu'on aura constaté de grandes et heureuses transformations
dans la pathologie, et, par conséquent, dans la mortalité des populations expo-
sées aux ravages de la malaria.
C'est donc avec une exacte connaissance de ces faits que M. le professeur
Bouchardat disait naguère dans cette enceinte : Beias grandes quesHions domèunt
l^hygiéne i la misère et les marais.
Et si les travaux de notre regretté confrère Villermé ont démontré qoe la
misère augmente la mortalité, j'espère avoir réussi à démontrer également qu'il
n'y a pas de plus puissante influence que la malaria pour transposer et augmen-
ter la mortalité, en faisant périr les jeunes générations sous l'influenee de la
chaleur, les hommes faits et les vieillards sous l'influence du fjroid.
Ainsi donc que tous les philanthropes mettent les mains à l'œuvre. Qn'Hs
entreprennent une croisade victorieuse conti*e les influences délétères qui déci-"
ment les populations de notre Europe, et ils auront mérité, mieux que bien àet
•conquérants, le titre glorieux de bienfaiteurs de l'humanité I
BJIXOD. — DE LA PUtAGRE. 555
HVWL I^ACTEOm PATIMlOiUVISilE RESPBCTIV»
ne Ii'AUllKlIITATMlV BHkCIiVSIVE
sv WK li'AiiUwvTATimv MusiBiiK sim uil pkixagiii:
^AR M. LE DOCTEUR filLLOD,
Médecin en chef de TaïUe de Sainte-Gemmée (prèe d'Anfen).
Afin de rester dans les limites du temps qui m'.est accorde^ je circonscris^
pour ce qui me concerne, le programme de la quatrième question à T étude de
l'action pathogénique respective de l'alimentation exclusive et de Talimentation
nuisible sur la pellagre. Aussi bien, ou je me trompe fort, ou c'est précisément
à ce point litigietLx de science que le comité a dû avoij* particulièrement égard
en formulant le programme dont il s'agit.
Si l'on ne peut dire encore que Tétiologie de la pellagre soit parfaitement fixée
pour tous les observateurs, on ne peut nier cependant que parmi les points qui
s'y rattachent il n'en soit un au moins qui semble hors de doute et définitive-
ment acquis à la science : c'est qu'entre la pellagi'c proprement dite et l'en^
semble des conditions hygiéniques qui forment la caractéristique de l'état de
misère dans sa double acception physique et morale, il existe un rapport étiole^
gique certain, nécessaire en quelque sorte, et tel enfin que pelloigre et mal de
misère sont aujourd'hui considérés conmic constituant deux expressions parfai-
tement synonymes.
Si l'on examine ces diverses conditions hygiéniques, il en ressort lUi ptenàet
fait : c'est que si toutes, dans une mesure différente, peuvent concourir au délr««
loppement de la pellagre, il n'en est cependant aucune à laquelle on puisw
attribuer une influence exclusive, et qui, partant, puisse être considérée conune
spécifique.
Considérant, en effet, qu'il n'est pas plus rai*e de voir la pellagre survenir en
dehors de telle ou telle de ces conditions que de la voir manquer dans des cir«
constances où l'on ne saurait arguer de leur absence, il ne saurait y avoir Us
moindre doute sur ce point.
Reste à déterminer si, parmi ces mêmes conditions, il n'en est pas une dont
l'action, sans être exclusive, serait cependant assez prédominante pour que son
action pût être considérée comme principale, et celle des autres comme nm*
plement adjuvante.
Or, en étudiant avec soin l'ensemble des conditions hygiéniques propres aux
pellagreux, on trouve qu'il n'en est qu'une seule à laquelle on puisse attribuer
ce rôle principal, et que cette condition est l'alimetitation. C'est ce que nous
espérons pouvoir démontrer par les considérations suivantes, en rattachant à
cette question celle de l'hypothèse étiologique du maïs.
650 COiNGRÈS MÉDICAL JNTfiRT^ATIONAU — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
La question de Tinfluence de l'alimentation sur le développement d'un état
général dont le double caractère soit Tasthénie et une disposition spéciale de la
peau à subir^ sous l'influence de l'insolation^ l'altération à laquelle on a donné
le nom d'érythème pellagreux, repose sur la démonstration des trois points qui
suivent :
1^ L'insufGsance de l'alimentation existe en fait chez tous les individus pré-
disposés à la pellagre^ et a existé chez tous ceux qui ont été atteints de cette
affection, à l'exception d'un certain nombre d'individus chez lesquels la pellagre,
consécutive à l'aliénation mentale^ dérive de cette cause exclusive ou combinée
avec ladite insuffisance de l'alimentation.
2" L'insufïïsance de l'alimentation peut et doit produire les trois ordres d'ac-
cidents propres à l'état général des pellagrcux.
3* Réponse à l'objection tirée de ce que la pellagre^ caractérisée par son éry-
thème spécial, ne se manifeste pas dans certaines conditions où l'alimentation est
peut-être plus in^ffisante que dans celles où on l'observe.
Examinons successivement ces trois points :
4 o L'insuffisance de l'alimentation existe en fait chez les individus prédisposés
à la pellagi*e, et a dû exister chez ceux qui ont été atteints, en dehors des cas où
la pellagre est consécutive à l'aliénation mentale.
Rien n'est malheureusement mieux établi que cette triste vérité, que TalimeD-
tation des pellagreux est viciée souvent, insuffisante toujours, et tous les obser-
vateurs, même les plus prévenus par des vues systématiques, sont unanimes à le
reconnaître.
Dans un certain nombre de cas qui, heureusement, deviennent de plus en
plus rares, surtout en France, l'insuffisance résulte d'une diminution dans la
quantité absolue de l'aliment à ingérer, quel qu'il soit ; mais dans le plus grand
nombre, elle résulte de l'usage habituel d'aliments dans lesquels les principe»
azotés et vraiment alibilcs n'entrent pas en proportion sufQsante pour équilibrer
au sein de l'économie la réparation et la perte.
Dans la plupart des localités où règne l'endémie dite pellagreuse, il est de fait
que l'aliment dont l'usage exclusif est entaché de ce vice d'insufQsance est le
maïs. On sait, en effet, qu'en Lombardie, en Vénétie, dans les Âstuiies et les
Landes, ces pays si tristement traditionnels sous le rapport de ladite endémie, la
farine de mais constitue la nourriture, exclusive dans beaucoup de cas, prédo-
minante le plus souvent, des individus voués à la pellagre. Dans quelques parties
du Piémont et de la Lombardie, l'usage du riz entre dans une proportion asseï
forte dans l'alimentation. Dans plusieurs contrées à endémie on constate la pré-
dominance dans le régime alimentaire, du laitage, de la pâte de pain de seigle,
de la farine de millet, de blé sarrasin, et quelques personnes ont même cru
pouvoir attribuer à ces substances une action spécifique ; mais leur opinion n'a
été admise par personne et ne mérite pas même d'être discutée.
Dans certaines provinces de l'ouest de la France, et notamment dans le dépar-
tement de Maine-et-Loire, la prédominance du régime végétal sur le régime
animal résulte de l'usage abusif des choux, qui constituent dans le pays un ali-
ment aussi populaire que la polenta en Lombardie. Ils y sont employés en forme
de soupe connue sous le nom de ckouée, '
Dans la plupart des départements de Bretagne, la prédominance du régime
végétal sur le régime animal résulte de l'usage de l'aliment dit gtUette de lfl(
DILLOD. — DE LA PELLAGRE. 657
noù'y qui n'y jouit pas d'une moindre popuiaiité que la chouée en Maine-et-
Loire, la polenta en Lombardie.
J'ai mentionné cAte double particularité du régime alimentaire dans les pro-
vinces dont il s'agit, car, bien que les cas de pellagre que j'y ai observés déri-
vent ceilainement de l'aliénation mentale, je ne suis pas exclusif dans mon opi-
nion au point de croire que le régime antérieur de mes aliénés n'y ait pas
jusqu'à un certain point contribué.
Oi*, pour ce qui est du maïs, il résulte de l'analyse ci-après qui en a été
donnée par M. Paycn, comme du tableau dont je la fais suivre, que cette céréale
est une des plus pauvres en matièi*cs azotées et n'a au-dessous d'elle, sous ce
rapport, que le riz, qui occupe le deinier degré.
kmiA fliA JP"»cipfi inimédial qui forme les ~ au moins de Tamidon
Amiaone. j ^^ ^^ j^ ^^^^^ ^^^^g
Subatances azotées insolubles dans l'eau à 100 degrés li ,66
Huile grasse. 8,75
Ligneux 6,17
T. . . ( Substance gommeuse provenant de la dissolution de l'amidone
"**'"'*••} etdii.uc>« ,. 0,44
Matières azotées et solubles 0,60
Sels 1,20
, .. Mûtù^iTs ,, ^,*i;!îi"V , Matière* ^"?»*>*«^ Matière.
Amidon. . . et Hubfltaoces on tissu • . ,
«"'*^*''- cougénèrvs. ^^*^*- végétal. ""»*»*»"•
Blé dur de Venezuela. . . 58,62 22,75 9,50 2,64 3,50 3,02
— dur d'Afrique 65,07 19,50 7,60 2,12 3,00 2,71
— dur de Tangarok . . . 63,80 20,00 8,00 2,25 3,10 2,85
— demi-dur de Brie. . . 70,05 15,25 7,00 1,95 3,00 2,75
— blanc de Tuzelle.... 76,51 12,65 6,05 1,87 2,80 2,12
Seigle 67,65 12.50 11,90 2,25 3,10 2,10
Orge 66,43 12,96 10,00 2,76 4,75 3,10
Avoine 60,59 14,39 9,25 5,50 7,06 3,25
Haït 67,55 12,50 4,00 8,80 5,90 1,25
Biz 89,15 7,05 1,00 0,80 1,10 0,90
J'ajoute que le maïs a l'inconvénient de n'apporter à l'organisme qu'une ti'ès-
faible quantité de matériaux assimilables, joint, d'ailleurs, celui de constituer un
aliment lourd, indigeste, encombrant, comme le dit M. Bouchard, plutôt que
véritablement réparateur.
En pariant de cette donnée, quelques mots me suffiront pour démontrer que
son usage exclusif constitue nécessairement et forcément une alimentation
insuftisante.
Les moyennes des déperditions que l'homme éprouve en vingt-quatre heures
par ses déjections, ses excrétions, etc., en azote ou en matières azotées et en
carbone, ont été établies ainsi qu'il suit :
Graumes. Aiote. Matière uotéc. (lorbone.
Urine, en moyenne 1,450 14,05 94,25 45
Excrémenls solides IGO 5,05 35,75 15
20,00 130,00 60
Il faut donc, pour compenser ces pertes, que les aliments de chaque jour four-
nissent 130 grammes de substances azotées contenant 20 gi'ammes d'azote, plus
60 gi-ammes de carbone, qu'il convient d'augmenter de 250 grammes pom* la
quantité brûlée dans la respiration, soit 310 grammes.
42
Q5B l CONGRÈS MÉDICAL IMtEENATIONAL. — SIXIÈIIB SÉANCE DE JOUB.
Or, puisque 100 {<rammes de pain ordinaire représentent 7 grammes de sub-
stance azotée^ pour avoii* une ration de 130 granmies, il faudrait employer
1859 grammes de pain.
D'un autre côtë^ la quantité de carbone utile dans le même temps étant de
SIO grammes, quantité contenue dans 1033 grammes de pain, il en résulte un
excès de pain, quant à la ration suffisante pour le carbone, de 826^ excès consi-
dérable eu égard surtout à la fatigue que son emploi imposerait aux organes
digestifs, et que, pour ce motif, il y a avantage à compenser par une ration de
viande ou d'autre matière azotée.
Si tel est déjà Tinconvénient de Falimentation par le pain seul, on peut se
faire une idée de celui qui résulterait de l'usage exclusif de la farine de maïs.
D'après les données de la science, formulées par M. Payen, la quantité de cette
farine nécessaire pour représenter la consommation normale de 130 granunes
de matière azotée devrait être de 1200 grammes environ, quantité à laquelle il
faudrait ajouter un poids triple au moins d'eau ou de lait pour la préparation de
la bouillie azotée, soit de 3600 grammes, ce qui porterait la ration totale à
^800 grammes^ formant un volume dépassatit 5 litres de matières épaisses et sur
laquelle 2000 grammes seront en excès sur la quantité qui eût suffi pour offrir
la dose normale de cai'bone, soit 310 grammes.
11 résulte de là que non-seulement la farine de maïs qu'ingèrent les individus
qui en font leur nourriture exclusive ne pourrait êtie portée à la ration nécessaire
pour représenter la dose normale de 130 grammes de matière azotée sans danger
certain d'étouffer le consommateur, mais qu'elle est nécessairement moindre,
et que partant elle constitue une quantité insuffisante pour établir la compen-
sation nécessaire entre les déperditions et la réparation, en fwant même abs-
traction de la quantité dont cette ration devrait être augmentée pour des
hommes chargés d'un rude travail, comme les paysans lombards ou landais.
Quant à la chouée et à la gaiette de blé noir, qui constituent une partie si impor-
tante du régime en Anjou et en Bretagne, il n'est pas moins évident que leur
usage exclusif ou prédominant doit avoir pour effet de ne pourvoir l'organisme
que d'une quantité insuffisante de matériaux alibiles.
Après avoir démontré que l'usage du mais constituait une alimentation insnf>
fisante, il me reste à parler de F altération qu'il subit de la part d'un champignon
parasite dit verdet ou verderame (Spoiisonum maîdis), et de l'influence que peut
exercer cette altération sur ses qualités alimentaires.
J'emprunte à M. Balardini la description qu'il a donnée de cette alCénttiim.
« Ne se manifestant qu'après la récolte et lorsque le grain est placé dans les
greniers, elle apparaît dans le sillon oblong, couvert d^un épiderme trèa^mince
qui correspond au derme. Cet épidémie, qui, dans l'état normal, est ridé et
adhérent à l'embryon, loi'squc la production morbide que nous examinons esA
née, se détache de celui->ci et s'épaissit un peu ; pendant quelque temps cepen*
dant il conserve son intégrité, laissant voir seulement une mAtière verdàtre
qui lui est sous-jacente ; si l'on enlève la pellicule épidermique, on trouve en
effet aoKlessons un amas de poussière ayant la coulem* du vert-de-gns plus oa
moins foncé : c'est un véritable produit parasite qui attaque d'abord la substance
Voisine du germe, se porte ensuite sur le germe lui-même et le détruit. »
Cette poussière, de nature végétale, a été analysée par le docteur Stcphano
Grandoni, pharmacien des hôpitaux de Brescia, qui l'a trouvée composée:
1* de Gbres végétales formant en quelque sorte le squelette; 2"* de stéarine;
filLLOl». — M Lk PELLAGRE^ 659
S<» de résine ; h^ d'albumine ; 5" d'acide fongique ; 6" d'une substance azotée
fluide, ammoniacale; 7* d'une matière colorante rouge.
Ce végétal, examiné par M. Bouchard sur des échantillons qu'il tenait de
M. G. Hameau, lui a paru constitué « d'une quantité innombrable de spores
libres, très-petites, sphériques ou légèrement ovoïdes, assez souvent inégales et
comme polyédriques, ayant de 0"',002 à 0"',003 de diamètre, très-pâles, trans-
parentes, légèrement jaunâtres, sans granulations moléculaires dans leur inté-
rieur, ce qui les distingue des spores de la moisissure, qui sont aussi plus
grosses ; quelques spores, en s' ajoutant bout à bout, forment des tubes monili-
formes, d'ailleurs très-rares. On trouve aussi, mais en très-petite quantité, quel-
ques tubes à peine ramifiés qui semblent être un rudiment de mycélium et qui se
rencontrent plus particulièrement sur les grains où l'altération ne fait que com-
mencer. V
il est bien démontré enfin que le verdet qui se produit surtout dans les années
pluvieuses, et lorsque le grain n'est pas complètement mûr ou lorsqu'il est re-
cueilli dans des greniers humides, se développe à la place et vit en véritable
parasite aux dépens de la partie farineuse ^ grain. On a calculé que la peric
qu'il lui faisait subir par suite pourrait écyflvaloir en moyenne au sixième de
son volume.
11 résulte donc de ces données que si l'usage du maïs exempt de toute altéra-
tion constitue déjà une alimentation insuffisante, il doit en être, à plus foric
raison, ainsi du mais altéré, et que, par cela seul, l'infiuence de l'altération de
cette céréale par le verdet sur le développement de l'état général auquel se lie
la pellagre ne saurait être niée. Reste à savoir si elle agit autrement, et, par
exemple, en produisant une sorie d'empoisonnement, comme MM. Balardini,
Roussel et Gostallat en ont soutenu l'opinion. C'est ce que nous examinerons un
peu plus loin à propos des objections tirées de ce fait que la pellagre manque
souvent dans des conditions où l'alimentation est notoirement insuffisante, ce
qui semblerait indiquer Pexistence d'une cause spéciale et indépendante de
ladite insuffisance pour les cas dans lesquels la pellagre s'observe.
De ce qui précède il est donc permis de conclure que l'insuHisance de l'ali-
mentation existe certainement en fait chez les individus voués à la pellagre, et
existait, à n'en pas douter, chez le plus grand nombre de ccilx qui en sont
atteints, pour ne pas dire chez tous, en dehors des aliénés. Ajoutons que la plu-
part d'entre eux sont privés de vin ou autre boisson plus ou moins spiritueuse, et
que plusieurs boivent une eau insalubre.
2^ L'insuffisance de l'alimentation étant admise en fait, démontrons qu'elle
peut et doit produire les accidents propres à l'état général auquel se lie la pellagre.
Or, de même que dans les effets d'une simple cause morale telle qu'une émo-
tion produisant la diarrhée, une urticaire et quelques troubles nerveux variables^
indice d'une triple action sur l'appareil digestif , la peau et le système nerveiuc,
nous avons cru reconnaître le rudiment, en quelque sorie, des accidents propres
à la pellagre, et que nous avons cru pouvoir conclure de ces effets à l'influence
exercée par la folie, ce neoplm^ultra des causes morales, sur le développement
de ces mêmes accidents ; de même aussi, pour nous rendre compte des effets
d'une alimentation insuffisante sur la peau, l'appareil digestif et le système ner-
veux, il nous suffira de nous reporter aux effets de l'inanition considérés, par
exemple, dans l'état de famine.
Or, déjà dans le résumé ci-après que j'emprunte au Traité de physiologie de
660 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈUE SÉANCE DE JOUR.
M. Loiiget; des elîets de l'altération dans la composition du sang chei les indi-
vidus soumis à une piivation plus ou moins complète d'aliment<« solides, il est
impossible de ne pas reconnaître la plupart de tous les accidents propres à la
pellagre^ à l'érythème près : « I^ pâleur, ramaigrissemcnt, la tristesse, le
découragement, la difficulté de la digestion, les flatuosités, la distension du
ventre, l'œdème des extrémités inférieures, et, chez les femmes, la suppression
ou l'abondance insolite du flux menstruel, la stérilité, l'afTaiblisscment du
système musculaire, la douleur dans les membres, la difficulté des mouve-
ments, w Mais, si l'on veut se pénétrer plus complètement de l'identité de<
efTets de la privation d'aliments et des cai*actères de l'état général propre aux
peUagreux, et se convaincre que l'identité va inème jusqu'à ^altération de la pcav,
il suffit de lire le tableau suivant que donne Meersman des accidents observcb
par lui, en Belgique, loi's de la famine de 1866 à 1867.
(( Ce qui frappait d'abord, dit Meersman, lors de 1^ famine mentionnée pIu^
haut, c'était l'extrême maigreur du corps, la livide pâleur du visage, les jouo
ci'euses et surtout l'expression du regard, dont on ne pouvait perdre le souvenir,
quand on l'avait subie une fois. Il y a, en effet, une étrange fascination dans ct'l
œil ou toute la vitalité de l'indivj^ semble s'être retirée, qui brille d'un éclat
fébrile, dont la pupille énormément dilatée se fixe sur vous sans clignotemeiit
et avec un étonnement inten^ogatif où la bienveillance se mêle à la crainte. Lc>
mouvements du corps sont lents, la marche chancelante, la main tremble ; U
voix, presque éteinte, chevrote. L'intelligence est profondément altérée ; le>
réponses sont pénibles, la mémoire chez la plupail est à peu près abolie. Inter-
rogés sur les souffrances qu'ils endurent, ces infortunés répondent qu'ib^ dc
soufirent pas, mais qu'ils ont faim !
V) I/haleinc est d'une grande fétidité; la langue, amincie, pointue, oblongiie,
tremblotante, presque toujom*s rouge, la pointe souvent aphtheuse, est partout cou-
verte d'un enduit jaunâtre et épais; l'épigastre est creux, et la peau dans cette ai-
glon couverte est, pour ainsi dire, collée à la colonne vertébrale. 11 arnve cependant
que l'épigastre est distendu par le météorismc; alors le toucher découvre des cd-
gorgements organiques dans l'une ou l'autre partie de l'abdomen. La respiration
est lente, peu profonde et souvent entrecoupée de sanglots. Le pouls, tantôt dune
gi*ande fréquence, tantôt d'une lenteur remarquable, est facilement dépriaii-s
d'une petitesse étonnante et fuit sous les doigts. Les sécrétions se ressentent
toutes de l'altération du sang, qui est leur source commune. Mais c'est surtout
la perspiration cutanée qui est profondémetit modifiée : la jx^ari était sèche, jauM^
semblable à du parchemin; l'exhalation qui, dans l'état ordinaire, se fait sur touti'
la surface d'une manière insensible, s'opéi*ait dans ce cas, pai* voie .sèche. I/^
pores du derme rejetaient une pfnissiére visqueuse qui, s'accumidant et se coiwrètwt,
recouvrait le corps d'une croûte noirâtre, pulvérulente et d'uiuf fétidité horrible, i/
n'est pas un seul praticien qui n'ait eu occasion d'observer ce fait. SowxfU on attri-
buait cet état de la peau à la malpropreté, au défaut de soins ; mais, en y faisaiU
pltis attention, on était f déniât convaincu que c'était le résultat d'wie altéi\Ui>J9i fwn-
fonde des fonctiom de V enveloppe cutanée ; car, dans les localités dont les re>-
sources permettaient d'envoyer les indigents épuisés à l'hôpital, on mettait
ceux-ci vainement au bain ; à peine les lotions avaient-elles purifié la surface du
corps, que quelques heures suffisaient pour qu'elle fût de nouveau rccomcrti?
par le produit de cette sécrétion anormale.
» Dans ces conditions, la peau laissait à la main qui la touchait une iulp^esi^ioll
BILLOD. ~ DE LA PELLAGHE. 661
àcrcy mordicanto et prolongée^ et l'imprégnait pour longtemps d'une odeur
repoussante.
» Parmi les victimes de la disette, il s'en rencontrait que les affections acci-
dentelles épargnaient, comme pour leur faire traverser toutes les épreuves de
l'épuisement et de la dissolution organique.
» Dans ce cas, les symptômes d'anéantissement devenaient successivement
plus intenses. La décrépitude avait envahi tous ces malheureux ; les enfants, les
jeunes gens, les adultes, les hommes parvenus à la maturité de l'âge, portaient
sur tout le corps les rides, le dessèchement, l'exténuation de la vieillesse : c'é-
taient de véritables squelettes vivants, incapables de soulever leurs membres
décharnés, gisant lourdement, sans voix, avec un œil sans regai'd, enfoncé dans
Torbite et à demi voilé par des paupières presque transparentes et chassieuses.
Enûn, on voyait apparaître les derniers indices de l'extrême appauvrissement
du sang. La peau se couvrait de vastes ecchymoses ou de taches poiuprées qui
devenaient confluentes quelquefois, et ces tristes victimes de la famine rendaient
le dernier soupir, au milieu de l'agitation, de la carphologie ou de la fatigante
loquacité du délire famélique. »
Qui ne retrouve dans cette description le tableau presque complet des carac-
tères propres à l'état de pellagre, et, par exemple, de la triade pathologique,
indice d'une triple action sur la peau, l'appareil digestif et le système ner-
veux?
tt Sans doute^ comme le dit avec raison M. Longet, après avoir constaté l'in-
fluence d'une alimentation insuffisante sur le développement des affections
pulmonaires, des tubercules, ce serait tomber dans une grave erreur que d'al-
tiibuer à la faim tous les accidents qu'entraîne à sa suite la misère ; mais on ne
saurait nier sa grande part à tous ces accidents. 11 suffirait, ajoute cet éminent
physiologiste, pour en acquérir la preuve, de considérer l'influence de la priva-
tion de certains aliments sur la production de certaines maladies ; de voir com-
ment survient le scorbut des hommes de mer; conmient la pellagre se manifeste
en Lombardie sur des populations incomplètement nourries, bien plutôt^ sans
doute, à caiise de l'aiimentation insuffisante que par l'action directe du mais, i»
3*^ Réponse aux objections tirées de ce que la peUagre ne s'observe pas tou-
jours dans toutes les conditions où l'alimentation est notoirement insuffisante.
Je suis loin de méconnaiti*e la valeur de ces objections, mais je crois pouvoù*
les réfuter facilement en m'appuyant principalement sur les données qui ont
servi de base à cette étude sur la pellagre.
Et d'abord, tout en reconnaissant que la pellagre n'a pas été observée dans
des conditions où la misère la plus affreuse et, par suite, l'insuffisance de l'ali-
mentation sont de triste notoriété , et par exemple en Irlande, je me demande
si, dans l'état actuel de nos connaissances sur les caractères de la pellagre, il
est rationnel de conclure de ce qu'elle n'a pas été observée dans de telles condi-
tions, qu'elle n'existe pas. Si je me reporte même au tableau que j'ai reproduit
plus haut d'après Meersmann, des effets de la famine de Belgique, j'ai lieu de
penser que les malheureux Irlandais présentent tous les caractères de l'état
{général propre aux pellagreux; que si l'éi^thème manque, cela ne dépend que
de la faible intensité de l'action de leur blafard soleil, et qu'enfin ce serait bien
le cas ou jamais d'admettre pour eux l'existence d'une pellagre sine pelle œgroj
conmie la variola sine wiriolis de Sydenham, c'est-à-dire l'existence de l'état
général auquel se lie Térythème pellagi*eux, sauf cet érythème.
602 CONGRÈS MÉDICAL INT£RMàTiONAL« — SDUÈMB SÉâNGE DE lOUR.
On peut expliquer d'une manière analogue l'absence de pellagreux chei lei
misérables des grandes villes^ et par exemple des grands centres manafoetiuiers,
après avoir fait observer que le nombre toujours croissant des exemples de pel-
lagre sporadique tend à démontrer que l'état général auquel il est permis de
donner le nom de cachexie de la misère> se montre probablement plus souTent
qu'on ne l'a cru généralement, dans ces conditions, ainsi qu'en témoigne, par
exemple^ une note présentée à l'Académie des sciences , dans sa séance dn
25 janvier 186^^ par M. Rayer, au nom de M. Leudet^ sur la pellagre sporadique
à Rouen. Mais à supposer qu'on l'y observe moins souvent en réalité que dans
d'autres conditions^ il n'y a, croyons-nous, d'autres conclusions à en tirer que
celle-ci, à savoir : que la nourriture des ouvriers des villes^ si insuffisante qu'elle
puisse être dans certains cas, est moins exclusivement végétale que celle dei
paysans; que la privation du vin, dont l'influence sur l'état général propre aax
pellagreux me parait être incontestable^ est moins absolue pour eux; que dani
tous les cas la spécialité des travaux de manufacture expose très-peu à l'insi^a*
tion; que dans ces conditions^ si l'on constate rarement Térythème spéeial, on
doit^ en revanche^ observer souvent l'état général auquel il se lie, et qu'enfin
la misère des villes a d'ordinaire> sous le rapport moral> tin caractèrf moins
déprimant que celle des campagnes.
Ces réserves faites^ il nous parait cependant impossible do ne pas reconntttn
qu'il est des cas assez nombreux dans lesquels, les conditions étant absolument
égales sous le double rapport de l'exposition au soleil et de l'ini uffisance de
l'alimentation, on observe ou l'on n'observe pas la pellagre, et c'est sans doute
en vue de ces cas que M. Balardini a émis son hypothèse étiologique de l'in^
fluence du maïs altéré par le verdet.
Dans ce qu'elle a eu d'exclusif d'abord, cette hypothèse si eëlèbre ne peuvait
pas résister aux arguments de fait si péremptoires qui lui ont été opposés.
Bien que la science pai-aisse fixée sur le fort et le faible de cette théono, et
que les observateurs, y compris même MM. Bàliffdlni et Roussel, s'accordent sur
ce point que l'influence du maïs n'est ni unique ni exclusive^ sauf des difi^renoes
plus ou moins radicales dans l'interprétation, le rdle important qu'elle a joué
dans l'histoire scientifique de la pellagre et la célébrité dont elle a joiii nous
font itn devoir de résumer l'argumentation qui en a fait justice.
M: Balardini et ses partisans fondent leur croyance dans l'influence du mais
sur le fait d'une coïncidence qu'Us croient bien établie entre l'époque où l'usage
du maïs s'est introduit et est devenu plus ou moins exclusif dans le régime ali-
mentaire de certaines contrées^ et celle où la peUagre a ftdt son invasion. Mais
on leur a objecté que cette coïncidence n'est nullement démontréei et que rien
he prouve que la pellagre n'existait pas dans toutes les contrées où elle est
endémique avant que l'on y fit usage du maïs. Il suffit de rappeler, en effet,
l'influence qu'a dû exercer sur la constatation de la tnaladie l'absence de notion
qui a régné si lotigtemps sur ses caractères, et que prouve péremptoirement la
progression toujours croissante des cas de pellagre à mesure que ladite notioD
s'est répandue.
Qui peut soutenir, d'ailleurs, que les conditions de misère qui ont été plus ou
moins de tous les temps, n'ont pas dû produire toiyours l'état de cachexie spé-
cial auquel se lie l'éry thème, cet eflTet d'une cause qui a toujours été, à savoir,
l'insolation?
En supposant, enflui que la constatation d'un plus grand nombre de cas de
BaLOÛ. ««- Dft LA PELLAGRE. 663
pellagre lût rémûiée dans quelques localitës d'une augmentation réelle dans la
maladie^ à la suite d'une généralisation plus grande dans la culture et l'usage
du maîs^ il n'y aurait à cela rien d'étonnanti et la seule conclusion à en tirer
serait que, la généralisation dont il s'agit, si eUe n'est pas l'indice d'un accroisse»
ment dans les conditions de misère d'un pays^ est en tout cas la cause d'une
modification dans le régime alimentaire, qui n'est pas sans influence sur le déve*
loppement de la pellagre^ d'après les considérations dans lesquelles nous sommes
entré sur les effets de l'insuffisance dans l'alimenlation. Nous admettons, à plus
iDrte raison^ dans ces cas, l'influence du mais altéré par le rerdet^ puisque cette
Muse Yient encore ajouter à ladite insuffisance.
Une des raisons sur lesquelles se fondait la théorie que nous examinons était
la croyance danft «e fait^ que la pellagre ne s'observait que dans les lieux où
l'alimentation du mais était en usage. Mais des obsenrations nombreuses de cas
de pellagre endémique ou sporadique dans des localités où l'usage du mais ne
s'était pas introduit et chez des individus qui n'en avaient pas mangé uti atome^
sont venues démontrer que cette croyance était erronée^ et que partant, si Tin-
fluenee du mais altéré pouvait encore être admise^ il fallait bien reconnaître
qu'elle n'était pas exclusive et nécessaire.
Hàtons^nous de dire à cette occasion que M. Roussel, qui s'était foit lô cham-
pion si eonvaineu et si éloquent de la cause du mais, a des premiei*s^ avec un
emprsssemeiit et une franchise qui ibnt le plus grand honneur à son tact et à
sa foyauté seientffiquej renoncé à ce qu'il y avait eUd'etcluslf jusqtte-là dans soh
opinion* Dans le mémoire que )'ai publié dans les Annales fnédico'psychotogîqués
sur la pellagre consécutive à raliénation mentale, j'ai reproduit la déclaration
positive faite par cet honorable confrère à M. le docteur Renault du Mottcy, alors
dkecteur-médecin de l'asile de la Lozète, qui me Ta transmise avec autorisation
de le dire et de l'écrire le cas échéant, qu'il n'admettait plus l'usage du maïs
ooMoie saiiss éMHSim de la pellagre, et que pour lui, comme pour tout le monde
à présent, cette cause était complexe et variable (1).
i3 ne suis pas ttioind heureux de rappeler que M. Balardini lul-ttiémé, s'iucli-
nant levant les faits, sans renoncer toutefois à sa doctrine, a cessé de croire à la
spécifidtë exclusive du maïs^
Après iToir objecté à la doctrine étioIogi(tue du mais altéré par le verdct le
fait de Ve:iBtence de la pellagre dans des conditions où l'alimentation par le
mais n'était«>as usitée^ on lui a opposé le fait de l'immunité dotit jouissent no-
toirementi soi^ le rapport de la pellagre, des localités où l'alimentation par le
mais est exclusse et se combine d'ailleurs avec les plus déplorables conditions
hygiéniqties. Or,!^^ partisans de ladite doctrine répondent que dans ces cas, ou
bien le maïs consoqmé n'est pas altéré par le verdet, ou, par une cause inconnue
jusqu'ici, les habitmts de ces localités sont réfractaires à l'action du poison. De
même, en iiret> m'icrivait M. Gambari, de l'asOe de Ferrare, que dans les épi-
démies d'er^otisme gangreneux, tous ceux qui se nourrissent de pain fait avec
de la farine Je seigîe ergoté ne sont pas atteints par la maladie ; de même encore,
que tous ceix qui niangent du pain où se trouvent des semences de lolium temu-
lenÉum (iûrée enivra>te), ne présentent pas de symptômes nei'veux simulant
l'ivresse, d même atssi tous ceux qui mangent de la polenta entachée d'allé-
(1) Tout n admeltant qut l'usage du maïs n'est pas uile cause uniqUè et exclusive,
M. RouSMliP^nUril^ n'a pas c«ssé de ereire qu'elle est ttéeeisaire.
664 CONGRÈS UÊDICAL INTfiBNATiONiU.. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
ration par le vcrdet peuvent ne pas être atteints de la pellagre. Sans méconnaûtre
ce qu'il peut y avoir de spécieux dans cette double explication, il y a lieu de
répliquer que^ pour ce qui est de la première, à savoir, que le mais en usa^e
dans les lieux indemnes de pellagre n'est pas altéré par le verdet, c'est là uce
pure hypothèse qui laisserait, dans tous les cas, inexpliqué le fait de Fimma-
aiité du maïs lui-même par rappoil à son altération par le verdet. Quant à h
deuxième explication, elle est sans doute aduussible dans une certaine mesure,
puisque le fait sur lequel elle repose, à savoir : que l'absorption de certain»
poisons est soumise à certaines conditions intrinsèques aux individus, ou qui
leur sont extrinsèques et telles que toutes les causes débilitantes, puisque ce fait,
dis-je, ne soulève aucune contestation. Mais, outre qu'une immunité par
causes pourrait se concevoir pour quelques cas exceptionnels, elle ne me sembh
plus pouvoir êti'e admise pour des localités tout entières qui ne mangent que du
maïs, et oit ce maïs a les mêmes chances d'être altéré par le verdet qu'aflleun,
sans que l'on y obsei^e un seul cas de pellagre. Elle laisserait en tout cas sans
réponse cette question : Pourquoi la même immunité ne s'observe-t*elle pas
dans d'auti'es localités qui se trauvent dans des conditions identiques, tant soib
le rapport de l'alimentation par le maïs que sous celui de toutes les autres
circonstances de l'hygiène?
J'ai reproduit les principales objections faites à l'hypothèse de M. Balarriini,
et, pour les compléter, il me suffit de rappeler que ses pailisans n'ont pu fournir
la preuve expérimentale que le verdet fût un poison ; car il est impossible d' at-
tribuer ce caractère aux expériences tentées à cet effet par MM. Balardini et
Roussel. En nourrîssant avec du maïs verderamé des gallinacés qui maign»-
saient rapidement, présentaient une sorte de diarrhée, et paraissaient tristes et
chancelants, ils n'ont évidenmient prouvé par là' que les efl'ets de l'abstinence
Quelques efforts que puissent faii*e les derniers défenseurs de la doctine
absolue du maïs, ils ne sauraient donc faire qu'elle ne soit condanmée par cette
double proposition :
1" La misère et l'insolation sans le maïs produisent la pellagre.
2^ Le maïs sans la misère et l'insolation ne peut la produire.
Nous défions nos adversah*es de citer un seul fait positif qui soit à Tincontre
de ces deux propositions. C'est en vain qu'ils cherchent à se l'etranch^* derrière
certaines différences qui distingueraient, suivant eux, les cas de peD^gre obser-
vés en dehors du maïs de leur type fictif de pellagre, il est bien ce'tRln <iue ces
différences n'existent pas, et, en les niant formellement, noussonunes bien
certain d'être d'accord avec tous les observateurs spéciaux. Esteraient-elles,
d'ailleurs, que de l'aveu même des zéistes, il resterait entrflR pellagre et la
pseudo-pellagi^e assez de ressemblance pour que, sous le ra^i't de l'étiologie,
on pût conclure de Tune à l'autre, et dire que si le malf R été étranger à U
production de l'une, il ne peut avoir été pour l'autre une c*use nécessaire.
Quant à l'expérience proposée pai' M. Gostallat, sans d)uter de son résultat
négatif, nous n'avons jamais cessé de la désirer, et nous nous sonmes par là
séparé du plus gi*and nombre de ses advei'saii'es. Nous pensons, a effet, qu'il
n'y a jamais d'inconvénient à ajouter une preuve de p^is à la dmonstration
des vérités les mieux établies. Mais il est incontestable que cette expérience
n'est même plus à faire; elle a été faite par la natwe et elle ne peut laisser
aucun doute sur la condamnation absolue de la doctrine dtmaîs. Soo
résultat se résume dans ce double fait acquis à la science : 1* La pdagre exista
DILLOD. — DE LA PBLLAGKK. M5
cheE des individus qui n'ont pas mangé un atome de mais ; 2** elle n'existe pas
dans des localités dont les habitants font du maïs leur nouniture exclusive.
Nous savons bien que les zéistes ont cru trouver une réponse aux objections
tirées de ces deux cas.
Dans le premier^ ils disent que la maladie observée chez les individus qui
n'ont jamais mangé de maïs n'est pas la pellagre^ par cette unique raison, sans
doute, que le maïs ne peut en avoir été la cause, mais bien une pseudo-pellagre.
11 est malheureux, pour cette distinction ingénieuse, qu'elle soit purement fic-
tive et qu'elle ne soit nullement en rapport avec les faits. Il est bien certain,
en effet, qu'il n'est pas un seul cas de pellagre réalisant le seul type admis par
les xéistes que l'on ne rencontre avec une véritable fréquence chez des individus
qui n'ont jamais mangé de maïs. Telle est même, a cet égard, ma conviction,
partagée, je puis le dire, avec la presque unanimité des observateurs aujourd'hui
et principalement avec les médecins espagnols, italiens et landais, si compétents
en la matière ; telle est, dis-je, ma conviction, qu'étant donnée une obsci*vation
de la pellagre considérée par les zéistes comme type de la vraie pellagi*e, je
prends à la face du monde savant, représenté dans ces hautes assises de la
science médicale, l'engagement d'en produire le pendant avec ses caractères
identiques, chez des individus n'ayant jamais mangé un atome de mais.
Je pense avoir suffisamment observé la pellagre au foyer de ses principales
endémies, et je crois assez connaître les données de l'observation générale sur
le point dont il s'agit, pour êti*e absolument certain de remplir cet engagement
avec le concours d'observateurs dont la compétence ne saurait être récusée.
Pour ce qui est de l'immunité dont jouissent, pai* rappoi*t a la pellagre, cer-
taines localités dont les habitants font cependant du mais leur nourriture exclu-
siTe, j'ai dit plus haut qu'en prétendant que, dans ce cas, le maïs consommé
doit être exempt de toute altération par le verdet, les zéistes n'ont fait qu'opposer
au fait certain de l'immunité dont il s'agit une allégation sans preuve et pure-
ment hypothétique relativement à l'intégrité du maïs consommé.
Conune il ne saurait être douteux, d'après ce qui précède, que la vraie pel-
lagre s'observe aussi bien chez les individus qui n'ont jamais mangé de maïs
que chez ceux qui en font leur nourriture exclusive, il en résulte qu'une expé-
rience tendant à faire apprécier l'influence comparative sur ladite pellagre d'un
maïs sain et d'un maïs altéré par le verdet est véritablement devenue sans objet.
On comprend, en effet, que la purification du maïs ne puisse faire plus pour
empêcher le développement de la peUagre que son exclusion absolue des usages
alimentaires.
En partant de cette donnée, il y a même lieu de craindre que l'expérience
dont il s'agit n'ait pas beaucoup de chances, quels que soient ses résultats, de
changer l'état de la question. Dans le cas, en effet, où ladite expérience serait
faite, et où, comme cela ne saurait être douteux, ses résultats seraient.négatils,
il serait toujours possible de dire que la pellagre qui continuerait à se produire
après l'expérience n'est pas plus la vraie pellagre que celle qui se produit chez
les gens qui n'ont jamais mangé de maïs; que, comme cette dernière, elle
rentre dans le cadre des pseudo-pellagres, et que, par ainsi, le but philanthro-
pique du promoteur de l'expérience devrait être considéré comme atteint. Les
pellagreux continueraient vraisemblablement à mourir, mais il serait au moins
consolant de penser qu'ils meurent guéris de la pellagre.
Il est vrai que l'on resterait en face du problème de la pseudo-pellagre, et si
66G CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. ~ SIXIËWS 6ÊàNCE DE JOUR.
Ton considère : 1® que cette pseudo-pellagre, pour n'être pas, auiTant les lëittes^
une vraie pellagre, n'en est pas moins quelque chose^ et quelque chose d'aussi
meurtrier qu'elle; 3^ que le nombre de ses victimes est beaucoup plus considé-
rable que celui de la vraie pellagre, dont le nombre des cas est infinimenl pins
restreint, il en résulte que la science ne serait guère plus avancée qu'avant Tex-
périence. Gela n'empêche pas, toutefois, que cette «Lpérience ne sott à tous
égards désirable, car ce serait à coup sûr déjà quelque chose que d'avoir ëlimioé
de l'ensemble des conditions hygiéniques les plus déplorables l'usage d'un
maïs altéré. Mais il s'en faudrait de beaucoup que ce fût asses, et il demeure
malheureusement trop vrai que, nonobstant cette amélioration^ il y aurak tou-
jours des pellagreuE tant qu'il y aurait de la misère et du soleil.
Nous ne saunons terminer cette argumentation sans constater que la conces-
sion considérable que les principaux champions du séisme ont faite, ainsi que
nous l'avons dit plus haut^ en admettant, sans cesser de la considérer comme né-
cessaire, que l'influence du maïs n'est ni unique ni exclusive, et en (kisant inter-
venir avec raison le concours de plusieurs causes adjuvantesi à savoir des condi-
tions propres à l'état de misère, que cette concession, dîs-je, n'est autre encore
que la condamnation de la doctrine dans ce qu'elle^ a d'absolu.
On comprend bien, il est vrai, que l'action d'un poison soit favorisée par cer-
taines conditions de l'économie dont on peut trouver l'analogue dans la misère;
mais ce serait, ainsi que nous l'avons dit plus haut, aller bien loin que de rendre
cette action absolument dépendante de ces conditions. 11 est, en effet, impos-
sible de sortir de ce dilemme : Le verdet est mi n'esl pas un poison* S'il est un
poison, son efîet doit pouvoir se produire, au moins dans quelques cas, indé-
pendanunent des conditions qui favorisent son action. Or, il n'en est rien, et
nous défions nos adversaires de prouver par un seul fait que le maU le pka
aUéré^ mfis la misère et le soleil, pftisse produire jamais la pellagre^ tandis que les
faits surabondent à prouver que la wMre et le sokil, sans le mais, en prodiiiswrf de
nombreux cas.
Pour démontrer une fois de plus que l'inHucnce de la misère sur le dévelop-
pement de la pellagre est indépendante de celle du mais altéré, qu'il nous smt
permis de nous prévaloir d'un fait conmiuniqué par M. le docteur Gaiailhui à la
Société de médecine de Bordeaux, et consigné dans l'éloge historique de iean
Hameau» discours prononcé dans la séance publique de la même Société par le
docteur de Biermont.
« Pendant que des flots de sang se répandaient sur les champs de bataille du
nouveau monde, dit cet honorable confï*ère, ce coin de terre qui nous occupe,
les LAndes de Gascogne, voyaient surgir au milieu d'elles^ grâce à la plus-value
des essences résineuses, une prospérité jusqu'alors inconnue. L'abondance pé-
nétrait jusque dans l'humble cabane du résinier et sous le toit plus misérable
encore du pasteiu*. On aurait dit une fée généreuse versant à pleines mains ses
bienfaits sur une population favorisée» et lui prodiguant une vigueur et une
énergie nouvelles. Avec l'aisance qui arrive dans le pays^ la pellagre ralentit ses
coups et ne fait plus de nouvelles victimes. Biscarosse, petit village situé dans
les Landes, à une faible distance do la mer, n'a pas vu survenir depuis trois ans
un seul cas de pellagre commençante, et cependant Biscarosse, visité tour à tour
par les célébrités médicales qui se sont occupées du mal de la Teste, est marqué
d'un point noir sur la carte géographique de la pellagre landaise. »
Est-ce à dire, pouvons-nous faire observer^ que pendant toute la durée de la
UUUMK — DE Là PEUAftRB. 067
gnerre d'Amëriqae^ le maïs récolté ait dû être plus exempt que dans un autre
temps de toute altération par le verdet ? Nul ne saurait évidemment le soutenir^
et il nous faut bien, de gré ou de force, nous incliner devant l'éloquence d'un
pardi fait.
Après avoir argumenté contre la doctrine qui fait dépendre nécessairement la
pellagre de Tusage du maïs altéré par le verdet, et considéré comme aliment
nuisible, il me reste à faire connaître l'état de l'opinion en Italie^ en Espagne et
dans nos Landes françaises sur ce point étiologique.
Sans attribuer plus d'importance qu'il ne convient à une unanimité qui est
acquise quelquefois à Terreur, U m'est impossible de ne pas constater qu'après
avoir saisi toutes les occasions de se ftdre jour, soit dans la plupart des travaux
sur la matière, soit dans les congrès scientifiques et dans toutes les sociétés
savantes, l'opposition au séisme est telle, que dans le cours de plusieurs voyages,
je n'ai pas, du nord au sud de la Péninsule, trouvé trois médecins entre tous
ceux avec lesquels j'ai été en rapport, qui crussent à l'influence spécifique du
maïs altéré par le verdet^ L'opinion qui a prévalu peut se formuler ainsi : la
cause de la pellagre est complexe et variable, c'est-è-dire qu'elle résulte du
concours d'un ensemble de conditions hygiéniques dans lesquelles l'usage du
mais altéré ou noir n'entre que pour une certaine partie et n'y entre qu'à titre
d'aliment insuffisant,
Landottzy et tous les médecins qui ont visité l'Espagne ont pu constater la
même opposition au zéisme.
Pour ce qui est de la France, il est constant d'abord que les médecins landais
ne sont pas moins unanimes que les italiens et les espagnols à rejeter l'influence
spécifique du maïs altéré par le verdet, et fl me suffit, pour faire apprécier la
disposition générale des esprits en dehors des lieux où la pellagre est endé-
mique, de rappeler que, soit dans les discussions qui ont eu lieu à la Société
médicale d'émulation, à la Société des hôpitaux, h la Société médico-psycholo-
gique oh la doctrine du maïs a été battue en brèche de toutes parts, soit* à
l'Académie de médecine, alors que Landouzy dirigeait contre elle ses plus vigou-
reuses attaques, pas une seule voix ne s'est élevée pour la défendre et l'ap-
puyer.
Il importe, enfin, de ne pas oublier que le jugement que l'Acadétnie des
sciences, par l'organe de sa commission de médecine, porie sur le concours de
1864, n'implique nullement le couronnement de la doctrine du maïs. Cela
résulte clairement des passages ci-après du rapport de M. Rayer :
« Cest sous la réserve de l'expérience proposée que la commission formule
» son appréciation du concours et des ouvrages qu'il a suscités.
» Si elle eût pu, la cdmmission attrait fait l'expérience de M. Costallat et
i> apporté, au lieu d'une réserve, une décision à l'Académie, y»
11 j;ie saurait, d'ailleurs, nous appartenir de rappeler ici les termes dans les-
quels la même Académie a bien voulu apprécier nos propres travaux en en
fixant l'interprétation.
Après avoir fait abstraction de mes recherches spéciales sur la pellagre des
aliénés dans une question dont le programme* avait précisé les termes, vous me
pardonnerez, messieurs, de terminer par une profession de foi qui renferme en
môme temps mes conclusions à l'étude que je viens de vous dire.
Quinze ans d'études et d'observations, tant au dehors qu'au dedans des prin-
cipaux foyers de la pellagre endémique, m'ont conduit, je le déclare avec la
568 CONGRÈS MÊblCiLL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
plus entière et la plus profonde conviction, à la négation absolue de la pellagre
en tant qu'entité pathologique caractéiisée par une triade de symptômes cuta-
. nés, digestifs et nerveux, et ne me permettent de voir dans ce que l'on est
convenu d'appeler de ce nom autre chose qu'une altération de la peau pro-
duite par le soleil du printemps et liée à un état général de nature cachectique.
I^ pellagre ainsi définie implique^ d'une part, l'existence d'un érythème dû
ii l'action solaire, et de l'autre une altération de la nutrition latente ou efTective,
dont le propre est de disposer la peau, l'appareil digestif et le système nerveux
a subir les altérations que l'on avait considérées jusqu'à présent comme consti-
tuant les symptômes d'une maladie générale sous le chef pellagre. Cette défini-
tion substitue, comme on le voit, à la notion d'une telle maladie^ celle d'un
état général disposant à trois ordres d'accidents.
J'ai développé ailleurs les raisons sur lesquelles me semble se fonder cette
manière de voir. Les principales se résument dans cette proposition. Pour que
la pellagre fût une entité pathologique, il faudrait que les trois ordres d'acci-
dents dont on a composé son appareil symptomatique eussent des caractères
spéciaux, ou qu'ils aflectassent dans leur marche et dans leur évolution un ordre
plus ou moins régulier et plus ou moins constant.
Or, j'ai démontré que la folie qui constitue le principal des symptômes ner-
veux n'a aucun caractère qui la distingue de celle que l'on observe dans toute
autre condition, qu'il en est de même du vertige et des autres phénomènes
nerveux attribués à la pellagre.
J'ai démontré encore que la diàirhée des pellagreux diffère si peu de la diar-
rhée qui s'obseinre chez les gens débilités, à l'exclusion de tout autre svmptôiue
de pellagre, que les médecins ont besoin, pour qualifier de pellagreuse une
diarrhée, de savoir si le diarrhéique a eu antérieurement sur la poau quelques
traces d'éi^thème.
Les autres accidents digestifs n'ont rien de plus spécial.
Si l'on examine, en effets sous le rappoii de leur marche, les trois ordres
d'accidents précités, on voit :
1** Que si, dans quelques cas, on les voit se manifester simultanément chez le
même individu, le plus ordinaire est de les voir se produire séparément.
2** Que, dans ce dernier cas^ ils n'affectent dans leur succession aucun ordre
régulier, c'est-à-dire que tantôt les accidents cutanés se montrent les premiers,
que tantôt ce sont les accidents digestifs, et tantôt enfin, bien que plus rarement,
ce sont les accidents nerveux.
3® Qu'il n'est pas rare de voir les accidents cutanés se montrer^ à l'exclusion
de tous les autres accidents, dans le cours de la vie d'un pellagreux.
U* Que, dans la plupaii des cas, ces mêmes accidents cutanés précèdent les
autres accidents d'un temps plus ou moins long, et qui varie entre une et
plu8iem*s années.
5^ Que lorsque ceux-ci apparaissent à leur tour, c'est souvent à rexclusion
des premiers.
6° Que, par suite, loin de constitue nm ensemble d'actes anormaux^ les trois
ordres d'accidents dont il s'agit constituent, à proprement parler, plusieurs
ensembles bien distincts et isolés.
T* Que la période dans laquelle on voit les trois ordres d'accidents se succéder,
dans les cas où ils viennent tous à se manifester, est tellement longue, que, U
plupart du temps, elle a la durée d'une vie entière.
BILLOD. — DE LA PELLAGRE. 669
Sans doute la longueur de la période dans laquelle doit se succéder l'ensemble
d'actes anormaux qui constituent le tout appelé maladie, varie singulièrement,
suivant que la maladie est aiguë ou chronique ; et comme la pellagre est consi-
dérée comme une affection essentiellement chronique, la période d'évolution de
ces symptômes doit être nécessairement longue; mais, d'une durée longue à
une durée indéfinie, et à celle, par exemple, de la vie entière, il y a loin évi-
demment.
8® Qu'il n'existe pas de lésion d'un même organe à laquelle on puisse rap-
)>orter l'ensemble des accidents, mais qu'il y a au contraire autant de lésions
qu'il y a d'ordres d'accidents «constatés.
Après avoir rejeté l'existence de la pellagre comme entité pathologique, je
nie suis efforcé de démontrer qu'à défaut d'une telle entité, il existe des états de
nature cathectique auxquels se lie la triade d'accidents dont on avait constitue
l'appareil symptomatique de la pellagre, comme on voit la manie, l'éclampsie,
l'albuminurie, la phlébite interne, etc., se lier à l'état puerpéral ; comme le
delirium tremens, la paralysie générale, les dyspepsies, la maladie de Bright, les
dégénérescences du foie, la phthisie, se lient à l'alcoolisme.
En terminant l'exposé d'une telle doctrine, je constatais qu a en juger pai*
certains signes, elle me paraissait être en rapport avec la tendance actuelle des
esprits, tendance qu'il m'a semblé voir accusée dans quelques travaux récents, et
notamment dans l'important ouvrage de M. Bouchard, dans le rapport de
M. llUlairet à la Société médicale des hôpitaux, sur un savant mémoire de
M. Gintrac fils, dans la discussion h laquelle a donné lieu la communication d'une
observation de M. Archambault.
« Mais, ajoutai-je, parmi les documents qui ont été publiés dans ces dernières
années sur la pellagre, il n'en est pas où cette disposition des esprits se révèle
plus véritablement que le rapport de M. le professeur Tardieu au conseil d'hy-
giène. En déclarant, en effet, que les faits signalés par moi se rapportaient,
suivant lui, à ces érythèmes des extrémités et à ces diarrhées cachectiques c[ui
se montrent dans la période ultime des formes dépressives de la folie, démence,
paralysie générale, stupidité lypémaniaque, ce savant médecin exprimait une
opinion on ne peut plus juste et à laquelle il ne manquait, pom* ctre l'expression
complète de la vérité, et pour fournir toute la solution du problème, que d'être
généralisée et appliquée à toutes les pellagres. Je dois ajouter que c'est en mé-
ditant profondément et avec toute la déférence due a son éniinent auteur cette
opinion, que j'ai été conduit à ma manière de voir actuelle, qui, je ne saurais
en douter, ne tardera pas à être pariagée par tous ceux qui observeront les faits
avec soin à ce point de vue et en dehors de toute idée préconçue. »
Je vais plus loin aujourd'hui en réservant pour les zéistes l'honnem' d'avoir
provoqué le mouvement qui me semble devoir entraîner fatalement les esprits
à la négation de l'entité pathologique dite pellagi*e. En constituant avec les pel-
lagres signalées en dehoi*s du maïs le groupe des pseudo-pellagres» c'est-à-dh*e
des pellagres qui n'en sont pas, ils ont, par cela seul, proclamé la déchéance for-
melle de ladite entité et fait faire ainsi à la question un pas qu'il serait injuste
de méconnaître.
Du moment, en eflct, qu'il est impossible de signaler, entre la pellagre des
individus qui se nourrissent de maïs altéré par le verdet et celle des gens qui
n'en ont jamais mangé, aucune ditTéreiice, et je défie d'en citer aucune, la cou-
670 CONGRÈS MÉDICAL UiTBRNATIOllAL. ^ SmÈME SÉANCE DE lOUlU
clusion est forcée, c'est-à-dire que si la pellagre des uns n'est pas une pellagre,
la pellagre des autres ne saurait en être une.
Pour nous, loin de voir dans cette donnée un argument contre notre opinion
sur la nature de la pellagre, nous sommes heureux d'y découvrir une voie ou-
verte à la conciliation entre les zéistes et les axéistes. Il y a plus^ il ne m'en coûte
-nullement, pour ce qui me concerne, et je crois prouver par là que mon opposi-
tion à la doctrine du maïs n'a rien de systématique, de faire cette déclaration, que
s'il existait réellement une maladie constituant une entité pathologique et carac-
térisée par une triade de symptômes nerveux, digestifs et cutanés, il y aurait
beaucoup de chances pour qu'une telle maladie fAt une maladie toxique.
De l'étude à laquelle nous nous sommes livré de Tétiologie de la pellagre,
nous nous croyons fondé à tirer les conclusions suivantes :
La pellagre étant considérée comme une altération spéciale de la peau liée à
un état général, ses causes se distinguent en : 1<^ causes de Térythëme; 2"* causes
de l'état général.
\^ Les causes de Térythème se divisent en causes occasionnelles et causes pré-
disposantes.
Les causes occasionnelles de Férythème sont réduites à une seule , Yinsola-
Les causes prédisposantes correspondent aux causes de l'état général duquel il
dérive é
Cet état général, dont le caractère spécial est l'asthénie, avec une disposition
particulière de la peau à se laisser altérer par le soleil, dans des conditions don-
nées, correspond à des ct^ pathologiques divers que Ton peut ranger sous le chef
des cachexies.
Les cachexies qui présentent ce double caractère de l'asthénie et de la dispo-
sition de la peau à présenter l'éry thème dit pellagreux, sous l'influence de sa cau.%
ordinaire, l'insolation, peuvent se diviser, sous le rapport étiologique, en cachexies
symptomatiques et en cachexies idiopathiques.
Les cachexies symptomatiques sont :
En première ligne, la cachexie liée aux maladies mentales et nerveuses, et
correspondant à ce que l'on a appelé le marasme nerveux, cachexie qui, plus
qu'aucune autre, satisfait à cette condition de produire une asthénie dont les effets
embrassent à la fois la peau, l'appareil digestif et le système nerveux.
En deuxième ligne, les cachexies liées aux diathèses tuberculeuse, cancéreuse,
paludéenne, etc., et les cachexies dépendant d'autres maladies chroniques, telles
que dégénérescence du foie, lésion des capsules surrénales, etc., par exemple.
La cachexie idiopathique correspond à l'entité pathologique jusqu'à ce jour
admise sous le nom de pellagi'e. Elle reconnaît pour causes l'ensemble des con-
ditions hygiéniques qui constituent la misère dans sa double acception physique
et morale, et pourrait être appelée, dans le plus grand nombre des cas, cacheji'
des miséroMes, Dans ceux où eUe ne semblerait reconnaître pour cause que la pri-
vation d'aliinents, elle pourrait être nommée cachexie de V ahstiiieiice.
Parmi les conditions hygiéniques qui concourent à la production de ladite ca-
chexie, les principales sont sans contredit : 1® l'insuffisance de l'alimentation, sét
qu'elle résulte d'une diminution absolue dans la quantité d'aliments, soit qu'elle
provienne d'un défaut de proportion dans les éléments nutritifs et assimUabiei <i^
ces mêmes aliments; V l'état moral de dépression qui accompagne nécessaire-
ment la misère physique, et constitue ce que l'on peut appeler la misère nmalu
ftUXOD. — DE Là PÈtXAGRÈ. ^H
dont les effets sont identiques avec ceux de Taliénation mentale^ ce nee-plus-ultra
des causes moraks, dans sa forme plus particulièrement dépressive.
Les autres conditions hygiéniques qui constituent l'état de misère^ bien que
concourant au même résultat^ ne sont, à proprement parler^ qu'adjuvantes.
L'étiologic de la pellagre n'exclut pas l'influence du maïs altéré pai* le verdet,
voire môme celle des autres céréales altérées également par leurs parasites, mais
elle ne doit être admise que sons tovies réserves, et, dans tous les cas, comme ne
s' exerçant d'une manière ni unique^ ni exclusive y ni surtout nécessaire.
Soit qu'elle s'accompagne de l'érythème spécial, comme cela se voit dans les
Landes, en Lombai^die, en Yénétie, en Toscane, en Espagne et ailleurs, soit qu'à
défaut de l'influence de l'insolation ou de toute autre cause elle se présente sans
ce caractère, la cachexie de la misère constitue ceilainement, suivant moi, un
seul et même état pathologique.
Dans les cas où la pellagre ou plutôt l'érythème qui la caractérise se manifeste,
soit endémiquement, soit sporadiquement, elle peut être considérée comme con-
stituant autant de variétés qu'il existe d'états pathologiques auxquels on la ti'ouvc
liée, et, par suite, elle pourrait être divisée en pellagre des tuberculeux, pellagre des
cancéreux^ pellagre de telle ou telle maladie organique, et enfin pellagre des misé"
râbles ou des abstinents. Il serait bien entendu seulement que dans ces cas elle ne
constitue, à proprement parler, qu'un accident, qu'une complication, qu'un état
pour ainsi dire intercun'ent à la maladie dans le cours de laquelle on l'observe,
bien qu'en relevant ctiologiquement.
De cette étude, enfîn, il ressort un double fait de physiologie pathologique dont
l'impoiiance n'échappera sans doute à personne, et dont la physiologie noimale
tirera peut-être un jour parti pour l'élucidation de quelques points relatifs aux
rapports de l'enveloppe cutanée avec le système nerveux ; je veux parler de l'in-
fluence exercée par ledit système nerveux sur la peau pour y déterminer une dis-
position à subir dé la pai*t du soleil, dans de certaines conditions spéciales, l'alté-
ration décrite sous le nom d'éi7thème pellagreux, et du rapport étiologique qui
existe aussi entre cette disposition de la peau et l'état de débilité, disposition
prouvée déjà par la maladie bronzée et par les caractères que prend la peau chez
les vieillards.
Qu'il nous soit permis, en teiminant cette lecture, de nous prévaloir de ce que^
de l'aveu de la Commission de l'Académie des sciences, la question est encore
assez indécise pour qu'au lieu dune solution, cette Commission ait apporté une
réserve, pour exprimer un vœu ; c'est que, de même que pour le crétinisme, il soit
institué, près le ministère de l'agriculture et du commerce, une commission
chargée d'étudier et de résoudre toutes les questions relatives aux trois types de
pellagre, endémique, sporadique, et des asiles d'aliénés. Ces questions, en effet,
n'oiirent pas moins d'intérêt que celles relatives au crétinisme, car il s'agit d^un
fléau qui fait chaque année plusieurs milliers de victimes dans plusieurs de nos
départements fraiiçais, et nous sommes bien certain de n'être contredit par per-
sonne lorsque nous ajoutons qu'aucun objet ne mériterait à plus juste titre d'exercer
la sollicitude du gouvernement qu'une étude approfondie de ses causes et des
moyens d'y remédier. Cette étude, jusqu'à présent, est restée dans les limites du
domaine scientifique et n'a suscité que des efforts individuels, et il serait temps
qu'elle en sortît pour entrer dans celui des investigations officielles, les seules
qui puissent permettre d'espérer la solution d'une question qui intéresse à un si
haut degré l'hygiène de la population d'une notable partie de la France, où les
672 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXl^MB SÉANCE DE JOUR.
victimes de la pcllagi'c se comptent annuellement par mUHei^s. 11 serait à désirer
que le vœu (fue nous venons d'exprimer fût appuyé par le Congrès.
La pellagre dite des aliénés n'a pas cessé de manifester sa présence à l'asile de
Sainte-Gcunnes depuis la publication de mes dernières observations^ dont le
nombre s'élevait, pour la période décennale de 1854 à 1864, à 136. Le nombre
des cas observés dans les années 1865, 1866 et 1867 est de 34, inégalement
caractérisés sous le triple rapport des accidents nerveux, digestifs et cutanés.
Ces 34 cas se répartissent ainsi qu'il suit :
Hommes. Femmes. TotaU
Printemps de 1865 2 2 A
— de 1866 7 3 10
— de 1867 7 13 20
Total égal 3A
F^a relation de ces nouveaux faits doit être publiée prochainemçnt par M. Fabre,
un de mes internes, qui les a recueillis avec soin sous ma direction. Je ne crois
devoir anticiper sur leur publication que pour constater que parmi les 34 cas
dont il s'agit, il en est 4 (2 en 1866 et 2 en 1867) qui, en même temps queTén-
thème, ont présenté ces accidents nerveux du début, à savoir ces vertiges avec
débilité dans les extrémités inférieures, que les champions du maïs ont considérés
comme exclusivement propres à la pellagre produite par l'intoxication maïdiennc,
arguant de leur prétendue absence dans les pellagres sporadique et des aliénés
pour déniera ces dernières leur nature pellagreuse.
Je crois pouvoir constater aussi que parmi les cachexies auxquelles la pellagre
a pani se lier dans les espèces dont il s'agit, il en est quelques-unes qui m'ont
senïblé être inhérentes aux diathèses cancéreuse et tuberculeuse, ainsi qu'à
d'autres afl'ections organiques, le plus grand nombre se liant conimc toujours
il cette forme du marasme nerveux que j'ai cru pouvoir désigner sous le nom
de cachexie des aliénés.
Je demande au Congrès la permission de mettre sous ses yeux des spécimens
photographiques de quelques-uns des cas d'érythème pellagreux observés à l'asile
de Sainte-tîenmies dans les années 1861, 1862 et 1867. J'y joins, pour la com-
paraison, la reproduction d'un érythème observé eu 1859 dans le grand hôpital
de Milan, d'après une épreuve que je dois à l'obligeance du savant directeur de
cet établissement, le docteur Verga.
Je note, en teiminant, que le nombre des cas de pellagre signalés dans 60
asiles s'élevait en 1864 à 622 pour une période d'obser^^ation variable dans ces
divers établissements, et que ce nombre se trouve porté, par l'addition des 34 cas
observés à l'asile de Sainte-Génomes, dans les trois dernières années, à 656.
DLRTËT. — DE LA PELLAGRE SPORADIQL'E. 6/3
BE MaA PlXliAGHE 8POaA]ll||l)K
PAR M. LE DOCTEUR BERTET (dE CERCOOX).
La quatrième question du programme de la Commission d'organisation du
Congrès international non-seulement m'autorise à traiter ce sujet, mais encore
elle m'y invite.
Mais en restant dans les termes mêmes de ce programme, il me serait impos-
sible d'en remplir l'objet. Ce n'est pas, en effet, selon moi, et en ne tenant
compte que des faits que j'ai eu à observer, uniquement à une alimentation
exclttsive, ou simplement nuisible, que sont dus certains cas de pellagre.
I^ pathogënie de cette maladie, en dehors de l'action du maïs, ou, pour parler
plus catégoriquement, l'étiologie pellagreuse, à l'exclusion de celle eœcïmivemcnt
admise par Th. Roussel, est complexe, et souvent même assez difficile à dé-
brouiller.
Et d'abord, en dehoi's de la cause exclusive admise pai* MM. Roussel et Cos-
tallat, existe-t-il d'autres causes de pellagre, ou mieux encore exlstc-t-il une
autre pellagre que celle admise par ces deux honorables confrères, laquelle est
endémique et uniquement due à l'action du maïs altéré par le verdet ou verde-
rame?
A cette question, je n'hésite pas à répondre : Oui, il existe, en dehors de l'ac-
tion du maïs altéré, une pellagre, ou, si mieux on aime, une maladie ayant la
plus grande analogie et les analogies les plus nombreuses avec la pellagre endé-
mique, existe en dehors de la cause invoquée comme productrice exclusive de
celle-ci.
Loin de moi la pensée, en venant développer ce thème devant le Congrès, de
mettre en suspicion la science et la bonne fui des savants qui ont avance imc opi-
nion contraire, et à la démonstration de laquelle ils ont consacré tant de zèle, de
temps et de savoir.
C'est bien plus pour édifier que pour détruire que nous sommes réunis : tâ-
chons d'échapper à la maladie du temps, maladie grave aussi, et qui consiste
à tout remettre en question, à tout démolir sans se préoccuper du soin de rcé-
diûer.
Je ne conteste donc nullement la réalité d'existence, et dans les conditions
déterminées par les autem's, de la pellagre endémique ; je ne suis donc pas
un adversaire du zéisnie. Qui sui&-je, du reste, pour afficher une telle préten-
tion 1
Mais si faible et si obscur que je sois, je puis bien, je le pense, élever la
prétention d'avoir vu autre chose qu'un autre, et de l'avoir bien vu, ce qui ne
veut nullement dire que cet autre aurait mal vu, ou simplement moins bien vu
que moi. Je ne suis pas le seul, au surplus, à avoir vu ce que j'ai vu, ou au moins
43
6lU CONGRÈS MÉDICAL ÎMtERNAtlONAI. — SlXlkltE SÉANCE DE JOUR.
quelque chose d'analogue^ et qui serait différent^ quant à son origine, de ce qu'ont
vu MM. Roussel et Costallat.
Depuis plus de vingt ans^ j'ai eu à observer, de loin en loin, et quelquefois
simultanément, un certain nombre de fkits que, malgré mes efforts et ma bonne
volonté, je n'ai pu et ne puis faire entrer dans le cadre nosologique le plus élas-
tique, sans de rudes violences. Comme il n'entre nullement dans mon caractère,
encore moins dans mes habitudes de commettre de semblables actes, j'ai été obligé
de m' avouer que j'avais observé un certain nombre de cas de pellagre.
Mais, la pellagre, avant moi, n'ayant nullement été soupçonnée dans les con^
trécs où je l'ai rencontrée, Charente-Inféiieure et Gironde, à la limite et sur les
conûns de ces deux départements, et la cause invoquée en faveur de la pellagre
endémique ne pouvant être la cause de celles que j'ai vues, et celles-ci n'étant
point endémiques, force m'a été d'admettre que je m'étais trouvé en présence
d'une pellagre autre, par sa cause et son origine, que la pellagre endémique de
MM. Roussel et Costallat; et comme elle lui ressemblait trait pour trait, je me suis
vu obligé d'admettre la pellagre sporadique.
Je ne me dissimule point la portée et la gravité de mon assertion, je corn-
prends tout le poids de la responsabilité que j'assume ; et si je pouvais roobtier,
le nom de Landoiusy serait là pour me le rappeler ! Mais, comme je ne suis point
un Landou2y, je me rassure ; le fabuliste, par son apologue du chêne et du roseau,
peut bien aussi me donner courage : Landouzy, le chêne, y a succombé; moi, le
roseau, j'espère y survivre ; il me suffira pour cela de courber la tête et de laisser
passer l'orage I
Le nombre des malades que j'ai eu à observer, et qui étaient pellagreux à des
degrés divers, s'élève à une vingtaine. De ce nombre, cinq au moins ont suc-
combé; des autres, un ceiiain nombre a éprouvé des améliorations passagères et
plus ou moins durables, quelques-^ uns ont guéri radicalement ; mais il faut en
convenir, ils n'étaient frappés que bien légèrement.
Tous les malades, sans exception, auxquels j'ai donné le nom de pellagreux^
m'ont présenté la série de symptômes caractéristiques de la pellagre attribuée
au maïs altéré ; chez tous j'ai observé à des degrés différents, sans doute, et i»eloii
l'état plus ou moins avancé du mal, la fameuse tHade, tour à tour exigée ou re«
poussée par M. Th. Roussel (1).
Tous ces malades, les moins frappés, comme ceux qui Tont été le plus, m'ont
offert des symptômes nerveux, intestinaux et cutanés. Les symptômes nerfeui
ont toujours précédé les autres ; puis ce sont les désordres intestinaux ou l'éry
thème caractéristique qui ont suivi.
J'ai observé des troubles dans les fonctions du système nerveux reUtife à ses
deux grandes divisions : troubles de l'intelligence et troubles dans les mouT<^
ments. N'oublions pas de noter les troubles de la nutrition, laquelle est sous U
dépendance du système nerveux ganglionnaire. C'est-à-dire qu'en dehors de$
désordres psychiques, qui ont toujours ouvert la mai*che> j'ai constamment^ quand
la maladie s'est prolongée, rencontré des symptômes de paralysie.
(1) Un quatrième fait de suicide, et que j'avais prédit, vient de m'étre révélé. Ces joun
derniers, un de mes clients m'aborde en me disant : a Tous me Taviex bien dît t ^ Qam dooe!
— Ma femme s'est noyée. L'accident est arrivé le dernier Jour de jtiin. k Ches cette femmCt
cette année, comme par le passé, les accidents ont débuté au printemps. Je dois te dire, cettt
femme était une ivrognesse. Mais il reste à aavoir ai elle était fteltesteeaé parte fu'cIN éM
ivrognesse, ou iv^o^acsse parce qu'elle était pellagreuse T
BBBTET. — 0E LÀ PBLLAME SPORADÎQUE. 67^
Les troubles de rintelligence qui, d'après les faits que j'ai eu à observer, n'ont
jamais fiiit absolument défaut^ ont varié depuis la simple bizanrerie de caractère et
sa faiblesse Jusqu'à la folie confirmée. Quand ces biiarreriesdu caractère» jointes
à certaine faiblesse de rintelligence, n'ont pu être expliquées par une autre cause,
ou n'ont pas abouti à une guérison fktmche, ou à un désordre grave de la santé^
dans la plus large acception^ en dehors des troubles intestinaux et de Térythème
des mains et des pieds^ elles ont toijgours eu pour conséquence une pellagre con-
firmée.
Comme aussi, toutes les fois qu'une altération de twiriUon plus ou moins mer'
quée de la peau du dos des mains s'est jointe à ces mêmes troubles de l'intelli-
gence, quoique bien légers parfois, la terminaison, le plus souvent, a été la
pellagre. Il faut avouer cependant que, ches certaines personnes bien douées
d'ailleurs, et vivant dans un milieu hygiénique parfait, ces légers troubles de
l'intelligence^ unis à cet état de la peau du dos des mains, sont compatibles avec
une santé générale relative et plus ou moins parfaite, et que ces personnes échap-
pent à la terminaison pellagreuse. Mais en dehors de ces conditions si favorables
à ce résultat, la maladiejtend à se développer, se développe, et finit par se carac-
tériser d'une façon indélébile et irrécusable.
11 m'a été permis, au moins trois fois, d'annoncer longtemps à l'avance, et
quand rien, 'selon les apparences générales, ne pouvait légitimer ce grave pro«-
nostic, la fin tragique des individus, par le fait de l'existence de l'érythèma et de
quelques actes psychiques simplement irréguliers (1).
Deux de ces suicidés se sont noyés, le troisième s'est brûié la cervelle.
J'ai toigoui*s vu la série de symptômes nécessaires à mon diagnostic appa*>
ralfre, se développer, s'aggraver au printemps, et plus têt ou plus tard, selon que
celui-ci était précoce ou tardif, l'ai également vu cette série de symptêmes s'af-
firmer franchement, ou simplement avoir de la tendance à le faire, puis dispa-
raître, et revenir selon les circonstances atmosphériques, et surtout selon la pré-
sence ou l'absence du soleil visible sur l'horizon.
Il y a même eu des années où le printemps manquant, ou plntêt subissant un
déplacement considérable, la maladie semblait devoir faire défaut ; mais bientôt
les circonstances qui favorisent sa manifestation extérieure apparaissant, elle ne
tardait pas à sun'cnir.
Mais en général, et quand les choses sont selon l'ordre ordinaire, c'est vers la
fin de février ou les premiers jours de mait» que les symptômes peilagreux se
montrent; c'est alors au moins que l'érythème apparaît, soit seul, ce qui est
rare, ou concurremment avec des désordres de l'intelligence et des troubles
digestifs, ce qui est le plus commun. Gomment ici ne pas reconnalti'e l'action
du rayonnement solaire? Comment invoquer l'action d'une cause uniqoe et
externe comme productrice d'une maladie qui se développe quand cette cause
semble devoir agir le moins énergiquement? fit surtout comment faire inter-
venir comme cause secondaire ou adjuvante l'influence des travaux agricoles»
des fatigues et des privations qui les accompagnent, quand ceux-là débutent à
peine et quand celles-ci font encore défaut? La vérité est cependant qu'au fur
(1) Ceci 06 semUe pas clair, et demande une explication. La cause unique, e*est It mt!h*
liais, selou M. th. Roussel; l'influence solaire n'est rien moins que démontrés ; tandis que
celle des fatigues et des privations est admise comme réelle. L'une et Tautre, selon moi, est
réelle et efficace ; mais, pour moi, l'interprétation est dlflérsete.
676 coNGi;ts médical international. -^ sixièmk séance de joob.
et à mesure que les individus atteints ou menacés de pellagre voient les ^\ul-
ptômes ou manifestations extérieures de leur mal s'amoindrir, s'effacer même,
pour revenir l'année suivante^ au printemps, ils sont, eux, davantage accablés
par les rudes labeui*s des champs, et soumis aux influences débilitantes de toutes
80i*tes qui en «sont la conséquence inévitable.
Mais passons, et remarquons que tous ceux que nous avons vus, et qui, pour
nous, étaient pellagrcux, comme maladie cutanée, ne nous ont ofîert qu'un
érythème, à peu près toujours le même, sauf les degrés qui sont nombreux et
faciles à reconnaître quand déjà on Ta vu et bien vu : il ne suffit pas de voir pour
bien voir, il faut encore regarder et regarder attentivement. C'est donc toujours
un érythème que mes malades nous ont ofl'ert, et non un eczéma ou une autre
maladie de la peau.
Mais celle-ci, dans la pellagi'e, et même avant qu'elle soit (ynfimiée, dè^
qu'elle est en germe ou seulement imminente, offre un aspect tout pai-ticulier.
et sur lequel il est bon d'insister : la peau du dos des mains alors, quoique l'en-
thème ait disparu depuis un certain temps, ou n'ait encore jamais existé, est
amincie, comme ati'ophiée et presque privée d'élasticité; quand alors on fait
un pli à la peau du dos de la main en la saisissant entre le pouce et l'index, ce pli
est très-lent à s' effacer : la peau semble privée de vie et ressemble presque à
celle d'un cadavre. Dans tous les cas, elle est luisante et plus ou moins bronzée;
quelquefois, mais rarement, pâle et blanchâtre, mais seulement par plact^s.
tandis que la nuance cuivreuse, avec l'aspect lisse et luisant, est plus ou muin:^
générale.
Au printemps, ou plus exactement dès les premiers beaux jours, dès que le
soleil parait quelques jours de suite sur l'horizon et que ses rayons ont acquit
une certaine intensité, la peau des mains, des pieds, du front et de la partie
supérieure de la poitrine, si ces parties sont également découvertes et cxpostfes
ù l'action des rayons solaires, offre une coloration (érythème) qui varie en inten-
sité et en étendue, selon une foule de circonstances et aussi selon les individua-
lités.
Si l'action de la cause se prolonge, ou si cette action est puissante, répidernie
se soulève en plaques minces et plus ou moins étendues, plaques qui se détachent,
et, en se détachant, s'enroulent plus ou moins.
Le lieu d'élection de cet érythème est le dos des mains, pai'ce que ces parties
sont toujours découvertes chez les pellagi'eux ; cependant ce siège n'est pas ei-
cliisif : j'ai vu un certain nombre de fois la lésion cutanée occuper le dos des
pieds, le front, la partie supérieure de la poitrine, au voisinage de la fourchette
du sternum, et même la paume des mains, principalement vers l'éminence
thénar.
Les désordres intestinaux consistent principalement en diarrhées intenses et i
rebelles; quelquefois, mais rarement, en vomissement. L'appétit, le plus ordi- '
nairement, fait défaut. Cependant le contraire peut avoir lieu, quoique jamais je
n'aie eu occasion de le constater. Mais, à mon avis, il n'y aurait nullement incon-
séquence, ainsi que M. Th. Roussel en accuse Landouzy, à admettre comme signef ,
de la pellagre Tanorexie et la boulimie; ces deux symptômes sont exclusifs l'un
de l'autre coname accidents simultanés; mais, comme faits isolés ou alternants '
I
l'un conrnie l'autre indiquent une souffrance des organes de la digestion et une |
difficulté plus ou moins grande et complète de celle-ci: ïamrexi^iu: ne mange i
BERTBT. — DE Lk PELLAGRE SPORADIQUE. 677
pas parce qu'il ne peut digérer, le boulimique mange incessamment parce qu'il ne
digère pas.
Un signe d'une certaine importance est fourni par la langue, qui^ en général^
est lisse^ luisante et presque jamais saburrale^ mais le plus souvent est divisée à
sa surface par des fissures ou rides plus ou moins prononcées et à direction sou-
vent transversale.
L'haleine, qui en général est mauvaise, m'a souvent offert un caractère parli-
culier et digne d'être noté; elle était aigre prononcé.
Si, et c'est incontestable, le maïs altéré ou non ne peut être invoqué comme
cause de la maladie que nous venons de décrire, et à laquelle nous avons donné
le nom de pellagre, maladie qui, ce nous semble, offre une sufGsante harmonie
dans sa symptomatologic pour pouvoir être considérée comme une unité morbide
véritable, quoique non identique avec elle-même dans tous les cas, quelle est donc
sa cause?
Malgré ce qu'offre de difficile, de délicat, lasolution|d'un semblable problème,
nous croyons pouvoir l'aborder avec quelque assurance.
Pour nous, la cause, ou plutôt les causes de la maladie que nous nommons pel-
lagre sporadique existent au dedans et en dehors de nous.
Les premières, celles que nous portons en nous, quoique difficiles à préciser,
peuvent sans contredit être attiibuées à un état maladif paiiiculier du système
nerveux; comme aussi dans ce système, à notre avis, c'est la portion ganglion-
naire qui est primitivement atteinte. Les troubles qui se manifestent à nos sens
au début du mal peuvent être rapprochés de ceux qui caractérisent les névroses;
et, de fait, les maladies avec lesquelles ils ont le plus de similitude sont la mé-
lancolie, l'hypochondrie, lalypémanie, lachorée, etc. Tard, évidemment, le sys-
tème cérébro-spinal participe à l'affection ; alors aussi apparaissent les troubles
sérieux de l'inielligence, comme aussi les accidents de paralysie...
Comme conséquence des troubles du système nerveux de la vie organique, sur-
gissent et apparaissent ceux de la nutrition, ayant leur effet initial dans le tube
digestif, qui, fonctionnant peu et mal, ne fournit au sang que des éléments
insuffisants à une complète réparation ; de là, diarrhée, anorexie, et au possible
boulimie, appétit nul et bizarre, etc., et, comme conséquence, amaigrissement
considérable, émaciation, dépérissement et mort.
Les différentes communications qui existent entre les systèmes nerveux à la
tête, au cou et le long de la colonne vertébrale rendent bien compte de la suc-
cession des phénomènes et de leur point de départ. La connaissance de cette suc-
cession est rendue facile par les anastomoses, — qui ne sont que de véritables
continuations, — qui existent partout à la périphérie entre le système nei-veux
cérébro-spinal, qui anime les organes et leur donne la sensibilité, et celui de la
vie organique, qui préside à leur nutrition.
Donc, et c'est très-important, par la raison qu'un individu qui est susceptible
de devenir pellagreux est pris de tristesse, de vésanie, de délii'c, et plus tard de
paralysie, de même il devient anorexique, diarrhéique, exanthématique, etc. Ce
résultat sera d'autant plus prompt, plus assuré et surtout plus prononcé, que le
milieu dans lequel il vivra y sera plus propice; et il le sera d'autant plus, que les
lois de l'hygiène seront moins observées, plus souvent et plus violemment en-
freintes.
Donc encore, et ceci pour nous est capital, un individu prédisposé à la pel-
lagre,— il faut absolument une prédisposition, et où la placer ailleurs que dans le
678 CONGRÈS MÊDICAI tnTERNATIONAL. — - «DUËME BtàMCE DE JOUR.
•ystème nerveiu,-*- la verra d'autant plus sûrement se manifester, que
position sera plus puissante, et que les causes externes^ desquelles il nous restée
dire un mot, seront également plus puissantes et plus efficaces.
Causes externes, — Les plus actives après les passions, amquelles nous ne sa-
vons quelle place précise assigner, sont la mauvaise nourriture et son insafB*
sance, les excès de fatigue, les rudes travaux, la malpropreté et l'insolalîoii.
Comment se ferait-il en effet, si les choses étaient autres que nous les disons,
que parmi plusieurs individus également soumis aux mêmes influences : mau-
vaise nourriture, nourriture insuffisante, fatigues de tout genre, ^ par consé-
quent passif dépassant l'actif, — et insolation, un certain nombre, et cerlaÎDe-
inent un nombre très-minime verrait se développer ce que nous appelons pellagre
^poradique? Et si nous ne lui donnions pas ce nom, quel est donc le vocable que
nous pourrions lui appliquer?
Mais choisissons quelques exemples; — la force qu'ils vont nous prêter servira
à réfuter par avance les objections qui pourraient nous être faites.
Voici trois individus, — un plus grand nombre serait inutile et ne ferait rien à
la chose, — qui tous les trois sont adonnés à l'ivrognerie, se nourrissent mal, tra-
vaillent beaucoup et en plein soleil : l'un sera simplement un ivrogne qui par-
courra sa carrière presque sans faire de maladies, et, s'il en fait, en guérira à
peu près comme le commun des mortels ; Vautre sera aussi un ivrogne, mais
sujet aux maladies, à la pneumonie, par exemple, ou au rhumatisme, qui, chaque
fois qu'il contractera l'une ou l'autre de ces maladies, sera en même temps pris
de dégoût pour le vin et aura le deîirium tremens; ni l'un ni l'autre, cependant,
n'auront la pellagre, ni rien qui lui ressemble. Le troisième ne sera pas moins
un ivrogne, j'en conviens; mais à la longue, et au printemps, il oiMra des phéno-
mènes insolites du cdté du système nerveux, du côté du tube digestif et aussi du
côté de la peau, et toujours sur le dos des mains, et toujours le même genre de
lésion. Ces phénomènes insolites disparaîtront dans le courant de l'été, à Tau-
tomne, ou, pour le plus tard, pendant Thiver ; puis ils reparaîtront les printemps
suivants, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un beau jour ^ et après en avoir plusieurs
fois manifesté l'intention, il se suicidera, ou mourra dans le marasme, après avoir
offert des symptômes de démence bien caractérisés, unis à de la paralysie et à
une diarrhée incoercible.
Prenons maintenant trois femmes, toutes trois également adonnées aux pas*
sions voluptueuses; toutes les trois travaillent aux champs, sont mal nourries,
surmenées de travail et exposées aux rayons solaires.
De ces trois femmes, l'une jouira tranquillement de la vie, en jouira même le
plus qu'elle pourra et le plus souvent possible ; cependant elle arrivera, à travers
toutes ces causes, soit en subissant un certain nombre de maladies aiguës ou en
y échappant, à la ménopause, qui, chez elle, s'opérera sans difficultés, et mettra
fin, par une sorie d'anéantissement des organes qui y président, à la passion qui
l'a dominée jusqu'ici et a troublé son existence, pour lui laisser finir en paix sa
carrière et lui permettre une longue et belle vieillesse.
Une autre, sans avoir jamais rien ressenti, pendant toute sa vie de femme, qui
puisse l'avertir que le jeu qu'elle joue est quelquefois, souvent même un jeu
dangereux, arrivée à quarante ans, verra presque subitement sa santé s'altérer
d'une façon très-grave, et mourra après avoir subi les tortures et les angoisst<
que lui Infligeront les atroces douleurs d'un cancer au sein ou à l'utérus.
BBRTBT. — DE LA PfilXAORE SPOBADIQUB. 679
9
Et cependant ni Tune ni l'autre n'éprouveront d'accidents de pellagre ou sim-
plement pellagroîdes.
La troisième, enfin, arrivée à la quarantaine, plus tôt ou plus tard, verra ses
charmes qui -* peut-être — n'ont jamais été bien Irais ni bien brillants, — tout
ici-bas est relatif, — - se flétrir cependant. Jusqu'ici elle a été recherchée, en-
tourée de séductions et de jouissances qui ont fait tout son bonheur et lui ont
fait oublier, presque à coup sûr, ses devoirs d'épouse et de mère, tandis que
maintenant elle est délaissée de plus en plus et bientôt tout à fait abandonnée
même par ceux qui naguère lui juraient une fidélité éternelle. Elle deviendra
bientôt provocatrice à son tour, et le plus souvent en pure perte; puis bientôt
aussi la tristesse, la honte, le dégoût de la vie naîtront dans cet organisme déjà
bien ébranlé; puis, sous l'influence des moindres causes, surtout si l'hygiène, en
dehors du vice dominant, est niauvaise, surgiront des troubles de l'intelligence
plus marqués, des troubles du côté du tube digestif et même un érythème carac«
téristique aux mains, et un beau jour cette femme mettra fin à son martyre en
se noyant dans le premier trou venu, ou elle ira finir sa triste existence dans un
hospice de fous incurables.
Un dernier exemple va nous suffire pour achever notre démonstration.
Trois individus, mille si l'on veut, à organisation moyenne, que l'on me passe
l'expression, modérés en tout ce qui n'est pas travail, sous l'influence d'une nour-
riture mauvaise ou insuffisante et de l'action des rayons solaires, vont, tant bien
que mal, parcourir leur carrière, non sans rencontrer beaucoup de pierres d'achop-
pement, et un seul parmi ces mille, qui comme tous les autres n'aura point fait
usage de maïs, verra un jour, et toujours au printemps, après avoir éprouvé
maints dérangements intestinaux et offert maints troubles intellectuels passés
inaperçus à cause de leur peu d'intensité, ou mis sur le compte des événements
quotidiens de la vie, apparaître sur le dos des mains un érythème spécial dont il
souffrira peu ou point; cet érythème, ces troubles intellectuels et ces désordres
intestinaux ne tarderont pas à disparaître. L'individu, qui aura à peine soupçonné
son mal, ne doutera pas au moins de sa guérison ; il en sera de même de ceux
qui l'entourent, et peut-être même du médecin, en admettant qu'il ait été con-
gulté. Puis l'année suivante, toujours au printemps^ un peu plus tôt ou plus tard,
suivant les circonstances atmosphériques, les mêmes faits surgiront ; ils pourront
encore passer inaperçus ou être traités légèrement, et même considérés comme
de nulle valeur, jusqu'à ce qu'enfin, le mal faisant de véritables progrès, on vienne
à s'en inquiéter sérieusement. Mais alors que d'erreurs encore ne pourront-elles
pas être conunises? Cependant la mort est imminente, un suicide est à redouter,
ainsi que des actes regrettables de démence. Le mieux qu'il puisse en arriver,
c'est que le malade soit plus ou moins rapidement empoilé, et qu'il succombe
à des accidents du côté du tube digestif, qui seront attribués à une entérite
plus ou moins aiguë, nonobstant l' érythème et les troubles de l'intelligence
concomitants.
Mais que l'on ne croie pas que je me laisse aller à tracer des tableaux de fan-
taisie, et que ce ne soient là que de purs enfants de mon imagination, plus ou
moins excitée par le désir de produire une œuvre originale.
Non, à coup sûr; et loin do moi la puérile pensée de me jouer ainsi de ce
que je considère, après Dieu, comme le plus digne de respect et d'égards, la
Térité scientifique.
Je ne suis donc ici qu'un peintre d'histoire, et ce ne sera pas ma faute sî mon
680 COINGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
œuvre n'est pas ressemblante^ puisque j'ai voulu sincèrement copier; mes force?
seules m'auront trahi.
Je ne puis en arriver à produire mes preuves directes, je ne puis raconter les
faits à Tappui de ma thèse, avant d'avoir ajouté à celle-ci les quelques considé-
rations suivantes : Ce n^est point pour moi un plaisir, mais un besoin ; car ce
qui me reste à dire n'est (pas le plus aisé, et peut-être, à coup sûr même, le
moins capable de persuader. Mais il s'agit, pour moi, d'une si profonde convic-
tion, que rien au monde n'est, ne serait capable de la détruire, en dehors d'une
démonstration péremptoire et catégorique, supérieure en évidence à tout c^ qui
me Ta communiquée.
Je m'explique. J'ai vu, un peu dans toutes les classes de la société, chez le
pamTC comme chez le riche ; chez le civilisé jusqu'au raffinement, comme chez
l'homme des champs grossier et inculte ; peu chez le citadin, beaucoup chez le
paysan, en prenant ce mot dans sa signification étymologique, un certain nombre
d'individus me consulter pour une foule de misères du côté des centres neneux
ou des organes digestifs, le plus souvent des deux côtés à la fois, et qu'autrefois,
avant au moins d'avoir acquis la connaissance approfondie de mon sujet, et avant
aussi d'avoir compris toute la signification de l'érythème dorsal des mains, ou
simplement de l'état de la peau qui précède ou suit l'apparition de cet érythènie,
et dont j'ai déjà parlé, j'aurais traités de malades imaginaires, ou simplement
de maniaques, en donnant à cette épithète le sens qui lui appartient dans l'es-
pèce, et à qui je donne maintenant le nom qui leur convient, en les appelant
des pellagreux.
Un monsieur de ma connaissance, dont l'esprit est très-cultivé, dont la vie a
toujours été douce et aisée au point de vue matériel comme à tous les autres,
dont la santé est robuste en apparence et au fond, éprouve cependant vers le
tube digestif, et principalement au centre épigastriqueouphrénique, des souffrances^
vagues et difficiles à caractériser, et qui ne laissent cependant pas de sérieuse-
ment le tracasser et de lui devenir tyranniques; il ressent aussi au cerveau de^
embaiTas, des défaillances qui pourraient devenir inquiétantes; il a encore des
appréhensions très-singulières pour la douleur et la mort. Mais je n'en finirais
pas si je voulais tout dire.
Ce monsieur qui a la peau des mains lisse, mince et presque luisante, et dé-
pourvue d'élasticité, a dans sa famille plusieurs personnes excessivement ner-
veuses.
Je connais un vétérinaire, menant une vie active, un peu peut-être adonné i
la boisson, et aussi, je le soupçonne du moins, amatem* du beau sexe, grand fu-
meur, qui est au début d'une pellagre qui, je crains d'être « terrible prophète*,
le conduira à m^. Il sait le nom de son mal, mais ne s'en préoccupe guère. Il
est bizan*e, maniaque et manque totalement de tenue. Il a eu un ou deux én-
thèmes vemaux. L'appétit lui fait défaut, mais non la soif.
Que d'individus, à ma connaissance, qui boivent, qui fument, qui sont
de fervents adeptes de Bacchus et de Vénus, et fort adonnés au culte de
Cythérée, et qui n'offrent aucun des symptômes présentés par notre bip-
piatrc.
N'ai-je donc pas eu raison en disant que pom* devenir pellagreux, il faut y être
prédisposé; et ne pourrais-je ajouter, en répétant, tout en les changeant d'objet,
les paroles de notre grand et regretté Tl'ousseau : a Ne devient pas pellagreux
qui veut? »
BBRTET. — DE LA PELLAGRE SP0KAD1QUE. 681
N'ai-je donc pas eu raison en disant que cette prédisposition avait son siëge
dans le système nerveux, et primitivement dans la portion ganglionnaire?
Le système nerveux, mais c'est tout l'homme!
Par sa puissance ganglionnaire ou d'assimilation, il donne la force et la santé
aux organes, ce qui permet de vivre et de se développer.
Par son action dynamique et statique, dont la source est au cerveau et dans
la moelle allongée et épinière, il constitue Thomme considéré au point de vue
privé comme au point de vue social, lui donne toute sa force et lui inflige toute
sa faiblesse.
Si l'on ne devient pas pellagrcux à volonté, ce qui est incontestable, on peut
cependant le devenii* sans le vouloir.
Qu'y aurait-il à faire pour qu'il n'en fût pas ainsi? C'est en abordant ce point
délicat que nous allons terminer.
La thérapeutique, disons-le tout de suite, sans être totalement désarmée
vis-à-vis de la pellagre, est cependant peu puissante et le plus souvent inefficace.
En serait-il de môme de l'hygiène? Non, certes.
L'hygiène..., mais c'est le grand levier, la suprême puissance mise à la portée
du médecin, et dont, il faut bien en convenir, il n'a encore su que médiocre-
ment se servir.
Avec l'hygiène cependant, le médecin, que ne peut-il pas faire de l'homme?
Il en peut faire, selon qu'il emploie avec disceniement cette grande puissance,
ou qu'il la néglige, l'oublie, ou l'applique mal et à contre-sens, un être fort et
seulement fort (le Spartiate), le soldat passif, mais aguerri, qui ne connaît que
la force, et n'obéit qu'à la force ; un être tout à la fois fort et intelligent (rAthé-
nien, ce créateiu* de l'atticisme comme de toutes les sciences et de tous les
arts) ; il peut également lui faire occuper tous les degrés intermédiaires à ces deux
extrêmes : tous ces degrés sont dans la nature, je ne l'ignore pas, mais l'hygié-
niste peut y faire enti*er l'homme comme il peut l'en exclure. Si par l'hygiène
on peut faire des hommes forts et des hommes intelligents et forts, avec tous les
degrés qui séparent ces deux types, par son absence comme par son emploi vi-
cieux on peut également créer des êtres à face humaine, qui ne seront ni forts
ni intelligents, ou au moins qui n'auront qu'une force purement brutale, et
qu'une intelligence nulle ou dévoyée (1)!
Pour nous, la maladie dont nous avons essayé ici d'esquisser le tableau, ce que
nous n'avons fait que bien imparfaitement, ne se rencontre pas dans le cadre no-
sologique ; ne s'y rencontrant pas, il y a urgence de lui assigner une place dis-
tincte dans ce même cadre. Mais ne le pouvant faire sans créer un mot pour
caractériser une chose sans nom, nous préférons tout simplement nous servir
d'un nom connu, et dire que nous avons eu à observer im certain nombre de cas
de pellagre sporadiquc, tout en nous empressant d'avouer que de nouvelles ob-
servations sont utiles, ainsi qu'une étude plus approfondie, pour asseoir et fixer
définitivement ce point intéressant de pathologie médicale.
On nous permettra sans doute d'ajouter que nous serions heui'eux d'y avoir con-
tribué pour notre faible part.
De tout ce qui précède et de tout ce qu'il serait facile d'y ajouter, nous con-
cluons :
(I) Sept observations élaieut ici conMgnées, que le défaut d*espace nous a contraints de
sacrifier, à notre grand regret.
682 CONGRÈS MÉDICAL INTEBNATIONAL. -^ UXIËMB SÈAIIGE DE JOUB.
1® Qu'en dehors de l'action du maîs^ altéré ou non, existe une mitl^'^îe ayant
la plus grande analogie et les analogies les plus nombreuses avec la pellagre en*
démique.
2° Que cette maladie se rencontre un peu partout et dans toutes les classes de
la société^ mais principalement chez les campagnards.
3° Qu'elle reconnaît pour causes, en dehors d'une prédisposition que nous con-
sidérons comme indispensable, les rudes travaux agricoles sous l'action des rayons
solaires, la mauvaise nourriture ou son insuffisance, ainsi que les diverses pas-
sions qui assaillent notre pauvre nature.
4° Que cette maladie se rapproche des névroses, a une forme presque circu-
laire^ régulière et annuelle; qu'elle est caractérisée par du délire, de la diar-
rhée^ un érythème spécial, des accidents de paralysie et par un penchant au
suicide.
5*^ Que cette maladie n'est guère influencée par la thérapeutique, mais qu'elle
est susceptible de s'améliorer et même de disparaiti*e par l'emploi d'une bonne
et sage hygiène.
ÉTIOIiOeiB DE liA PEIiliJieRi:
PAR M. LE DOCTEUR LÉON SORBETS, D'AIRE (LANBES).
Depuis la première moitié du xvni* siècle, époque à laquelle on fait remonter
les premiers cas de pellagre observés dans les Asturies, les médecins ont émis
sur la nature de cette affection les opinions les plus contradictoires, et sur son
étiologie les causes les plus diverses.
Les médecins espagnols, italiens et français qui se sont occupés d'une manière
particulière du mal des Asturies ou de la rose, du scorbut alpin ou de la fMagre,
tous noms synonymes d'une même maladie, ont voulu expliquer la production
de cette singuUère aflection en invoquant les causes les plus diverses, et souvent
les plus opposées. Pour les uns, la pellagre a pour cause l'alimentation insuffi-
sante ou exclusive ; pour les auti'es, l'action du soleil. Ceux-ci l'attribuent à la
misère, ou à l'influence des causes morales; enfin il en est qui l'expliquent par
la folie, en tant que cause dépressive de l'organisme : autant d'opinions que
d'erreurs représentées par Gasal, Soler, Calderini, Ginti*ac, BiUod (de Sainte-
Gemmes), Théophile Roussel, Hameau (de la Teste de Buch), et le regrettable
Landoiizy (de Reims). Il faut arriver à^l'année 18/^5 pour trouver avec Balardini
(de Brescia) la véritable cause de la pellagre.
Balardini prouva par des expériences nombreuses faites à l'aide du nûcro-
scope, que la pellagre n'était qu'un empoisonnement dû à la présence dans le
périsperme du maïs d'un champignon qu'il nomma verderame, et qu'on appelle
verdet du mats. C'est le Sporisorium maidis de Link. Ce parasite se présente sous
forme de granulations verdâtres. Il appaiHent à cette nombreuse classe de crypto-
SORBETS, D'AIRB. — Ên01.0GIE Ofi LA PELLAGRE. 685
games qui comprend encore le Pénicillium glavcum, qu'à l'aide du microscope
M. Robin a découvert dans les liquides albumineux altérés de l'économie.
C'est la seule et unique cause delà pellagre. Je m'explique.
Un grain de ma!» se compose de trois parties principales : la partie la plus
extérieure ou corticale ; une partie interne^ dite farine ou périsperme, et enfin le
geiine ou embryon. Sous certaines influences climatérlqucs qui nous échappent
encore^ dans des conditions ordinairement de chaleur ou d'humidité^ les granu-
lations du verdet, portées par l'atmosphère^ pénètrent par la tige de la plante et
le hile du grain, dans le périsperme, où elles prennent droit de domicile, autour
de l'embryon.
On conçoit donc ffae cette farine ainsi altérée par le développement du cham-
pignon qui l'absorbe, et mélangée avec de la farine de bonne qualité, commu-
nique à cette dernière des propriétés délétères, dont l'action se fera d'abord
sentir sur les voies digestives, et que l'observation démontre ; puis apparaîtront
les phénomènes cutanés, et enfin des symptômes nerveux graves : car telle est la
triple manifestation de la pellagre, véritable trilogie symptomatique, phéno-
mènes gastriques, cutanés et nerveux, que nous avons observés chez les malades
du bassin de l'Adour, dans nos Landes, surtout pendant l'épidémie de 1858.
Parmi les phénomènes nerveux, il en est un qui mérite une mention spéciale,
et qui n'a pas été étudié d'une manière particulière, c'est le délire peUagreux, au
point de vue de la médecine légale. Le pellagreux est-il, oui ou non, respon-
sable de ses actes ? Telle est l'importante question, qui, il y a deux ans, a été
posée et traitée dans un chapitre des Annales médicchpsychologiques de M. Brierre
de Boismont* Nous devons l'insertion de l'article à l'obligeance de M. le docteur
Bricheteau.
On a fait à cette doctrine une objection plus spécieuse que réelle. On a dit :
Nous acceptons cette cause pour les populations qui mangent du maïs altéré ;
mais pour celles qui, atteintes de pellagre, ne se nourrissent jamais de maïs,
nous ne pouvons pas l'accepter.
C'est vrai. Mais ici il faut faire une distinction. C'est que les personnes qui
n'ont jamais mangé de maïs n'ont pas la pellagre. Elles sont bien atteintes
d'états pathologiques, l'acrodynie, la pseudo-pellagre ou fausse pellagre, dus à
des champignons, à des parasites qui sont des variétés de VUredo segeium ou
autres, mais qui ne constituent pas la pellagre avec sa triade bien tranchée de
symptômes gastriques, cutanés et nerveux ; car la pellagre a son individualité
pathologique propre, et sa place, d'après Monneret, parmi les empoisonnements
végétaux, enfin sa physionomie caractéristique et son mode de développement
spécial.
En résumé, la pellagre est un empoisonnement de l'économie, dont l'étiologie
est due à une cause végétale, à un champignon, le verdei^ qui se développe dans
le périsperme du maïs. C'est à Balardini (de Brescia) que revient l'honneur de
cette découverte ; ce sont les expériences de ce médecin, qui, poursuivies et
acceptées par le docteur Costallat (de Bagnères), ont établi, de la manière la plus
irréfutable, que la cause de la pellagre résidait dans le verderame, le verdet du
maïs, ou Sporisorium mafdia de Link.
68^ CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR
DRS CAUSE» BE liA PKIiliACRE
PAR M. LE DOCTEUR BOUCHUT,
Médecin de l'hApiUl des Enfants malades à Paris.
Il y a en présence deux opinions opposées sur la cause déterminante de la
pellagre. Dans la première^ c'est à l'alinientation par le maïs altéré par Xe^verdei
qu'on' attribue la production de la maladie. Telle est la pensée de Balardini, à
laquelle s'est associé M. Roussel. C'est le zéisme. Dans la seconde^ qui a été
particulièrement défendue par M. H. Gintrac^ c'est à la mauvaise alimentation
en général, et à la misère surtout^ qu'il faudrait rapporter le développement du
mal dans certaines localités oii l'on ne consomme pas de maïs.
Il est certain que le maïs de bonne qualité ne produit pas la pellagre, et que
si l'on récolte cette céréale dans de bonnes conditions et qu'on la fasse passer
au four^ comme le conseille M. Costallat^ il ne s'y produit pas de verdet, et l'on
peut la manger sans inconvénient.
D'une autre part^ il y a des endémies pellagreuses et des pellagres sporadi-
ques à Paris, en Champagne, dans les Landes, sans que les sujets atteints aient
fait usage de maïs ; mais ces sujets sont plus ou moins bien nourris et souvent
végètent dans une profonde misère. Comment cela se fait-il ? N'y aurait-il pas
en dehoi*s du maïs une céréale servant à l'alimentation et qui puisse être alté-
rée par le verdet? Si cela est, on<;omprend qu'en dehoi's du zéisme^ la pellagre
puisse se produire.
Eh bien, l'observation prouve que le blé est sujet à une maladie qu'on ap-
pelle le verUde-iiTiSy et le microscope montre que ce vert-de-gris n'est autre
chose que le Sporisorium tritici, c'est-à-dire du verdet semblable à celui du maïs.
On pourra s'en convaincre par les figures que je montre ici et qui sont extraites
de mon Dictionnaire de thérapeutique, article Pellagre.
Dans cet état de choses, il n'y a plus à inculper le maïs seul pour la produc-
tion de la pellagre, et dans les pays pauvres où l'on se nourrit mal avec du blé
de mauvaise qualité, avarié et couvert de verdet, on comprend que la pellagre
puisse prendre naissance. Cela explique les endémies pellagreuses sans séisme,
et la connaissance de ce fait pourra peut-être rapprocher des savants qui n'étaient
divisés que faute d'une étude suffisante des faits.
(de Turin) proteste contre la dénomination d'opinion ikUiewte
appliquée à la doctrine du zéisme ou du verdéramistne. S'il est bien vrai que
Balardini ait fait partager ses convictions à un certain nombre de ses compa-
triotes, il s'en faut que tous les médecins italiens rattachent, d'une manière
absolue, l'existence de la pellagre à l'altération du maïs par un parasite.
11 y a quelques années, l'Académie de Tlirin, que M. Demaria représente au
Congrès, nomma, pour étudier l'étiologie et la prophylaxie de la pellagre, une
commission dont l'orateur fut chargé de faire le rapport, rapport dont elle
BOUCHUr. — CAUSES OE LA PELLAGRE. 685
approuva les cuuclusions. La commission fit son travail après une enquête qui
ne porta pas sur moins de 3000 pellagreux. Or, de cette enquête, il résulta d'une
manière évidente pom* les membres de la commission, que la pellagre ne puise
pas ses causes à une source unique, et qu'elle ne saurait être regardée comme
ayant exclusivement son origine dans l'usage du maïs sain ou altéré. L'hérédité,
pai* exemple, contiibue puissamment à l'éclosion de la pellagre, qu'on voit se
transmettre de père en fils. On en peut dii*e autant des émanations maréca-
geuses, de la privation de boissons fortifiantes, des gi*andes calamités publiques,
telles que les disettes, les incendies, qui agissent doublement en aggravant la
misère et en déprimant l'énergie morale de ceux qui en sont les victimes.
L'enquête a également montré qu'il n'existe pas de remède spéciûque de la
pellagre ; l'hygiène doit intervenir dans le traitement de cette maladie, tout
autant que la matière médicale. A Milan, on s'est bien trouvé des soins apportés
à l'hygiène des malades, de l'usage des bains, des préparations de douce-
amère.
Toutes les causes qui peuvent produire la pellagre agissent en modifiant len-
tement le système nerveux et le tube digestif. Ce qu'il faut chercher suriout,
c'est une bonne prophylaxie de cette maladie ; les investigations de cet ordre
rentrent essentiellement dans le but du Congrès. Il faut pousser les gouverne-
ments à améliorer le sort des populations parmi lesquelles sévit la pellagre ; les
riches doivent intervenir pour procurer des conditions plus favorables à ceux qui
travaillent.
Enfln, ajoute M. Demaria, les médecins légistes ne doivent pas perdre de vue
l'importance de cette maladie. Plus d'une fois on a poui*suivi et condamné,
comme criminels des individus qui n'étaient que des malheureux affectés de
monomanie pellagreuse.
M. niBgslon (de Montréal, Canada) signale un certain nombre de faits qui
s'observent au Canada, et qui paraissent démontrer l'influence que peut exercer
l'alimentation sur la santé et le développement des races. Le Canada est habité
par deux races différentes, les Français ou Franco- Canadiens, et les Anglais. Ces
derniers, à l'encontre des habitudes de la mère patrie, mangent fort peu de
viande, tandis que les Franco-Canadiens en consomment des quantités considé-
rables : on les voit manger jusqu'à deux et trois livres de porc par jour. Or, les
Anglais du Canada, surtout si on les compare au type primitif, constituent une
race relativement chétive. Leurs maladies sont spécialement dos afl'ections de
poitrine. Les Franco-Canadiens sont au contraire robustes; ils ne souffrent
guère que de l'estomac ou des intestins, et leurs maladies ont généralement peu
de gravité.
Les deux races n'ont pas progressé dans la même mesure. Les Anglais sont
moins forts et moins aptes à la reproduction que les Français.
Faut-il attribuer exclusivement ces traits distinctifs et tranchés à la difTérencc
d'alimentation, ou faut-il faire une part à l'accliniatement toute en faveur des
Franco-Canadiens, qui sont les premiers colons du Canada ? Telle est la question
que M. Hingston soumet au Congrès.
M. le professeur Marcovlts (de Bucharest) signale aussi la nourriture végé-
tale, féculente, épicée et très-acide dont les habitants des Principautés-Unies
font pres(|ue exclusivement usage, connue étant la cause d'un état typhoïde
686 CONGRÈS MÉDICAL INTEBNATIONAL. — SIXIÈME SÊAJMCE DE JOUB.
spécial, et de la forme typhoïde que prennent la plupart des maladies, de k
constipation et des hëmorrhoïdcs qui en sont la conséquence ; hémorrholdes
simples, fluentes, sans complications, mais des plus communes. L'extrême fré-
quence de la goutte atonique lui semble également résulter de cette nouiriture
mauvaise, insuffisante, dont les viandes rouges sont presque entièrement bannies
et remplacées pai' les viandes blanches, le poulet en particulier, pour ceux qui
peuvent en user.
BE li'AUMBirrATIOlV CUEM MM» MKWAfHTm
PAU M. LE DOCTEUR CARON (DE PARIS).
Messieurs,
X
Tous les praticiens et les physiologistes sont unanhnes pour reconnaître que
Talimentation comporte de nombreuses, de pi*ofondes différences, suivant qu'on
la considère au point de vue des latitudes, des saisons, des tempéraments, et plus
spécialement encore au point de vue de l'âge. Mais, à ce dernier titre, nous
permetlra-t-on de faire remarquer que c'est une des questions qui laissent beau-
coup à désirer, surtout en ce qui concerne les nouveau-nés !
La grande majorité des médecins parait ne devoir s'en rapporter qu'aux in^
stincts maternels, et néglige beaucoup trop de faire pénétrer dans l'esprit des
jeunes mères et des nourrices ces notions élémentaires d'hygiène générale el
particulière, qui mettraient la santé des enfants à l'abri de ces habitudes rou-
tinières auxquelles ils sont plus tard redevables des constitutions bonnes ou
mauvaises qui les caractérisent.
Aucun d'eux, en effet, ne peut ignorer qu'à cette époque plus encore qu'aux
périodes de la vie intra-utérine, les enfants ressentent l'influence des éléments
plastiques assimilables, bons ou mauvais, qu'ils puisent dans les aliments conflé$
à leur tube digestif . Si la qualité des aliments plastiques puisés dans le sang de
la mère pendant la vie intra-utéiine peut éclairer les questions d'hérédité ma-
ternelle, les conditions d'alimentation dans le premier âge concourent plus
directement à caractériser l'évolution des aptitudes diathésiques constituffon-
helles de la scrofule, du lymphatisme et la prédisposition légitime à la tuber-
culose, à la phthisie pulmonaire, au rachitisme, à la syphilis, etc. En bonne
conscience, en faut-il donc plus pour justifier le vœu que nous exprimons aTcc
tant de conviction, que les gouvernements doivent demander aux médecins et aux
physiologistes de formuler, pour les mères et les nourrices, ces notions d'hygiène
Spéciales qui doivent les encoui*ager à abandonner ces routines, ces éducations
de commérage, si profondément nuisibles à la santé, à la constitution des gêné-
l'ations présentes et futures?
C'est, disons-le hautement, pal* renseignement de la puériculture que l'on
j)eut espérer combattre efficacement ces principes des maladies héréditaires^
GARON. — DE L*ALIMENTAT10N GttBZ tË8 ËNfARTS. 6^7
parasitaires, constitutionnelles^ pour lesquelles on s'évertue à chercher des pana-
cées impossibles^ improductiyes !
Apprenez aux mères et aux nourrices à réglementer convenablement l'alimen-
tation des nouveau-nés^ et vous contribuerez tout à la fois à l'amélioration du sort
de ces jeunes créatures^ en même temps que vous leur préparerez de meilleures
constitutions et des ^titudes intellectuelles et physiogéniques meilleures !
Nous terminerons en émettant le vœu bien formel que l'on institue^ à la por-
tée des mères et des nourrices de profession^ un enseignement hygiénique et
physiologique approprié (à l'instar de la puériculture), pour édifier les mères et les
nourrices dans Taccomplissement physique et moral de leur œuvre philanthro-
pique et sociale.
Tout le monde comprend^ en effets aussi bien que les médecins, que les
organes^ les appareils des nouveau-nés, se complètent, se perfectionnent à la
faveur des principes assimilables qu'ils puisent dans les produits de la digestion
stomacale^ qui leur est alors complètement personnelle. Or donc, si ce nouveau
produit de l'élaboration digestive réunit toutes les qualités physiologiques dési-
rables, nul doute que l'enfant qui va procéder au complément de sa catalyse
organisatrice avec de tels matéiiaux, ne réalise la meilleure organisation, la plus
florissante constitution que l'on puisse désirer. Mais, ne craignons pas de le dire,
et de le dire très-haut, ces conditions anatomo-physiogéniques ne peuvent réelle-
ment se rencontrer que dans les mains des mères et des nourrices qui auront
su mettre à profit ces dogmes physiologiques qui font la base de la puériculture :
de ne donner le sein à l'enfant que de quatre en quatre heures pendant le jour,
et de ne jamais lui en accorder pendant la nuit!
Ces limites alimentaires reposent en effet sur des considérations physiolo-
giques du premier ordre, à savoir : que les organes digestifs de l'enfant, comme
ceux de l'adulte, demandent à ne point être forcés, et qu'en dehors du travail
physiologique normal indispensable, ils doivent avoh* aussi leur période de repos
ou de réparation, pour se mettre en mesure de satisfaire ultérieurement aux
nouvelles opérations physiogéniques qui leur sont dévolues.
■««r
688 CONGRÈS MÉDICAL INTfiRNATlOiNAL. — SUIËME SÉANCE DE JOUR.
li'BIiECTRKJàTIOIV C^iBNiBRAIilSiBK
BASÉE miJR »B IVOWfSAlJX. PROClÊlMfei
PAR M. LE DOCTEUR JOSEPH DROPS Y (DE CRACOVIE) (1).
THÉRAPIE BASÉE SUR L APPLICATION GÉNÉRALE DE L ÉLEITRICITÉ.
Les résultats des perquisitions de vingt-cinq ans que nous avons instituées dans
le but d'étudier la sensibilité de l'organisme humain, à l'état normal et anomal,
ont aussi posé une base à l'application thérapeutique de l'électricité. Après avoir
reconnu les conditions de l'équilibre de la sensibilité des points cardinaux à l'état
normal, et toutes ses aberrations à l'état pathologique, il nous a été possible
d'étudier à l'aide des épreuves électriques chaque genre d'application de l'élec-
tricité.
Nous ne voulons pas abuser de votre patience, messieurs, en exposant toutes
les modifications de l'application thérapeutique que nous avons instituées durant
cette longue série d'années. Nous nous bornerons à citer les applications qui ont
principalement contribué à donner une valeur incontestable à Vélectrimtùm géné-
ralisée.
En instituant chaque séance des épreuves électriques avant l'application thé-
rapeutique de l'électricité, et en répétant ces épreuves immédiatement après l'ap-
plication, nous avons été en état d'établir la juste valeur de chaque application
thérapeutique. Ce travail a exigé, messieurs, beaucoup de patience et de persé-
vérance, mais ce n'est que de cette manière que nous avons pu obtenir un résul-
tat clair et net, exempt de toute influence nuisible, qui pourrait avoir lieu si les
épreuves n'étaient pas instituées immédiatement après l'application thérapeu-
tique.
Nous avons finalement trouvé que les maladies où les côtés latéraux de la péri-
phérie du corps, c'est-à-dire les extrémités, ont une sensibilité égale, exigent
l'application du courant électrique ccntnftigCy et que les maladies où la sensi-
bilité des extrémités est inégale^ doivent être traitées par le courant centripète.
Nous avons en outre constaté qu'il faut réaliser ces courants en mettant en rela-
tion le sommet de la tête et le creux de l'estomac, c'est-à-dire les centres repré-
sentant le système nerveux avec l'électricité d'un pôle de l'appareil (2), et les
extrémités avec l'électricité de l'autre pôle (3).
Dans le biU d'instituer un courant centiifitge, il faut par conséquent appliquer
V électricité du pôle positif aux centres, et Vékvtncitè négative aux extrémités. Afin fie
provoquer un courant centripète, on doit appliquer V électricité négative aux centres tt
(t) Ce travail était précédé d'une introduction physiologique qui n'a pu être reproduite.
Faute d'espace,
(2> A l'aide d*un rhéopbore bifurqué.
(3) Par un rhéophorc quadrifurqué.
DBOPSY. — ËLBCmiSATION GÉNÉRALISÉE. 689
/a positive aux extrémités, L'ajypiication thérapeuHqtœ de Vélectficité d'après cette
méthode est par conséquent générale.
En appliquant de cette manière l' électricité dans les maladies curables^ on
observe toujours un résultat plus ou moins favorable dans les épreuves que l'on
institue durant la cure. La sensibilité devient de plus en plus normale, état qui
est aiissi constamment accomjMigné du rétablissement progressif de la santé du malade.
On observe dans ce rétablissement de la sensibilité normale un certain ordre.
Véfjuilibre détérioré de la saisibilité s'établit avant tout latéralement, si la maladie
appartient à la catégorie des affections de la fonction centripète, où la sensibilité
est inégale dans les extrémités. Quand l'égalité de la sensibilité latérale a été
réalisée, c'est la sensibilité du bas en haut qui se normalise. Ce sont les pieds, plus
tard les mains^ où la sensibilité devient graduellement normale à l'égard des
cadres, La sensibilité réciproque des centres se normalise finalement.
C'est aussi l'épreuve qualitative, et ensuite l'épreuve qiumtitiUivc qui mani-
festent une sensibilité normale, en présentant jusqu'à ce résultat différentes
nuances de la sensibilité. Quand on a atteint ce but, la pei*sonne examinée jouit
d*an équilibre parfait de la sensibilité et d*ww sanlè absolue.
Ces investigations, qui présentent un point de vue nouveau dans le domaine
de notre science, et qui, nous l'espérons, contribueront h élargir le cadre de nos
idées, nous démontrent aussi, messieurs et honorés confrères, que non-seule-
ment la vie des mondes, mais aussi la vie de l'individu sont sous l'influence d'un
ordre parfait. Elles nous prouvent, en outre, que les perturbations qui se mani-
festent dans la nature ne sont nullement exemptes de cet ordre sublime,
émané de la toute-puissance du Créateur.
C'est surtout à la fin d'une cure électrique que l'on découve la source, le siège
principal de la maladie. On trouve que tous les points sont noi-maliscs, excepté
un centre, ce qui prouve que la source principale des maladies est centrale.
Dans les maladies incurables, l'amélioration des éprouves électriques n'a lieu
qu'à un certain dcgi*é; elle se déclare dès le commencement de la cure électrique.
Le progi'ès vers le bien, qui se manifeste presque toujours, malgi'é l'incurabililé
do la maladie, doit être attribué aux complications que la cure électrique a été
en état d' anéantit*. Après l'éloignement des complications, quand on a affaire à
la maladie incurable, les applications consécutives de l'électricité ne donnent
aucun résultat favorable. L'épreuve électrique reste toujoui^s la même, quant
aux anomalies de la sensibilité, ou présente quelquefois des détériorations, ce
qui est cependant très-rare. Il ne faut pourtant pas se décourager et discontinuer
rusage de Vèlectricitè aussi longtemps que répreuve électriqtte reste toujours la même
et ne démontre pas une aggravation notable, qui ^mrsiste malgré lylusieurs applications
électriques conséaUiveSf car la détérioration de l'épreuve peut être la suite d'une
cause nuisible, à laquelle le malade a pu être exposé pendant la cure, et la
maladie réputée incurable pourrait cependant céder sous l'influence de cette
nouvelle méthode. 11 ne faut pas non plus cesser l'application ultérieure de l'é-
lectricité, malgré Vaggravatim de la maladie elle-même, si Vépreuve électnque nemanx-
feste une détérioration de la sensiltilité. L'aggravation des symptômes de la maladie
est aloi*s la suite d'une perturbation critique qui produit toujours un résultat plus
ou moins favorable. Les cures électriques d'après rélectiisation généralisée sont
pour la jilapart accompagnées de crises notables et fréquentes.
Nos perquisitions, quoique d'ancienne date, ne sont pas suffisantes pour être
en état d'indiquer les maladies dans lesquelles l'usage de l'électiicité est nuisible.
690 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL — 8IX1ÈIIB SfiANGE DE iOUB.
L'expérience d'un homme ne peut y suffire. Nous nous sommes, da reste, prin-
cipalement occupés à découvrir des lois^ afin de pouvoir trouver une base |ilus
solide dans les applications médicales de rélecthcité. En connaissant les lois,
l'indication, quant àTusage de l'électiicité dans telle ou telle maladie, peut être
facilement trouvée.
Nous avons mis l'électrisalion généralisée en usage avec un succès incontes-
table, non-seulement dans des maladies chrotdques, mais dans beaucoup dt!
maladies aigiiès et iuflammaioires, contrairement à l'opinion professée jusqu'à
présent, ce qui prouve que le cadre thérapeutique électrique usité, peut être
considérablement élargi, et que cette force ne manquera pas de jouer à Favenir
un rôle émincnt dans l'art de guéiir. C'est surtout dans les affections nerreuses
et dans d'autres maladies rebelles aux iraUemaits ordinaires, que l'on peut appré-
cier la valeur de V électrisation géfiémlisée.
Chaque genre d'électricité^ non CKCcpté V aimant^ peut être appHqué aivée frvit
dans notre méthode. Nous avons obtenu des résultats favorables en appliquant
des courants continus et des courants interrompus. Il faut cependant que l'appareil
(|ue l'on uiet eu usage ait deux pôles distincts, afin de pouvoir réaliser un cou-
rant électi'ique, qui ne change pas de direction, c'est-à-dire un courant cerUri"
fuge ou cefitnpètef selon la nécessité.
En se servant de l'aimant qui doit avoir une force suffisante pour produire on
eil'et distinct, il faut établir une communication entre les pôles et les points car«
dinaux de l'organisme, à l'aide des conducteurs mentionnés. Nous adoptons dan?
ce but des dés métalliques creux ajustés aux pôles et munis d'anneaux.
Ce genre d'application de l'aimant, qui admet un courofU agissant à distto^^ et
qui n'a pas encore été mis en pratique, convient surtout aux personnes nerveuses.
chez lesquelles il provoque, après quelques minutes de séance, des effets scn*
sibles et parfois très-prononcés. Le pôle austral répond, dans ce genre d'applica-
tion> à VélecUidté positive, le pôle boréal à l'électiicité négative.
Quant à la durée d'une séance électrique, une demi-heure suffit. Les séances
l>euvent avoir lieu une ou deux fois par jour, quelquefois par semaine, ce qui
dépend de la gravité de la maladie. L' électrisation généralisée, qui n'eiijt'
qu'une intensité modérée de l'électricité et qui n'irrite jamais les nerfs, explique
la possibilité d'une séance prolongée. Nous avons môme appliqué T électricité (ic
cette manière durant quel<[ues heures, sans incommoder sous aucun rapport lc5
personnes les plus nei*veuses.
11 y a de la difficulté, sinon de l'impossibilité^ à trouver une personne tout ï
fait bien portante, pour vérifier les résultats de l'épreuve électrique physiolo-
gique. 11 faut, dans ce but, entreprendre une cure électrique avec une personne
soi-disant bien portante, ce qui réussit le mieux, si l'on a recours à des jeunc<
filles qui n'ont jamais été malades, et qui sont en général plus intelligente^ et
plus attentives que les garçons. Après avoir découvert chez ces personnes toutes
les anomalies de la sensibilité, que Ton rencontrée toujours malgré l'apparence
de santé, on entreprend une cure électrique d'après les règles que nous Tenon<
d'exposer, et l'on parvient aux résultats indiqués.
Si après avoir normalisé les éprtuves électriques, on ne discontinue pas ViL<fiO'' ''^
l'électricité d'après h même procédé^ et qu'on instittte et eaxLmine les éprenrcs électri^p'*^^
on y trouvera toujours les mômes résultats, ce qtti prouve que Vétat physiologi'i»t' «^
l'organisme a été atteint et que ce mode d'application m gâte pas VéqmHbre de la «'<-
sibiHté normah de Vorgafiisme»
MOVSY. «— iLBCTRiaATION GÊNteAUSte. Oftl
Les épreuves électriques restent normales aussi longtemps que la personne
eiLaminée ne s'expose pas à une influence nuisible. L'équilibre de la sensibilité
est bientôt détérioré, si Ton cesse d'appliquer l'électricité. Un petit refiroidisse-
ment, une cause nuisible dans le régime de la vie pbjsique ou morale,
aussi insignifiante qu'elle soit, provoquent immédiatement des anomalies
dans les épreuves électriques, malgré Tapparenoe d'une parfaite santé, qui
est d'autant plus admissible que l'examen médical usité parait justifier Tas^
surancc de la personne soi-disant bien portante* Si la cause nuisible a été
grave et de nature à pouvoir développer une maladie distincte, le médecia, à
l'aide des épreuves électriques, est en état de prédire cette maladie avant sa
déclaration et malgi'é l'absence des symptômes patbognomoniques.
Ce qui a été dit prouve rimportaac9'>de l'électricité dans l'art de guérir, et
son incomparable délicatesse prabatoire, quand il s'agit de sonder l'état de l'or*
ganisme, de découvrit* les germes ocultes des maladies dans tous les cas dou-
teux où Texameft médical usité ne suffit pat» Ge qui a été dit démontre aussi
la possibilité d'avoir recours à cette force comme moyen prophylactique, c'est-à*-
dk*e ptéMârwMf^ Si l'on peut, en effets découvrir chaque germe de maladie à
l'aide des épreuves électriques, si l'on est en état d'anéantir ces germes par
l'application de l'électricité que nous venons d'indiquer, et si ce genre d'appli^
cation n'est jamais nuisible, nonobstant la présence de l'état phystologique, il
est clair que réiectricfté peut être mise en usage impnnémeiii et avec friiit dans
tous les cas où la maladie ne s'est pas encore déclarée. J/meige de réketrieUéf
comme magmpropkykKtiquif aeam oinUredU utè grand of^enirM eU de la pim haute
ABRÉVUTIONS.
Dans le but d'éviter les répétitions et pour faciliter Taperçu dans les épreuves
électriques, nous nous servons des abréviations qui peuvent indiquer toutes les
modifications possibles par rapport au tempe et à la force de la sensation. Noos
mettons en usage les abréviations suivantes :
E, encephalum, Encéphalç, sommet de la tête.
G, cervix. Région cervicale de la colonne vertébrale.
L, Itjunbus. Région lombaire de la colonne vertébrale.
S, sympathicus, scrobûnilum cordis. Région épigastrique, creux de l'estomac.
M, mantts dextra» Main droite.
m^ manus sùmtraé Main gauche*
3m, manus dextra et simsti'a» Mains, di'oite et gauche.
P, pes dexter. Pied droit.
pi pessMstefè Pied gauche.
2p, pe$ dexter et sinisier. Pied droit et gauche.
N, état normal par Papport à la force de la sensation et au temps de la per-
ception;
Z, ttat anomal opposé au précédent, où la sensation est plus petite et se déclare
plus tard dans le point plus rapproché du sommet de la tète.
Pour indiquer la Tmii^simultanéité de la sensation de différents points, il suffit
de les noter d'après l'ordre du temps de la sensation : par exemple CMm signi-
fie que la sensation s'est déclarée d'abord dans la région cervicale, ensuite dans
la main droite, et finalement dans la main gauche*
G92 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. -«- SIXIËMB SÊAHCB DE JOUR.
Pour marquer les différents d&jrés de la force de la sensation de ptmewrs pointe
que Von examine simultanément , on met des chiffres du coté droit des abréviations^
par exemple L^P^'; ce qui signifie que la région lombaire et les pieds exami-
iics simultanément ont manifesté différents degrés de force de la sensation. Le
pied droit a reçu la plus vive impression, ensuite la région lombaire, et enfin
le pied gauche, qui a été le plus faiblement impressionné. (Quant au temps de la
perception, la sensation s'est d'abord déclarée à la région lombaire, ensuite au
pied droit et enfin au pied gauche.)
Si, en examinant devx points périphériques analogues, on trouve que la sen-
sation s'est déclarée simultanément, mais que la force de la sensation a été
inégale, on peut se seiTir du signe ci-joint, par exemple 2m < M; ce qui si-
gnifie que la sensation s'est manifestés ëmultanément dans les deux mains,
mais qu elle a été plus grande dans la main droite.
Signe d'égalité par rapport à la force de la sensation, par exemple E=L';
c'est-à-dire que la force de la sensation qui s'est déclarée plus tdt au sommet de
la tête s'est montrée égale au sonmiet de la tête et à la région lombaire.
Sigm d'égalité par rapport au temps de la sensation, par exemple E || S; ce
qui signifie que le sommet de la tête et la région lombaire ont reçu l'impressioD
de r électricité simultanément.
Signe d'égalité par rapport au temps et à la force de la sensation, par exemple
Si|3|: 2p; c'est-à-dire que le creux de l'estomac et les pieds ont reçu une sensa-
tion simultanée et de force égale.
Quand cette double égalité a lieu dans deux points périphériques analogues,
il suflit de noter simplement ces points: par exemple 2m. 2p signifie que le
temps et la force de la sensation ont été simultanés et égaux dans les rnain^,
dans les pieds.
Nous nous senons de ces deux signes pour marquer la direction du courant
électrique que nous mettons en usage : (1) désigne le com^ant centrifuge^ (2) le
courant centripète : par exemple (1) P%S CP' signifie que le pied droit est
plus tôt et plus sensible que la région cervicale, si l'on a appliqué le courant
centrifttge, mais que la région cei*vicale est plus tôt et plus sensible que le pied
droit, si l'on a mis en usage le courant centripète.
EXEMPLES d'épreuves ÉI.ECTRIOt'ES EN ABnÉVIATIONS AVANT ET APRÈS UNE SÉANCE
ÉLECTRO-TH ÊR APEUTIQUE .
1** Maladie où la sensibilité des extrémités est égale et où l'application thé-
rapeutique du courant a été par conséquent centrifuge , d'après la formule :
E* 9|ll
-|- ^ — « , c'est-à-dire où l'électricité positive a été appliquée au sommet de
la této et au creux de l'estomac, et l'électricité négative aux extrémités.
DROPSY. — ÊLECTRISATION GÉNÉRALISÉE.
693
Rpreuvu éleetriaoR
ATant l'api>lioaUon électro-tnérapoiiti<|np.
EM
Em
CM
Cm
LM
Un
SM
Sm
EP
Ep
CP
Cp
[p
SP
Sp
0)
m^'
m2L'
m^S'
Cîp/
cy
L4P'
S!»P'
sy
(2)
Épreuve éleetriane
après rnpplicatioa ûlcctro-uiérapciitique.
EM
(1)
E%'
(2)
Em
E«m'
CM
C^M'
Cm
CW
LM
LW
Un
lAn'
SM
»12S'
S^M'
Sm
m^S'
S%'
EP
E»P'
Ep
CP
Ey
C«P'
Cp
LP
cy
L2P'
Lp
SP
Ly
S«P'
Sp
sy
Chaque épreuve électrique est composée^ comme on le voit, de quatre co-
lonnes. La première présente en abréviations les combinaisons des points que
l'on doit examiner séparément. La seconde démontre les résultats de cet examen
quand on applique le courant centrifuge. La quatrième présente les résultats de
l'examen quand on a recours au courant centripète. Si le résultat dans l'applica-
tion de chaque courant est !e mèmey on ne le note qu'une fois dans la troisième
colonne.
L'épreuve électrique ci-dessus ne présente des anomalies de la sensibilité
avant l'application thérapeutique que dans l'examen institué enti'e la région cer-
vicale, la région lombaire, le creux de l'estomac et chaque main. On voit que chaque
main examinée séparément a une sensibilité inverse à l'égard des centres, c'est-à-
dire que la sensation est plus tôt et plus sensible que la région cervicale^ que la
région, lombaire et que le cretu; de l'estomac.
Quant à l'épreuve exécutée après l'application thérapeutique^ l'état normal
de la sensibilité a été rétabli entre la région cervicale, la région lombaire et chaque
main. Quant à l'épreuve instituée entre le creux de l'estomac et chaque main, l'état
normal de la sensibilité n'a été réalisé que dans l'application du courant cen-
tripète. 11 y a pai* conséquent une amélioration évidente par rapport à la sensi-
bilité des centres à l'égard des extrémités.
2* Maladie où la sensibilité des extrémités est inégale^ et où l'application thé-
rapeutique du courant a été par conséquent centripète^ d'après la formule :
— «-}-« , c'est-à-dire où l'électricité positive a été appliquée aux extrémités^
et l'électricité négative au sommet de la tête et au creux de l'estomac.
Épreuve éleetrique
avant Tapplicatiou «lectro-wérapeoUque.
E^m
C2m
L2m
S2m
E2p
C2p
L2p
S2p
Épreuve électrique
après rapplieation éleotro-thérapeQtîqtie.
(1)
1
(2)
(1)
E*2m<in'
E2m
E»2iii<in'
C«2ni<m'
C2m
C*2in<in'
L22in<m'
L2m
L«2m<in'
S*2in<ni'
S2m
S»2m<in'
E
E2p
B
C'2p<pî
C22p<p'
C2p
C»2p'
L'2p<p2
Lî2p<p'
L2p
L»2p'
S'2p<p»
S22p<p'
S2p
S«2p'
(2)
cntd
SS2irf
69/i CONGRÈS MÊMGAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
L'épreuve électiique avant l'application thérapeutique démontre, comme on
le Yoit^ une inégalité de sensibilité des maim et des pkds dam toutes ses comli-
Twisons. Après l'application thérapeutique, V inégale sensibîUtè des pieds a tatck-
ment disparu» Quant aux mains^ la sensibilité est devenue égaie pendant l'appli-
cation du courant cefitripéte; elle est restée inégale quand on a recours au courant
centrifuge. Il y a donc une amélioration notable par rapport à la sensibilité laté-
rale des mains et principalement des pieds.
Nous avons choisi des épreuves avec des résultats simples, afin de faciliter
l'aperçu.
C'est de cette manière que nous avons étudié toutes les applications électro-
thérapeutiques possibles , et que nous sommes parvenus à établir finalement la
valeur de l'application électrique généralisée.
V électrisoHon généralisée n'exclut cependant nullement la haute valeur de
Vélectrisation localisée. L'une et l'autre sont, sans contredit, les bases solides de
toute électrisation médicale rationnelle.
CONCLUSIONS,
PHTsiotocns.
1® L' électrisation généralisée est basée sur la connaissance de la sensibilité
de la surface du corps humain à l'égard de l'électricité. Cette sensibilité, qui est
une véritable pierre de touche de la santé et de la maladie de l'homme, n*est
pas également distribuée. Elle est, à l'état physiologique, comme les épreuves
électriques démontrent, quant au temps de la perception et quant à la force de
la sensation de l'agent électrique, en raison inverse de la distance de chaque
point du corps du sommet de la tète.
PATH0IX)GI£*
V La sensibilité de tous ou de plusieurs points du corps est à l'état patholo-
gique en raison directe de leur distance du sommet de la tète.
3* Les épreuves électriques démontrent aussi qu'outre la sensibQité perverse
du haut en bas, c'est-à-dire du sommet de la tète Jusqu'aux plantes des pieds,
qui est le signe pathognomonique de la maUdie en général^ il y a aussi fréquem-
ment une sensibilité perverse latérale, c'est-à-dire que la sensibilité peut se
déclarer Inégale aux points doubles de l'organisme, aux extrémités, par rapport
au temps de la perception et à la force de la sensation de l'agent électrique.
Cette circonstance range les maladies en deux catégories : 1^ il y a des mala-
dies oii la sensibilité se déclare à l'épreuve électrique simultanément et où elle
est de la même force, dans les points doubles, dans les extrémités; 2"^ il y a des
maladies où l'on observe une inégalité de la sensibilité des côtés latéraux, c'est-
à-dire des points doubles des extrémités, à l'égard du temps de la perception et
de la force de la sensation de l'agent électrique.
DROPSY. — filECTRISATION G£n£BAUSÊE* 695
THÉRAPIE,
ft" Les eipériences thérapeutiques fondées sur les épreuves électriques citées
prouYent que les maladies de la première catégorie, c'csl-à-dîre où les extré-
mités accusent une sensibilitë égale^ sont des affections qui ont rappoH à un
état pathologique de la fonction centrifuge du système nerveux et qui exigent
l'application du courant deetrique centrifuge. Les maladies de la deuxième
catégorie, où la sensibilité des extrémités est inégale, et qui sont les plus nom-
breuses, sont le résultat d'uA état pathologique de la fonction centripète du
système nerveux, et rendent Tusage du courant électrique centripète néces-
saire.
5® Il faut, dans le but de traiter les maladies do la fonction centrifuge, appli-
quer l'électricité positive au sommet de la tête et au creux de l'estomac, et l'élec-
tricité négative aux mains et aux pieds. 11 faut, dans l'idée de traiter les mala-
dies de la fonction centripète, mettre en usage l'électricité négative au sommet
de la tcte et au creux de l'estomac, et rélectricité positive aux mains et aux
pieds.
Il faut continuer ces applications électriques dans les maladies curables jus-
qu'à la réalisation de l'état physiologique de la sensibilité, ce qui est équivalent
h la réalisation de l'état physiologique de la santé. Quant à l'application de l'élec-
trisation généralisée dans les maladies incurables, il faut la poursuivre jusqu'à
la réalisation de la sensibilité la plus rapprochée que possible de Tétat physiolo-
gique.
6° L'usage thérapeutique de l'électrisation généralisée, appliquée de cette
manière, peut être invoqué avec fruit non-seulement dans les maladies chro-
niques, mais aussi dans les affections aiguës. On peut aussi l'appliquer impuné-
ment pendant toutes les fonctions physiologiques, la menstruation, la grossesse,
la lactation.
7® L'électrisation généralisée peut aussi jouer un rôle de premier ordre comme
traitement prophylactique.
096 CONGRES MÉDICAL IiNTKA NATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUB.
SVR VMfi IVOWGLLfi FORME DE MAIiADIE D'OREIULK
PROBVITE PAR liE RÉVEIiOPPEMElUT
BE DEUX. ESPÈCES DE CHAMPICÏIVOIVS PABAStTBS
DAMS l^E TISSU DE LA MEMBRAIVE DU TYIHPAN
{JiycomyHngitis et myringomycosis aspergiUina. — AspergUlus
flavescens et AspergUlus nigricans)
FAR M. LE DOCTEUR ROBERT WREDEN
Directeur de rétablissement oUatrique de Saint-Pëtertbourg (1).
Jusqu'à l'annce 18^t^ los connaissances relatives au dt^veloppement des para-
sites vcgctaux dans l'oreille de l'homme nous faisaient entièrement dc^faut. Ce
fut Mayer qui, le premier {Beobachtwigen ron Cysten mit Fadenpilzcn am dem
ausseren Gehùrgange, in Mùller's Archi% 18/i/i, p. 401), publia une observa-
tion sur ce sujet ; sa description, du reste, ainsi que ses dessins^ sont fort
imparfaits. En 1851 , Pacini publia (Supra una muffa parasita (Mucedo) nd
eondotto aitditivo esterno, Firenze, 1851, p. 7) la seconde observation, faite
par lui sur le malade du docteur BargcUini, qui contient une description plus
précise des parasites végétaux du conduit auditif; mais, malheureusement,
elle n'est nullement conforme à l'observation communiquée par Mayer. Der-
nièrement Schwartze (Pilzwucherung (Aspergillus) im Uusserm Qehbrgange, 1863,
im Archiv fur Ohrenfieilkunde, Bd. II, Heft 1, S. 5) a obser\é un cas de déve-
loppement de champignons dans l'oreille externe. La description, faite par lui,
de la maladie est bien plus détaillée et plus exacte que celles de ses deux
prédécesseurs; mais le côté botanique en est entièrement omis. Schwartze n'a
pu constater la présence de sporanges, il n'a vu que les filaments de mycé-
lium (/oc. ciï., p. 6), qui, comme de raison, ne pouvaient servir à déterminer
l'espèce. Mais le professeur J. Vogel réussit à découvrii* des sporanges isolés et
bien conservés, et déclara ces champignons appartenant à une espèce d' Asper-
gillus, J. Vogel montra, le 22 décembre 1865, un exemplaire de V Aspergillus du
conduit auditif externe au professeur Ernest Hallier (je présume que cette pièce
microscopique provenait du cas de Schwartze), lequel dit dans sa nouvelle œuvre
sur les parasites végétaux du corps humain [Die pflanzlichen Parasiten des mensch'
lichen Korpers, Leipzig, 1866, p. 78), que le champignon du méat de Vogel (pro-
bablement celui _de Schwartze?) ne diffère en rien de V Aspergillus glnwms, Lk.
De même Hallier est enclin à considérer le Fungus meatus audOoris de Meyer,
ainsi que le champignon de Pacini (cas du docteur Bargellini) comme apparte-
(1) Ce travail était accompagné d*un grand nombre d'échantillons et de préparations mi-
croscopiques. — Il contenait la relation détaillée de dix observations que nous n*avons po
reproduire ; mais la description dogmatique si complète dont Tauteur a fait suivre ses obier-
valions est imprimée textuellement, de sorte que la suppression à laquelle nous avons été
contraints est sans inconvénient pour la conception de cette maladie nouvelle.
WRBOBN. — SUR UNE NOUVELLE FOBME DE MALADIE D*OREILLE. 697
nant à Fespèce AspergUlus, en quoi^ par conséquent, il est d'accord avec Kûchen*
meister (Die in und an dein Kôrper des lebendm Menschen vorkommenden ParasUen ;
Leipzig, 1855, 2 Abth, S. 120).
Le 29 décembre 1866, j'ai envoyé à Wùrzbourg, à la rédaction du journal
Arckiv fur OhrenkeUkunde, un traité intitulé : Sechs FàUe von Myringomycosis
[Aspergillus glaucus, Lk), qui pai*ut peu de temps après, dans la première li-
vraison du troisième volume de ce jouraal. J'avais joint à mon ouvrage deux
tables de dessins et une pseudo-membrane parasite, retirée de l'oreille gauche
d'un malade et qui poiiait l'empreinte du tympan (observ. VI). Le spécimen,
conservé dans de la glycérine, fut remis, comme me l'écrivit M. le professeur
Trocltsch) à M. Schenk, professeur de botanique à Wûi'zbourg, pour l'analyse et
la préparation d'objets microscopiques. J'avais, de mon côté, envoyé ce spécimen
de champignons au professeur Troeltsch dans l'intention de lui donner occasion
d'étudier les qualités microscopiques de ce parasite et de vérifier les dessins
annexés (1). Je suis très-redevable à mon ami le professeur Landzeil, qui a bien
voulu se charger des dessins de la table I (2), c'est-à-dire figures 11-15, et non
moins h l'amabUité du professeur Heppner pour les figures 1-1 0 de la table II
(coloriées). Les sporanges et les spores étaient représentés d'une couleur jaune
clah* ou jaune foncé, sur les dessins que j'avais envoyés, tandis qu'ils furent
coloriés en vert clair dans VArchiv fur Ohrenheilkwide.ie ne puis m'expliquer ce
qui a pu donner lieu à ce changement de coloris. En tout cas, les sporanges et
les spoiiiles sont jaunes en nature, tels que je les ai décrits dans le texte
(voy. brochure annexée, p. 16), et non verts, comme ils ont été représentés
par méprise dans VArchiv fur Ohrenheilkwide, Serait-il possible que cette mé-
prise, de faire colorier les organes de fructification en vert, ait eu pour cause
mon assertion (dans la susdite brochure) que les champignons de l'oreille appar-
tiennent à l'espèce de V Aspergillus glauciLSy Lk, bien que je les indique jaunes
dans le texte. Je dois convenir que, du temps de ma première observation,
je considérais une simple différence de coloris comme un caractère distinc-
tif trop peu essentiel pour distinguer une nouvelle espèce de champignons,
d'autant plus qu'il en existe déjà un trop grand nombre. Je croyais que mes
champignons représentaient une vaiiété du moisi vert bleuâtre commun {Kol*
benshimmely Aspergillus glaucus, . Lk), provenant des circonstances particulières
sous l'influence desquelles elle s'était développée dans l'oreille ; et *ce qui me
confirma dans cette supposition, c'est que j'avais trouvé dernièrement encore
des champignons appartenant à l'espèce de VAspergillm glaucus, et ayant les
sporules noires. Et si, dorénavant, je parle d'un Aspergillus flavescens et A. ni-
grimnsy je ne le ferai que pour montrer la différence du coloris des organes
de fructification et pour éviter des méprises, mais non pour introduire dans la
(i) Lorsque j'eus expédié ce traité à Wùrzbourg, la 3* édition (Wùnbourg, 1867) du
a Lehrbuch der Ohrenheilkunde d de TroeUsch, qui avait paru en attendant^ me tomba
sous les yeux, et j'y vis une remarque (p. 90) où il est dit : « Jusqu'à présent je n'ai vu moi-
même qu'une seule fois des champignons dans le conduit auditif externe, et M. le professeur
Schenk a eu l'obligeance de me les désigner comme Aspergillus penicillatus. Hs formaient
une petite tache isolée sur la paroi supérieure du conduit auditir osseux, près du tympan,
chez un malade que je traitais pour un catarrhe chronique de la cavité du tympan, U resta un
petit endroit suppurant après que j'eus éloigné ces parasites^ qui n'avaient produit aucun phé-
nomène morbide et dont la présence fut entièrement accidentelle. » (De Troeltsch.)
(2) Les tables 1 et U ont été réunies par la rédaction de VArchiv en une seule.
698 GONGRfcS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE lOUIL
mycologie deux nmimUes espèces de champignons eisentieUemefit différentes. Je
crois que V Aspergilltis flar^scens et l'A. nigricafis, le champignon pulmonaire
de Virchow [BeitrUge zur Lehre von den, beim Memcken fXfrhommenden pflanzlkhen
Parasitoi, in Virehùtv's Archw^iS56, Bd. IX, Hfl. 4, S. 557-580), qucCFresenius
{BeUrage zw Myc4)logie^ Francfurt a/M., 1860-1863, S. 81-82, Fol. X, fig. i-11)
compare au champignon trouvé par 'lui dans les bronches d'une outarde {0(w-
tarda), et qu'il nomme A. fumigattts, ainsi que Asp, glaueus, Fries, A.sp, ean*
didus, Mich., Asp.dubius, Asp, mmoroides, que Corda décrit dans ses Icônes Fwh
gorum, ne sont, selon moi, que des variétés du champignon commun du m(nsi
{AspergiUus glatmis, Lk) produites par les particularités du milieu sur lequel elles
se développent. Je ne voudrais en excepter que le champignon AspergiUus ni-
grescens de Robin [Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent strr V homme
et sur les animaux vivmtSy Paris, 1853, p. 518, Atlas, pi. V, fig. 2), parce que ses
filaments réceptaculaires sont décrits comme étant formés de plusieurs rangées
de cellules articulées qui se rétrécissent à Tendroit de leur contiguïté. La des-
cription et les dessins de VAs^yergillm nigrescens livrés par Ch. Robin {loc. cit.)
sont en général tout ce que j'ai trouvé de plus exact et de plus beau dans la
mycologie concernant Y AspergiUus ; après lui, se distingue par la clarté et la
plénitude de la description, Fouvrage de R. Virchow {Archiv, Bd. IX) cité ci-
dessus. G. Fresenius a également donné des dessins exacts de VAsp. fumigatusi,
qui ressemblent beaucoup à VAsp. flavescens. Je considère, comme dignes d'être
mentionnées, les dernières œuvres de A. de Barry (Morphologie wid Physiol'Mjie
der Filze, Flechten und Mycomtjceten, Leipzig, 1866), et surtout d'Ernest Hallier
{Die pflanzlichen Parasiten des menschlicken Kôrpers^ 1866). Ce dernier me paraît
surtout très-remarquable, vu que par son point de vue original et nouveau, il
introduit plus de système et de clarté dans la mycologie.
Les dix observations sur lesquelles est basé ce mémoire m'ayant donné maintes
fois l'occasion d'étudier à l'aide du microscope les divers degrés du développe-
ment des végétations de Y AspergiUus dans l'oreille, ainsi que dans d'autres mi-
lieux sur lesquels j'ai cultivé ce parasite, je me crois obligé de donner de ce
champignon une description botanique aussi détaillée qu'il m'est possible de le
faire, afin qu'elle puisse avoir une utilité pour le médecin praticien. Lors de ma
première observation, j'ai eu l'occasion de me convaincre des difficultés par les-
quelles se sent arrêté le médecin praticien, s'il veut" poser le diagnostic microsco-
pique de ce parasite. J'ai dû consulter beaucoup d'ouvrages avant de pouvoir m'as-
surer de la justesse de mon diagnostic. Ce n'est qu'après une étude plus détaillée
des écrits spéciaux sur ce sujet, et après des essais de culture que j'ai entrepris
moi-môme, que je suis parvenu à mieux comprendre mes propres pièces micros-
copiques.
Sans entrer dans les détails de la technique de l'analyse microscopique plus
ou moins connue de chaque médecin praticien, je voudrais seulement appeler
l'attention de mes collègues sur ce que le grossissement auniessous de 200
fois linéah^es n'est pas suffisant et qu'il faut soumettre l'objet à un grossissement
de 300 fois. Les pièces microscopiques bien réussies et transparentes, qui
ont été éparpillées et soumises à l'action nécessaire d'une solution de potasse
caustique (8 pour 100) (1), peuvent avec grande utilité être examinées au moyen
•
(1) Si la pseudo-membrane consiste en une végétation parasite entremêlée de cellules épi-
théliales en très-petite quantité, il est entièrement inutile de soumettre l'objet mlcroscoiii^iie
WftBDEn. * Bim vm nocyeilb forme de maladie d*obeiue. 699
d'un grofflissement de ûOO, surtout dans le cas où l'on veut clairement distinguer
les cloisons cellulaires transversales. Si, de plus^ l'objet a été teint par une solution
de carmin et qu'on Texamine h. Taide du système d'immersion n* 10 de Hartnack,
on a en vue de magnifiques spécimens véritablement très-insti-uctifs. On se sert
d'une solution d'acide arsénieux ou d'acide carbolique pour avoir de YAspergillm
des objets microscopiques très-transpai'ents, mais en même temps entièrement
décolorés. Nous reviendrons là-dessus plus tard. La glycérine est le meilleur
moyen de conservation, et si Pacini n'a pas réussi à conserver VAspergillus reçu
du docteur BargeUini dans son liquide (solution de gomme avec de l'acide arsé-
nieux), c'est par suite de circonstances que j'expliquerai plus bas. Je puis dire
seulement que je suis parvenu à conserver mes préparations dans de la glycérine,
sans la moindre altération, même plus d'une année.
Quand on examine à l'aide du microscope une masse parasite enlevée de
l'oreille, op constate qu'elle est formée de trais parties essentiellement distinctes :
1* le wiycéfiwm, qui consiste en une plexus compact de filaments stériles de cham-
pignon couchés horizontalement et diversement ramifiés; 2*" de filaments fertiles
ou récefiacuhireSy plus forts et plus larges que les filaments stériles du mycéHxvm,
et qui sont dans une position verticale par rapport à ce dernier; ils se terminent
par un renflement sphérique (capitule ou sporange); et 3* de spores libres, répan-
dues en grand nombre parmi les filaments, et qui sont tantôt amoncelées en
groupes irréguliers, tantôt rangées en forme de chaînes.
Le myoélixan consiste en un complexe, pseudo-membraneux et embrouillé
de filaments stériles, fins, noueux, diversement tordus et ramifiés; ces fila-
ments, très4ransparents et incolores, contiennent à leurs extrémités un plasma
finement granulé. Ils se distinguent en outre principalement par un contenu
limpide, homogène. Dans les filaments plus larges, le contenu est souvent inter-
rompu par des vacuoles. Les filaments plus fins permettent seulement de distin-
guer un contour simple et l'absence de toute articulation, tandis qu'avec l'accrois-
sement de la largeur on remarque l'apparition de contours doubles et d'articulations
produites par des cloisons transversales cellulaires. La largeur des filaments
fins de mycélium se montre (d'après mes mesures) de 0"'',0015 àO"",003,
et celle des filaments plus gros de 0"",004 à 0"",006. Jusqu'à présent je n'ai
pu découvrir de différence entre le mycélium de l'A. flavescens et celui de
l'A, nigricans.
Les fUamerUs fertiles (fructifiants, réceptaculaires ou pédicules) sont des rameaux
du mycélium couché et rampant qui se sont redressés sous un angle droit, et qui
surpassent toujours en grosseur et en largeur les filaments du mycélium. Ils con-
sistent en tubes simples ou ramifiés, très-rigides, transparents, portant des sail-
lies et des renflements angulaires, et présentent des contours doubles; ces tubes
9ont partagés par des cloisons cellulaires transversales et ont généralement un
contenu clair et homogène qui, par-ci par-là, est interrompu par des vacuoles. Le
contour double est très-distinct; il diffère en coloris du contenu des tubes, et se
continue immédiatement dans le renflement sphérique du capitule. La largeur
de ce contour double ou la grosseur des parois du champignon se montre (d'a-
près mes mesures) de 0"",0015 à 0'"",002 dans les filaments plus gros. En
général, j'ai rarement remarqué les ramifications des filaments fertiles, âiais on
& une préparation préalable avec Talcali. Ainsi, la glycérine seule a suffi pour la préparation
des ebjets annexés.
700 CONGRtS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUE.
rencontre cependant des ramifications terminales et latérales (bifurcations).
Les cloisons cellulaires transversales sont encore plus rares dans les filaments
fertiles de V Aspergillus^ si Ton ne se laisse pas induire en erreur par deux
vacuoles placées côte à côte. L'extrémité libre des filaments réceptaculaires
{sporangium v. capitulum) est formée par un renflement en spbère {receptaculum)
ou en ovale oblong ou transversal^ de la périphérie duquel une quantité innom-
brable de spoiniles rondes^ rangées en foime de fils de perles, se répandent
en rayons dans toutes les directions. Tel est le tableau que présente un exem-
plaire parfaitement mûr. Les jeunes filaments réceptaculaires présentent au
commencement un renflement (receptaculum) ampuUairc qui se garnit ensuite
de cinq^ sept, neuf ou plus de longues cellules fusiformes {basidia ou steny-
matà)^ à l'instar des poils de pinceau. A mesure que les sporanges se déve-
loppent et mûrissent, ces cellules basales fusiformes augmentent rapidement
en nombre, de manière que le réceptacle bientôt en est recouvert, conune s il
était entouré de poils hérissés. Finalement, conunence aux bouts libres de ces
cellules basâtes, fusiformes, une dcligation progressive et prompte des acro-
spores, de façon qu'enfin le réceptacle est recouveii; de chaînes innombrables
formées de petites sporules sphéiiques articulées en chapelet. Les sporanges d('
VAsperijillus flavcscens et de VAspergillus nigricans présentent un signe de distinc-
tion constant. Les cellules basales (basidia) de YAsp, itigricans entourent le récep-
tacle de tous les côtés, en sorte qu'il apparaît garni d'une couronne complète
de chaînes de spores, tandis que le réceptacle de VAsp. fUxcescem est toi^ours
libre de cellules basales, et pai* conséquent de chaînes de spores dans son quart
ou dans son cinquième inférieur. Les chaînes de YAsp, mgrica/tô sont en outre con-
stamment plus longues que celles de l'As/), flavescens, La forme du réceptacle est
généralement sphéiique et rarement transverso-ovale chez VAsp. tdgricatis^ tandis
que la forme oblongo- ovale prédomine dans YAsp. flavescetis. En même temps le
contour double des filaments fertiles de YAsp. nigricans est relativement plus
marqué que celui de YAsp. flavescem, qui en général n'atteint pas la grandeur de
YAsp. nigncafis. La couleur du capitulum (à la lumière réfractée) de VAsp. fia-
vescens est, pour des exemplaires jeunes, d'un jaune clair, et pour des exem-
plaires plus mûrs bt plus âgés, d'un jaune foncé. Les jeunes sporanges de
VAsp. niorimns sont au contrah'e brun clair, et les exemplaires plus mûrs d'un
brun noirâtre. La largeur de l'un des plus grands réceptacles oblongo-ovale<
/ Asp. flaoescens) que j'ai mesurés était == 0"'"*,024 ; la longueur = O*",027.
Le plus grand diamètre que j'ai trouvé parmi les sporanges sphériques (Asp.
nigriciins) mesurait 0""',03. La longueur des chaînes de spores était O"",006,
0»"»,009 à 0"",015; leur grosseur = 0»»,00i5, 0»",003, 0"»,00/i. Il est on
outre remarquable que la paroi des filaments fertiles et des sporanges résiste
mieux que toutes les autres parties des champignons aux agents chimiques, et
qu'en général les espèces d' Aspergillus qui croissent dans l'oreille peuvent
non-seulement être facilement conservées dans divei-s milieux, mais qu'il est
même très-diflicile de les détruire, comme nous aurons plus loin l'occasion de
nous en convaincre.
Les spores ou sporules sont de petites cellules sphériques dont le diamètre
= 0".",002, 0°'",003. Elles forment au commencement des chaînes simples,
non ramifiées, en forme de fils de perles, naissent des cellules lia:»ales du
réceptacle et entourent celui-ci. Elles sont très-faiblement réunies entre elles, ol
se dispei-sent comme une poussière au moindre attouchement. Elles se niouil-
WRBDEN. -«- SUR DNS NOUVELLE FORME DE MALADIE D*ORBILLE. 701
•
lent difficilement par Teau,, de manière que lorsqu'elles sont amoncelées en plus
grand nombre et placées dans Teau^ elles retiennent à leur surface beaucoup de
bulles d'air. La formation des chaînes qui entourent le réceptacle se fait à l'aide
d'une déligation succédanée de cellules sphériques (spores) au sommet de la cel-
lule basale (sterigma y. basidia), de façon qu'au-dessous de la première spore
formée se développe une nouvelle protubérance qui soulève la première vertica-
lement^ la pousse en avant pour se développer à son tour en spore. La seconde
est suivie d'une troisième, et ainsi de suite^ souvent jusqu'à plus de vingt. Ainsi
les spores formant des chaînes sont d'autant plus jeunes qu'elles sont plus pro-
ches du point de départ. Souvent elles restent longtemps légèrement liées par
une membrane très-fine qui les recouvre toutes^ et qui est fortement resserrée
cnti*e chaque deux cellules. Les spores isolées et librement dispersées ne pré-
sentent, avant la geimination, qu'un contour simple, uni et rond, et un contenu
homogène et limpide, tandis que les spores germinantes sont d'un volume quatre
à six fois plus grand et ont un double contour très-distinct {epi- et endosporium),
ainsi qu'un noyau foncé excentrique. 11 est très-facile de distinguer les spores de
VAsp. ftavescens des spores de VAsp. nigricans, A la lumière réfléchie, les pre-
mières paraissent brunes-jaunâtres et les autres noires; à la lumière réfractée,
les premières sont jaune clair et les autres brunes-noirâtres. Les sporules ger-
minantes des deux espèces ont un contour double plus foncé que le contenu; les
spores de VAsp, flavescem sont en outre plus gi'andes que celles de l'Asp. nigrir
cans, tandis que les sporanges ou capitules présentent le rapport contraire.
Malgré les difTérences remarquables qui existent dans les organes de fructifica-
tion de VAsp, flavescens et de YAsp. fdgricans, et qui les distinguent en même
temps de VAsp. glaucus, Lk, je ne puis cependant les considérer comme formant
deux nouvelles espèces d'Aspei^gillus. Je suis porté au contrah*e à les considérer
comme des variétés de VAsp, g/auctis, Lk, provenues de leur culture dans un
milieu modifié. Ce qui a surtout le plus grand intérêt, c'est la cûxonstancc que
dans les observations que j'ai faites j'ai trouvé que la plus haute série de végéta»
tion de VAspergillus, c'est-à-dii*e la série du moisi, s'était justement développée
dans l'oreille humaine, tandis que, selon Hallier (/. c, p. 77), la forme du moisi de
VAspergillus^ ainsi que du Petiicillium^ne se rencontre jamais sur le corps humain;
car il est certain que le chaïupignon du faïus (AchoiHon Schcmlemii, Remak) n'est
rien autre que la variété Achorion du Pénicillium glawmmy en même temps que le
champignon du jntyi'iasis {Microsporon fwfur, Rob.), d'après les essais de culture
qu'a faits Hallier, se trouve être la forme Achorion de VAsp. glaucits. De même
les recherches de Hallier (/. c, p. 58-60) et du docteur J. F. Pick (Untersuchiingen
ûber die pflanzlichen Ueutparasiten aus denVerhaîidlungeJi der K. K. geologisch-bota'
TÔscken Gesellscliaft tn Wie/i, Bd. XY, 1865) ont prouvé que le Tricliophytofi tonsitrans,
Malmstein (le champignon de Vherpes ionsurœis) n'appartient qu'à une série de vé-
gétation inférieure du PeiHeillium glaucum, et s'accorde en cela avec le champi-
gnon de la mentagre {Microsporon Andqyini et M. metUagrophytes^Koh.). Au reste^
Kôbner {Ueber Sycosis und ihre Bezichungen zur Mycosis tonsurans in Virchow's Ar-
chiv f. pathoL Anat., Bd XXll, 372) avait déjà, en 1861, déclaré que le chaïu-
pignon de la menkigra est identique avec le champignon de Vherpes, Si VAsper^
gillus se développe dans l'oreille de l'homme principalement sous la forme du
moisi, cette deiiiière forme n'est pas exclusive, car, comme il résulte des obser-
vations ci-dessus mentionuées, on rencontre dans l'oreille aussi la forme LeptO'
thnjs de VAspergillus. Eu même temps je fais la remarque (jue, quoique j'eusse
702 GOMGHËS MÉDiCÂl IlITBRNATlOMAU *- aiXIÈMC StAUGB OB lOtfB.
notion de la proche parenté qui existe entre le PemcUHum gUmeum et ÏAsper-
qUIus glaucus, et de leur développement souvent simultané, pourtant je ne pas
ddcouvrii*^ malgré toutes les recherches^ dans mes dix ohsenrations^ aucun
exemplaire du Peniàllmm dans l'oreille^ ni pur^ ni bâtard, c'esfr-à-dire produit
pai* sa copulation avec VAspergUlus*
Non-seulement le microscope, mais même l'œil nu nous fait reconnaître une
pseudo*membrane provenant de Toreille, et nous permet de décider d'avance »
elle est produite pai* une végétation de VAsp. fiaveioens ou de VAsp. nssrrtoMS.
Dans les deux cas, la membrane parasite extraite en entier de l'oreille, grosse
de 1 à 3 millimètres, porte une empreinte très-reconnaissable de la membrane
du tympan, et consiste en un tissu filamenteux, lardacé, blanc et laisant, qu*on
peut facilement déchirer et éparpiller, et qui est en plusieurs endroits couvert
de taches (monceaux de spores) jaunes-branâtres (Asp. fUweicens} ou parfaite-
ment noires (Asp. nigricans). Si Ton a quelque peu d'expérience, on ne peut se
tromper, même du premier coup d'oeil, et prendre ces pseudo-membranes pour
des accumulations de pus, de mucus, ou pour une desquamation d'ëpidenne.
Celui qui a eu au moins une foLs l'occasion de comparer ces deux pseudo-mem-
branes pourra facilement décider si la membrane parasite est produite par un
Asp. fiavescens ou un Asp, mgricam.
Il est en outi*e une circonstance digne d'être mentionnée, qui consiste en ce
que nous trouvons dans chaque pscudo-membrane parasite extraite de Toreille
ti'ois couches assce distinctes, qui nous indiquent la marche et la direction du
développement de VAspergHhis dans l'oreille, c'est-à-dire nous constatons que la
couche exteiTie, celle qui est tournée vers Torifice externe du conduit auditif,
consiste principalement en cellules épidermiques superposées et dégénérées
avec un contenu fortement ponctué. Cette ponctuation des cellules épidermiques
provenant de la forme Leptothrix de VAspergillus représente certainement la
première série du développement de VAspergiUns dans les téguments épider-
miques de la membrane du tympan, et doit par conséquent servir de premier
signe d'une végétation parasite dans Toreille. A mesure que les couches devien-
nent plus profondes, on rencontre de plus en plus des filaments isolés de mycé-
lium, fortement ramifiés, parmi les cellules épidermiques, qui deviennent de plus
en plus rares. Insensiblement, cette couche externe formée de cellules dégéné-
rées du tégument épidermiquc de la membrane du tympan se continue dans
la couche moyenne, qui consiste exclusivement en filaments de mycélium et
ne contient des filaments fertiles, isolés, avec des sporanges bien développés
et des sporules Hbres, que dans le voisinage des limites de la couche interne.
Enfin la couche interne, portant l'empreinte de la membrane du tympan, n'est
formée que de filaments réceptaculaires à divers degrés de développement et
d'agglomérations compactes de spores. Ces dernières forment assez souvent, sur
la surface de la membrane parasite, un cercle foncé, correspondant à la péri-
phérie du tympan et visible à l'œil nu. Cette remarque a pu être aussi constatée
sur la pseudo-membrane, éloignée (par des injections), à plusieurs reprises, de
la muqueuse de la cavité du tympan, dans l'observation 9. Par conséquent, il est
certain que la végétation de ^'Aspergillus se développe sur le tympan de rcreilk
hurnaim de l'extMeur vers l'intérieur*
il reste à résoudre maintenant la question, si la présence des végétations de
VAspevgillHs dans l'oreille doit être considérée comme purement accidentelle et
insignifiante pour la maladie du tympan et du conduit auditif, de même que les
WUDEN. — SUR UJXB NOUVELLE POBUE DE MALADIE D'OREILLE. 70S
foimatioQB du Leptoêhrix dans les maladies do la muqueuse de la bouche^ du
rectum et en général du tractus intestinal^ ou de même que la présence des
végétaux articulés et mucorinés (Haller^ hc. dt., p. 6^) ou du Dipiospcrium
fuscum HaUieri (Hallier^ loc, cit.^i p. 82-8/i) sur les membranes diphthéritiques?
Ou bien devons-nous admettre que la présence d'une végétation de VAspergiliuê
a la même signification pcUhogéiiétù/ue pour l'origine de Tlnflammation du
tympan et du conduit auditif^ que celle de YAckoiiofi ScfumleùiH Remak^ pour le
favus, du Triehophyton tonsurmis, Malmsten, pour V Herpès iansuraM, de VOidium
alldcanSy Rob., pour le soor et le rnwjuet, et du Microsporon furfw pour le piiyriasis
vertieolor f
Je me déclare entièrement en faveur de la dernière opinion. Dans les dix ob-»
servations, j'ai eu souvent l'occasion d'obsei'ver sous mes yeux le développement
des champignons, et de constater que le tympan n'a nuUemen été privée par une
inflammation ou une suppuration précédentes, de son' tégument cpidcrniiquc,
mais bien au contraire qu'il n'existait aucun autre symptôme objectif de maladie,
hormis une injection opiniâtre des vaisseaux du manche du marteau, qui ne vou-
lait céder à aucun des remèdes usités dans ce cas. Ensuite je pus remarquer que
petit à petit le tympan se recouvrait d'une couche blanche, qui se développait
dans le courant de trois k cinq jours, en occasionnant une aggravation des phé-
nomènes subjectif de réaction, dysécée, bourdonnements violents et otalgic,
dans les observations 3,2,7 et 9 (même un^ forte otalgie, conmic on n'en ren*
contre que dans le cours d'une myringite trés-aiguè), jusqu'à représenter une
psendo^membrane blanche qui se développait en épaisseur avec vitesse et s'étcn«
dait même sur les parties avoisinantes du conduit auditif. Aucun des cas du
développement de cette pseudo-membrane n'a été accompagné d'une suppuration
du tympati, ni du conduit auditif. 11 est vrai que la plupart de mes malades
tn'avaient communiqué qu'ils avaient remanfué quelquefois pendant la nuit une
sécrétion de Torcille d'un liquide limpide en petite quantité, mais je n*ai jamais
eu occasion de constater l'existence d'un écoulement véritablement purulent. Je
crois plutôt que cette sérosité remarquée parfois dans l'oreille durant la nuit
n'était rien autre qu'une exsudation séreuse produite par l*initation des tissus
vivants par une végétatioti parasite. Dans l'observation 9 je pouvais m'assurcr
effectivement, à l'aide du microscope, de la justesse de ma supposition, malgré
les conditions qui, toutes, auraient pu favoriser un écoulement purulent (déve-
loppement d'une végétatioti de ÏAspergillus nigrkans très-forte, non-seulement
gur la membrane du tympan, mais aussi sur la muqueuse de la cavité du
tympan, visible à travers la grande perforation). 11 fkut donc, je le tiens pour
certain, considérer la présence d'une végétation à'Aspergillus dans l'oreille
comme une forme de maladie spécifique indépendante ; et comme j'ai pu a
plusieurs reprises constater dans mes observations l'affection primitive du tym-
pan, et comme, en outre, les symptômes subjectifs et objectifs prédominants
parlaient en faveur d'une myringite, je crois que la dénomination de cette non»
velle forme de maladie, la plus confonnc à la pathogénie, doit être Tâycomyrinr-
giti ou Myriiigitis parasitica»
Quant à Vétioîogie de la mycomyringitis, il ne peut naturellement exister d'autre
cause occasionnelle que l'introduction et la germination de spores do l'Asper-
gillus dans l'oreille. La première condition pour la production d'une mycomyrta-
gitis n'est donc pas rai-e, parce que les spores de YAspergiUus entremêlées
d'autres spores de la moisissure {PenicUHum) sont souvent suspendues dans
70/i CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
ratmosplicre des chambres. J'aL autrefois émis ceci comme hypothèse {Arckk.
fur Ohrenheilkunde, Bd. III^ p. 18), et j'ai pu dernièrement (observation 9) m'en
assurer sur le fait. Les rechutes si fréquentes du développement de champi-
gnons dans l'oreille de madame B. . . (observation 9) éveillèrent en moi le soup-
çon que j'avais devant moi des infections de l'oreille répétées. Ceci m'obligea
de faire des recherches plus précises sur les conditions hygiéniques auxquelles
la malade était soumise. Cette investigation me donna les résultats ci-dessus
mentionnés et très-intéressants. La moisissure desséchée, d'un vert brun, qui
se trouvait sur les plafonds et les renfoncements des fenêtres blanchis à la
chaux^ différait à l'examen macroscopique et microscopique essentieliement du
moisi blanc noir qui recouvrait les murs peints à l'huile. La première se trou-
vait être le Pénicillium glaumm, et le dernier, parfaitement identique avec celui
qui se développait dans l'oreille de la malade, V Aspergillus fdgricatis. Pour
m'en assurer encore davantage, je soumis les deux moisissures, chacune sépa-
rément, à une culture dans une solution de glycérine aqueuse, et je semai en
outre (après une macération durant vingt-quatre heures dans la susdite solu-
tion) une certaine quantité des deux espèces, séparément sur deux tranches de
citron (sous une cloche de verre). Les champignons germèrent très-bien dans les
deux milieux, surtout avec plus de rapidité sur les tranches de citron. Le Perit-
cillium recouvi'it très-vite (en trois jours) la tranche de citron d'une couche
magnifique d'un moisi vert bleuâtre ; tandis que dans la solution de glycérine il
ne se forma que dans six jours une couche de moisi vert grisâtre. L'analyse
microscopique constata dans les deux milieux des plantes à sporanges parfaite-
ment développés, et n'appartenant qu'au Pénicillium glaucym, c'est-à-dire sans
mélange d' Aspergillus, 11 arriva juste le contraire au champignon du mur {Asp.
nigricam). Dans la solution de la glycérine aqueuse se développa principalement
la forme Achorion. Le huitième jour seulement se développèrent des sporanges
faibles, isolés et rares. Sur le citron, au contraire, cela allait beaucoup mieux.
Quarante-huit heures après l'ensemencement, la surface de la tranche de citroo
apparaissait déjà recouveiie d'une couche de iilamcnts de mycélium fins,
blancs et analogues à des fils de toiles d'araignée; dans trois fois vingt-quatre
heures, cette couche blanche de mycélium était recouverte d'une quantité
innombrable de points noirs (spores). On pouvait constater à l'aide du micros-
cope de très-beaux et puissants exemplaires de V AsiïergilluSy qui ressemblaient
parfaitement à ceux qui avaient été retirés de l'oreille de madame B... ; seule-
ment les spoianges étaient distinctement colorés en veil brunâtre {Asp. gltm-
eus, Lk). Les sporules mêmes avaient une couleur plus claire, faiblement ver-
dàtre. Étant dès le commencement persuadé que la couleur brune foncée (à la
lumière réfractée) de VAsp. nigricans ne dépendait que des pailicularités du sol
(oreille et couleur biune foncée du mur peint à l'huile), je semai aussitôt un
fragment de la pseudo-membrane enlevée de l'oreille de madame B... [Asp. nigri-
caus) sur une tranche de citron. Dans trois jours je pouvais constater un dévelop-
pement de moisi mScroscopiquement et microscopiquement identique avec ceux
que j'avais obtenus de mon premier essai. Le champignon retiré de toreiUe de fw-
dame B.,. et celui du miar, soumis à luie culture sur deux trofiches de citron^ étaient
parfaitement identiques et ne pouvaient être distingués Vmi de l'autre.
Les deux avaient les organes de fructification vert brunâtre.
Vu que VuUp. nigricans de l'oreille de madame B... avait déjà reçu, par suite
d'une seule culture sur le citron, une couleur décidément vert brunâtre (non-
WfiEDEN. — SUR UNE NOUVELLE FORME DE MALADIE D'ORËlLLE. 705
seulement les capitules, mais aussi les bouts réceptaculaires de plusieurs fila-
ments fertiles étaient distinctement verts), je voulus m'ass^rer détinitivement si,
par une seconde culture sur le citron, le mélange du brun ne diminuerait pas da-
vantage.
Je semai donc une portion du champignon de Toreilie modiCé par la pre-
mière culture» sur une nouvelle tranche de citron ; mais je pus constater après
trois jours que le résultat de cette deuxième culture était parfaitement identique
avec celui que j'avais obtenu pai* la première, et que le champignon n'avait nul-
lement une couleur verte plus pure (sans brun).
La culture sur le cilmn répétée deux fois (on dirait presque la recristallisa-
tion organique du champignon 'de l'oreille de madame B...) n'ayant pu faire dis-
paraître entièrement le mélange du brun vert, j'essayai encore un changement
du milieu de culture, en semant une partie du second développement de cham-
pignons sur une ti*anche fraîche d'une orange douce. Deux jours après il y avait
déjà une végétation parasite assez considérable sur l'orange douce. Étant soumise
toute fraîche à l'analyse microscopique par un ciel pur, je pus constater des
sporanges d'un vert clair (sans mélange de brun), tandis qu'un examen entrepris
trois heures plus tard, avec un ciel couvert, démontra les sporanges moins verts
et passant un peu au brun, parfaitement analogues à VAspergillus cultivé sur le
citron.
Ces essais de culture (avec V Asjyei'gilhis) réitérés à plusieurs reprises nie con-
vainquirent de ce qui suit : Les jeunes sporanges dont les réceptacles ou même
la couronne simple des basidia ne vient que d'être formée, sont parfaitement
incolores; ceux qui présentent le commencement de la formation des spores
sont d'un vert clair; à mesure qu'ils mûrissent, la couleur verte se mélange de
plus en plus de brun. l<es spores libres même subissent un changement de coloris
pareil. Les spores jeunes, à peine tombées, sont claires, presque incolores. Celles
qui sont plus mûres, et surioul celles qui germent, montrent un contour externe
d'un bmn foncé ou noix*, et un contour interne clair. Les changements de trans-
parence et de réfraction des rayons, suite de la croissance des cellules des cham-
pignons, doivent, selon moi, de même être pris en considération, comme canine
modifiante de couleur.
La culture de VAspergillus nigricans (de l'oreille de madame B...), ayant produit
son évolution dans VAsp. glaucus, Lk, pouvait faire espérer qu'une culture pa-
reille de VAsp, flavescettë amènerait des résultats analogues. Je semai par consé-
quent un morceau de la masse de champignons de l'observation 6 {Asp. flaves-
ceiis) sur une ti*anche de citron et un morceau de la pseudo-membrane parasite
de l'observation 10 {Asp, /lavescetis) sur une tranche d'orange douce. Tous les
deux eurent pour résultat une végétation d'un moisi qu'il était impossible de
distinguer, ni à l'œil nu, ni au microscope, de celui qui avait été obtenu par la
culture de VAsp, nigiicam sur le citran. Les sporanges et les spoiniles veri bru-
nàti'e qui se développèrent de l'A. fUivescens étaient paifaitement identiques avec
ceux qui s'étaient développés de VAsp, nigricans sur le citron. La couronne des
cellules basales du réceptacle était devenue parfaitement circulaire, tandis que
VMpergilltis flavescens de l'oreille a toujours le quait inférieur du receptaculum
libre de cellules basales.
// ftU donc pi*ouvé par la culture [sur le citron et sur l'orange douce) des champi-
gnons retirés de l'oreille, que les deux variétés de cMmpignons végétant dans r oreille
AwM«we (/'Asp. nigricans et /'Asp. llaye^cens), qui sont non-seulement distinctes entre
45
706 CONGnkS MÉDICAL INTERNATIONAL. -^ SIXIÈME SEANCE DE JOOB.
elles, mais se disHnguefU aussi clairement de ['Aspergyllus glaucus, Lk, reimtmaU
à la même forme prtm<^t)e, c'estràrdire à TAsp. glaucus, Lk, donlt Us représ&OefU des
variétés produites par la différence du milieu de euUure.
Quant à la seconde condition de l'étiologie de la mycomyringitis, c* est-à-dire
la germination des sporules libres dans la couche ëpidomique du tympan, elle
est plus difficile à s'effectuer que la première et dépend certainement d'un ëtat
particulier de la couche cutanée du tympan. Sans aucun doute> les spomlcs ne
peuvent germer et se développer dans Toreille de l'homme que lorsque Itt couche
cutanëc du tympan se trouve dans des conditions particulières^ autrement ces
observations seraient bien plus fréquentes. Mais pourtant il est très-difflcile de
déterminer, en attendant, en quoi pourrait consister cette préparation spéciale de
la couche cutanée du tympan, qui doit exister pour favoriser la germination des
spores de YAspergillus, Mais puisque dans sept de mes observations de parasitisnie
de l'oreille^ il y a eu des procès inflammatoires ou suppuratifs qtii araient pré-
cédé, sinon immédiatement, du moins à une période plus ou moins éloignée^ le
développement de la maladie parasitaire, je suis enclin à présumef qu'un ra-
mollissement et une tuméfaction quelconque de la couche cutanée du tympan^
à quelque endroit (même microscopiquement petit?), ou en général un état pa-
thologique de l'épiderme a présenté les conditions nécessaires à la germination
des spores. En attendant, cependant, je ne puis émettre cette idée qu'hypothé^
tiquement.
11 est aussi très-difficile d'expliquer pourquoi Poreille no présente que des
végétations, des variétés de YAspergillus, car mes recherches les plus assidues^
pour découvrir un mélange du Pénicillium qlauaim, furent jusqu'à présent par»
faitement infructueuses. Les sporules de YAspergillus, suspendues dans l'air,
sont tot^ours mélangées de sporules du Pénicillium, et, suivant HalUer^ il eM
[loc. cité, p. 75) même impossible d'obtenir des semences de spores A'Aspergilbu
Sans mélange de spores du Pénicillium; ce dernier se rencontre, en général, bien
plus souvent, et U est bien plus cosmopolite que YAspergillus. « Si les deux
champignons se trouvent dans le même endroit, YAspergillus est bientôt sup-
primé», dit Hallier (/oc. ctl., p. 74). Les essais de culture de YAspergillus faits
pai- Hallier nous donnent peut-être la clef de cette circonstance remarquable.
Ce mycologue distingué nous dit (loc. cit., p. 78) : « Il parait important pour le
pityriasis, que /'Aspergyllus demande un milieu plus sec que le Pénicillium. Sur
une tranche de citi-on ensemencée par l'Aspergillus, le champignon était entiè-
rement opprimé, dans le courant de huit jours, par une Végétation du Pmkil-
îfMf». Plusieurs mois plus tard cependant, l'Aspergillus se développa très-riche-
ment sur ce citron (qui pendant ce temps était devenu parfaitement sec), en
opprimant de son côté le Pénicillium. On pourrait en conclure que YAspergit-
îus reste dcms les couches casernes de l'épiderme et y produit le pîtyriasts, tandis
que le Pénicillium^ s' enfonçant dans les couches plus profondes, y produit le farus.t
Cette explication s'accorde parfaitement avec mes observations, qui toutes n'a-
Vaient pas été accompagnées de suppuration, et par conséquent présentaient
un milieu sec, propice à la végétation de YAspergillus et défarorable au ddvelop-
pcmcnt du Pénicillium. L'observation LX (madame B...) est suriout très-instructif c
sous ce rapport; une végétation de Pénicillium recouviait les plafonds et les ren-
foncements des fenêtres humides et blanchis à la chaux, tandis que les murs»
peints à l'huile, et n'absorbant pas rhumidllé, étaient exclusivement recouverts
d'Aspergillus* D'autre part, ce cas présentait la meilleure occasion pour une végé-
WBBDBN. ~ MB VM BICHJVELLB fOUllE DE MALADIE D'ORERLE, 707
taUoD simultanée du PenicUlium et de VAspergillus dans ToreiUe de madame B
Mais les analyses microscopiques, répétées si smurent (tous les deux jours durant
trois mois) et laites par moi avec grande attention, ne me permirent pas une
seule fois de découvrir la moindre trace de Penidnium. Je conclus de là que
l'oreiDe présente un milieu de culture spécifiquement propice à la production de
VA9p9rgiiiu$ et très^iëfaTorable au PenidlUim, et que la semence la plus pure
des spores de YAipttrgUiw (pour des essais sur la culture de ce dernier) doit être
recherchée dans les masses de champignons extraites de l'oreille. Le PemcUiium
ne m'a jamais dérangé dans mes essais, et ne commençait à se montrer qu'après
le sixième jour (par suite du soulèvement réitéré de la cloche), et cela en très-
petite quantité et isolément sur les bords (ëcorce) du citron ou de l'orange. Mais
Je ne i*ai jamais aperçu au milieu de la végétation de YAspergtilm.
Considérant l'étiologie de la mycomyringite, il faut remarquer que parmi les
dix malades que j'ai rencontrés, sept étaient du sexe nmculin et trois du sexe
fênUMnt quatre personnes étalent vieilles, ctaq de Y âge moyen et une seule ado*
lescente. En outre, quatre souffraient des deux (y^eilkê et quatie û*une seule i parmi
ces derniers, deux souffraient de l'oreiUe droite et quatre de Foreille gauche. 11
ine paraît en général que cette maladie n'est pas très-rare, pai-ce que j'ai eu
l'occasion de l'observer dfat fois sur quatorze cents malades, et je suis persuadé
que d'autAs fourniront bientôt de nouvelles communications relatives à ce su-
jet. Je n'ai pu jusqu'à présent remarquer la transplantation de la maladie d'une
personne à une autre. De môme mes essais d'inoculer YAspergillus sur le conduU
audiUr nomaî d'autres personnes sont restés sans résultat • mais si l'on mettait
un tympan hiflammé en contact continuel durant plusieurs jours avec une masse
de champignons retii-ée d'une oreille malade, je crois que celte expérience n'au-
talt pas de résultat négatif, parce que je ne saurais trouver une raison pourquoi
la mycomt/HngiHs serait moins contagieuse que le pityHasis versicolor, le favus^
Y herpès tottsurans, etc. Il serait facile de prouver celte assertion, si Ion pouvait
trouver un sujet convenable pour l'expérience, qui consentirait à se soumettre
à cet essai.
Quant aux symptômes subjectifs de la mycomyrhigîte, je dois appeler l'atten-
tion sur ce que tous les cas de ceUe maladie que j'ai observés (les cas 6 et 7
exceptés) étaient accompagnés d'une surdité à un très-haut degré, laquelle était
survenue quatre fois (3, &, 5, 9) Soudathement. Les bourdonnements étaient
très-torts dans tous les cas et ftirent souvent accompagnés par des pulsations dans
roreUlê, qui augmentaient surtout d certains changements de position de la tête. Cinq
malades se plaignaient de douleurs et d'un sentiment de pression douloureuse
dans l'oreille, les antres cinq malades (3, 5, 7, 8, et surtout 9) souffraient de dou-
leurs violentes, qui se communiquaient aux tempes, aux dents, au cou et à la
nuque, comme on n'en trouve même pas dans la myringins acutissima.
Il est à remarquer ensuite que chaque séparation de la pseudo-membrane du
tympan était accompagnée d'une exacerbation de douleurs dans l'oreille, et que
cette dernière cessait comme par enchantement aussitôt que la pseudo-membrane était
détachée du tympan spontanMent ou artificiellemcîit. Les sensations subjectives de la
mycomynngitis trouvent en partie leur explication dans l'irritation produite par la
végétation parasite dans la couche cutanée du tympan et dans la forte congestion
cl la lunicfaction consécutives, ainsi que dans l'action de la pression et du tirail-
lement mécanique du tympan par la membrane parasite, enfin dans ce que
ces masses devenaient un obstacle pour l'acoustique. En tout cas, l'influence
708 CONGRÈS MÉDICAL IN TEBNATIONAL. — SIXIÈMB SÉANCE DC iODB.
mécanique de la pseudo-membrane parasite n'est ni excluslTe» ni priacipale,
comme cela arrive dai^s les cas de concrétions cérumlneuses ou de corps étran'-
f^e]*s dans l'oreille. Ceci est prouvé par le cours de la maladie. Aussitôt que la
concrétion cérumineusc ou le corps étranger est enlevé de roreille, tous les
symptômes subjectifs disparaissent généralement^ et la cure consécutive est rare-
ment nécessaii'e^ tandis qu'au contraire l'éloignement de la membrane parasite
n'a méme^ par suite, qu'une amélioration dans les symptômes subjectifs^ mais
jamais une disparition entière de ces symptômes (les douleurs exceptées), et une
cure consécutive rationnelle peut seule remettre l'organe de l'ouie dans son état
normal.
Les symptômes objectifs de la mycomyringite différent selon le stade de la mala-
dic. Au commencement, on ne peut rien remarquer, excepté une injection intense
des vaisseaux du manche du marteau {symptômes prodromiqneSy c'est-à-dire ger-
mination commençante des spores). Peu à peu la rougeur et la tuméfaction delà
couche cutanée superficielle deviennent plus diffuses, et se communiquent au tiers
inlerne du conduit auditif. On ne voit que l'apophyse courte de l'insertion du
marteau. Ensuite le tympan perd son lustre superficiel, et devient terne en se
couvrant d'une poudre fine et blanche incrustée dans l'épiderme. Elle ne peut
otre essuyée ni éloignée au moyen des injections. Cette fine couche (foimalion
du Leptothrix et du mycélium) poudreuse se développe très-vite en une pseudo-
membrane blanche, unie, dense, et plus ou moins épaisse (végétation de cham-
pignons entièrement développés) à travers laquelle on ne peut plus distinguer la
rougeur du tympan. Après l'éloignement de cette membrane parasite par des in-
jections, la couche cutanée du tympan apparaît rouge foncé, tuméfiée et dénudée
de son épideime. Lorsque la végétation de champignons a été définitivement
éloignée dès la première fois, et qu'un développement consécutifne s'est pas pro-
duit, la rougeur et la tuméfaction du tympan diminuent à mesure que la resti-
tution de l'épiderme s'efi'ectue, et enfin le tympan recouvre son aspect normal.
La marche d'une myringite parasitaire peut être aiguë ou chronique. Dans les
cas de maladies récentes, dont le diagnostic et le traitement ont été justes, la
durée ordinaire est de quatre à six semées. Le cas le plus court que j'aie observé
(Uu*a une semaine. Le cas le plus pénible et le plus opiniâtre me donna l'oc-
casion d'observer durant trois mois des récidives firéquentes de développement
de champignons, bien que j'eusse posé un diagnostic juste à la première visite
de la malade, et que je lui prescrivisse un traitement énergique ad hoc. Biais si la
maladie est méconnue, et par conséquent faussement traitée, elle peut se prolon-
ger une année et plus encore. J'ai eu souvent l'occasion d'observer que ledéve-
loppeiuent et la maturation de la membrane parasite durent de cinq à huit jours.
Je n'ai jamais pu éloigner une membrane de l'oreille avant cinq à huit jours. Dans^
i'oh!«ervation 9, où vers la fin du traitement la végétation ne se formait que sur la
nmqueusc de la cavité du tympan, je pouvais enlever de l'oreille, tous les deux
jours^ une nouvelle masse de champignons qui recroissaient dans le courant de
vingt-quatre heures. Mais je n'ai jamais remarqué une végétation de VAspergilltut
aussi rapide sur la couche cutanée du tympan. — Comme symptôme prodromiquc
cai'actéristique peut servir l'injection intense des vaisseaux du manche du marteau,
qui pendant ordinairement une et deiu et même quatre semaines résiste opiniâ-
trement à tous les remèdes employés, et se masque par la membrane parasite
croissante. Tant que cette injection n'a pas disparu, une rechute est à craindre.
La cure consécutive durait de deux à trois semaines. Les rechutes, qui revenaient
WRfiDEN. •— SUR UNB NOUVELLE FORME DE MALADIE D'ORBILLE. 709
orâinairement avec moins d'intensité que la maladie primitive» exigeaient un
traitement consécutif d'une semaine.
Le diagnostic de la mycomyringite est, d'après les symptômes objectifs décrits
ci-dessus, facile et sûi* poui* un œil expérimenté» et ne nécessite pas même l'aide
d'un microscope; pourtant l'assurance positive ne peut guère être acquise que
par le microscope.
Le pronostic de la mycomyringite est toujours bon» parce que géhéi*alement la
végétation se limite à la couche épideiiiiique de la membi*ane du tympan et de
la partie avoisinante du conduit auditif» et ne laisse après son éloignement défi-
nitif aucune lésion des fonctions de l'oreille. Il se peut cependant, par exception,
que la membrane du tympan soit en partie détruite par l'effet d'une affection
parasitaii'e portée à un haut degré (observation 9)» ou par suite de négligence,
et que le parasite se développe aloi's sur la muqueuse de la caisse du tympan.
De pareils cas présentent naturellement» par rapport à l'ouîé» un pronostic peu
favorable» parce que les grandes défectuosités dans le tissu de la membrane du
tympan laissent» après leur guérison, toujours une surdité assez importante» et
ne sont jamais parfaitement curables. J'ai remai*qué» en général, que YAspergilhês
nigricam produit dans l'oreille une réaction beaucoup plus intense que YAsper-
yillus fiaoescetiSy qui, sous le mici*oscope même» présente des exemplaires moins
forts et moins robustes que le premier. Les cas de maladie à très-haut degré
amènent aussi des phénomènes consensuels dans tout l'organisme^ parmi les-
quels surtout l'état fébrile augmentant vers le soir» une hémicranie violente» des
vertiges» etc., sont à remarquer. La mycomyringitis a encore une particularité
très-désavantageuse» qui consiste dans une tendance aux rechutes» et qui donne
à cette maladie le cachet d'opiniâtreté» et qui exige l'emploi de remèdes pai*a-
siticides très-énergiques.
La thérapeutique de .la mycomyringitis demande» pour atteindi*e un bon résultat»
l'emploi de parasiticides sûrs. Nos connaissances actuelles concernant ces
remèdes sont encore très-restreintes» d'autant plus que tous les essais de Kûchen-
meister (/oc. dt, p. 131-136) avec : tinct. veratri a/6.» cuprum aceticumy p. et
500 aq.; merc. subi, corros., p. et 500 aq.; ac. phagadenie^ phaxm. Wurtemberg;
tannin en solution concentrée; borax en solut. concentrée ; aq, kreosotiy aq. ptcM,
unguentum picis ; alcool délayé» 1 p. et 3 p. aq,» ou 1 p. et 1 p. aq.» et alcool de
80 p. 100, se rapportant seulement au moisi du pain» probablement le Pénicil-
lium gtauctun, n'ont pas été contrôlés par les analyses microscopiques. En consé-
quence» je me décidai à étudier sous le microscope l'influence des divers agents
chimiques sur VAsp. nigricanSy afin de m'assurer par quel remède on pourrait
atteindre le meilleur résultat thérapeutique dans le traitement de la myringomy-
cosis. Je n'employai pour ces essais que des solutions qui, en cas de nécessité»
peuvent être versées dans l'oreille du malade» paixe que je trouvais qu'il était
tout à fait inutile de faire des essais avec des acides ou des alcalis concentrés»
qui sans doute détruisent les parasites végétaux aussi bien que les tissus orga-
niques. Je commençai mes expériences par l'alcool» paixe que Kûchenmeister le
déclare être le meilleur parasiticide» et parce qu'il est soutenu dans cette asser-
tion par Hallier {loc. cit., p. 54). Les masses de champignons exti'aites de l'oreille
de madame B... me servirent d'objets d'expériences.
1^ Alcool de 60 p. 100. — Après avoir laissé la masse parasite dans ce liquide du-
rant vingt-quatre heures, je la soumis à un examen microscopique» et je ne pus y
constater presque aucun changement. 11 est vrai que plusieurs jeunes sporanges
710 GONaRbS MÊDICAI. INTERNATIONAL. ^ 8DUËMB SÊANGB DE lOITI.
étaient devenus plus clairs; mais je pus constater dans la plupart des filaments
fertiles^ ainsi que dans les spores libres, les mêmes contours foncés et la même
teinte qu'avant l'expérience. On ne pouvait remarquer une coagulation du proto-
plasme. En un mot, si nous si^primons une transparence à peine augmentée de^
exemplaires de champignons, on ne pourra constater aucun changement notable.
Cette résistance de YAspergillus à l'influence de Talcool est d'autant plus remar*
quable, que, d'après Kûchenmeister, Talcool même délayé supprime le dévelop-
pement du moisi sur le pain.
2^ Alcool de 95 pour iOQ. -^ Après avoir séjourné durant vingt-quatre heures
dans l'alcool presque absolu, la masse de champignons ne présentait aucun
changement plus évident que celui produit par l'influence de l'alcool de
60 pour 100. Les spores et les sporanges avaient les mêmes contours frais et le
même coloris foncé qu'avant l'influence de l'alcool. La coagulation du contenu
des filaments fertiles ne peut être constatée. 11 est certain que l'alcool absolu
doit agir d'une manière répressive sur le développement des parasites, parce
qu'il attire l'eau des tissus végétaux et fait coaguler l'albumen ; mais cette action
sur ÏAspergillua n'est pas suivie d'un changement de forme reconnaissable.
3^ Solutiofi spiritueuse de tannin {tannini S ij ad une. j spirU, vini, 50 p. 4O0).
— Après quatre heures, on «pouvait déjà remarquer un changement dans la
masse parasitaire. Les sporanges et les sporules libres, ordinairement si robuste?
et si foncés, étaient devenus en grande partie beaucoup plus pftles et plus trans-
parents. Le contenu des filaments fertiles est coagulé presque entièrement. Le
plexus de mycélium était devenu bien plus visible pai* la coagulation du proto-
plasme. Le contenu des filaments du mycélium était coagulé, fortement granulé
ou fendillé.
U^ La même solution (action durant vingt-quatre heures).— La décoloration et la
transparence des organes de fructification est encore plus grande que dani le
n° 3 (après quatre heures d'influence). La coagulation du protoplasme est en
même temps plus prononcée; elle est même visible dans les réceptacles.
L'acide tannique, ajouté à l'alcool faible (50 pour 100), augmente l'action
parasiticide de ce dernier à un tel degré qu'il surpasse même l'action de l'alcool
absolu* L'explication de ce phénomène consiste dans ce que le tannin précipite
l'albumine; voilà pourquoi Kûchenmeister trouvait que même une solution
aqueuse de tannin pouvait suspendre la végétation du moisi sur le pain. La
solution spiritueuse du tannin ne développe aucune action caustique ou destruc-
tive sur les champignons, mais aussitôt que la vitalité du parasite est annulée
par la coagulation du protoplasme, le parasite peut tomber en détritus molécu-
laire, comme un organisme mort. Nous en avons la preuve dans la pièce micro;*-
copique n* 8 extraite de l'oreille de madame B..., après l'influence de six jours
d'une solution spiritueuse de tannin.
5* SoluHùn du mercure corrosif faible [merc, subi, corros. gv, j ad une. vj aq.). —
Après vingt-quatre heures, l'influence était très-minime. Les sporanges étaient
devenus plus pâles. La coagulation du protoplasme ne peut être constatée.
La pièce n'est pas aussi transparente que celles qui ont été soumises à l'in-
fluence de l'alcool, et montre une grande quantité de cristaux en forme d'ai-
guilles, qui proviennent probablement de ce que le sublimé est moins soluble
dans la glycérine que dans l'eau.
6* Solution de merctire corrosif plus forte {merc. subL corros, gv. ij ad une. j «g.)-
L'influence ne parait pas êti*e plus forte que celle de la solution n* 5.
WRBDBII, ~ sua UNS NOUVELLE POftMB M MUADIB D*0RBILLB, 711
7* BoheHon concentrée de mercure corrosif (gros j ad une, j aq.)* -^ Après être
restée pendant vingt*quatre heures dans cette solution, toute la masse de chani*
pignons a été changée en une substance visqueuse pareille à du mucus. Le mi«
croscope démontra un détritus complet et une disparition entière des formes du
champignon. Le mercure corrosif n'avait donc agi que comme un caustique.
8* AcéMe de plomb basique. — Après vingt-quatre heures, on ne pouvait con-
stater aucun changement dans la masse des chsgoipignons, excepté un sédiment
de carbonate de plomb.
9* Même eoluHon (action de quarante-huit heures). — Aucun changement no-
table. Quelques sporanges paraissent avoir pâli. La pièce microscopique n* 23 est
en général indistincte, à cause du sédiment considérable de carbonate de plomb.
10* Solution de perchlorure de fer. — Après une influence de vingt-quatre
heures, aucun changement. La couleur des sporanges s'est bien conservée.
Les sporules germantes s'y trouvent en grande quantité.
11* Solution de sulfate de cuivre. — Après être restée vingt-quatre heures dans
cette solution, la masse de champignons était entièrement teinte en bleu. Mais
il fût constaté sous le microscope que les sporanges et les spores avaient gardé
leur couleur brune foncée. Plusieurs spores étaient en état de germination.
On ne pouvait, en général, constater aucun changement dans la masse de
champignons.
12* la glycérine iodée. — Après avoir été soumise à son influence durant qua-
rante-huit heures, la masse parasite n'a éprouvé aucun changement. Le& spo-
ranges et les spores ont conservé leur couleur brune foncée j seulement les jeunes
sporanges (incolores) sont teints en jaune clair. Les filaments fertiles n'ont pas
change. 11 y a beaucoup de spores qui germent.
13® Teinture d'iode (action durant vingt-quatre heures). — Aussi peu de chan-
gements que dans l'essai n® 12.
14® Sobttion concentrée de pierre infernale, — Après être restée pendant vingt-
quatre heures dans cette solution, la masse blanche de champignons était de-
venue brune. Pendant Téparpillement dans de la glycérine, cette deniière
perdit sa transparence par la formation d'un précipité blanc (albuminate d'ar-
gent). Ce précipité paraissait, sous le microscope, brun et opaque.
Analyse microscopique. — Les filaments du mycélium* sont recouverts de gra-
nules noirs, amorphes, et ont (albuminate d'argent) un contenu coagulé. Les
pai'ois des cellules sont indistinctes et en décomposition. Les filaments fertiles
résistent avec énergie; leur double contour est distinct et net, et leur contenu est
coagulé et d'une couleur brun clair (albuminate d'argent). Le contour des ré-
ceptacles est entièrement coagulé et d'un brun foncé. La couronne de cellules
basales qui entoure ce réceptacle est conservée et teinte en brun. Les chaînes de
spores ne sont plus adhérentes, mais on trouve beaucoup de spores libres dis-
persées avec un contour double et distinct, et portant un noyau noir. L'endospo-
riuni est brun clair.
15** Acide carbolique (acide phénylique). — La masse blanche de parasites,
recouveiie en plusieurs endroits de spores noires, devint, après une macération
de vingt-quatre heures, plus dense (pareille à du cuir), et avait une teinte jaune
claire uniforme.
Analyse microscopique, — Les organes de fhictiûcation étaient en grande partie
entièrement décolorés et desséchés (momifiés). Les cellules basales des sporanges
étaient plus fortement contournées. Le double contour des sporules germinantes
712 CONGRÈS MÊDICA.L INTERNATIONAL. — SIXIÈME S£aMC£ DE lOUB^
n'était plus visible par suite de sa décoloration. Le protoplasme des filaments fer-
tiles et des réceptacles est en gi*ande pailie coagulé. En général, la pièce micros-
copique n° 29 se distingue par sa transparence et sa décoloration. On ne peut
constater une action destructive , on ne voit qu'une momifiaition. L'action spé-
ciale de l'acide phénique paraît être basée sur une coagulation {sui generis) des
substances albumincuses.
16° SolîUioji d'arsénite de potasse (solutio, arsenic. Bowleri, 1 partie d'acide
arsénieux sur 100 pailies d'eau). — Après vingt-quati*e heures on voit une déco-
loration des organes de iructiûcation et une transpai*ence remarquables. Le mycé-
lium est entièrement détruit et changé en une masse moléculaire amorphe. Les
filaments sont très-transparents, mais sans changement. Les sporanges et le^
sporules sont devenus tellement pâles et transparents, qu'on ne peut les retrouver
qu'avec la plus grande peine. On ne \oit pas de coagidation du protoplasme.
L'acide arsénieux a une action desti'uctive très-foilc sur Y Asi)€ryiUus, puisque après
une macération de trois jours dans la susdite solution, il était sun^enu une dé-
composition et une dissolution complète des formes du champignon. On ne pou-
vait distinguer faiblement que quelques fragments de filaments réccptaculaires.
Cette circonstance explique pourquoi Pacini ne pouvait conserver les champi-
gnons retirés de l'oreille. 11 avait choisi, pai* un hasard pailiculier, un mode de
conservation qui détruisait spécifiquement le champignon Asperyillns.
17'* Solution d' hypochlonte de chauœ off., et 18° HypocJdorite de chaux chMiKi-
qnement pur. — (]es deux agents chimiques possèdent sans contredit une action
parasiticide au plus haut degré. Après être restée constamment dans ces liquides,
la masse préalablement recouverte de taches noires (spores) devint entièrement
blanche et perdit toute cohésion. Le moindre attouchement suffisait pour les faire
tomber en morccciux. On ne voit aucune li'ace des spores noh'es. L'analyse mi-
croscopique démontre ((ue tous les éléments de champignons ont été changés en
une masse homogène, amorphe, dans laquelle on ne peut distinguer la moindre
trace ni de mycélium ni de sporanges ou de spoiniles. On ne peut distinguer
que quelques petits fragments de filaments fertiles (sans capitules) dans la masse
parasite du n° 18 (2 grains de l'hypochlorite de chaux sur 1 once d'eau). Eu géné-
ral, l'action des sels hypochloriques sur le champignon de VAsperyUluê est
extraordinabement forte.
Je crois pouvoir émettre pour la myringomycosis les déductions suivantes des
essais que j'ai faits sur les remèdes parasiticides ci-dessus mentionnés.
1. Le parasiticide agissant le plus rapidement et le plus énergiquement est
sans contredit la solution des sels de Vacide hypochlorique, parmi lesquels l'hypo-
chlorite de vhaux chimiquement pur peut surtout être recommandé, parce qu*ilagit
énergiquement même à petites doses (gr. j, ij, ad. aq. une. j), etne cause ni douleurs
ni aucun phénomène d'irritation. 11 faut seulement mêler le sel à l'eau immédia-
tement avant de l'employer, parce qu'au moment de leur mélange, il se produit
une décomposition à la suite de laquelle se développent les gaz chlore et oxygène,
qui possèdent [in statu nascenti, ozone) une action oxydante (destructive) très-forle.
La solution d'hypochlorite de chaux officinale agit d'une manière très-irritante
sur le tympan; même étant délayée de 3 volumes d'eau, elle produit encore
de fortes douleurs dans l'oreille. N'étant pas un sel pur, mais consistant en un
mélange de divei*ses combinaisons de chlore, elle est de beaucoup inférieure à
l'hypochloiite de chaux chimiquement pur. J'ai eu Toccasion de me conTiincre
WREB£lt — SUR UNE NOUVELLE FORME DE MALADIE D'ORÉILLE. 713
de la possibilité de remploi de ces combinaisons hypochloriques (obs. n** 9) et
d'en constater refficacité dans le cas le plus opiniâtre que j'ai observé.
2. La solution arséfâeuse de Fowler occupe la première place, après le chlore,
dans Tordre des parasiticides. Elle détruit aussi énergiquement et rapidement le
champignon Aspergilltis. Je n'ai pas encore employé sur l'homme vivant ce re-
mède d'une manière locale, mais il est surtout reuiarquable jque ce fameitv
remède conti^e les maladies de la peau fait aussi preuve d'une action parisiticide
très-énergique. Probablement cette action efficace de la solution arsénieuse de
Fowler contre les maladies cutanées dépend principalement de son efficacité
contre les végétations parasites, d'autant plus que pour la plupart des maladies
de la peau on a déjà prouvé leur origine parasite.
3. Après le chlore et l'ai'senic, je considère l'acide phénylique et la solution spi"
ritueuse de tannin comme les meilleurs parasiticides. Pourtant je n'ai jamais en-
core mis en usage le premier contre la myringomycosis, et je dois dire du second
que dans une de mes observations (9) il a été insuffisant. En tout cas, la solution
spiritueuse de tannin est un parasiticide bien plus énergique que l'alcool pur,
dont l'action est^ti'ès-douteuse s'il est délayé avec de l'eau, et dans l'état anhy-
drique il est trop initant et occasionne trop de douleurs aux malades.
ti> La solution concentrée de nitrate d'argent (gros j ad une. j aq.) et de merc.
subHm. corros. (gr. j ad une. j.) agissent cei*tainement d'une manière destructive
sur le champignon Aspergillus, mais dans l'observation 9 j'ai employé le nitrate
deux fois (une fois en solution et l'autre fois en substance) pour essayer de cau-
tériser la membrane et la cavité du tympan, sans le moindre succès. Probable-
ment l'action du nitrate d'ai'gent est trop superficielle (pendant la cautérisation),
et ne peut par conséquent prévenir une croissance ultérieure des champignons.
Je n'ai pas employé la solution concenti-ée de mercure sublimé corrosif sur
l'homme vivant, craignant que son emploi ne produise une réaction trop forte.
Les solutions faibles n'ont fait preuve que d'une actiou douteuse, comme le
prouve l'observation n° 5.
5. Les solutions de moyenne concentration des métaux (comme fer, cuivre,
plomb) paraissent n'avoir aucune influence sur la végétation de VAspergillus, qui
se distingue surtout par une force de résistance remarquable. La teinture d'iode
pur ne produit aucune altération sur lui.
Après avoir examiné ces matériaux nécessaires pour un traitement rationnel
de la mycomyringitis, dont l'indication principale doit consister dans l'abolition
de la végétation parasite, je crois que le tact médical de chaque praticien l'aidera
à choisir le parasiticide qui conviendrait le mieux dans chaque cas donné. Je crois
devoir seulement remai'quer que la thérapeutique de la myringomycosis doit
être exercée selon les principes connus pour le traitement de la myringitis en
général.
7fÀ CONGRÈS MÉDICAL firrEHNATIOIfilL. — SIXIÈMK SftàEICe OB lODft.
DE I^'KVFIiVEIVCE BES €RVPTO«AIIEfS
Hvwi I4E i>i;¥Ei«appBiiEn[T t^w» ÉPUooriEi^ (i)
PAE M. PLASS9 (dH MIOBT)
Prétid«nt de la SocMK ^térlntira a«> Dèn-SèvrN,
Messieurs,
Aucun congrès n'ayant été, en vue de la Kconde et merveilleuse exposition
de 1867, organisé pour la médecine vétérinaire, votre présidcpt, M. le docteur
Bouillaud, a hicn voulu me faire l'honneur de m'admettre, sur ma demande, à
prendre la parole dans cette savante réunion.
Je vais donc essayer do faire, en votre présence, messieurs, l'exposé des obser-
vations pratiques que nous avons recueillies en trente années, et qui nous onl
conduit h reconnaître que les parasites de tordre des cryptogames macroscopiques
constitiwit la source spéciale des épizooties transmissible^ par prifidpe volaMl et par
transplantation f et que des maladies enzootiques très-meurtrières sont exchtsivemetit
dues à des causes géologiques.
Dès notre début dans les Deux-Sèvres comme vétérinaire des épizooties en
1822, nous reconniimes que ce département et surtout les environs du chef-lieu
étaient ravagés par les épizooties, notamment les affections charbonneuses, et
que la caserne de Niort était, en France, une de celles où l'on perdait le plus de
chevaux par la morve et les autres maladies infectieuses.
Je vis dans cet état de choses les conditions nécessaires pour me livrer, sur
une grande échelle, à des recherches concernant à la fois les causes de ces
afTections et les moyens de prévenir leur développement spontané, propositions
qui, dans le monde vétérinaire, sont, à cette heure, encore en question.
Dix années consécutives d'études opiniâtres et dirigées dans ce sens, n'au-
raient produit pour nous qu'un résultat négatif et décourageant, si les autopsies
comparées et les symptômes apparents ne nous eussent amené à constater que
la médecine vétérinaire, malheureusement trompée par une fatale analogie, a
toujours compris, sous la dénomination de fièvre charbonneuse ^ deux maladies
également meurtrières, mais d'un genre bien différent ; l'une est épizootique, et
l'autre enzootique.
Il nous fut d'abord permis de faire la part à la fièvre chai^bonncuse épizoo-
tique, qui est liée aux maladies infectieuses par des symptômes d'adynamie, de
putriditë et de transmission par piincipe volatil qui la caractérisent, et de la dis-
tinguer enfin d'une afl'ection enzootique foudroyante à virus ûxe, qu'on peut
inoculer à tous les animaux, mais qui ne se transmet pas à distance, sans ady-
namie ni gangrène. La décomposition des cadavres des victimes de ce dernier
(1) Travail présenté et lu au nom de l'auteur par M. Henri Favre, rédacteur en chef de b
France médicale.
PLASS& — DE t'iKPiUBMCE OBft CRYPTOGAMES SUR LES tPIZOOTIBS. 715
flëau, si répandu autour de nous et dans la Sologne, la Nièvre» eto.> suit les
phases ordinaires, tandis qu'autrement elle serait très-rapide*
Le charbon épÎEootique surgit particulièrement à la suite des années plu-
vieuses, n'importe dans quelle localité, souvent sur des terrains d'alluvion, à la
suite des inondations, nuiis jamais sans parasites de Tordre des cryptogames
ingérés avec les aliments.
Les coups désastreux de l'autre mal se font, au contraire, sentir après de
grandes sécheresses, et il doit, exceptionnellement, son origine à des fourrages
venus sur des prés composés d'argile plastique, qui leur donne une odeur std
generis, qui signale une qualité délétère d'autant plus active, qu'ils sont mieux
réussis et conservés sans parasites.
L'un et l'autre frappent impitoyablement, surtout les bêtes jeunes et vigou-
reuses; en un mot, les 8^jets qui consomment le plus de nourriture.
Il serait long et superflu de décrire ici les obstacles multipliés qu'il nous a
fallu vaincre pour arriver à cette heureuse distinction, car les ouvrages que j'ai
publiés, que j'ai bâte, messieurs, de mettre sous votre judicieuse appréciation,
sont le résultat de mes pénibles et persévérants efîoris.
Je vous dirai néanmoins, tout de suite, que mes recherches étiologiques sur les
ëpizootics ont été faites aux champs, dans les fennes, dans les conditions enfin
oîi elles se produisent, soit spontanément, étant inhérentes au sol et au climat,
soit par habitudes traditionnelles des cultivateurs , chez qui nous trouvions
toujours, dans les approvisionnements, des restes, témoins fidèles du mal que
nous pouvions ainsi faire revenir à volonté. C'est donc là et non ailleurs que le
système que nous préconisons ,doit trouver ses démonstrations pratiques et ses
preuves.
Notre livre porte, du reste, une carte de vingt-quatre communes des environs
de Niort, théâtre de nos principales observations.
Les douze communes situées au nord-est sont calcaires, et n'ont présenté que,
par de rares exceptions, le terrain argileux sur lequel naît l'enzootie virulente.
Les douze communes du sud-ouest, qui sont essentiellement argileuses, ren-
ferment une grande étendue «de prés sur lesquels, depuis 1830, nous avons
observé une quantité considérable de sujets affectés et victimes de cette cruelle
maladie, qui est commune à tous les herbivores qui y vivent. Ces prés sont
colorés en rouge; ceux des douze communes où ce mal n'a pas existé et oii les
sujets affectés se rétablissent, sont peints en vert.
Le charbon épizootique peut, au contraire, naître sm* toute espèce d'ani-
maax, partout où le fourrage, où les grains sont envahis par les parasites, mais
jamais par d'autres causes ; d'où il suit que dans les communes argileuses les
animaux sont parfois atteints en même temps des deux maladies^ circonstance
qui nous a reculé de plusieurs années, et bien propre à propager l'erreur.
Une teinte jaune distingue des prairies qui s'étendent en dehoi^ des vingt-
quatre communes composant ladite carte, et sur lesquelles l'espèce bovine seu-
lement contracte une maladie très-pernicieuse, appelée vulgairement goutte,
que nous avons trouvée sur la même natiu'e de prés dans plusieurs autres com-
munes du département et aUleurs, en France, consistant dans une atrophie des
muscles du train de derrière qui progresse insensiblement sur les lieux, et les
conduit par le marasme à une mort certaine, si l'on n' émigré les malades sur
les prés peints en vert.
Les prés rouges comme les prés jaunes, sans fumures, fournissent des foins
710 CONGRÈS MÉDICAL INTEB NATION AL. — SIXlfeUB SÉANCE DE JOUR.
exclusivement composés de graminées où dominent les ivraies et les fëtuques.
surtout la diuniscule.
Ce foin est courte un et dur^ et répand une odeur sut gefieris^ dite aigre, qui
augmente par la chaleur et signale aux praticiens le danger pour les animaux.
Par des pluies douces en avril et en mai, la plante prend du déyeloppement,
l'odeur se rapproche des foins suaves, et la maladie devient plus rare.
Pai* des fumures raisonnées, les légumineuses surgissent, le foin prend un
aspect plus vif, une odeur suave, et la maladie enzootique disparait complè-
tement.
Lorsque les prés jaunes sont mis dans les mêmes conditions, le foin, sans
odeur caractéristique, devient plus long, plus souple, et le mal disparaît défini-
tivement des lieux.
Nous avons obtenu l'analyse de ces deux natures de terres, qui sont très-ré-
pandues en France, de l'obligeance de M. le directeur de l'institut Laniaitinière,
de Lyon.
ANALYSE DE LA TERRE DES PRÉS ARGILEUX QUI PRODinSENT l'eXZOOTIE VIRILENTE.
SUR 1000 PARTIES :
SiUce 375
Carbonate de chaux 269
Carbonate de magnésie • . 11
Alumine 95
Oxyde de fer 56
Eau et matières organiques 19A
Ensemble 1000
ANALYSE DE LA TERRE DES PRÉS QUI DONNENT NAISSANCE A LA GOUTTE, MALADIE
ENZOOTIQUE DE L* ESPÈCE BOVINE.
Phosphate de chaux * 2,379
Alumine avec un peu d'oxyde de fer 9,190
Silice gélatineuse 3,375
Sulfkte de chaux 1,006
Carbonate de chaux 63,830
Matières organiques . 20,220
Ensemble 100,000
Désirant détourner les cultivateui's des charlatans qui les exploitent, et gagner
leur confiance pour leur faire adopter nos idées, nous avons cru devoir leur
annoncer d'avance la venue prochaine de quelques-unes de ces maladies.
L'année i^UU m'ayant paru favorable au développement de la maladie eiooo-
tique virulente, nous avons eu soin d'en informer le public par les jouruaux et
Tautorîté supérieure directement; nous avons aussi prévenu le maire de la com-
mune de Saint-Florent, qui, par la nature de son sol, nous a paru la plus expo-
sée. Sur ma demande, ce magistrat a réuni, le 1(( juillet de la même année, les
cultivateui's auxquels j'annonçai de vive voix, pour les mois de septembre et
d'octobre suivants, les malheurs dont ils étaient menacés; en effet, la nialadit*
enzootique virulente se déclara à Tépoque que j'avais annoncée, et, en si\
PLA93I;. — DE t'iMPtOENGB DES CBYPTOGAMBS SUR LES ÊP1Z00TIB& 717
semaines, sur dô bêtes malades, 18 ont été foudroyées; les maladies n'ont cessé
dans les localités de ce genre qu'avec les fouiTages de 18/i5, qui, par leur dis-*
position à se moisir, conséquence des pluies prolongées qui eurent lieu pendant
la végétation de la récolte, ont causé cette année*là, en France, de nombreuses
épizooties.
Le gouvernement, vivement ému de ces malbem*s, envoya, sur différents
points de la France, des savants officiels.
M. Renaud, d'Âlfort, en 18&/i, explora le Bourbonnais.
M. Delafond fut envoyé dans le département de la Somme. L'un et l'auti-e
disent, dans leurs rapports, avoir observé la fièvre charbonneuse. Le premier pré-
tend que cette maladie n'est ni contagieuse, ni putride; le second, au contraire,
lui reconnut ce double caractère.
Ces deux savants, qui ne s'accordent pas davantage sur la source du mal, ont
manifesté cette divergence d'opinion à l'égard de la même maladie. Le 11 février
18/i7, dans une séance de la Société centrale de médecine vétérinaire, M. Magné,
d'Alfort, fit judicieusement obsei*ver qu'ils pouvaient confondre sous un même
nom deux maux différents.
Nous avons pu, dans nos voyages, remarquer :
1° Que M. Felojer, à Saint-Flour; M. Camac, à Saint-Sarnin, qui ne voient
que la maladie enzootique virulente sur des prés argileux, ne croient pas à la
contagion du cbarbon.
2** Que M. Roche-Lubin, de Saintc-Affrique, et les praticiens de l'École vétéri-
naire de Toulouse, qui ne voient que le charbon épizootique de terres substan-
tielles.et d'alluvion, regardent ce mal comme putride et contagieux.
3* Que M. Darconat, de Clermont-Ferrand, qui, dans sa clientèle, observe les
deux maladies, n'a aucune opinion aiTêtée sur la contagion.
Tous ces faits viennent à l'appui de la distinction que nous avons faite de deux
nuLUX différents confondus sous le même nom, ce qui éclaire défioitivcment
l'étiologie de ces fléaux.
La maladie enzootique viiiilente est invariable dans ses caractères, et n'admet
aucune division, parce que sa cause est constante ; il en est de même de l'affec-
tion désignée sous le nom de goutte chez le bœuf; tandis que la famille des ma-
ladies épizootiques infectieuses varie considérablement de forme, comme la
famille des cryptogames parasites dont elle est spécialement originaire. Elle est
féconde eu espèces et en variétés qui subissent l'influence géologique et dimaté-
j-ique du globe, comme les plantes odoriférantes.
Telles sont les raisons, sans doute, pour lesquelles la contagion des typhus des
bœufs de nos contrées n'est pas si subtile que celle du typhus des steppes.
C'est contre la subtilité du virus contagifère du typhus des steppes que nous
avons proposé à la page ^16 de notre ouvrage, publié en 18^9, d'établir, au siège
de la maladie, un congi'ès sanitaire pour enseigner aux habitants qu'en préve-
nant le développement des cryptogames parasites sur les fourrages au moyen de
hangars et de meules en plein air, le mal n'aura plus de raison d'être, et à
employer cependant, en cas d'irruption, tous les moyens connus pour empêcher
les bœufs de voyager.
L'Egypte, l'Italie, l'AngleteiTe et une foule de conti'ées du Nord, n'am'aient
pas été envahies, si cette mesure avait été prise lorsque nous l'avons indiquée. 11
appaiiient aux nations intéressées dans cette gi*ande question de s'entendre
pour régler définitivement le séquestre et la mort de ce flcuu dévastateur.
718 CONGRES MÉDICAL UiTBRMATIOliAL. •* SlXlftHB 9ÉAKCB DE JOOB.
Depuis vingt et quelques années que nous avons fait connaitre nos succès, le$
cultivateurs autour de nous ont arrête successivement les deuai makuHeê emoo-
tiques géologiques, m fumant lei prés qui leur donnent naissance^ et en y appor-
tant des amendements substantiels.
Il en a été de même pour les épizooties infectieuses chez ceux qui ont eu soin
de soustraire leur fourrage à l'envahissement des parasites cryptogamiques. De
soi*te que notre confrère et nous^ nous ne sotnmes pas moins heureux que le
cultivateur^ de voir notre clientèle rurale dëbarrassée des maladies ruineuses
qui étaient l'opprobre de l'art en même temps qu'elles tenaient les populations
dans de fâcheuses inquiétudes, qui n'empêchaient pa0 l'arrivée de pertes oné*
reuses»
Les savants officiels d'Alfort pourront trouver, dans ces faits pratiquer quHls
connaissent depuis longtemps, les raisons pour lesquelles la commission offi-
cielle^ qu'ils ont fait installer en Beauce depuis sept ans, pour chercher la
source et s'assurer de la propriété transmissible du charbon, n'est arrivée à aucun
résultat satisfaisant.
11 en a été de même des expériences qui ont été faites à Alfort sur les pro*
priétés du virus charbonneux par des savants, qui ne savent pas qu'il y en a de
deux natures différentes*
Du reste, la question si importante des épfasooties, qui est étroitement Hée
avec celle des épidémies et des maladies infectieuses des plantes, ne peut s'étu-
dier en voyage ; il faut habiter et vivre dans le lieu de leur naissance spontanée.
Nous ne nous sommes pas borné à prédire aux cultivateurs des maladies
infectieuses,
Une habitude vicieuse et trop longtemps suivie faisait qu'on avait, dans les
régiments, recours, jusqu'en fin de novembre, aux vieux fourrages qui, à cette
époque, se réduisent à des restes de magasins. Les denrées, dans de telles condi-
tions, comportent ordinairement des moisissures, souvent invisibles à l'oeil nu;
or, après avoir pris sur le fait ces végétaux pernicieux, dans les distributions, à
l'aide de la loupe et du microscope, nous fîmes connaître aux Alfortais que
c'était là la cause unique des épizooties infectieuses que le nouveau casernement
n'a pas pu aiTêter dans l'armée, comme nous l'avons prédit, au début, par nos
lettres qui sont au ministère de la guerre, conseillant d'twcr, dés la récolte^ des
fùbi$ fiom^«ett4a?, et de comefver le» approvisionnements sous des hangars^ou en meuks
en pMn cdr.
On garda d'abord le silence; mais, plus tard, sans nous en tenir compte, on a
suivi nos recommandations, qui, à la guerre, furent admises en principe. La
morve et autres maladies infectieuses ont alors disparu de la cavalerie, où l'on
peut les faire revenir par ks habitudes anciennes réformée».
(M. le président Bouillaud avait donc raison contre la section vétérinaire de
l'Académie, lorsqu'il disait, touchant la morve : « Une spécificité d'effet ne peut
scientifiquement appartenir qu'à une spécificité de cause, v]
Trop souvent môme on se laisse surprendre. En eff*el, le 11* dragons, qtû
tient en ce moment garnison à Niort, fut forcé, règlement en main, de faire
usage de la paille de 1866, qui était entachée de cryptogames dans toute la
contrée. Nous eûmes soin de prévenir la commission qu'il en résulterait pour les
chevaux des maladies infectieuses, ce qui se réalisa immédiatement. Le mal
sévissait depuis plusieurs mois déjà, quand on songea à supprimer la paille
comme aliment, ce qui fut suivi d'un succès radical.
PLASMk — DK L'IRPIDIIICB DfiS CBTPT0GAIIB8 '8UB LES ÈPIZÛOTlfiS. 710
Même prédiction, mômo éyénement et même succès pour le 8* lanciers, dont
les chevaux furent nourris pendant quelques mois de fourrages tachés de moi-
sissures qui n'étaient visihles qu'à la loupe et au microscope; je poun*ais pro-
duire beaucoup de faits de ce genre.
Les Tëiérinaires ofQciels ont prétendu que nous devions produire les espèces
de cryptogames qui déterminent telle ou telle forme de maladie, ce qui n'em-
pêche pas que, vu l'état incomplet des ouvrages traitant de ce mundus incisibUis^
ces messieurs n'ont pas plutôt quelque cryptogame en suspicion, qu'ils ont aus-
iitot recours au microscope avoué de réminent M. Robin, et trouvent ainsi une
toie pour donner un nom à ceux qui sont inédits. Mais, comme nous en avons
nous-même vu et étudié, depuis quarante ans, plus que lesdits ouvrages n'en
ont désigné, nous nous vîmes oMigé de nous borner à constater leur présence
sur les aliments et à suivre sur les sujets les phénomènes qui en étaient la
conséquence. De sorte qu'en résumé, nous avons remarqué :
1** Que les byssoides déterminent les maladies infectieuses externes végéta-
tives, et transmissibles par transplantation.
2^ Que les urédinées engendrent les épizooties internés, transmissibles par
principe volatil.
3° Que les algues qu'on voit nailre et végéter à la surface de la saumure des
charniers, et qu'on plonge dans le liquide à chaque fois qu'on prend la viande,
constituent le principe toxique de la vieille saumure, qui a tant de fois, che« nos
clients, empoisonné les porcs auxquels on en donne comme condiment.
Les mêmes savants qui nous reprochent de n'avoir pas produit d'inoctilatioti
au moyen des différents virus, savent que nous avons mieux fait que cela. Ainsi,
avant d'aller, dans diverses provinces^ confirmer ces fkits par Tobservation, nous
avons passé notre vie au milieu des sinisti'es, à distinguer les virus dans leur
véritable essence, traversant même la terre des fosses pour passer d'un cadavre
à un sujet vivant, dédaignant tel en faveur de tel autre, par ridélitc aux lois et
aux mœurs du genre des parasites qui les a engendrés, mais se laissant inocnler
à la plus grande partie des espèces.
Ce dernier caractère permet de substituer une variole bénigne à une variole
pernicieuse, de sorte qu'il est évident pour nous que le principe volatil contagi-
fère des typhus et typhoïdes est composé, comme le principe contagifère par
transplantation des dartres, du pt*oduit de la substance des parasites et de celui
du moribond, ce qui lui donne un surcroit de vie qui a heureusement ses bornes,
car les sujets bien constitués et bien nourris luttent le plus souvent avec avan-
tage contre SCS attaques. «
Désireux de savoir si les parasites de Tordre des cryptogames se comportent
pour la spontanéité des maladies infectieuses des plantes comme polit* celles des
animaux^ nous avons fumé des sillons avec des végétaux infectés, et semé sur ces
mêmes sillons des gi'ains sains* Les plantes qui en naquii*ent furent, à leur ma-
turité, envahies chacune par son parasite propre) les absorbants des radicules
ayant pris dans le sol les débris dfe la décomposition, ces produits de parasites
infectèrent les plantas, en surgissant à la surflice aprèft avoir rompu répidcrmc
pour y végéter et t'y multiplier Jusqu'à extinction, soit de la tige, ou simplement
du fhiit.
Nous résumons cette grande question parasitaire eh trctite-sept àphoHstncs
qui renferment les causes et les moyens préservatiAi des épisooties infbcticuses et
de certaines maladies eniootiques, qui nous ont conduit à distinguer, en patho-
720 CONGRÈS MÉDICAL INTERNATIONAL. — SIXIÈME SÉANCE DE JOUR.
logie^ quatre grandes classes dites ci^ptogamiquc, phanërogamique, mëtêoroLo-
gique et miasmatique.
L'espace ne nous a pas permis d'exposer ici le rapprochement que nous avons
fait de l'ctiologie des épizooties avec celle des épidémies.
Après cette lecture, H. Henri Vmmee, dans une exposition brillante et cha-
leureuse, résume les recherches fondamentales contenues dans le IniTail da
savant vétérinaire; il en montre Timpoiiance pratique, et il demande aa
Congi'ès de la consacrer par le vœu suivant :
« Le Congrès médical international, considérant l'importance pour l'hygiène
publique et la médecine d'avoir des renseignements exacts sur l'état des assole-
ments et de la conserve alimentaire des hommes et des animaux, émet le vœu que,
dans chaque pays, les médecins et les vétérinaires soient invités à examiner ce>
conditions divei*ses dans le développement, et des épidémies, et des épizooties. »
Cette proposition est acceptée à l'unanimité.
Après avoir annoncé que la commission chargée de décerner la médaille d'ur
offerte pai* le Congrès de Bordeaux a donné le prix au mémoire de M. le pix)fe.<-
seur Bfivirgade, de Clermont-Ferrand, Shv les accidents généra^tx qui entraineM
la mort après les opérations chirurgicales y M. I« ^wéwêdmmt prononce la clôture
du Congrès, et lui adresse ses adieux en ces termes :
Messieurs et très-honorés confrères,
Les travaux du Congrès médical international de Paris sont terminés; je pro-
nonce donc la clôture de ce grand Congrès. 11 avait bien commencé, et il n'a pas
moins bien fini. Je ne saurais, messieurs, résumer les nombreux travaux qui
ont été lus dans cette enceinte, et les discussions, tantôt calmes et sereines,
tantôt vives, plus ou moins passionnées, quelquefois même un peu orageuses,
mais finissant, en dernière analyse, d'une manière digne de cette imposante
assemblée.
Maintenant que vos actes sont finis, je puis bien, sans vous flatter, répéter ce
que j'^i dit dans mon discoui*s d'inauguration, savoir qu'ils laisseraient un long
et glorieux souvenir. Cet amphithéâtre doit s'applaudh- d'en avoir été le foyer.
Aussi je forme le vœu que, comme titre d'honneur, cette inscription soit placée
sur ces murs :
c'est la QVE, l'an 1867,
SIÉGEA LE PREMIER CONGRl^ MÉDICAL INTERNATIONAL.
Votre bureau tout entier vous remercie, messieurs, de l'appui bienveillant que
vous lui avez constamment prêté. 11 se plaît à proclamer que, sans ce concours
dont il s'enorgueillit, il n'aurait pu remplir la tâche bien douce, mais bien diffi-
cile, que vous lui aviez confiée.
Le bureau remercie, d'une manière générale, tous ceux qui, de quelque ma-
nière que ce soit, ont secondé les eflbrts de cette assemblée. Au premier rang se
BOUILLAUD. — DISCOURS DE CLÔTURE. 721
placent les rédacteui's des journaux politiques et plus particulièrement ceux des
journaux de médecine. Pour prix des services qu'elle nous a rendus^ puisse
r édifice de l'institution de la presse périodique obtenir son couronnement !
C'est un principe commun à toutes les nations suffisamment ayancées dans le
sentier de la civilisation, que, de toutes les libertés politiques, la première est la
liberté de la presse, ce noble instrument de la pensée, de Tintelligence sous
toutes ses espèces : elle constitue en quelque sorte la liberté des libertés. Mais
n'oublions pas, messieurs, que, dans le monde moral comme dans le monde
physique, tout a ses lois. Que dis-jc, suivant une expression hardie de Montes-
quieu : Dieu lui-même aurait ses lois. Non, il n'est rien d'absolu ici-bas. Que si
quelque chose y pouvait revendiquer ce magnifique, ce divin titre d'absolu, ce
serait le droit; et voilà pourquoi, messieurs, nous admirons tous cette belle
devise d'une fière et grande nation : Dku et mon dhoit! Ainsi donc, messieurs,
il est bon de le répéter : le monde physique et le monde moral sont créés dans
un ordre déterminé, et soumis à des lois étemelles. Les astres qui roulent dans
■
les vastes cieux ont leurs lois; la mer a sa loi, et si vous me demandez quelle est
cette loi, je vous répondrai qu'elle est inscrite en ces termes sur le rivage du
terrible élément : Non progredieris ultra, tu n'iras pas au delà.
Eh bien, messieurs, chacun de nous, en écoutant la voix sainte de la con-
science, sait, à n'en pas douter, que, pour l'exercice de tous les actes de la vie
morale, il est une limite, une loi; il est, si j'ose le dire, un rivage où se trouve,
comme sur le rivage de la mer, cette inscription inviolable et sacrée : Tu n'iras
pas au delà, non progredieris ultra. Voilà, voilà que nous nous trouvons encore
en présence de ce grand principe qui, dans l'une de nos séances les plus ani-
mées à la fois et les plus belles, a été proclamé, au milieu de vos unanimes
applaudissements : U n'y a pas de loi contre la loi morale, de même qu't7 ny a pas
de droit contre le droit. Donc, messieurs, la pensée et son expression ou sa mani-
festation publique sont elles-mêmes, dans leur exercice, soumises à ce suprême
pouvoir, à cette autorité de la loi morale, de la loi àujuste^ laquelle, selon la belle
expression de Cicéron, n'est pas née, mais innée : fion nota sed innata. La conclu-
sion pratique de ces principes, messieurs, c'est que de justes lois contre les abus
ou les délits de la presse, loin de porter atteinte à sa liberté, sans laquelle toutes
les autres libertés ne seraient guère qu'un vain mot, la consacrent, pour ainsi
dire. Elles la font rentrer dans l'ordre, il est vrai. Mais sans Tordre, que devien-
draient et le monde moral et le monde physique?
Quoi qu'il en soit, messieurs, je souhaite de bon cœur encore une fois son
heureux couronnement à l'édifice de l'institution de la presse, et c'est par l'ex-
pression de ce vœu que je termine. Quant à moi, grâce à vous, ma vie tout en-
tière vient de recevoir son couronnement. Jusqu'à quel point j'en suis heureux
et fier, je ne saurais le dire... Je vous adresse enfin mes adieux. Mais je ne vous
quitte pas, ô mes chers confrères, cai* je vous emporte lous dans le plus {)rofond
de mon cœur, et vous y vivrez jusqu'à son dernier battement.
â6
TABLE DES MATIÈRES
IimODUCTIOlf J 1
statuts et programme du Congrès médical international de Paris .* 3
Question F^. — Anatomie et pbysiologie pathologiques du tubercule. — De la tu-
berculisation dans les différents pays et de son influence sur la mortalité géné-
rale 4
Question II. — Des accidents généraux qui entraînent la mort après les opérations
chirurgicales 6
Question III. — Est-il possible de proposer aux divers gouvernements quelques
mesures efficaces pour restreindre la propagation des maladies vénériennes?. . . 7
Question IV. — DeTinfluence de l'alimentation usitée dans les différents pays sur
la production de certaines maladies 8
Question V. — De Tinfluence des climats^ des races et des différentes conditions
de la vie sur la menstruation dans les diverses contrées 8
Question VI. -— De TaccUmatement des races d'Europe dans les pays chauds ... 9
Question VII. -^ Des entozoaires et des entophytes qui peuvent se développer chez
l'homme 11
Correspondants délégués français v 13
Correspondants délégués étrangers 16
Membres honoraires 21
Délégués des gouvernements 21
Délégués des Sociétés «^vantes 23
Bureau du Congrès 2d
Uate des membres fondateurs , 25
Liste des membres adhérents 3S
Livres adressés au Congrès • • > A7
iMlère «éaiiee de J«iir. — Sommaire .....«•.•** ^1
Ouverture du Congrès. — Discours de M. le professeur Bouillaudy président du
Comité d'organisation 62
Du tubercule et des processus analogues^ par M. J. Villemln (de Paris) ^6
Anatomie et physiologie pathologiques du tubercule^ par M. le professeur Sangalll
(de Paris) 64
Anatomie et physiologie pathologiques du tubercule^ par M. le professeur Croeq (de
BruxeUes) , 69
72& - TABLE DBS MATIÈRES.
Résumé des expériences sur rirritation pulmonaire expérimentale, sur U transmis-
sion de la pneumonie, de Tadénite chronique, des granulations dites tuberculeuses
et de divers autres produits morbides, par M. le professeur Lebert (de Breslau). . . 78
Discussion de MM. Hérard, Villemin, Mougeot, Grocq, Gourdin, Bertet, Galligo 81
Deuxième «éaiiee de Jenr. — Sommaire • 93
Discussion. — MM. Empis, Cornil, Bakody, Friedreich, Lombard, Seco Baldor, Bertet,
Marmisse, Sarramea, Ullersperger, Homan, Dropsy, Bowditch, Canniff 91
Recherches statistiques sur la phthisie pulmonaire considérée comme cause de décès
dans la Tille de Bordeaux, par M. le docteur Marmisse (de Bordeaux) 110
Influence du tubercule sur la mortalité générale, par M. le docteur Sarramea (de Bor-
deaux) 115
De la tuberculose pulmonaire en BaTÎère, par M . le docteur UUersperger (de Munich). 1 2 1
Aperçu de l'extension de la maladie tuberculeuse en Norvège, par le docteur Homaan
(de Christiania) 148
£tude sur la menstruation des femmes de la ville de Rouen et du département de la
Seine-Inférieure, par M. le professeur Leudet (de Rouen) 162
Recherches comparatives sur la menstruation dans les diverses contrées sous le rap-
port ethnologique, par M. le docteur Lagneau fils (de Paris) 170
Mémoire sur la menstruation, par M. le docteur Joulin (de Paris) 178
De l'influence du climat et de la race sur la menstruation, par M. le docteur Tilt
(de Londres>. .^ 487
De la menstruation en Norvège, par M. le professeur.Faye (de Christiania) 191
Sur la menstruation normale ^n Norvège, par M. le docteur Vogt (de Christiama) . . 193
Statistique de la menstruation de 1000 habitants de Saint-Pètershourg, par M. le
docteur Lieven (de Saint-Pétersbourg) 205
Exposé statistique de la menstruation dans l'Allemagne septentrionale et centrale, par
M. le docteur C. E. Louis Mayer (de Berlin) 206
Discussion : MM. Cortejarena, Avrard S19
Tretolème «éMiee de Jenr. — Sommaire • 223
Des accidents généraux qui entraînent la mort après les opérations chirurgicales, par
M. le docteur Bourgade (de Clermont-Ferrand) 221
Note statistique des grandes opérations (aites à l'hôpital national et royal de Saint-
Joseph, pendant les douse dernières années, par H. A. Barbosa (de Lisbonne). . . . 23A
Prophylaxie de l'érysipèle et de l'infection purulente dans les salles de chirurgie, par
M. le docteur L. Gosselin (de Paris) 269
Des moyens d'éviter les accidents qui peuvent compliquer les plaies, par M. le docteur
Labat (de Bordeaux) 282
Des conditions organiques des opérés. De Tinfluence des étals diathèsiques sur le
résultat des opérations chirurgicales, par M. le professeur Verneuil (de Paris). . • 287
Discussion. -^ MM. Maijolin, de Méric, Kœberlé, Maszoni, Bole, Jeannel, Gosselin,
Verpeuil, Bourgade, Cortejarena, Delasiauve 293
^•Atrlème méanee de Jeor. — Sommaire 305
Des mesures prophylactiques relatives à la propagation des maladies vénériennes, par
M. le professeur Crocq (de Bruxelles) 307
Prophylaxie des maladies vénériennes, par M. le docteur Jeannel (de Bordeaux) 319
Rapport du Comité nommé par la Société médicale harvéienne de Londres, pour étu-
dier la question de la prévention des maladies vénériennes 339
Rapport succinct sur les visites hebdomadaires faites dans une maison de tolérance
de Londres, par M. de Meric (de Londres) 3àl
De la prophylaxie générale des maladies vénériennes, par M. le docteur J. RoUet (de
Lyon) ; ,..,... 347
TABLB DES MATIÈttES. 725
Communications sur la question HI du programme : Est-il possible de proposer aux
divers i^uvernements quelques mesures efficaces pour restreindre la propaptioa
des maladies vénériennes?
M. le docteur Mougeot (de l'Aube) 355
M. le docteur Boens (de Charleroi) 369
M. le docteur Ausias-Turenne (de Paris) 375
Discussion. — MM. Rlcord^ Auiias-Turenne, Bouillaud, Jeannel, Galligo, Henri Favre,
Proust^ Crocq 379
ClM^Hlème 0é«aee de J«ar. — Sommaire • 384
Discussion. — MM.'Rieord, Ausias-Turenne, Jaecond 385
Communications sur la question ni du programme : Est-il possible d* proposer aux
divers gouvernements quelques mesures efficaces pour restreindre la propagation
des maladies vénériennes ?
M. le docteur JuldsGarin (de Lyon) 394
M. le professeur Seiti (de Munich). Notice statistique des maladies vénériennes
pendant les dernières années à Munich 399
M. le docteur Cohen (de Hambourg) 402
M. la docteur Rey 407
M. le docteur Adam (hvre (de Christiania) 412
M. le docteur Gombei (de Paris). Prqjet dans le but de restreindre la propagation
des maladies vénériennes 425
Discussion. -* MM. Drysdale^ Galligo, Gourdin, Viennois, MarcoviU, Berchon,
Delasiauve, Garret, Lagneau ffis, Palasciano^ Ricord, Ausias-Turenne, Hingston. . 432
«éuMe ûu mmir. — Sommaire 443
Sur un nouveau procédé opératoire pour le traitement des abcès du foie, par M. le doc-
teur Ramires (de Mexico) 444
Sur les altérations de la rétine, du nerf optique et de la choroïde dans la diathèse
tuberculeuse, par H. le docteur Xavier Galeiowski (de Paris) 450
Sur les lésions de la rétine et da nerf optique produites par la méningite tuberculeuse
et par toutes, les maladies organiques du système nerveux, par M. le docteur
Bottchut (de Paris) 455
Discussion. — MM. Gourdin, Galeiowski, Bouchut 465
Du traitement de la tuberculose pulmonaire, par M. le docteur Gourdin (de Paris). . 466
Note sommaire sur les médications offensives dans le traitement de la phthisie pulmo-
naire, par M. le docteur Marchai (de Calvi) 469
Discussion. — MM, Ausias-Turenne, Linas, O'Leary, Maroovitz, Lombard, Halla. ... 474
^eazlèMM 0é«aee da ««Ir. — Sonunaire , 477
Quelques considérations sur la fièvre rémittente, improprement appelée typhoïde, par
M. le docteur Bole (de Castel-Sarraiin) 478
Discussion. — M. Pantaleoni. 483
Du traitement des maladies dues à un ferment morbide par les sulfites et les bypo-
sulfitM de magnésie et de soude, par M. le professeur Giovanni PoUi (de Milan). . 487
Discussion. — MM. Crocq, PolU 492
De la splanchnoscopie par transparence, par M. le docteur Milliot (de Kiew) 493
Traitement de la néphrite parenchymateuse , par M. le professeur Crocq (de
Bruxelles) 496
«a mmÊr. — Sommaire 502
Nouvelle méthode de conservation des pièces anatomiques, par M. le docteur Bmnetti
(de Padoue) 504
Sur la nouveUe méthode de M. Braoetti, parjl. la docteur Umb (de Kharkoil). ... 509
728 TABLE DES MATIÈRES.
Recherche! ezpérîmeiitalef sur rempoisonnement pbotphorique tigvi, par H. le doc-
teur Albert Eulenburg (de Berlin) 512
Sur la construction des hôpitaux d'enfants, par H. le docteur BauchAiss (de Satnt-
Pétersbourj») 515
Relation succincte d'expériences faites à l'Ëcole de médeelne naTale de Brest, sur des
suppliciés, par H. le professeur Marcellin Duval (de Brest) 521
Sur la loi physico-mathématique des mouvements du ccsur et des (aiiÂres, par M. le
professeur Baccelli (de Rome) , 528
Étude sur les fonctions des muscles intercostaux à l'aide de faits cliniques représentés
par la photographie^ par M. le docteur Duchenne (de Boulogne) 529
Traitement de la syphilis sans mercure, par M. Charles Brysdale (de Londres) 533
Discussion. — Mit. Galligo, Auslas-Turenne . 537
Quatrième mémmce da ««Ir. — Sommaire | • • 538
Lettre da M. le professeur Duval (da Brest) 539
Observation d'un cas d'anévrysme traumatiqua da l'orbita ; ligature da l'artère earo-
tide primitive : succès, par M. le docteur J. Z. Lauranea 5i0
Sur le bandage plfttré amovo-inamovible d'emblée et le tricot plAtré» par M. le doeteur
Yan de Loo (de Yenlo) 5ii
Choléra t son siège, sa nature ; eontagioa^ par M. le doetaur Shrimplon (de Paris] ... 5â9
De la prophylaxie du choléra-morbus, par M. le docteur Bonnet (da Bordeaux) 554
Discussion, — MM, Maroovita, Grocq, RaviUout, Shrimptqa» Henri Favra, Ponaaski. 561
cinquième aéMiee da aolr. — Sommaire 565
De l'otoscopie : application de l'otoscope parabolique à l'étude des lèsionf du tympan,
par M. le docteur A. Garrigou-DesarèBes .• ,.^ 566
L'acte de la déglutition devant la physiologie, par M. le docteur Moura 569
Note sur un moyen préservatif da la coqueluche, par M. la docteur Davrons (da
Uége) 571
Traitement rationnel da la , période aiguë du eholéra asiatique, par M. le doetaur
M. Despres (de Saint-(2uentin) • • 571
Du choléra-morbus asiatique, par M. le docteur Frèmaux (de Paris) 580
Diagnostic et traitement du choléra, par M. la doetaur F. X. Poaaanskl 582
De la souffiranoe de l'utérus pendant la grossesse ohes la taima, par M. la docteur
Mattei (de Paris) 588
Expressio fœtus : Nouveau procédé opératoire au moyen de manouvres eKtaraea, pir
M. le docteur S. Kristeller (de Berlin) 595
Du choléra, par M. le docteur Zaleski (de Kazan) » 609
Du véritable empyéme, par M. le professeur Baccelli (de Rome) . . • , , . . 611
Des calculs de la partie profonde de l'urèthre, par M. le docteur Hazzoni (de Rome). 613
Sur une nouvelle opération contre la surdité et les bourdonnements. La sphyrotomie
(résection du manche du marteau) par M. le docteur Wreden (de Saint-Péters-
bourg) 616
Instruments pour les opérations obstétricales, par M. le docteur J. de Lasarewitch
(de Kharkoff) «»
fc
(Mxième aéaaee de jaur (séance de clôture). -^ Sommaire ^^
Fixation du lieu et de l'époque de la réunion du prochain Congrès médical interna-
tional. — Discussion : MBI. Bouillaud, Vidal, Ausias*Turamia, Lombard» ZaMd,
Pantaléoni, Palasciano • ^'
De l'accUmatement des races européennes dans les pays chauds, par H. la doelanr
Simonot (da Paris) ..«.• ^
TABLB DBS IIATIÈBES. 727
Des loii de la mortalité en Europe dans leurs rapports avec les influences atmosphé-
riqueSj par M. le docteur H. G. Lombard (de Genève) 635
Étude sur l'action pathogénique respective de l'alimentation exclusive et de l'alimen-
tation nuisible sur la pellagre, par M. le docteur Billod (de Sainte-Gemmes) 655
De la pellagre sporadique, par H. le docteur Bertet (de Cercoux) 673
Ëtiologie de la pellagre, par M. le docteur Léon Sorbets d'Aire (Landes) 682
Des causes de la pellagre, par M. le docteur fioucbut (de Paris) 684
De l'alimentation chez les enfants^ par M. le docteur Garon (de Paris) 686
L'électrisation généralisée basée sur de nouveaux procédés, par M. le docteur Joseph
Dropsy (de Gracovie) 688
Sur une nouvelle forme de maladie d'oreilles produite par le développement de deux
espèces de champignons parasites dans le tissu de la membrane du tympan, par
M. le docteur Robert Wreden (de Saint-Pétersbourg) 696
Discours de clôture par M. le professeur Bouillaud, prési4ent 720
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
Paris. — Invriinarlo de B. MARXiRir^ nie Hlgaon» 5L